Envahissantes, certaines espèces en font disparaître d’autres

bernache du canada

Selon une étude scientifique, la survenue d’espèces animales dans des milieux où elles ne vivaient pas fait partie des principaux facteurs de perte de la biodiversité à l’échelle mondiale. Un phénomène favorisé par la mondialisation, tourisme et échanges commerciaux internationaux en tête.

Son plumage gris-brun est soyeux, sa démarche élégante. Au premier abord, la bernache du Canada semble inoffensive. Cette espèce d’oie introduite en Europe au XVIIe siècle est pourtant classée comme « envahissante » (au même titre que les écrevisses de Louisiane, les tortues de Floride et les frelons asiatiques) en raison de son agressivité à l’égard de certains oiseaux locaux, comme les poules d’eau. Une étude, publiée le 2 août dans la revue Global Change Biology, permet de mieux comprendre les effets de ces espèces invasives sur les écosystèmes. Elle montre que les invasions biologiques font partie, avec la surexploitation et la perte d’habitat, des principaux facteurs de perte de la biodiversité à l’échelle mondiale.

Les scientifiques savent depuis quelque temps déjà que l’introduction d’espèces envahissantes peut entraîner un déclin des espèces natives. Au XVIe siècle, l’arrivée de rats embarqués par mégarde sur des navires marchands a par exemple ravagé l’écosystème antillais. Le profil des espèces menacées par les invasions biologiques était en revanche moins connu des écologues. « Chaque espèce menacée a un rôle particulier en matière de régime alimentaire, d’habitat, de lieu de reproduction, indique Céline Bellard, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et co-autrice de cette étude.  L’idée de ce projet était d’étudier quelles étaient les espèces cibles des espèces envahissantes, et ce qu’il resterait dans la communauté en matière de profils d’espèces si jamais elles venaient à disparaître. »

Des bernaches du Canada. Pixabay/CC/Debannja

Leurs recherches montrent que 14 % de la diversité fonctionnelle des mammifères (c’est-à-dire l’ensemble des traits qui les caractérisent, comme leur masse ou leur habitat) est menacée par les invasions biologiques. « Ce sont plutôt des espèces de très grande taille, que l’on trouve dans un seul type d’habitat, et qui se nourrissent au sol qui vont être vulnérables », précise Céline Bellard. Le péril est encore plus important du côté des oiseaux : 40 % de leurs profils écologiques sont menacés, et 27 % pourraient disparaître au cours des cinquante prochaines années. Les espèces insulaires sont les plus à risque. « Ces oiseaux ont évolué sans prédateurs, avec une présence humaine nulle ou faible, explique Céline Bellard. Cette évolution fait qu’ils adoptent un comportement naïf vis-à-vis des prédateurs envahissants : ils ne vont pas du tout essayer de leur échapper, et n’ont pas ou peu de défenses. »

En Nouvelle-Calédonie, le kagou huppé, reconnaissable à son plumage gris-bleu et à ses ailes rayées de noir, est par exemple menacé par le rat. N’étant pas capable de voler, cet oiseau qui se nourrit exclusivement au sol a bien du mal à échapper aux rongeurs.

L’Océanie, l’Amérique du Sud et l’Australie sont aujourd’hui les trois principaux « points chauds » menacés par les espèces invasives

Le problème est que certains de ces oiseaux vulnérables sont irremplaçables. « Ils peuvent jouer un rôle de pollinisation pour certaines plantes, ou de dissémination des graines. Leur déclin peut modifier complètement la chaîne trophique et le fonctionnement des écosystèmes », souligne la chercheuse.

Les espèces envahissantes mettent également en péril la diversité phylogénétique des espèces, c’est-à-dire la richesse de leur histoire évolutive accumulée. « Certaines espèces sont très proches les unes des autres et ont des caractéristiques très communes. Dans ces cas-là, la diversité phylogénétique est assez faible, explique Céline Bellard. D’autres espèces ont au contraire évolué de manière très différente des autres (…) On voit que les espèces envahissantes visent certaines familles en particulier, notamment des familles représentées par une seule espèce. Si cette espèce disparaît, toute une lignée évolutive disparaît avec elle, que l’on ne retrouvera pas ailleurs sur Terre. » 11 % de la diversité évolutive des oiseaux et des mammifères est aujourd’hui menacée, selon l’équipe de chercheuses ayant mené cette étude.

Céline Bellard évoque le cas de la famille des bilby, des marsupiaux nocturnes vivant près du sol dans les forêts et prairies australiennes. Ses deux seuls représentants sur Terre ont tous deux été victimes des espèces envahissantes introduites par les colons. L’une de ces espèces s’est d’ores et déjà éteinte. L’autre est menacée par les renards roux et les chats sauvages. « Cela montre une perte évolutive assez importante », regrette la chercheuse.

Le bilby d’Australie est menacé par les espèces envahissantes. Wikimedia Commons/CC BYSA 2.0/Stephenentrepreneur

Si l’introduction d’espèces exotiques dans de nouveaux territoires n’est pas un phénomène nouveau, il s’est cependant accru avec la mondialisation. L’envol du tourisme et des échanges commerciaux internationaux favorisent en effet le déplacement des espèces, notamment des insectes. « Les régions les plus touchées depuis vingt ans ne sont plus les mêmes qu’il y a cinquante ou cent ans », observe Céline Bellard. L’Océanie, l’Amérique du Sud et l’Australie sont aujourd’hui les trois principaux « points chauds » menacés par les espèces invasives ; les îles proches des continents et des zones commerciales font également partie des territoires les plus touchés.

Ce danger a parfois été sous-estimé par la communauté scientifique. Le plus récent rapport du « Giec de la biodiversité » (IPBES) classait par exemple les espèces envahissantes comme l’un des derniers responsables du changement de l’état global de la planète. Cette étude pourrait contribuer à changer la donne : « Elle montre qu’il s’agit d’un facteur à part entière, qui joue et va jouer un rôle important pour la diversité des espèces à venir », estime Céline Bellard. Jusqu’à présent, les actions gouvernementales n’ont pas été à la hauteur de la menace. Les mesures de contrôle et d’éradication ont déjà prouvé leur efficacité, rappelle la chercheuse. « Malheureusement, ce sont surtout les moyens financiers et logistiques qui manquent pour les mettre en place. »

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.
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Guyane : Tapirs, loutres et singes suivis à la trace grâce à leur ADN retrouvé dans les rivières

singe araignée

BIODIVERSITE Des chercheurs, notamment Toulousains, ont pu inventorier des mammifères de Guyane sans les voir, uniquement grâce à la présence de leur ADN dans les eaux

Béatrice Colin

  • Pour inventorier les espèces, habituellement les scientifiques sillonnent les territoires afin de les observer et recenser.
  • Une équipe de chercheurs, parmi lesquels des membres du laboratoire toulousain « Evolution et diversité biologique », ont travaillé au recensement des mammifères en Guyane grâce à la présence de leur ADN dans l’eau.
  • Cette étude montre qu’il est possible de détecter la présence d’animaux qui passent habituellement en dessous des radars, mais aussi de faire un rapprochement entre leur présence et les activités humaines.

Habituellement, pour savoir quels animaux vivent sur un territoire, les scientifiques marchent des heures durant à travers un rayon de 100 km et notent scrupuleusement la trace de chaque mammifère ou insecte croisé durant leurs pérégrinations. Depuis quelques années, une nouvelle méthode a vu le jour, plus moderne. Grâce à la présence de leur ADN dans les rivières, les espèces qui gravitent dans certaines zones du monde peuvent être aussi recensées. C’est ce que vient de démontrer un consortium de chercheurs, parmi lesquels ceux du laboratoire toulousain Evolution et diversité biologique, en étudiant les eaux du Maroni et de l’Oyapock, les deux plus grosses rivières de Guyane.

Dans une étude publiée dans la revue Molecular ecology resources, ils ont ainsi pu démontrer la présence de mammifères amazoniens sans les avoir jamais observés. Leur travail initial portait sur les poissons, dont on retrouve logiquement la trace ADN dans l’eau, grâce à des prélèvements réalisés sur 96 sites de cette région française d’Amérique du Sud. Qu’ils ont étendu aux autres animaux, dont l’ADN est habituellement prélevé dans le sol.

« L’idée est de pouvoir comparer les détections classiques de faune avec nos méthodes et voir si elles sont cohérentes avec la distribution que l’on connaît des animaux. On s’est limité à la faune amazonienne emblématique, comme le jaguar, le tapir, la loutre géante, le singe araignée ou encore le grand fourmilier, une trentaine d’espèces au total », explique Opale Coutant, doctorante au sein du laboratoire EDB.

Là où il y a l’homme…

Si leur méthode a permis de confirmer ce que l’on savait déjà, cela a aussi apporté des informations nouvelles sur une faune que les classiques inventaires ne détectent pas. « Ils se réalisent durant la journée, ce qui fait qu’on voit très peu les animaux nocturnes, et comme ils se font sur la terre ferme, on observe très peu les espèces inféodées à l’eau comme la loutre par exemple. Dans notre cas, on a remarqué que l’on détectait mieux les espèces aquatiques, semi-aquatiques et nocturnes. Notamment de petits opossums, des animaux nocturnes et toujours dans la canopée, on les a détectés là où on ne pensait pas qu’ils étaient », poursuit la scientiLe lamantin, très discret, a été repéré grâce à son ADN dans les estuaires, et le kinkajou, petit carnivore arboricole et nocturne, a été détecté de manière bien plus importante que prévu.

Cette étude confirme que l’homme, et ses activités, a un véritable impact sur la présence de certains mammifères. Ainsi, la présence de la loutre géante, le jaguar ou encore le singe araignée est moins observée près des zones de vie des populations guyanaises, notamment sur le fleuve Maroni, très touché par l’orpaillage. C’est dans les endroits isolés que la faune est la plus riche.

« Par contre, le capybara, l’un des plus gros rongeurs du globe, on le retrouve partout car il n’est pas chassé par l’homme pour sa viande, c’est une espèce dite plutôt anthropophile », relève Opale Coutant qui espère que cette méthode va pouvoir permettre d’en apprendre un peu plus sur la présence de la faune dans certains endroits, sans pour autant la déranger.

 

 

Fukushima nous a fait entrer dans l’ère du « capitalisme apocalyptique »

fukushima

À en croire les partisans du nucléaire, tout va désormais bien à Fukushima et l’avenir de l’énergie atomique serait dégagé. À rebours de l’entreprise de normalisation du désastre et sa rentabilisation capitaliste, trois auteurs — Sabu Kosho, Cécile Asanuma-Brice et Thierry Ribault — proposent des clés de lecture autrement plus sombres et justes de cette catastrophe nucléaire.

Une décennie après Fukushima, les gouvernants et les autorités nucléaires voudraient nous faire croire que « l’incident » est clos et que la situation est désormais sous contrôle. La catastrophe, qui a entraîné l’exode de centaines de milliers des personnes et contaminé un pan entier du Japon, serait maintenant derrière nous, comme un lointain souvenir, assurent-ils. Elle ne saurait, en aucun cas, troubler la marche en avant du progrès ni remettre en cause l’avenir radieux de l’énergie atomique.

Aujourd’hui, on se doit d’être optimiste, rassurant. En France, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) vante dans son magazine de février, « les avancées mises en place depuis l’accident ». L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) plaide pour le retour des populations et certains nucléocrates entrevoient même l’occasion favorable de « créer un nouvel humanisme grâce à Fukushima ».

La catastrophe a perdu son caractère exceptionnel. Elle s’est normalisée, comme si elle n’avait finalement été qu’un détail de l’Histoire. Le Japon prépare sereinement les Jeux olympiques pour l’été prochain. Le gouvernement imagine même faire partir la flamme olympique de l’ancienne centrale nucléaire, où croupissent encore des tonnes de déchets radioactifs et où s’affolent les dosimètres. Entendez bien, le désastre est géré. La population ne doit pas s’inquiéter. Ou, plutôt, elle ne doit surtout pas se révolter.

« C’est l’un des plus grands désastres industriels de l’anthropocène »

Alors que l’anniversaire de Fukushima se profilait, trois nouveaux livres — Fukushima, dix ans après de Cécile Asanuma-Brice ; Contre la résilience de Thierry Ribault et Radiations et révolution de Sabu Kosho — viennent battre en brèche ce discours. Parus début mars, ils rappellent le caractère insoluble et terrifiant de cette catastrophe qui, malgré les dires de la filière, reste encore largement non maîtrisée. 300 tonnes d’eau contaminée s’écoulent chaque jour dans l’océan. 170.000 tonnes de déchets radioactifs générés par l’accident sont disséminées dans tout le Japon. Depuis 2011, on estime que près de 10 millions de personnes sont à la merci d’une exposition quotidienne au rayonnement ionisant. Au total, plus de 170.000 personnes ont été déplacées. On compte officiellement 2.267 morts liés directement ou indirectement à l’évacuation qui a suivi la débâcle nucléaire.

« C’est l’un des plus grands désastres industriels de l’Anthropocène », écrit ainsi la sociologue Cécile Asanuma-Brice. Avec la radioactivité, le poison est invisible, mais les traces laissées sur le territoire sont indélébiles. Comme des plaies béantes. Dans la région, pour tenter de décontaminer les sols gorgés de césium 137 — un élément radioactif — la terre a été décapée. La surface du sol a été raclée sur cinq centimètres par des bulldozers, avant d’être entreposée dans des millions de sacs stockés dans des entrepôts et en plein air. Des arbres ont été arrachés, des forêts rasées.

En Russie, de rares images d’une femelle léopard de l’Amour et ses petits

léopard de l'amour

Une femelle léopard de l’Amour et ses trois petits ont été filmés en Russie. Des images rarissimes d’une espèce pratiquement disparue.

Une femelle léopard de l’Amour et ses petits dans le parc national russe Terre du léopard, région de Primorie (extrême orient), en décembre 2020

Une femelle léopard de l’Amour et ses trois petits, l’espèce de grands félins la plus rare au monde, sont passés devant l’objectif d’un piège photographique en Extrême-Orient russe: un portrait de famille exceptionnel récompensant les efforts entrepris pour sauver ces animaux menacés d’extinction. Les quatre léopards de l’Amour, nommés ainsi en référence au fleuve qui coule entre la Russie et la Chine, ont été filmés dans un parc national qui a diffusé vendredi 26 mars ces images tournées en décembre. On y voit les bêtes tachetées se tenir sur une hauteur rocheuse qui domine une forêt. La mère, à l’affut, ayant peut-être repéré un autre animal, sort du cadre. Ses petits l’observent ensuite calmement, pendant plus d’une minute.

Les félins les plus rares du monde

Selon Ivan Rakov, le porte-parole du parc « Terre des léopards« , créé en 2012 et situé dans la région russe de Primorié, c’est la première fois que cette femelle est filmée avec sa progéniture. « Nous avons découvert qu’elle a pu élever une famille« , se réjouit auprès de l’AFP M. Rakov, notant qu’il s’agit de la « première portée » de cette maman baptisée « Leo 117F » et dont l’âge est évalué à environ quatre ans. Selon M. Rakov, faire grandir une portée aussi nombreuse dans la taïga n’est pas une mince affaire : cela nécessite « beaucoup d’espace et de nourriture« . Les léopards de l’Amour, réputés pour leurs qualités de grimpeurs, sont considérés comme les grands félins les plus rares au monde et se trouvent en danger critique d’extinction, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Un animal « revenu d’entre les morts

Ces dernières années, les mesures entreprises par les autorités russes et chinoises contre la déforestation et le braconnage ont permis de faire remonter sensiblement leur nombre. Leur population est actuellement estimée à plus d’une centaine d’individus en Russie, contre environ 35 il y a 20 ans. Pour Ivan Rakov, ce léopard, également connu sous le nom de panthère de l’Amour, est donc « revenu d’entre les morts« .

« C’est un grand succès« , souligne Alexeï Kostyria, en charge des espèces rares pour l’antenne russe du Fonds mondial pour la nature (WWF) dans la région de l’Amour. D’après M. Kostyria, la création de zones protégées et des efforts communs avec la Chine ont permis de sauver l’espèce du braconnage qui a désormais « pratiquement » disparu. Longtemps, ces léopards ont été chassés intensivement, la médecine chinoise leur attribuant des vertus thérapeutiques. « Au moins 80% de leur habitat est maintenant sous surveillance« , se félicite Alexeï Kostyria. L’expert précise par ailleurs que la population de cerfs, un mets de choix pour les félins, a augmenté dans cet immense territoire qui abrite également des lynx et des tigres.

 

ASPAS: Newsletter – Juillet 2021

aspas

Newsletter – Juillet 2021

Le travail de fond de notre inlassable service juridique et les collaborations inter-associatives continuent de porter leurs fruits ! Parmi les actualités du mois de juillet, retrouvez nos victoires juridiques pour les animaux persécutés et mal-aimés, du blaireau au renard en passant par les corvidés ! L’ASPAS, toujours au front et ça paye ! Bonne lecture.

UNE VICTOIRE PORTEUSE
D’ESPOIR POUR LES BLAIREAUX

Saisi par l’ASPAS et AVES, le tribunal administratif de Poitiers a suspendu en urgence, le 27 juillet, les périodes complémentaires de vénerie sous terre autorisées par le préfet de la Vienne. Si la route est encore longue pour voir disparaître la pratique cruelle du déterrage, cette décision de justice marque un pas vers une meilleure prise en compte de l’animal sauvage, de sa biologie et de son comportement. >> En savoir plus

En parallèle, nos associations avaient dévoilé au début du mois de juillet la carte de France de l’horreur. Dans une grande majorité de départements, des chasseurs peuvent légalement arracher des familles entières de blaireaux de leur terrier pour les tuer, et ce dès le 15 mai chaque année si le préfet l’autorise.

JUGEMENT « NUISIBLES » : QUELQUES AVANCÉES
MAIS BEAUCOUP D’ABERRATIONS !

La décision tant attendue du Conseil d’État, tombée le 7 juillet 2021, offre un an de répit à certains animaux sauvages dans certains départements ! Hélas, beaucoup d’autres demandes de déclassement ont été retoquées par le juge, parfois de façon assez illogique et incompréhensible. >> En savoir plus

Vercors Vie Sauvage

TIRS DE RENARDS DANS L’OISE : DES ARRÊTÉS
ILLÉGAUX RETIRÉS GRÂCE À AVES ET L’ASPAS

La préfecture de l’Oise a été obligée de faire machine arrière face à la vigilance d’Aves France et de l’ASPAS ! La raison ? La dissimulation de la publication d’arrêtés illégaux concernant les tirs de nuit du renard, pour empêcher toute tentative de contestation ! >> En savoir plus

EURE : LES BATTUES
ANTI-CORVIDÉS JUGÉES ILLÉGALES

En janvier 2020, le préfet de l’Eure avait autorisé les lieutenants de louveterie à procéder, jusqu’au 31 décembre 2020, à des battues administratives de jour et à des tirs de nuit pour permettre, sur l’ensemble du département, la « destruction » de corbeaux freux, de corneilles noires et d’étourneaux sansonnets. Attaqué par l’ASPAS, le texte a été annulé le 25 juin 2021 par une décision du tribunal administratif de Rouen, qui vient alimenter la jurisprudence en faveur de ces animaux étonnants encore trop victimes de préjugés ! >> En savoir plus et lire la décision de justice

 

RENCONTRONS-NOUS

La liste des évènements à venir continue de s’étoffer et l’ASPAS est toujours à la recherche de bénévoles pour animer certains stands.

Amateur ou amatrice de relations humaines et convaincu.e par les valeurs de sensibilisation de l’association, n’hésitez pas à consulter l’agenda des évènements en région et nous écrire à actions@aspas-nature.org.

De manière plus urgente l’ASPAS à besoin de volontaires pour :

Le festival de l’écologie à Saint-Michel-de-Chabrillanous (07) le 21 et 22 août, au forum des associations à Ventabren (13), ainsi que pour Vivre Nature à Toulouse (31) le premier week-end de septembre.

 

À PARAÎTRE : GOUPIL N°146,
LE MAGAZINE DE L’ASPAS

Le dossier de ce numéro est consacré au chamois, ongulé gracieux et élégant, capable de s’autoréguler, ne faisant aucun dégât, mais qui subit pourtant une forte pression de chasse. Au sommaire également : des milliers d’animaux « nuisibles » sauvés du piégeage, nos actions en faveur des blaireaux et des renards, notre campagne contre la cruelle chasse en enclos, nos dernières victoires juridiques, sans oublier les dernières actualités de nos Réserves de Vie Sauvage®. >> Voir le sommaire

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LA QUESTION DU MOIS

J’ai vu une personne pêcher des grenouilles, en a-t-elle le droit ? Et de les manger ? De les vendre ? >> Lire la réponse

 

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Jura : ça chasse ou ça casse!

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Connaissez-vous ce département idéal où il ferait bon chasser le cerf, le sanglier, le chevreuil et le chamois du 1er juin au 28 février, 6 jours sur 7, y compris dans les réserves de chasse et de faune sauvage qui ne couvrent pourtant que 10% du territoire, et en temps de neige ? Dans ce département, les plans de chasse continueraient d’augmenter sans relâche au fil des ans malgré les difficultés croissantes à les réaliser et les signes d’évolution inquiétante des populations de chevreuil et de chamois notamment.

Ce département où il fait parait-il bon vivre ensemble et où la nature aurait encore sa place pour accueillir les visiteurs s’appelle le Jura. On y chasse sans mesure, en toutes saisons touristiques, été comme hiver, au détriment de la faune sauvage, du bien-être de nombreux Jurassiennes et Jurassiens, mais aussi de l’économie locale.

« On augmente le plan de chasse du chevreuil et on nous propose encore d’augmenter celui du chamois, alors que leurs populations sont en diminution ; mais de qui se moque-t-on ? C’est cela la gestion durable des espèces imposée par la loi ? ». Pour Patrice Raydelet du Pôle Grands Prédateurs, « Cela n’a pas de sens et ne peut que durcir les relations entre les usagers ; les ruraux que nous sommes attendent une autre vision du développement de la part des pouvoirs publics ».

« Comment peut-on prétendre vouloir développer le tourisme dans le massif jurassien en ouvrant la chasse du 1er juin au 28 février ? Comment peut-on espérer concilier dans ces conditions, la chasse avec un tourisme rural estival fondé en grande partie sur le calme et l’espoir d’observer la faune sauvage, ou avec le tourisme d’hiver qui attire de plus en plus de monde dans la montagne jurassienne, pour faire du ski ou de la raquette, en toute sécurité et en toute tranquillité ? ». Pour Jura Nature Environnement, « Ces incohérences sont graves et coûteuses, non seulement pour la faune sauvage, mais aussi pour l’économie du département et pour notre bien-être à toutes et à tous ».

La centaine de contributions défavorables à cette chasse d’été et à l’extension de la période de chasse au 28 février n’auront pas suffi, une fois de plus, à stopper cette fuite en avant. « En ignorant les argumentaires scientifiques, l’avis des associations de protection de la nature et celui des citoyens, l’Etat prend le risque de crisper encore les débats autour de la chasse, au point de rendre impossible toute concertation. Cette logique du « chasser plus, pour protéger mieux », alors que la situation était qualifiée tout récemment encore dans la presse locale de « catastrophique » par les bénéficiaires directs de ces mesures, n’est pas responsable » pour Jean- Christophe Vié du collectif Nature Jura.

« Pour accomplir leurs plans de chasse, ce n’est pas le temps qui manque aux chasseurs mais, on le voit bien au travers des chiffres, ce sont les animaux dont le nombre diminue, sauf localement où il peut y avoir évidemment des problèmes de dégâts de cerf ou de sanglier ; ce n’est pas étonnant quand on les nourrit … », selon Rey-Demaneuf de la Ligue pour la Protection des Oiseaux Bourgogne Franche Comté.

Dans ces conditions, Jura Nature Environnement, la Ligue Pour le protection des Oiseaux Bourgogne-Franche- Comté, le Pôle Grands Prédateurs et le Centre ATHENAS ont décidé d’unir leurs forces et leur détermination pour demander au préfet du Jura d’annuler ses décisions de renouveler la chasse d’été, notamment celle du renard, et de prolonger la date de clôture de la chasse au 28 février, tout particulièrement dans les réserves de chasse et de faune sauvage, sauf en cas de dommages avérés et sur autorisation particulière du préfet.

« Au cours des années 1980, on chassait dans le Jura de la mi-septembre au 31 décembre, trois mois et demi de l’année, aujourd’hui, on pourrait y chasser neuf mois et plus … Non, trop c’est trop ! » selon Gilles Moyne, du Centre ATHENAS, et d’ajouter « l’Etat ne peut plus rester indifférent à l’expression citoyenne et se contenter de répondre aux attentes d’une petite minorité d’usagers au détriment de l’intérêt général de la protection de l’environnement; ces consultations publiques, c’est du sérieux, c’est une forme d’expression démocratique garantie par la constitution ; le représentant de l’Etat se doit d’en tenir compte et ne peut perpétuellement balayer d’un revers de main l’expression d’une majorité ».

Des recours gracieux ont été envoyés ce jour au préfet du Jura par ces associations, lui demandant d’annuler ses décisions et de mieux entendre et écouter enfin les attentes des Jurassiennes et des Jurassiens, agriculteurs, opérateurs touristiques, ruraux et visiteurs du département, tous appelant à la raison et à plus de modération. Le Centre ATHENAS envisage quant à lui un recours contentieux devant le Tribunal Administratif.

www.athenas.fr / centre@athenas.fr

www.naturejura.fr / contact@naturejura.fr

www.jne.asso.fr www.LPO Bourgogne-Franche-Comté

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À pas de tortue, la cistude d’Europe reprend ses droits dans nos mares

Chélonien aux aguets, la cistude d’Europe barbote depuis longtemps dans les mares et cours d’eau de France. Mais l’urbanisation et l’agriculture qui détruisent prairies et zones humides ont rogné son habitat, suscitant des inquiétudes sur les possibilités de reproduction de cette jolie tortue tachetée de jaune.

Manciet (Gers), reportage

Silencieux, courbé en deux, Jean-Michel se faufile discrètement entre les joncs. De loin, Simon lui fait de grands gestes pour le guider. D’une main experte, il plonge son épuisette dans le bassin… et en ressort une tortue. Points jaunes sur tout le corps, carapace presque noire : c’est bien une cistude d’Europe. « Il faut être très discret, car la tortue entend et voit très bien. Au moindre bruit, elle disparaît dans l’eau. » Jean-Michel Catil est naturaliste chez Nature en Occitanie. Chaque semaine, il sillonne les routes du Gers à la recherche de la cistude d’Europe.

En ce lendemain d’orage, les prairies sont gonflées d’eau. Il n’est que neuf heures, le ciel est couvert mais il fait déjà chaud. Alors qu’autour de nous les champs de maïs coupent le paysage, nous nous arrêtons dans une prairie où centaurées, potentilles, trèfles, pissenlits et graminées poussent en désordre. Les grillons des marais stridulent. « C’est un beau terrain de jeu pour les animaux. Regardez ! Cette sauterelle, par exemple, n’existe que dans les Landes. Elle est bruyante, mais difficile à repérer. » De l’herbe jusqu’aux genoux, bottes aux pieds et filet à papillons en main, Jean-Michel se démène pour attraper des insectes. Ici, une libellule cordulégastre annelé. Là, une piéride du chou. Plus loin, sa cousine, la piéride du navet. « Amenez un naturaliste dans une prairie, il peut passer des heures à sauter pour observer les papillons », s’amuse Simon Rizzetto, ingénieur forestier spécialiste des zones humides, qui a rejoint l’association quelques semaines auparavant.

tortue aux sens aiguisés

Il faut être discret pour surprendre cette tortue aux sens aiguisés. © Maxime Reynié/Reporterre

Il y a seulement un an, cette prairie n’existait pas. C’était un champ de maïs. Yann Ducournau, le propriétaire a décidé de ressemer pour redévelopper la biodiversité et créer une zone de ponte pour les tortues. En dessous de la prairie, un cours d’eau, lieu de passage des loutres. Et en face, un champ, totalement labouré. « Là, il n’y a plus rien. C’est un billard pour la biodiversité », s’émeut Jean-Michel. Nous progressons encore un peu, traversons un fossé boueux. C’est à proximité de la prairie, sur la station d’épuration de la commune de Manciet, que se trouve la population de cistudes. « Nous allons bientôt proposer au propriétaire de creuser une ou deux mares dans la prairie, pour proposer aux tortues un habitat plus naturel. »

Jumelles en mains, Jean-Michel et Simon scrutent la surface de l’eau. Tout le monde se tait. On plante la longue vue. Là ! Non ce n’est qu’un reflet sur un rocher. L’exploration continue quand soudain : « Ici… à droite du bouquet de joncs », chuchote Jean-Michel. Difficile pour un non-initié de repérer cette petite tête qui dépasse de l’eau. De prime abord, on pourrait la confondre avec un bout de bois. Mais les deux petits yeux semblent nous fixer de loin.

repérage des cistudes

Simon Rizzetto repère les cistudes avec ses jumelles. © Maxime Reynié/Reporterre

« Ces observations de terrain nous permettent de voir si ce sont uniquement quelques individus isolés, ou s’il y a une véritable population de cistudes. On cherche aussi à savoir si la population est viable », explique Jean-Michel. À Manciet par exemple, les naturalistes ont déjà marqué quatre individus, mais ils n’ont encore pu observer aucun jeune.

Depuis une cinquantaine d’années, Nature en Occitanie travaille à la préservation de la cistude d’Europe à l’échelle régionale. Cette espèce bénéficie en effet d’un plan national de conservation. « Il y a quelques décennies, la cistude était présente sur les deux tiers du territoire. Aujourd’hui, on ne la trouve plus que dans quelques bassins isolés, dont le Gers. » On observe ainsi le reptile dans le Centre (Brenne), en Rhône-Alpes, sur le littoral charentais, en région Aquitaine, Poitou-Charentes et sur les littoraux méditerranéen et corse.

« Peu de gens imaginent que les tortues sont des animaux sauvages. »

Cause de cette raréfaction, le rapport particulier des humains avec les tortues : « Peu de gens imaginent que les tortues sont des animaux sauvages. Quand on en voit une au bord de la route, le premier réflexe, c’est de la ramasser, l’amener chez soi, lui donner de la salade et l’appeler Caroline. » Jusqu’au XIXᵉ siècle, les tortues et notamment leurs œufs étaient appréciés en cuisine. Et plus récemment, la disparition des zones humides et des prairies a supprimé les zones de ponte, empêchant les populations de se régénérer. Entre 1960 et 1990, la France a en effet perdu 50 % de ses zones humides. Chaque année, environ 10 000 hectares de cet écosystème continuent de disparaître.

Urbanisation, agriculture (notamment culture de maïs dans le Sud-Ouest) et fractionnement des milieux sont autant de raisons qui expliquent que la cistude soit aujourd’hui placée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme une espèce « quasi menacée » de disparition. « Quand elles ne disparaissent pas, les zones de ponte et les mares sont séparées par des grandes infrastructures comme des routes ou des voies ferrées, explique Simon. Les milieux existent toujours mais ils ne sont plus fonctionnels. »

la cistude rentre la tête

Entre les mains des humains, cette cistude préfère rentrer la tête. © Maxime Reynié/Reporterre

Un, deux, trois, quatre… Une quinzaine de têtes sortent de l’eau. Dans le deuxième bassin, quatre tortues remontent lentement sur les bords. Le soleil chauffe, c’est l’heure de se dorer la pilule. Dans son épuisette, Jean-Michel a réussi à attraper une cistude. L’animal rentre la tête. « C’est une belle femelle. » Le plastron, « son empreinte digitale », est plat, sa queue est assez fine (au contraire, chez les mâles le plastron est concave pour permettre la reproduction). Ses yeux sont clairs, presque dorés. Sur sa tête et ses pattes, de multiples taches jaunes.

Simon et Jean-Michel sortent une caisse à outil. Dedans, quelques fiches, une balance, une lime et une clé à mesure. « On va lui faire une fiche d’identité », explique le naturaliste. Ses stries de croissances ne sont quasiment plus visibles, signe que l’individu est assez âgé : elle a au moins une quinzaine d’années. La balance affiche 930 grammes. « C’est la bête la plus grosse que j’ai jamais vue. C’est un record gersois », s’exclame Jean-Michel. « Elles sont bien nourries dans la station d’épuration », rit Simon. En moyenne, les cistudes pèsent entre 500 et 600 grammes. Après l’examen, c’est l’heure de la photo d’identité. Jean-Michel manipule avec précaution la carapace pour photographier le plastron. « Il faut toujours éviter de mettre une tortue sur le dos, car son poids risque d’écraser ses poumons. »

mesures de la cistude

Jean-Michel Catil mesure délicatement le reptile. © Maxime Reynié/Reporterre

Dernière étape, et pas des moindres pour les deux naturalistes, « la séance de manucure » — le marquage —, qui permettra de suivre l’évolution de la population. Une écaille de la carapace est limée pour pouvoir reconnaître la cistude et la différencier de ses congénères. « Ça vibre, elle doit se demander ce qu’il se passe, mais c’est indolore. C’est une méthode de marquage non invasive et durable. » Avec ses longues griffes, l’animal commence à s’éloigner en labourant les herbes. Il est l’heure de la replacer dans le bassin, et en quelques secondes, elle a disparu. Nous continuons pendant quelques minutes à observer les fossés à la recherche de jeunes cistudes. Sans succès, il faudra revenir une autre fois.

Le deuxième site, au bord de l’Adour, à une trentaine de kilomètres de Manciet, se prête moins à la cartographie des populations de cistudes, mais c’est un paradis pour l’observation. Sous les arbres, tout est calme. L’eau du fleuve s’écoule paresseusement. Un ragondin se laisse flotter, le museau en l’air. Et partout, où que l’on pose le regard, on voit des cistudes et des tortues de Floride, reconnaissables grâce à leurs tempes rouges. Ici, les deux animaux sont souvent en concurrence pour les places ensoleillées. « C’est une sorte de hot spot pour les cistudes du Gers. Et ici aussi, l’enjeu est de recréer et entretenir les zones de ponte. » On resterait bien plus longtemps dans cette quiétude. Mais il est déjà l’heure de rentrer.

 

La population de loups gris progresse en France, mais à un rythme plus lent

le loup gris

La population de cette espèce est estimée à 624 individus adultes contre 580 un an auparavant, soit une progression de 7 %.

Le Monde avec AFP

Le loup gris, éradiqué en France par l’homme, a fait son retour en 1992 en provenance d’Italie et étend petit à petit son territoire. GARY KRAMER / AP

La population de loups gris progresse en France, mais à un rythme plus lent, a annoncé, vendredi 9 juillet, l’Office français de la biodiversité (OFB) à l’Agence France-Presse (AFP), avec un niveau d’attaques élevé contre les troupeaux.

Au sortir de l’hiver 2020-2021, la population de cette espèce est estimée à 624 individus adultes contre 580 un an auparavant, soit une progression de 7 %, a précisé Nicolas Jean, chargé du suivi des grands prédateurs à l’OFB. En 2020, la progression avait été de 9 % et encore plus marquée les années précédentes. « Il y a un tassement de l’accroissement de l’effectif de population » de cette espèce protégée en France et en Europe, mais « il ne faut pas être alarmiste », a-t-il commenté.

Les explications sont multiples : « Une des plus probables est l’impact des tirs car on prélève 20 % de l’effectif » des loups, a souligné Nicolas Jean, un pourcentage qui comprend les tirs officiels pour protéger les troupeaux mais aussi les actes de braconnage, ce à quoi s’ajoutent les morts dues à des maladies et aux collisions avec des voitures.

Le loup gris, éradiqué en France par l’homme, a fait son retour en 1992 en provenance d’Italie et étend petit à petit son territoire. Si des loups isolés sont observés dans de nouveaux départements, comme en Seine-Maritime (avril 2020), dans l’Aube et la Haute-Marne (automne 2020), sa présence reste concentrée dans les massifs alpins et provençaux. Sept nouvelles meutes ont été identifiées dans le secteur alpin, a fait savoir Nicolas Jean. Le plan national loup prévoyait d’atteindre seulement en 2023 un seuil de 500 individus.

Les éleveurs indemnisés pour leurs animaux tués

« Pour la troisième année (…), les dommages sur troupeaux se stabilisent » mais restent à un niveau élevé, avec environ 3 700 constats d’attaque faits en 2020, une grande partie se concentrant en Auvergne-Rhônes-Alpes, selon la direction régionale de l’environnement d’Auvergne-Rhônes-Alpes.

L’Etat indemnise les éleveurs pour leurs animaux tués, blessés ou disparus lors des attaques, ainsi que les coûts de réparation et le remplacement du matériel endommagé. Les éleveurs doivent en contrepartie mettre en place des mesures de protection (gardiennage par des bergers, chiens de protection, enclos la nuit…).

« De plus en plus d’attaques sont constatées à proximité des bergeries et à quelques kilomètres des centres-villes », s’alarme la Fédération nationale ovine dans un communiqué. « Les moyens de protection proposés par l’Etat » sont « vite obsolètes » et « la multiplication des chiens de protection [est] une nuisance pour le voisinage, un danger pour les randonneurs ». La fédération demande « plus d’interventions des services de l’Etat dans les zones où les loups sont présents, pour les dissuader d’attaquer et leur apprendre à craindre les troupeaux ».

L’Etat commence « à structurer la filière des chiens de protection », souvent des patous ou des bergers d’Anatolie, souligne Nicolas Jean. Presque 5 000 chiens sont financés chaque année.

Pour Patrick Leyrissoux, vice-président de l’association Ferus qui milite pour la cohabitation avec les grands prédateurs, la solution n’est pas de tuer plus de loups gris. « L’efficacité des tirs létaux n’a pas été démontrée au niveau international » pour réduire le niveau de prédation, dit-il. Il plaide pour plus de « contrôles sur le terrain pour savoir si les moyens de protection sont effectivement et correctement mis en place ».

Le Monde avec AFP

 

Le broyage des poussins et la castration des porcelets interdits dès 2022

le boyage des poussins

Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a confirmé la fin de ces deux pratiques d’élevage controversées.

Par Jade Toussay

AGRICULTURE – Un pas de plus en faveur du bien-être animal. Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a confirmé ce dimanche 18 juillet la fin, dès le 1er janvier 2022, du broyage des poussins et de la castration des porcelets dans les élevages, deux pratiques controversées. 

L’engagement avait été pris dès 2019 par son prédécesseur rue de Varennes: le broyage des poussins mâles ne sera plus autorisé en France à partir du 1er janvier prochain. “Je peux vous annoncer que la France est le premier pays au monde, avec l’Allemagne, à mettre fin au broyage et au gazage des poussins mâles”, a affirmé Julien Denormandie dans une interview au Parisien

Pour y parvenir, les professionnels de l’agriculture ont travaillé main dans la main avec les scientifiques, pour mettre au point une technique qui permet d’identifier le sexe de l’œuf avant son éclosion. “La technique de sexage dans l’œuf choisie permet de distinguer, à travers la coquille, la couleur des plumes des embryons mâles, différente de celle des embryons femelles. De ce fait, cela permet de ne plus avoir à éliminer 50 millions de poussins mâles juste après leur naissance chaque année en France”, a expliqué le ministre. 

+0,01€ pour le consommateur à l’achat

Toutefois, il faudra sans doute attendre quelques mois pour que le broyage cesse véritablement d’être employé. Le temps “d’adapter les machines utilisées jusqu’à aujourd’hui à petite échelle ou en laboratoires, à une dimension industrielle”, a précisé le ministre et aussi le temps pour les éleveurs de s’équiper.

Selon Julien Denormandie, “les machines seront installées pour deux tiers de la production en France dès la fin du premier trimestre 2022.”

Pour financer ce nouvel équipement, estimé à “plusieurs millions d’euros” par machine, les éleveurs pourront compter sur le soutien de l’État, qui “accordera 10 millions d’euros sous forme de subventions, dans la limite de 40 % du montant de chaque investissement.”

“Nous travaillons également avec l’ensemble des acteurs pour une juste répartition des coûts tout au long de la chaîne”, a précisé le ministre. L’impact sur le consommateur devrait cependant rester minime, avec une augmentation du prix d’achat estimée à 1 centime d’euro en plus pour une boîte de six œufs.

Vers une harmonisation européenne? 

Avant de limiter les pertes face à la concurrence, le ministre de l’Agriculture français a indiqué qu’il défendra une harmonisation de cette loi à l’échelle européenne. “Plusieurs pays, le Luxembourg, le Portugal, l’Espagne, l’Autriche et l’Irlande se sont d’ores et déjà associés à notre démarche”, fait valoir le ministre. 

Quant à la castration des porcelets, elle sera aussi interdite dès le 1er janvier 2022, avec deux options possibles pour les éleveurs: renoncer purement et simplement à la castration ou alors, pour les filières où la pratique reste nécessaire, y recourir avec une anesthésie locale qui diminue les souffrances de l’animal. C’est notamment le cas en charcuterie, comme l’a précisé Julien Denormandie.  

Les pisseurs de glyphosate publient des résultats alarmants

Les tout premiers résultats de la Campagne Glyphosate sont alarmants : près de 7 000 personnes ont participé à l’action débutée en 2018 en urinant dans un bocal. Et 99,7 % d’entre eux présentent des traces importantes de cet herbicide dangereux.

Rennes (Ille-et-Vilaine), correspondance­

Installer des paravents pour que les participants puissent se déshabiller sereinement, accueillir l’huissier de justice, émarger, étiqueter, faire chauffer les tubes pleins d’urine et sceller le tout. On est loin des banderoles et des slogans des actions habituelles. Pendant deux ans, les militants engagés dans la Campagne Glyphosate France ont organisé des collectes d’urine pour détecter les résidus de la molécule du glyphosate. Ce produit herbicide dangereux pour la santé et l’environnement reste autorisé, malgré les promesses d’Emmanuel Macron. Les premiers résultats de la campagne, qui viennent d’être publiés, sont alarmants : 99,7 % des 6 796 participants [1] présentent des traces de cet herbicide dans leurs urines.

En moyenne, 1,17 nanogramme de glyphosate par millilitre (ng/ml) a été retrouvé sur ces personnes âgées de 6 mois à 94 ans, « soit un taux près de douze fois supérieur à la norme [européenne] de qualité de l’eau qui est de 0,1 ng/ml ». Le plus fort taux atteint même 7,01 ng/ml. Des chiffres édifiants, à la hauteur de cette campagne de longue haleine.

De juin 2018 à janvier 2020, ces 6 796 participants sont arrivés à 6 heures du matin un samedi, à jeun, pour passer aux toilettes et effectuer un prélèvement. « C’était un moment surréaliste, sourit Jérôme Niay, ingénieur en agroalimentaire qui a orchestré la pisserie de Rennes en juin 2019. Vivre ensemble ce moment incongru et ensuite partager le petit-déjeuner, cela crée des liens forts et durables. » Toutes les personnes qui sont venues ce samedi matin de 2019 se sont revues cinq mois plus tard pour déposer d’un bloc leur plainte au tribunal de Rennes. « Maintenant, on attend le procès, qui n’est pas encore prévu. » Il faudra en effet être patient, probablement compter des années. « Avec mon travail, dit l’ingénieur en agroalimentaire, j’ai l’habitude de travailler sur des dossiers pendant trois ou cinq ans, la durée de la campagne ne me faisait pas peur. »

« Tout le monde était imprégné de glyphosate »

En Bretagne, une association dédiée aux collectes d’urine a été créée : les Pisseurs involontaires de glyphosate, les Pig, allusion aux nombreux élevages porcins de la région. Ensuite, chaque territoire a pu créer sa propre association pour gérer les flux d’argent. Chaque participant a déboursé 90 euros pour l’analyse d’urine, 135 avec le dépôt de plainte.

Patrick Chatelet

Patrick Chatelet, par exemple, a ainsi pu organiser une collecte dans la salle polyvalente de Dolo, dans la campagne des Côtes-d’Armor : « Les gens te donnent de l’argent et attendent des résultats concrets. Il fallait assurer. »

Patrick Chatelet attend beaucoup du futur procès pour mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée et atteinte à l’environnement. © Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre

Au moment de prendre sa retraite en 2018, Patrick s’est installé à Plédéliac, près de Lamballe. Déjà engagé à Greenpeace lorsqu’il vivait à Dunkerque, où il était « plus impliqué dans les actions que dans le suivi des dossiers », il a voulu rendre utile son temps disponible : « Je ne voulais pas rester inactif. » Un ami lui a parlé de la pisserie de Pontivy, la première de Bretagne en février 2019, qui a servi de test et formé les référents locaux sur le protocole à suivre. « Je pensais y aller pour prendre des infos et les transmettre ensuite à quelqu’un d’autre. » Finalement, Patrick s’est impliqué plus que prévu, « ça m’a bien pris la tête », sourit-il.

Pas très loin de chez lui, Laëtitia Rouxel, elle, s’est chargée de mettre en place une collecte à Dinan, en juin 2019. « C’était stressant, il y avait un huissier, il fallait bien respecter le protocole. » Peu de temps après, les résultats d’analyse sont arrivés et il a fallu les envoyer aux participants. « Pour notre collecte à Dinan, le taux de glyphosate allait de 0,50 à 2,50 ng/ml d’urine », se souvient Laëtitia. Encore bien au-dessus du seuil de 0,1 ng/ml autorisé pour les résidus toxiques agricoles dans l’eau potable. « C’est un jeune homme de 15 ans qui a eu le taux de 2,50 ng/ml. Ça l’a bousculé, il était en colère. Moi, j’ai failli faire tester ma fille qui avait 2 ans et demi à l’époque. J’ai renoncé, j’avais peur que ça me secoue trop. »

Et puis il y a eu les dépôts de plainte : « On est allés au tribunal de Saint-Malo presqu’un an après, c’était long, mais ce sont des étapes qui structurent le groupe. »

mobilisation des pisseurs de glyphosate

Une mobilisation des Pisseurs involontaires de glyphosate en avril 2020. © Pig Bzh

Habituée aux pétitions, manifestations et actions spectaculaires, Laëtitia a eu vent de la Campagne Glyphosate en voyant une affiche dans les toilettes d’un salon bio. Le lieu idéal pour faire la promotion des pisseries. « J’ai trouvé que c’était une super idée, qu’aller en justice pouvait être efficace. » Elle espère que « cette future action judiciaire aura l’effet d’un bulldozer ».

À Rennes, Jérôme Niay en est également convaincu : « En allant sur le terrain juridique, on enlève le caractère émotionnel de la contamination. On pose les éléments du débat avec des faits objectifs et scientifiques. » Patrick Chatelet, de Plédéliac, espère aussi beaucoup du procès dont la date se fait attendre. Tout comme Isabelle Georges, qui s’occupe de la coordination à l’échelle de la Bretagne. Pour elle, cette action judiciaire « est du concret. On provoque le changement, on ne le réclame pas ». Durant deux ans, elle a passé des soirées à composer une carte recensant les pisseurs bretons, avec « un point par personne ». Un travail minutieux « qui permet de se rendre compte qu’on est loin d’être seul ». De se rendre compte, aussi, de l’ampleur du problème : « Nous avons démontré que tout le monde était imprégné de glyphosate. On le voit dans les urines. »

les pisseurs involontaires

Les Pisseurs involontaires de glyphosate affichant la concentration de l’herbicide présente dans leurs urines, en 2018. © Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre

Près de 5 000 plaintes déposées

En Bretagne, 26 pisseries ont été organisées depuis 2018, 800 prélèvements effectués et 708 plaintes déposées. En France, 175 pisseries ont été mises en place dans 63 départements, 6 848 prélèvements d’urine ont été effectués (dont 6 796 ont pu être analysés) et près de 5 000 plaintes déposées. 800 autres sont encore à déposer avant d’engager tous ensemble le procès.

Et pourtant, les 6 796 pisseurs, dont l’âge moyen est de 51 ans, ne sont pas représentatifs de la population française. La plupart d’entre eux vivent en zone rurale, font du sport, fument peu et 20 % se déclarent végétariens. La moitié de la cohorte mange largement bio, et lorsqu’elle consomme de la bière, du vin ou un jus de fruits, il est bio plus de la moitié du temps. « Il est à craindre que les résultats sur l’ensemble de la population française soient beaucoup plus inquiétants », s’interroge ainsi la Campagne Glyphosate dans son rapport.