Pourquoi les oiseaux arrivent à dormir debout

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L’humain d’un côté et les oiseaux de l’autre sont seuls à partager la bipédie, mais celle des volatiles repose sur un mécanisme bien particulier, la tenségrité, qui pourrait trouver des applications en robotique, selon une étude publiée le 15 novembre 2023.

« L’oiseau est un « animal à la fois très proche et très éloigné de nous »

Cette flexion, que l’humain ne peut tenir qu’un court moment et au prix d’un certain effort, n’empêche pas les dix mille espèces d’oiseaux recensées dans le monde de dormir debout, rappelle l’étude publiée dans la revue Interface de la Royal Society britannique.

Et si on ne s’est jamais vraiment posé la question de savoir pourquoi, c’est peut-être parce que l’oiseau est un « animal à la fois très proche et très éloigné de nous, dont on s’est intéressé surtout au vol et au comportement »,suppose la première autrice de l’étude, Anick Abourachid, du laboratoire Mecadev (Mécanismes adaptatifs et Evolution) du Muséum national d’histoire naturelle de Paris.

Chez l’humain, l’équilibre dépend d’un squelette travaillant en compression. Les forces s’y propagent verticalement, par gravité, de la tête aux pieds. L’oiseau a une structure différente, avec un tronc plus horizontal, allant d’une courte queue osseuse, via une colonne vertébrale quasi rigide, jusqu’à un long cou puis la tête.

Ce tronc est comme en équilibre sur des jambes, constituées de trois os assez longs, qui forment une sorte de Z avant d’arriver aux pattes. Une structure héritée de leurs ancêtres dinosaures.

L’équipe de Mecadev propose que ce système repose sur la tenségrité. Il permet à l’animal de rester « stable avec un coût énergétique minimal, c’est-à-dire sans quasiment aucun effort musculaire grâce à une tension passive »,selon l’étude.

La tenségrité, mot dérivé de l’anglais alliant les notions de tension et d’intégrité, désigne la faculté d’une structure à conserver son équilibre par un jeu de tension et de compression. Comme pour un pont suspendu dont le tablier tient par un équilibre entre câbles et piliers, à la différence d’un pont classique, qui repose sur la seule compression du tablier et de ses piles.

« Couche de plume »

Chez l’oiseau, « une fois que la structure est mise sous tension, il n’y a pas besoin d’énergie pour la faire tenir debout », dit la Pr Abourachid.

Les oiseaux conservent ainsi leur équilibre avec un minimum d’effort, même sur un câble électrique ou une branche secouée par le vent. Un exploit réservé aux pratiquants humains de « slackline », s’apparentant au funambulisme, mais de préférence sans vent.

Pour tester leur hypothèse, les chercheurs de Mecadev ont conçu avec l’aide de ceux du Laboratoire des sciences numériques de l’Université de Nantes (LS2N) un modèle mathématique mariant biologie et robotique.

Un des rares oiseaux dont la posture a été étudiée par rayons X

Ils ont utilisé les études sur un des rares oiseaux, un passereau de l’espèce Diamant mandarin, dont la posture a été étudiée par rayons X. « C’est la seule façon de comprendre la posture du squelette, parce que tout ce qu’on voit d’un oiseau c’est une couche de plumes avec le bec d’un côté et les pattes de l’autre », dit la chercheuse.

Le modèle fonctionne avec quatre câbles remplaçant les tendons et muscles de la jambe d’un oiseau, et allant du sacrum jusqu’à la patte en passant par chaque articulation.

Une juste tension des câbles permet à l’animal modélisé de trouver son équilibre, jambes pliées. Dans la réalité, un oiseau compte une quarantaine de muscles lui permettant non seulement de rester debout mais aussi, selon l’espèce, de courir, nager, prendre son envol, saisir de la nourriture ou se défendre.

Les chercheurs réfléchissent à des modèles plus complexes pour reproduire le comportement des oiseaux en mouvement. Avec l’ambition de trouver une application en robotique – les robots bipèdes s’inspirent souvent du modèle humain.

Le modèle aviaire permettrait à un robot bipède de maintenir une posture fixe pendant longtemps, pour de l’observation par exemple, avec une dépense énergétique minime.

Source : Sciences et Avenir

 

Oiseaux écrasés contre les vitres : les architectes peuvent les sauver

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Parmi les solutions faciles à mettre en œuvre, on peut citer le « film anti-oiseaux » à mettre sur les vitres. – Pxhere/CC0

L’architecture des villes peut permettre de prévenir les collisions avec les oiseaux, écrit l’auteur de cette tribune. Des formes de bâtiments adaptées, éteindre les villes la nuit… des solutions existent.

Paul Dobraszczyk est maître de conférences en architecture, à l’University College de Londres.

 

Au moins 1 000 oiseaux ont été tués en une journée, début octobre, et cela pour un seul et unique bâtiment. Il s’agit du McCormick Place Lakeside Center, à Chicago, le plus grand centre de congrès d’Amérique du Nord. Paradigme du modernisme architectural, le Lakeside Centre a été construit par étapes entre 1960 et 2017, et est un mastodonte d’acier, de béton et de verre.

Bien que la façade de verre presque ininterrompue du bâtiment ne soit pas particulièrement haute par rapport aux normes contemporaines, elle pose un sérieux problème aux oiseaux. C’est surtout le cas la nuit, car l’éclairage intérieur les désoriente. Le millier d’oiseaux tués ce jour-là ne représentait qu’une petite partie des millions d’oiseaux migrateurs qui se déplaçaient vers le sud du continent pour rejoindre leurs aires d’hivernage — un voyage que ces animaux effectuent deux fois par an.

Ce qui rend cette mort massive d’oiseaux inhabituelle, ce n’est pas le nombre d’animaux morts (l’American Bird Conservancy estime que jusqu’à 1 milliard d’oiseaux subissent le même sort chaque année), mais le fait qu’elle ait autant attiré l’attention du public. Ce qui a été rendu possible par le Chicago Bird Collision Monitors, un groupe de bénévoles qui enregistre les collisions d’oiseaux dans la ville depuis 2003. D’après les données recensées par le groupe, il s’agit du plus grand nombre d’oiseaux morts enregistrés pour un bâtiment en une seule journée.

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La forme de l’Aqua Tower empêche les oiseaux de voler dans les fenêtres du bâtiment. Flickr/CC BY-NC 2.0 Deed/Maciek Lulko

L’un des moyens de prévenir les collisions avec les oiseaux est d’accorder plus d’attention à la conception architecturale des bâtiments en verre dans les villes. Chicago a donné l’exemple en 2009 lorsque l’architecte américaine Jeanne Gang a achevé la construction de l’Aqua Tower. Sa façade en forme de vague et son verre fritté ont été notamment conçus pour empêcher les oiseaux de voler dans les fenêtres du bâtiment. Le verre fritté est imprimé avec de l’encre et contient de très petites particules de verre broyé, ce qui lui donne un aspect givré ou légèrement opaque.

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres des multiples efforts déployés par Jeanne Gang pour « naturaliser » les gratte-ciel, ces bâtiments généralement composés de lignes droites en raison de leur ossature en acier ou en béton. Or, comme l’a dit un jour l’architecte catalan Antoni Gaudí, « il n’y a pas de lignes droites ni d’angles aigus dans la nature ».

Forme des bâtiments, vitres anti-oiseaux

Les balcons de l’Aqua Tower sont ainsi incurvés afin d’adoucir les bords durs d’un gratte-ciel par ailleurs conventionnel. L’effet d’ondulation, semblable à une vague, permet également de minimiser le cisaillement du vent et de créer de l’ombre. En tandem avec le verre fritté, les qualités réfléchissantes et les bords durs du verre sont atténués, ce qui permet d’éviter toute confusion, en particulier la nuit.

Cette tour montre que des caractéristiques architecturales choisies pour améliorer la qualité de vie des humains peuvent également profiter à d’autres êtres vivants. Ce défi a aussi été relevé par l’architecte Joyce Hwang, basée à Buffalo (États-Unis), dans son projet No Crash Zone en 2015. Joyce Hwang a temporairement appliqué des motifs sur les fenêtres du Sullivan Center à Chicago, évidemment pour dissuader les oiseaux de traverser les façades vitrées, mais aussi pour ajouter un intérêt esthétique au matériau lui-même.

Pour Joyce Hwang, les architectes peuvent toujours utiliser du verre pour les bâtiments, mais avec un peu d’imagination, ils peuvent y intégrer des ornements graphiques à la fois agréables pour les humains et qui présentent un plus faible potentiel de distraction pour les autres créatures.

Parmi les solutions plus faciles à mettre en œuvre, on peut citer le « film anti-oiseaux » : un film stratifié de points appliqué sur le verre pour aider les oiseaux à voir les fenêtres comme des objets, plutôt que comme transparentes, ce qui minimise le risque de collision. Cette option a été adoptée par l’université Columbia à New York ainsi que par plusieurs autres bâtiments de la ville, y compris un hôtel, un cimetière, un centre de courrier et un terminal de ferry.

Éteindre les villes la nuit

Le problème le plus difficile à résoudre, lorsqu’il s’agit de protéger les oiseaux, tient à la façon dont les humains utilisent la lumière artificielle.

En 2019, on a découvert que l’installation Tribute in Light, organisée chaque année à New York pour marquer l’anniversaire des attentats du 11 septembre, désorientait et épuisait les oiseaux migrateurs. Les oiseaux sont attirés par les faisceaux lumineux de l’installation, qui éclairent sur une hauteur de 4 miles (plus de 6 kilomètres). Piégés par le spectacle, ils dévient de leurs routes migratoires.

En 2020, il a été décidé d’éteindre périodiquement les lumières, puis de les rallumer, afin que les oiseaux, même s’ils sont désorientés par le dispositif, puissent se rétablir et poursuivre leur chemin.

« Aujourd’hui, la ville éclairée ne s’éteint que dans des circonstances extrêmes »

Une étude menée en 2021 à Chicago a montré comment l’application d’un tel principe peut être généralisée : en éteignant la moitié des lumières des grands bâtiments pendant la nuit, les collisions avec les oiseaux pourraient être divisées d’un facteur 6 à 11. Une modification de la loi est d’ailleurs débattue à New York afin d’interdire l’éclairage nocturne des bâtiments inoccupés. De nombreux tribunaux, bibliothèques et écoles publiques de la ville éteignent déjà leurs lumières pendant la saison de migration des oiseaux.

Il n’est pas certain que ces changements suffisent à susciter une transformation plus large des attitudes à l’égard de la lumière artificielle dans les villes. Après tout, l’éclairage nocturne est lié au rythme 24h/24, 7j/7 des villes qui ne dorment jamais. Celles-ci ont vu les cycles naturels de la lumière et de l’obscurité disparaître depuis longtemps. Aujourd’hui, la ville éclairée ne s’éteint que dans des circonstances extrêmes, comme les pannes d’électricité généralisées qui ont frappé la ville de New York après l’ouragan Sandy en octobre 2012.

Pourtant, les gens pourraient trouver des moyens d’utiliser moins de lumière artificielle. L’obscurité est un élément vital de la nature. Elle permet aux animaux et aux plantes de se reposer et de s’abriter. Pour les oiseaux migrateurs, l’obscurité est un lieu sûr ; elle leur permet également de percevoir le monde comme ils en ont besoin, la lumière de la Lune et des étoiles (et leur sensibilité au champ magnétique terrestre) guidant leurs longs voyages.

La protection des oiseaux migrateurs pourrait ainsi remettre au goût du jour l’observation du ciel nocturne. Comme si le fait de rendre les villes plus accueillantes de nuit pour les oiseaux pouvait également aider leurs résidents humains à renouer avec la beauté de la nature et l’émerveillement face aux cieux étoilés.

Cette tribune a été initialement publiée sur le site The Conversation.

Elles guident des oiseaux migrateurs par ULM pour les sauver de l’extinction

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Pour permettre aux ibis érémites de repeupler l’Europe, des scientifiques les guident en ULM sur des nouvelles routes migratoires. Récit d’une épopée de plusieurs milliers de kilomètres, du lac Constance à l’Andalousie.

Vejer de la Frontera (Andalousie), reportage

Elle est assise au milieu d’une trentaine d’oiseaux noirs, cous élancés, têtes chauves prolongées par un long bec orange recourbé. Elle les caresse, leur parle. Elle saurait reconnaître chacun d’entre eux. Avec sa collègue « Babsi », elle les a élevés. Elle les a vu battre des ailes pour la première fois et leur a appris à parcourir de longues distances.

Puis, elle a volé à leurs côtés, à bord d’un ultra léger motorisé (ULM), pour les guider jusqu’ici, dans le sud de l’Espagne, à 2 300 km de leur Allemagne natale, entre le 21 août et le 3 octobre. Une route que les ibis érémites, qui avaient disparu en Europe, n’avaient probablement plus parcourue depuis 400 ans.

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Les membres de la la WaldrappTeam ont vu grandir ces ibis. © WaldrappTeam

L’heure des adieux approche. « Je suis heureuse car nous les avons élevés pour qu’ils volent libres un jour. Mais nous avons noué un lien tellement profond, et je sais qu’il y en a que je ne reverrai plus, ou que certains ne survivront pas », dit Helena Wehner, 26 ans. Avec Barbara Steininger, Babsi, 29 ans, elle est « mère adoptive » dans la WaldrappTeam (« équipe ibis érémite » en français), qui travaille à la réintroduction en Europe centrale de cette espèce qui a frisé l’extinction totale au niveau mondial dans les années 1990.

Nouveau voyage      

Elles passent de moins en moins de temps avec leurs protégés, pour les déshabituer à la présence humaine. Barbara vient de repartir. Helena rentre le 26 octobre. Les oiseaux doivent rester encore un peu dans une volière, le temps d’assimiler que le voyage est fini et de s’acclimater à leur résidence d’hiver, Vejer de la Frontera, non loin de Gibraltar, en Andalousie. Ils seront définitivement libérés début décembre.

Les oiseaux ont grandi à Hilzingen, dans le sud-ouest de l’Allemagne, près du lac Constance. Quand leur horloge biologique marquera l’heure de se reproduire, d’ici au moins un an et demi, leur instinct les poussera à retourner vers cette petite commune verdoyante. Puis, ils referont le voyage chaque année, et montreront le chemin à leurs descendants. C’est, en tout cas, le plan.

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La méthode a déjà fait ses preuves. Aujourd’hui, autour de 250 ibis érémites vivent libres autour du lac Constance. Nombre d’entre eux sont nés en liberté, et migrent chaque année sur la route que leurs géniteurs leur ont enseignée.

« Nous menons des migrations guidées par des humains depuis 2003, les premières étaient des tests, raconte Johannes Fritz, fondateur et chef de projet de la WaldrappTeam. En 2011, les oiseaux sont revenus pour la première fois. Nous avons beaucoup amélioré la technique depuis. » Jusqu’ici les colonies d’ibis érémites réintroduites autour du lac Constance migraient vers la Toscane, en Italie. À quelque 800 km en traversant les Alpes.

Mais le changement climatique est venu tout bouleverser. « Ces deux dernières années, les ibis sauvages ont commencé la migration plus tard que d’habitude, en novembre », raconte Helena. Les étés s’allongent et la douceur des automnes ne pousse plus les migrateurs à partir en septembre, comme avant. Mais en novembre, la neige couvre déjà les hauteurs des Alpes, qui se transforment en piège mortel. Une cinquantaine d’oiseaux ont dû être secourus l’an passé. D’autres sont probablement morts.

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Des migrations rendues tardives par le changement climatique mettent en danger ces oiseaux. © WaldrappTeam

La solution a surgi d’un incident. Lors de la précédente migration guidée, en 2022, un des ibis s’est perdu. Au lieu de revenir sur ses pas, le réflexe habituel, Ingrid a poursuivi sa route sur un tout autre chemin… « Nous l’avons retrouvé près de Malaga », dit Miguel Ángel Quevedo, vétérinaire au zoo de Jerez de la Frontera.

« Ce sont des oiseaux très sociables »

Il coordonne le seul autre programme de réinsertion d’ibis érémites en Europe. Avec ses collègues, Quevedo a patiemment installé une colonie sédentaire de quelque 250 individus dans les parages de Vejer de la Frontera. Menée jusqu’à eux, Ingrid s’est parfaitement intégrée. « Ce sont des oiseaux très sociables », précise le vétérinaire.

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La sociabilité de ces ibis permet aux oiseaux isolés d’être bien intégrés dans des colonies déjà constituées. © WaldrappTeam

La mésaventure d’Ingrid et son heureux dénouement ont donné une idée à la WaldrappTeam : la prochaine migration guidée mettra le cap sur l’Andalousie. 2 300 km, en six semaines et dix-huit étapes. La plus longue route jamais réalisée moyennant cette technique a eu droit à son journal de bord :

17 avril 2023. « Notre groupe est au complet ! Les deux retardataires à l’éclosion ont rejoint leur nouveau nid aujourd’hui. » 35 poussins en tout. « Nous étions avec eux de 7 heures du matin à 10 ou 11 heures du soir. Le plus important était d’avoir des contacts sociaux avec eux », se souvient Barbara. « Come, come, waldy ! Come come ! » répètent-elles à chaque fois qu’elles vont les nourrir. « Ça les conditionne. Dès qu’ils entendent ce son, ils savent qu’il y a une récompense, sous forme de nourriture », explique Helena.

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Le voyage vers l’Andalousie était entrecoupé de dix-huit étapes. © WaldrappTeam

25 mai. « Nos trois derniers ibis ont pris leur envol. […] Les préparatifs pour l’entraînement au vol avec l’ULM commencent. » Pour réduire la peur de l’engin, le son du moteur est diffusé par haut-parleur dans la volière. Le véhicule est installé à côté, ou manœuvre non loin, pour les habituer à sa présence.

« Ma mère est là-dedans, et je peux voler à côté »

10 juin. Premier vol hors de la volière. Les choses sérieuses commencent. D’abord, les oiseaux tournoient au-dessus de leurs mères adoptives, à pied. « Come waldy ! Come », lancent-elles. Puis un ULM roule au sol, sans voile, poussé par son hélice.

Haut-parleur à la main, Helena lance son cri de ralliement depuis l’habitacle : « Come, waldy ! » « Au début, ils suivent de loin. Juste grâce au son de nos voix. On fait d’abord un petit saut, d’un champ à l’autre. Puis on élargit la distance. Le grand pas, c’est quand ils comprennent : “Ok, ma mère est là-dedans, et je peux voler à côté” », traduit Barbara. Elles les entraînent à rester groupés, proches de l’engin. À parcourir des distances de plus en plus longues. Renforcer leur mental aussi, pour qu’ils tiennent le rythme, malgré l’effort.

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Les ibis ont été habitués aux ULM avnat le grand envol. © WaldrappTeam

« Quand nous avons le vent dans le dos, on peut atteindre 60 ou 70 km/h et les oiseaux s’amusent beaucoup. S’il vient contre nous, on sent qu’ils peinent. On se dit “zut, on ne va pas arriver à la prochaine étape” », relate Helena. « On passe notre temps à les encourager : “Come, waldy ! Come !”, ça les anime. Ils reviennent à notre hauteur et nous félicitent en levant et en baissant légèrement la tête, cherchant le contact visuel. Ils se félicitent et s’encouragent les uns les autres aussi. »

Gare aux aigles

Les ULM doivent s’ajuster à la trajectoire et au rythme des ibis, qui peuvent soudain se mettre à tournoyer pour prendre un courant ascendant (pour économiser des forces), perdre la motivation, prendre peur. Un mauvais coup de vent, un autre dispositif volant qui s’approche trop ? Les ibis peuvent se perdre. Et ça arrive régulièrement. Mais ils reviennent généralement à l’étape précédente, où l’équipe les récupère.

L’incident le plus redouté : « Les attaques d’aigle. Ils n’attrapent pas nos ibis, mais ils sèment la panique et le groupe éclate complètement », rapporte Helena. Trois de ses protégés ne sont jamais arrivés à Vejer.

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Après un séjour en volière, les ibis allemands retrouveront la liberté auprès de la colonie espagnole. © WaldrappTeam

 

 « Regarde », se réjouit Babsi en pointant du doigt le vol d’une demi-douzaine d’ibis érémites en liberté, à quelques mètres du sol. Elle est assise non loin de la volière d’acclimatation, ce dimanche 15 octobre. De temps en temps, un ibis local vient se poser sur la volière de ses cousins allemands.

« Depuis le premier soir, un groupe d’ibis déjà en liberté dort dessus », explique Miguel Angel Quevedo. « Quand les nouveaux venus seront relâchés, les autres les accueilleront. Les nouveaux apprendront à vivre sur place en les imitant. »

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« Je suis heureuse car nous les avons élevés pour qu’ils volent libres un jour. Mais nous avons noué un lien tellement profond, et je sais qu’il y en a que je ne reverrai plus », dit Helena Wehner. Cette espèce a frisé l’extinction totale au niveau mondial dans les années 1990. © WaldrappTea

La mise en contact des deux populations devrait accélérer le processus qui mène à la viabilité de l’espèce en Europe sans intervention humaine, et favoriser sa dissémination le long de l’axe migratoire. C’est pourtant une grande question cette année : les nouveaux venus reprendront-ils la route ?

« Nous partons du principe que certains resteront avec le groupe sédentaire. Et peut-être que quelques ibis nés en Espagne partiront avec les migrateurs », dit Helena. Pour suivre le développement de l’expérience, les nouveaux venus viennent d’être équipés de balises GPS.

Pour apprendre comment se porte la faune, les scientifiques à l’écoute

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Un sifflement flûté et un trille aigu sur fond de bourdonnement grave d’insecte : c’est la musique d’une forêt à laquelle des scientifiques sont toute ouïe, pour avoir une idée de la biodiversité. L’enregistrement sonore de la forêt équatorienne fait partie de nouvelles recherches visant à déterminer comment l’intelligence artificielle (IA) pourrait étudier la vie animale dans des habitats en voie de régénération.

Bioacoustique

Lorsque les scientifiques souhaitent mesurer le reboisement, ils peuvent considérer de vastes étendues à l’aide d’outils tels que le satellite. Mais déterminer à quelle vitesse la faune sauvage revient dans une zone constitue un défi plus difficile, requérant parfois qu’un expert passe au crible les enregistrements sonores et isole les cris des animaux.

Jorg Muller, un professeur et ornithologue de l’Université de Wurzbourg, s’est demandé s’il existait une méthode différente. « J’ai vu l’écart qu’il nous reste à combler, notamment sous les tropiques, et les meilleures méthodes à avoir pour mesurer l’immense diversité« , explique-t-il à l’AFP. Il s’est tourné vers la bioacoustique, qui utilise le son pour en apprendre davantage sur la vie animale et ses habitats. Ce n’est pas un outil de recherche récent mais il est depuis peu associé à l’apprentissage informatique pour traiter plus rapidement de grandes quantités de données.

« Un outil puissant »

Jorg Muller et son équipe ont réalisé des enregistrements audio sur des sites de la région de Choco en Equateur, allant de plantations de cacao et de pâturages récemment abandonnés à des terres agricoles en cours de régénération après exploitation. Ils ont d’abord demandé à des experts d’écouter les enregistrements et de sélectionner les oiseaux, les mammifères et les amphibiens. Ensuite, ils ont effectué une analyse d’indices acoustiques, qui donne une dimension de la biodiversité fondée sur des mesures comme le volume et la fréquence des bruits. Enfin, ils ont fait deux semaines d’enregistrements en utilisant un programme informatique assisté par l’IA, conçu pour distinguer 75 cris d’oiseaux.

Le programme a permis de reconnaître de manière cohérente les cris d’oiseaux mais a-t-il pu identifier correctement la biodiversité de chaque emplacement ? Pour vérifier cela, l’équipe a utilisé deux données de base : une première provenant des experts qui ont écouté les enregistrements audio et une seconde reposant sur des échantillons de sons émis par des insectes de chaque endroit.

Même si le stock de sons disponibles pour entraîner le modèle d’IA signifiait qu’il ne pouvait reconnaître qu’un quart des cris d’oiseaux que les experts pouvaient identifier, il a néanmoins notamment été possible par cette méthode d’évaluer correctement les niveaux de biodiversité dans chaque endroit, assure l’étude parue le 17 octobre dans la revue Nature Communications.

« Nos résultats montrent que l’analyse du paysage sonore est un outil puissant pour surveiller le rétablissement des communautés fauniques dans les forêts tropicales extrêmement diversifiées« . « La diversité du paysage sonore peut être mesurée de manière efficace, économique et durable« , que ce soit dans les zones agricoles ou dans les forêts anciennes et en régénération, ajoute-t-on de même source.

Le problème des animaux silencieux

Il existe encore des lacunes, en particulier le manque de sons d’animaux sur lesquels former les modèles d’IA. Et cette approche ne permet de prendre en compte que les espèces qui annoncent leur présence. « Bien sûr, il n’y a aucune information sur les plantes ou les animaux silencieux. Mais les oiseaux et les amphibiens sont très sensibles à l’intégrité écologique, ils sont de très bons substituts« , a précisé M. Muller à l’AFP.

Source Science et Avenir

La fascinante stratégie de chasse des faucons pèlerins

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Un comportement étonnant a été observé chez les bécasseaux d’une baie en Colombie-Britannique, au Canada. Ils passent les heures de marée haute en vol, dans une formation très particulière leur permettant d’éviter des attaques de faucons pèlerins. Mais il se trouve que ces derniers ont peut-être réussi à détourner cette technique d’esquive à leur profit.

« Même si les prédateurs sont imaginés ayant des stratégies d’attaques très pointues dans les références de pop-culture, à l’instar des vélociraptors dans Jurassic Park, les biologistes restent beaucoup plus sceptiques quant à leurs véritables capacités d’organisation », raconte dans un communiqué le professeur Ronald Ydenberg de l’Université de Simon Fraser (Canada), principal auteur d’une étude portant sur l’attaque des faucons parue le 11 octobre 2023 dans Frontiers in Ethology. Pourtant, force est de constater que les observations qu’il a menées sur les faucons pèlerins (Falco peregrinus), face à des bécasseaux variables, démontre une tendance à réfléchir les attaques pour assurer plus de prises.

Les faucons et les bécasseaux variables de la baie Boundary

Les bécasseaux variables (Calidris alpina pacifica) sont des oiseaux limicoles (qui vivent sur les rivages) marins. Ce sont des êtres sociaux avec un fort instinct grégaire. Ils forment durant l’hiver des groupes de parfois plusieurs centaines d’individus et ratissent les vasières à la recherche de petits crustacés, d’insectes ou de vers. Ils sont très communs dans le monde, si bien qu’ils sont, en Europe, les oiseaux limicoles les plus représentés.

Normalement, ils passent une grande partie de leurs temps dans les vasières et suivent le rythme des marées. Ils se rapprochent par exemple des terres lorsque la marée est haute. Leur principal prédateur est le faucon pèlerin, rapace diurne emblématique de l’ordre des falconidés, qui est, entre autres, un ornithophage (mangeur d’oiseaux). Il attaque souvent grâce à une technique appelée « attaque furtive », qu’il met en place facilement quand les bécasseaux sont près de la terre, et que le ciel leur est en partie caché par la végétation.

Dans la baie Boundary, située dans la Colombie-Britannique, au Canada, le nombre de faucons a augmenté durant les années 1990, ce qui a créé l’émergence d’un nouveau comportement chez les bécasseaux : durant la marée haute, au lieu de s’éloigner du rivage, ils adoptent une formation de vol au-dessus de l’océan (abrégée « OOF »), ce qui d’une part est énergivore, mais de l’autre réduit les chances du faucon de réussir son attaque. Ainsi, les bécasseaux deviennent moins vulnérables et se protègent de leur prédateur. Cependant, cette technique ne peut se faire que si les conditions météorologiques sont favorables (du vent, pas de pluie).

Stratégie vraiment réfléchie ou simple coïncidence ?

Oui mais voilà, l’OOF n’est pas sans conséquence sur les bécasseaux. Rester en vol longtemps demande une grande quantité d’énergie et, par conséquent, un temps de ravitaillement plus important. Sauf que « le modèle Wolf-Mangel (théorie éthologique dominante, ndlr) suggère que des proies affamées vont investir plus d’effort dans la recherche de nourriture plutôt que dans la défense contre des prédateurs, chose que ces derniers peuvent exploiter », explique le professeur Ydenberg.

Les bécasseaux sont les plus vulnérables juste avant et juste après l’OOF (2h avant et 2h après) car ils ont respectivement besoin d’emmagasiner de l’énergie en profitant de la marée montante et besoin de se reposer et de chercher à se nourrir en exploitant une marée cette fois descendante.

Les scientifiques, au cours de leurs observations, se sont aperçus que les faucons avaient une tendance à effectuer de « fausses attaques » pour obliger les bécasseaux à partir plus tôt au-dessus de l’océan. En réalité, selon des ornithologues habitués à l’étude des faucons pèlerins, ils s’agiraient plutôt d’attaques avortées ou d’une sorte d’échauffement avant l’attaque réelle.

Mais, quelle que soit l’appellation, le résultat est le même : les bécasseaux s’envolent plus tôt, sans avoir pu se nourrir correctement et finissent bien plus fatigués. Ce qui les amène à devenir des cibles faciles pour des prédateurs aussi aguerris que les faucons. Stratégie vraiment réfléchie ou simple coïncidence, les éthologues n’ont pas encore tranché. « Il est possible que cela soit un comportement temporaire que nous avons observé, et non une réelle tactique de la part des faucons. Nous avons, par exemple, constaté que des individus moins expérimentés attaquaient tôt avant la marée haute, ce qui provoquait un OOF de la part des bécasseaux, tandis que des individus plus expérimentés attaquaient au retour des proies […] tester cette hypothèse (tactique ou comportement temporaire ?) nécessiterait de pouvoir reconnaitre chaque individu, ce qui est impossible », conclut le professeur Ydenberg dans le communiqué.

Source Sciences et Avenir

Deux nouvelles espèces d’oiseaux découvertes dans la jungle… ils sont vénéneux

oiseaux vénéneux

C’est une première depuis 20 ans. Deux nouvelles espèces d’oiseaux vénéneux ont été découvertes par des scientifiques danois en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Il s’agirait de deux espèces locales connues qui auraient développé des modifications génétiques.

Deux nouvelles espèces d’oiseaux ont été découvertes dans le fin fond de la jungle de Nouvelle-Guinée, une île de l’océan Pacifique, au nord de l’Australie. Ce sont deux chercheurs danois qui les ont découvertes lors de leurs dernières recherches, a annoncé l’Université de Copenhague (UCPH). Et leur particularité peut surprendre : leur plumage transporte une puissante neurotoxine qu’ils peuvent à la fois tolérer et stocker, ce qui fait d’eux des oiseaux vénéneux.

Ces deux oiseaux appartiennent en réalité à des espèces déjà connues et très présentes dans cette partie du monde, appelées Siffleur de Schlegel (Pachycephala schlegelii) et Siffleur à nuque rousse (Aleadryas rufinucha). Mais c’est la première fois que des spécimens vénéneux ont été documentés. Les scientifiques à l’origine de la trouvaille, Knud Jønsson du Musée d’histoire naturelle du Danemark et Kasun Bodawatta de l’UCPH, suggèrent qu’il s’agit d’une modification génétique qui leur a permis de développer la capacité de consommer de la nourriture toxique et de la transformer en son propre poison.

« Nous avons été vraiment surpris de constater que ces oiseaux étaient venimeux car aucune nouvelle espèce d’oiseau venimeux n’a été découverte depuis plus de deux décennies. En particulier, parce que ces deux espèces d’oiseaux sont si courantes dans cette partie du monde », a déclaré Knud Jønsson. C’est dans cette jungle luxuriante de Papouasie-Nouvelle-Guinée que vivent d’autres espèces de volatiles vénimeux, qui sont rares mais bien documentés, comme le Pitohui bicolore, un passereau de couleur noire et feu….

Article complet sur ça m’intéresse

Commentaire Perso : ces deux oiseaux sont connus depuis 1871 pour le siffleur vénéneux et 1874 pour le siffleur à queue rousse  (photos dans oiseaux.net)?????

L’étonnante installation d’un oiseau africain dans le Languedoc

Petit migrateur des savanes et forêts tropicales africaines, un martinet cafre a élu domicile dans les causses du Minervois. Une apparition inédite en France, qui titille la curiosité des ornithologues.

Minerve (Hérault), reportage

Le souffle de la brise porte l’odeur enivrante de la garrigue. Frôlant les genévriers et chênes kermès, une trentaine de martinets noirs s’adonnent aux plus périlleuses acrobaties. Depuis son nid, un monticole merle-bleu, passereau au plumage bleu-gris, observe ce ballet aérien. Soudain, une exclamation : « Oh je l’ai ! »

Un trille gazouillant a attiré l’attention de Thomas Vulvin. Jumelles clouées aux yeux, l’ornithologue héraultais de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) se précipite maladroitement d’une extrémité à l’autre du sommet de la falaise. L’oiseau tant convoité, une tache noire parmi tant d’autres, fend l’air à toute vitesse, et disparaît soudain dans une cavité. Bingo ! L’écologue sait désormais où niche le nouveau venu.

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Thomas Vulvin : « Le martinet cafre passe sa journée en haute altitude, pour chasser. » © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Ancien bastion cathare, le village de Minerve et ses majestueuses gorges, creusées par le lit de la Cesse, héberge une espèce d’oiseaux migrateurs jusqu’alors étrangère aux contrées françaises : le martinet cafre (Apus caffer).

Petit volatile à l’allure d’un boomerang, il arbore une courte queue fourchue. Deux petites taches blanches, à la gorge et au croupion, contrastent son manteau noir. « Pour la petite histoire, on doit sa découverte à un touriste belge, ornithologue dans l’âme, raconte Thomas Vulvin. En juillet 2020, il zieutait les martinets noirs, et soudain, il a aperçu d’inhabituelles petites fesses blanchâtres. »

La patience des écologues

Ce spécimen s’était-il égaré ? Allait-il revenir à la prochaine saison estivale ? Deux années durant, les écologues héraultais ont dû faire preuve de patience. Pourtant voilà qu’à l’été 2022, le petit baroudeur d’Afrique subsaharienne réapparut. Et bis repetita, cette année.

« Bon, ne volons pas la vedette aux Corses, sourit l’écologue. Je ne voudrais pas me fâcher avec eux. » Si aucun spécimen n’avait encore pris ses quartiers d’été en France continentale, une première nidification avait toutefois été observée en Haute-Corse l’an passé.

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Le martinet cafre se distingue grâce à ses taches blanches. CC NY 2.0 / Derek Keats / Wikimedia Commons

Thomas Vulvin abandonne les vignes du plateau calcaire, et s’engouffre dans le canyon. « Ce chemin ne doit pas être référencé dans le Guide du Routard, concède-t-il, les mollets déjà couverts de griffures. Ou alors, celui des renards et des sangliers. »

Enfant, devant son poste de télévision, il rêvait d’étudier les grands prédateurs. « Manque de chance, il n’y a pas de tigres en France. » Chemin faisant, l’avifaune devint son péché mignon et, au retour d’un tour d’Europe en stop, il intégra la LPO de l’Hérault.

« Peut-être s’est-il trompé de famille ? »

Si les martinets noirs, grégaires, forment de vastes colonies avant d’entreprendre la traversée de l’Afrique, l’arrivée dans le Haut-Languedoc de ce martinet cafre demeure mystérieuse. « Peut-être s’est-il trompé de famille par mégarde ? », s’interroge Thomas Vulvin. Et pourquoi seul ? N’a-t-il pas de partenaire ?

Ces questions resteront sans réponse. Il n’existe en France aucun spécialiste de l’espèce : « Pour l’instant, on se repose sur les données issues des sciences participatives pour en savoir un peu plus. L’observer chez nous est si rare que de nombreux passionnés viennent surveiller ses vas-et-viens. »

 

Dans le ciel minervois, les faucons hobereaux et pèlerins sont les prédateurs du voltigeur. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Historiquement cantonnée aux savanes arides et forêts équatoriales de l’Afrique subsaharienne, l’aire de répartition de l’animal au croupion blanc s’étend doucement vers le nord et la broussaille méditerranéenne.

Observé au Maroc au début du XXᵉ siècle, il a conquis la péninsule ibérique par le détroit de Gibraltar dès 1966, et semble encore poursuivre son ascension. La hausse des températures et la disparition de ressources en sont-elles responsables ?

« Rien n’est moins sûr, affirme au téléphone Jocelyn Champagnon, chercheur à la Tour du Valat, centre d’études travaillant sur les migrateurs. Les populations victimes du changement climatique ont rarement la force de fuir vers les régions moins hostiles. Elles se cassent la gueule à domicile, comme le héron pourpré en Camargue. » Autrement dit : si des martinets cafres débarquent ici, le temps d’un été, ce serait plutôt par opportunisme.

Disparition des insectes

D’après la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dressée en 2018, l’état de conservation du martinet cafre ne fait l’objet que d’une préoccupation mineure. Si la population européenne est estimée à 110 ou 200 couples, celle-ci constitue seulement 5 % de l’aire de répartition mondiale de l’espèce.

Toutefois, l’usage croissant des insecticides pourrait à terme menacer leur survie. En trente ans, les populations d’insectes ont chuté de près de 80 % en Europe.

Un déclin catastrophique pour la chaîne alimentaire : « Les martinets se nourrissent d’hyménoptères, de petits insectes comme les abeilles, les guêpes, ou les fourmis ailées, qu’ils attrapent en plein vol. » Là où s’assèchent les ruisseaux et disparaît la pluie, ce plancton aérien comble aussi leurs besoins en eau.

Les martinets peuvent planer des mois durant. CC NY 2.0 / Derek Keats / Wikimedia Commons

À cet écueil s’ajoute celui du bouleversement des paysages : « Les grandes monocultures, les forêts transformées en plantation de conifères, la destruction des vieux bâtis et les ravalements de façade conduisent à uniformiser les habitats », précise Thomas Vulvin.

Résultat : seules les espèces dites « généralistes », c’est-à-dire avec de fortes capacités d’adaptation, s’en sortent. Or, les martinets cafres n’en sont pas.

200 jours dans les cieux

Pour nicher, eux s’approprient les nids des hirondelles rousselines, « en bouillie de terre séchée » ou débusquent une cachette à flanc de falaise. « Et ce n’est pas pour rien ! Une fois au sol, ces martinets sont incapables de s’envoler. Leurs grandes ailes les en empêchent… »

Si le décollage n’est pas leur fort, leurs cousins et eux peuvent planer des heures, des jours, voire des mois durant : en 2012, des chercheurs de la station ornithologique suisse de Sempach ont notamment enregistré un spécimen de martinet à ventre blanc, resté près de 200 jours dans les cieux.

 

Thomas Vulvin : « Ce n’est pas une légende ! Une fois au sol, ils sont incapables de s’envoler. » © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Dans l’hypothèse d’une colonisation du pourtour méditerranéen par les martinets cafres, l’écosystème en place pourrait-il être déstabilisé ? « Non, assure Jocelyn Champagnon. De tels bouleversements peuvent survenir avec l’apparition soudaine d’une espèce exotique envahissante, relâchée volontairement ou pas par les humains.

À l’inverse, l’arrivée d’une population étendant son aire de répartition se fait progressivement, et n’entraîne pas ou peu de concurrence. » Le chercheur prévient toutefois qu’il faudra surveiller la bonne cohabitation avec les humains. « Chaque hiver, dans le Gard, de plus en plus de grues cendrées s’arrêtent en chemin pour manger les céréales tout juste plantées… Ce qui fait naître quelques tensions. »

 

Thomas Vulvin : « Ne sabrons pas le champagne trop vite. » © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Les couleurs flamboyantes du crépuscule en toile de fond, l’ornithologue décide de plier bagage. « Veni, vidi, mais pas vici », lance-t-il comme pour ponctuer l’heure passée à fixer la cavité dont la star du jour n’est jamais ressortie.

« Et dire que d’ici cinquante ans, il suffira peut-être de lever les yeux pour en observer par dizaines, poursuit-il. Enfin, ne sabrons pas le champagne trop vite… Déjà faudrait-il qu’un deuxième vienne partager son nid. » À l’approche de l’automne, le petit éclaireur retournera auprès de ses congénères, en Afrique. Gardera-t-il pour lui le secret de sa grande découverte ? Suspens. Pour l’heure, les cigales chantent encore.

Mobilisation européenne pour le Milan royal : 31 jeunes milans royaux équipés de balises

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Avec l’appui d’une ONG autrichienne, 31 jeunes milans royaux ont été équipés de balises GPS par la LPO et Lorraine Association Nature (LOANA) entre les 7 et 10 juin 2023 dans les Pyrénées et le Grand Est. Cette pose de balises GPS a eu lieu dans le cadre du programme européen LIFE EUROKITE qui vise à protéger cette espèce menacée, dont la France abrite 12% de la population mondiale.

Les 7 et 8 juin 2023, des balises GPS ont été posées sur 10 jeunes milans royaux dans la Zone de Protection Spéciale (ZPS) de la vallée de la Nive des Aldudes (Pyrénées-Atlantiques). 21 autres balises ont été posées les 9 et 10 juin dans le Bassigny (Haute-Marne et Vosges). En 2021, 26 milans avaient déjà été équipés dans le Massif central puis 20 supplémentaires dans l’Aveyron, en Haute-Marne et dans les Vosges en 2022. 22ont hélas été ensuite retrouvés morts en Espagne et en France.

Cofinancé par l’Instrument financier pour l’environnement (LIFE) de l’Union européenne, le projet EUROKITE, coordonné par l‘ONG autrichienne MEGEG, utilise la télémétrie pour identifier, localiser et quantifier les principales causes de mortalité qui affectent le Milan royal à travers l’Europe afin de proposer des actions de conservation adaptées. Côté français, le programme est cofinancé par le Ministère de la transition écologique et la LPO et est mis en œuvre par la LPO France avec l’appui notamment de ses associations régionales Auvergne Rhône-Alpes, Aquitaine et Champagne-Ardenne.

A ce jour, ce programme LIFE a déjà permis d’équiper 855 milans royaux de balises GPS dans une dizaine de pays européens et, grâce à des coopérations avec d’autres partenaires, le projet compte plus de 2 200 milans royaux équipés de balise dans sa base de données.  Grâce à un système d’alerte, toute suspicion de mortalité d’un des oiseaux est signalée et le cadavre peut alors être récupéré pour autopsie et analyses toxicologiques. Le suivi GPS permet également d’en apprendre davantage sur la biologie et le comportement migratoire de l’espèce.

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Présent uniquement en Europe, le Milan royal est un rapace diurne inféodé aux zones agricoles associant élevage et polyculture. Reconnaissable en vol à son plumage clair et à sa queue échancrée, il s’observe tout au long de l’année en France. Empoisonnement, tir, collision, électrocution : les menaces d’origine humaine qui pèsent sur les populations de rapaces à travers l’Europe sont aussi diverses que redoutables. Au regard du statut préoccupant du Milan royal en France, un nouveau Plan national d’actions coordonné par la DREAL Grand Est et animé par la LPO, a été lancé en 2018 pour une durée de 10 ans. Les données acquises dans le cadre du Life EUROKITE viennent compléter et orienter les actions de sauvegarde de ce PNA.

Plus d’informations sur le site web dédié au projet : https://www.life-eurokite.eu

Deux couples atypiques en Tchéquie au printemps 2023 : cigognes blanches et cigognes noires

cigogne blanche-cigogne noire

Ces deux cas inhabituels de nidification ont attiré l’attention des ornithologues tchèques, mais aussi du grand public.

Par rapport à sa superficie, la Tchéquie fait partie des pays européens dont les populations de Cigognes blanches (Ciconia ciconia) et noires (C. nigra) sont les plus importantes, avec respectivement près de 900 et de 300 à 400 couples. Ces fortes densités expliquent peut-être, au moins partiellement, deux cas de nidification atypiques observés au printemps 2023 qui ont attiré l’attention des ornithologues du pays, et même du grand public. Ils ont été décrits en mai sur le site web de l’association Česká Společnost Ornitologická(CSO), le partenaire national de Birdlife International.

Voir l’article du 12 mai 2023 sur Ornithomedia.com (le web de l’ornithologie)

Photo : Couple mixte composé d’un mâle de Cigogne noire (Ciconia nigra) et d’une femelle de Cigogne blanche (C. Ciconia) aménageant « leur » nid à Horní Cerekev, dans la région de Vysočina (Tchéquie) à la mi-avril 2023. Photographie : Jan Ipri / CSO