Des insecticides interdits saisis lors d’une enquête sur la mort d’un aigle de Bonelli

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L’enquête sur la mort d’un aigle de Bonelli retrouvé empoisonné près de Marseille a conduit à la saisie d’insecticides interdits à la vente, les mêmes qui pourraient avoir été fatals à ce rapace menacé d’extinction, a annoncé vendredi l’Office français de la biodiversité.

Cette enquête au long cours, entamée début 2021 avec la découverte de la dépouille de cet aigle sur la commune de Saint-Chamas, au bord de l’étang de Berre, a donc débouché plus d’un an après, le 3 mai, avec la saisie d’un stock d’un produit insecticide interdit à la commercialisation depuis plus de 10 ans en raison de sa dangerosité.

Ces produits, « dissimulés« , ont été découverts avec du matériel servant à injecter du poison dans des appâts, après une perquisition au domicile et sur le lieu de travail d’un homme travaillant sur le site où avait été découvert le rapace.

Ces investigations, menées par les inspecteurs de l’environnement de l’OFB, ont été exécutées dans le cadre d’une enquête judiciaire ouverte par le parquet d’Aix-en-Provence pour destruction d’espèce protégée.

Toute la chaîne alimentaire peut être empoisonnée

L’aigle de Bonelli, emblème de la région méditerranéenne, est en effet l’une des quatre espèces d’aigles nicheurs en France, et la plus menacée, avec seulement 42 couples recensés en 2021, précise le communiqué de l’OFB.

Ce rapace est inscrit en France sur la liste rouge des espèces menacées, dans la catégorie « en danger », insiste l’Office, en soulignant que l’empoisonnement d’un animal appartenant à une espèce protégée est puni de trois ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende.

Proche de sa conclusion, l’enquête de l’Office français de la biodiversité va ensuite être transmise au parquet, qui décidera des éventuelles suites judiciaires.

Longtemps utilisé pour lutter contre la faune sauvage, le poison a par exemple été responsable de l’éradication de la population de loups en France en 1930, rappelle l’OFB dans son communiqué.

« Aujourd’hui encore on retrouve chaque année de nombreux animaux ayant succombé à un empoisonnement« , un phénomène lourd de conséquences, souligne l’Office, « car c’est toute la chaîne alimentaire qui peut être empoisonnée« , jusqu’à des espèces nécrophages comme les vautours ou à des prédateurs comme les aigles.

Source GEO

Les mésanges, un remède naturel contre les chenilles processionnaires

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photo : Une mésange bleue dans un arbre fruitier, en Alsace, en 2008.

Les chenilles processionnaires du pin et du chêne, en expansion, viennent d’être classées espèces nuisibles. Plutôt que d’utiliser des traitements chimiques, la ville de Nancy expérimente la réintroduction de mésanges, grandes consommatrices de chenilles.

« Il faut bien lever les yeux pour les voir, dit avec un sourire Yannick Andres, chef du service arbres de la mairie de Nancy, en désignant un nichoir. Ça commence à être bien habité. » Pour lutter contre la prolifération des chenilles processionnaires dans la ville, l’agent a contribué à l’installation, en janvier 2021, d’une cinquantaine de nichoirs à mésanges dans le parc Sainte-Marie. Petit oiseau discret à l’appétit ravageur, la mésange raffole des larves et semble se plaire en haut des arbres nancéiens.

En invitant les mésanges – charbonnières ou bleues – à s’installer durablement, Yannick Andres tente de rétablir un équilibre entre chenilles envahissantes et oiseaux malmenés par l’urbanisation de leur milieu naturel. « Les mésanges s’installent à la première ponte, quand elles ont besoin de nourrir les petits, au milieu du mois de mai, et là elles cartonnent », explique l’agent. Un couple de mésanges peut dévorer jusqu’à 500 larves de chenille par jour pour nourrir ses petits.

Les chenilles processionnaires du chêne et du pin prolifèrent sur le territoire français. A Nancy, c’est celle du chêne qui pose problème. Contrairement à celle du pin, elle ne se déplace pas en file indienne, mais niche dans les arbres et dépose ses poils urticants dans son nid avant sa mue. Sandra Sinno-Tellier, médecin épidémiologiste à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), surveille l’expansion des deux espèces. « Entre 2012 et 2019, on a constaté une augmentation régulière du nombre d’appels aux centres antipoison pour des intoxications liées à la chenille processionnaire du chêne », relate la scientifique.

A tel point que la chenille processionnaire du pin et celle du chêne ont été classées, par un décret gouvernemental du 25 avril, « espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine », ce qui permet de multiplier les mesures de lutte contre leur propagation.

Micro-harpons

Chaque année, la plupart des cas sont recensés entre janvier et avril pour la chenille du pin, tandis que ceux liés à la chenille du chêne sont concentrés entre avril et juillet. Couvertes de poils urticants volatils, les chenilles expulsent leur couverture en cas d’agression extérieure. Mécanisme de défense redoutable, les poils chargés de toxine peuvent causer des réactions inflammatoires graves chez l’homme. La protéine toxique contenue dans le poil peut provoquer des atteintes cutanées, oculaires, digestives et même respiratoires. Très légers et invisibles, ces micro-harpons peuvent être stockés dans les nids vides pendant des mois et libérés par un coup de vent. Ainsi, de nombreux patients développent des symptômes sans jamais avoir aperçu une chenille.

Les facteurs de prolifération de la chenille sont pluriels. Selon Sandra Sinno-Tellier, également coordinatrice de la toxicovigilance de l’Anses, les premiers sont « le réchauffement climatique qui adoucit les hivers, et l’intervention humaine ». Les opérations de boisement ou de déboisement ont fait évoluer les lieux de présence de l’insecte sur le territoire français et « les processionnaires étendent progressivement leur aire d’implantation dans la partie nord de la France, y compris dans l’est de celle-ci, alors qu’elles résidaient principalement dans le Sud et l’Ouest il y a plusieurs décennies », alerte la spécialiste.

A Nancy, Yannick Andres a pris conscience du problème en 2007. « Pour la première fois, il y a eu de grosses attaques de chenilles près des habitations, alors on a été obligés d’utiliser un traitement microbiologique », se souvient l’agent. C’est pour éviter l’utilisation cyclique d’un insecticide non sélectif que la mairie a lancé l’installation de nichoirs. « Tant qu’on n’a pas de pic, elle peut suffire à réguler la chenille sur le parc », espère-t-il. Le dispositif peut être couplé à d’autres, comme la destruction de nids ou l’installation de pièges à phéromones pour éliminer les papillons.

Dahman Richter, conseiller municipal délégué aux droits, au bien-être animal et à la biodiversité, défend une « méthode de régulation douce ». Pour l’élu écologiste, âgé de 24 ans, « la lutte pour la biodiversité est liée aux questions de santé publique et de sécurité ». Il attendra toutefois de tirer un premier bilan avant d’installer de nouveaux nichoirs. Il veut également « éviter les risques de prédation [des mésanges] sur d’autres petits oiseaux ».

« Lutte biologique »

La mésange, qui a bien besoin de ce coup de pouce, s’installe à Nancy sous l’œil attentif des ornithologues de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). En France, « il y a une crise du logement chez les oiseaux cavicoles », relate Jean-Yves Moitrot, président de la LPO en Meurthe-et-Moselle. Les mésanges charbonnières et les mésanges bleues souffrent de l’urbanisation de leurs milieux naturels et de la raréfaction des cavités naturelles.

L’association soutient la « lutte biologique » menée par la mairie. « Cela semble marcher, puisque les nichoirs ont l’air occupés, mais il est difficile de voir si ça a un impact immédiat sur les populations de chenilles », s’interroge le bénévole.

Dans les faits, la chenille continue de faire des dégâts à Nancy. Au printemps, chaque année, dans son cabinet vétérinaire, le docteur Arnaud Ptak reçoit quelques dizaines de chiens et de chats en état de choc. Chez les animaux qui ont léché les insectes, il peut arriver que la langue noircisse et se nécrose. « Dans ces cas-là, il faut opérer et enlever la langue en partie ou totalement, relate le vétérinaire, qui a déjà dû procéder à ce type d’opération sur un chien. Chaque année le phénomène s’intensifie, on reçoit des cas plus graves et plus atypiques que l’année précédente. »

Même s’il soutient l’initiative de la mairie, pour Arnaud Ptak, lutter contre la chenille processionnaire, « c’est se battre contre les moulins à vent ». Au début de l’été, une fois que les chenilles seront devenues papillons, la municipalité pourra tirer un premier bilan, à la fois sur l’évolution des populations de mésanges et de chenilles.

Carla Butting(Nancy, envoyée spéciale) / Le Monde-planète, 6 mai

Le rôle étonnant de la peur chez les animaux

La peur joue un rôle important dans le comportement des animaux. Ainsi, par peur des prédateurs marins, les fous du Cap s’envolent toujours plus loin du rivage et délaissent les zones de pêche. Certains ne se nourrissent plus que de déchets de poissons. Au point que la survie de ces oiseaux est menacée.

Il est blanc, la tête légèrement ocre. Des plumes noires prolongent ses ailes et sa queue. Son envergure dépasse 1,60 mètre. Le fou du Cap (Morus capensis), un oiseau emblématique des côtes d’Afrique du Sud, est toutefois sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le dernier recensement, en 2018, ne comptait plus que 250 000 individus et la population était en forte décroissance. En cause : la surpêche qui décime son garde-manger d’anchois et de sardines, mais aussi la présence d’un prédateur redoutable, l’otarie à fourrure (Arctocephalus tropicalis), qui bouleverse ses habitudes de vie.

Dans une étude parue début mars dans Communications Biology, une équipe internationale de chercheurs décrit comment, poussés par la peur, les oiseaux s’éloignent toujours davantage de la côte la nuit et comment certains se contentent de déchets de poissons pour s’alimenter le jour.

L’adaptation du comportement d’une population de proies potentielles à l’arrivée d’un prédateur et la réorganisation de l’écosystème est un phénomène connu des scientifiques. Ils l’ont formalisé sous le nom d’« écologie de la peur » ou de « paysage de la peur ». Le concept a été médiatisé à la suite de la réintroduction du loup dans le parc naturel étasunien du Yellowstone en 1995.

Dans une étude parue en 2001, des chercheurs ont montré que le seul changement de comportement des wapitis par crainte du loup avait eu davantage de conséquences sur leur population que la prédation elle-même. La population avait alors chuté de moitié. Autre conséquence : de larges espaces avaient été désertés par les proies potentielles des loups, laissant place à une nouvelle faune et flore. Ces effets indirects en cascade ont modifié l’ensemble de l’écosystème… « jusqu’au cours de rivières ! » écrivent les auteurs.

Des déplacements en fonction de la peur

Et le phénomène s’observe aussi en milieu marin. Dans l’étude publiée dans Communications Biology, des chercheurs français et sud-africains ont suivi les fous du Cap dans la région du Benguela, au large de l’Afrique australe. Située à la confluence de la résurgence d’eaux froides profondes et du courant des Aiguilles au large du cap de Bonne-Espérance, l’eau y est particulièrement riche en nutriments et la vie marine abondante.

Après avoir équipé les oiseaux et les otaries de balises GPS, les scientifiques ont remarqué qu’à la nuit tombée, les fous adoptent deux stratégies : 28 % reviennent nicher dans leur colonie sur terre, quand les 72 % restants se reposent à la surface de l’eau. Mais alors que les fous du Cap peuvent voler jusqu’à 50 kilomètres de distance du littoral en journée, les oiseaux restant en mer la nuit fuient jusqu’à 13 km plus loin, quand les otaries les observent pour mieux les croquer. Et ce comportement est efficace, puisque le risque de prédation diminue alors de 25 %.

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Les oiseaux ont aussi tendance à chasser le jour dans des zones moins fréquentées par les otaries, souvent moins pourvues en petits poissons pélagiques. Ils ont même mis au point une stratégie innovante, dit à Reporterre Nicolas Courbin, un des auteurs de l’étude : se nourrir de déchets de poissons récoltés dans le sillage des chalutiers. Ce comportement moins risqué vis-à-vis de leur prédateur est toutefois moins favorable à la santé des oiseaux. « Ces restes constituent de la junk food pour oiseaux, ironise-t-il, moins énergétique et moins bonne pour la santé. »

L’alimentation de ces oiseaux est d’autant plus compliquée qu’ils sont aussi confrontés à la diminution des ressources halieutiques, en raison de la surpêche et du réchauffement climatique. « Sur l’ensemble de la colonie, il y a une diminution de la condition et de la survie des fous adultes. Et du succès reproducteur en général. Cela est notamment lié à la diminution des ressources alimentaires », conclut Nicolas Courbin. Si bien qu’aujourd’hui, le fou du Cap est menacé.

Des aires pour protéger leurs ressources

« D’autres grands prédateurs marins, comme le requin blanc et l’orque, ajoutent des couches de complexité au paysage marin de la peur », écrivent les auteurs. Ainsi, les sardines et les anchois craignent les fous, qui à leur tour fuient les otaries, qui elles-mêmes s’esquivent devant les grands requins blancs qui stressent enfin devant l’orque. Chaque maillon de la chaîne alimentaire adapte ainsi ses déplacements quotidiens au risque de prédation et façonne ainsi tout l’écosystème.

Selon M. Corbin, pour sauvegarder les fous du Cap, il faut préserver leurs ressources alimentaires et constituer de vastes zones de non-prélèvement des petits poissons pélagiques au large de l’Afrique du Sud. Car, pour l’heure, seules « de petites aires marines protégées côtières » sont définies alentour. Ces espaces réduits présentent l’inconvénient de concentrer les prédateurs dans de petites zones, effrayant encore davantage les oiseaux, explique le chercheur.

Pourrait-on imaginer des aires marines protégées flexibles pour s’adapter aux déplacements nocturnes des fous du Cap ? Si techniquement, l’idée séduit, David Grémillet, autre coauteur de l’étude, doute de l’efficacité d’une telle mesure : « Il faut d’abord créer de vraies aires marines protégées, qui constituent de vraies zones de non-prélèvement. » Pour l’heure, les aires marines protégées souffrent encore de politiques bien trop permissives, au détriment de la biodiversité qu’elles sont censées pourtant protéger.

Oiseaux : plus ils sont proches de l’équateur, plus leurs couleurs sont vives

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Une étude a confirmé que plus on s’approchait de l’équateur, plus les couleurs des oiseaux étaient vives, et qu’elles ternissaient à mesure qu’on s’en éloignait.

Les naturalistes du 19e siècle l’avaient pressenti, c’est désormais prouvé : les oiseaux des tropiques sont plus colorés que leurs congénères des zones tempérées, obéissant à un schéma géographique bien spécifique qu’une étude vient de mettre au jour.

Plus de 4.500 espèces de passereaux étudiées

Durant leurs expéditions tropicales, les biologistes européens Charles Darwin, Alexander von Humboldt et Alfred Russel Wallace avaient décrit cette richesse si colorée de la flore et de la faune par rapport aux espèces des latitudes septentrionales. « Plus on approche des tropiques, plus augmentent la variété des structures, la grâce des formes et le mélange des couleurs« , s’émerveillait ainsi le naturaliste allemand Humboldt (1769-1859), qui explora notamment la jungle amazonienne.

Depuis, plusieurs scientifiques ont suspecté l’existence d’une sorte de schéma géographique de coloration des espèces, variant en fonction de la latitude, mais sans pouvoir en apporter la preuve. Pour confirmer l’hypothèse, des biologistes de l’Université britannique de Sheffield ont étudié plus de 4.500 espèces de passereaux, la plus grande famille d’oiseaux chanteurs (hirondelles, pies, alouettes, rossignols, merles, mésanges, tangaras de paradis…), bien répartie à travers le monde. Ils ont passé au crible les plumages de spécimens adultes (mâles et femelles) issus des collections du Muséum d’histoire naturelle de Tring, en Angleterre : chacun a été pris en photo sur un fond noir, sous trois angles différents, avec et sans filtre UV. Grâce à une méthode d’apprentissage profond (un des domaines de l’intelligence artificielle), ils ont extrait de ces séances photo 1.500 pixels par plumage. Sur cette base, ils ont pu mesurer un « taux » de coloration de chaque espèce, puis le comparer à la localisation de l’oiseau, avec un système de scores.

Pourquoi une telle différence ?

Les résultats ont confirmé que plus on s’approchait de l’équateur, plus les couleurs étaient vives, et qu’elles ternissaient à mesure qu’on s’en éloignait. Une sorte de « règle biogéographique », globalement valable pour les deux sexes, malgré de légères différences. Quelle en est la cause ? Plusieurs explications ont été avancées, dont celle d’Alfred Russel Wallace qui voyait dans la luxuriante végétation des forêts tropicales un camouflage naturel permettant aux couleurs vives des oiseaux de s’épanouir toute l’année, quand leurs congénères des forêts tempérées ont dû adapter leur plumage aux arbres dénudés de l’hiver.

Une prédiction que l’étude a confirmée. « Nous avons trouvé que la coloration était plus élevée chez les oiseaux en habitat dense, comme les forêts tropicales« , dit à l’AFP Christopher Cooney. Autre facteur avancé : l’alimentation, puisque les oiseaux se nourrissant de fruits et de nectar, davantage présents aux latitudes tropicales, présentent des couleurs plus vives, ajoute-t-il. Ses recherches établissent aussi une corrélation entre diversité des espèces et variété des couleurs, suggérant que cela puisse servir aux oiseaux « à mieux se distinguer entre eux, dans un environnement foisonnant d’espèces« .

Source : Sciences et Avenir

Une première depuis cent ans : des gypaètes ont pondu dans le Vercors

gypaéte barbu

C’est un œuf précieux pour les amoureux des vautours. Dans le parc naturel du Vercors, un couple de gypaètes barbus couve sa portée depuis février. « C’est un évènement dans le Vercors, mais c’est aussi un évènement pour Auvergne-Rhône-Alpes et la France », s’enthousiasme Bruno Cuerva, garde de la réserve des Hauts Plateaux du Vercors dans France Bleu.

Les deux oiseaux s’occupent avec attention de leur future progéniture, en se relayant dans le nid pour veiller et chasser les corbeaux ou les aigles qui pourraient l’attaquer.

Le gypaète barbu est une espèce considérée comme « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). C’est la première fois qu’un couple se reproduit en milieu naturel depuis sa réintroduction dans le Vercors il y a douze ans. Dix-sept oiseaux ont été lâchés entre 2010 et 2021.

« Ça va sans doute remettre dans le ciel du Vercors une espèce qui a disparu de nos cieux depuis au moins plus d’un siècle ! », s’émerveille Bruno Cuerva dans Géo. Il va falloir néanmoins faire preuve de patience car la période d’incubation dure entre 53 et 58 jours. Le futur petit gypaéton ne verra pas le jour avant le printemps.

 

À Mios en Gironde, les particuliers accueillent des nichoirs pour protéger les hirondelles

hirondelle de fenêtre

Ces nids installés par la Ligue de Protection des Oiseaux permettront à l’espèce de booster le repeuplement des hirondelles dans la commune et de placer les habitants au coeur de la protection de cette espèce fragile. #IlsOntLaSolution

Des nids d’hirondelles plus vrais que nature, confectionnés par les enfants du village de Mios, près du Bassin d’Arcachon en Gironde. Plusieurs bénévoles de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) ont installé, chez des particuliers, des nichoirs artificiels pour accueillir l’oiseau migrateur.

Protéger un animal fragile et utile 

De nombreux habitants hébergent désormais des nichoirs sous les gouttières de leur maison. Un geste pour l’environnement qui contribue à la biodiversité. « C’est des animaux fragiles effectivement donc il faut toujours les aider, les accompagner afin qu’ils se développent et le fait de le faire chez nous c’est bien aussi, se réjouit Julien Raes, famille d’accueil. Comme on est sur une zone qui a beaucoup de moustiques on pense que l’on va passer un été plus paisible », ajoute Sophie, son épouse. Les hirondelles sont en effet de bons prédateurs contre les nuisibles. Pour nourrir leurs petits, elles sont capables d’absorber jusqu’à 7000 insectes par jour dont des moustiques.

Trente familles d’adoptants

Pesticides, urbanisation, changement climatique autant de facteurs qui contribuent à la mise en danger de l’hirondelle. Une trentaine de foyers de la commune ont été sélectionnés pour participer à ce vaste projet de renforcement de la population. L’objectif est double : mobiliser et placer les habitants au coeur de la protection de cette espèce menacée comme nous l’explique Mathieu Sannier, chargé de mission biodiversité à la LPO. « L’hirondelle rustique, c’est près de 40% en moins en l’espace de 10 ans, l’hirondelle de fenêtre à peu près pareil donc on a vraiment une baisse des effectifs d’où l’intérêt de ce projet ». 

Pour rappel, l’hirondelle est une espèce protégée : détruire un nid est passible de trois ans d’emprisonnement de 150 000 euros d’amende.

Grâce aux efforts de conservation, les populations d’oiseaux d’eau se portent bien

grâce aux efforts de conservation

On parie que les chasseurs vont s’emparer de cette « bonne » nouvelle pour demander des quotas plus élevés ?

 

Les résultats de l’édition 2021 du comptage Wetlands confirment la stabilité des effectifs globaux en France métropolitaine.

Dans la réserve naturelle nationale de Lilleau des Niges, sur l’île de Ré (Charente-Maritime), le 14 janvier 2022. MATHIEU PUJOL POUR «LE MONDE»Comment se portent les oiseaux d’eau ? Il y a tout juste un an, 2,7 millions d’individus ont été dénombrés sur 486 sites en France métropolitaine dans le cadre du comptage Wetlands International. Les résultats de l’édition 2021, dévoilés samedi 15 décembre, confirment la tendance à la stabilité des effectifs observée depuis une vingtaine d’années. « Le bilan est bon, c’est une bonne nouvelle, souligne Allain Bougrain-Dubourg, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Mais il ne faut pas que ça éclipse le fait que certaines espèces sont quand même très affectées. »

Le cygne tuberculé, le canard souchet ou la sarcelle d’hiver ont atteint des effectifs record. Le tournepierre à collier, le bécasseau maubèche, le flamant rose ou encore la spatule blanche ont également été vus en nombre. Les populations de grèbes et de certains groupes de canards, en revanche, continuent de décliner.

« Au niveau mondial, les populations d’oiseaux aquatiques augmentent en Amérique du Nord et en Europe, où l’environnement est le plus protecteur » Szabolcs Nagy, responsable biodiversité de Wetlands International.

« L’important est de regarder les résultats à l’échelle de la voie migratoire, note Caroline Moussy, la coordinatrice des suivis d’oiseaux communs à la LPO. Il peut y avoir des espèces en déclin en France mais dont la population globale va bien parce qu’il y a eu un changement de répartition. Quand des populations diminuent, il faut essayer d’identifier les causes et de voir si l’on peut agir dessus ou pas. »

Si, aujourd’hui, les effectifs sont stables, depuis 1980 les populations d’oiseaux d’eau hivernants, toutes espèces confondues, ont augmenté de 124 % en France métropolitaine. Une évolution qui s’explique par l’arrêt de certaines pratiques de chasse, par les conditions météorologiques avec des hivers moins rigoureux, mais surtout par la mise en œuvre de mesures de protection adaptées. Année après année, les résultats du comptage Wetlands démontrent que les efforts de conservation, d’espèces mais aussi de sites, fonctionnent. « Au niveau mondial, les populations d’oiseaux aquatiques augmentent en Amérique du Nord et en Europe, où l’environnement est le plus protecteur, alors qu’elles décroissent dans les régions tropicales et dans l’est de l’Asie », confirme Szabolcs Nagy, responsable biodiversité de l’association européenne Wetlands International.

Malgré ces bonnes tendances, la LPO, qui coordonne le comptage Wetlands en France, appelle à poursuivre les efforts en renforçant la protection de certaines espèces, en restreignant la pratique de la chasse – des espèces protégées sont encore sur la liste des espèces chassables –, en préservant la quiétude des oiseaux dans les sites naturels ou en anticipant les effets du changement climatique, encore difficiles à évaluer.

L’association de protection de la biodiversité s’inquiète aussi du projet de construction d’un parc éolien en mer au large d’Oléron, en pleine zone Natura 2000 et dans un couloir de migration de l’avifaune, et plus largement des impacts cumulés des champs offshore. « Il faut encore réduire les pressions sur les oiseaux d’eau et ne surtout pas en rajouter », estime Cédric Marteau, le directeur du pôle protection de la nature à la LPO.

Perrine Mouterde

Le Monde

Victoire dans les Antilles

oiseaux des antilles

Communiqué de presse, le 14 janvier 2022

 La justice annule la chasse de 3 oiseaux menacés dans les Antilles ! 

La Barge hudsonienne, la Colombe rouviolette et le Pigeon à cou rouge, trois oiseaux en mauvais état de conservation, sont définitivement sauvés de la chasse pour la saison 2021-2022 en Guadeloupe et à Saint-Martin, suite à une décision de justice intervenue le 30 décembre et qui donne raison à l’ASPAS, l’ASFA, AEVA, ainsi que la LPO et AMAZONA.

Cette décision sur le fond confirme notre première victoire, obtenue le 10 septembre 2021, qui avait permis de suspendre en urgence la chasse de ces espèces mal en point.

Par ailleurs, le 14 décembre, l’ordonnance de référé du Tribunal administratif de Basse-Terre saisi par les associations ASPAS, ASFA, LPO, AMAZONA, TO TI JON et AEVA a permis de suspendre à nouveau la chasse du Pigeon à cou rouge : en effet, suite à notre victoire du 10 septembre, le préfet avait osé réautoriser la chasse de cette espèce par arrêté le 26 novembre !

Il y a donc eu une courte période où cette espèce a pu hélas subir de nouvelles volées de plomb…

Chose rare en matière de chasse, le juge a retenu le principe de précaution pour justifier ses décisions, ce qui est une excellente nouvelle. Le bon sens voudrait évidemment que tout acte de chasse soit immédiatement suspendu, lorsqu’il est avéré qu’une espèce est en mauvais état de conservation, mais ça c’est sans compter l’influence du puissant lobby chasse…

Dans le cas présent, ces deux victoires à 15 jours d’intervalle interviennent dans un contexte favorable, après des années de combat judiciaire devant ce même Tribunal en faveur de deux autres oiseaux en mauvais état de conservation, et pour lesquels nous avons déjà obtenu gain de cause : la Grive à pattes jaunes et le Pigeon à couronne blanche.

Les arguments retenus par le juge

Concernant la Barge hudsonienne, le juge a motivé sa décision du 30 décembre par le fait qu’elle figure sur la liste rouge des espèces menacées en France (UICN) où elle est classée « vulnérable », et qu’il n’existe aucune évaluation certaine de la population locale et de sa dynamique en Guadeloupe (on estime à moins de 250 le nombre d’individus matures par an). Par ailleurs, le conseil scientifique régional du patrimoine naturel de la Guadeloupe (CSRPN) a rendu un avis favorable à la protection pour cette espèce (avis n° 2016/02 du 10 mars 2016).

La Colombe rouviolette, quant à elle, est classée dans la catégorie « quasi menacée » sur la liste rouge des espèces menacées en France (UICN), c’est-à-dire qu’elle se situe proche du seuil des espèces menacées si des mesures de conservation spécifiques ne sont pas prises. Comme pour la barge, il n’existe aucune évaluation certaine de la population locale et de sa dynamique en Guadeloupe, et le CSRPN a également rendu un avis favorable à la protection pour cette espèce. De plus, la période de chasse autorisée couvre en partie la période de reproduction et de nidification de l’espèce (février à août), ainsi que la période de dépendance des jeunes individus, qui peut s’étendre jusqu’à mi-septembre, selon les observations scientifiques disponibles.

Ce dernier argument a également été retenu pour le Pigeon à cou rouge, sachant que sa période de reproduction et de nidification s’étend de mars à octobre, et que la période de dépendance des jeunes individus peut même s’étendre jusqu’à novembre, selon certaines observations.

Par ailleurs, aucune étude scientifique ne permet d’évaluer la population actuelle de Pigeons à cou rouge alors que cette espèce est rare, en déclin, ou à tout le moins peu commune.

Enfin, le juge a même retenu qu’il « apparait particulièrement peu crédible qu’un contrôle soit réellement et efficacement exercé sur les prélèvements effectués quotidiennement par les chasseurs ». Ce faisant, il relève l’inutilité des quotas fixés par le préfet, insuffisants et surtout dont le respect est invérifiable en pratique.

Comme pour le Pigeon à couronne blanche et la Grive à pieds jaunes, il est à espérer que le préfet finisse par écouter la voix des scientifiques et des associations de protection de la nature pour épargner ces trois autres espèces en déclin. Nous serons en tout cas très vigilants pour la suite, nous attendons l’inscription de ces oiseaux sur la liste des espèces protégées, et n’hésiterons pas à saisir à nouveau le tribunal si nécessaire !

Rappelons, pour conclure, que nos associations avaient également fait suspendre, en juillet 2021, la chasse de la Barge hudsonienne et du Pigeon à cou rouge dans l’île voisine de la Martinique, mais aussi d’autres espèces menacées (Pigeon à couronne blanche, Courlis corlieu, Pluvier doré, Pluvier argenté, Moqueur corossol, Bécassin roux).

Il est grand temps que le ministère en charge de la biodiversité accorde à toutes ces espèces le statut qu’elles méritent, celui d’espèces légalement protégées !

Oiseaux marins : déclin « catastrophique » en Nouvelle-Calédonie

Selon une récente étude, les populations d’oiseaux marins s’affaiblissent rapidement en Nouvelle-Calédonie. Les chercheurs déplorent une protection insuffisante de cette zone d’une richesse exceptionnelle.

Phaétons à brins rouges, sternes huppées, puffins du Pacifique… Les îlots coralliens d’Entrecasteaux, au nord-ouest de la Nouvelle-Calédonie, font partie des zones les plus riches en oiseaux marins de la planète. Une étude publiée fin décembre dans le Bulletin de la Société zoologique de France montre que cette situation pourrait se dégrader. Le groupe de chercheurs a constaté un effondrement des populations d’oiseaux marins sur ces atolls. Il pourrait mener, à terme, à des extinctions locales.

Afin d’aboutir à ces résultats, les auteurs ont analysé quatorze rapports de missions ornithologiques réalisées entre 2002 et 2018. Leurs données ont permis d’évaluer l’évolution de la population de 5 des 13 espèces d’oiseaux marins recensés sur ces îlots : le puffin du Pacifique (Puffinus pacificus), le fou masqué (Sula dactylatra), le fou brun (Sula leucogaster), le fou à pieds rouges (Sula sula) et le noddi noir (Anous minutus). « Nous constatons qu’il y a une tendance systématique à la baisse, entre 2 et 4 % par an », dit à Reporterre Philippe Borsa, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et auteur principal de cette étude. Il qualifie de « catastrophique » cette baisse démographique : « Ces oiseaux vivent entre quinze et trente ans environ. Cette trajectoire ne permet pas le renouvellement de la population. »

Ces résultats sont d’autant plus inquiétants qu’ils concernent l’une des zones tropicales les plus préservées du monde. Des effondrements démographiques similaires ont été observés ailleurs dans la région, notamment au niveau des îles Chesterfield et de la partie australienne de la mer de Corail, explique le chercheur. « En observant cela dans l’une des zones les plus riches de la planète, il y a de quoi se poser des questions pour le reste. »

poussin de fou à pieds rouges

« C’est une chute extraordinairement brutale en l’espace de quinze ans », dit à Reporterre Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui n’a pas participé à cette étude. Lorsque le biologiste s’était rendu sur place, au milieu des années 1990, on comptait entre 4 300 et 5 800 couples de fous à pieds rouges dans l’archipel. Selon les données récoltées, il n’y en aurait aujourd’hui plus qu’une cinquantaine. Ce déclin est d’autant plus frappant, note Vincent Bretagnolle, que des mesures avaient été prises dans les années 2000 pour freiner la baisse déjà observée à l’époque. Les rats avaient notamment été éliminés. Ce document, poursuit le chercheur, devrait sonner comme une alerte pour les autorités : « Un phénomène très spectaculaire se passe sous nos yeux, et nécessite une étude approfondie sur ses causes. »

Surpêche, pollution…

Philippe Borsa émet plusieurs hypothèses quant aux causes de cette diminution des populations d’oiseaux marins néo-calédoniens. La première est la surpêche de thons, qui peuvent se nourrir des mêmes proies que les oiseaux marins. Paradoxalement, leur présence facilite l’alimentation de leurs camarades à plumes. Pour fuir les thons, les petits poissons remontent vers la surface, où les oiseaux marins peuvent les attraper. « Si la présence des thons diminue, les oiseaux ont moins de poissons à se mettre sous la dent. »

Le chercheur évoque également le réchauffement de la mer et la pollution due au plastique, parfois ingéré par les oiseaux marins. Ces débris de plastique remplissent leurs estomacs sans leur procurer d’énergie. Les calmars et poissons dont ils se nourrissent pourraient également être de moins bonne qualité à cause de la pollution. « Cela expliquerait une baisse d’efficacité à la reproduction, ou une moins bonne croissance. »

fou masqué

Localement, le chercheur déplore les nombreux dérangements dont sont victimes ces espèces très sensibles : « De plus en plus de plaisanciers abordent ces îlots. Cela génère du stress. Les oiseaux peuvent abandonner leur nid, laisser leurs œufs mourir au soleil ou leurs poussins souffrir de déshydratation. » Ces atolls sont également visités annuellement à des fins de suivi environnemental. L’arrivée d’êtres humains suréquipés peut déstabiliser les individus présents, dont certains nichent en bord de plage : « Les œufs peuvent être écrasés, ou des poussins mourir de noyade en allant à l’eau sous l’effet de la panique. »

Une réglementation « insuffisante »

Les auteurs de cette étude estiment que la réglementation actuelle est « insuffisante au regard des enjeux écologiques ». Cela peut surprendre : la zone est en effet inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, et fait partie du Parc naturel de la mer de Corail, la plus grande aire marine protégée française. En théorie, l’accès à ces atolls est réglementé, et la chasse interdite. Philippe Borsa fustige une « protection de papier » : « Sans surveillance, les braconniers et les plaisanciers peuvent continuer à vaquer à leurs occupations. » Les gestionnaires du parc ne se sont selon lui pas encore donné les moyens de le protéger efficacement : « Leur préoccupation est de protéger la biodiversité, dans un but de promotion touristique. Ils ont tendance à présenter le parc comme quelque chose de merveilleux, à vouloir absolument mettre en avant ses effets bénéfiques. Mais les faits sont moins reluisants. »

Si ces trajectoires d’effondrement devaient se poursuivre jusqu’à des extinctions locales, les conséquences pourraient être dramatiques. Les oiseaux étudiés par l’équipe de chercheurs participent en effet à la régulation des populations de proies dans la région. Les nutriments contenus dans leurs fientes sont également bénéfiques à la végétation et aux coraux. Au-delà de leur contribution à la santé des écosystèmes, « une mer vide, sans oiseaux marins, ce serait triste », note Philippe Borsa.

 

En Israël, la grippe aviaire décime les grues sauvages

israel et grues

Le virus H5N1 touche de manière dramatique ces oiseaux qui font halte chaque hiver dans la réserve naturelle du lac Hula, lors de leur périple migratoire.

Au bord du lac Hula, dans le nord d’Israël, les grues sauvages battent de l’aile. Sur des images récentes, on peut voir les volatiles tituber avant de s’écrouler par terre. Chaque année, des cas de grippe aviaire y sont recensés. Mais en 2021, la situation est particulièrement alarmante, avec un nombre de décès rapportés exceptionnel. Plus de 5 200 grues sont mortes après avoir contracté le virus H5N1 depuis le mois d’octobre, selon l’Autorité israélienne de la nature et des parcs. Et ce chiffre ne devrait qu’augmenter. Spécialiste aviaire au sein de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, Ohad Hatsofe estime que «10 000 grues seraient infectées».

Entre les montagnes libanaises et celles de Naftali, ce lac représente une étape capitale dans le voyage migratoire annuel de 100 000 grues. La faible profondeur du lac permet aux oiseaux de s’y reposer avant de repartir pour rejoindre les coins chauds d’Afrique. Mais cette année, l’épidémie les cloue au sol : «On estime, à ce jour, qu’un cinquième de la population des grues en Israël a été touchée par le virus», précise Uri Naveh, directeur adjoint du même département scientifique.

Risques faibles

Dans le paysage somptueux, formé par une éruption volcanique il y a des milliers d’années, des scientifiques en combinaison blanche ramassent les derniers cadavres flottant à la surface. Un porte-parole du parc a déclaré que les travailleurs retiraient ces carcasses «le plus rapidement possible», pour «qu’elles n’infectent pas d’autres animaux sauvages, comme les vautours qui se délectent de ces animaux morts». Près de 400 espèces sont recensées dans cette zone sauvage de trois hectares. La ministre israélienne de la Protection de l’environnement, Tamar Zandberg, s’est alarmée sur Twitter de la situation : «Ce sont les dommages les plus graves causés à la faune sauvage de l’histoire du pays. L’étendue des dégâts est encore à déterminer.»

Les premiers signes d’une épidémie H5N1 en Israël ont été décelés à l’automne, après que des cas ont été signalés le 18 octobre à Moshav Nahalal, dans la vallée de Jezreel, à 60 km au sud-ouest de Hula à vol d’oiseau, selon The Times of Israël.

Un risque de contamination très faible pour l’homme

D’autres foyers épidémiques ont ensuite été détectés dans plusieurs poulaillers au nord du pays. Les médias locaux ont affirmé que plus d’un demi-million de poules pondeuses de la ferme Moshav Margaliot, située à 12 km du lac, ont été abattues pour contenir la crise sanitaire. Cette ferme fournit 7 % des œufs consommés en Israël. Le ministère de l’Agriculture a annoncé dimanche la suspension du commerce des œufs provenant des élevages voisins pour éviter que les Israéliens ne soient contaminés.

Pour le moment, aucun cas de transmission de grippe aviaire à l’homme n’a été détecté, les risques de contamination restant très faibles. Mais l’Autorité israélienne de la nature et des parcs a déclaré que la souche virale H5N1 «peut s’avérer dangereuse si elle est contractée par des humains». Alors, indique Ohad Hatsofe, la maladie «est fatale pour 36 à 50 % des personnes infectées». Selon l’OMS, cette souche H5N1 a tué plus de 450 personnes, majoritairement en Indonésie, en Egypte et au Vietnam depuis 2003.

Geoffrey Desvaux / Libération 29 décembre

 

photo : A dead crane lies on the ground at the Hula Lake conservation area in northern Israel, Saturday, Dec. 25, 2021. Bird flu has killed thousands of migratory cranes and threatens other animals in northern Israel amid what authorities say is the deadliest wildlife disaster in the nation’s history. (Ayal Margolin/JINIPIX via AP) (Ayal Margolin/AP)