Une barge rousse réalise un vol record de 13 560 km entre l’Alaska et la Tasmanie

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L’oiseau, un jeune né en 2022, a volé 11 jours et 11 nuits au mois d’octobre, sans boire ni manger.

Article rédigé par  Thomas Baïetto  France Télévisions

Onze jours de vol sans escale et sans ravitaillement, sur 13 560 km. C’est le voyage un peu fou entre l’Alaska (Etats-Unis) et la Tasmanie (Australie) d’une barge rousse qui a battu en octobre 2022 le record d’un vol direct pour un oiseau. La performance de « 234684 », son identifiant, a été officialisée début janvier par le Guinness Book des records (en anglais).

« Toutes les barges rousses font de longues migrations, mais celles d’Alaska font des vols exceptionnels », explique à franceinfo Maxime Zucca, ornithologue et auteur du livre La migration des oiseaux : comprendre les voyageurs du ciel (Sud-Ouest éditions, 2022). Pourquoi ? Parce qu’entre l’Alaska, où elle niche, et la Nouvelle-Zélande, où elle passe l’hiver, « il n’y a pas de lieu pour refaire des réserves de graisse, même si l’on trouve quelques atolls ». Un tel vol direct permet également de limiter les risques de maladie et de gagner du temps.

Un séjour préparatoire pour grossir

Un tel périple se prépare avec soin. A la mi-août, ces oiseaux limicoles, qui se nourrissent des vers que l’on trouve au bord de l’eau, font une première étape, plus courte, dans le delta du Yukon, « où il y a de très bonnes vasières« , détaille l’ornithologue. Ils y restent un mois, le temps de grossir de 50%, pour passer de 200 à 300 grammes.

Juste avant le départ, les barges observent une période de jeûne de quelques jours. « Elles arrêtent de manger pour que les organes liés à l’alimentation, qui ne sont pas nécessaires au vol, s’atrophient. Tout l’enjeu est de trouver le bon équilibre entre réserves de graisse et poids pas trop handicapant pour voler », analyse Maxime Zucca.

Un demi-sommeil en vol

L’oiseau attend les vents porteurs et s’envole généralement en soirée. Pendant tout le voyage, il évolue ensuite entre 3 000 et 5 000 m d’altitude, en fonction des vents les plus favorables. Si le volatile ne se nourrit ni ne boit durant son périple, il prend tout de même un peu de repos. « L’hypothèse est que, comme d’autres oiseaux ou les dauphins, il rentre dans un sommeil unihémisphérique », expose Maxime Zucca. Concrètement, ce type de sommeil ne concerne qu’une moitié du cerveau et permet à l’autre de continuer à battre des ailes.

« Les oiseaux ont besoin de beaucoup moins de sommeil que nous. Pendant l’été arctique, la barge rousse dort par phase de 20-30 minutes à trois ou quatre reprises dans la journée. »  Maxime Zucca, ornithologue

Au printemps, le vol se fait dans l’entre sens, à cause des vents contraires, en passant cette fois-ci par la Chine et la Corée. Les cousines européennes de 234684 volent, elles, entre la Mauritanie et la Sibérie, avec des escales en mer de Wadden (Pays-Bas) ou dans les vasières de l’ouest de la France.

Un oiseau menacé par les activités humaines

Cet impressionnant ballet migratoire reste fragile. Les barges rousses sont sensibles à la destruction de leur habitat, l’une des principales causes de disparition de la biodiversité. Les surfaces de vasière diminuent, en particulier dans le delta de Bohai, en mer de Chine, relève Maxime Zucca. 

Le réchauffement climatique provoqué par notre consommation de charbon, pétrole et gaz leur pose un autre problème. Pour nourrir leurs petits, elles comptent en effet sur les tipules (ou cousins). Or, le réchauffement des zones de nidification bouleverse le calendrier et fait émerger ces proies plus tôt dans l’année. Les barges sont donc priées d’accélérer leur migration pour arriver à l’heure, ce qui raccourcit le temps passé à s’engraisser pendant les étapes. « La conséquence, c’est qu’il y a plus de mortalité en migration, qu’elles arrivent en moins bonne condition physique et se reproduisent moins bien », déplore Maxime Zucca.

 

Comptage des oiseaux des jardins bilan de 10 ans de sciences citoyennes

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Lancé en 2012, l’Observatoire des oiseaux des jardins, géré par la LPO et l’équipe Vigie-nature (Muséum national d’Histoire naturelle et Office français de la biodiversité) est aujourd’hui le plus important dispositif français de sciences participatives impliquant le grand public. Les résultats de la première décennie de ce suivi citoyen des populations d’oiseaux communs complètent et confirment les tendances observées dans la nature par les experts.

Le comptage national des oiseaux des jardins est organisé deux fois par an, lors des derniers week-ends de janvier et de mai afin de disposer d’éléments de comparaison à des périodes aux particularités très différentes en termes d’effectifs et de comportements : l’hivernage et la reproduction. Il suffit alors de consacrer une heure de son temps à recenser les différentes espèces présentes chez soi puis de transmettre ses observations sur la plateforme en ligne. La prochaine édition aura lieu les 28 et 29 janvier 2023.

La participation croît chaque année au point d’avoir été multipliée par plus de 10 depuis 2012 pour atteindre le chiffre record de 24 048 contributeurs lors du dernier comptage de janvier 2022. En 10 ans, l’opération a été effectuée au moins une fois dans près de 100 000 jardins répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain, de Leffrinckoucke (Nord) à Cerbère (Pyrénées-Orientales) et du Conquet (Finistère) jusqu’à Furiani (Haute-Corse). Environ 6,5 millions d’oiseaux ont ainsi été comptabilisés pendant près de 115000 heures d’observation !

Cette base de données inédite permet aujourd’hui aux scientifiques d’étudier les dynamiques des populations d’oiseaux communs fréquentant les jardins, et de les comparer aux tendances constatées par les programmes de suivis ornithologiques menés par des experts.

Un déclin confirmé

Au cours des dix dernières années, les effectifs de 41% des espèces rencontrées dans les jardins au printemps ont ainsi diminué, confirmant le déclin lié à la déstructuration globale des écosystèmes naturels déjà observé par ailleurs. C’est le cas par exemple du Martinet noir (-46%), victime de la disparition des insectes volants due aux pesticides, de la récurrence des épisodes caniculaires et des rénovations de bâtiments qui réduisent ses possibilités de nicher sous les toitures.

A l’inverse, les résultats des comptages hivernaux mettent en évidence une augmentation pour près de la moitié des espèces, en particulier les granivores (Ex : Chardonneret élégant, Pinson des arbres), alors que leurs populations nationales sont pourtant en forte régression. Ce constat s’explique notamment par la raréfaction des ressources alimentaires dans les zones d’agriculture intensive et le report de ces oiseaux vers les jardins.

Pour Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO : « les sciences participatives permettent aujourd’hui au plus grand nombre de contribuer activement à la connaissance naturaliste. La réussite de l’Observatoire des oiseaux des jardins démontre l’utilité et la fiabilité de ces opérations de comptages ainsi que l’intérêt des Français pour la nature de proximité. »

Pour Bruno David, Président du Muséum national d’Histoire naturelle : « A travers les programmes de sciences participatives, il s’agit d’inventorier la nature pour mieux la connaître et contribuer à une préservation durable de ce patrimoine commun. Le succès de cet observatoire apparaît ainsi comme un signal fort qui témoigne de l’engagement croissant de la société civile auprès de la communauté scientifique« .

Lien pour consulter le bilan ICI

Oiseaux : dans nos jardins, une « hécatombe »

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Martinet noir, verdier d’Europe… En 10 ans, l’Observatoire des oiseaux de jardin a constaté un déclin de 41 % des populations au printemps, en France. Un comptage est organisé ce weekend : tout le monde peut y participer.

« C’est une hécatombe. Depuis dix ans, on constate un déclin de 41 % des populations françaises d’oiseaux au printemps », résume Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Ce chiffre, c’est celui calculé par l’Observatoire des oiseaux des jardins, un programme de sciences participatives lancé en 2012 par la LPO, le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et l’Office français de la biodiversité, qui parle d’un bilan alarmant. Plus surprenant : en hiver, c’est le contraire. Les comptages ont mis en évidence une augmentation des populations depuis dix ans. Ce n’est pas pour autant une bonne nouvelle : originaires des pays froids, ils s’arrêtent en effet chez nous, où il fait doux, au lieu de se fatiguer à descendre plus au Sud.

Pourquoi une telle disparition au printemps ? La présence du martinet noir, par exemple, a diminué de 46 % depuis 2013. Une baisse qui peut notamment s’expliquer par les réaménagements de façades dans les villes. « Cela obstrue les cavités, où nidifient les oiseaux », précise Allain Bougrain-Dubourg. Autre explication : la disparition des insectes, principale ressource alimentaire de cet oiseau au plumage sombre, due à la généralisation de l’usage des pesticides et à la dégradation des habitats naturels. Même raison pour le verdier d’Europe, dont la population a baissé de 46 % au printemps depuis 2013, ou les mésanges bleue et charbonnière (-17 %). « L’agriculture intensive est responsable, rappelle Allain Bougrain-Dubourg. Et ce n’est pas nous qui le disons, c’est l’IPBES [la plateforme des Nations unies sur la biodiversité]. »

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Agriculture intensive, artificialisation des sols… sont notamment responsables de la disparition des oiseaux. Celle du verdier d’Europe par exemple. Flickr / Philippe Roizet / CC BY-NC-ND 2.0

Le président de la LPO l’affirme sans détour : si nous voulons préserver ces populations, nous devons « revisiter notre mode de vie ». « C’est un changement de paradigme sur les thèmes de l’agriculture intensive, de l’artificialisation des sols… », énumère-t-il.

Des oiseaux migrateurs qui ne descendent plus au sud

À l’inverse, en hiver, la fauvette à tête noire enregistre une hausse de 57 % depuis 2013. C’est même + 83 % pour le chardonneret élégant.

« Cela s’explique parce que ce sont des oiseaux qui sont originaires du Nord ou des pays de l’Est, et qui viennent d’une certaine manière se réfugier chez nous », profiter d’hivers de plus en plus doux, indique Allain Bougrain-Dubourg. Au lieu de descendre davantage au Sud, et de se répandre dans les campagnes comme ils pouvaient le faire il y a quelques décennies, ils privilégient désormais les jardins dans les zones nordiques, où ils trouvent davantage de ressources alimentaires (insectes ou mangeoires artificielles installées par des amoureux des oiseaux).

« Au lieu de faire un long voyage risqué, ils restent dans les zones nordiques »

« En Grande-Bretagne, nos collègues ont constaté qu’il y avait de plus en plus de fauvettes à tête noire qui passaient l’hiver chez eux, raconte Benoît Fontaine, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle. Ils ont réussi à relier ça au nourrissage : là-bas, il y a énormément de jardins avec des mangeoires. Cela a probablement modifié le comportement des fauvettes qui, au lieu de faire un long voyage risqué, restent dans les zones nordiques où elles sont sûres de trouver de la nourriture. Cela leur permet de revenir plus vite à leur zone de nidification au printemps. » À tel point que des modifications morphologiques sont observées chez les fauvettes qui restent au nord de l’Europe : un bec qui change de forme pour se nourrir plus facilement sur les mangeoires, des ailes qui diminuent…

Toutefois, le chercheur prévient : même si davantage d’oiseaux sont recensés en hiver, cela n’atténue pas la situation dramatique du printemps. « L’hiver, il y a des interférences avec d’autres facteurs, liés notamment au changement de comportement des oiseaux, précise-t-il. Alors qu’au printemps, on obtient les « vrais chiffres » des populations françaises d’oiseaux. » Donc, un déclin de 41 % en dix ans.

Plus de six millions de données collectées

Ces données reposent sur les observations de simples citoyennes et citoyens. Mais leurs résultats confirment les tendances observées dans la nature par les experts ornithologues. Aujourd’hui, après dix ans d’utilisation, la LPO affirme que l’Observatoire est « le plus important dispositif français de sciences participatives impliquant le grand public ».

Chiffres à l’appui : alors que seulement 3 000 jardins étaient observés en 2012, ils étaient plus de 24 000 en 2022, répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain. En dix ans, plus de 85 000 participants ont été recensés. « Cela représente six millions et demi d’observations. On commence à engranger des données significatives », se félicite Allain Bougrain-Dubourg. « Ce ne sont pas des mesures au doigt mouillé, tient à rappeler Bruno David, président du Muséum d’histoire naturelle. Tout ce dispositif s’appuie sur des protocoles scientifiques très rigoureux, qui permettent de construire des tendances. »

fiche de comptage

Un extrait de la fiche de comptage fournie par l’Observatoire des oiseaux de jardin.

Des protocoles rigoureux, mais volontairement simples, et ouverts à toutes et tous. « On peut participer partout, se réjouit Marjorie Poitevin, responsable de l’Observatoire des oiseaux des jardins. Si on a un jardin ou un balcon à soi, à la ville, à la campagne, ou même dans un jardin public. C’est un programme qui est vraiment ouvert à tout le monde. » Des outils d’aide à l’identification des oiseaux sont mis à disposition des participants. Ils doivent ensuite compter régulièrement les volatiles qui apparaissent dans leur jardin, et transmettre leurs observations sur la plateforme en ligne. Un prochain weekend officiel de comptage est organisé les samedi 28 et dimanche 29 janvier.

« Ces comptages sont très importants, parce que l’oiseau est scientifiquement un indicateur de l’état de la biodiversité, affirme Allain Bougrain-Dubourg. Lorsque les populations d’oiseaux sont en nombre, c’est le cortège du vivant, les insectes, les mammifères, les batraciens, qui s’épanouit. En revanche, quand les oiseaux disparaissent, c’est la biodiversité qui s’estompe. Donc c’est extrêmement important pour nous d’avoir ces données sur l’état de la biodiversité. »

COMPTAGE DES OISEAUX DES JARDINS

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En Antarctique, une nouvelle colonie de manchots découverte grâce à des images satellites

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Cette nouvelle colonie porte à 66 le nombre de groupes de manchots empereurs identifiés le long du littoral de l’Antarctique.

Par Le HuffPost avec AFP

Des milliers de manchots, ici photographiés le 21 décembre 2022 sur l’île de la Possession, qui fait partie des îles Crozet, un archipel subantarctique de petites îles dans le sud de l’océan Indien. (photo d’illustration)

ANIMAUX – C’est une bonne nouvelle, pour une espèce très menacée par le réchauffement climatique. Des scientifiques britanniques ont annoncé ce vendredi 20 janvier avoir identifié une nouvelle colonie de manchots empereurs en Antarctique, en utilisant des images satellites du continent.

L’équipe de recherche a repéré la colonie de 500 membres grâce aux taches sombres bien visibles depuis l’espace que font les excréments de ces animaux sur la banquise, détaille le British Antarctic Survey, organisme britannique de recherche, dans un communiqué de presse.

Cette nouvelle colonie porte à 66 le nombre de groupes de manchots empereurs identifiés le long du littoral de l’Antarctique, dont la moitié a désormais été repérés grâce aux images satellites.

« C’est une découverte excitante (…) mais, si elle représente une bonne nouvelle (…), cette colonie est petite et dans une région très affectée par la fonte de la banquise », a indiqué le professeur Peter Fretwell, ayant mené ces recherches pour le British Antarctic Survey.

Espèce menacée

Le manchot empereur, plus grande espèce de manchots qui ne vit et ne se reproduit qu’en Antarctique, a récemment été classé comme espèce menacée par l’autorité américaine en charge de la protection de la faune.

Le réchauffement climatique et la fonte de la banquise mettent en péril les lieux de reproduction du manchot, tandis que l’acidification des océans menace certaines variétés de crustacés dont il se nourrit.

Les scientifiques estiment qu’au rythme actuel du réchauffement climatique, la quasi-totalité des manchots empereurs pourraient avoir disparu d’ici la fin du siècle.

Les scientifiques ont travaillé sur ce projet d’identification de colonies de manchots grâce à une mission satellite développée dans le cadre du programme européen sur le changement climatique Copernicus.

LES VAUTOURS ACCOMPAGNENT CE 13 JANVIER M.TERRASSE………..

Rencontre avec Michel Terrasse, fidèle protecteur des rapaces dans le monde

Michel TERRASSE avec des vautours en Espagne – Photo A.GUERRIER

Militant de la première heure pour la protection des rapaces, fondateur avec son frère Jean-François, du Fonds d’Intervention pour les Rapaces (FIR), maintenant inclus dans les missions de la LPO France, Michel Terrasse a été président jusqu’à récemment de la Vulture Conservation Foundation (VCF), qui s’est préoccupée de la conservation et de la réintroduction des vautours et du Gypaète barbu, avec de nombreux programmes très réussis.

La France fait figure de pionnière avec la réintroduction des Vautours fauves dans les Grands Causses du Massif Central, depuis la fin des années 60, puis dans le sud du Massif Alpin. Presque tous les pays d’Europe sont aujourd’hui concernés (Autriche, Suisse, Italie, Espagne, Bulgarie, Grèce), avec un objectif commun de reconstituer les populations des quatre espèces de vautours, les Vautours fauves et moines, le Gypaète barbu et le très menacé Vautour percnoptère. En 2020, UNIVET NATURE a d’ailleurs financé la réintroduction des vautours dans le Verdon en soutenant la LPO Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Vautour moine

Comment vont les populations de vautours hors de l’Europe ?

C’est un véritable paradoxe mais on a assisté depuis une cinquantaine d’années à la fois au sauvetage souvent réussi des vautours dans une Europe toujours plus développée, alors que les véritables paradis de ces oiseaux charognards qu’étaient l’Afrique et l’Asie ont vu et voient actuellement leurs populations de vautours s’effondrer de façon catastrophique.
De multiples causes sont à l’origine de ce désastre écologique : les millions de vautours indiens de plusieurs espèces, qui faisaient la voierie dans les villes de Delhi ou de Bombay, ont disparu en quelques années à la suite du traitement des bovidés par le diclofénac.
Mais, comme si ces oiseaux nécrophages, jadis admirés ou même vénérés, n’avaient plus leur place dans le monde moderne, on constate que la liste des menaces qui pèsent sur leur survie s’allonge désespérément.

Cela va de la raréfaction de leurs ressources trophiques à l’utilisation des vautours comme gri-gri ou pour des usages thérapeutiques dans certaines parties d’Afrique. L’électrocution sur des lignes électriques mal protégées peut compromettre la survie de populations hivernantes de vautours percnoptères européens migrateurs comme les rares nicheurs de Bulgarie et des Balkans qui accomplissent chaque année leur voyage migratoire vers le Soudan ou l’Ethiopie.
Mais c’est le poison qui représente la vraie menace pour ces oiseaux. Comme en Europe où la présence du loup pourrait représenter un nouveau danger mortel pour nos vautours, les pays africains sont de plus en plus enclins à utiliser le poison pour éradiquer les carnivores là où ils subsistent et menacent leurs élevages. Mais l’empoisonnement direct des vautours a trouvé récemment une nouvelle justification : éviter de trahir les braconniers d’éléphants ou de rhinocéros. C’est une véritable guerre entre les braconniers d’ivoire ou de corne, et les rangers des parcs nationaux. Et comme les massacres attirent les vautours qui viennent faire leur office de nettoyeurs, les braconniers, pour éviter de se faire repérer par les vols de ces rapaces, n’ont rien trouvé de mieux que d’empoisonner les carcasses. Des milliers de vautours meurent actuellement empoisonnés de cette façon (un cas récent a coûté la vie à plus de 500 vautours en Afrique du Sud).

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Quel bilan tirer de la conservation des vautours en Europe depuis 60 ans ?

Très tôt, dés les années 1960, les vautours étaient largement protégés en Europe, mais paradoxalement les législations de la plupart des pays avaient oublié de prévoir comment ces charognards pourraient se nourrir. Et suite à l’ère pastorienne et à la peur des microbes, il était toujours nécessaire d’ensevelir les cadavres des animaux d’élevage avec de la chaux pour favoriser la non contamination des sols et des sources.
En Espagne et dans les Pyrénées françaises, à la fin du siècle dernier, les anciens « muladares » où l’on jetait toutes les ordures y compris ces cadavres, fermaient les uns après les autres et les vautours avaient de plus en plus de difficultés à se nourrir. Ce travail gratuit et éternel (un adage romain ne disait-il pas Ubi pecora, ibi vultures) a failli être remis en question par des réglementations qui se voulaient modernes et avaient oublié que les rapaces nécrophages accomplissaient gratuitement cette mission d’épuration. Il aura fallu 18 années de combat au plus haut niveau ministériel avec l’implication de notre ami vétérinaire Guy Joncour, pour faire comprendre aux gestionnaires de l’équarrissage en France, que les vautours devaient continuer à jouer leur rôle en faisant disparaître les traces de la mort.
Cette reconnaissance du rôle de ces oiseaux nécrophages n’a été effective en France qu’à la fin des années 1990, et heureusement généralisée à la plupart des pays d’Europe où vivent ces oiseaux.

Les vautours sont devenus ainsi, non seulement des agents de salubrité en effaçant les traces de la mort mais des auxiliaires gratuits pour éviter l’enlèvement des carcasses dans des zones reculées ou difficiles d’accès. On estime la population de vautours d’Europe occidentale (Espagne, France, Italie et Balkans) à beaucoup plus de 100.000 individus ce qui peut donner une idée de la quantité de matière organique éliminée par ces oiseaux (un vautour consomme environ 500 g de viande par jour), et l’économie d’énergie s’il avait fallu récupérer ces déchets et les incinérer comme cela devrait se faire.
La technique des placettes d’alimentation, largement utilisée en France et qui permet de nourrir les vautours en aidant les éleveurs à se débarrasser de leurs carcasses, est de plus en plus généralisée en Europe.

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Fulgurante disparition des vautours en Inde

Vautours-Inde-1993… avant leur quasi disparition – Y.-THONNERIEUX

Au début des années 1990, un voyage en Inde m’a permis de découvrir l’immense population de vautours qui faisaient la voierie dans les villes du Rajasthan. Il était courant de compter des dizaines de milliers de vautours posés sur les toits des abattoirs de New Delhi.
Les naturalistes de cette région m’avaient invité pour parler des résultats des programmes de réintroduction des vautours en France et j’ai pu ainsi présenter les premiers efforts couronnés de succès. Je me souviens avoir souligné l’énorme décalage entre la situation française où quelques dizaines de couples reprenaient place et ce qui existait depuis toujours en Inde, où des centaines de milliers de vautours faisaient la voierie.
20 ans plus tard, hélas, la diclofénac avait sévi. Il ne restait que quelques vautours et les chiens redevenus sauvages les remplaçaient avec la menace croissante de transmission de la rage.

 

Un réseau international pour enrayer l’extinction des vautours 

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Vautours en vol dans le Verdon – Benjamin Kabouche

Parti d’Europe avec les programmes français et espagnols de conservation des vautours, et d’Autriche avec les premières libérations de Gypaètes barbus, un élan international a été orchestré par la Vulture Conservation Foundation, avec laquelle la LPO a noué des contacts étroits. La VCF, forte de son expérience et sous l’impulsion de son Directeur Jose Tavares, s’est rapprochée des instances internationales (UICN, BIrdLife International) pour essayer de sensibiliser la communauté internationale sur le drame de la disparition des rapaces nécrophages. Des «  Multi Species Action Plans », MSsAP, ont été rédigés pour l’Europe l’Afrique et l’Asie et la VCF a été responsable de celui consacré à l’Europe.
Pour venir en aide au Vautour percnoptère (l’espèce de vautour la plus menacée de France et d’Europe) de nombreux programmes et recherches se sont développés avec l’aide de programmes LIFE.

En guise de conclusion

Paradoxalement il a été plus facile aux conservateurs de la nature de sauver les populations de vautours et de grands rapaces d’Europe, que d’enrayer l’inexorable disparition des petits oiseaux insectivores, confrontés à l’extinction des populations d’insectes conséquence d’une
agriculture intensive.

La grippe aviaire, nouveau péril pour les oiseaux sauvages

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Plus de 90 % des poussins de fous de Bassan ont été retrouvés morts dans leur unique colonie française, sur l’île Rouzic – © Didier Flury/Reporterre

La grippe aviaire a décimé des populations d’oiseaux sauvages en 2022, en plus d’avoir provoqué des millions d’abattages dans les élevages. Une catastrophe qui doit amener à remettre en cause l’élevage intensif, selon la LPO.

Une catastrophe sans précédent pour les oiseaux sauvages. C’est le bilan que fait la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) des conséquences de la grippe aviaire sur la saison 2021-2022. « Cette année est la pire depuis son apparition en 1995 », s’est alarmé son président, Allain Bougrain-Dubourg, lors d’une conférence de presse vendredi 6 janvier.

L’association relève que non seulement 140 millions de volailles d’élevages ont été abattues dans le monde à cause de ce virus cette année (contre « seulement » 10 millions lors de la saison 2019-2020), mais qu’en plus, il a touché d’importantes colonies d’oiseaux sauvages. « Par exemple au Pérou, plus de 22 000 oiseaux marins, en majorité des pélicans, ont été retrouvés morts », a rappelé M. Bougrain-Dubourg.

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De nombreuses mouettes sont mortes de la grippe aviaire en 2022. CC BY-SA 3.0 / Tristan Nitot / Wikimedia Commons

Les oiseaux de mer sont particulièrement touchés. Ainsi, en France, « des mortalités groupées d’oiseaux ont été constatées à partir de mai 2022 d’abord dans les départements côtiers des Hauts-de-France (Nord, Pas-de-Calais, Somme) essentiellement chez les laridés (goélands, mouettes et sternes).

Des cas sont ensuite apparus courant juin sur les côtes normandes (Seine-Maritime, Calvados, Manche) puis en juillet sur les côtes bretonnes (Côtes d’Armor) », détaille la LPO.

Des reproductions fortement affectées

À noter que les premiers cas ont été détectés au printemps, à un moment où d’habitude le virus circule beaucoup moins. Ainsi, la France venait de repasser en risque « modéré » pour la grippe aviaire quand en mai des vautours fauves malades ont été repérés. « On a constaté une contamination dans les grands causses, dans l’Aveyron », détaille Cédric Marteau, directeur du pôle protection de la nature à la LPO.

C’est la première fois que la maladie est repérée chez cette espèce. Sa reproduction en a été fortement affectée. Selon les chiffres de l’association, en 2021, sur 821 pontes, 75 % des poussins avaient pris leur envol. En 2022, malgré un nombre de pontes en hausse à 905, seulement 31 % ont pu sortir du nid. Un coup dur pour ce vautour qui avait failli disparaître en France, protégé depuis les années 80. Sa population augmentait jusqu’ici chaque année, expliquent les Parcs nationaux.

« C’est 50 ans de conservation qui pourraient être mis à mal en une seule année »

Puis début juillet, les premiers cas d’influenza aviaire sont apparus dans l’unique colonie française de fous de Bassans située sur l’île Rouzic, dans la réserve des Sept-îles, au large des Côtes-d’Armor. Les 19 000 couples qui s’y retrouvent pour nicher représentent 4 % de la population mondiale de l’espèce. « Des milliers d’oiseaux ont été retrouvés morts, et, notamment, plus de 90 % des poussins », se désespère Cédric Marteau. « Ces oiseaux marins ont une dynamique lente, on va repartir sur les effectifs des années 70, c’est 50 ans de conservation qui pourraient être mis à mal en une seule année. »

Dans ce contexte, la LPO sonne l’alerte et estime que les oiseaux sauvages sont victimes de l’élevage intensif. « On a vu en Asie des échanges entre la faune sauvage et les élevages, et c’est dans l’un de ces derniers qu’est apparue une souche hautement pathogène », assure François Moutou, vétérinaire épidémiologiste et membre du conseil scientifique de la LPO. Les élevages concentrant plus d’animaux, le virus y évolue plus rapidement.

La grippe aviaire a été détectée pour la première fois chez des vautours fauves. CC BY-SA 2.0 / Damien Pobel / Flickr via Wikimedia Commons

L’association s’inquiète aussi de la doctrine dominante, qui consiste à considérer que la faune sauvage est le problème car elle transporte le virus lors des migrations et contamine les élevages. « Il est en fait très difficile de conclure », estime François Moutou. « Bien sûr que les animaux sauvages libèrent le virus dans l’environnement », poursuit-il. « Mais après, il faut expliquer comment la souche entre dans l’élevage. »

Pour le docteur, il ne faut pas oublier le rôle majeur des échanges humains dans la propagation du virus. Les travaux de l’Anses ont d’ailleurs montré comment les circulations des animaux entre élevages, les livraisons de paille ou de nourriture, pouvaient propager le virus. « Le problème, c’est surtout d’éviter que le virus entre dans les élevages », estime le vétérinaire.

Ainsi, tant pour protéger la faune sauvage que pour sauver l’élevage, l’association demande « des solutions pérennes », a expliqué Allain Bougrain-Dubourg. « Nous considérons qu’il est indispensable revoir les modèles de production avicoles. »

Diminuer le nombre et la taille des élevages

Elle ne se satisfait pas des mesures du gouvernement, qui demande notamment aux éleveurs de rentrer leurs volailles de plus en plus souvent, un vrai problème pour les productions de plein air.

La LPO souhaite des élevages plus petits et moins nombreux afin de réduire leur densité, en circuit court pour limiter les échanges internationaux, propose de privilégier les races locales plus résistantes au virus, de maintenir une diversité génétique qui permet aussi une meilleure résistance, ou encore de ne pas stigmatiser le plein air, qui permet notamment de donner plus d’espace aux animaux et de limiter leur stress qui les rend plus vulnérables.

La grippe aviaire progresse dangereusement en France

élevage de poules en 2019

Les volailles françaises n’ont plus le droit de sortir en plein air et les rassemblements d’oiseaux domestiques sont interdits. La souche actuelle est virulente et frappe les régions d’élevages avec une vigueur inégalée.

VIRULENCE. Dans son point de la situation sur le front de la grippe aviaire, le ministère de l’Agriculture le reconnaît clairement : « La situation sanitaire au regard de l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) en France s’est détériorée depuis le mois d’août et a empiré au cours des dernières semaines« . Le nombre de 100 élevages atteints a été dépassé début décembre 2022. Au total au cours de cette année, 21 millions de poulets et canards, principalement, ont été abattus (soit cependant moins de 3% des 890 millions d’oiseaux d’élevage tués tous les ans en France). 37 pays européens sont actuellement touchés, 2500 foyers ont été répertoriés et près de 50 millions d’animaux détruits. Et rien n’indique que cette épizootie qui s’est déclarée début 2022 en Vendée pour la France va se calmer. Au contraire. « Cette souche H5N1 est très virulente et nous ne sommes plus dans la situation de petites étincelles ponctuelles de la maladie, mais bien dans un incendie qui concerne tout le territoire » prévient François Moutou, docteur vétérinaire qui a longtemps travaillé à l’Anses et est aujourd’hui membre du Conseil scientifique de la ligue de protection des oiseaux (LPO).

La grippe aviaire est apparue pour la première fois en France en février 2006

Jamais le monde n’avait connu un épisode de grippe aviaire aussi fort. Il faut dire que cette maladie virale n’a été repérée que dans les années 1990. Ce virus de la famille des Orthomyxoviridae sont caractérisés par les glycoprotéines baptisées Hémagglutinine (H) et Neuraminidase (N). Les 16 H et les 9 N se combinent et recombinent au fil des mutations, ce qui procure au virus une grande variabilité génétique. La souche H5N1 est la plus connue mais certaines de ses variations sont hautement pathogènes, d’autres non.

La grippe aviaire est originaire d’Asie du sud-est. Elle est apparue pour la première fois en France dans les Dombes (Ain) en février 2006. Provient-elle des oiseaux sauvages ou bien des domestiques ? « Personne ne le sait et il est bien difficile de documenter une transmission virale dans un milieu naturel, reconnaît François Moutou. Ce qui est certain, c’est que les oiseaux sauvages sont des réservoirs naturels de virus dont certains sont à l’origine de la grippe humaine ». Un premier cas de transmission directe de grippe aviaire directement à l’homme a été pour la première fois constaté en 1997 mais les deux maladies sont devenues deux phénomènes différents.

En vingt ans, la grippe aviaire s’est installée partout dans le monde

MIGRATIONS. Depuis une quinzaine d’années maintenant, le secteur avicole vit sous cette nouvelle menace. Les zones de vie des espèces sauvages et leurs couloirs de migration constituent des « zones à risques particuliers ». Mais ces risques particuliers ne constituent une menace que dans les régions où ces zones coïncident avec des régions d’élevage. Ainsi, l’épizootie de grippe aviaire de 2015 a affecté une grande partie du sud-ouest, région où les élevages de canards sont très nombreux. En 2022, c’est principalement la région des Pays de la Loire qui est touchée. Les vétérinaires surveillent donc attentivement les élevages et les pouvoirs publics ont imposé le confinement des volailles dans les bâtiments d’élevage ce qui n’est pas toujours possible pour de petits éleveurs qui n’ont pas les moyens de se payer des bâtiments et alors que des appellations comme celle du poulet de Bresse impose la vie en plein air.

La grippe aviaire, nouveau péril pour les oiseaux sauvages

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Les quatre types de mâles chez le Combattant varié Calidris pugnas

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PHOTOS 1  Combattant varié. Mâles nuptiaux: indépendant (à gauche) et satellite (à droite)/ Ruff Calidris pugnas Nuptial males: independent (on the left) and satellite (on the right) {Pays-Bas, 22.03.2009,

Le Combattant varié Calidris pugnas est une espèce polygyne, sans formation de lien durable entre partenaires (VAN G1Ls et al., 2020). L’accouplement a lieu principalement au sein de « leks », sortes d’arènes où les mâles se rassemblent pour parader. Ils s’y accouplent avec un maximum de femelles ; celles-ci assumeront seules l’élevage des jeunes (VAN G1Ls et al., 2020) Ce type de comportement reproduc­teur se retrouve chez d’autres espèces, notam­ment les tétras.

Cependant, chez le Combattant varié, les inte­ractions sont complexes et plusieurs stratégies de reproduction s’observent chez le mâle. Fait extraordinaire, ces stratégies ne sont ni dictées par les circonstances ni par des choix indivi­duels, mais reposent uniquement sur l’héritage génétique (KüPPERet al., 2016) En effet, un super gène, composé de 125 gènes situés sur le chro­mosome 11, s’exprime selon des alternatives divergentes et conduit à l’expression d’un type de plumage particulier et aux comportements qui lui sont associés (KüPPER et al., 2016). Quatre types de mâles se distinguent ainsi :

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  • Les mâles indépendants (Photo 1 à gauche) possèdent un petit territoire de parade Uukema & Piersma, 2006). Ils arborent une impressionnante collerette foncée ainsi que des oreillettes qu’ils érigent lors des parades Il existe parmi eux une diversité du plumage qui permet la reconnaissance individuelle. Grâce à elle, les mâles territoriaux sont capables de se souvenir des voisins qu’ils ont affrontés et évitent leur territoire. Cela réduit la violence à des attaques rituelles ou à des combats très courts. Ils représenteraient 29 % de la popula­tion et réaliseraient 88 % des accouplements.

 

  • Les mâles satellites (Photo 1 à droite) ne possèdent pas de territoire propre. Ils s’asso­cient à un mâle indépendant, leur présence augmentant l’attractivité de ce dernier envers les femelles. Les mâles satellites possèdent aussi une collerette et des oreillettes, mais celles-ci sont de couleur blanche Cette signalisation du plumage, combinée avec des postures particulières, signale leur statut aux détenteurs de territoires évitant les compor­tements agressifs de leur part Le surcroît de femelles attirées par l’association d’un mâle dominant avec un mâle satellite va permettre à ces derniers de s’accoupler occasionnelle­ment avec l’une d’elles. Mais comment cette stratégie a-t-elle pu perdurer, puisque qu’elle ne permet que de rares accouplements  Tout simplement par une longévité supérieure à celle des mâles indépendants. En effet, ceux-ci doivent défendre leur territoire dans des combats fréquents et épuisants, ce qui induit une mortalité précoce. Les mâles satellites représenteraient 19 % de la population et réaliseraient 10 % des accouplements.

.Les marginaux, sans territoire, demeurent autours des leks : ils regardent et apprennent de leurs aînés Ils n’ont pas encore l’expé­rience nécessaire pour s’imposer sur les leks. Ils représentent 52 % de la population et accompliraient 2 % des accouplements.

  • La dernière catégorie de mâles présente un plumage proche de celui des femelles (Photo 2). Ils n’ont été découverts que récem­ment UuKEMA & P1rnsMA, 2006). Ils sont rares et se mélangent aux femelles grâce à un plumage leur ressemblant Ils« trichent» ainsi et parviennent à se reproduire également. Mais à ce jour on ignore leur pourcentage qu’ils représentent au sein de la population (les pourcentages précédents seraient donc à revoir en fonction de cette information).

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Grippe aviaire : 2 millions de volailles déjà abattues en France en décembre, pas de vaccin avant l’automne 2023

volailles d'élevage

Photo d’intro:   Des volailles d’un élevage situé dans la commune des Herbiers (Vendée), le 5 décembre 2022. (LOIC VENANCE / AFP)

Le ministère de l’Agriculture a détaillé jeudi sa feuille de route pour contrer cette épidémie catastrophique pour les éleveurs.

 

Le bilan inquiète au plus haut point. En France, du 1er août au 21 décembre, 3,3 millions de volailles ont déjà été abattues à cause de la grippe aviaire, dont une moitié de canards. Et deux millions l’ont été rien qu’en décembre, comme l’a déclaré jeudi 22 décembre le ministère de l’Agriculture français. Confronté comme le reste de l’Europe à une grave épidémie de grippe aviaire qui a conduit à l’abattage de dizaines de millions de volailles sur le continent, le gouvernement français s’est ainsi fixé l’objectif de lancer la première vaccination de volailles à l’automne 2023.

Selon le calendrier présenté jeudi, les premiers résultats des expérimentations en laboratoire devraient être connus autour de mars 2023. « A date, ils sont plutôt encourageants, avec une bonne réponse au virus », selon le ministère, qui a déroulé son scénario le plus optimiste. « Si tous les signaux sont au vert, en mai, on aura des vaccins fonctionnels, autorisés, et une stratégie adaptée sur le plan sanitaire et économique », a-t-il résumé.

Des éleveurs particulièrement touchés à quelques jours des Fêtes

L’épizootie de grippe aviaire est la « plus dévastatrice » qu’ait connue l’Europe de toute son histoire, avaient déclaré mardi les autorités sanitaires européennes, avec plus de 50 millions d’oiseaux abattus dans les seuls élevages infectés entre 2021 et 2022. Les éleveurs, psychologiquement et financièrement éprouvés, auraient du mal à supporter un troisième hiver ravageur, alors que le virus est en train de devenir endémique sur le continent. Les signalements de cas de grippe aviaire entraînent en effet  l’abattage systématique de toutes les volailles ayant pu contracter le virus.

L’accélération de la propagation du virus est liée non seulement à la baisse des températures, mais aussi à la « forte activité migratoire des oiseaux sauvages », a précisé le ministère de l’Agriculture. Au total, 226 foyers ont été répertoriés dans les élevages depuis le 1er août. L’épidémie continue notamment de ravager ceux situés en Vendée (94 foyers), dans le Maine-et-Loire (38 foyers) et les Deux-Sèvres (33 foyers). La précédente vague en France, survenue entre fin novembre 2021 et mi-mai 2022, avait entraîné l’euthanasie de plus de 20 millions de volailles.

Un partenariat pour réduire l’impact des réseaux électriques sur les oiseaux en Europe

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Rare exemple de coordination entre des associations de protection de la nature (LPO, France Nature Environnement [FNE]) et des entreprises (RTE, Enedis), le Comité National Avifaune (CNA) favorise les relations entre les gestionnaires du réseau électrique français et les naturalistes, afin d’élaborer et mettre en œuvre des actions de protection ciblées et coordonnées visant à limiter l’impact des lignes électriques sur les oiseaux. Le CNA se réunit en colloque le 25 novembre 2022 pour présenter les progrès et innovations réalisés depuis sa création en 2004, dont le déploiement de ses activités à l’échelle européenne.

Les oiseaux font l’objet d’une attention particulière à proximité des lignes électriques car ils sont historiquement exposés à deux principaux types de dangers : la collision et l’électrocution. La vulnérabilité diffère selon les espèces en fonction de leur taille, de leur répartition et de leur comportement mais pour certains rapaces emblématiques comme le Vautour moine, le Gypaète barbu, l’Aigle de Bonelli ou le Milan royal, les lignes électriques constituent un risque majeur de mortalité. Sur les 70 oiseaux admis pour électrocution dans les centres de soins pour la faune sauvage de la LPO en 2021, 88% étaient des rapaces et seuls 3 ont survécu.

Face à ce constat, la LPO et FNE se sont associées dès 2004 aux gestionnaires des réseaux français, RTE et Enedis, pour créer le Comité National Avifaune afin de travailler ensemble à la recherche de solutions. S’est installée au fil des ans une relation de confiance et une implication durable, où prime le souci de mieux protéger les espèces. Rejoint depuis 2013 par le Ministère de la Transition Energétique, le CNA permet le retour d’expériences sur les initiatives menées, l’analyse des difficultés rencontrées sur le terrain et la mobilisation des acteurs locaux.

Un déploiement européen 

En janvier 2023, le projet LIFE SafeLines4Birds, entièrement dédié à la sécurisation des oiseaux susceptibles d’évoluer aux abords de lignes électriques, débutera pour 6 ans et visera également à apporter des solutions aux risques de collisions, d’électrocution et de dérangement de l’avifaune. Doté d’un budget total de près de 15 millions d’euros cofinancé par la Commission Européenne, il permettra notamment l’installation de 180 plateformes pour la nidification des cigognes et la mise en place de 4000 dispositifs de dissuasion de rapprochement des oiseaux des lignes électriques en France, en Belgique et au Portugal.

Dans le cadre du projet LIFE Gypconnect également financé par l’Europe et coordonné par la LPO entre 2015 et 2022 pour la sauvegarde du Gypaète barbu, un inventaire des installations présentant un danger pour ce rapace avait déjà abouti à la neutralisation de près de 13 km de lignes électriques. De telles actions seront poursuivies jusqu’en 2028 par le nouveau projet LIFE Gyp’Act.

L’innovation au service des oiseaux

Les échanges au sein du CNA ont permis de sélectionner, puis de perfectionner des dispositifs pour protéger les oiseaux à proximité des installations à risque, par exemple grâce à des balises qui ont un rôle préventif dans la percussion des lignes par les oiseaux, grâce à leurs bandes réfléchissantes qui tournoient dans l’air. Enedis a mis au point un procédé innovant qui permet d’installer ces « balises avifaunes » sur les câbles à haute tension dans des lieux difficiles d’accès (montagnes, zones humides), sans couper le courant, à l’aide de drones spécialement conçus à cet effet. D’autres balises ont été mises au point, pour RTE, afin d’équiper des tronçons à forts enjeux pour certaines espèces menacées. Constituées de deux demi-sphères rouge et jaune en aluminium qui s’emboîtent, ces « avisphères » restent visibles par les oiseaux de jour comme de nuit, quel que soit leur angle de vol.

L’application mobile « Avifaune et câbles » recense également les zones sensibles et répertorie les lignes à risque. C’est un outil précieux pour les gestionnaires de réseaux qui peuvent ainsi profiter de travaux de maintenance courante pour réaliser des opérations de protection des oiseaux en neutralisant un danger ainsi signalé. Dans un premier temps utilisée dans le Parc national de la Vanoise, elle sera bientôt déployée sur un territoire plus vaste.

Les pylônes électriques offrent même aujourd’hui de nouveaux sites de nidification à certaines espèces protégées, comme le Balbuzard pêcheur dont près de 30% de la population française niche à leur sommet.