Une espèce d’oiseau sur cinq est menacée d’extinction en Europe

bruant.a.calotte.blanche.

BirdLife international, dont la LPO est le représentant officiel en France, a publié une mise à jour de la Liste rouge européenne des oiseaux menacés, pour lesquels la situation continue de s’aggraver.

Diffusée pendant que se déroule la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (COP 15), cette Liste rouge examine le risque d’extinction régionale de 544 espèces d’oiseaux dans plus de 50 pays en Europe. Réalisée à partir de données collectées par des milliers d’experts et de bénévoles, notamment en France par la LPO, il s’agit de la quatrième évaluation coordonnée par BirdLife International après les éditions publiées en 1994, 2004 et 2015.

Le risque d’extinction de chaque espèce est ainsi évalué selon plusieurs catégories en appliquant la méthodologie de l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN) : Préoccupation mineure (LC), Quasi menacée (NT), Vulnérable (VU), En danger (EN), En danger critique (CR), Éteinte à l’état sauvage (EW), Complètement Eteinte (ER).

Les conclusions de l’étude sont très inquiétantes:

  • 1 oiseau sur 5 en Europe est menacée (CR, EN ou VU) ou quasi menacée (NT) d’extinction, soit 106 espèces au total
  • 1 espèce d’oiseau sur 3 en Europe a décliné au cours des dernières décennies
  • 3 espèces supplémentaires se sont éteintes au niveau européen depuis 2015 (Bruant à calotte blanche, Turnix d’Andalousie, Syrrhapte paradoxal)
  • Les oiseaux marins, les limicoles et les rapaces sont les groupes les plus menacés qui déclinent le plus rapidement en Europe et les espèces migratrices sont parmi les plus affectées
  • Les milieux marins, ainsi que les terres agricoles, les zones humides et les prairies sont les habitats qui abritent les espèces les plus menacées.

Les principaux facteurs de l’effondrement des populations d’oiseaux sont identifiés : artificialisation des sols à grande échelle, pratiques agricoles intensives et utilisation massive de pesticides, surexploitation des ressources marines, pollution des milieux naturels, gestion forestière non durable, développement des infrastructures de transport et d’énergie (réseau routier, lignes électriques, éoliennes, etc.), chasse et braconnage d’espèces en mauvais état de conservation.

L’un des rares motifs de satisfaction dans cette nouvelle Liste Rouge européenne est que la mise en œuvre de programmes ciblés fonctionne pour sauver certaines espèces. Par exemple le Milan royal, le Gypaète barbu et le Percnoptère d’Egypte voient leur statut s’améliorer grâce aux plans nationaux d’actions de l’Etat Français ou aux projets LIFE de l’Union Européenne consacrés à leur sauvegarde, et auxquels la LPO participe.

Pour Allain Bougrain Dubourg : « Cette étude démontre une nouvelle fois l’urgence d’agir pour restaurer la biodiversité. En raison de la sensibilité des oiseaux à toute modification de leur environnement, ils constituent des indicateurs particulièrement pertinents pour évaluer la santé de notre planète. Tous les êtes vivants sur Terre sont interdépendants ; donc lorsque les oiseaux sont en péril, nous sommes tous en danger. »

Les colibris reniflent le danger lorsqu’ils cherchent de la nourriture

colibri

fred prose via Pixabay

Par Anouk Tomas le08.09.2021

Minuscules oiseaux, les colibris se reposent sur leur sens de l’odorat afin d’éviter certains insectes dangereux se trouvant sur les fleurs dont ils veulent se nourrir.

Les colibris se nourrissent du nectar des fleurs, qu’ils récupèrent grâce à leur longue langue après avoir plongé le bec entre les pétales.

Les colibris, ces minuscules oiseaux d’à peine une vingtaine de centimètres également surnommés “oiseaux-mouches”, se nourrissent essentiellement du nectar des fleurs. Dans la nature, leur excellente mémoire visuelle leur permet de reconnaître les fleurs qu’ils ont déjà visitées, du moins récemment. Cependant, ils ne sont pas les seuls à vouloir se délecter du délicieux nectar : d’autres oiseaux en raffolent également, de même que des insectes comme les abeilles, les guêpes ou les fourmis. Les colibris parviennent à repérer et éviter leurs compétiteurs volants en se reposant sur leur vision et leur ouïe, mais une étude américaine a récemment montré que ce n’était pas le cas pour les fourmis : les colibris seraient capables de les renifler, et ainsi de les éviter. 

Ainsi les colibris savent éviter les fleurs sur lesquelles se trouvent des insectes, en particulier les fourmis, qui ont la fâcheuse habitude de les repousser physiquement ou chimiquement, s’assurant un certain monopole de la fleur. L’équipe de l’Université de Californie à Riverside (États-Unis) a étudié le rôle de l’odorat de ces petits oiseaux dans leur façon de butiner. Leurs résultats sont publiés dans la revue Behavioral Ecology and Sociobiology.

Sentir le danger, littéralement

Les chercheurs ont observé le comportement d’un peu plus d’une centaine de colibris de différentes espèces (colibris à gorge noire, colibris de Costa, colibri d’Anna et colibris d’Allen), à la fois dans la nature et en volières. Les petits oiseaux avaient le choix entre deux mangeoires visuellement totalement identiques, l’une contenant de l’eau sucrée toute simple, et l’autre contenant le même liquide auquel un élément supplémentaire avait été ajouté, comme pour signaler la présence ou le passage d’un insecte. 

Les colibris, qui ne pouvaient compter que sur leur odorat pour différencier les mangeoires, parvenaient à éviter celles contenant des produits typiquement issus de fourmis, en particulier l’acide formique, sécrété par certaines espèces de ces insectes et bien connu pour sa dangerosité tant chez les oiseaux que chez les mammifères. Erin Wilson Rankin, entomologiste et co-autrice de l’étude, explique que “si un oiseau a de la peau à découvert sur les pattes, l’acide formique peut être assez douloureux, et s’ils en ont dans les yeux, c’est très loin d’être plaisant.” Elle précise également que c’est un agent “extrêmement volatile.”

D’après la spécialiste des insectes, “c’est assez incroyable, parce que c’est la première preuve concrète que les colibris se reposent sur leur odorat pour prendre des décisions lorsqu’ils cherchent à se nourrir, afin d’éviter une rencontre avec un insecte potentiellement dangereux pour eux.

Repérage olfactif

En effet, les colibris n’évitent pas systématiquement tous les insectes : ils savent ce qui peut leur être nocif. Par exemple, ils n’étaient pas du tout sensibles à la présence d’odeurs typiques d’abeilles dans les mangeoires, alors que ces mêmes odeurs repoussent très efficacement les autres insectes de la même espèce. 

Les chercheurs ont même testé de proposer aux colibris une mangeoire contenant de l’eau sucrée avec du butanoate d’éthyl, très souvent utilisé comme arôme par les humains (pour son odeur fruitée, qui rappelle l’ananas) : rien à faire, “les oiseaux ne s’en sont pas souciés et n’ont pas fait des pieds et des mains pour l’éviter.

Un odorat largement sous-estimé

L’odorat des oiseaux a longtemps été mis de côté dans les questionnements scientifiques, voire même considéré inexistant ! Ce n’est que récemment que des études commencent à voir le jour, rendant à César ce qui lui appartient, par exemple chez les vautours, ou encore les cigognes

L’étude de Erin Rankin et ses collègues montre bien que même chez les petits oiseaux comme les colibris, qui ont quant à eux de minuscules (enfin, proportionnels à leur taille) bulbes olfactifs, l’odorat est un sens actif et développé, qui leur est utile au quotidien. La chercheuse précise que “cette étude [lui] a permis de [se] rendre compte qu’il est essentiel d’étudier la biologie basique et l’histoire d’animaux trop souvent négligés.

 

 

Emblèmes de l’Islande, les macareux moines sont menacés d’extinction à cause du réchauffement climatique

macareux moine

Faute de nourriture suffisante près de leurs nids, du fait du réchauffement de l’océan, ces oiseaux doivent voyager plus loin, de sorte que leurs petits meurent parfois de faim.

La falaise qui surplombe l’océan Atlantique est animée par le ballet de centaines de macareux moines. Sans relâche, ces oiseaux au bec orangé plongent dans la mer, pêchent quelques poissons et reviennent nourrir leurs petits, qui s’apprêtent à quitter leurs nids. Affairés à leur tâche, les volatiles ne font guère cas de leurs invités : des scientifiques venus faire des comptages de la colonie de Hafnarholmi, à Borgarfjördur Eystri, un fjord du nord-est de l’Islande bordé de montagnes aux sommets enneigés.

Equipé de drôles de lunettes à écran, le biologiste Erpur Snær Hansen enfonce un long câble dans l’un des nombreux terriers qui trouent le sol. Au bout du tunnel, la caméra infrarouge finit par découvrir un bébé macareux moine, qui ouvre ses grands yeux curieux face à l’appareil indiscret. « Ici, le taux de reproduction est très bon. Environ 80 % des nids abritent des œufs et 97 % des œufs ont donné naissance à un poussin qui a survécu », s’enthousiasme le directeur du centre de recherche pour la nature du sud de l’Islande. Il entrevoit « une année normale »pour la première fois en quinze ans. Mais il n’en demeure pas moins inquiet pour le devenir de cette espèce emblématique d’Islande, menacée d’extinction, en premier lieu par le dérèglement climatique.

Survie liée à la températue de l’eau en surface

Le scientifique et son équipe réalisent deux fois par an un périple de 6 000 kilomètres autour de l’Islande – qui accueille la moitié de la population mondiale de macareux – afin d’inspecter le millier de nids qu’ils ont marqués dans vingt colonies. Normalement, les couples de macareux s’installent dans leurs colonies à la mi-avril pour se reproduire. Ils pondent leur œuf – un seul par couple – au mois de mai, qu’ils couvent pendant cinq semaines. Les petits, boules de duvet noire et blanc, finissent par s’envoler début août vers l’Atlantique.

Mais depuis 2005, le changement climatique a rebattu les cartes, certaines colonies frôlant l’hécatombe dans le sud de l’Islande, et en particulier aux îles Vestmann, où niche 40 % de la population de macareux moines du pays. Au total, ces oiseaux ont vu leurs effectifs chuter de 45 % entre 2003 et 2017 dans le pays, pour atteindre un peu plus de 2 millions de couples. En 2015, l’espèce a été classée en danger d’extinction pour l’Europe sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

« Les chances de survie des macareux moines sont essentiellement liées à la température de surface de l’eau, et cette corrélation est plus forte avec le changement climatique », indique Erpur Snær Hansen, principal auteur d’une étude sur le sujet, publiée en mai dans la revue Global Change Biology. Elle montre qu’un degré de hausse ou de baisse de la température de surface de l’eau par rapport à un optimum situé à 7 °C réduit de 55 % le nombre de petits.

La température affecte en effet directement les proies de prédilection des macareux : les lançons, dont les stocks se sont effondrés du fait de l’augmentation de la chaleur, et les capelans, partis plus au nord à la recherche d’eaux plus froides. Au final, faute de nourriture suffisante près de leurs nids, les macareux moines ont dû voyager plus loin. « Le vol est très coûteux en énergie pour ces oiseaux. Plus ils vont loin, et plus le succès de reproduction diminue car ils doivent consommer l’essentiel de leur nourriture pour leur vol et n’en ramènent presque plus pour leurs petits », explique Erpur Snær Hansen.

« L’espoir n’est pas mort »

Les macareux des îles Vestmann parcouraient ainsi 60 km en moyenne lors de leurs longs vols, contre 22 km sur l’île de Grimsey, au nord de l’Islande, une colonie qui se porte bien, selon une étude publiée en mars dans la revue Journal of Animal Ecology. « Ils ramenaient en outre des poissons plus petits, de sorte que les poussins, moins souvent et pas assez nourris, sont davantage morts de faim », complète Annette Fayet, chercheuse à l’université d’Oxford, et première autrice de l’étude, qui se dit « plutôt pessimiste pour l’avenir des macareux en Europe ». « L’espoir n’est pas mort », juge de son côté Erpur Snær Hansen, car les macareux mangent depuis quelques années davantage de krill atlantique, désormais plus abondant autour des îles Vestmann.

Autre note d’optimisme : la chasse des macareux moines, qui fait partie de la tradition dans un pays où il a été longtemps difficile de se nourrir, est en déclin. Entre 20 000 et 30 000 oiseaux sont aujourd’hui abattus, notamment pour être consommés dans les restaurants, contre 250 000 en 1995. « Il y a un changement de mentalité dans la population et la plupart des chasseurs ont plus de 60 ans. Cette pratique va finir par disparaître », juge Margret Magnusdottir, biologiste dans les îles Vestmann.

Elle est membre de la « puffling patrol », une patrouille créée en 2003 par la population de l’archipel pour aider les poussins désorientés par les lumières du port à retrouver l’océan lorsqu’ils quittent leur nid pour la première fois, se guidant à la lumière de la Lune. Depuis, chaque nuit, entre août et mi-septembre, adultes et enfants se relaient sur les routes de l’île. Ils ont aidé 7 650 petits macareux en 2020, dont certains, blessés, ont été soignés. « C’est désormais le moment le plus sympa de l’année, se réjouit Margret Magnusdottir. C’est si beau et si gratifiant de voir ces oiseaux rejoindre l’océan. »

Audrey Garric (Borgarfjördur Eystri (Islande), envoyée spéciale du Monde

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Dans les Cévennes, les oiseaux disparaissent avec les bergers

Activités humaines et biodiversité ne sont pas incompatibles. Les oiseaux de milieux ouverts le démontrent bien : ils disparaissent en même temps que le pastoralisme, et sont aussi victimes de l’intensification de l’agriculture. Pour comprendre, Reporterre est parti arpenter les pelouses steppiques du parc national des Cévennes.

Ce reportage s’inscrit dans notre série La balade du naturaliste : une randonnée à la découverte d’une espèce ou d’un milieu exceptionnel, en compagnie d’un passionné, qui nous explique.

Causse Méjean (Lozère), reportage

Le soleil brille d’un éclat estival, mais la matinée est rafraîchie par une légère brise d’altitude : le Causse Méjean (Lozère) est le plus haut des grands causses calcaires du Massif central, son relief vallonné oscille entre 800 et 1 200 mètres d’altitude. Son aspect steppique entretenu par le pâturage peut sembler à première vue aride, voire stérile. « Autrefois ces paysages pastoraux étaient vus comme des écosystèmes dégradés, raconte notre guide du jour, Jocelyn Fonderflick, responsable faune du parc national des Cévennes. Notre regard de naturalistes a changé. » Ce sont ces paysages qui sont désormais inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, et protégés par le parc national des Cévennes. Car ils disparaissent peu à peu, ainsi que leurs habitants.

Nous sommes ici dans un haut lieu de rendez-vous des passionnés d’oiseaux. « Le Causse Méjean est connu dans la France entière par les ornithologues pour les grands rapaces dans les gorges, mais aussi pour voir et entendre, sur les causses, l’ortolan (Emberiza hortulana), le pipit rousseline (Anthus campestris) ou le crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax) », insiste notre spécialiste. Ces oiseaux de milieux ouverts sont des espèces protégées. Une bonne partie d’entre eux étant des migrateurs, ces mois d’été sont donc les derniers pour les observer avant qu’ils ne s’envolent vers des contrées plus chaudes pour l’hiver.

causse Méjan

Le Causse Méjean aujourd’hui. © David Richard/Reporterre

Le déclin des oiseaux de milieux ouverts

Tout en parlant, Jocelyn Fonderflick tend l’oreille. En fond sonore, l’alouette des champs (Alauda arvensis) domine. « Elle niche au sol, elle aime les strates herbacées [1]denses et les lisières forestières », explique-t-il. C’est la moins originale des protagonistes du jour. On la retrouve quasiment partout en France et, comme son nom l’indique, elle habite les espaces ouverts cultivés. Elle est pourtant protégée, car ses effectifs diminuent.

Puis, il s’interrompt au son d’une autre mélodie. Il sort ses jumelles et les pointe sur un églantier où est perché un traquet motteux (Oenanthe oenanthe). Le mâle a l’œil élégamment souligné de noir, ainsi que le bord des ailes. « Il va chercher sa nourriture au sol ; pour chasser, il a besoin de parcelles de sol nu, décrit Jocelyn Fonderflick. On le voit toujours dans des milieux très ouverts, comme les estives dans les zones de montagne. » Il est considéré comme quasi menacé en France, avec une population en déclin. En octobre, ce migrateur repartira vers l’Afrique et survolera le Sahara pour passer l’hiver en Afrique équatoriale.

les clapas

Les clapas, c’est-à-dire les tas de cailloux, façonnent le paysage et sont appréciés du pipit rousseline. © David Richard/Reporterre

L’oiseau volette d’une branche à l’autre, disparaît dans la pelouse. Il ramène un insecte à son jeune, qui vole déjà, mais quémande encore. Puis, revient se percher sur un muret de pierres, en tas parsemés ou alignés. Ces amoncellements, appelés clapas, dessinent le paysage. Les zones qu’ils délimitent « pourraient correspondre aux cultures d’autrefois : cultures et pâturage étaient liés, les animaux apportaient la fumure, estime Jocelyn Fonderflick. Cela pourrait être l’origine de ces milieux ouverts. » Le traquet motteux en fait parfaitement son affaire : « Il fait son nid sous les pierres. » On aperçoit également le pipit rousseline, qui a des habitudes similaires. Lui aussi est un migrateur transsaharien et chasse les insectes dans les pelouses rases. En revanche, il niche au sol.

Puis c’est au tour du bruant ortolan — encore un qui passe l’hiver en Afrique — de se manifester brièvement par quelques notes aiguës, sans que nous puissions l’observer. Pas étonnant : il est très rare, classé comme étant en danger sur la liste rouge des espèces menacées en France. « C’est l’un des passereaux qui a le plus régressé à l’échelle européenne ; les grands causses abritent l’un des noyaux forts de la population française », explique le naturaliste.

Et d’ajouter : « Le traquet motteux, le pipit rousseline et le bruant ortolan sont des espèces en régression même ici. » Le parc national les surveille, appliquant une méthode simple pour évaluer leur population : régulièrement, les naturalistes reviennent aux mêmes « points d’échantillonnage », équipés de leurs jumelles et leurs oreilles entraînées. Ils notent le nombre d’individus vus et entendus. Le déclin est donc documenté. Et pour en comprendre les origines, il faut observer les transformations tant à l’échelle du paysage qu’à celle de la parcelle de pelouse.

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Jocelyn Fonderflick, jumelles autour du cou. © David Richard/Reporterre

Une mosaïque fine d’herbes rases, de sol nu et de rocaille

Car, si le regard surplombant laisse penser que les pelouses à nos pieds sont un tapis vert uniforme, une attention aux détails laisse apparaître une alternance de rocailles, de sol nu et de touffes d’herbe et de graminées telles que la carex, la fétuque ovine, le brome ou la stipe pennée. Cistes, euphorbes et chardons y fleurissent également. C’est ce que Jocelyn Fonderflick appelle dans son langage scientifique une « strate herbacée rase et discontinue ». Ou une « pelouse écorchée », pour les poètes.

Le nez au ras du sol, nous voyons les criquets, sauterelles et autres orthoptères qui y sautillent de brin en brin. « Certains d’entre eux sont aussi rares et menacés », note notre guide. Dès qu’ils sortent de leur cachette herbeuse pour les zones de sol terreux, leurs prédateurs ailés peuvent les repérer plus facilement. Le naturaliste est ainsi convaincu que cette diversité dans la couverture du sol, cette « mosaïque fine » dessinée par les pelouses à caractère steppique, est indispensable aux oiseaux qui s’y nourrissent.

la stipe pennée

La stipe pennée. © David Richard/Reporterre

À leur recherche, il nous promène sur l’étroite départementale qui traverse le Causse, bordée alternativement de cultures et de pâtures. Un vol de craves à bec rouge atterrit devant nous dans un champ tout juste retourné. Ces oiseaux entièrement noirs se distinguent par leur bec à la couleur et forme particulière. « Long et fin, il leur permet d’aller chercher les invertébrés dans le sol, les pelouses, les champs labourés et les prairies de fauche, précise Jocelyn Fonderflick. Il y a plusieurs centaines d’individus sur le Causse, mais eux aussi sont une espèce menacée. »

On s’arrête aussi pour sortir les jumelles et espionner le jeu de deux pies-grièches (Lanius) jouant à chat perché sur les poteaux d’une clôture. Leurs plumages les distinguent. La pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), tirant vers le roux, est présente quasiment partout dans l’Hexagone. Elle est classée comme menacée, mais à un degré bien moindre que sa voisine. Cette dernière est la pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis) — bec crochu, masque noir, sourcil blanc net. En France, on ne la trouve que dans le bassin méditerranéen et elle est considérée comme en danger d’extinction.

grillage

© David Richard/Reporterre

C’est que son habitat de prédilection disparaît. Sur les causses comme ailleurs, la végétation se densifie, ces pelouses steppiques si particulières se raréfient. Pour comparer, le naturaliste a apporté un ouvrage de photos prises au milieu des années 1980 [2], exactement à la même période de l’année, en juillet. Il nous emmène sur les lieux même où elles ont été prises. Le contraste est flagrant : alors que le gris des pierres domine les clichés des années 1980, désormais ce sont les reflets de la stipe pennée sur fond vert qui emplissent le cadre. Les broussailles sont plus nombreuses. Et en arrière-plan, les pins sont sortis de leur carré de plantation autrefois parfaitement délimité, essaimant aux alentours. « La végétation est rase et éparse, cela montre qu’il y avait une pression de pâturage bien supérieure à ce que l’on a actuellement, estime Jocelyn Fonderflick. Un collègue m’a dit que, à cette époque, les pierres tintaient. »

le même paysage en 35 ans

Le même paysage à trente-cinq ans d’intervalle : la photo du livre a été prise en juillet 1985. Le sol y est bien plus caillouteux qu’aujourd’hui, marquant un pâturage alors plus intense. © David Richard/Reporterre

Cinquante mètres plus loin, on s’arrête à nouveau pour une deuxième comparaison. Sur un pan de colline, les rocailles ont disparu au profit d’un champ cultivé. Devant nous, une clôture autrefois absente délimite le bord de route. « Les anciens racontent qu’à la création du parc, dans les années 1970, on pouvait traverser le Causse à cheval sans rencontrer la moindre clôture », assure encore le naturaliste.

« Les éleveurs aspirent à autre chose que de garder les brebis de 6 h à 23 h »

Autant de marques d’une « vraie révolution sociale » dans l’agriculture, estime Julien Buchert, responsable agropastoralisme du parc. « Ces trente à quarante dernières années, on a remplacé les humains par les tracteurs. » Les zones cultivées se sont faites plus nombreuses, alors que les éleveurs sortaient de moins en moins leurs animaux. « Depuis vingt ans, il existe les broyeurs à cailloux, qui permettent de mettre en culture des sols très peu fertiles. »

Même si, sur le Causse, le pastoralisme reste important et que la plupart des bêtes sont dehors de mai à novembre, peu à peu, les agriculteurs ont fait le choix du fourrage. « Il y a de moins en moins d’agriculteurs et de main-d’œuvre disponible. Avant, il y avait la mamie ou le tonton qui gardait les brebis. Le plus efficace maintenant pour les éleveurs est de faire du stock. Ils peuvent distribuer du foin le week-end pour être avec leur famille. Ils aspirent à autre chose que de garder les brebis de 6 h à 23 h. »

agneaux

Des agneaux qui attendent dehors pendant que les mères sont tondues à l’intérieur de la bergerie. © David Richard/Reporterre

Les clôtures permettent aussi de laisser les animaux seuls dehors. Mais sans berger pour les guider, leur pâturage perd en efficacité. « Il y a moins de précision dans l’entretien des milieux, explique encore Julien Buchert. Les éleveurs sont de plus en plus persuadés que leurs animaux vont mourir de faim s’ils les mettent sur les parcours. On tolère de moins en moins des variations d’état des animaux, en particulier en laitier. Chaque jour, l’animal doit manger sa ration parfaite, pour livrer la même quantité de lait. »

Mais l’élevage des ovins viande est aussi sur la même pente. « Certaines marques demandent d’avoir de l’agneau toute l’année, confie Bruno Bousquet, éleveur de brebis viande sur le causse. Cela oblige à garder des bêtes en intérieur de juillet à septembre. Moi, je ne le fais pas : l’été nous ne produisons rien chez nous, les brebis sont dehors et les pelouses bien nettoyées. Elles arrivent même à dépointer les jeunes pins. »

les activités humaines

© David Richard/Reporterre

« Les activités humaines structurent le paysage », insiste Jocelyn Fonderflick. Cela fait des années qu’il s’attache à démontrer le lien, protocoles et articles scientifiques à l’appui, entre pastoralisme et biodiversité des milieux ouverts. « La fermeture actuelle du paysage représente une menace pour plusieurs espèces steppiques dont le statut de conservation est défavorable en Europe. Cette fermeture ne résulte pas d’une diminution de la population humaine et/ou du nombre de troupeaux […]. Elle résulte plutôt du passage d’un ancien pastoralisme extensif, où les moutons broutaient des prairies de type steppique […], vers un élevage plus intensif qui utilise du foin et des céréales cultivés sur les zones les plus productives des exploitations », indiquait ainsi un de ses articles en 2010.

Des travaux qui justifient les politiques du parc national qui, depuis de nombreuses années, tente de convaincre les éleveurs de revenir à des pratiques plus pastorales, afin de préserver les multiples espèces dépendantes de ce paysage et dont les oiseaux ne sont que la partie la plus visible. « Certains orthoptères endémiques ou des papillons dépendant de ces pelouses ont aussi fortement régressé », souligne le scientifique.

chevaux de Przewalski

Le pâturage des chevaux de Przewalski crée une pelouse rase et discontinue favorable aux oiseaux de milieux ouverts. © David Richard/Reporterre

« Le pâturage des animaux sauvages a été remplacé par celui des animaux domestiques »

Mais si les activités humaines sont facteur de biodiversité, les oiseaux de milieux ouverts ont également d’autres alliés. Se promenant nonchalamment dans les valons pierreux du parc, une trentaine de chevaux de Przewalski façonnent eux aussi leur territoire depuis trente ans. Ils se reproduisent, se nourrissent et vivent comme bon leur semble au sein du parc de 400 hectares qui leur est dédié. « C’est l’un des plus beaux paysages du Causse », s’enthousiasme Jocelyn Fonderflick.

Les chercheurs ont donc voulu savoir comment les chevaux avaient influé sur les pelouses. Et, bonne nouvelle pour nos passereaux en voie de disparition, « on observe plus de richesse en matière de biodiversité dans les zones pâturées par les chevaux », indique Laurent Tatin, responsable scientifique de l’association Takh, qui préserve ces chevaux typiques des milieux steppiques, dont certains sont réintroduits en Mongolie, leur terre d’origine. « Ils ont un pâturage hétérogène et structurent la végétation avec des zones très rases, voire de terre nue, et des zones de refus où la végétation est plus haute. Cela met en avant l’importante de l’hétérogénéité des paysages. »

Ainsi, il se pourrait que les grands herbivores aient précédé les humains sur les grands causses. « Le pâturage des animaux sauvages a été remplacé par celui des animaux domestiques en plus grand nombre », suppose Jocelyn Fonderflick. Pas question pour autant, pour ces deux scientifiques, d’opposer ici le domestique et le sauvage. « C’est complémentaire, estime Laurent Tatin. On peut associer les différents types de pâturage et travailler à un équilibre. »

 

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C’est maintenant que tout se joue…

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Polémique sur les attaques de bétails : « non, les vautours ne s’attaquent pas aux animaux en pleine santé »

Par Théo Tzélépoglou le 09.08.2021 à 12h09, mis à jour le 09.08.2021

L’écologue Olivier Duriez a démissionné de son rôle de conseiller scientifique auprès du comité interdépartemental du Massif central, une instance de concertation autour de la cohabitation entre les vautours et les élevages. Dans un entretien à Sciences et Avenir, il dénonce une inquiétante défiance contre la parole scientifique.

vautours fauves

Vautours fauves (Gyps fulvus) dans les gorges de la Jonte (Aveyron-Lozère).

Theo Tzelepoglou

Olivier Duriez est chercheur au Centre d’écologie fonctionnelle est évolutive de Montpellier (CEFE). Depuis 10 ans il est conseiller scientifique ornithologue dans sept plans nationaux d’action (vautours, aigles et faucons), ainsi que dans des structures internationales comme l’UICN, Vulture specialist group ou la Vulture Conservation Foundation. Ses activités de recherche concernent l’écologie et la démographie des rapaces. Les vautours sont sujets à des controverses récurrentes en lien avec les élevages. C’est dans ce contexte que l’ornithologue a récemment écrit une lettre expliquant pourquoi il a démissionné de son rôle de conseiller scientifique au comité interdépartemental Massif central vautour-élevage. Sciences et Avenir a pu interviewer le chercheur afin de démêler le vrai du faux sur les polémiques autour des vautours.

« Une profonde défiance envers la parole scientifique »

Sciences et Avenir : Quel est le contexte de ces polémiques et pourquoi avoir démissionné ?

Olivier Duriez : Dans le cadre du plan national d’actions (PNA) « Vautour fauve et activités d’élevage 2017-2026 », le comité interdépartemental Massif central vautour-élevage comprend six départements, l’Ardèche, l’Aveyron, le Gard, l’Hérault, la Lozère et le Tarn. Ce comité a été récemment étendu aux départements du Cantal, Haute-Loire et Puy de Dome. Il vise à résoudre la question des interactions entre le vautour fauve (Gyps fulvus) et le bétail pour préserver la relation entre éleveurs et vautours, et sa recolonisation sur les territoires.

Lors de la réunion du comité du 30 juin 2021, j’ai ressenti une profonde défiance envers la parole scientifique, dans la lignée des comités qui se sont tenus depuis 2 ans, mais en pire. Dans une lettre j’ai voulu expliquer pourquoi je démissionne afin de faire entendre un autre son de cloche au plus proche des réalités scientifiques. Il y a une très forte pression de la part des chambres d’agricultures et de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) qui demandent une régulation des vautours sur la base d’arguments qui ne tiennent pas la route. Et surtout, au mépris des nombreux éleveurs de la région des Grands Causses qui travaillent avec les vautours depuis 30 ans et qui ne s’en plaignent pas, bien au contraire. Lors de cette réunion du 30 juin, on a entendu beaucoup de choses imprécises ou fausses venant des représentants du monde agricoles, en ne laissant pas la parole aux personnels en charge du suivi de la population de vautours au jour le jour : les agents de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), ceux du parc national des Cévennes, et des scientifiques comme moi qui analysent les données de suivi.

« Le vautour fauve est opportuniste, le bétail en pleine santé n’a rien à craindre »

Quel est la problématique entre ces acteurs et les vautours ?

Il y a un problème d’interprétation des comportements naturels des vautours. Certains éleveurs se plaignent d’attaques de vautours sur des animaux vivants et en pleine santé mais ces preuves sont souvent ténues et sans expertise d’un vétérinaire indépendant spécialement formé à déterminer les causes de la mort de l’animal, notamment s’il a été consommé de son vivant (ante-mortem) ou une fois mort (post-mortem), et si la cause de la mort est imputable aux vautours de manière déterminante (animal en bonne santé), ou bien si les vautours sont intervenus comme facteur aggravant une situation de faiblesse ou blessure, ou accompagnant la mort certaine. Le vautour fauve est opportuniste, un animal en pleine santé n’a rien à craindre.

En revanche, un animal immobile ou qui saigne fortement et qui est condamné à une mort certaine peut les attirer dans de rares cas. Cela reste néanmoins l’exception. Lors d’une analyse portant sur 156 constats officiels et 82 expertises vétérinaires entre 2008 et 2014, commanditée par le Comité Massif Central nous avions calculé qu’il avait eu en moyenne deux cas ante-mortem par an (sur les départements Aveyron-Lozère-Gard-Tarn-Hérault). Donc oui, il arrive que des animaux vivants soient consommés par les vautours, mais jamais en pleine santé, avec des vautours agissant comme facteur aggravant ou accompagnant la mort. Et il est nécessaire de contrebalancer ce chiffre avec les 40 000 carcasses d’animaux envoyées à l’équarrissage chaque année sur ces départements des Grands Causses, et dont plusieurs milliers sont consommées et éliminées par les vautours chaque année. Le risque de consommation ante-mortem est donc infime, inférieur à 0.01%.

« Attention au biais de perception causé par le comportement spectaculaire des vautours en alimentation »

Comment certains éleveurs justifient-ils ces allégations ?

Pour certains il y a trop de vautours, ils meurent donc de faim, parcourent ainsi de plus grandes distances et s’attaquent aux animaux vivants. Les vautours sont très efficaces dans leur recherche de carcasses : ce sont des oiseaux grégaires, qui peuvent parcourir 150 km par jour sans effort, et quadrillent leur domaine vital depuis 400-1000 m de hauteur, grâce à leur acuité visuelle exceptionnelle. Il arrive souvent qu’ils voient un animal mort depuis le ciel bien avant le berger ou l’éleveur. En revanche, ce dernier, qui voit un animal vivant, puis quelques heures plus tard un animal mort consommé par des vautours, a vite fait de conclure que les vautours sont responsables de la mort de l’animal. Il semble qu’il y ait ici un biais de perception, causé en partie par le comportement spectaculaire des vautours en alimentation. Voire tomber du ciel une centaine de vautours, qui vont ensuite consommer une carcasse de brebis en 30 minutes dans un enchevêtrement de plumes et de cris, c’est très surprenant, voire intimidant si ce n’est pas expliqué que c’est un comportement naturel de l’espèce. Toute leur morphologie et leur physiologie a évolué pour ce rôle de charognard. Ils font en réalité le même travail d’équarrisseur depuis 30 millions d’années !

Quand on regarde la cartographie des problèmes répertoriés entre 2008 et 2014, et encore en 2020-2021, il n’y a pas de problème d’interactions relevés au cœur des colonies de vautours sur les grands causses (Lozère-Aveyron) où les vautours ont leur nid et sont présents depuis 40 ans. S’il y avait un problème de ressource alimentaire, les vautours commenceraient à se servir à côté de chez eux. Mais non, l’essentiel des problèmes d’interactions a lieu au-delà d’un rayon de 50 km au nord (sur le Cantal et l’Aubrac) et à l’ouest (Lévézou aveyronnais). On touche du doigt ici ce problème d’incompréhension du comportement des vautours. J’étais dernièrement chez une éleveuse qui me faisait part de son incompréhension autour de cette polémique, elle a grandi avec les vautours sur le Causse noir (Aveyron) au-dessus d’une colonie de vautours et n’a jamais eu aucun problème. Elle invite tous les éleveurs du Massif Central qui ont des problèmes avec les vautours, ou qui se posent des questions, à venir rencontrer les éleveurs du Causse.

vautour fauve

Un vautour fauve (Gyps fulvus) planant dans les gorges de la Jonte (Aveyron-Lozère). ©Theo Tzelepoglou

La cohabitation entre les vautours et l’élevage n’est donc pas problématique ?

Depuis quelques années, les vautours augmentent leur espace vital vers l’est et le nord depuis les colonies des grands causses, ne faisant que retrouver leur espace vital qu’ils avaient il y a 100 ans avant d’être exterminés. Ce n’est pas de la colonisation, c’est de la recolonisation suite à de la réintroduction. Nous avons de nombreux textes qui mentionnent des vautours en été par le passé, notamment dans le massif central. Il y a des habitats extrêmement favorables pour ces oiseaux, et des bêtes d’élevages qui meurent de temps en temps en estive. Les vautours reviennent naturellement sur ces contrées pour remplir leur rôle de charognard.

« Ce n’est pas une question de bétail, mais d’habituation »

Il y a aussi des allégations portant sur des troupeaux qui seraient affolés et stressés par la présence de vautours, ce qui induirait des blessures ou des avortements car les vautours voleraient sciemment très proche du bétail pour les faire tomber et les manger. Là encore, il faut comprendre la biologie des vautours et leur manière de voler : ils ne peuvent utiliser que le vol plané sur de longues distances, et pour décoller, ils ont besoin de courir face au vent ou dans une pente. Si le troupeau se trouve à cet endroit, il sera effectivement survolé de près, mais pas de manière intentionnelle pour effrayer… Au moment de la réintroduction dans les causses, dans les années 1980, il y a eu une période transitoire de quelques mois où les troupeaux ont dû ré-apprendre à vivre avec ces grands oiseaux qui les survolent. Certains avancent aujourd’hui l’idée que des espèces comme les vaches Aubrac seraient plus sensibles aux vautours, mais il y a tout un troupeau de cette race de vache au-dessus de Millau, très proche d’une grosse colonie de vautours fauves et il n’y a aucun problème de stress sur ce troupeau. Ce n’est pas une question de races de bêtes, mais une question d’habituation. Dans les Pyrénées les troupeaux cohabitent passivement avec ces oiseaux ne levant même pas les yeux quand ils les survolent. Il n’y a pas trop de vautours aujourd’hui, la capacité de charge (nombre d’individus maximum dans un écosystème en fonction des ressources, ndlr) n’est pas atteinte, Il y avait beaucoup de plus de vautours par le passé jusqu’au Puy de Dôme. 

Les éleveurs ont pourtant tout intérêt à bénéficier des services des vautours…

Oui, le bénéfice des services rendus par les vautours est énorme pour un cout minuscule. Les vautours évitent aux éleveurs possesseurs de placette d’équarrissage de payer pleinement la taxe d’équarrissage en procurant naturellement et gratuitement ce service tous les jours. Ils sont également bénéfiques pour la société et la planète, puisqu’ils évitent la circulation d’une quantité de camions dans les montagnes et rejetant du CO2. Ils sont enfin bons pour le tourisme, puisqu’ils représentent une image de marque qui fait venir les gens.  Les éleveurs du Massif Central ont tout à gagner de la recolonisation des vautours.

« Il n’y a pas d’éléments scientifiques qui nécessitent une régulation des vautours »

La sensibilisation permettrait-elle d’apaiser les tensions et faire évoluer les mentalités ?

Il est évident qu’il faut renforcer la sensibilisation, surtout dans les régions nouvellement colonisées du Massif central. Comme j’expliquais auparavant, les comportements des vautours sont spectaculaires et possiblement intimidants s’ils ne sont pas expliqués par des ornithologues. Il faut anticiper et accentuer les actions de communication avant l’arrivée des vautours sur de nouveaux territoires. Une fois qu’ils sont présents, c’est trop tard… Mais ce que je trouve vraiment dommageable de la part du comité vautour élevage et du Plan National D’action vautour, c’est de laisser proliférer les fake-news dès qu’un phénomène suspect se déclare. On poste sur les réseaux sociaux, on contacte les médias locaux qui ne vérifient pas forcément leurs sources et en dernier recours on appelle les agents assermentés de l’Office Français de la biodiversité (OFB) et vétérinaires pour effectuer les expertises. Ces dernières avaient été arrêtées en 2014 suite au bilan qu’il n’y avait aucun problème. Ce qui est criminel à mes yeux c’est qu’aujourd’hui, ces expertises ne sont pas rendues publiques immédiatement. Les journaux locaux publient chaque semaine de nouveaux articles à sensation portant sur des attaques de vautours, mais le bilan officiel des expertises, concluant à une grande majorité de cas post-mortem, n’arrive que 6 mois plus tard… Par ailleurs, lors du comité du 30 juin, les animateurs de la réunion (DDT12) n’ont pas arrêté de parler des « attaques » du printemps 2021, même pour les 7 cas sur 10 clairement expertisés comme post-mortem, donc ne relevant pas d’une « attaque »… Avec le processus actuel et la sémantique employée, les services de l’état ne font donc rien pour arrêter la rumeur et contribuent donc à propager le complotisme. Je milite pour un rendu public immédiat de ces expertises issues de l’argent public, et publié dans la presse. Sans cela comment démentir les fake-news et articles à charge et faire retomber la pression ?

Les services de l’état prennent-ils position dans cette affaire ?

Suite à ma démission de ce comité, je n’ai reçu aucune réponse officielle des préfectures, de la DDT et de l’Office français pour la biodiversité du Massif Central, en charge de ces questions.  Au comité vautour-élevage du 30 juin, il y a eu des menaces de régulations illégales sur les vautours, qui sont des espèces protégées, et aucun membre des services de l’état n’a réagi. Il n’y a pourtant pas d’éléments scientifiques qui nécessitent une régulation. Au moment de la fermeture des charniers en Espagne durant la crise de la vache folle, il y a eu une baisse significative du succès reproducteur des vautours dans les Pyrénées françaises. C’est exactement ce que les écologues avaient prédit pour ce genre d’espèce à grande longévité (30 ans). Aujourd’hui les vautours des Causses se reproduisent bien parce qu’il y a de la nourriture. Le suivi de la reproduction est notre meilleur indicateur de l’adéquation entre la population de vautours et sa ressource alimentaire. Il est important de changer les mentalités sur cette espèce. Face à ces constats, Il apparait donc indispensable de reprendre la dynamique de création de placettes d’équarrissage naturel dans le Massif Central. Contrairement au discours de plusieurs représentants agricole, la situation est apaisée à proximité immédiate des colonies de vautours dans les secteurs où sont concentrées la plupart des placettes d’équarrissage naturel.

Le vautour fauve (Gyps fulvus)
Grand rapace de la famille des Accipitridaese, il arbore un plumage brun cendré et une collerette blanche. Son envergure pouvant atteindre 2,80 mètres en font un des plus grands rapaces, lui permettant de se laisser porter par les courants thermiques ascendants pour planner. Il pèse entre 8 et 11 kg et son corps peut mesurer jusqu’à 1 m. C’est un oiseau nécrophage d’une longévité de plus de 30 ans vivant en colonie et nichant dans les falaises rocheuses de préférence calcaires. 
En vol, les individus scrutent le sol à la recherche de cadavres. Le vautour qui en trouve un descend rapidement et signale ainsi à ses congénères la présence d’une source de nourriture. S’en suit la « curée », soit le moment où la carcasse est consommée. En moins d’une heure, il ne reste que le squelette, voire la peau du cadavre.
Le vautour fauve a quasiment été exterminé en France en raison de persécutions liées à l’usage de poison, de tirs et de la mise en place de mesures sanitaires d’équarrissage obligatoire des cadavres du bétail. L’espèce a disparu des Alpes et des Alpilles au XIXème siècle et du Massif Central et Grands Causses, en 1946. Seule  une seule colonie réduite subsistait dans les Pyrénées dans les années 60. L’espèce a été sauvée grâce à la création de réserves naturelles et de programmes de réintroduction en Italie et en France dans les Grands Causses (1981-1986), les gorges de la Vis (1993-1997), la Drôme provençale (1996-2001), le Verdon (1999-2004) et le sud du Vercors depuis 1999. Elles ont permis de reconstituer l’aire de répartition nationale connue au début du XXe siècle, et ont été suivies d’un accroissement des effectifs et de l’apparition de nouvelles colonies. Ce phénomène de recolonisation suit toujours son cours aujourd’hui

L’alimentation bio est plus saine, même pour les oiseaux

perdrix grises Harchies

REPORTERRE            Margaux Otter

perdrix grise

Pourquoi les perdrix disparaissent-elles aussi massivement ? Des chercheurs ont étudié les effets des pesticides sur leur santé. Résultats : une immunité en berne, des petits œufs, une reproduction altérée… « Le développement du bio pourrait sauver les agrosystèmes », conclut un chercheur.

« Chez les oiseaux aussi, manger bio est meilleur pour la santé. » C’est le constat d’une étude publiée en mars 2021 dans Environmental Pollution. En 2017, pendant vingt-six semaines, des chercheurs du Centre d’études biologiques de Chizé, dans les Deux-Sèvres, et du laboratoire Biogéosciences de l’Université de Bourgogne ont étudié les effets des produits phytosanitaires sur la santé des oiseaux. Pour cela, ils ont nourri quarante perdrix grises de céréales issues soit de l’agriculture conventionnelle, soit de l’agriculture biologique et en ont étudié les effets sur leur santé. L’étude a été renouvelée l’année suivante avec trente-huit oiseaux.

Ils n’ont pour cela ajouté aucun pesticide dans l’alimentation. « Pour étudier les chances du survie des oiseaux après exposition aux pesticides, les autres études ont recours à l’intoxication. Pour des raisons éthiques, nous nous sommes refusés à cela, dit à Reporterre Vincent Bretagnolle, du Centre d’études biologiques de Chizé, rattaché au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). « Nous ne voulions pas entrainer la mort des individus mais étudier les effets sublétaux, délétères à long terme, et l’effet cocktail des pesticides. » Les graines provenant de l’agriculture conventionnelle ne contiennent ainsi que de très faibles résidus d’une quinzaine de pesticides. Une nourriture que les oiseaux sont susceptibles de retrouver dans la nature. « Même une toute petite différence entraîne des effets spectaculaires », souligne le chercheur.

« Elles ont plus de mal à prendre leur envol et deviennent des proies plus faciles »

À peine dix semaines après le début de l’expérience, les chercheurs ont réussi à mettre en évidence une dégradation nette de l’état de santé des perdrix consommant des aliments non biologiques, avec des dérèglements physiologiques et comportementaux. « En période de reproduction, une tâche colorée apparait sur la joue des individus mâles. Plus elle est colorée, plus l’oiseau est en bonne santé. Or, nous avons observé qu’elle était de couleur moins intense chez les oiseaux nourris avec des graines issues de l’agriculture conventionnelle », explique Jérôme Moreau, chercheur à l’université de Bourgogne et premier auteur de l’étude. Chez les individus femelles, les pesticides tendent à dérégler le stockage du gras. « Les pesticides pourraient donc être une cause potentielle d’obésité chez l’humain. »

La nourriture a également des conséquences sur la reproduction des perdrix. Dans les volières, les mâles sont actifs plus longtemps : « On peut imaginer qu’à cause de la tâche de la joue peu colorée, les mâles ont plus de mal à séduire les femelles. » Les femelles nourries avec des graines issues de l’agriculture conventionnelles, elles, pondent moins. Et selon l’étude, leurs œufs sont en moyenne 10 % plus petits que ceux des femelles nourries avec du bio. « C’est très important car la taille de l’œuf prédit celle du poussin à la naissance et son taux de survie à l’envol », précise Vincent Bretagnolle.

« Les pesticides pourraient être une cause potentielle d’obésité chez l’humain. »

L’ingestion de graines présentant des résidus de pesticides affaiblit enfin les défenses immunitaires des perdrix, expliquent les chercheurs. « Le taux d’hématocrite [soit le volume occupé par les globules rouges dans le sang par rapport au volume total de sang] des perdrix diminue, elles développent ainsi une sensibilité accrue aux pathogènes. En réduisant les défenses immunitaires, les pesticides rendent aussi indirectement les oiseaux moins armés face aux prédateurs. Moins vifs, ils ont plus de mal à prendre leur envol et deviennent des proies plus faciles. »

95 % des perdrix grises disparues dans les Deux-Sèvres depuis 1994

À long terme, une exposition chronique à des doses faibles peut avoir des effets tout aussi dévastateurs sur la survie des individus. Selon l’étude, les perturbations engendrées par les pesticides expliquent en partie la disparition des perdrix du paysage agricole : « Depuis 1994, la population de perdrix grises a baissé de 95 % dans le sud du département des Deux-Sèvres, sur notre zone d’étude. L’espèce est aujourd’hui menacée en France, regrette Vincent Bretagnolle. Nous avons donc cherché à comprendre pourquoi nous perdons des oiseaux. »

Les deux chercheurs regrettent le manque d’analyse des conséquences à long terme en condition naturelle des pesticides avant leur commercialisation. « Les parcelles d’agriculture conventionnelles participent à la perte de biodiversité. Le développement du bio, au contraire, redéveloppe la biodiversité et pourrait sauver les agrosystèmes », conclut Jérôme Moreau.

Ces oiseaux du quotidien dont la population s’effondre

les oiseaux disparaissent

Le nombre d’oiseaux les plus communs, dont le tarier des prés, le chardonneret élégant ou le martinet noir, est en fort déclin depuis trente ans, selon un nouveau rapport. Les raisons de ce déclin : intensification agricole, pesticides, actions humaines…

Les espèces d’oiseaux, même les plus communes, celles que l’on voit tous les jours, connaissent un fort déclin en France depuis trente ans. Voici le constat du programme de Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc), mené par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et l’Office français de la biodiversité (OFB), dont les résultats ont été publiés lundi 31 mai.

Depuis 1989, plus de 2 000 ornithologues bénévoles ont observé l’évolution du nombre d’oiseaux sur plusieurs territoires donnés. Ils sont retournés aux mêmes endroits, aux mêmes périodes, année après année, notant scrupuleusement tous les volatiles qu’ils apercevaient ou entendaient. Trois décennies plus tard, leur état des lieux est sans appel : sur 123 espèces d’oiseaux les plus communes en France, 43 régressent (soit environ 35 % des espèces étudiées).

« Les oiseaux sont d’excellents indicateurs de l’état de santé des écosystèmes, indique Caroline Moussy, responsable d’enquêtes avifaunes à la LPO et coordinatrice du Stoc. Ces résultats sont très inquiétants pour notre biodiversité commune, même s’ils ne concernent pas des espèces en voie d’extinction, car ils sont le symptôme d’un gros déséquilibre dans notre environnement. » Pour rendre ce bilan plus concret, Reporterre détaille le cas de trois oiseaux communs dont le nombre se réduit d’année en année.

  • Le tarier des prés

Sourcil blanc, poitrail orange, ce petit oiseau était emblématique des milieux agricoles. Mais sa population est en baisse de 60 % depuis vingt ans. « Les tariers des prés [Saxicola rubetra] allaient de pair avec les pâtures extensives, qui leur fournissaient de la nourriture et des endroits où nicher, précise Caroline Moussy. Mais ils ont été affectés par les changements de sols, et par le fait que les pâtures aient été converties en de grandes monocultures. »

les oiseaux disparaissent Tarier des prés. Flickr/CC BY 2.0/Frank Vassen

« On a l’impression de toujours rabâcher les mêmes choses, soupire-t-elle. Il faut changer cette tendance d’intensification agricole, il faut aller vers de l’agroécologie, aider les éleveurs à garder leur activité, ces prairies extensives, continuer à planter et protéger des haies, etc. » Ces changements de pratique aideraient au redéveloppement de la population des tariers des prés, mais seraient évidemment aussi favorables à toutes les espèces, et pas seulement d’oiseaux.

  • Le chardonneret élégant

Ce petit volatile à la face rouge écarlate et aux ailes bariolées de noir et jaune est davantage observé dans les milieux urbains, il niche dans les arbres ou buissons des parcs et jardins. Il n’échappe pas non plus à un fort déclin : sa population a été réduite de près de 31 % ces vingt dernières années. Pour cet oiseau, les raisons de cette baisse sont moins évidentes. « Le Stoc en lui-même n’a pas vocation à évaluer les causes du déclin, c’est un indicateur d’état des espèces », rappelle Caroline Moussy.

les oiseaux disparaissent

Chardonneret élégant. Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0/Ghislain38

Quelques hypothèses peuvent toutefois être mises en avant. « L’artificialisation des friches privant le chardonneret élégant (Carduelis carduelis) de nourriture pourrait être en cause, le braconnage pourrait aussi contribuer à son déclin », suppose la coordinatrice du programme.

  • Le martinet noir

Cette espèce, qui passe le maximum de son temps en vol, est reconnaissable à ses ailes en forme de faucille et à sa couleur foncée. Au fil du temps, le martinet noir est devenu un oiseau urbain, habitué des milieux bâtis, nichant dans les coins de fenêtres des immeubles, des cavités ou sous les toits des bâtiments. Sa population est en baisse de près de 46 % depuis 2001. Il a pu subir la transformation des bâtiments, la rénovation des façades, et plus globalement l’artificialisation des milieux urbains. « À cela peut s’ajouter un conflit avec l’humain : certaines personnes n’ont parfois pas envie d’avoir un oiseau qui niche sur leur fenêtre et fait des déjections partout », soupçonne Caroline Moussy.

les oiseaux disparaissent

Martinet noir. Capture d’écran YouTube/Jean-François Cornuet

« Le martinet noir [Apus apus] est une espèce insectivore, or le nombre d’insectes décline lui aussi, rappelle-t-elle aussi. On connaît très bien les raisons de cette disparition : l’utilisation en milieu agricole de pesticides, et notamment d’insecticides néonicotinoïdes. » Des études ont montré une corrélation spatiale et temporelle entre la commercialisation massive de l’imidaclopride (la substance néonicotinoïde la plus commercialisée en France depuis 1991 [1]) et le déclin des oiseaux.

Le 21 mai 2021, désemparée face au manque d’action politique, la LPO a décidé d’emprunter la voie de la justice. Elle a assigné devant le tribunal judiciaire de Lyon les principaux producteurs, importateurs et distributeurs d’imidaclopride en France. Le but : réclamer une expertise judiciaire pour déterminer l’étendue des dommages et les mesures de réparation à engager. L’association demande aussi au tribunal de faire cesser immédiatement toute commercialisation de produits contenant cette substance.

« Certaines personnes veulent aider les oiseaux avec des petits gestes individuels, comme créer un refuge dans son jardin, dit Caroline Moussy. C’est bien, chaque petite action aide, mais au niveau de déclin de la biodiversité où nous en sommes, il faut passer à une action beaucoup plus importante. C’est une réelle action politique qu’il nous faut. »

À lire en complément

Combien d’oiseaux sont présents sur Terre ?

En Alsace, les cigognes plus nombreuses que jamais

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Des cigognes et leurs petits à Neuwiller-les-Saverne, dans le Bas-Rhin, le 4 juin 2021

AFP – FREDERICK FLORIN

 

Par AFP le 07.06.2021 à 12h30, mis à jour le 07.06.2021 à 15h48 Lecture 4 min.

Les cigognes ont frôlé l’extinction en Alsace. En 1974, Haut-Rhin et Bas-Rhin ne comptaient plus que neuf nids, alors qu’il y avait encore 145 couples en 1960. Aujourd’hui, un comptage national souligne la bonne santé de cette population

Leurs bruyants claquements de bec et leurs nids imposants font partie du paysage: en Alsace, les cigognes blanches n’ont jamais été aussi nombreuses, selon un comptage national en cours, signe de la réintroduction réussie d’une espèce qui peut désormais voler de ses propres ailes.

Jumelles sur les yeux, téléphone dans la main, Yves Muller scrute minutieusement les nids perchés sur un mât, un arbre ou un toit. « Un adulte avec trois jeunes », « un nid supplémentaire que je n’avais pas vu »…, dicte-t-il, avant de rentrer ces éléments dans une base de données localisant précisément chaque nid.

« Le but est de connaître exactement la population française de cigognes blanches et sa répartition, car si on veut protéger une espèce, il faut connaître ses effectifs », explique le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Alsace.

Depuis plusieurs semaines, des centaines d’observateurs bénévoles examinent nids et couvées de cigogneaux.

Commune d’un millier d’habitants dans le parc naturel des Vosges du Nord, Neuwiller-lès-Saverne compte au moins trente nids. Certains atteignent plusieurs centaines de kilos et un mètre voire deux de haut. Chaque année les couples de cigognes ajoutent une épaisseur de branchages.

Jeune retraité et photographe amateur, Dominique se souvient avoir vu un premier couple d’oiseaux s’installer à Neuwiller-lès-Saverne « au début des années 1990 ». « Maintenant toutes les places sont occupées, c’est la crise du logement », plaisante celui qui a pris des milliers de photos de « (s)es voisines ».

– 1.200 nids –

Le recensement effectué par la LPO cette année est « le premier comptage exhaustif au niveau national » pour cette espèce, explique Yves Muller.

Si l’oiseau noir et blanc au bec rouge est présent depuis au moins le Moyen-Âge en Alsace et en est devenu un symbole, des cigognes blanches venues d’Espagne se sont aussi installées en nombre sur la façade atlantique du pays, en Charente-Maritime, en Gironde, ou dans le Morbihan.

Les données finales de ce comptage devraient être connues cet hiver. D’ores et déjà, une première estimation chiffre la population alsacienne à « 1.200 nids occupés », avec, pour chacun, un couple d’oiseaux et jusqu’à cinq jeunes qui prendront leur envol vers la mi-juin.

Une telle population est du jamais vu, alors que la cigogne a frôlé l’extinction en Alsace. En 1974, Haut-Rhin et Bas-Rhin ne comptaient plus que neuf nids, alors qu’il y avait encore 145 couples en 1960.

Une très forte mortalité intervenait pendant la migration hivernale. Les cigognes étaient chassées, la sécheresse dans le Sahel les empêchait de trouver suffisamment de nourriture et les lignes électriques les fauchaient en plein vol.

– Reproduction en captivité –

L’Alsace se lance alors dans des opérations de réintroduction de son oiseau fétiche, avec des « enclos de repeuplement », dans lesquels sont élevées des cigognes en captivité, perdant en quelques années leur instinct migratoire.

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Une cigogne et ses cigogneaux dans leur nid, le 4 juin 2021 à Newiller-lès-Saverne, dans le Bas-Rhin (AFP – FREDERICK FLORIN)

Les cigogneaux relâchés dans la nature ont permis à l’espèce de prospérer de nouveau rapidement. Quelque 79 couples sont dénombrés en 1990, puis 565 en 2011 et 788 en 2015.

« On a sauvé les cigognes d’Alsace, maintenant on laisse la population évoluer librement », explique Yves Muller, régulièrement interrompu par les claquements de bec d’une cigogne saluant son conjoint de retour dans le nid avant de régurgiter la nourriture rapportée aux cigogneaux.

Si la cigogne blanche reste une espèce protégée, la LPO plaide pour que l’oiseau ne soit plus nourri artificiellement et que la population se régule naturellement en fonction de la nourriture trouvée dans les zones humides.

Le sauvetage de la cigogne blanche a reposé sur une « spécificité » de l’espèce, celle de bien se reproduire en captivité.

« On ne peut pas faire avec tous les oiseaux ce qu’on a réussi avec la cigogne », regrette Yves Muller. En Alsace, le grand tétras ou le courlis cendré sont en voie d’extinction.

Combien d’oiseaux sur terre ?

moineau domestique

Combien d’oiseaux sont présents sur Terre ?
Par Anne-Sophie Tassart le 18.05.2021 à 17h16

A l’aide de calculs et d’observations, des chercheurs australiens ont réussi à estimer le nombre d’oiseaux présents sur Terre.

Les moineaux domestiques sont les oiseaux les plus nombreux sur Terre.
Corey T. Callaghan
Certaines données semblent difficiles à estimer tant le dénombrement paraît impossible. Mais des chercheurs australiens se sont risqués à réaliser une telle évaluation. Ils ont réussi à estimer le nombre d’oiseaux sur Terre.
Une quantité gigantesque de données
« Pour les domaines de l’écologie, de la biologie évolutive et de la conservation, les estimations de l’abondance des organismes sont essentielles. Cependant, la quantification de l’abondance est difficile et prend du temps », souligne une nouvelle étude parue le 25 mai 2021 dans la revue PNAS. C’est ici que la science participative entre en jeu : elle permet de récolter rapidement une grande quantité de données partout sur la planète. Les auteurs de cette étude ont compilé plus d’un milliard d’observations d’oiseaux signalées sur le site eBird par pas moins de 600.000 personnes entre 2010 et 2019. Les biologistes ont également développé un algorithme dont les calculs prenaient en compte la détectabilité d’une espèce, c’est-à-dire la probabilité qu’une personne ait repéré un oiseau de celle-ci et l’ait signalé sur le site. Une espèce devient plus visible par exemple si les oiseaux volent en groupe, s’ils sont colorés ou de bonne taille. Le but des scientifiques : estimer le nombre d’oiseaux sur Terre.

C’est l’histoire d’un oiseau extraordinaire. A 70 ans, Wisdom, une femelle albatros de Laysan…..

albatros de Laysan

Voici une histoire comme on les aime. Les experts du US Fish and Wildlife Service sont formels, Wisdom, une femelle albatros de Laysan, a eu un nouveau poussin cette année encore. Wisdom (qui veut dire « sagesse » en anglais) porte bien son nom. A 70 ans, elle est en effet le plus vieil oiseau sauvage du monde. Un record, même pour son espèce. L’albatros de Layson est l’espèce d’oiseau sauvage qui a la grande longévité, lui qui vit en moyenne 50 ans. Wisdom bat donc ce record à plate couture !

Le couple, un facteur essentiel pour l’albatros de Laysan

La septuagénaire a accueilli son nouveau petit il y a un mois. Il s’agit au moins du 40e poussin qu’elle élève. Chaque année, la femelle retourne sur son site de nidification dans l’atoll des Îles Midway, au large de Hawaii, dans l’océan Pacifique. Depuis 2010, elle a pour compagnon un mâle du nom d’Akeakamai.

 

« Wisdom a un compagnon de longue date nommé Akeakamai. Ils sont ensemble depuis au moins 2010, et potentiellement beaucoup plus longtemps. Cependant, il est probable que Wisdom ait eu plus d’un partenaire au cours de sa vie, a déclaré le US Fish and Wildlife Service. Les couples d’albatros sont extrêmement importants pour élever les jeunes. La relation prend des années à se former et peut durer des décennies. Pour trouver un compagnon, les albatros juvéniles font ce que les humains font depuis des milliers d’années, ils organisent des soirées dansantes. »

 

Chaque hiver, les jeunes albatros se rassemblent en groupe sur les îles Midway pour pratiquer des danses de parade nuptiale. Après quelques années d’apprentissage, ils finissent par trouver un compagnon. « Ils recherchent juste cet oiseau spécial avec lequel plonger, s’incliner et se toiletter, et une fois qu’un lien se forme, ils restent liés pour la vie. Il faudra encore trois ou quatre ans à ce jeune couple avant qu’il ne réussisse à faire éclore son premier poussin.

L’incroyable temps et le travail nécessaires aux albatros pour survivre jusqu’à l’âge adulte, trouver un partenaire et devenir un parent prospère signifie que chaque lien de couple adulte est incroyablement important pour la survie globale de la colonie. »

 

Wisdom, un oiseau emblématique

Ces oiseaux sont assez communs mais difficiles à étudier, car ils passent les neuf dixièmes de leur vie en mer. Ils ne peuvent être observés que lorsqu’ils reviennent chaque année sur leur site de nidification. Quant à Wisdom, « son retour inspire non seulement les amateurs d’oiseaux du monde entier, mais nous aide à mieux comprendre comment nous pouvons protéger ces oiseaux de mer gracieux et l’habitat dont ils ont besoin pour survivre dans le futur », a déclaré un porte-parole de l’US Fish and Wildlife Service au journal l’Independent. Il conclut, affirmant que « le fait que Wisdom ait atteint un tel âge est impressionnant, compte tenu des menaces auxquelles les albatros de Laysan sont actuellement confrontés, notamment des conditions météorologiques effrayantes, la prédation par les requins, les souris envahissantes et l’augmentation de la pollution plastique« .