Selon les derniers chiffres de l’OFB, plus de loups, moins d’attaques : des signes encourageants pour la coexistence estime FNE

loup

Le nombre de loups en France a été estimé à 921 en 2022. Le chiffre pour 2021 est aussi revu en hausse.

La population de loups gris est estimée à 921 individus à la sortie de l’hiver 2021-2022, a annoncé lundi le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui précise aussi que le chiffre 2020-2021 a été revu en hausse à 783 loups.

Plus précisément, la fourchette de loups adultes, espèce menacée et protégée en Europe, est estimée entre 826 et 1.016 dans l’Hexagone, a précisé l’Office français de la biodiversité (OFB), organisme en charge de cette estimation.

Le loup est un animal sauvage vivant sur de grandes étendues. Sa population ne peut donc être comptée précisément, mais elle est estimée à partir d’indices (observation visuelle, empreintes, déjection…).

L’OFB forme des gens de terrain pour collecter ces indices et intégrer un réseau de correspondants. Un effort de formation a été fait, avec 385 nouvelles personnes, ce qui a permis d’augmenter le nombre d’indices récoltés, à « 4.500 indices de présence (contre 2.600 en 2020 et 3.700 en 2021) », fait savoir le préfet.

Pour 2020-2021, la population de loups gris avait été estimée à 624 individus, mais l’OFB a affiné sa méthode grâce à l’analyse de résultats génétiques.

La chasse au loup autorisée en France

Le nombre maximal de loups pouvant être tués en 2022 s’élèvera donc à 174 individus, contre 118 initialement prévus. « Depuis le 1er janvier 2022, 29 loups ont été décomptés de ce plafond », précise le préfet, en charge de la cohabitation de ce prédateur naturel avec le bétail.

D’autres mesures sont prévues pour accompagner les éleveurs et limiter les attaques contre les troupeaux: financement de chiens de protection, de parcs électrifiés, de gardiennage par des bergers. Des indemnisations sont prévues en cas d’attaque.

Cela a débouché « pour la première fois, (sur) une baisse de la prédation en France tant en nombre d’attaques que d’animaux prédatés », tout en restant à un niveau élevé, indique le communiqué.

« Une enveloppe financière supplémentaire permettra d’améliorer la qualité du matériel, donc l’efficacité des tirs de défense des troupeaux », avec « une attention particulière (…) aux situations individuelles des éleveurs subissant une forte prédation », précise le communiqué.

Le loup gris, revenu de lui-même en France depuis l’Italie et essentiellement présent dans les massifs alpins et provençaux, connaît une dynamique démographique favorable (…) depuis 10 ans, avec « un taux de survie de l’espèce satisfaisant et d’une hausse de la reproduction », selon le communiqué. Il a été aperçu jusque dans le Finistère.

Le nombre de meutes progresse aussi (+19 en 2020 et +29 en 2021), précise le communiqué.

Ce que précise FNE

L’État a présenté ce jour le bilan du suivi de la population de loups en France. Celui-ci montre une expansion à la fois numérique et géographique de l’espèce, avec une estimation de 920 loups. Cette première bonne nouvelle se double d’une autre : en 2021, le nombre d’attaques sur les troupeaux a diminué pour la première fois, de même que le nombre de victimes, déjà en baisse en 2020. France Nature Environnement et Humanité & Biodiversité saluent les efforts des éleveurs dans la mise en place de moyens de protection et encouragent l’Etat à poursuivre son accompagnement afin de généraliser des mesures qui prouvent leur efficacité.

Une méthode de suivi robuste et transparente

Il importe de souligner d’abord la transparence qui préside à la diffusion de cette estimation et à la méthode qui la fonde. Elle est issue d’un protocole scientifique robuste, validé par des scientifiques européens, fondé sur des indices et données fiables, validées par des analyses génétiques avant d’être intégrés dans le modèle mathématique établi par le CNRS. A rebours de mensonges colportés l’année dernière et destinés à décrédibiliser l’Office Français de la Biodiversité, il n’y a pas aujourd’hui de méthode plus robuste de suivi d’une population dans aucun pays européen.

En ces temps d’érosion généralisée de la biodiversité, ce bilan constitue une bonne nouvelle montrant que les écosystèmes sont en capacité d’accueillir le retour naturel d’un grand prédateur, qui y trouve toute sa place, notamment dans la régulation des grands ongulés dont on sait les dégâts qu’ils causent dans de nombreux territoires aux forêts et à certaines productions agricoles.

Des mesures de protection efficaces

Dans ce contexte, il est important de souligner que l’an dernier le nombre d’attaques a diminué pour la première fois, de même que le nombre de victimes (qui était déjà en baisse en 2020) : les attaques comme les dommages aux troupeaux se retrouvent ainsi à leur plus bas niveau depuis 2018. Cela est particulièrement vrai dans les secteurs de présence historique du loup. Cela s’explique par les efforts des éleveurs dans la mise en place de moyens de protection et l’implication de l’Etat pour la bonne mise en œuvre de ceux-ci.

Par contraste, les territoires de nouvelle colonisation connaissent des hausses de dommages, explicables par l’absence de ces moyens de protection. Ces constats démontrent une réelle efficacité de ces moyens : ils doivent encourager l’Etat à renforcer l’accompagnement des éleveurs pour permettre une mise en place effective et généralisée de ces moyens.

Mettre un terme aux tirs « politiques »

L’augmentation du nombre de loups ne doit pas être l’occasion pour l’Etat de relâcher le strict encadrement des autorisations de tir. On connaît la tentation d’octroyer des tirs « politiques », destinés non à protéger les troupeaux mais à satisfaire ceux qui pensent qu’un prédateur ne se « gère » que par la destruction. Ce double constat d’une augmentation de la population de loups et d’une diminution du nombre d’attaques montre bien que la destruction n’est pas une solution.

Les autorisations de tirs de loup, espèce protégée, doivent rester dans le cadre dérogatoire prévu par la réglementation française et les instances européennes. Ces autorisations sont prévues pour la prévention de dommages aux troupeaux qui continuent, malgré la mise en œuvre effective des moyens de protection, à subir des attaques. Pas dans les autres cas, ni pour détruire un individu en l’absence de dommages, ni dans la situation de troupeaux non protégés. Cette règle doit prévaloir dans les décisions des préfets, que le loup soit présent de longue date dans le département ou qu’il ne soit que de passage.

Anticiper les mesures de protection pour favoriser la coexistence

En aucun cas les possibilités dérogatoires de destruction de loups ne doivent être utilisées pour réguler la population de loup ni la cantonner géographiquement. Aussi, lors de l’arrivée du loup dans un territoire, la priorité est d’accélérer et faciliter les moyens de protection, et pas de tirer à vue sur le loup au motif que les élevages ne sont pas encore protégés. La mise en œuvre des moyens de protection doit être mieux anticipée : il s’agit d’appréhender le travail avec les chiens de protection et l’installation de clôtures adaptées sans attendre les premières attaques.

L’État doit poursuivre l’accompagnement des éleveurs dans la généralisation des moyens de protection grâce aux financements publics européens, et être le garant de la bonne utilisation de ces fonds et de la mise en place effective des moyens de prévention des attaques. Dans ces conditions, les tirs autorisés uniquement dans les cas où la protection n’a pas rempli ses objectifs retrouveront une certaine efficacité pour faire baisser la prédation.

photo : Voix du nord

Effectuer les prélèvements en fonction des dégâts

Ces mesures ne satisfont toutefois pas les organisations agricoles. La Confédération paysanne, faisant cavalier seul, réclame davantage de moyens au ministère de l’Agriculture pour anticiper la protection dans les zones où le loup apparaît. « Toutes les régions seront concernées dans les dix ans à venir », estime le syndicat paysan, qui demande à ce que « les prélèvements soient effectués en fonction des dégâts aux troupeaux et non dans un cadre de gestion de l’espèce ».

La FNSEA, accompagnée de quatre autres organisations (JA, FNO, FNB, FNC) et des chambres d’agriculture revient, quant à elle, sur la méthode de comptage des loups. Une contestation qui, en novembre 2021, avait provoqué le boycott du Groupe national loup par trois associations de protection de la nature (FNBE, LPO, Ferus). « À rebours de mensonges colportés l’année dernière et destinés à décrédibiliser l’Office français de la biodiversité, il n’y a pas aujourd’hui de méthode plus robuste de suivi d’une population dans aucun pays européen », réaffirme FNE et « L’augmentation du nombre de loups ne doit pas être l’occasion pour l’État de relâcher le strict encadrement des autorisations de tir ».

« L’effectif annoncé ne correspond pas à la réalité de la population lupine », maintiennent, de leur côté, les organisations agricoles, qui réclament un prélèvement de 300 loups en 2022. « Les éleveurs vivent quotidiennement dans l’angoisse d’une nouvelle attaque, et ce, en dépit des mesures de protection des troupeaux mises en place », assurent les organisations. Bien qu’en baisse, il est vrai que le nombre d’animaux tués par les loups s’élève à 10 800 en 2021 (contre plus de 12 000 en 2019). « S’agissant des bovins – de plus en plus attaqués par les loups –, l’inefficacité des mesures de protection n’est plus à démontrer », pointent les organisations.

La Fédération nationale ovine (FNO) demande à nouveau une révision du statut de protection du loup, qui n’est plus, selon elle, une espèce menacée d’extinction, via une révision de la directive Habitats (R3123). « Chaque pays pourrait assurer l’équilibre entre la conservation des espèces sauvages et la conservation des activités agricoles et pastorales », explique le syndicat agricole.

« L’expansion des prédateurs constitue en effet une menace directe pour les zones rurales désormais au cœur des politiques européennes. Elle participe au non-renouvellement des éleveurs et à l’abandon des espaces entretenus par eux et par leurs troupeaux, appauvrissant ainsi la biodiversité dans son ensemble », estime la FNO accompagnée des autres organisations agricoles. Alors que le nouveau plan loup est en cours d’élaboration, ces dernières appellent à en faire « un véritable plan de sauvegarde du pastoralisme, de l’élevage en plein air et un plan de régulation de l’espèce lupine ».

Loups en Haute-Savoie : les chasseurs vont en compter plus pour en tuer plus

loup et appareil photographique

Un loup piégé par un appareil photographique dans une forêt de l’Aude, en 2017

Les pouvoirs publics subventionnent massivement un recomptage des loups en Haute-Savoie par les agriculteurs et les chasseurs. Ces derniers veulent faire mentir à coups de drones et pièges photographiques les estimations de l’Office français de la biodiversité. Leur but : justifier la mise à mort de plus de loups

Sous les cimes enneigées, une bataille de chiffres fait rage. En Haute-Savoie, chasseurs, agriculteurs et écologistes se brouillent sur le nombre de loups et de meutes présentes dans les alpages. Selon le dernier comptage de l’Office français de la biodiversité (OFB), en 2021, 74 loups circulaient dans les montagnes du département. Chaque année, l’État autorise l’abattage de 19 % de la population au niveau national.

Une situation qui ne satisfait pas le monde de la chasse et la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA). Pour eux, la vie pastorale tout entière est mise en péril. Depuis l’arrivée du loup en 2009 sur le massif de Glières, « ce prédateur ne cesse de semer le trouble au cœur des territoires ruraux, dit à Reporterre le président de la fédération de chasse, André Mugnier. Le loup n’est plus une espèce protégée. Si rien n’est fait, cette situation déjà dramatique va s’aggraver. »

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Un loup du parc français du Gévaudan

Main dans la main, chasseurs et exploitants agricoles contestent les estimations de l’OFB. Ils avancent un décalage de 30 % à 40 % entre les chiffres donnés et « la réalité de terrain » : « En 2021, on a abattu sept loups dans le département mais on devrait en prélever au moins 25 par an si on veut maintenir un effectif gérable et réguler l’espèce », affirme André Mugnier.

Dans la presse, la FNSEA et la fédération de chasse multiplient les attaques pour discréditer l’OFB. Un bras de fer est engagé et les chasseurs semblent avoir obtenu une première victoire, au grand dam des écologistes.

270 000 euros de subventions pour les chasseurs

Car le département de Haute-Savoie, présidé par un membre du parti Les Républicains et proche de Laurent Wauquiez, Martial Saddier, a attribué 270 000 euros de subventions à la fédération de chasse pour mettre en œuvre une campagne de comptage de loups, « contradictoire à celle de l’OFB ». Cette aide publique s’ajoute au 650 000 euros sur cinq ans alloués par le conseil départemental à la fédération ainsi qu’aux 304 100 euros sur trois ans de la région Auvergne Rhône-Alpes — région dont les accointances avec les chasseurs ne sont plus à prouver.

Plus étonnant, l’État a aussi concouru à hauteur de 20 000 euros à ce nouveau projet alors même que celui-ci remet en cause le travail de ses propres fonctionnaires. Cédant aux sirènes des exploitants agricoles et à la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, qui affirmait que « l’OFB ment », Julien Denormandie, alors ministre de l’Agriculture, s’était déjà dit favorable à un recomptage du nombre de loups.

Compter plus pour tuer plus

Ce recomptage sera désormais effectué par les chasseurs et les agriculteurs eux-mêmes, accompagnés par des louvetiers. Les subventions des pouvoirs publics permettront l’achat d’une profusion de moyens techniques, pièges photographiques, caméras thermiques, drones et enregistreurs sonores, ainsi que des véhicules.

Pour les chasseurs, l’objectif de ce comptage est clair et pleinement assumé : il s’agit de chiffrer plus pour tirer plus. « Je qualifie cette opération de vérité, dit à Reporterre André Mugnier. On verra qui se trompe mais je pense qu’il y a beaucoup plus de loups que ce que l’on nous raconte. Ce nouveau comptage nous permettra de prélever davantage de loups. Cela remettra aussi en cause l’estimation de l’OFB au niveau national. »

loup et chasseurs
Des chasseurs. Flickr / CC BY-NC-ND 2.0 / Philippe Druesne

Dans un communiqué, France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes crie au scandale : « L’argent coule à flots pour les opposants au loup », écrit-elle. « Avec cette subvention, l’État et le département humilient le travail de l’OFB, regrette son porte-parole, Roger Mathieu. Ils remettent en cause le travail mené par 4 000 personnes en France et leur méthode soutenue par les scientifiques et le CNRS (Centre national de la recherche scientifique). C’est une honte. »

Au cœur de la polémique, plusieurs enjeux sont soulevés : comment les chasseurs vont-ils évaluer le nombre de loups et selon quelle méthodologie ? Ne risquent-ils pas non plus d’être juges et parties ?

« Il faut qu’on arrête avec cette approche scientifique »

« Cette débauche de moyens techniques disparates, avec des drones, etc., contraste avec l’absence de méthodologie permettant d’évaluer la pertinence de l’opération, sa cohérence et sa robustesse en matière scientifique, souligne Roger Mathieu. Dans aucun pays on n’utilise des caméras thermiques ou des enregistreurs pour compter des loups, cela permet simplement d’étudier leur comportement. »

Selon ce spécialiste, qui suit depuis des années une vingtaine de meutes dans le massif alpin, les risques d’erreurs avec ces outils techniques sont nombreux : « Il est très difficile sur une vidéo ou une photographie de distinguer un loup d’un autre. On ne compte pas les loups comme des moutons dans un enclos. C’est pour cela que l’on ne fait pas de comptage mais une estimation. Elle se fait à travers des prélèvements biologiques que l’on retrouve sur des poils ou des crottes et des analyses génétiques et statistiques. »

Mais pour les chasseurs, cette méthodologie ne semble pas avoir d’importance. « Je m’en fiche de la génétique, s’emporte André Mugnier. Cette question ne m’intéresse absolument pas. La présence des loups est insurmontable et il faut les réguler. Il faut qu’on arrête avec cette approche scientifique qui permet de différer progressivement le nombre de prélèvements de loups alors qu’aujourd’hui, il y a urgence. »

France Nature Environnement a d’ores et déjà annoncé qu’elle récusera les chiffres des chasseurs.

Les loups à nouveau protégés aux Etats-Unis

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Les loups gris sont à nouveau une espèce protégée dans la majeure partie des Etats-Unis continentaux après la décision jeudi d’un juge fédéral de Californie, qui revient ainsi sur une mesure de l’administration Trump.
Le service américain de gestion et de préservation de la faune « n’a pas pris en compte de façon adéquate les menaces qui pèsent sur les loups en dehors des populations principales dans les régions des Grands Lacs et au nord des montagnes Rocheuses en retirant la protection à l’espèce entière », a indiqué le juge Jeffrey White dans sa décision.
En octobre 2020, l’administration Trump avait en effet décidé de retirer aux loups gris leur statut d’espèce protégée, mis en place dans les années 70 après leur quasi-extinction aux Etats-Unis. Bien que la décision ait été prise sous Donald Trump, le gouvernement de Joe Biden avait continué à défendre la mesure devant la justice. »Aussi bien chez les gouvernements démocrates que républicains, on constate chaque année cette envie de mettre fin au rétablissement des loups », souligne auprès de l’AFP, Collette Adkins du Center for Biological Diversity. »C’est frustrant car la loi qui encadre le statut d’espèce protégée prévoit le rétablissement de ces animaux pour qu’ils puissent remplir leur rôle dans l’écosystème », poursuit-elle.
Depuis son entrée en vigueur en janvier 2021, le nombre de loups abattus dans certains Etats avait explosé, comme dans le Wisconsin où plus de 200 loups ont été tués en moins de trois jours, forçant les autorités à mettre un terme à la saison de chasse plus tôt que prévu, rapporte le New York Times. Selon le jugement de jeudi, il est désormais interdit de chasser le loup dans 44 Etats et ceux qui s’en prennent à ces bêtes risquent des amendes ou de la prison. »C’est une victoire cruciale pour les loups gris et pour tous ceux qui apprécient la nature », a estimé dans un communiqué Jamie Rappaport Clark, présidente de Defenders of Wildlife, l’une des associations qui a combattu en justice la mesure de l’administration Trump. »Redonner une protection fédérale va permettre à ces animaux essentiels de recevoir le soutien nécessaire pour se rétablir et prospérer dans les années à venir », a-t-elle ajouté.
Près de 250.000 loups vivaient aux Etats-Unis avant l’arrivée des colons européens qui ont décimé la population de ces canidés au fil de leur expansion vers l’ouest. Il ne reste désormais que quelque 6.000 loups disséminés à travers le pays, hors Alaska.Des études sont venues confirmer le rôle crucial de ces canidés dans le contrôle de la taille des troupeaux de wapitis -qui peuvent brouter trop d’herbe- permettant ainsi d’éviter la destruction de l’habitat.
Source GEO

Plus on est de loups…

plus on est de loups

Des observations de «Canis lupus» dans le nord et l’ouest montrent que l’animal pourrait recoloniser tout le territoire.

Automne 2021. Dans la plaine du Calvados, un agriculteur tombe nez à nez avec un loup. Il le prend en photo. Quelques jours plus tard, un grand canidé gris est immortalisé à Blaru, dans les Yvelines – à une quinzaine de kilomètres près, l’animal pouvait prendre le RER à Cergy. Fin novembre, c’est non loin de Tours, à Cinq-Mars-la-Pile, qu’un autre individu est pris sur le vif, sur fond de champ labouré. Les apparitions sont furtives, les portraits similaires. Oreilles courtes et arrondies, queue frôlant le tarse, liseré noir sur les pattes avant et autres particularités physiques : à chaque fois, l’Office français de la biodiversité (OFB) identifie Canis lupus. Le loup gris. Une première depuis plus d’un siècle.

moutons tués

Cela fait des années que le loup se déconfine progressivement du massif alpin, où il est revenu au début des années 90. Après avoir investi le Massif central, la Lorraine et les Pyrénées, le voilà qui explore le nord et l’ouest de la France, loin des montagnes. Dans les années 2010, on l’aperçoit dans la Somme, la Seine-Maritime ou encore l’Yonne et l’Eure-et-Loir. Début 2020, il est vu sur une route charentaise. En mai, dans les marais côtiers de Vendée. En octobre on le retrouve, mort, sur une route non loin d’une plage à Saint-Brevin-les-Pins, village situé à l’embouchure de la Loire. Les observations se multiplient, les signes avant-coureurs aussi : empreintes, crottes et surtout, moutons blessés ou tués – souvent plus proprement que si l’auteur avait été un chien. Verra-t-on des loups à Fontainebleau ? Francilienne n’ayant jamais vu l’ombre d’un loup, même dans les Alpes-Maritimes où j’ai joué l’aide-bergère quelques semaines, je trépigne. Les éleveurs et particuliers un peu moins.

Pour Oksana Grente, docteure en écologie à l’université de Montpellier, ces observations n’ont pourtant rien d’étonnant. «Sur le plan écologique, le loup pourrait tout à fait occuper l’ensemble

du territoire. C’était le cas à la fin du XVIIIe siècle.» A l’époque, 15 000 à 20 000 loups gambadaient dans toute la France. Bretagne, Nord et Paris compris. Car si le loup a besoin d’assez grandes proies comme les cervidés et de cachettes pour élever ses petits, dans l’ensemble, ce n’est pas un difficile. On l’a vu galoper dans des zones d’agriculture intensive en Espagne, traîner aux abords de villages densément peuplés en Inde, chasser au milieu des mines sur le plateau du Golan. L’espèce est endurante, plastique, adaptable – ce qui n’était pas pour nous déplaire il y a quinze mille à quarante mille ans, quand on l’a domestiquée pour en faire notre toutou polymorphe. Sans oublier que le loup n’est pas un animal de montagne mais de forêt, voire de plaine. Une grande ville comme Paris ? «S’il vit en forêt et qu’il y a suffisamment de gibier, c’est dans ses cordes. Tout dépend de l’homme – s’il le laisse s’installer ou non.» C’est là que ça se corse.

Coureurs de fond

Eradiquée de l’Hexagone dans les années 30 après des campagnes particulièrement efficaces, dès lors que les primes à la queue ont été systématisées et les armes à feu, démocratisées, l’espèce revient de loin. Enfin, il lui a suffi de franchir la barrière naturelle des Alpes séparant l’Italie de la France. Car à l’inverse de ce que l’on entend encore, le loup n’a pas été réintroduit par l’homme. Il s’est réintroduit tout seul. Aujourd’hui il y en aurait 624, la quasi-totalité des meutes reproductrices vivant dans les Alpes, sur le point de déborder. «Le massif commence à se saturer, explique Grente, ce qui repousse le front de colonisation de la population alpine.» Quand les espaces entre les meutes se comblent, il ne reste qu’à coloniser tout autour. D’où l’apparition de jeunes loups, ici et là.

Il faut dire que l’on a affaire à des coureurs de fond. Au printemps et à l’automne, lorsque les petits naissent ou sont assez grands pour s’imposer, des conflits éclatent au sein de la meute. L’heure est alors à la compétition, que ce soit pour manger ou se reproduire. Vu l’ambiance, certains loups vont chercher ailleurs leur bout de gras et parfois, deviennent baroudeurs au long cours. Autoroutes, zones industrielles, voies ferrées, fleuves, lacs gelés : avec de la chance, Canis lupus peut traverser en ligne droite un paysage morcelé et inconnu sur des centaines, voire plus d’un millier de kilomètres, et ce durant des mois. Sans doute les loups observés en Normandie ou dans les Yvelines sont-ils dans cette situation délicate : trouver un territoire et un partenaire dans un milieu imbibé jusqu’à la moelle par des bipèdes, cela n’a rien d’une promenade de santé.

Il y a bien des success stories lupines comme Slavc, ce loup d’origine slovène qui, en 2011, parcourait 1 200 kilomètres pour rencontrer une louve près de Vérone, en Italie, avec qui il a eu des louveteaux. Mais tout le monde n’a pas cette veine. Les loups en dispersion risquent gros : accidents, maladies ou mauvaises rencontres. «Dans les Vosges, des loups s’installent sans constituer de meutes reproductrices. Difficile de comprendre pourquoi, le braconnage pourrait être en cause», dit Grente. On se souvient de cette louve ensanglantée et pendue, accompagnée d’un message revendicateur devant une mairie des Hautes-Alpes, en septembre.

Situation grise

Sans oublier les tirs autorisés par les pouvoirs publics. Avec près de 12 000 morts d’animaux domestiques qui lui sont attribués chaque année, surtout ovins (sur un cheptel de 7 millions), le loup est une contrainte réelle. Aussi, dans son dernier Plan loup sorti en 2018, l’Etat fixe le plafond d’abattage à 20 % de la population, contre 10 % auparavant. Une centaine de loups ont ainsi été «prélevés» en 2021. Sauf que tous ces tirs ne seraient pas utiles à l’élevage. «On ne peut pas généraliser. Un tir peut améliorer une situation, mais pas toujours», dixit Grente, qui vient de présenter une thèse sur le sujet et pour qui seules des études de terrain tenant compte du contexte local et de la diversité d’acteurs permettraient de savoir ce qui marche, ou pas. La situation n’est donc ni noire ni blanche, mais plutôt grise.

Le loup pourrait-il s’étendre partout pour autant ? «S’il n’y avait aucune gestion par les tirs, on pourrait l’envisager.» Mais leur augmentation récente fait que la croissance annuelle de la population lupine ralentit. Avec un risque de déclin si la mortalité, de 42 % après 2014, venait à dépasser les 55 %, alertait l’OFB-CNRS dans une note en 2020. Or, pour être viable, la population doit comprendre 2500 à 5000 loups minimum, selon une expertise scientifique

de 2017 impliquant l’OFB et le Muséum national d’histoire naturelle. Le risque serait donc de voir les loups disparaître à nouveau si on les régulait un peu trop. Sauf que la France a des obligations : l’espèce, inscrite dans l’annexe II de la Convention de Berne, est strictement protégée au niveau européen et national. Accessoirement, l’extinction de masse de la biodiversité nous invite, en tant que société, à considérer davantage ceux qui restent. Toujours est-il que le pistage de loups au bois de Vincennes, ce n’est pas demain la veille.

 

DIana Semaska, Dessin Manon Bucciarelli /Libération, 1er décembre

 

Un loup observé dans le Calvados, une première depuis 100 ans

loup dans le calvados

Un loup a été observé dans le Calvados pour la première fois depuis plus d’un siècle et sa présence vient d’être confirmée dans l’Eure, où elle était soupçonnée, a-t-on appris mardi des sources concordantes.
L’Office français de la biodiversité (OFB) « a fait des analyses qui ont confirmé que c’était bien un loup », a déclaré à l’AFP le directeur de cabinet du préfet Julien Decré, confirmant une information de France Bleu Normandie-Calvados-Orne.
« La présence du loup dans le Calvados est une première depuis plus d’un siècle », ajoute la préfecture. L’animal a été photographié vendredi près de Bayeux, selon la même source.
« Les experts du réseau loup-lynx au niveau national nous ont affirmé que c’était du loup sans émettre de réserves », sur la base de « photos essentiellement », a précisé à l’AFP Nathalie Pfeiffer, animatrice du réseau loup-lynx pour la Normandie à l’OFB.
La présence du loup vient par ailleurs d’être confirmée dans l’Eure où le retour de l’animal était soupçonné depuis avril 2020, à la suite d’une première attaque sur des ovins, a ajouté Mme Pfeiffer.
De « premiers résultats reçus le 17 novembre 2021 confirment que les échantillons de poils prélevés à Saint-Aubin-le-Guichard (Eure) le 4 août 2021 sont bien d’un loup gris de lignée italienne », précise la préfecture de l’Eure.
« En complément, le réseau loup-lynx national a validé l’observation visuelle d’un loup gris dans le secteur de Vernon le 11 novembre 2021 », ajoute-t-elle.
Dans ce département, « 19 cas de prédation où la responsabilité du loup ne peut être exclue ont été recensés en 2021 », selon la préfecture.
Le retour du loup en Normandie avait été établie en avril 2020, en Seine-Maritime. On soupçonne depuis qu’il ait été présent dès novembre 2019 dans ce département, a ajouté Mme Pfeiffer.
« Le loup est aujourd’hui une espèce strictement protégée », rappelle la préfecture de l’Eure. « Après avoir été complètement éradiquée du territoire national en 1939, la population de loup recolonise progressivement le territoire de façon naturelle, d’abord depuis l’Italie puis aujourd’hui à partir de la population installée dans le grand quart sud-est de la France (Alpes et Jura) et dans le Massif central », ajoute-t-elle.
La destruction illégale d’un loup constitue un délit, puni de trois ans d’emprisonnement et de 150.000 euros d’amende, précise de son côté la préfecture du Calvados.
La population de loups en France « est estimée aujourd’hui à environ 620 individus (avec un intervalle de confiance assez large) », selon la préfecture du Calvados. Source GEO

« Loin des polémiques, seule la science doit décider de la gestion du loup » insistent FNE, FERUS et la LPO

installation du loup

L’installation du loup en France se poursuit tant en nombre qu’en occupation territoriale.  Sur le fond, c’est une bonne nouvelle pour l’état de la biodiversité dans notre pays. Malgré ces perspectives encourageantes, une offensive médiatique et politique remet en cause les fondements de la démarche visant à assurer la coexistence du loup et des activités d’élevage. Sans fondement scientifique, cette campagne de désinformation vise à contester l’estimation de la population de loups réalisée par l’Office Français de la Biodiversité (OFB), dans le but d’augmenter le nombre loups pouvant être tués, au risque de mettre en péril le bon état de conservation de la population. Devant les reculs de l’Etat face cette campagne, les organisations de protection ont décidé de suspendre leur participation au Groupe National Loup.

Une campagne de désinformation visant à tuer plus de loups

Dans le contexte pré-électoral et en vue du renouvellement à venir du plan national « loup et activités d’élevage », une offensive médiatique et politique de la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) et des Organisations Professionnelles Agricoles (OPA) a vu le jour depuis le début de l’année, pour remettre en cause la méthode de suivi de la population de loups. Ceci sans apporter le moindre argument scientifique, sans analyse rationnelle du protocole de suivi existant et sans proposition de méthode alternative sérieuse. Nous sommes bien en présence d’une campagne de désinformation dont l’objectif est de surestimer les effectifs de loups pour justifier une augmentation substantielle du plafond annuel de tirs létaux.

Face à cette campagne très organisée et démultipliée par de nombreux canaux nationaux et régionaux, l’État a laissé ces fausses informations se diffuser. Le relais de ces éléments fabriqués et répétés a été progressivement repris par des élus locaux et des parlementaires, jusqu’à des déclarations récentes de préfets, de ministres et jusqu’au premier ministre, mettant en cause les méthodes de suivi génétique, sans apporter non plus le moindre début de preuve. De plus, l’Etat a privilégié le dialogue avec les organisations professionnelles et les chasseurs, en écartant les organisations de protection des échanges.

La gestion de la présence du loup ne peut être conduite qu’avec la méthode scientifique

Nos organisations tiennent à réaffirmer leur soutien à l’OFB, rudement mis en cause malgré la qualité de son travail permettant d’évaluer régulièrement les effectifs et la répartition des loups présents sur le territoire national. Comme toute méthode, celle de l’OFB -saluée par la communauté scientifique internationale comme « une des plus complètes et mieux détaillées d’Europe »- peut être ajustée, mais cet exercice doit se faire sur des bases rationnelles, avec l’avis du Conseil Scientifique. La détermination de la population et du plafond annuel maximal de loups pouvant être abattus ne peut pas être déterminée par des suppositions ni par des avis non fondés sur la science.

Permettre la coexistence du loup et des activités d’élevage doit être l’enjeu majeur : pour permettre cette coexistence, il est nécessaire de miser en priorité sur la protection des troupeaux : un personnel bien rémunéré et suffisamment nombreux, un soutien financier pour les éleveurs, un suivi scientifique, des conseils, le dialogue et la reconnaissance du travail accompli par les exploitants. C’est d’ailleurs ce qui a permis de faire baisser les dommages ces dernières années, alors que la population de loups se développait. Ponctuellement, des interventions ciblées sur la population de loups sont prévues par la loi pour éliminer des individus ayant causé des dommages importants et répétés sur des troupeaux bénéficiant d’une protection effective adaptée. Les tirs létaux doivent se concentrer sur les foyers concentrant les attaques, dans la limite d’un plafond annuel ne remettant pas en cause la viabilité de l’espèce.

Fait exceptionnel : les organisations de protection de la nature boycottent le groupe national Loup

FNE, LPO et FERUS demandent que l’État retrouve le fil de l’équilibre dans son travail avec les parties prenantes, en fondant les décisions sur des données scientifiques.  A contrario, si l’État considère que la participation des organisations de protections de la nature gêne les échanges entre parties prenantes, ou que leurs apports sont négligeables dans la conduite du dossier, qu’il le dise et l’assume. Dans l’attente, nos organisations ne participeront pas aux prochaines réunions organisées dans le cadre du Groupe National Loup.

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Un cadavre de loup découvert en Loire-Atlantique,une première depuis un siècle

loup endormi

Un cadavre de loup a été découvert mi-octobre sur le bord d’une route de Saint-Brévin-les-Pins, en Loire-Atlantique. Une première depuis près d’un siècle dans ce département, a annoncé la préfecture jeudi dans un communiqué.

C’est une première depuis plus d’un siècle. Un cadavre de loup a été découvert mi-octobre sur le bord d’une route de Saint-Brévin-les-Pins, en Loire-Atlantique, a annoncé la préfecture jeudi dans un communiqué.

Le cadavre a été retrouvé vendredi 15 octobre par les services d’entretien des routes du département sur le bord de la RD 213, selon la préfecture.

Confondu avec un chien

D’abord pris pour celui d’un chien, le cadavre a été conduit chez un vétérinaire pour être identifié par son tatouage ou son puçage, avant d’être transféré dans les locaux des services techniques de Saint-Brévin-les-Pins.

Le 20 octobre, un employé des services techniques a envoyé des photos de l’animal à un membre du Groupe mammalogique breton (GMB), ensuite transmises à l’Office français de la biodiversité (OFB), «qui a confirmé qu’il s’agissait bien d’un loup gris de l’espèce Canis lupus lupus», selon la préfecture.

L’animal a été récupéré par le réseau Loup de l’OFB «pour des analyses complémentaires afin de déterminer l’origine de l’individu et les causes de sa mort», selon la même source. «La présence du loup en Loire-Atlantique est une première depuis près d’un siècle», souligne la préfecture. Un loup avait été photographié par un dispositif de piège photo le 14 mai dernier à Jard-sur-mer, sur la côte vendéenne, à environ 120 km au sud de Saint-Brévin-les-Pins.

Eradiqué puis réapparu

Considéré comme éradiqué en 1937 au niveau national, le loup est réapparu dans le parc du Mercantour (Alpes-Maritimes) en 1992. La population de cette espèce protégée est aujourd’hui estimée entre 414 et 834 individus, avec une présence détectée jusqu’en Normandie et dans le Centre-Val-de-Loire. Avec, souvent, des tensions entre chasseurs, éleveurs et associations de défense de l’environnement.

photo : Un loup gris de type Européen (Canis lupus) endormi dans une prairie. (Philippe Clément/Arterra/Universal Images Group via Getty Images)

par LIBERATION et AFP publié le 28 octobre 2021

Quand les bergers sont aidés, le loup est accepté

quand les bergers sont aidés

Une étude menée en Espagne montre qu’une cohabitation entre loups et troupeaux est possible. À condition d’accompagner au cas par cas les populations locales financièrement et moralement.

Il n’y a pas de recette miracle pour cohabiter pacifiquement avec le loup. Une étude parue dans Frontiers in conservation début septembre 2021, et menée par l’université de Leeds, au Royaume-Uni, et l’université d’Oviedo, en Espagne, montre qu’une coexistence sereine avec le loup dépend de nombreuses conditions écologiques, économiques et sociales liées au contexte géographique. Elle illustre l’importance de travailler avec chaque communauté pour trouver des solutions adaptées à leurs besoins et aux conditions locales, plutôt que d’appliquer des solutions généralisées.

Cette publication intervient alors que la chasse au loup est, depuis le 22 septembre, interdite sur l’intégralité du territoire de l’Espagne sur décision du gouvernement de Pedro Sánchez.

« L’acceptation des loups est cruciale pour une forme de cohabitation résiliente. Mais il est important de reconnaître que les gens ont tendance à être en désaccord sur la façon dont les terres locales devraient être gérées et sur les espèces qui devraient s’y trouver, dit à Reporterre Hanna Pettersson, auteure principale de l’étude et chercheuse au Sustainability Research Institute de Leeds. Par exemple, dans la Sierra de la Culebra, tout le monde n’aime pas les loups, mais même ceux qui ne les aiment pas les considèrent comme faisant partie du système local et ne s’engagent pas dans des activités visant à les tuer ou à les éradiquer »

loup

Si les bergers des zones où les loups ont toujours été présents ont un savoir-faire pour se prémunir, ceux des zones où le retour du carnivore est récent devront apprendre à s’adapter. CC BY-SA 4.0/Arturo de Frias Marques/Wikimedia Commons

Durant toute l’année 2020, la chercheuse a étudié trois communautés rurales d’Espagne afin d’essayer de comprendre quelles sont les clés permettant une bonne coexistence avec le canidé. Comme en France, les pratiques agricoles traditionnelles sont encore répandues en Espagne, les bergers font paître le bétail librement sur de vastes zones géographiques et sont confrontés au risque de prédation par les loups. Dans la première communauté, les loups ont toujours été présents depuis des décennies, dans la deuxième il avait disparu dans les années 1950 et a recolonisé le territoire, et dans la troisième, le canidé s’est éteint depuis les années 1960 mais est susceptible de se réinstaller prochainement. Les chercheurs ont réalisé 92 interviews de différents acteurs du territoire sur la ruralité, sur les interactions entre l’homme et la nature et les perspectives futures de cohabitation avec le loup. Ils en ont tiré plusieurs conditions essentielles pour une coexistence réussie entre l’homme et ces grands carnivores.

La première condition consiste à mettre en place des institutions efficaces formelles et informelles pour fournir un soutien aux éleveurs, mais aussi un processus décisionnel transparent et participatif qui adapte les exigences de conservation — le loup étant protégé en Europe par la convention de Berne sur la conservation de la vie sauvage — aux conditions locales, et qui puisse arbitrer les différends lorsqu’ils surviennent. Dans la communauté de Sanabria-La Carbadella, dans la province de Zamora, où le loup a toujours été présent, la réserve de chasse de Culebra autorise le tir de certains loups moyennant une somme d’argent reversée aux éleveurs. Lorsque des attaques ont lieu sur les troupeaux, le parc doit indemniser les éleveurs. Selon un biologiste sondé dans l’étude, « cette mesure donne l’impression que la population de loups est contrôlée et contribue au développement économique de la région, participant à une meilleure acceptabilité sociale de sa présence. »

loup et berger

Dans les Asturies, des garanties financières pour les éleveurs ont aidé à l’acceptation de la présence du loup. Domaine public/Eduard Solà/Wikimedia Commons

Dans les Asturies où le loup avait disparu dans les années 1960 et recolonisé le territoire en 1986, une ONG locale a par ailleurs mis en place un système de certification qui garantit des prix élevés et fiables pour un agneau « pro-biodiversité ». Ce système offre les fonds nécessaires aux bergers pour pratiquer leur métier plus sereinement, ainsi qu’une reconnaissance publique de leurs services environnementaux dans les magasins et les restaurants où leur viande est vendue. « Dans les zones où les loups et les hommes cohabitent, le principal problème n’est pas tant lié aux loups qu’aux pressions économiques et sociales qui menacent les moyens de subsistance, les cultures et l’autonomie des communautés locales. Pour différentes raisons, les loups en sont souvent venus à représenter ces pressions », dit la scientifique. Ainsi, selon les auteurs, dans la zone bientôt recolonisée, les budgets prévus et la fourniture d’infrastructures municipales pour les bergers ont le potentiel d’inverser les a priori négatifs si l’on aborde au préalable ces questions de dignité, de sécurité et de rentabilité.

Une deuxième condition pour une cohabitation résiliente est la confiance des communautés dans les décideurs locaux et l’acceptation des procédures et des résultats des prises de décision. Dans la communauté étudiée dans les Asturies, l’absence de consultation des communautés locales liées à une difficulté de gérer les attaques à cause du relief très montagneux a conduit à une défiance envers les décideurs locaux, et ce malgré l’autorisation de tirs.

Des pratiques à redécouvrir

L’étude souligne également l’importance de maintenir un faible niveau de risque en adaptant les pratiques pour réduire la vulnérabilité des troupeaux. Les pratiques traditionnelles de protection de troupeau comprenaient l’utilisation de clôtures la nuit et de chiens de protection. Dans les Asturies, ces pratiques ont été abandonnées et oubliées car le loup avait disparu. Son retour a donc été problématique pour la communauté étudiée dans les Asturies. Malgré le retour de l’utilisation des clôtures et des chiens de protection, la prédation y reste plus élevée.

« Dans les zones où le loup a toujours été présent, les communautés ont vécu avec les loups pendant tant de générations que les chiens et les bergers n’ont jamais été abandonnés, Ils savaient quelles zones éviter et combien de chiens il leur fallait pour prévenir les attaques », dit Hannah Pettersson. Cette habitude permet « une adaptation continue et un transfert de connaissances ».

Un constat partagé par Pierre Rigaux, naturaliste expert du loup et auteur de Loups, un mythe vivant : « Dans les endroits où le loup a toujours été présent, il y a une forme de responsabilisation de certains éleveurs qui ont une certaine technicité dans la sélection des chiens et des clôtures par exemple. Évidemment ce n’est pas si simple et ça dépend de beaucoup de paramètres, mais cela peut expliquer des différences de prédation. »

Mais en Espagne aussi, le débat reste vif. La décision du gouvernement espagnol d’interdire tout tir de loup a provoqué la colère de la Cantabrie, des Asturies, de la Galice et de la Castille-et-Léon qui promettent de déposer un recours en justice. En effet, ces régions concentrent l’immense majorité de la population de loups en Espagne. « De nos jours, les bergers ont du mal à être compétitifs, car les marchés et les infrastructures locales ont disparu et le nombre d’intermédiaires dans la chaîne d’approvisionnement a augmenté », dit Hannah Pettersson. De plus, l’élevage extensif implique de lourds investissements face aux prédateurs. Il faut nourrir les chiens de protection, et des équipements comme les clôtures. Le secrétaire d’État à l’environnement Hugo Moràn promet des « ressources financières » pour les éleveurs qui vivent avec la présence de grands carnivores.

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

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La population de loups gris progresse en France, mais à un rythme plus lent

le loup gris

La population de cette espèce est estimée à 624 individus adultes contre 580 un an auparavant, soit une progression de 7 %.

Le Monde avec AFP

Le loup gris, éradiqué en France par l’homme, a fait son retour en 1992 en provenance d’Italie et étend petit à petit son territoire. GARY KRAMER / AP

La population de loups gris progresse en France, mais à un rythme plus lent, a annoncé, vendredi 9 juillet, l’Office français de la biodiversité (OFB) à l’Agence France-Presse (AFP), avec un niveau d’attaques élevé contre les troupeaux.

Au sortir de l’hiver 2020-2021, la population de cette espèce est estimée à 624 individus adultes contre 580 un an auparavant, soit une progression de 7 %, a précisé Nicolas Jean, chargé du suivi des grands prédateurs à l’OFB. En 2020, la progression avait été de 9 % et encore plus marquée les années précédentes. « Il y a un tassement de l’accroissement de l’effectif de population » de cette espèce protégée en France et en Europe, mais « il ne faut pas être alarmiste », a-t-il commenté.

Les explications sont multiples : « Une des plus probables est l’impact des tirs car on prélève 20 % de l’effectif » des loups, a souligné Nicolas Jean, un pourcentage qui comprend les tirs officiels pour protéger les troupeaux mais aussi les actes de braconnage, ce à quoi s’ajoutent les morts dues à des maladies et aux collisions avec des voitures.

Le loup gris, éradiqué en France par l’homme, a fait son retour en 1992 en provenance d’Italie et étend petit à petit son territoire. Si des loups isolés sont observés dans de nouveaux départements, comme en Seine-Maritime (avril 2020), dans l’Aube et la Haute-Marne (automne 2020), sa présence reste concentrée dans les massifs alpins et provençaux. Sept nouvelles meutes ont été identifiées dans le secteur alpin, a fait savoir Nicolas Jean. Le plan national loup prévoyait d’atteindre seulement en 2023 un seuil de 500 individus.

Les éleveurs indemnisés pour leurs animaux tués

« Pour la troisième année (…), les dommages sur troupeaux se stabilisent » mais restent à un niveau élevé, avec environ 3 700 constats d’attaque faits en 2020, une grande partie se concentrant en Auvergne-Rhônes-Alpes, selon la direction régionale de l’environnement d’Auvergne-Rhônes-Alpes.

L’Etat indemnise les éleveurs pour leurs animaux tués, blessés ou disparus lors des attaques, ainsi que les coûts de réparation et le remplacement du matériel endommagé. Les éleveurs doivent en contrepartie mettre en place des mesures de protection (gardiennage par des bergers, chiens de protection, enclos la nuit…).

« De plus en plus d’attaques sont constatées à proximité des bergeries et à quelques kilomètres des centres-villes », s’alarme la Fédération nationale ovine dans un communiqué. « Les moyens de protection proposés par l’Etat » sont « vite obsolètes » et « la multiplication des chiens de protection [est] une nuisance pour le voisinage, un danger pour les randonneurs ». La fédération demande « plus d’interventions des services de l’Etat dans les zones où les loups sont présents, pour les dissuader d’attaquer et leur apprendre à craindre les troupeaux ».

L’Etat commence « à structurer la filière des chiens de protection », souvent des patous ou des bergers d’Anatolie, souligne Nicolas Jean. Presque 5 000 chiens sont financés chaque année.

Pour Patrick Leyrissoux, vice-président de l’association Ferus qui milite pour la cohabitation avec les grands prédateurs, la solution n’est pas de tuer plus de loups gris. « L’efficacité des tirs létaux n’a pas été démontrée au niveau international » pour réduire le niveau de prédation, dit-il. Il plaide pour plus de « contrôles sur le terrain pour savoir si les moyens de protection sont effectivement et correctement mis en place ».

Le Monde avec AFP

 

Le loup Billy : une traversée de plusieurs pays avant d’être abattu… en France

le loup Billy

 

Note de FERUS : nous publions ci-dessous le communiqué de l’Office Français de la Biodiversité. Le loup GW1554m, surnommé Billy, né en Allemagne, a été abattu en France en septembre dernier par les pouvoirs publics après une belle dispersion qui l’aura amené à passer par la Belgique et les Pays-Bas. Ce loup est le premier détecté en France comme n’étant pas de souche italo-alpine *.
Un double gâchis (loup sur un front de colonisation et patrimoine génétique)… Pour les prédations côté français, nos constatations sur le terrain ont montré des mesures de protection des troupeaux insuffisantes ; le communiqué de l’OFB ne précise d’ailleurs pas que les mesures de protections étaient effectives et suffisantes. Seules deux choses auront tué ce loup : le manque de moyens de protection des troupeaux et le lobby de l’élevage (le manque de courage de l’État français allant de pair).
La gestion du loup, espèce protégée, est de plus en plus calamiteuse en France. Seuls les moyens de protection des troupeaux sont efficaces à long terme et compatibles avec la cohabitation, obligatoire, avec le loup. L’association FERUS milite en ce sens.
* Seules deux données, provenant d’un seul individu, ont été récoltées en Lozère et sont de la lignée d’Europe centrale. Nous ne savons pas à cette heure si ces deux données sont à recouper avec le parc zoologique « Les loups dont du Gévaudan » dont certains individus s’étaient échappés.
Communiqué de presse OFB, 24 février 2021
Loup abattu sur la commune du Val-d’Ajol
Dans la nuit du 22 au 23 septembre 2020, un loup a été légalement abattu sur le territoire de la commune du Val-d’Ajol dans le département des Vosges (France) après une série d’attaques sur ovins et jeunes bovins. Cet animal était entré à plusieurs reprises à l’intérieur d’étables ouvertes, ce qui a déclenché la prise d’un Arrêté Préfectoral de tir dérogatoire au statut de protection de l’espèce sur la zone.
Comme pour chaque dépouille de loup, l’Office français de la biodiversité (OFB) en charge du suivi de l’espèce en France, a demandé une analyse génétique conduite par son laboratoire partenaire ANTAGENE. Les résultats ont montré une signature génétique typique des populations de loups d’Europe centrale et de la Baltique (haplotype W1 selon PILOT, 2010) et non de la souche franco-italienne présente historiquement sur le territoire français depuis le début des années 90.
Grâce à une coopération scientifique internationale, la comparaison de l’empreinte génétique de cet animal avec la base de données du consortium « Central European Wolf » (CE Wolf), en charge du suivi de l’espèce pour cette partie de l’Europe, a révélé que ce loup était identique à l’individu connu sous le code GW1554m.
Les techniques de suivi moléculaire non invasives ont permis aux biologistes de différents pays du nord de l’Europe de retracer l’histoire de vie de ce loup disperseur, depuis l’Allemagne jusqu’en France en passant par les Pays-Bas et la Belgique.
Cet individu est né en 2019 dans la meute de Herzlake en Basse-Saxe (Allemagne) près de Meppen, et a été identifié pour la première fois à partir d’un échantillon d’excréments le 1er janvier 2020. A travers l’analyse des pedigrees des loups connus dans la base de données du CE Wolf, les ancêtres de cet animal, appartenant à différentes meutes d’Allemagne et de Pologne, ont été tracés sur trois générations. Il a été détecté ensuite à plusieurs reprises sur des moutons tués en Basse Saxe et en Brème entre février et avril 2020. Dans la seconde moitié d’avril 2020, il est apparu pour la première fois dans l’est des Pays-Bas (Gelderland), et s’était déplacé plus au sud-ouest début mai. Lors de son séjour aux Pays-Bas, il a tué plus de cinquante moutons et a souvent été vu en plein jour. Sa dernière observation dans le pays remonte au 1er juin 2020. Il a été filmé en caméra vidéo à Oud-Turnhout en Belgique quelques jours plus tard et s’est déplacé ensuite plus au sud dans la province d’Anvers, où il a été fréquemment vu, photographié et filmé par un grand nombre d’observateurs. Pendant cette période, il a tué quelques moutons et une vache laitière. Le 19 juin, il a été heurté par une camionnette à Turnhout en Belgique (confirmation génétique). Il ne semblait pas vraiment affecté par l’incident, il a été revu le lendemain aux abords d’une attaque constatée sur un mouton.
Fin juin 2020, il disparaît brièvement puis il est vu à nouveau une semaine plus tard dans l’est de la Belgique, près de la frontière allemande. Ensuite, il a continué à migrer vers le sud, comme en témoignent les traces d’ADN relevées sur les animaux tués, dont deux veaux dans une étable ouverte dans les provinces de Liège et plus au sud dans la région frontalière germano-luxembourgeoise en Rhénanie-Palatinat (DE) où il tue deux veaux et quatorze ovins sur une période de onze jours. La dernière présence confirmée de GW1554m en Allemagne remonte au 26 juillet 2020.
Moins d’un mois plus tard, des attaques sur troupeaux domestiques sont relevées dans les départements des Vosges puis de la Haute-Saône sur le territoire français. On remarque en particulier une attaque sur un veau laitier dans une étable. Dans les semaines qui ont suivi cet incident, il a attaqué à plusieurs reprises des ovins et des veaux, et a été photographié plusieurs fois par des caméras automatiques. Son comportement de prédation étant particulièrement important, une autorisation de tir a été délivrée par les autorités françaises afin d’abattre ce loup. Il a été prélevé alors qu’il poursuivait du bétail dans la nuit du 22 au 23 septembre 2020.
L’identification de ce loup résulte d’une collaboration entre des laboratoires de recherche français, belges, allemands et néerlandais, avec la collaboration des différentes autorités régionales et nationales. Le loup est une espèce très mobile, capable de mouvements de dispersion sur de longues distances pour trouver un territoire vacant où s’installer. A vol d’oiseau, cet individu a parcouru environs 1000 km en 4 mois. Les analyses génétiques harmonisées à l’échelle des différents pays européens permettent d’optimiser son suivi et la connaissance de cette espèce.