Le renard, tué toute l’année, doit-il rester classé espèce nuisible ?

Renard-roux

Des associations de protection de la nature estiment que les dommages causés par l’animal, considéré comme « susceptible d’occasionner des dégâts » dans 91 départements, sont surestimés.

Opportuniste et pilleur de poulailler : sa mauvaise réputation lui colle à la fourrure. Comptant parmi les espèces chassables de juin à mars en tant que « gibier sédentaire », le renard peut également être tué par différents moyens tout au long de l’année dans les 91 départements où il est classé « espèce susceptible d’occasionner des dégâts » (ESOD).

Une pression continue sur ce prédateur que des organisations de protection de la nature voudraient réduire. Pour Marc Giraud, naturaliste et porte-parole de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), l’animal subit une persécution. « Notre objectif est de changer le statut du renard pour qu’il soit considéré comme gibier et prélevé seulement durant la période de chasse. » Sans le statut de nuisible, l’animal ne pourrait plus être tiré de jour comme de nuit, déterré de son terrier par les chiens de chasse, piégé…

L’association a remporté une victoire locale jeudi 31 mars. Le tribunal administratif de Rouen, saisi par l’Aspas, Agir pour le vivant et les espèces sauvages (AVES France) et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), a annulé un arrêté du préfet de Seine-Maritime qui avait autorisé l’abattage de 850 renards en 2020. « Ce qui est intéressant, c’est la jurisprudence qui émerge, a réagi Richard Holding, chargé de communication à l’Aspas. Maintenant, dès qu’on attaque, on est sûrs de gagner. »

Autorégulation de l’espèce

Les défenseurs du renard accusent les chasseurs de surestimer les nuisances causées par l’animal et rejettent les arguments avancés par la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et les différentes commissions départementales de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS) chargées d’appliquer ou non la classification d’ESOD. Selon les autorités, divers motifs justifient sa présence sur cette liste : la protection de la faune et la flore, l’intérêt de la santé et de la sécurité publiques, la prévention de dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles… En Seine-Maritime, le préfet avait mis en avant, pour justifier son arrêté, « la prédation de cette espèce sur le petit gibier, plus particulièrement les perdrix grises », ainsi que « le risque de propagation de maladies transmissibles à l’homme et véhiculées par le renard » – en particulier l’échinococcose alvéolaire, une maladie contractable par contact avec des animaux infectés ou leurs excréments souillant des végétaux – et « la nécessité de protéger les élevages avicoles ».

Le besoin de réguler l’espèce, abondante dans certains territoires où celle-ci n’a d’autre prédateur que l’homme, est mis en avant par le ministère de la transition écologique. Le nombre d’individus en France reste stable, voire augmente légèrement – une preuve, selon Nicolas Rivet, directeur général de la Fédération nationale des chasseurs, que « même si des chasseurs prélèvent et régulent des renards, ça n’a pas d’impact sur la population ».

Les naturalistes et associatifs assurent cependant que les populations s’autorégulent. « Le renard vit et se reproduit en fonction des ressources alimentaires disponibles sur son territoire », détaille Carine Gresse, assistante vétérinaire de formation et fondatrice du Clos des Renardises, premier refuge pour renards. Le nombre de renardeaux par portée peut ainsi varier de un à sept. « Il n’y a ni suivi ni comptage, seulement des estimations. C’est une aberration de prétendre réguler quand on ne garde pas de comptes », argumente-t-elle.

Si la FNC déclare tuer 500 000 renards par an, les associations évaluent ce nombre entre 600 000 et 1 million d’individus. Le ministère de la transition écologique et solidaire estime de son côté les « prélèvements » pour la chasse à 430 000 et précise que les « destructions » liées à son statut d’ESOD sont suivies au niveau départemental.

« Excellent auxiliaire de l’agriculture »

Selon un chasseur siégeant dans l’une des commissions départementales de la chasse et de la faune sauvage, qui requiert l’anonymat, l’argument de la protection des élevages ne tient pas. « Le renard est accusé de croquer poules et agneaux, mais il y a d’autres moyens pour protéger les enclos », estime-t-il. De plus, ce comportement serait minoritaire. « Les animaux d’élevage sont des proies quand les prédateurs économisent leur potentiel énergétique. Le renard se nourrit à 75 % des petits rongeurs, c’est d’ailleurs ce qui en fait un excellent auxiliaire de l’agriculture et un moyen de lutter contre la propagation de certaines maladies », affirme Carine Gresse.

Un renard mange jusqu’à 6 000 campagnols par an. « La maladie de Lyme est transportée par les tiques via les rongeurs. Leurs prédateurs limitent donc sa propagation », complète Marc Giraud. Un argument relativisé par Nicolas Rivet : « Qu’il participe à éviter une dissémination trop forte en prélevant quelques campagnols, peut-être, mais ce n’est pas pour autant que la maladie de Lyme serait éradiquée si on ne régulait pas les renards. »

Par ailleurs, en se nourrissant principalement de petits rongeurs, les renards représenteraient un gain économique pour l’agriculture, en évitant l’utilisation de produits chimiques. Un arrêté préfectoral a ainsi fait retirer le renard des ESOD dans 117 communes du Doubs en 2019 afin de « favoriser la prédation exercée sur les campagnols par les renards dans les communes où au moins un agriculteur aura souscrit un contrat de lutte raisonnée ». Il participe en outre à l’élimination des animaux malades et des cadavres, et, friand de végétaux, à la dissémination des graines de diverses essences d’arbres par ses déjections, plaide l’Aspas.

Pour Patrick Janin, juriste dans le droit environnemental et membre de l’Association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire, « il y a les motifs officiels et les motifs inavoués » au classement en nuisible. « Pour repeupler un territoire, les chasseurs utilisent du gibier d’élevage (faisans, perdrix, lièvres) qui n’a pas acquis de capacité de défense, ni d’instinct sauvage », explique-t-il. Des proies particulièrement faciles pour un renard. Les chasseurs considéreraient, selon lui, le renard comme un concurrent.

Joséphine Maunier

Le Monde

Aveu du « Chasseur Français » : la chasse aux renards, ça sert à rien !

chasseur français

Le magazine* aux 250 000 tirages titre en couverture, dans son édition de juin 2021 : « Renards : peut-on réduire leur population ? ». L’article répond : « L’impact de l’élimination des renards sur la chute de leurs effectifs reste aléatoire ».

Il s’appuie notamment sur des « actions » menées en Grande-Bretagne, où des renards étaient tirés la nuit, au phare, quasi chaque semaine. Leur population baissait d’abord de 50 %, puis remontait, il fallait recommencer.

Mêmes résultats en France, où il est annoncé l’abattage de 430 000 animaux par tir et 70 000 par piégeage et déterrage en un an, en soulignant que ces chiffres sont sous-estimés.

Les chasseurs commenceraient-ils à comprendre ? Ne rêvons pas. Après avoir admis qu’espérer réduire les populations de renards était incertain et demandait beaucoup d’énergie, l’auteur entend rassurer ses lecteurs avec ce clin d’œil : « Ce qui n’empêche pas de tirer les goupils quand l’occasion se présente ! ».

Faut bien s’amuser…

*Le chasseur français n°1492, juin 2021.

Réhabilitons les renards !