En baie de Somme, des bébés phoques abandonnés à cause des touristes

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Pogo, jeune phoque recueilli par le Centre d’hébergement et d’étude sur la nature et l’environnement d’Allouville-Bellefosse. – © Tiphaine Blot / Reporterre

De plus en plus de touristes se rendent dans la baie de Somme. Les associations de protection de la nature s’inquiètent des conséquences de cet afflux sur l’écosystème, en particulier sur les colonies de phoques.

Allouville-Bellefosse (Seine-Maritime) et Saint-Valery-sur-Somme (Somme), reportage

Peut-on pâtir de sa mignonnerie ? Assurément, pense-t-on en plongeant son regard dans les grands yeux noirs des petits phoques veaux-marins (Phoca vitulina). Les voici étendus sur le carrelage délavé du centre de soins du Chene, à Allouville-Bellefosse (Seine-Maritime). Pelages humides, museaux fins et longues moustaches, Maloya, Pogo et Calypso sautillent gauchement en attendant leur repas.

Leurs cris s’intensifient à l’arrivée de leur soigneuse, Julia, les bras chargés d’une bouillie de poisson rosâtre. Revêtue d’une combinaison médicale, la jeune femme cale délicatement les petits phoques entre ses cuisses avant de les intuber pour leur faire ingurgiter la mixture. « Si on veut leur faire reprendre des forces, on n’a pas le choix, explique-t-elle. Ce ne sont pas des chiens, ils ne mangent pas dans une gamelle. Ce serait trop bien ! »

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Calypso, qui ne peut pas encore avaler de poissons entiers, est nourrie par sonde. © Tiphaine Blot / Reporterre

En tout, huit petits phoques ont été recueillis par le centre depuis le début de l’été. Tous ont été abandonnés par leurs mères encore allaitantes, très probablement après avoir été dérangés par des touristes. « Par curiosité, les gens viennent voir les phoques de près quand ils se reposent sur le sable. Les mamans ont peur et fuient dans l’eau, tandis que les bébés restent sur place », raconte Julia. À leur arrivée au centre de soins, la plupart étaient à peine plus gros que des chats. Quelques-uns avaient encore leur cordon ombilical.

« C’est désastreux, soupire une soigneuse, Louise. Certains touristes vont même jusqu’à les prendre dans leurs bras. Ça fait des orphelins. » Tous les petits ne survivent pas à cette séparation forcée. Deux jeunes recueillis par le centre après avoir été manipulés par des humains sont déjà morts cette année. « Il y en a un qui est parti dans mes bras », souffle Julia. Elle ironise : « Il faudrait qu’ils aient l’air plus féroce. Peut-être que l’on s’en approcherait moins. »

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« Il faudrait qu’ils aient l’air plus féroce. Peut-être que l’on s’en approcherait moins. » © Tiphaine Blot / Reporterre

Les pensionnaires du Chene sont nés à 130 kilomètres de là, sur les côtes picardes de la baie de Somme (Hauts-de-France) : d’immenses étendues de sable cernées de salicorne, sans cesse dénudées et rhabillées par la mer. Le tourisme a commencé à se développer dans la région au cours des années 1980.

Il représente aujourd’hui une véritable manne : plus de 2 millions de visiteurs arpentent chaque année ses plages et ses prés salés, générant plus de 2 000 emplois et 160 millions d’euros de revenus, selon les chiffres de Somme Tourisme. L’agence vante un patrimoine naturel « exceptionnel », pouvant être consommé « à tout moment de l’année », comme l’expliquait son directeur François Bergez aux Échos, en 2020.

Boules à neige et porte-clés

La colonie locale de phoques, qui regroupe environ 400 veaux-marins (Phoca vitulina) et 100 phoques gris (Halichoerus grypus), a grandement contribué à l’essor de cette industrie. À Saint-Valery-sur-Somme, d’où partent la plupart des expéditions « nature », les phocidés sont partout. Déclinés en boules à neige, en peluches ou en porte-clés, des bébés phoques au sourire malicieux et au regard farceur inondent les vitrines des buralistes et des marchands de souvenir.

Jusque dans les toilettes des restaurants, des affiches promettent une expérience « unique » à la rencontre des mammifères marins. Sur les quais bondés, tous guettent l’animal, appareil photo en bandoulière. En mer, les conducteurs de bateaux touristiques se pressent devant les bancs de sable où se reposent les phocidés pour expliquer à leurs clients, micro en main, comment ils vivent.

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Une quinzaine de jeunes phoques en détresse sont recueillis chaque année par les associations. © Tiphaine Blot / Reporterre

La situation agace autant qu’elle inquiète Patrick Thiery, président de l’association de protection de l’environnement Picardie Nature. « La Baie de Somme est quasiment présentée comme un parc animalier gratuit », regrette-t-il. Depuis que l’endroit a été labellisé « Grand Site de France », en 2011, les activités commerciales liées à la nature ont explosé dans les zones où vivent les oiseaux et les phoques. « Il y a des guides à pied, des trottinettes électriques, des fat bikes, des chevaux, des pirogues, des bateaux à moteur… Quand on additionne tout ça, on arrive à un cumul d’activité, à marée basse et à marée haute, pile au moment où ils se reproduisent. Il n’y a aucun répit. »

Aucune étude d’incidence n’a été réalisée pour évaluer les effets cumulés de ces activités sur l’écosystème, regrette Patrick Thiery. Le ballet incessant d’êtres humains aux alentours des bancs de sable est pourtant susceptible de stresser la faune sauvage. Même s’il est interdit d’approcher les phoques à moins de 300 mètres, les bénévoles de Picardie Nature observent fréquemment des promeneurs s’arrêter pour les caresser ou prendre des selfies avec eux.

Des dérangements aux lourdes conséquences

« Les phoques sont capables d’apprendre ce qui peut être une source de dérangement ou non », signale Cécile Vincent, enseignante-chercheuse au Centre d’études biologiques de Chizé et spécialiste des phoques. Elle évoque l’exemple d’un site de reproduction anglais, situé juste à côté d’une piste de décollage d’avions de la Royal Air Force. « Il y a une pollution sonore énorme, mais les phoques s’y sont habitués, parce qu’ils savent que personne ne viendra les toucher. » En Baie de Somme, où les humains circulent librement, les phoques ne peuvent avoir cette certitude. Par peur, il arrive qu’ils se jettent à l’eau à leur approche.

« Ce n’est pas bon pour eux pour des questions de thermorégulation, poursuit Cécile Vincent. S’ils le font une seule fois, ce n’est pas dramatique. Le problème est la répétition. Les phoques sont des animaux homéothermes. Ils vivent dans un environnement plus froid que leurs corps, qui doit rester à environ 37 °C. Sous l’eau, l’environnement est beaucoup plus froid, et la perte de chaleur est beaucoup plus importante que dans l’air. S’ils vont fréquemment dans l’eau pour fuir les dérangements, ils perdent de l’énergie. » Les mères risquent également de ne pas retrouver leurs petits à leur retour sur terre. Cela peut « clairement » faire baisser les effectifs, selon la chercheuse.

Les phoques les plus autonomes sont nourris dans cette piscine. © Tiphaine Blot / Reporterre

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Pour le moment, précise-t-elle, la colonie se porte bien. Mais le tourisme s’ajoute à d’autres menaces liées aux activités humaines, comme le changement climatique, la diminution des stocks de poisson, ou encore les captures accidentelles de phoques par les pêcheurs. « On ne connaît pas les effets de ces impacts cumulés, souligne Cécile Vincent. Il faut avoir une approche prudente, sans forcément tout bloquer. »

Chaque année, environ 15 phoques en détresse — soit 10 % des nouveaux-nés — sont recueillis par les bénévoles de Picardie Nature, puis placés au centre de soins du Chene ou de la Ligue de Protection des Animaux (LPA) de Calais. « Mais si on n’était pas là pour effectuer des patrouilles et prévenir les dérangements, ils seraient 30 ou 40 », estime Patrick Thiery.

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En plus des phoques, des oiseaux sont aussi recueillis par le Chene. © Tiphaine Blot / Reporterre

Les phoques ne sont par ailleurs pas les seuls à pâtir de l’afflux de visiteurs. Le piétinement des passants peut endommager les plantes. Les oiseaux, dont certains nichent sur les plages, peuvent également être perturbés par les activités touristiques. « Quand il y a des vols de montgolfière à basse altitude, les brûleurs font un boucan du diable, et les oiseaux s’envolent », raconte Patrick Thiery.

Le président de Picardie Nature dénonce un « déséquilibre flagrant » entre les revenus générés par l’exploitation touristique de l’écosystème et les moyens alloués à sa protection. « Toutes ces activités génèrent des centaines de milliers d’euros de chiffres d’affaires, tandis que nous, on rame pour organiser une surveillance estivale et trouver des gîtes pour loger nos bénévoles. »

Chaque été, l’association se démène avec une petite dizaine de volontaires pour sensibiliser des centaines de milliers de touristes. « Ce n’est pas idéal. » Le centre de sauvegarde du Chene peine lui aussi à joindre les deux bouts. La prise en charge d’un jeune phoque coûte plus de 2 000 euros. « On est soutenus par les collectivités, mais pas autant que nous devrions l’être », estime Alain Beaufils, son responsable.

« On subit les bons vouloirs des politiques et des financeurs »

Le syndicat mixte Baie de Somme-Grand littoral picard, qui gère la réserve, plaide également un manque de moyens financiers et humains. Il ne dispose pour le moment que de deux gardes assermentés pour surveiller plusieurs milliers d’hectares. « On subit les bons vouloirs des politiques et des financeurs, confie Alexandre Quénu, la conservatrice de la réserve naturelle. Arriver à maintenir et justifier les postes de chacun, c’est un combat permanent. On serait plus confortables avec une ou deux personnes supplémentaires. »

Patrick Thiery, de Picardie Nature, défend depuis plusieurs années le principe d’une écotaxe, qui serait prélevée auprès des entreprises touristiques, puis reversée à ceux qui protègent la réserve. Les discussions avec les gestionnaires de la réserve n’ont pour le moment pas abouti. Seules quelques avancées ont été réalisées dans le domaine de la communication. Somme Tourisme s’est engagée à ne plus utiliser d’images de phoques en gros plan dans ses supports, afin de ne pas donner l’impression aux visiteurs qu’il est possible de les approcher de près.

L’agence essaie également de développer l’offre touristique dans les terres afin de réduire la pression sur le littoral. « Mais on ne peut pas obliger nos partenaires institutionnels et les prestataires privés à ne pas communiquer sur le phoque, précise Dorothée Maréchal, responsable du pôle développement de la performance. C’est plus vendeur qu’une plante, ils essaient forcément d’utiliser cette image-là. »

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Les phoques seront relâchés s’ils survivent jusqu’à atteindre 35 kilos. © Tiphaine Blot / Reporterre

D’autres manières de cohabiter avec les phoques restent à inventer. Picardie Nature anime chaque année des points d’observation à la longue vue, grâce auxquelles les phocidés peuvent être observés sans être dérangés. Julia, du Chene, suggère d’interdire certaines plages au public lors de la période de reproduction des phoques. Une telle mesure semble encore loin. En attendant, les soigneurs réparent les pots cassés.

Sur les bords de la piscine du Chene, Julia apprend à ses protégés à manger des poissons entiers. Salsa, Boogie et Hip semblent en bonne voie. Les petits phoques se trémoussent dans l’eau jusqu’aux jambes de la soigneuse, puis bondissent pour attraper les harengs qu’elle leur tend. S’ils survivent, ils seront relâchés à l’automne, lorsqu’ils auront atteint 35 kilos. D’ici là, les parkings se seront vidés. La baie résonnera d’autres bruits que de ceux des touristes.

 

Une intelligence artificielle capable d’analyser les rayures des félins pour identifier chaque individu pourrait aider à lutter contre le braconnage des tigres

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Les images de peaux de tigres défilent sur l’ordinateur de Debbie Banks, à la recherche de coïncidences dans une base de données. Sa mission : confondre les trafiquants de ce grand félin menacé d’extinction. Descentes de lit, dépouilles, animaux empaillés : des milliers de photos sont ainsi stockées. C’est aux rayures de ces animaux que s’intéresse Mme Banks, responsable de l’unité criminelle de l’Agence d’enquête environnementale (EIA), une ONG basée à Londres.

Fruit de l’évolution et aidant ces carnivores à se fondre dans leur habitat, « les rayures d’un tigre sont aussi uniques que les empreintes digitales d’un humain« , assure la militante, rencontrée par l’AFP à Montrose, dans le nord-est de l’Ecosse. « Nous pouvons utiliser les images pour les comparer à celles de tigres en captivité, qui pourraient avoir été élevés à des fins commerciales« , explique-t-elle.

Il s’agit pour l’instant d’un travail manuel et ardu, mais un nouvel outil développé par l’Institut scientifique et d’intelligence artificielle Alan-Turing devrait simplifier le processus. Pour cette institution, il s’agit de programmer et tester une intelligence artificielle capable d’analyser les rayures des félins pour identifier chaque individu. « Nous avons une base de données d’images de tigres mis en vente ou saisis » par les autorités, développe Mme Banks : « quand nos enquêteurs obtiennent de nouvelles images, nous pouvons les comparer à celles de la base« .

Les tigres ne seraient plus que 4.500 dans leur habitat naturel en Asie, menacés par la déforestation de leur habitat, mais aussi et surtout le braconnage et le trafic. Les peaux des tigres et certains de leurs organes sont très recherchés, notamment en raison de leur utilisation dans la médecine traditionnelle chinoise. « Les tigres ont subi une baisse massive de leur population ces 120 dernières années, donc nous voulons faire tout ce qui est possible pour mettre fin au trafic« , dont celui des peaux, selon elle.

Les détenteurs de photos de tigres sont ainsi exhortés à les soumettre à l’EIA pour renforcer la base de données. Cet appel concerne « les personnes, qu’il s’agisse de photographes ou de chercheurs, en possession d’images de tigres dont la forme des rayures est nettement visible« , précise Mme Banks. « Qu’il s’agisse de tigres vivants, morts, ou de parties » de dépouilles, « s’ils peuvent partager (ces images) avec nous, les scientifiques pourront développer, programmer et tester l’algorithme« , selon elle: « il nous faut des milliers d’images pour cette phase du projet« .

Source :Sciences et Avenir

Des marmottes dans les Alpes… jusqu’à quand ?

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Les marmottes, ces petits rongeurs symboles des Alpes, sont encore bien nombreuses à gambader dans les montagnes. Mais le tourisme et le climat pourraient impacter leur survie, voire entraîner leur disparition.

Elles ne sont pas farouches, ces marmottes. On dirait même qu’elles s’amusent à prendre la pose, alanguies sur un gros rocher devant lequel s’agglutinent les touristes armés de leurs smartphones. « On appelle ce spot “l’office du tourisme”, car elles sont toujours ici, quelle que soit l’heure de la journée », sourit Monique Constant, la présidente de l’association des Marmottes d’Eygliers Mont-Dauphin, dans les Hautes-Alpes.

Depuis le parking, construit au bord de la route nationale N94 reliant Gap à Briançon dans les Alpes, il faut à peine dix minutes pour grimper dans cette prairie, au pied des remparts Vauban de la place forte de Mont-Dauphin. Cela fait une cinquantaine d’années que plusieurs familles se sont installées ici. Entre 35 et 40 individus bien dodus vivent dans ce site classé Natura 2000, perché à 900 mètres de hauteur.

En cette fin d’après-midi, alors que le soleil est encore brûlant, quelques marmottes furètent entre les touffes à la recherche de leur dîner. Elles doivent ingurgiter jusqu’à 400 grammes d’herbe par jour, soit environ 70 kilos de végétation consommés entre juillet et octobre. De quoi remplir leurs réserves de graisse avant l’hibernation. « Aujourd’hui, on dirait qu’elles n’ont pas trop faim. Ce matin, on a croisé une personne qui les a gavées de pissenlits, raconte Annette Lebreton, secrétaire de l’association également membre de la Ligue pour la protection des oiseaux de Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca). On ne peut pas trop râler, mais si elles n’ont pas de régime assez varié pour faire de la graisse pour l’hiver, ce n’est pas bon pour elles. »

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Annette Lebreton et Monique Constant de l’association Les Marmottes d’Eygliers Mont-Dauphin, devant l’entrée du sentier qui mène à la prairie des marmottes. © Laury-Anne Cholez/Reporterre

Des marmottes victimes de leur succès

Avec le temps et le bouche-à-oreille, le site très facile d’accès est devenu un véritable hot spot touristique local, mentionné sur les brochures de la ville de Mont-Dauphin et recensé sur Tripadvisor. Il est même intégré au circuit de tour-opérateurs étrangers, dont les touristes débarquent en bus pour une balade éclair.

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Des panneaux incitent les touristes à ne pas nourrir les marmottes. © Laury-Anne Cholez/Reporterre

Face à l’affluence — environ 20 000 personnes par an —, les membres de l’association tentent de sensibiliser les visiteurs au respect de ces paisibles animaux, avec des actions ludiques et des petits déjeuners découverte. Mais ils doivent surtout passer du temps sur place pour surveiller. Pauline Majorel, la stagiaire de l’association, se souvient de touristes qui avaient amadoué un marmotton et l’avaient attaché avec un harnais pour chats. « Je leur ai demandé de laisser le bébé tranquille et j’ai menacé d’appeler la police. Ils sont finalement partis », explique la jeune fille.

Si les marmottes du site restent des animaux sauvages, elles n’ont plus du tout peur des humains. « Il y a une possible perte d’instinct, elles ne sifflent plus lorsqu’elles voient des chiens arriver alors que ce sont des prédateurs. C’est un problème avec les patous, qui sont de véritables chasseurs de marmottes », remarque Annette Lebreton.

Le manque de neige tue

Ces chiens de bergers sont pourtant loin d’être la plus grave menace sur l’avenir des marmottes par rapport au réchauffement climatique. À 60 kilomètres de Mont-Dauphin, au col du Lautaret bien connu des fans du tour de France, la chercheuse Aurélie Cohas mène depuis 2018 une étude sur les conséquences du réchauffement climatique sur ces petits rongeurs.

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Le déclin des marmottes inexorable. Pixabay/CC/Pacote66

Ses résultats sont sans appel : si les températures continuent à monter aussi vite, la mascotte des Alpes pourrait disparaître. En effet, en hiver, la neige fait office d’édredon, recouvrant leur terrier pour maintenir une bonne température. Si la couche est trop fine, les marmottes peuvent mourir de froid. « Dès que la température descend en dessous de 4 °C, elles vont consommer trop d’énergie et mourir de dénutrition dans leur terrier. Elles ne vont pas ressortir au printemps d’après », déplore Aurélie Cohas.

Comme il fait trop froid dans les terriers, les marmottons survivent moins. Les individus adolescents, qui jouent d’ordinaire le rôle de baby-sitter, n’ont donc plus de raison de rester dans le nid et quittent leur famille. D’autant qu’avec les chaleurs précoces du printemps, la végétation nécessaire à leur croissance pousse plus tôt et rapidement. Ils grandissent plus vite et partent à la conquête de nouveaux territoires. Certains vont aller défier d’autres marmottes dominantes pour prendre leur place en les tuant, ainsi que leur progéniture. Tous ces phénomènes déstructurent les familles, d’ordinaire particulièrement stables. « Cette instabilité sociale bouleverse l’équilibre de l’espèce, impacte les taux de survie et de reproduction », poursuit Aurélie Colas.

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L’association existe depuis une douzaine d’années. Elle tente de préserver cette colonie de marmottes. © Laury-Anne Cholez/Reporterre

La marmotte n’est pas encore considérée comme une espèce en danger. Mais Aurélie Colas estime que son déclin est inexorable si rien n’est fait pour protéger la biodiversité. Reste à savoir combien d’années nous pourrons encore admirer gambader ces mignons rongeurs dans nos montagnes.

Quatre rhinocéros tués et des braconniers arrêtés dans le parc Kruger après une impressionnante traque

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Une traque impressionnante a abouti, dans le célèbre parc Kruger, à l’arrestation de plusieurs braconniers.

Tout commence le 1er juillet avec le signalement d’un touriste, qui dit avoir entendu deux coups de feu.

Aussitôt l’opération est lancée. Les gardes de la réserve, depuis un hélicoptère, aperçoivent une carcasse ainsi qu’un rhinocéros blessé à ses côtés, raconte la direction des parcs nationaux dans un communiqué.

Deux autres rhinocéros morts sont trouvés dans le coin et un deuxième hélicoptère est mobilisé.

Ce sont les chiens, finalement, qui « indiquent une zone précise où trois suspects sont trouvés et arrêtés« , poursuit le communiqué, précisant qu’ils s’agit de Mozambicains entrés illégalement dans le pays, équipés d’un fusil de chasse de gros calibre et de munitions.

Les cornes de trois rhinocéros sont retrouvées dans leurs affaires.

Le rhinocéros blessé a par la suite du être euthanasié, la gravité des blessures par balles ne permettant pas de le sauver, selon le communiqué.

Une population ravagée par le braconnage

L’immense parc Kruger (nord-est), de la taille quasiment de la Belgique, est frontalier avec le Mozambique et le Zimbabwe.

Sa richesse en animaux sauvages est l’une des principales attractions touristiques de l’Afrique du Sud.

Sa population de rhinocéros a été ravagée par le braconnage.

Le parc comptait l’an dernier 3.259 rhinos blancs et 268 noirs, plus rares, soit moitié moins qu’en 2013, selon l’ONG Save the Rhino.

L’Afrique du Sud abrite près de 80% des rhinocéros de la planète. Ils sont chassés pour répondre à la forte demande de leurs cornes en Asie, où elles sont utilisées en médecine traditionnelle ou pour leurs prétendues vertus aphrodisiaques.

Source : sciences et avenir

Où va le groupe Pastoralisme et Ours ?

Les associations de protection de la nature représentées au Groupe Pastoralisme et Ours créé par la Préfecture de massif des Pyrénées s’interrogent sur les intentions de l’Etat en matière de restauration de la population d’ours dans les Pyrénées.

En effet, lors de la réunion du 24 juin, non seulement il n’en a été question à aucun moment, mais les documents remis en séance ne l’évoquent pas non plus.

Aucun des cinq groupes de travail auxquels nous sommes invités ne traite du sujet, et même le principe de remplacement des ours morts de cause humaine, mesure minimale qui était rappelée dans chaque feuille de route annuelle depuis 2019, a totalement disparu …

Les associations rappellent que si le pastoralisme a besoin de mesures de soutien, il en est de même pour la population d’ours qui est loin d’être viable, démographiquement comme génétiquement..

Dans les mesures annoncées pour 2022, nous ne retrouvons pas du tout l’équilibre revendiqué par l’Etat entre le maintien des activités humaines et la restauration de la population d’ours.

Le minimum pour être crédible et “avancer sur les deux jambes” serait de maintenir et de mettre en oeuvre le principe de remplacement des ours morts de cause humaine.
Or, les deux ours tués dans les Pyrénées françaises depuis 2020 n’ont pas été remplacés et il semble que ce ne soit même plus un sujet.

Quelle est la pertinence d’un groupe “Pastoralisme et Ours” s’il continue de ne traiter que du pastoralisme ?

Nous demandons à l’Etat une clarification de ses intentions quant à l’avenir de l’ours dans les Pyrénées et de mettre en œuvre la promesse de planification écologique qui permettra à chacun de connaître le cadre de ces groupes de travail. Cela requiert :

  1. de fixer des objectifs à moyen et long terme ambitieux et impératifs
  2. de planifier les actions et moyens pour les atteindre
  3. de suivre et évaluer la progression avec exigence

Ce devait être le rôle du Plan Ours 2018-2028 mais il est quasi-vide sur ces sujets …

Associations signataires : Pays de l’Ours – Adet, Ferus, FIEP Groupe Ours Pyrénées, France Nature Environnement Midi-Pyrénées, France Nature Environnement Hautes-Pyrénées, Animal cross, Comité Ecologique Ariégeois.

le 07 juillet 2022

FNH / « J’agis pour la nature » : Les chauves-souris sont nos alliées, protégeons-les !

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Portrait d’une espèce incroyable !

Discrète, méconnue, parfois mal-aimée, la chauve-souris est pourtant fascinante.

Quel autre animal passe la plus grande partie de sa vie pendue par les pieds, la tête en bas ? Incroyable aussi son agilité à se déplacer grâce à ce sixième sens : l’écholocation, qui lui permet grâce à l’émission d’ondes sonores par la bouche et le nez de créer une image sonore, détectant tout ce qui l’entoure et de repérer le battement d’ailes d’un insecte à plusieurs mètres de distance.

Indispensable à la santé des écosystèmes dans le monde entier, il en existe plus d’un millier d’espèces à travers le monde. Très majoritairement insectivores en Europe, alors qu’elles sont frugivores ou mangeuses de fleurs dans les régions plus tropicales, les chauves-souris disséminent des graines un peu partout dans la forêt et sont des pollinisateurs d’une importance capitale dans de nombreuses régions du monde qui en dépendent pour la reproduction de fruits aussi courants sur nos tables tels que les bananes, figues, noix de cajou…

Les seuls mammifères volants. Chiroptère signifie littéralement « qui vole avec les mains » : les ailes des chauves-souris sont en effet composées de leurs cinq doigts reliés par une fine membrane dotée de capteurs qui les rendent bien plus sensibles aux mouvements d’air que celles des oiseaux et donc plus agiles et précises. Elles s’en servent aussi comme d’une cape isolante pour s’envelopper au repos.

Fiche identité de la pipistrelle commune

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Petite par la taille mais une vie longue durée. Selon l’espèce, l’espérance de vie varie d’une chauve-souris à l’autre : 12 ans pour la Noctule commune et jusqu’à 30 ans pour le Grand Rinolphe et le Grand Murin. Sa longévité est d’ailleurs exceptionnelle au regard de sa taille (3,5 fois plus élevée qu’un animal de même taille puisque dans le règne animal plus on est petit moins on vit longtemps et inversement…).

Elles ne méritent certainement pas leur mauvaise réputation de vampire puisque seulement trois d’entre elles – justement nommées vampires commun avec leurs pattes velues ou leurs ailes blanches – se nourrissent du sang du bétail, en Amérique latine.

Leurs supers pouvoirs !

Super régulatrice des effectifs d’insectes nocturnes

 

 

 

 

 

Les chauves-souris font partie de l’arsenal de lutte biologique contre les insectes nuisibles aux cultures humaines. Chaque nuit, ce formidable allié capture la moitié de son poids en moustiques, papillons de nuit, coléoptères, araignées, mouches, fourmi et scarabées. Elle contribue grandement à limiter la prolifération des moustiques et donc les nombreuses transmissions à l’homme de maladies dont ils sont porteurs.

Super fertilisatrice grâce à leur guano

Comme celle des oiseaux marins, les déjections des chauves-souris appelées guano sont un engrais naturel. Récoltées, (et d’ailleurs commercialisées) elles permettent de préparer une substance fertilisante 100% biologique riche en azote, phosphore et potassium.

Super pilier de la biodiversité 
Sans les multiples services que les chiroptères nous rendent nous assisterions à une baisse considérable de la biodiversité. Favorisant le développement d’autres espèces, leur présence est un bon indicateur de l’état de santé écologique d’un milieu.

Chez les éléphants, la vie en société aide les orphelins à s’en sortir

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Les éléphanteaux arrivent à se consoler de la perte de leur mère grâce à la vie en troupeau, selon une étude réalisée sur des groupes vivant en liberté au Kenya.

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Un troupeau d’éléphants dans le parc national d’Amboseli au Kenya, en juin 2022

AFP/Archives – Yasuyoshi CHIBA

Une preuve de plus de l’extrême sociabilité des éléphants : les petits pachydermes orphelins arrivent à se consoler de la perte de leur mère grâce à la vie en troupeau, selon une étude réalisée sur des groupes vivant en liberté au Kenya. Ce sont des hormones du stress présentes dans les excréments qui ont permis aux scientifiques d’enquêter sur les conséquences de la mort d’une éléphante chez son éléphanteau, avec lequel le lien est réputé puissant, même après le sevrage.

L’idée est venue d’une jeune doctorante de la Colorado State University (Etats-Unis), Jenna Parker, passionnée par les éléphants de savane d’Afrique, espèce classée en danger sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), en raison du braconnage et de la destruction de leur habitat. « L’impact global du braconnage est mal connu sur ces animaux extrêmement sociaux« , explique à l’AFP cette chercheuse en écologie, auteure principale de l’étude parue cette semaine dans Communications Biology.

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Des éléphanteaux jumeaux dans la réserve nationale de Samburu au Kenya, le 20 janvier 2022. Crédits : SAVE THE ELEPHANTS/AFP – Jane Wynyard

« Quand on observe un troupeau, on se rend compte à quel point la famille compte. Les membres sont toujours côte-à-côte – les petits rarement à moins de dix mètres de leur mère – ils se touchent quand ils mangent, se reposent, surveillent les allers et venues… Et les cérémonies de retrouvailles élargies à tout le groupe, après des séparations de quelques heures seulement, sont incroyables« , développe-t-elle. Aussi, lorsque des braconniers (ou des chasseurs) tuent un individu, cette cohésion vole en éclats, menaçant « le bien-être des éléphants, en particulier chez les petits dont la mère a été tuée« .

Réponse au stress

Jenna Parker et ses collègues ont voulu savoir comment les orphelins ressentaient ce deuil sur le plan physiologique, en étudiant leur réponse au stress. Plus précisément, en mesurant leur niveau d’hormones glucocorticoïdes, que les glandes surrénales des animaux vertébrés (humains compris) libèrent face à un facteur de stress, par exemple si un individu sent son bien-être en danger faute d’un environnement sécurisant.

Ces marqueurs se retrouvent dans le sang, la salive, les urines…. et les excréments. « Les glucocorticoïdes fécaux (fGCM) sont une manière répandue et fiable de mesurer le stress chez les animaux sauvages, car non-invasive« , souligne la chercheuse. Avec son équipe, elle a donc traqué patiemment, entre 2015 et 2016, le fumier de petits pachydermes sur le passage de troupeaux des réserves de Samburu et de Buffalo Springs (nord du Kenya). Un travail qui a permis de collecter 496 échantillons de fumier de 37 éléphanteaux, dont 25 avaient perdu leur mère. De jeunes femelles exclusivement (les mâles sont plus durs à repérer car moins fidèles à leur troupeau d’origine), âgées de 2 à 20 ans (environ l’âge de la première mise bas). Les orphelines avaient perdu leur mère entre 1 et 19 ans auparavant, du fait du braconnage ou de la sécheresse, particulièrement élevés entre 2009 et 2014. Vingt d’entre elles étaient restées dans la même unité familiale après le décès, cinq avaient rejoint une unité non apparentée.

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Un éléphanteau joue avec une pierre à un point d’eau dans le parc national d’Ambolesi au Kenya Crédits : AFP/Archives – Yasuyoshi CHIBA

« Camarades de jeu »

Les auteurs ont constaté que les niveaux de glucocorticoïdes étaient similaires, sur le long terme, entre orphelines et non orphelines. Une « bonne surprise« , se souvient la chercheuse, qui s’attendait à ce que les orphelines montrent davantage de stress en l’absence de soins maternels. Ce qui ne les empêche pas, relève Jenna Parker, d’éprouver un stress plus élevé sur le court terme, comme cela a été observé chez les chimpanzés dans les deux années suivant la mort de leur mère, et même chez des rats, cochons d’Inde et certains oiseaux.

« Mais au moins, ces effets ne durent pas, ce qui montre une résilience« , commente-t-elle. Le puissant soutien social du groupe d’éléphants viendrait jouer ce rôle de régulation appelé « effet tampon ». Et il y a plus : les chercheurs ont découvert un stress plus faible chez les jeunes grandissant dans des groupes comportant plus de congénères d’un âge similaire, qu’elles soient orphelines ou non. L’étude suggère que les « camarades de jeu », notamment les fratries, sont essentiels chez les éléphants.

Ces résultats pourraient éclairer la gestion des orphelinats d’éléphants captifs : fournir aux orphelins des compagnons du même âge pourrait les aider, puis libérer ensemble des groupes d’orphelins liés durant leur captivité pourrait faciliter leur transition vers la nature, conclut l’étude.

Le fennec, plus petit canidé au monde

Il est plus petit que la plupart des chats domestiques et vit dans les déserts africains : c’est le fennec.

Connaissez-vous le fennec ? Ce renard mesure entre 18 et 22 cm de haut et 30 et 40 cm de long, ce qui en fait le plus petit canidé au monde. Il est même plus petit que la plupart des chats domestiques !

Des oreilles de 15 cm

Le fennec vit dans une large zone de déserts africains. Il est parfaitement adapté à son environnement aride. Son pelage dense couleur crème l’isole de la chaleur et s’étend jusqu’à ses pattes pour le protéger du sable brûlant.

Cette adaptation est aussi à l’origine de sa caractéristique la plus connue : ses immenses oreilles. Longues d’environ 15 cm, elles lui servent à dissiper la chaleur afin de réguler sa température corporelle. Cette chaleur est évacuée par le sang, qui circule à travers un système vasculaire dense.

Ces impressionnantes oreilles sont aussi utilises pour la chasse : très sensibles, elles lui permettent d’entendre les mouvements de ses proies, y compris quand elles sont enterrées dans le sable. Oiseaux, reptiles, insectes… le fennec s’attaque à un large type de proies, dès lors que celles-ci sont suffisamment petites pour qu’il les tue. Faute de points d’eau, le fennec s’hydrate en mangeant des feuilles et des racines.

Victime de son apparence trop mignonne

Autre conséquence de son environnement désertique : il chasse la nuit, se réfugiant la journée dans un réseau de terriers qui l’isole de la chaleur. Le fennec est un animal social, vivant dans un groupe allant jusqu’à 10 individus et à la tête duquel se trouve un couple reproducteur et monogame.

Bien qu’il ne soit pas classé comme menacé, le fennec est néanmoins victime de son apparence : c’est un animal populaire au sein du marché noir, étant parfois vendu comme animal domestique.

Des bisons réintroduits au Royaume-Uni pour sauver l’écosystème

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Pour la première fois en 6000 ans, le bison sauvage fait son grand retour dans la région du Kent.

ANIMAUX – Le bison pourrait bien sauver un écosystème. À l’aube ce lundi 18 juillet, un groupe de bisons sauvages européens a été réintroduit dans une réserve naturelle des forêts de Blean dans la région du Kent au sud-ouest du Royaume-Uni.

Depuis plus de deux ans, les organisations britanniques Kent Wildlife Trust et Wildwood Trust travaillent sur ce projet baptisé “The Wilder Blean Project”. Objectif, la reproduction d’une espèce en danger mais également sauver la faune et la flore dans la région.

Le bison n’a pas été choisi par hasard

Avec une longueur de 3 mètres et pesant près de 800 kg, le bison est l’animal le plus imposant du continent et joue un rôle crucial dans l’écosystème. “Les comportements naturels des bisons – prendre des bains de poussière, manger de l’écorce et abattre des arbres – permettent à d’autres espèces de prospérer”, explique ainsi le Kent Wildlife Trust

Le bison se nourrit d’écorce ou se gratte à celle-ci pour éliminer son pelage hivernal. Ce comportement génère une quantité de bois au sol qui sert de nourriture aux insectes, qui peuvent à leur tour nourrir les oiseaux de la réserve. La taille imposante du bovin crée également des couloirs à travers la forêt, des espaces où d’autres espèces peuvent prospérer.

Résultat, de nombreux microhabitats et écosystèmes pourraient voir le jour sans l’aide de l’homme. Pour certaines espèces d’arbres présentes dans ces bois depuis des milliers d’années, c’est le retour de vieux colocataires. Les bovins sauvages ont en effet longtemps sillonné les bois de la région avant de disparaître.

Pendant longtemps, les forêts de Blean étaient exploitées pour leur bois avant d’être rachetée par le Kent Wildlife Trust. Dans de nombreuses zones du site, la nature a perdu son état naturel, et la biodiversité y est très appauvrie. 

Outre les bisons et la faune qu’ils pourraient contribuer à générer, le Kent Wildlife Trust a fait venir des bovins longhorn, des poneys Exmoor et des porcs qui joueront tous un rôle différent dans ce paysage. L’objectif reste le même: recréer un écosystème où les animaux jouent à la fois le rôle de prédateurs, de proies et de protecteurs du paysage.

Signe de l’urgence du problème, les bisons ont été relâchés alors que cette journée devrait être la chaude jamais enregistrée dans la région. Le Met Office a émis une alerte météorologique orange avec des températures pouvant atteindre 35 degrés, soulignant à quel point lesvagues de chaleur deviennent plus fréquentes et plus intenses à mesure que la crise climatique s’aggrave. Avec elle, la menace d’incendies, mais aussi de nouvelles disparitions d’espèces.