Les chauves-souris vampires s’entraident pour se nourrir

chauves souris

Certaines chauves-souris tisseraient des liens sociaux avec leurs semblables. Une proximité qui leur permettrait de communiquer et de s’aider afin d’avoir un meilleur accès aux ressources alimentaires.

Rien de tel qu’un repas entre amis pour resserrer les liens. Selon une étude parue dans Plos Biology le 23 septembre, les chauves-souris vampires (Desmodus rotundus) forment des liens sociaux au sein de leurs gîtes, liens qu’elles conservent une fois sorties la nuit. Ces derniers leur permettent de s’entraider lors de leur recherche alimentaire.

Les chauves-souris sont des mammifères de l’ordre des chiroptères et peuvent être insectivores, frugivores, piscivores, nectarivores ou encore des vampires. Elles représentent un quart des mammifères connus avec près de 1 400 espèces dans le monde. La majorité d’entre elles utilisent l’écholocation, un système de localisation qui fonctionne sur un principe similaire à celui du sonar : elles émettent des cris ultrasonores et captent en retour l’écho envoyé par les obstacles, ce qui leur permet de se diriger. Chez les chauves-souris insectivores par exemple, ces obstacles peuvent être des proies, leur permettant d’ajuster leur vol pour les prédater.

Des mécanismes d’entraide étaient connus chez Desmodus rotundus, où les femelles ont été observées en train de régurgiter du sang pour nourrir d’autres individus qui revenaient le ventre vide de leur dernière chasse. Cependant, selon les auteurs de l’étude parue dans Plos Biology — des chercheurs à l’université d’État de l’Ohio, au Smithsonian Tropical Research

OURS, LOUPS, LYNX : le vrai du faux des chiffres des organisations professionnelles

ours,lynx,loup

Certains syndicats agricoles (FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Fédération Nationale Ovine) se mobilisent aujourd’hui contre les « prédateurs » : loup, ours, lynx.

Si le retour du loup en France depuis les années 90, plus d’un demi-siècle après avoir été exterminé, modifie les pratiques agricoles et oblige à un réapprentissage de techniques d’élevage ancestrales qui avaient été perdues et oubliées, causant des difficultés réelles chez les agriculteurs, il est important de contextualiser ou corriger certains chiffres et affirmations avancés par les organisateurs de cette journée, afin d’appuyer le débat sur des bases scientifiques solides. Nous vous y aidons :

  • L’intersyndicale parle de plus de 12 000 ovins tués par an à cause du loup. En réalité, il s’agit de cas pour lesquels « on ne peut exclure le loup », ce qui est très différent. Ce chiffre doit être rapporté au cheptel d’ovins en France : 7,173 millions d’animaux en 2020. Ces animaux tués représentent donc 0,16% du cheptel total. Enfin, ce chiffre est en cours de stabilisation, voire de baisse, depuis 3 ans, dans les départements où le loup est présent.
  • Même chose pour les « + de 630 » animaux tués par l’ours en 2020 : ce nombre est à rapporter aux plus de 7 millions d’ovins et aux près de 18 millions de bovins du cheptel français.
  • « Près de 150 lynx en France = 150 victimes » selon les syndicats agricoles. On ignore de quelles victimes il s’agit. La faiblesse du chiffre parle d’elle-même.
  • « Coût finances publiques de + de 32 millions d’€ » : les aides aux agriculteurs pour la co-existence avec les grands prédateurs représenteraient donc 0,22% des aides publiques à l’agriculture (14,3 milliards d’€, protection sociale non incluse). Est-ce excessif, au 21e siècle, en regard des centaines de millions consacrés à maintenir une filière qui n’a plus son propre équilibre économique ?

Les organisations professionnelles agricoles n’hésitent pas à ajouter au tableau « + de 2500 couples de vautours », alors que ceux-ci sont des charognards exclusifs et ne sont donc pas des prédateurs : ils n’ont, aux avis des vétérinaires et scientifiques français comme européens, aucun rôle dans les chiffres des pertes agricoles.

« La coexistence avec la présence des grands prédateurs est plébiscitée par les citoyens de tous les pays européens, et soutenue par les Etats concernés. Le débat autour de l’adaptation du monde agricole et du légitime soutien à apporter aux agriculteurs et agricultrices face au retour des grands prédateurs dans des territoires d’où l’homme les avait exterminés mérite beaucoup mieux que les caricatures qui en sont malheureusement données par ces chiffres qui ne reflètent pas la réalité de la situation. » selon Jean-David Abel, pilote du réseau Biodiversité à France Nature Environnement.

 

Ours des Pyrénées : les opposants crient victoire après une volte-face de l’Etat

ours des pyrennées

Illustration Laurent Dard

C’est une victoire pour les opposants à la présence de l’ours dans le massif des Pyrénées. A l’occasion d’une foire agricole à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, samedi 18 septembre, le préfet de région Occitanie, Etienne Guyot, a annoncé vouloir« retravailler sur le dossier Life ours Pyr, relatif à la préservation de la nature et de la biodiversité ». Déposé auprès de la Commission européenne au printemps, en partenariat avec de nombreuses associations ou organismes, et porté par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), ce programme devait déboucher sur un vaste programme de « sauvegarde de l’espèce ursine dans le massif pyrénéen ».

Doté d’un budget de 8 millions d’euros, aux trois quarts financé par l’Union européenne, et portant sur la période 2021-2027, le programme avait pour ambition de« maintenir dans la durée la population d’ours », de « diminuer les contraintes de cohabitations avec les activités humaines » et de « favoriser l’acceptation des politiques européennes de préservation de la biodiversité ».

Le programme prévoyait également le renforcement des « corridors écologiques dans le massif », des « moyens supplémentaires pour la protection des troupeaux de brebis et la formation des bergers », mais aussi la création de nouveaux « outils de médiations tel un Centre de ressources sur l’ours ». S’il n’est pas question de nouvelles réintroductions d’animaux, le programme fait figure de véritable outil de financement pour le « Plan ours 2018-2028 » lancé par l’Etat.

Vendredi 23 septembre, la préfecture de région a confirmé au Monde le désir de « la France de reprendre le projet sur des bases nouvelles en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés du territoire ». Le préfet ajoute avoir « entendu les messages de demande d’explications et parfois les messages d’incompréhension ».

Pour le président de la chambre d’agriculture de l’Ariège, Philippe Lacube, farouchement opposé à la présence de l’ours, « nous n’avons pas gagné la guerre mais c’est quand même une victoire d’importance ». Dès cet été, aux côtés de la présidente socialiste du conseil départemental, Christine Téqui, et du président de la fédération pastorale ariégeoise, Alain Servat, les élus avaient exprimé leur opposition à ce dossier « qui institutionnalise la cohabitation de l’homme et de l’ours. Nous y sommes opposés sur le fond, car nous savons que la cohabitation n’est pas possible, mais nous contestons aussi la forme », avaient-ils déclaré.

Trois ours tués en 2020

Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, Christine Téqui, qui avait refusé de siéger au printemps au comité de Life ours Pyr, écrivait : « Nous attendons de vous un engagement personnel fort pour le retrait inconditionnel et définitif de ce dossier », dénonçant des décisions prises à Bruxelles.

Ces élus ont-ils été entendus par l’Etat ? C’est l’avis d’Alain Reynes, directeur de l’association pro-ours Pays de l’ours-Adet :« On a appris cette nouvelle dans la presse alors que nous sommes partenaires du projet. C’est incompréhensible et clairement une reculade. » Ce fervent défenseur du plantigrade estime que « dans Life, il n’y a que des mesures positives, non imposées, et c’était le moyen trouvé par l’Etat de mettre en œuvre financièrement le plan ours ».

Réintroduit dans les Pyrénées depuis 1996, notamment grâce à deux premiers programmes Life, et alors qu’il était en voie de disparition, l’ours brun est protégé par un arrêté interministériel de 1981 ainsi que par la directive européenne dite « Habitats » de 1992. On dénombre actuellement 64 individus, dont 59 ours dans les Pyrénées centrales – d’où beaucoup de tensions entre pro-ours et anti-ours en Ariège, principalement dans les montagnes du Couserans.

Alors que l’été avait été plutôt calme sur le front des « prédations » et attaques attribuées à l’animal sur les troupeaux en estive – environ 200, contre plus de 1 200 en 2018 en Ariège –, cette annonce relance une nouvelle fois les débats sur la cohabitation avec Ursus arctos. Après les très controversés lâchers de Sorita et Claverina, en 2018 dans le Béarn, trois plantigrades sont morts côté français et espagnol courant 2020. Cachou, empoisonné dans le Val d’Aran côté espagnol ; Sarousse, qui vivait sur le versant espagnol depuis 2010 et a été tuée par un chasseur ; et enfin un mâle de 5 ans, découvert en Ariège criblé de balles le 9 juin.

Si les auteurs des deux premiers faits ont été arrêtés, côté français « les investigations se poursuivent et plus de 70 personnes ont été entendues dans cette affaire où personne ne parle beaucoup », déclare au Monde le procureur de la République de Foix, Laurent Dumaine. Si l’Etat ne fournit pas de calendrier pour la révision de Life ours Pyr, il va devoir aussi répondre à la Commission européenne qui, le 29 janvier, lui demandait de « remplacer les ours tués par l’homme en 2020 et de procéder à de nouveaux lâchers, comme la loi [le] lui impose ». La mesure figure en effet dans la feuille de route du plan « Ours brun », sous peine de poursuites.

Philippe Gagnebet (Toulouse, correspondant)

Le Monde

Quand les bergers sont aidés, le loup est accepté

quand les bergers sont aidés

Une étude menée en Espagne montre qu’une cohabitation entre loups et troupeaux est possible. À condition d’accompagner au cas par cas les populations locales financièrement et moralement.

Il n’y a pas de recette miracle pour cohabiter pacifiquement avec le loup. Une étude parue dans Frontiers in conservation début septembre 2021, et menée par l’université de Leeds, au Royaume-Uni, et l’université d’Oviedo, en Espagne, montre qu’une coexistence sereine avec le loup dépend de nombreuses conditions écologiques, économiques et sociales liées au contexte géographique. Elle illustre l’importance de travailler avec chaque communauté pour trouver des solutions adaptées à leurs besoins et aux conditions locales, plutôt que d’appliquer des solutions généralisées.

Cette publication intervient alors que la chasse au loup est, depuis le 22 septembre, interdite sur l’intégralité du territoire de l’Espagne sur décision du gouvernement de Pedro Sánchez.

« L’acceptation des loups est cruciale pour une forme de cohabitation résiliente. Mais il est important de reconnaître que les gens ont tendance à être en désaccord sur la façon dont les terres locales devraient être gérées et sur les espèces qui devraient s’y trouver, dit à Reporterre Hanna Pettersson, auteure principale de l’étude et chercheuse au Sustainability Research Institute de Leeds. Par exemple, dans la Sierra de la Culebra, tout le monde n’aime pas les loups, mais même ceux qui ne les aiment pas les considèrent comme faisant partie du système local et ne s’engagent pas dans des activités visant à les tuer ou à les éradiquer »

loup

Si les bergers des zones où les loups ont toujours été présents ont un savoir-faire pour se prémunir, ceux des zones où le retour du carnivore est récent devront apprendre à s’adapter. CC BY-SA 4.0/Arturo de Frias Marques/Wikimedia Commons

Durant toute l’année 2020, la chercheuse a étudié trois communautés rurales d’Espagne afin d’essayer de comprendre quelles sont les clés permettant une bonne coexistence avec le canidé. Comme en France, les pratiques agricoles traditionnelles sont encore répandues en Espagne, les bergers font paître le bétail librement sur de vastes zones géographiques et sont confrontés au risque de prédation par les loups. Dans la première communauté, les loups ont toujours été présents depuis des décennies, dans la deuxième il avait disparu dans les années 1950 et a recolonisé le territoire, et dans la troisième, le canidé s’est éteint depuis les années 1960 mais est susceptible de se réinstaller prochainement. Les chercheurs ont réalisé 92 interviews de différents acteurs du territoire sur la ruralité, sur les interactions entre l’homme et la nature et les perspectives futures de cohabitation avec le loup. Ils en ont tiré plusieurs conditions essentielles pour une coexistence réussie entre l’homme et ces grands carnivores.

La première condition consiste à mettre en place des institutions efficaces formelles et informelles pour fournir un soutien aux éleveurs, mais aussi un processus décisionnel transparent et participatif qui adapte les exigences de conservation — le loup étant protégé en Europe par la convention de Berne sur la conservation de la vie sauvage — aux conditions locales, et qui puisse arbitrer les différends lorsqu’ils surviennent. Dans la communauté de Sanabria-La Carbadella, dans la province de Zamora, où le loup a toujours été présent, la réserve de chasse de Culebra autorise le tir de certains loups moyennant une somme d’argent reversée aux éleveurs. Lorsque des attaques ont lieu sur les troupeaux, le parc doit indemniser les éleveurs. Selon un biologiste sondé dans l’étude, « cette mesure donne l’impression que la population de loups est contrôlée et contribue au développement économique de la région, participant à une meilleure acceptabilité sociale de sa présence. »

loup et berger

Dans les Asturies, des garanties financières pour les éleveurs ont aidé à l’acceptation de la présence du loup. Domaine public/Eduard Solà/Wikimedia Commons

Dans les Asturies où le loup avait disparu dans les années 1960 et recolonisé le territoire en 1986, une ONG locale a par ailleurs mis en place un système de certification qui garantit des prix élevés et fiables pour un agneau « pro-biodiversité ». Ce système offre les fonds nécessaires aux bergers pour pratiquer leur métier plus sereinement, ainsi qu’une reconnaissance publique de leurs services environnementaux dans les magasins et les restaurants où leur viande est vendue. « Dans les zones où les loups et les hommes cohabitent, le principal problème n’est pas tant lié aux loups qu’aux pressions économiques et sociales qui menacent les moyens de subsistance, les cultures et l’autonomie des communautés locales. Pour différentes raisons, les loups en sont souvent venus à représenter ces pressions », dit la scientifique. Ainsi, selon les auteurs, dans la zone bientôt recolonisée, les budgets prévus et la fourniture d’infrastructures municipales pour les bergers ont le potentiel d’inverser les a priori négatifs si l’on aborde au préalable ces questions de dignité, de sécurité et de rentabilité.

Une deuxième condition pour une cohabitation résiliente est la confiance des communautés dans les décideurs locaux et l’acceptation des procédures et des résultats des prises de décision. Dans la communauté étudiée dans les Asturies, l’absence de consultation des communautés locales liées à une difficulté de gérer les attaques à cause du relief très montagneux a conduit à une défiance envers les décideurs locaux, et ce malgré l’autorisation de tirs.

Des pratiques à redécouvrir

L’étude souligne également l’importance de maintenir un faible niveau de risque en adaptant les pratiques pour réduire la vulnérabilité des troupeaux. Les pratiques traditionnelles de protection de troupeau comprenaient l’utilisation de clôtures la nuit et de chiens de protection. Dans les Asturies, ces pratiques ont été abandonnées et oubliées car le loup avait disparu. Son retour a donc été problématique pour la communauté étudiée dans les Asturies. Malgré le retour de l’utilisation des clôtures et des chiens de protection, la prédation y reste plus élevée.

« Dans les zones où le loup a toujours été présent, les communautés ont vécu avec les loups pendant tant de générations que les chiens et les bergers n’ont jamais été abandonnés, Ils savaient quelles zones éviter et combien de chiens il leur fallait pour prévenir les attaques », dit Hannah Pettersson. Cette habitude permet « une adaptation continue et un transfert de connaissances ».

Un constat partagé par Pierre Rigaux, naturaliste expert du loup et auteur de Loups, un mythe vivant : « Dans les endroits où le loup a toujours été présent, il y a une forme de responsabilisation de certains éleveurs qui ont une certaine technicité dans la sélection des chiens et des clôtures par exemple. Évidemment ce n’est pas si simple et ça dépend de beaucoup de paramètres, mais cela peut expliquer des différences de prédation. »

Mais en Espagne aussi, le débat reste vif. La décision du gouvernement espagnol d’interdire tout tir de loup a provoqué la colère de la Cantabrie, des Asturies, de la Galice et de la Castille-et-Léon qui promettent de déposer un recours en justice. En effet, ces régions concentrent l’immense majorité de la population de loups en Espagne. « De nos jours, les bergers ont du mal à être compétitifs, car les marchés et les infrastructures locales ont disparu et le nombre d’intermédiaires dans la chaîne d’approvisionnement a augmenté », dit Hannah Pettersson. De plus, l’élevage extensif implique de lourds investissements face aux prédateurs. Il faut nourrir les chiens de protection, et des équipements comme les clôtures. Le secrétaire d’État à l’environnement Hugo Moràn promet des « ressources financières » pour les éleveurs qui vivent avec la présence de grands carnivores.

C’est maintenant que tout se joue…

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Les loutres de mer préservent l’équilibre des océans et limitent le réchauffement climatique

loutre de mer

NATURE En mangeant oursins et crabes, le mammifère marin préserve les varechs et herbiers, jouant un rôle dans la captation du carbone

20 Minutes avec agence

Publié le 21/09/21 à 16h11 — Mis à jour le 21/09/21

Les loutres mangent en effet un quart de leur poids corporel par jour et se nourrissent en partie d’oursins. En faisant ainsi, elles préservent le varech, nourriture principale des oursins et élément crucial de l’équilibre sous-marin. Là où la loutre a disparu, les oursins se multiplient, le varech se fait rare et c’est le désert aquatique.

Des millions de tonnes de carbone stockées

Les loutres permettent également de préserver les herbiers marins. En se nourrissant de crabes, elles épargnent les brouteurs que sont les limaces et les escargots. Ces animaux ont un rôle bénéfique en grattant les algues présentes sur les herbes, ce qui permet aux herbiers de puiser davantage de lumière.

Les chercheurs, qui ont étudié une zone du Pacifique Nord entre l’archipel des Aléoutiennes et l’île de Vancouver, ont montré que la présence des loutres permettait de stocker 4,4 à 8,7 millions de tonnes de carbone par rapport à une zone sans loutre. Cela représente davantage de carbone que celui émis par un million de voitures de particuliers pendant un an.

 

Acrobates, les écureuils font du parkour pour se déplacer (étude)

écureuils acrobates

Image d’illustration d’un écureuil à Berlin en 2020.    

AFP/Archives – David GANNON

 le 05.08.2021

Des scientifiques de l’université UC Berkeley ont construit des courses d’obstacles sur mesure afin de mieux comprendre comment les écureuils ajustent leurs mouvements en vol pour éviter des chutes fatales

Les bonds acrobatiques des écureuils dépendent de calculs complexes réalisés en une fraction de seconde et ces rongeurs développent des stratégies surprenantes, ressemblant parfois à celles utilisées dans la discipline urbaine du parkour, selon une nouvelle étude publiée jeudi dans la prestigieuse revue Science.

Des scientifiques de l’université UC Berkeley ont construit des courses d’obstacles sur mesure afin de mieux comprendre comment les écureuils ajustent leurs mouvements en vol pour éviter des chutes fatales.

Ils espèrent que ces recherches pourront aider à un jour développer des robots plus agiles.

« Les écureuils ont une combinaison de caractéristiques qui les rend très intéressants: d’une part, leur nature acrobatique, leur mécanique biologique et leurs muscles puissants, qu’ils peuvent utiliser pour des bonds faisant plusieurs fois la taille de leur corps », a expliqué à l’AFP Nathan Hunt, auteur principal de l’étude.

« D’autre part, leurs capacités cognitives. Ils ont une très bonne mémoire, sont très créatifs et très bons pour trouver les solutions à des problèmes », a-t-il ajouté.

L’équipe de chercheurs a utilisé des cacahuètes pour les attirer. Des perchoirs ont été installés pour simuler des branches d’arbres, forçant les animaux à des sauts de distances variées pour recevoir leur récompense.

Les scientifiques souhaitaient observer la façon dont les écureuils prennent leurs décisions face à un compromis difficile: s’approcher du bord des perchoirs réduisait la distance à sauter mais compromettait leur stabilité, tout en réduisant la force de propulsion pouvant être utilisée, puisque la plateforme devenait alors instable.

Résultat: les écureuils préféraient s’élancer depuis la base du perchoir, surtout lorsque les « branches » étaient les moins rigides. La flexibilité des perchoirs s’est finalement révélée six fois plus importante dans leur prise de décision que la distance à franchir.

Aucun écureuil n’est tombé durant l’expérience, grâce à différentes stratégies — et à leurs griffes aiguisées.

L’innovation la plus surprenante: pour les sauts les plus difficiles, au lieu de viser directement la cible, les écureuils se servaient du mur latéral comme étape pour « rebondir », semblant ainsi utiliser une technique de parkour, cette discipline popularisée par les Yamakasi en France dans les années 1990.

Lorsque les écureuils sont pris en chasse par des rapaces, leur fuite peut se jouer à quelques centimètres, ce qui est probablement la raison de leur grande agilité, selon Nathan Hunt.

« C’est drôle de publier cette étude, parce que les gens regardent très souvent les écureuils dans leurs jardins », dit-il. Et lui-même ne peut s’empêcher d’avoir d’autres idées d’expériences en les observant, confie-t-il.

 

Le babillage des chauves-souris ressemble à celui des bébés humains

chauve-souris : Brésil

Par Théo Tzélépoglou le 19.08.2021

L’apprentissage de la vocalisation chez une espèce de chauve-souris serait très proche de celui des bébés humains

Batman avait tout compris. La chauve-souris et l’Homme partagent en effet plus que ce que l’on croyait, et ce dès les premiers stades de vie. Pas besoin de cape ni de batmobile pour arriver à cette conclusion, un enregistreur et un logiciel d’analyse de son ont suffi à des scientifiques allemands et panaméens… Les premières étapes du langage chez le bébé passent par des gazouillis composés de simples voyelles, puis par le babillage – qui correspond à la production d’onomatopées plus structurées -, jusqu’aux premiers mots vers l’âge de 6 mois. Une étude publiée dans la revue Science s’est focalisée sur 55.056 syllabes de 216 babillages de vingt chauves-souris Saccopteryx bilineata juvéniles et les ont comparés à des babillages de bébés humains. Ces onomatopées partageraient les mêmes caractéristiques incluant des aspects de réduplication et de rythmicité.

Jusqu’à présent, les preuves de babillages chez d’autres espèces que l’homme étaient très rares, « Il est fascinant de constater ces parallèles entre les pratiques vocales de deux mammifères à apprentissage vocal« , déclare Mirjam Knörnschild, co-auteure de l’étude et chercheuse au Museum d’histoire naturelle de Berlin ainsi qu’au Smithsonian Tropical Research Institute au Panama.

Des caractéristiques communes entre l’humain et la chauve-souris

En analysant les syllabes produites par Saccopteryx bilineata, les chercheurs ont distingués des protosyllabes, soit des ressemblances avec les syllabes adultes. Ces syllabes sont définies par des sons ponctués de silence et ne sont évidemment pas comparables avec celles de nos langages en terme de sonorité mais plutôt en terme de structure. Ces protosyllabes sont comparable aux sons précurseurs de la parole chez les enfants.

« Le babillage des chauves-souris juvéniles est caractérisé par la répétition des syllabes, similaire à la répétition caractéristique des syllabes – ‘dadada’ (on parle de ‘réduplication’, NDLR) – dans le babillage du bébé humain », explique Lara Burchardt co-auteure de ce travail et chercheuse au Museum d’histoire naturelle de Berlin ainsi qu’au Smithsonian Tropical Research Institute au Panama. Durant ces réduplications de syllabes, les jeunes chauves-souris s’entraînent en facilitant l’intégration sensorielle tout comme les bébés. Enfin, la composition syllabique des babillages de ces mammifères nocturnes est caractérisé par une grande rythmicité, une caractéristique également commune avec l’Homme.

Les épisodes de babillage chez la chauve-souris peuvent durer jusqu’à 43 minutes

Chez cette espèce de chauve-souris, les jeunes passent 30% des dix premières semaines de vie à babiller en essayant de prononcer des syllabes. « Le babillage des jeunes est un comportement vocal très clair. Il est audible à une distance considérable du perchoir et les épisodes de babillage peuvent durer jusqu’à 43 minutes », précise Martina Nagy, co-auteure et également chercheuse au muséum d’histoire naturelle de Berlin. Si s’occuper d’un bébé est fatiguant, imaginez pour les parents de ces jeunes chauves-souris, qui eux ont l’habitude de vocaliser moins d’une minute au maximum !

Toutefois nombre de ces babillages, même les plus ressemblants, ne trouvent pas de réponse de la part d’autres adultes, certainement car le contexte social de ces vocalisations n’est pas celui des adultes, ou bien parce qu’ils reconnaissent le caractère juvénile de ces onomatopées. Chez Saccopteryx bilineata, l’apprentissage du langage est également lent puisqu’une fois sevrée, le répertoire constitutif des 25 syllabes adultes n’est pas complet chez les jeunes. Enfin, curieusement, les premières syllabes apprises par les jeunes mâles et femelles sont celles des vocalises territoriales des mâles adultes. Tous les juvéniles les prononcent dans le bon ordre, pourtant c’est seulement les jeunes mâles qui les chanteront encore à l’âge adulte.

 

2 lynx boréals sont nés dans les Vosges du Nord, une première depuis le 17e siècle

lynx boréal

Par Anne-Sophie Tassart le 09.08.2021 à 16h17

Une femelle lynx avait été relâchée en Allemagne en 2020. Elle a traversé la frontière et a donné naissance à deux petits, a annoncé l’Office Français de la Biodiversité

Cette photo publiée par l’Office Français de la Biodiversité et prise le 24 juin 2021 montre des chatons lynx boréals nés dans la Réserve de Biosphère Pfälzerwald-Vosges du Nord, dans l’est de la France.

VIVIEN SIAT / OFFICE FRANCAIS DE LA BIODIVERSITE / AFP

C’est une première depuis le 17e siècle : une portée de lynx boréals (Lynx lynx) a été observée dans les Vosges du Nord, a annoncé l’Office Français de la Biodiversité (OFB) le 5 août 2021 dans un communiqué.

Deux petits lynx en bonne santé

Une femelle lynx, Lycka, avait été relâchée en Allemagne, plus précisément dans le massif de Palatinat (Rhénanie-Palatinat), le 20 mars 2020 en compagnie d’une autre femelle. Lycka, un animal « vigoureux et expérimenté » selon l’OFB, a donné naissance durant le printemps 2021 à deux petits. L’heureux événement a eu lieu en France, dans une forêt domaniale des Vosges du Nord. « Lycka est équipée d’un collier GPS/VHF qui permet aux équipes de coopération franco-allemande de suivre ses déplacements. Grâce à ce suivi, nous savons que Lycka est arrivée sur le territoire français fin mars 2020, profitant de la continuité écologique offerte par la Réserve de Biosphère Pfälzerwald-Vosges du Nord« , remarque l’Office Français de la Biodiversité. L’animal s’est donc installé dans le Grand Est et se sent visiblement bien dans cette région. « Début juin, son cantonnement dans une zone restreinte a mis les équipes sur la piste d’une mise-bas. Sa portée a pu être localisée et vérifiée par les inspecteurs de l’environnement de l’OFB. Deux chatons, âgés d’environ 3 semaines et bien portants, ont pu être observés à l’entrée du gîte, la mère se tenant à proximité« , poursuit l’organisme public dans son communiqué. Il s’agit de la première reproduction attestée de l’espèce Lynx lynx dans les Vosges du Nord depuis sa disparition du massif au 17e siècle.

20 animaux relâchés depuis le début du programme

Les deux spécimens relâchés, Lycka et Tarda, ont été réintroduites dans la nature dans le cadre du programme européen LIFE dont l’objectif est de constituer une population viable de lynx dans la Réserve de Biosphère Pfälzerwald-Vosges du Nord. Les 20 animaux (12 femelles et 8 mâles) initialement prévus pour une réintroduction dans la nature ont tous été relâchés, ce qui constitue un premier succès. Cependant, l’OFB rappelle que le statut de conservation de cette espèce dans la région reste « très précaire« . « A peine une petite dizaine d’individus sont recensés actuellement sur l’ensemble du massif, Lycka étant la seule femelle connue, précise l’organisme. Les menaces pesant sur l’espèce sont encore trop fortes pour envisager sereinement l’existence durable de cette espèce emblématique sur le massif, comme l’illustre le cas de destruction illégale d’un individu début 2020 dans les Hautes-Vosges, ou encore les cas de mort par collision des lynx Lucky et Labka survenus dans le Palatinat« . Ainsi, parallèlement aux réintroductions, les acteurs de ce programme menaient diverses actions de communication afin de faire accepter le retour de l’espèce sur le territoire.

 

Voici pourquoi un éléphant de plusieurs tonnes peut attraper délicatement des chips

trompre d'éléphant

Des chercheurs américains ont étudié sous toutes les coutures la capacité de succion des éléphants. Leurs résultats sont surprenants

Le 12 août est la journée mondiale des éléphants. A cette occasion nous vous proposons de retrouver, en accès libre, cet article initialement publié sur le site de Sciences et Avenir le 2 juin 2021.

Connaissez-vous le poids de la trompe d’un éléphant ? L’appendice fait plus de 100 kilos ! Ces animaux font pourtant preuve de délicatesse lorsqu’ils se saisissent de végétaux fragiles. Cette dextérité a déstabilisé une équipe de chercheurs américains qui ont décidé de mieux la comprendre.

Une trompe pour jouer avec l’air et l’eau

Un éléphant d’Afrique consomme environ 200 kilos de végétaux par jour qu’il empoigne à l’aide de sa trompe. Cette dernière lui permet aussi d’utiliser l’air et l’eau pour agir sur son environnement. Déjà en 1871, Charles Darwin remarquait que les éléphants étaient capables de souffler de l’air sur un objet hors d’atteinte. Ils aiment aussi se vaporiser de l’eau sur le corps et sont capables de se servir de leur trompe comme d’un tuba lorsqu’ils nagent en eau profonde ! Dans une nouvelle étude publiée le 15 juin 2021 dans Journal of the Royal Society Interface, c’est une autre capacité que les scientifiques ont tenté d’analyser : l’utilisation de la succion par ces animaux afin de se nourrir. Comment le flux d’air à travers leurs narines leur permet d’attraper des objets ?

Les chercheurs ont réalisé plusieurs expériences en parallèle. Ils ont notamment filmé une éléphante au zoo d’Atlanta afin de voir si elle pouvait utiliser la succion pour saisir différents aliments : des cubes de rutabaga de différentes tailles et de frêles chips de tortillas. Ils l’ont aussi invité à siphonner un bassin contenant de l’eau aromatisée pendant qu’ils effectuaient une échographie sur sa trompe afin de mesurer le diamètre de sa paroi nasale. Enfin, ils ont utilisé un modèle mathématique afin de relier la faculté de succion des éléphants à leur capacité pulmonaire et à la taille de leurs narines.

Une vitesse 30 fois supérieure à un éternuement humain

L’étude américaine révèle que les narines des éléphants peuvent se dilater de 30% ce qui permet une augmentation du volume nasal de 64%. Et ce n’est pas tout : ces animaux peuvent aspirer à des vitesses supérieures à 150 mètres par seconde soit près de 30 fois plus vite qu’un éternuement humain ! C’est cette vitesse impressionnante qui leur permet de saisir, avec leur trompe, des cubes de rutabaga mais aussi des aliments plus fragiles telles que des chips de tortillas d’une épaisseur de 500 micromètres. En attrapant de la nourriture grâce à la succion, les éléphants « réalisent un comportement que l’on pensait auparavant réservé aux poissons« , souligne l’étude. 

Les humains peuvent-ils également attraper des objets grâce à la succion ? Oui, selon les auteurs de cette nouvelle étude. « Alors que les humains peuvent générer la même pression pulmonaire que les éléphants, en appliquant notre équation, nous constatons que leur volume pulmonaire et le diamètre de leurs narines sont assez élevés pour soulever un petit morceau de papier« . Cependant, n’espérez pas soulever une chips, la taille de nos narines et notre capacité pulmonaire ne le permettent pas. Un nez humain devrait se trouver à 0,4 mm de l’aliment pour qu’il puisse se soulever grâce à la succion par le nez. Et les « fuites » entre le nez et la chips rendent de toute façon l’aspiration impossible. Les trompes des éléphants ont déjà inspiré la création de robots par le passé et cette nouvelle découverte devrait encore influencer les ingénieurs.

Eléphant Poumons