L’extinction d’animaux a aussi un impact sur l’évolution des plantes

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La disparition de certaines espèces d’animaux a des conséquences dramatiques pour les plantes, comme le rapporte une étude sur le sujet.

Pour les plantes, l’extinction des espaces capables de disperser des graines est néfaste. En ce sens, ces animaux perdent la capacité à migrer vers des lieux moins inhospitaliers et impactés par le réchauffement climatique. Ce sont les conclusions d’une nouvelle étude publiée jeudi dans la revue Science. « Lorsque nous perdons des oiseaux ou des mammifères, nous ne perdons pas seulement ces espèces. Nous perdons aussi leur fonction écologique importante, qui est de disperser les graines », a expliqué à l’AFP Evan Fricke, de l’université Rice.

Cette étude est la première à quantifier le problème au niveau mondial, et estime que la capacité à s’adapter au changement climatique des plantes réclamant la collaboration d’animaux a déjà été réduite de 60%. Les espèces d’arbres présentes dans des régions devenues inhospitalières à cause du réchauffement de la planète peuvent par exemple migrer vers d’autres où il pleut davantage, mais doivent pour cela le faire sous forme de graines. La moitié des plantes comptent sur les animaux pour manger leurs fruits ou leurs noix et ainsi les emmener plus loin, tandis que d’autres dépendent uniquement du vent.

Les comportements des animaux analysés

Pour leurs travaux, les chercheurs danois ont utilisé les données accumulées par des milliers de précédentes études sur le comportement d’animaux, afin de construire une carte de leur contribution à la dispersion de graines. Ils ont ensuite comparé une carte annulant l’effet des extinctions d’espèces causées par les humains, et de la réduction de leurs territoires. Leurs modèles incluaient de nombreux détails : « Quels animaux mangent quelles graines de quel fruit, jusqu’où les graines peuvent être déplacées par rapport à la plante d’origine… », a par exemple énuméré Evan Fricke, auteur principal de l’étude.

Les navires, un vecteur qui accroit le risque d’espèces invasives en Antarctique

Pour les animaux n’ayant pas été précisément étudiés, leur comportement a été prédit par ordinateur en utilisant les données d’espèces similaires. Les résultats se sont révélés surprenants. La perte en dispersion de graines était particulièrement marquée dans les régions tempérées d’Amérique du Nord et du Sud, d’Europe, et d’Australie, même si elles n’avaient perdu qu’un faible pourcentage d’espèces de mammifères et d’oiseaux.

La perturbation était moindre dans les régions tropicales d’Amérique du Sud, d’Afrique ou d’Asie du Sud-Est. Elle pourrait toutefois s’accélérer si d’autres espèces importantes s’éteignent, comme les éléphants. L’étude montre ainsi que les efforts de protection des animaux peuvent aider à combattre le changement climatique. « Les déclins chez les animaux peuvent perturber les réseaux écologiques d’une façon qui menace la résilience d’écosystèmes entiers », conclut Evan Fricke.

Source GEO

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Comment un animal né dans un zoo peut-il être réintroduit dans la nature ?

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Des programmes de reproduction gérés par les zoos permettent parfois de relâcher des animaux nés en captivité dans la nature.

Mercredi 5 janvier 2022, une loutre géante née au Bioparc de Doué-la-Fontaine (49) s’est envolée pour l’Argentine. Une première en France pour un animal de cette espèce menacée. L’objectif est qu’Arirahna, une femelle de sept ans, soit relâchée dans son milieu naturel en compagnie d’un mâle provenant d’un zoo suédois.

Un projet qui aura mis plus de 20 ans à aboutir. Pierre Gay, président de Bioparc Conservation, explique ainsi avoir eu l’idée à la fin des années 2000, pour les 40 ans du Bioparc, de soutenir des programmes de conservation gérés par les communautés locales. De nombreux voyages et rencontres ont abouti en 2005 à la création d’un programme d’élevage en Europe pour les loutres. Il n’y avait alors que sept individus dans les zoos européens, dont un seul mâle capable de se reproduire. En parallèle, le Bioparc a finalement accueilli son premier couple de loutres géantes en 2007, qui donnera naissance à plusieurs petits, dont Arirahna en septembre 2013.

« Finalement, il y a quelques semaines, nous avons été contactés pour envoyer notre loutre femelle en Argentine. C’est la concrétisation d’un travail et d’un engagement de 20 ans, donc je suis vraiment très content ! », confie l’ancien directeur du parc animalier.

Comment la loutre géante va-t-elle être réintroduite ?

Arirahna et le mâle suédois qui l’a rejoindra à Iberá, au cœur du plus grand parc naturel d’Argentine, ont été choisis par le coordinateur scientifique de l’espèce en Europe parmi toute la population de loutres géantes des zoos européens (environ 80 individus). Parmi les critères pris en compte : l’âge, la maturité, et la compatibilité génétique.

« Après une période de quarantaine effectuée à l’arrivée, Arirahna sera ensuite placée dans un enclos de pré-relâché de 800 m² avec le mâle, et dès qu’ils auront une portée, ils seront relâchés, pucés et équipés d’un émetteur radio », explique Pierre Gay. Là, au bord du lac Paraná, ils recevront quotidiennement des poissons vivants afin de mettre en pratique leurs techniques de pêche. Ils seront relâchés progressivement, et pourront retourner dans leur parc s’ils le souhaitent.

A noter qu’un premier couple de loutre géante a été réintroduit en 2019 et a eu plusieurs portées. Une bonne nouvelle pour cette espèce, considérée comme « probablement éteinte » en Argentine par l’UICN.

 

Toutes les espèces d’animaux peuvent-elles être réintroduites ?

Les réintroductions d’animaux nés en captivité ont pour objectif d’offrir un renfort de population, lorsqu’il ne reste que quelques individus à l’état sauvage, ou de réintroduire une espèce complètement disparue.

« Il existe deux critères fondamentaux pour savoir qui peut être relâché. D’une part l’espèce : est-ce qu’elle a besoin d’un apprentissage. Et ensuite l’individu : est-ce qu’il est imprégné ou non. Si c’est le cas, c’est très dur de désimprégner un animal, il aura besoin de l’homme toute sa vie », détaille Pierre Gay.

C’est pour cela, explique le spécialiste, que les premières réintroductions ont eu lieu avec des vautours. Ceux-ci ne consommant principalement que des charognes, ils ont juste à repérer les autres oiseaux qui tournent dans le ciel au dessus d’un cadavre, et se joindre à eux.

« Pendant très longtemps on a cru qu’on ne pourrait pas relâcher de grands félins, continue Pierre Gay. Ils savent chasser de façon innée. Même un chat domestique sait spontanément chasser. Le seul danger, c’est que les grands félins sont dangereux pour l’homme, et quand ils ont été à notre contact pendant des années, ils savent très bien que nous, nous ne sommes pas dangereux… et faciles à manger. »

Difficile donc, mais pas impossible. Une équipe russe est ainsi en train de mener un projet avec les léopards de Perse. « Ils ont récupéré des animaux élevés dans de très grands enclos dans des zoos européens, qu’ils ont mis dans des enclos encore plus grands. Leur intention est de relâcher leurs petits. »

Le principe est similaire pour les primates. Il s’agit de laisser vivre les individus en groupe social loin de l’homme, pour ensuite relâcher les générations suivantes. Le zoo de Beauval avait ainsi réintroduit deux de ses gorilles au Gabon en 2019.

Enfin, il faudra choisir avec soin l’endroit où les animaux seront relâchés, le bon moment, ainsi que la disponibilité en nourriture.

Source GEO

Dégats de sangliers : les chasseurs pompiers pyromanes

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La Fédération nationale des chasseurs (FNC) a saisi le Conseil d’État pour contester le système actuel d’indemnisation des dégâts de grand gibier (sanglier, cerf et chevreuil) versée aux agriculteurs par les fédérations départementales de chasse. Le Conseil d’État a transmis la question devant le Conseil constitutionnel, qui y a répondu ce jeudi 22 janvier 2022 : les chasseurs devront continuer à payer. 

Environ 800.000 sangliers sont aujourd’hui tués chaque année en France, contre à peine 30.000 il y a 50 ans, et leur nombre continue pourtant de croître. L’indemnisation des dégâts occasionnés par le grand gibier aux exploitations agricoles est assurée par les fédérations départementales des chasseurs. En 2019, cette somme s’est élevée à plus de 75 millions d’euros.

Depuis 4 ans déjà, du fait des accords passé entre le Président de la République et le Président de la FNC, les finances des fédérations départementales des chasseurs ont été mises à mal au profit de leur fédération nationale. Par exemple, la baisse du permis de chasse national passé en 2019 de 400 à 200 € a conduit les chasseurs à délaisser les permis locaux devenus peu avantageux, entrainant un manque à gagner pour les fédérations départementales. Certaines sont désormais au bord de la faillite et ne parviennent plus à indemniser les agriculteurs, ce qui a motivé la saisine du Conseil d’Etat pour tenter de s’y soustraire ; en vain.

Les chasseurs ont cependant longtemps participé délibérément à cette explosion démographique avec l’objectif de préserver les populations de grand gibier, en pratiquant notamment des lâchers d’animaux d’élevage. L’agrainage dissuasif, censé les éloigner des cultures, s’est en fait souvent transformé en nourrissage tout au long de l’année dans certaines régions. L’augmentation des surfaces consacrées à l’agriculture intensive, en particulier du maïs, et la succession d’hiver doux réduisant la mortalité naturelle des sangliers, ont également contribué au développement des populations de suidés.

Plutôt que de repenser sa stratégie de régulation des sangliers à l’instar d’autres pays européens, l’Etat français a préféré à nouveau céder aux lobbies cynégétiques en étendant la période d’ouverture de la chasse de début juin à fin mars, soit 10 mois sur 12 ; et ce après leur avoir déjà accordé des dérogations au confinement sanitaire l’an dernier.

Pour Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO : « Les chasseurs se comportent en pompiers pyromanes. Ils sont en grande partie responsables de la prolifération des sangliers mais essayent pourtant aujourd’hui de s’exonérer de l’indemnisation des dégâts causés aux agriculteurs. Ils utilisent en outre le prétexte de la régulation pour essayer de chasser à l’intérieur des espaces naturels protégés et des propriétés privées. »

 

Collarwali est morte : l’Inde pleure la tigresse, symbole de la lutte pour la préservation de l’espèce

collarwali est morte

La tigresse s’est éteinte de vieillesse, à 16 ans, samedi 15 janvier dans la réserve du parc national de Pench et depuis les hommages se multiplient pour saluer celle qui a donné naissance à 29 petits et contribué à faire remonter la population de cette espèce en danger d’extinction.

C’est une star nationale, une « légende » écrivent même les journaux : Collarwali, la tigresse la plus célèbre du pays, icône du parc national de Pench, s’en est allée samedi, à l’âge de 16 ans. Une tigresse tellement aimée, tellement adorée qu’elle a eu droit à une cérémonie de funérailles, il faut l’imaginer étendue sur un lit de bois, recouverte d’un linceul blanc immaculé laissant dépasser sa tête entourée de fleurs oranges et roses, déposées par centaines par des anonymes venus lui dire adieu.

Un hommage qui s’explique parce que Collarwali était le symbole de la sauvegarde réussie des tigres en Inde. Lorsqu’elle est née en 2005, les félins avaient quasiment disparus. À force de chasse et de déforestation, ils sont passés de 100 000 en 1900 à 1 400 au début des années 2000. Une hécatombe. Pour la stopper, les autorités indiennes ont donc lancé dans une grande campagne de préservation.

Une cinquantaine de réserves a été créé, des caméras ont été installées partout pour recenser chaque tigre, et enfin, certains fauves ont reçus des colliers émetteurs. Collarwali, qui tient son nom « collar » de collier, a été la première à en avoir un, ce qui a permis aux soigneurs de suivre ses déplacements, sa vie et donc ses prouesses : celle que les Indiens surnomment « Supermaman » a fortement contribué à la perpétuation de l’espèce en donnant naissance à 29 petits, le tout en huit portées, un record national, voire mondial.

collarwali

Mais si Collarwali est célèbre c’est aussi parce qu’elle a su gagner les cœurs en étant la seule tigresse à ne pas fuir devant les visiteurs de la réserve. Quand un pick-up passait, elle venait sur la route, faisant le spectacle en déambulant nonchalamment, et c’est ainsi qu’elle est devenue la reine des photos souvenirs, contribuant dans la foulée à casser le fantasme du tigre méchant, tueur, attaquant sans raison.

Dans cette forêt, qui est celle qui a inspiré à Rudyard Kipling Le Livre de la jungle, Collarwali a montré que les tigres chassent pour se nourrir, pas pour décrocher des trophées. Ou comment dire que pour eux, comme pour toutes les espèces en danger, pour protéger et sauver, il faut d’abord changer de regard.

Grâce aux efforts de conservation, les populations d’oiseaux d’eau se portent bien

grâce aux efforts de conservation

On parie que les chasseurs vont s’emparer de cette « bonne » nouvelle pour demander des quotas plus élevés ?

 

Les résultats de l’édition 2021 du comptage Wetlands confirment la stabilité des effectifs globaux en France métropolitaine.

Dans la réserve naturelle nationale de Lilleau des Niges, sur l’île de Ré (Charente-Maritime), le 14 janvier 2022. MATHIEU PUJOL POUR «LE MONDE»Comment se portent les oiseaux d’eau ? Il y a tout juste un an, 2,7 millions d’individus ont été dénombrés sur 486 sites en France métropolitaine dans le cadre du comptage Wetlands International. Les résultats de l’édition 2021, dévoilés samedi 15 décembre, confirment la tendance à la stabilité des effectifs observée depuis une vingtaine d’années. « Le bilan est bon, c’est une bonne nouvelle, souligne Allain Bougrain-Dubourg, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Mais il ne faut pas que ça éclipse le fait que certaines espèces sont quand même très affectées. »

Le cygne tuberculé, le canard souchet ou la sarcelle d’hiver ont atteint des effectifs record. Le tournepierre à collier, le bécasseau maubèche, le flamant rose ou encore la spatule blanche ont également été vus en nombre. Les populations de grèbes et de certains groupes de canards, en revanche, continuent de décliner.

« Au niveau mondial, les populations d’oiseaux aquatiques augmentent en Amérique du Nord et en Europe, où l’environnement est le plus protecteur » Szabolcs Nagy, responsable biodiversité de Wetlands International.

« L’important est de regarder les résultats à l’échelle de la voie migratoire, note Caroline Moussy, la coordinatrice des suivis d’oiseaux communs à la LPO. Il peut y avoir des espèces en déclin en France mais dont la population globale va bien parce qu’il y a eu un changement de répartition. Quand des populations diminuent, il faut essayer d’identifier les causes et de voir si l’on peut agir dessus ou pas. »

Si, aujourd’hui, les effectifs sont stables, depuis 1980 les populations d’oiseaux d’eau hivernants, toutes espèces confondues, ont augmenté de 124 % en France métropolitaine. Une évolution qui s’explique par l’arrêt de certaines pratiques de chasse, par les conditions météorologiques avec des hivers moins rigoureux, mais surtout par la mise en œuvre de mesures de protection adaptées. Année après année, les résultats du comptage Wetlands démontrent que les efforts de conservation, d’espèces mais aussi de sites, fonctionnent. « Au niveau mondial, les populations d’oiseaux aquatiques augmentent en Amérique du Nord et en Europe, où l’environnement est le plus protecteur, alors qu’elles décroissent dans les régions tropicales et dans l’est de l’Asie », confirme Szabolcs Nagy, responsable biodiversité de l’association européenne Wetlands International.

Malgré ces bonnes tendances, la LPO, qui coordonne le comptage Wetlands en France, appelle à poursuivre les efforts en renforçant la protection de certaines espèces, en restreignant la pratique de la chasse – des espèces protégées sont encore sur la liste des espèces chassables –, en préservant la quiétude des oiseaux dans les sites naturels ou en anticipant les effets du changement climatique, encore difficiles à évaluer.

L’association de protection de la biodiversité s’inquiète aussi du projet de construction d’un parc éolien en mer au large d’Oléron, en pleine zone Natura 2000 et dans un couloir de migration de l’avifaune, et plus largement des impacts cumulés des champs offshore. « Il faut encore réduire les pressions sur les oiseaux d’eau et ne surtout pas en rajouter », estime Cédric Marteau, le directeur du pôle protection de la nature à la LPO.

Perrine Mouterde

Le Monde

Victoire dans les Antilles

oiseaux des antilles

Communiqué de presse, le 14 janvier 2022

 La justice annule la chasse de 3 oiseaux menacés dans les Antilles ! 

La Barge hudsonienne, la Colombe rouviolette et le Pigeon à cou rouge, trois oiseaux en mauvais état de conservation, sont définitivement sauvés de la chasse pour la saison 2021-2022 en Guadeloupe et à Saint-Martin, suite à une décision de justice intervenue le 30 décembre et qui donne raison à l’ASPAS, l’ASFA, AEVA, ainsi que la LPO et AMAZONA.

Cette décision sur le fond confirme notre première victoire, obtenue le 10 septembre 2021, qui avait permis de suspendre en urgence la chasse de ces espèces mal en point.

Par ailleurs, le 14 décembre, l’ordonnance de référé du Tribunal administratif de Basse-Terre saisi par les associations ASPAS, ASFA, LPO, AMAZONA, TO TI JON et AEVA a permis de suspendre à nouveau la chasse du Pigeon à cou rouge : en effet, suite à notre victoire du 10 septembre, le préfet avait osé réautoriser la chasse de cette espèce par arrêté le 26 novembre !

Il y a donc eu une courte période où cette espèce a pu hélas subir de nouvelles volées de plomb…

Chose rare en matière de chasse, le juge a retenu le principe de précaution pour justifier ses décisions, ce qui est une excellente nouvelle. Le bon sens voudrait évidemment que tout acte de chasse soit immédiatement suspendu, lorsqu’il est avéré qu’une espèce est en mauvais état de conservation, mais ça c’est sans compter l’influence du puissant lobby chasse…

Dans le cas présent, ces deux victoires à 15 jours d’intervalle interviennent dans un contexte favorable, après des années de combat judiciaire devant ce même Tribunal en faveur de deux autres oiseaux en mauvais état de conservation, et pour lesquels nous avons déjà obtenu gain de cause : la Grive à pattes jaunes et le Pigeon à couronne blanche.

Les arguments retenus par le juge

Concernant la Barge hudsonienne, le juge a motivé sa décision du 30 décembre par le fait qu’elle figure sur la liste rouge des espèces menacées en France (UICN) où elle est classée « vulnérable », et qu’il n’existe aucune évaluation certaine de la population locale et de sa dynamique en Guadeloupe (on estime à moins de 250 le nombre d’individus matures par an). Par ailleurs, le conseil scientifique régional du patrimoine naturel de la Guadeloupe (CSRPN) a rendu un avis favorable à la protection pour cette espèce (avis n° 2016/02 du 10 mars 2016).

La Colombe rouviolette, quant à elle, est classée dans la catégorie « quasi menacée » sur la liste rouge des espèces menacées en France (UICN), c’est-à-dire qu’elle se situe proche du seuil des espèces menacées si des mesures de conservation spécifiques ne sont pas prises. Comme pour la barge, il n’existe aucune évaluation certaine de la population locale et de sa dynamique en Guadeloupe, et le CSRPN a également rendu un avis favorable à la protection pour cette espèce. De plus, la période de chasse autorisée couvre en partie la période de reproduction et de nidification de l’espèce (février à août), ainsi que la période de dépendance des jeunes individus, qui peut s’étendre jusqu’à mi-septembre, selon les observations scientifiques disponibles.

Ce dernier argument a également été retenu pour le Pigeon à cou rouge, sachant que sa période de reproduction et de nidification s’étend de mars à octobre, et que la période de dépendance des jeunes individus peut même s’étendre jusqu’à novembre, selon certaines observations.

Par ailleurs, aucune étude scientifique ne permet d’évaluer la population actuelle de Pigeons à cou rouge alors que cette espèce est rare, en déclin, ou à tout le moins peu commune.

Enfin, le juge a même retenu qu’il « apparait particulièrement peu crédible qu’un contrôle soit réellement et efficacement exercé sur les prélèvements effectués quotidiennement par les chasseurs ». Ce faisant, il relève l’inutilité des quotas fixés par le préfet, insuffisants et surtout dont le respect est invérifiable en pratique.

Comme pour le Pigeon à couronne blanche et la Grive à pieds jaunes, il est à espérer que le préfet finisse par écouter la voix des scientifiques et des associations de protection de la nature pour épargner ces trois autres espèces en déclin. Nous serons en tout cas très vigilants pour la suite, nous attendons l’inscription de ces oiseaux sur la liste des espèces protégées, et n’hésiterons pas à saisir à nouveau le tribunal si nécessaire !

Rappelons, pour conclure, que nos associations avaient également fait suspendre, en juillet 2021, la chasse de la Barge hudsonienne et du Pigeon à cou rouge dans l’île voisine de la Martinique, mais aussi d’autres espèces menacées (Pigeon à couronne blanche, Courlis corlieu, Pluvier doré, Pluvier argenté, Moqueur corossol, Bécassin roux).

Il est grand temps que le ministère en charge de la biodiversité accorde à toutes ces espèces le statut qu’elles méritent, celui d’espèces légalement protégées !

Éoliennes et argent public : autant en rapporte le vent

La France compte quelque 8000 éoliennes sur son territoire.

éoliennes

L’État prévoit 6500 monstres d’acier supplémentaires à l’horizon 2028. Un business ultra-juteux au profit de quelques-uns sur le dos des contribuables. 

L’adoption, le 21 avril 2020, du projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour 2019-2028 a tout d’une décision prise en catimini.

Le choix, en pleine crise du Covid, de faire passer par décret un projet qui prévoit d’accélérer le développement de l’éolien pour produire de l’électricité subventionnée tient plus de l’idéologie que d’une forme saine d’écologie.

Car sous prétexte de sauver la planète, le vent de folie des éoliennes s’est abattu sur les campagnes françaises.

La prolifération des éoliennes est devenue une priorité nationale…

Ces monstres d’acier sont devenus un véritable business.

En 2018, la Cour des comptes a estimé l’engagement public pour les énergies renouvelables à 121 milliards d’euros, dont 40,7 milliards d’euros en 20 ans pour l’éolien.

Et ce n’est qu’un début.

Patrice Cahart, auteur de « La Peste éolienne », a fait ses calculs : il en coûtera 145 milliards d’euros, « si l’on « remplace » d’ici à 2035, comme le voudrait la PPE, douze réacteurs nucléaires par de l’éolien et du photovoltaïque ».

L’État finance à prix d’or le rachat de l’électricité éolienne à leurs exploitants pour leur permettre de générer artificiellement d’importants profits.

Quand le prix de marché est de 51 euros par mégawattheure, le prix d’achat moyen garanti pour l’électricité produite par les futures éoliennes en mer est de 140 euros par mégawattheure

Par ici, l’oseille !

‍Le chantier d’un parc éolien a été lancé en baie de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), il y a quelques mois. 62 éoliennes en mer de 207 mètres de haut (la taille de la tour Montparnasse) sont prévues pour 2023.

Les opposants à ce monstrueux projet (parmi lesquels les pêcheurs de la région) dénoncent notamment les avantages financiers exorbitants accordés par l’État au promoteur éolien espagnol Iberdrola : des recettes de 4,7 milliards d’euros garanties par l’argent public, en plus du désastre écologique pour la faune marine.

Si ces sommes colossales sont financées par les contribuables par l’entremise des subventions d’État, elles le sont aussi par les consommateurs d’électricité.

Entre janvier et avril 2020, le surcoût de l’électricité éolienne par rapport au prix du marché a atteint 1 milliard d’euros !

Il faut savoir qu’avec la CSPE (contribution au service public de l’électricité), une taxe payée sur notre facture d’électricité, un ménage français débourse en moyenne 65 euros par an pour financer les énergies renouvelables.

Peu productives et polluantes

‍Ces aides publiques sont totalement injustifiées tant ces éoliennes sont peu productives et polluantes. Ces ventilateurs géants fonctionnent en moyenne à 25% de leur capacité.

Trop peu de vent : ça ne tourne pas. Trop de vent : il faut l’arrêter.

Pour combler cette intermittence, il faut avoir recours à une force de secours rapide à mettre en œuvre, la plupart du temps des centrales thermiques à gaz qui sont très polluantes.

Cette politique fait le jeu de la Russie (fournisseur de gaz) et de l’Allemagne (promoteurs éoliens), au détriment du savoir-faire nucléaire français et de notre souveraineté énergétique.

Les chiffres de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) sont sans appel : le nucléaire émet 6 g de CO² par kWh.

Contre 10 g pour l’éolien (auxquels il faut ajouter 50 à 200 g pour les technologies de stockage) et 400 g pour une centrale à gaz…

Nos gouvernants, qui ont pourtant fait de la lutte contre l’émission de CO² l’alpha et l’omega de leur politique environnementale, seraient-ils devenus subitement aveugles ?

‍Jusqu’à 240 m de haut pour les plus grandes (plus que la tour Montparnasse), avec des pales de 100 m de long… ce sont des monstres de béton et d’acier.

La majorité des exploitants échappent aux appels d’offres, les éoliennes poussent donc comme des champignons !

En mer, montagne, sur les côtes, dans les parcs naturels… Les habitants des Hauts-de-France sont les plus touchés, et notamment dans la Somme, où les maires des petits villages sont harcelés par les promoteurs éoliens.

Les pales sont non recyclables car hautement toxiques.

Au bout de 20 ans, il faut les enterrer comme les déchets radioactifs. Un socle d’éolienne, c’est en moyenne 50 tonnes de ferraille et 1500 tonnes de béton armé.

Elles sont polluantes et défigurent nos paysages. Elles portent atteinte à la santé des êtres humains du voisinage (ombres dansantes, le bruit, les infrasons, les champs électro-magnétiques)

60 000 oiseaux tués chaque année  

‍Elles sont aussi mortelles pour la faune. Selon les associations de défense des animaux, ce sont 60 000 oiseaux qui meurent chaque année à cause des éoliennes en France.

Dans une ferme de Loire-Atlantique, 400 veaux et vaches laitières sont morts depuis l’installation d’éoliennes à proximité.

À cause des éoliennes maritimes, les baleines victimes des infrasons s’échouent, les oiseaux marins sont décimés, les poissons disparaissent.

Mais face au passage en force de l’État et des préfets pour imposer les parcs éoliens aux populations locales, de plus en plus de Français s’interrogent sur le bien-fondé de la production d’énergie éolienne. Stéphane Bern, Brigitte Bardot, les opposants à l’éolien gagnent en visibilité médiatique.

Le vent de l’opinion est-il en train de tourner ?

Jean-Baptiste Leon

Directeur de la rédaction

Oiseaux marins : déclin « catastrophique » en Nouvelle-Calédonie

Selon une récente étude, les populations d’oiseaux marins s’affaiblissent rapidement en Nouvelle-Calédonie. Les chercheurs déplorent une protection insuffisante de cette zone d’une richesse exceptionnelle.

Phaétons à brins rouges, sternes huppées, puffins du Pacifique… Les îlots coralliens d’Entrecasteaux, au nord-ouest de la Nouvelle-Calédonie, font partie des zones les plus riches en oiseaux marins de la planète. Une étude publiée fin décembre dans le Bulletin de la Société zoologique de France montre que cette situation pourrait se dégrader. Le groupe de chercheurs a constaté un effondrement des populations d’oiseaux marins sur ces atolls. Il pourrait mener, à terme, à des extinctions locales.

Afin d’aboutir à ces résultats, les auteurs ont analysé quatorze rapports de missions ornithologiques réalisées entre 2002 et 2018. Leurs données ont permis d’évaluer l’évolution de la population de 5 des 13 espèces d’oiseaux marins recensés sur ces îlots : le puffin du Pacifique (Puffinus pacificus), le fou masqué (Sula dactylatra), le fou brun (Sula leucogaster), le fou à pieds rouges (Sula sula) et le noddi noir (Anous minutus). « Nous constatons qu’il y a une tendance systématique à la baisse, entre 2 et 4 % par an », dit à Reporterre Philippe Borsa, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et auteur principal de cette étude. Il qualifie de « catastrophique » cette baisse démographique : « Ces oiseaux vivent entre quinze et trente ans environ. Cette trajectoire ne permet pas le renouvellement de la population. »

Ces résultats sont d’autant plus inquiétants qu’ils concernent l’une des zones tropicales les plus préservées du monde. Des effondrements démographiques similaires ont été observés ailleurs dans la région, notamment au niveau des îles Chesterfield et de la partie australienne de la mer de Corail, explique le chercheur. « En observant cela dans l’une des zones les plus riches de la planète, il y a de quoi se poser des questions pour le reste. »

poussin de fou à pieds rouges

« C’est une chute extraordinairement brutale en l’espace de quinze ans », dit à Reporterre Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui n’a pas participé à cette étude. Lorsque le biologiste s’était rendu sur place, au milieu des années 1990, on comptait entre 4 300 et 5 800 couples de fous à pieds rouges dans l’archipel. Selon les données récoltées, il n’y en aurait aujourd’hui plus qu’une cinquantaine. Ce déclin est d’autant plus frappant, note Vincent Bretagnolle, que des mesures avaient été prises dans les années 2000 pour freiner la baisse déjà observée à l’époque. Les rats avaient notamment été éliminés. Ce document, poursuit le chercheur, devrait sonner comme une alerte pour les autorités : « Un phénomène très spectaculaire se passe sous nos yeux, et nécessite une étude approfondie sur ses causes. »

Surpêche, pollution…

Philippe Borsa émet plusieurs hypothèses quant aux causes de cette diminution des populations d’oiseaux marins néo-calédoniens. La première est la surpêche de thons, qui peuvent se nourrir des mêmes proies que les oiseaux marins. Paradoxalement, leur présence facilite l’alimentation de leurs camarades à plumes. Pour fuir les thons, les petits poissons remontent vers la surface, où les oiseaux marins peuvent les attraper. « Si la présence des thons diminue, les oiseaux ont moins de poissons à se mettre sous la dent. »

Le chercheur évoque également le réchauffement de la mer et la pollution due au plastique, parfois ingéré par les oiseaux marins. Ces débris de plastique remplissent leurs estomacs sans leur procurer d’énergie. Les calmars et poissons dont ils se nourrissent pourraient également être de moins bonne qualité à cause de la pollution. « Cela expliquerait une baisse d’efficacité à la reproduction, ou une moins bonne croissance. »

fou masqué

Localement, le chercheur déplore les nombreux dérangements dont sont victimes ces espèces très sensibles : « De plus en plus de plaisanciers abordent ces îlots. Cela génère du stress. Les oiseaux peuvent abandonner leur nid, laisser leurs œufs mourir au soleil ou leurs poussins souffrir de déshydratation. » Ces atolls sont également visités annuellement à des fins de suivi environnemental. L’arrivée d’êtres humains suréquipés peut déstabiliser les individus présents, dont certains nichent en bord de plage : « Les œufs peuvent être écrasés, ou des poussins mourir de noyade en allant à l’eau sous l’effet de la panique. »

Une réglementation « insuffisante »

Les auteurs de cette étude estiment que la réglementation actuelle est « insuffisante au regard des enjeux écologiques ». Cela peut surprendre : la zone est en effet inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, et fait partie du Parc naturel de la mer de Corail, la plus grande aire marine protégée française. En théorie, l’accès à ces atolls est réglementé, et la chasse interdite. Philippe Borsa fustige une « protection de papier » : « Sans surveillance, les braconniers et les plaisanciers peuvent continuer à vaquer à leurs occupations. » Les gestionnaires du parc ne se sont selon lui pas encore donné les moyens de le protéger efficacement : « Leur préoccupation est de protéger la biodiversité, dans un but de promotion touristique. Ils ont tendance à présenter le parc comme quelque chose de merveilleux, à vouloir absolument mettre en avant ses effets bénéfiques. Mais les faits sont moins reluisants. »

Si ces trajectoires d’effondrement devaient se poursuivre jusqu’à des extinctions locales, les conséquences pourraient être dramatiques. Les oiseaux étudiés par l’équipe de chercheurs participent en effet à la régulation des populations de proies dans la région. Les nutriments contenus dans leurs fientes sont également bénéfiques à la végétation et aux coraux. Au-delà de leur contribution à la santé des écosystèmes, « une mer vide, sans oiseaux marins, ce serait triste », note Philippe Borsa.

 

Le chardonneret, victime d’un trafic de haut vol

chardonneret_elegant

Cet oiseau, prisé pour sa beauté et son chant mélodieux, est victime d’un trafic qui traverse les frontières, de la Méditerranée à la Belgique.

Dans une cage minuscule, au fond du marché aux puces de Marseille, un petit oiseau s’affole. Masque rouge autour du bec, éclat jaune aux ailes, quelques touches de noir et de blanc : c’est un chardonneret élégant. Un client s’en approche, le vendeur surgit et, en quelques secondes, l’homme repart dans le tumulte du grand bazar, son butin enfoui dans un sac plastique.

Quelques pas plus loin, entre l’allée des viandes et celle des épices, ce sont deux hommes qui palabrent, accroupis devant une cage où s’entassent cette fois cinq ou six oiseaux de la même espèce. « Il y a quelques années, les chardonnerets étaient vendus en pleine rue, maintenant, ils les cachent… On gagne du terrain, ils ont au moins compris que c’était illégal », note Jean-Yves Bichaton, chef du service départemental de l’Office français de la biodiversité (OFB), qui s’efforce de démanteler le trafic de cet oiseau protégé.

Des deux côtés de la Méditerranée, dans le sud de la France et plus encore au Maghreb, le chardonneret se meurt d’être tant adoré. Sa capture à l’état sauvage a pris une telle ampleur qu’elle menace l’espèce, déjà fragilisée. La passion pour cet oiseau est ancienne – en Afrique du Nord, on trouve trace de son usage domestique dès le VIIIe siècle. Il porterait chance au foyer. Sa beauté, délicate, a charmé plus d’un peintre. Et, pour une fois, son ramage se rapporte à son plumage : son chant est vif, virevoltant, varié… Si bien que certains capturent des oiseaux pour les « écoler » (les entraîner), les enfermant plusieurs mois avec un oiseau maître chanteur ou des enregistrements sonores, afin qu’ils apprennent à imiter leurs vocalises à la note près. Les plus virtuoses prennent une grande valeur, qui peut dépasser les 500 euros.

« Savoir comment c’est organisé »

Mais le plus souvent, son commerce est moins juteux. En France, les spécimens tout juste capturés seraient vendus entre 20 et 50 euros, puis revendus jusqu’à 80 à 100 euros au marché aux puces de Marseille, épicentre de ce trafic. Leurs prédateurs : « Ça va du passionné qui fait ça par tradition familiale, sans y voir le mal, à des trafiquants polyvalents, qui s’en servent comme ressource d’appoint », expose Jean-Yves Bichaton.

Si la peine encourue est de trois ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende, les condamnations sont, de fait, bien plus faibles. Et le trafic, dit-on, est plus rentable que le cannabis. Pas besoin d’investir ni d’aller loin pour s’en procurer : l’oiseau est commun sur les terrains vagues et les friches des zones urbaines, sur toute la côte méditerranéenne. Dans les quartiers nord de Marseille, par exemple.

On y retrouve M. Bichaton, en repérage. « On nous a signalé un terrain où il y aurait des captures assez intensives depuis quelque temps », annonce-t-il. Sur la route, des squats, des vendeurs de cigarettes à la sauvette, un immeuble en ruine, une voiture brûlée… Et, enfin, passé un chemin de fer, une sorte de no man’s land. « On y est, montre l’agent de l’OFB en longeant un vaste terrain embroussaillé, derrière un grillage. Là, il faut être discret, on peut vite se faire repérer. » Nul braconnier ce jour-ci, les inspecteurs de l’environnement repasseront. « On surveille, on peut intervenir sur un flagrant délit avec la police, mais on cherche surtout à savoir comment c’est organisé, qui fait quoi, et quelle est l’ampleur du trafic », explique-t-il.

Entre octobre et décembre, les chardonnerets, poussés par le froid, migrent vers le sud en vols denses. « On en a vu attraper jusqu’à soixante oiseaux en une matinée, relève Jean-Yves Bichaton. Parmi eux, 90 % meurent dans les mois qui suivent. Ils ne se remettent pas du traumatisme de la capture. »

Dans les bureaux de l’OFB des Bouches-du-Rhône, le matériel saisi donne une idée des méthodes employées. Une petite cage bricolée, où un oiseau, l’« appelant », attire ses congénères en chantant ; des brindilles couvertes de glu ; ou encore la cage à trébuchet, avec son couvercle qui se referme d’un coup sec sur l’animal piégé. Au printemps, certains se contentent de voler les œufs et les oisillons dans les nids.

Globalement, le trafic semble artisanal, et la plupart des dossiers se résument à une poignée d’oiseaux mal en point… « Est-ce que ces braconniers ont un réseau organisé entre eux ? Les enquêtes n’ont pas encore permis de le démontrer », note Michel Sastre, premier vice-procureur de Marseille. Les chardonnerets ne sont pas non plus la priorité d’une justice surchargée… « Même s’il y a une sensibilité qui monte sur l’environnement », assure le magistrat.

Volatile classé « vulnérable »

Signe d’une biodiversité qui s’érode, le chardonneret élégant est menacé, et pas seulement par les braconniers. Classé vulnérable sur la liste rouge des oiseaux de France, il a subi, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), une réduction de près de 40 % de ses effectifs en dix ans. En cause, l’intensification de l’agriculture et le recul des prairies. « La réforme de la PAC de 2015 a fortement réduit les chaumes et les sols nusen hiver, où restaient des grains et des plantes adventices qui fournissaient une ressource alimentaire à ces oiseaux granivores », précise Frédéric Jiguet, professeur au Muséum national d’histoire naturelle. Le braconnage, « avec probablement des milliers d’oiseaux capturés chaque année »selon l’UICN, est une cause de mortalité additionnelle, dont l’ampleur n’est pas précisément évaluée en France.

Au Maghreb par contre, ses effets sont très nets. Selon une étude publiée en 2017 dans Scientific Reports, le « braconnage industriel » du chardonneret a commencé au début des années 1990. Entre 1990 et 2016, son aire de répartition s’est réduite de 57 %, et il a quasiment disparu de Tunisie et d’Algérie. Cette pénurie a conduit, selon l’étude, « à l’augmentation de sa valeur économique et à la mise en place d’un réseau d’échanges internationaux dans l’ouest du Maghreb », le Maroc approvisionnant massivement ses voisins.

Quinze millions de chardonnerets seraient ainsi détenus dans les foyers marocains, algériens et tunisiens, provenant presque exclusivement de captures à l’état sauvage. « C’est très paradoxal, la population sait que le chardonneret a quasiment disparu de son milieu naturel et que son commerce est interdit, mais, malgré tout, la demande de spécimens sauvages reste très importante », commente Sadek Atoussi, chercheur en écologie à l’université du 8-Mai-1945, à Guelma, en Algérie.

La Belgique, plaque tournante notoire

Le trafic ne faiblit pas, et traverse les frontières. Des chardonnerets d’Afrique du Nord sont emportés en France, voyageant en ferry dans de petites boîtes cachées au fond de la voiture. Certains passent aussi par l’Espagne. « Malgré la pénurie au Maghreb, on continue à saisir des oiseaux à l’import… Mais ce qui est nouveau, c’est qu’on commence à voir aussi l’inverse, des chardonnerets qui passent de la France au Maghreb », relate Fabrice Gayet, référent des douanes pour la faune et flore.

Parvenus dans les ports du sud de la France, certains spécimens poursuivent leur route vers le nord. A Paris, le marché aux oiseaux, qui ouvrait les dimanches sur l’île de la Cité, a été fermé par la Mairie en février, officiellement pour mettre fin à ces trafics illégaux. Qu’à cela ne tienne : la Belgique est aussi une plaque tournante notoire. On y retrouve des chardonnerets importés, du Maghreb donc, et de France ; d’autres exportés vers les Pays-Bas, l’Italie… Sans compter ceux qui sont capturés et revendus localement.

En Belgique comme dans le nord de la France, cet attachement est aussi culturel. « Avant, les mineurs descendaient au fond des mines avec des canaris pour prévenir du coup de grisou, car ces oiseaux sont très sensibles au gaz. Le rapport à l’oiseau est resté très ancré, avec des concours de chant, de beauté, des croisements entre canaris et chardonnerets… », raconte Jean-Michel Vasseur, chef adjoint du service de l’OFB du Nord, qui compte une dizaine de procédures complètes par an. Des chasseurs et pêcheurs surtout, qui braconnent à la tenderie – un filet tendu à la verticale –, piégeant des chardonnerets mais aussi des tarins des aulnes, des sizerins flammés, des bouvreuils, des pinsons, des verdiers…

Concernant le commerce de ces oiseaux, la Belgique a l’avantage d’être plus souple que la France, où seuls de rares éleveurs capacitaires sont autorisés à détenir des chardonnerets d’apparence sauvage, issus de l’élevage – les chardonnerets croisés pour obtenir certains coloris sont, eux, considérés comme domestiques.

En Belgique, il suffit au contraire que l’oiseau soit bagué pour autoriser sa détention. « Plus de 90 % des éleveurs détiennent des oiseaux capturés illégalement, auxquels ils posent une fausse bague pour les légaliser, ce qui leur permet de doubler ou de tripler leur prix », explique Fabien Molenberg, garde pour l’unité antibraconnage de la région wallonne. L’officier croule sous les dossiers, dont certains mettent au jour un trafic plus structuré : « Il y a ceux qui capturent, ceux qui recèlent, ceux qui ont le réseau pour écouler les oiseaux… Certaines bandes sont organisées en associations de malfaiteurs, comme des trafiquants de drogue. »

Le Monde 28 décembre 2021