L’extinction de masse de la biodiversité sur Terre pourrait finalement être la septième – et non la sixième

7°extinction de masse

Les scientifiques l’appellent la « faune d’Ediacara », du nom de collines au sud de l’Australie où elle a été découverte à partir de 1946. Il s’agit de fossiles d’animaux visibles à l’oeil nu et vieux de 550 millions d’années, formant une exceptionnelle biodiversité. Il faut imaginer la scène qui s’est « imprimée » dans les sédiments : d’étranges « pétalonamides » au corps en forme de plumes côtoyaient les Kimberella, semblables aux limaces actuelles, alors que flottaient déjà les ancêtres des méduses (Cnidaires).

Mais lorsque l’on compare cette riche faune d’Ediacara au « registre fossile » (ensemble des fossiles connus) daté de seulement 10 millions d’années plus tard, le tableau change du tout au tout : 80 % des espèces ne sont pas retrouvées. Qu’a-t-il pu se passer entretemps ?

Plusieurs hypothèses ont été envisagées. Par exemple, les trilobites – des arthropodes marins au corps recouvert d’une « armure » – auraient pu entrer en compétition avec les autres espèces jusqu’à pousser ces dernières à l’extinction. Ou alors, les conditions propices à la formation de fossiles – température et pression permettant de préserver jusqu’à nos jours les coquilles et d’autres restes d’animaux morts – ont temporairement cessé d’être réunies, ce qui aurait pu donner l’illusion que la faune avait disparu.

La première extinction de masse de l’histoire terrestre ?

Autre possibilité : une extinction de masse aurait sévi sur l’ensemble de la planète. Une hypothèse qui vient de recevoir un sérieux « coup de pouce », si l’on peut dire, avec une nouvelle étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (11/2022). D’après ses auteurs, la toute première crise d’extinction de masse sur Terre aurait eu lieu il y a 550 millions d’années (Ma). Actuellement, les cinq crises majeures de la biodiversité universellement reconnues sont les suivantes :

  • La crise de l’Ordovicien-Silurien (-440 Ma)
  • La crise du Dévonien (-365 Ma)
  • La crise du Permien-Trias ou « grande extinction » (-250 Ma)
  • La crise du Trias-Jurassique (-210 Ma) ;
  • La crise du Crétacé (-66 Ma) qui a vu notamment l’extinction de tous les dinosaures (hormis les ancêtres des oiseaux).

L’équipe, menée par l’Américain Scott Evans, chercheur en post-doctorat à l’Institut polytechnique et université d’État de Virginie (Virginia Tech), a compilé une base de données de fossiles datés de 550 millions d’années et déjà décrits dans la littérature scientifique, avant de trier chaque spécimen en fonction de différents facteurs (lieu, taille, mode d’alimentation, etc.). Au total, 70 genres d’animaux ont été recensés, dont seulement 14 étaient encore retrouvés une dizaine de millions d’années plus tard.

Dans leur analyse, les auteurs n’ont pas remarqué de changements significatifs concernant les conditions nécessaires à la préservation des fossiles, ni même de différences dans les modes d’alimentation entre les genres « disparus » et les « survivants » – mettant ainsi à mal les deux autres hypothèses évoquées plus haut.

En revanche, les chercheurs ont mis en évidence une tendance marquante. « Nous avons examiné le modèle de sélectivité – quels (organismes) ont disparu, lesquels ont survécu et lesquels ont prospéré par la suite« , explique le Pr Shuhai Xiao, géobiologiste à Virginia Tech et co-auteur de l’étude, cité par LiveScience. « Il s’avère que les organismes qui ne pouvaient pas faire face à de faibles niveaux d’oxygène ont été sélectivement éliminés. »

Survivre à la baisse du taux d’oxygène

Ainsi, l’ensemble des êtres vivants qui ont survécu avaient tous un point commun : leur corps se caractérisait par un rapport surface/volume élevé – une caractéristique dont on sait qu’elle aide les animaux à résister à des conditions de faible teneur en oxygène. Cette observation, associée à des preuves géochimiques d’une diminution de l’oxygène il y a 550 millions d’années, suggère que « l’Édiacarien » (période géologique associée à la faune d’Ediacara) a pu s’achever avec une extinction de masse provoquée par une faible disponibilité de l’oxygène dans l’océan.

Néanmoins, l’étude ne conclut pas quant à la cause de cette chute du taux d’oxygène. L’auteur principal évoque auprès de LiveScience la piste des éruptions volcaniques, celle de mouvements au niveau des plaques tectoniques, ou encore, d’éventuels impacts d’astéroïdes. Sans exclure une explication moins « spectaculaire », telle qu’une modification des quantités de nutriments dans les océans – ce qui se rapprocherait, toutes proportions gardées, d’un phénomène observé de nos jours.

En effet, l’agriculture à base d’engrais synthétiques et le déversement des eaux usées relâchent d’importantes quantités de nutriments – en particulier du phosphore et de l’azote – dans les écosystèmes marins et fluviaux. Ces rejets engendrent une prolifération des algues, qui étouffent les milieux en consommant tout l’oxygène disponible, créant ce que les scientifiques appellent des « zones mortes ». « Cette étude nous aide à comprendre (quelles peuvent être) les répercussions écologiques et géologiques à long terme des épisodes de carence en oxygène« , commente le Pr Xiao.

Destruction des habitats naturels et réchauffement climatique

Mais la pollution n’est pas la seule cause de la crise actuelle, qualifiée de « sixième extinction de masse » par certains chercheurs – et qu’il faudra donc peut-être désormais qualifier de « septième extinction de masse », si les résultats de l’équipe américaine venaient à être confirmés. De nos jours, les principaux facteurs de déclin de la biodiversité ne sont autres que la destruction des habitats naturels (au profit des villes, des pâturages pour le bétail et des champs agricoles), suivie de près par la surexploitation des ressources naturelles et par le braconnage.

Le réchauffement climatique – engendré par les gaz à effet de serre émis principalement par l’usage humain de l’énergie fossile – est appelé à devenir une cause majeure d’extinction des espèces animales et végétales, selon le WWF, dont l’Indice Planète Vivante (IPV) a mis en évidence une perte de 69 % des populations (en effectif et non en nombre d’espèces) de vertébrés sauvages – poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles – entre 1970 et 2018 (WWF, 2022).

Source GEO

Quelle est la composition de l’eau du robinet ?

« On connaît la composition chimique des eaux minérales en bouteille, mais que sait-on de la composition chimique de l’eau du robinet ? », nous demande Vinh Hung Loi sur notre page Facebook. C’est notre question de la semaine. Pour y répondre, découvrez ci-dessous un extrait d’un article précédemment publié sur le site de Sciences et Avenir et intitulé « L’eau, ça ne coule pas toujours de source« .

L’eau, indispensable à notre santé

Bien sûr, l’eau est indispensable à notre santé. Et pour cause, elle constitue 60 % de notre corps. Elle est essentielle pour maintenir sa température, assurer la bonne circulation du sang, l’oxygénation des cellules et l’élimination des déchets. Mais nous en perdons aussi une partie – entre 2 et 2,5 litres – au cours de la journée. Une perte qu’il faut compenser par des apports, contenus dans l’alimentation (environ 1 litre) ou sous forme de boissons (1,5 litre).

L’eau du robinet, une boisson qui apporte sels minéraux et oligoéléments

62 % de l’eau potable provient de ressources souterraines (source ou nappe profonde) et 38 % d’eaux de surface (fleuves, rivières, lacs). Depuis son captage jusqu’au consommateur, elle fait l’objet d’un contrôle sanitaire régulier (18 millions d’analyses chaque année en France) et doit répondre à près de 70 critères de qualité, parmi lesquels la saveur, l’absence de substances toxiques (plomb, arsenic…), de germes pathogènes, etc.

L’eau potable apporte aussi des sels minéraux et des oligoéléments (substances minérales formées naturellement dans les roches et présentes en très faibles quantités dans l’organisme) dont elle s’est chargée au contact des sols et des roches : du calcium et du magnésium sous forme de carbonates, du fluor (dont la teneur est limitée à 1,5 mg/l car un apport excessif peut provoquer une fluorose, une altération des dents et des os).

Pas totalement exempte de pesticides

En 2018, 90,6 % de la population a été alimentée en permanence par de l’eau respectant les limites de qualité réglementaires pour les pesticides (0,1 microgramme par litre et par molécule au maximum). Ce qui signifie que près d’un Français sur dix consomme – parfois temporairement – une eau dépassant ces seuils. Après avoir décortiqué les analyses effectuées en 2019 par les agences régionales de santé (ARS), qui contrôlent la qualité de l’eau du robinet, l’association environnementale Générations futures a pointé du doigt la présence de molécules cancérogènes mutagènes reprotoxiques (CMR) et des perturbateurs endocriniens. Or, ces molécules peuvent agir à très faibles doses et produire un effet même quand leur quantité ne dépasse pas la limite légale, craint l’association.

Sans compter que dans certaines régions françaises (Bretagne, Centre-Val de Loire, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine), les eaux des réseaux de distribution dépassent la norme de 50 milligrammes par litre (mg/l) de nitrates et ne doivent être bues ni par les femmes enceintes ni par les nourrissons.

Aucun microplastique dans l’eau du robinet

Le magazine Que Choisir a réalisé des analyses sur 20 marques d’eau en bouteille vendues en France, et à titre de comparaison, sur l’eau du robinet. Les résultats sont plutôt rassurants : aucun microplastique n’a été détecté dans l’eau du robinet, pas plus que dans 11 marques d’eau en bouteille. Les neuf autres n’en contenaient qu’à l’état de traces (1 microfibre par litre au maximum). 

Des chimpanzés filmés avec un comportement que l’on pensait être unique aux humains

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Des scientifiques ont découvert que les chimpanzés pouvaient partager des objets avec leurs semblables juste pour avoir de l’attention. Ce comportement était jusque-là uniquement associé aux humains.

On savait déjà que les chimpanzés partageaient de nombreux points communs avec les humains. Mais des scientifiques anglais viennent de découvrir que cette ressemblance est encore plus forte que ce qu’ils pensaient. Ces grands singes partageraient des objets avec leurs semblables, juste pour avoir de l’attention.

En Ouganda, dans le Kibale National Park, les scientifiques ont pu filmer pour la première fois ce type d’interaction. La découverte a été décrite dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

Le partage d’une feuille

Une femelle adulte sauvage nommée Fiona a été filmée en train de ramasser une feuille, la mettre à la bouche, puis montrer ladite feuille à sa mère, Sutherland, pendant plusieurs secondes, avant de la retirer de sous son nez. Pour les experts, cela démontre bien que Fiona partage ce qu’elle possède uniquement pour avoir de l’attention. Ce comportement social était jusque-là uniquement associé aux humains.

« Il a été suggéré que le « partage pour le partage » est un trait uniquement humain, mais notre observation de ces chimpanzés sauvages remet cela en question, a déclaré l’auteur de l’étude, le Dr Claudia Wilke du département de psychologie de l’Université de York. Nous avons observé un chimpanzé adulte montrant à sa mère une feuille qu’elle avait nettoyée, non pas parce qu’elle voulait qu’elle fasse quoi que ce soit avec la feuille, mais très probablement parce qu’elle voulait simplement qu’elle regarde aussi la feuille. »….

….

Un comportement similaire à celui d’un jeune enfant

Afin d’en arriver à cette conclusion, l’équipe de scientifiques a examiné 84 événements similaires de nettoyage des feuilles, afin « d’explorer la motivation probable de Fiona pour son geste ». D’autres explications, comme le partage de nourriture et le fait de se toiletter ou de jouer, ont ainsi été écartées….

Article complet sur GEO.fr / Chloé Gurdjan, 15/11/2022

Chasse « traditionnelle » : l’État à nouveau condamné

alouette des champs

Et de quatre. Le Conseil d’État a annulé, pour la quatrième année consécutive, les arrêtés ministériels autorisant les chasses dites « traditionnelles » – des « pratiques moyenâgeuses » de piégeage d’oiseaux sauvages, selon la Ligue pour la protection des oiseaux.

L’an dernier, la ministre de l’Écologie, Barbara Pompili avait en effet autorisé la chasse à l’aide de filets et de cages – appelées matoles, tenderies ou encore pantes dans le jargon des chasseurs – de certains oiseaux, dans plusieurs départements. Alouettes des champs, grives, vanneaux huppés ou pluviers pouvaient ainsi être piégés et tués.

Dans quatre décisions rendues le 23 novembre, la plus haute juridiction administrative a jugé ces autorisations illégales, car contraires à la directive Oiseaux, qui interdit les techniques de capture massive sans distinction des espèces.

« S’acharner sur des espèces en déclin n’est pas digne »

Pour le Conseil d’État, arguer d’un mode de chasse traditionnel ne justifie pas d’autoriser le maintien de ces méthodes de capture interdites par le droit européen. L’État est condamné à verser 12 000 euros à la LPO et One Voice.

De nouveaux arrêtés autorisant ces chasses pour la saison 2022 – 2023 ont été pris début octobre, alors que le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, s’était engagé à attendre la décision finale du Conseil d’État pour prendre sa décision. Les arrêtés ont été suspendus en urgence, fin octobre.

« S’acharner sur des espèces en déclin comme l’alouette des champs ou le vanneau huppé n’est pas digne d’un pays qui ambitionne d’être un modèle de protection de la biodiversité au niveau mondial », a déclaré dans un communiqué, Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO, qui milite pour l’abolition définitive de ces piégeages traditionnels.

Les grandes outardes pourraient « s’automédiquer »

grande outarde

Ni médecins, ni pharmacies dans les steppes et les prairies. La grande outarde (Otis tarda) n’en a cure. Une étude scientifique, publiée le 23 novembre dans la revue Frontiers in Ecology and Evolution, suggère que ce gros oiseau – les mâles peuvent peser jusqu’à 18 kilos – pourrait avoir des comportements « d’automédication ».

« Nous montrons que les grandes outardes préfèrent manger des plantes dont les composés chimiques ont des effets antiparasitiques in vitro », explique dans un communiqué Luis M. Bautista-Sopelana, scientifique au sein du Muséum national de sciences naturelles de Madrid et co-auteur de cette étude.

Pour parvenir à ces résultats, l’équipe de chercheurs (dont certains étudient la grande outarde depuis plus de quarante ans) a analysé plus de 600 échantillons d’excréments de ces oiseaux. Leurs résultats montrent qu’en période de reproduction, les grandes outardes se ruent sur deux plantes fréquemment utilisées dans les pharmacopées traditionnelles, le coquelicot (Papaver rhoeas), et la vipérine faux-plantain (Echium plantagineum). Testées en laboratoires, ces deux fleurs s’avèrent efficaces contre les protozoaires (un minuscule organisme qui peut être un parasite) et les nématodes (vers ronds). La vipérine faux-plantain agit en plus contre les champignons.

Des plantes médicinales utilisées pendant la période de reproduction

« Les mâles et les femelles pourraient bénéficier de ces plantes médicinales pendant la période de reproduction, au cours de laquelle les maladies sexuellement transmissibles sont légion, commente dans un communiqué Azucena Gonzalez-Coloma, co-autrice de cette étude et chercheuse à l’Institut des sciences agricoles de Madrid. Les mâles qui font usage de ces plantes pourraient également avoir l’air en meilleure santé, plus vigoureux, et donc plus attirants auprès des femelles. »

L’équipe de scientifiques appelle néanmoins à considérer leurs résultats avec « prudence ». Des études supplémentaires sont nécessaires pour avoir la « preuve ultime » que les grandes outardes s’automédiquent. Elles ne sont pas les seules : certains scientifiques suspectent d’autres espèces de s’adonner à ce genre de comportements. Wapitis, drosophiles, perroquets, primates, ours, cervidés… Les profils des apprentis médecins potentiels sont variés. Là encore, prévient Luis M. Bautista-Sopelana, d’autres études doivent être menées avant de tirer des conclusions définitives.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, cet oiseau rare et disparu depuis 1882 a été redécouvert

le faisan pigeon

Le faisan-pigeon à nuque bronzée est réapparu sur une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée où il avait été observé il y a 140 ans.

ENVIRONNEMENT – Son nom ne vous dit probablement rien : le faisan-pigeon à nuque bronzée. En même temps, l’espèce n’a été observée qu’une seule fois, il y a 140 ans. Elle était depuis considérée comme éteinte. Enfin, c’est ce que l’on croyait… Une équipe de scientifiques a (re)découvert cet oiseau extrêmement rare dans une forêt de Papouasie-Nouvelle-Guinée, ce dimanche 20 novembre 2022, selon CNN.

En 1882, ce pigeon de grande taille à la queue épaisse, le geai noir et les ailes rouge orangé, avait été observé sur la petite île de Ferguson, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans l’océan Pacifique. Mais depuis, plus rien, même lorsqu’une expédition est lancée en 2019 afin de retrouver sa trace. Ce qui n’a pas découragé les chercheurs du musée national de l’archipel tropical et du laboratoire américain sur les oiseaux de partir à nouveau à sa recherche.

Apparu sur un piège-caméra

Ils se sont donc rendus sur l’île où le pigeon a été observé dans le cadre d’une mission considérée comme dangereuse, du fait des difficultés d’accès à l’île montagneuse. Les scientifiques ont installé douze pièges photographiques, et discuté avec des locaux mais aussi des chasseurs… En vain, puisque l’oiseau a pris le temps pour pointer le bout de son bec. Ce que deux jours avant le départ qu’il a fait une apparition de quelques secondes sur une caméra installée en forêt.

« C’est comme si on avait trouvé une licorne ! Autrement dit c’est précisément le genre de moment pour lequel on vit quand on est ornithologue », explique l’un des scientifiques, John Mittermeier, dans un communiqué de l’université. D’autant plus que l’animal se trouvait « dans une zone avec des crêtes et des vallées escarpées. »

La communauté scientifique connaît encore peu de choses sur cette espèce, si ce n’est qu’elle semble endémique à cette petite île de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Impossible de savoir combien il en reste. Mais une chose est sûre : cette espèce de faisan-pigeon n’est plus considérée comme disparue.

 

COP27 : réparer les conséquences sans s’attaquer aux causes

simon stiell

Le secrétaire exécutif des Nations unies sur le changement climatique, Simon Stiell, lors de la séance de clôture de la COP27 en Égypte, le 20 novembre 2022. – © Mohamed Abdel Hamid / Anadolu Agency / Anadolu Agency via AFP

La COP27 s’est achevée sur un bilan mitigé : un accord historique a été adopté sur la question des pertes et dommages, mais les États n’ont pas renforcé leur ambition climatique, toujours insuffisante.

Historique, mais largement insuffisant : ainsi peut-on résumer l’Accord adopté à la COP27 de Charm el-Cheikh. Elle s’est conclue au petit matin dimanche 20 novembre, après une journée et une nuit de retard et d’intenses tractations. L’Accord est jugé « historique » par les participants. S’il acte la création d’un fonds dédié aux financements des pertes et dommages [1] il n’apporte aucune autre avancée notable. L’objectif de contenir la hausse des températures à 1,5 °C est à nouveau réaffirmé, mais les délégations des 196 pays n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour augmenter leurs ambitions de réduction de gaz à effet de serre, pourtant insuffisantes, ou à affirmer la nécessité de sortir des énergies fossiles.

  • Les pertes et dommages : un fonds dédié

Avancée majeure, la création d’un fonds dédié au financement des pertes et dommages est donc actée. Depuis 1991, cette demande des pays du Sud — les premiers touchés par les effets du changement climatique et pourtant les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre — a toujours été écartée par les pays du Nord. Mais la question a fait l’objet d’un coup de théâtre jeudi dernier quand l’Union européenne a annoncé soutenir ce projet. « Les pays riches […] ont opéré un virage à 360°. Ils ont mis fin à des décennies de blocage. […] C’est véritablement un pas de géant vers plus de justice climatique », s’est réjouie Fanny Petitbon, responsable du plaidoyer de Care France.

L’idée : accompagner les pays vulnérables confrontés à des événements climatiques majeurs « avec des financements rapides, effectifs et accessibles », a expliqué la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, à la sortie des négociations. Si les détails restent à définir, le fonds devra être opérationnel dès 2023. En outre, « un comité devra identifier les sources de financements de ce fonds, avec une optique la plus large possible. L’objectif est bien que le plus grand nombre de pays puisse y participer », a précisé le ministère de la Transition écologique. En ligne de mire, les grands pays émergents, tels que la Chine, dont la position comme pays en voie de développement pourrait évoluer.

Pour financer les pertes et dommages, l’accord prévoit également la mobilisation de la Banque mondiale, du FMI et des banques de développement. « Il recommande la mise en œuvre de financements innovants auxquels tous les pays peuvent contribuer », a aussi expliqué le ministère. Une lecture qui laisse une ouverture aux « taxes sur le maritime, le secteur aérien ou encore les énergies fossiles », a pointé Lola Vallejo, de l’Iddri, quelques heures avant la conclusion du sommet.

  • L’ambition climatique des États n’a pas bougé

Les négociations concernant l’ambition climatique, se sont soldées par un cuisant échec. Hormis l’Union européenne, le Mexique ou la Turquie, aucun État n’a rehaussé réellement ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, comme promis l’année dernière. « L’ambition climatique était insuffisante avant la COP, elle n’a pas bougé d’un pouce à la COP. Dans le contexte de crise climatique qui touche toutes les régions du monde, cette occasion manquée est dramatique », a réagi Arnaud Gilles, responsable énergie-climat pour WWF. Maigre consolation, un temps menacé d’être purement et simplement rayé du texte final, l’objectif de contenir le réchauffement climatique à 1,5 °C a été réaffirmé. Pourtant, plus de 1 000 scientifiques avaient déclaré qu’il n’était « plus acceptable d’affirmer publiquement » qu’une telle limitation soit « toujours envisageable ».

  • La sortie des fossiles balayée

Autre point de frustration : les pays n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur la sortie des énergies fossiles. Le Pacte de Glasgow, adopté l’année dernière, avait levé un tabou en engageant les pays à une « réduction progressive du charbon » et la fin des « subventions inefficaces » aux énergies fossiles. Cette année, poussés par l’Inde, plusieurs pays [2] étaient prêts à aller plus loin en mentionnant la réduction, voire la sortie, de toutes les énergies fossiles. Une formulation jugée plus équitable, car le charbon plus abordable est davantage employé dans les pays en voie de développement, quand le pétrole et le gaz sont plus fréquemment utilisés dans les pays riches. « Nous avons réussi à élargir la coalition des pays qui prônent la diminution de l’utilisation des énergies fossiles, voire la sortie », en ralliant « des grands pays qui ont des économies assises sur ces ressources », a expliqué Agnès Pannier-Runacher. En vain. Le texte final reprend tout juste la formulation de Glasgow.

Pourtant, la combustion du charbon, du pétrole et du gaz est responsable de 90 % des émissions de CO2 mondiales. Mais « le sujet est redevenu tabou », a déploré Arnaud Gilles, de WWF. « Certains pays ont bloqué l’inclusion d’une telle formulation dans le texte, renvoyant à la responsabilité première des pays développés », a expliqué le Réseau Action Climat. La ministre a dénoncé « un manque de transparence des débats », en l’absence de « groupes de contact » qui associent habituellement un pays en développement à un pays riche pour avancer sur les points de blocage. D’autres accusent le lobbying acharné du secteur. « L’influence de l’industrie des combustibles fossiles s’est manifestée dans tous les domaines, a dénoncé l’une des architectes de l’Accord de Paris, Laurence Tubiana. […] La présidence égyptienne a produit un texte qui protège clairement les États pétroliers et gaziers et les industries des énergies fossiles. Cette tendance ne peut pas se poursuivre aux Émirats arabes unis l’année prochaine [3]. » Sans oublier que l’accord final use d’éléments de langage de l’industrie des énergies fossiles, en faisant notamment référence aux « circonstances nationales » de chaque pays [4]ou aux techniques de séquestration du carbone, pourtant largement controversées.

  • D’autres rendez-vous manqués : agriculture, biodiversité, marché du carbone

Discuté dans les instances techniques de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, « le programme de travail [dit de Koronivia, et dédié à l’agriculture] a été prolongé sans remise en cause de notre système agricole, pourtant émetteur d’un tiers des gaz à effet de serre », a déploré le Réseau Action Climat. Le sujet est clivant : une partie des États mise sur l’agro-écologie et remet en question nos régimes alimentaires, quand d’autres préfèrent privilégier une « agriculture intensive durable ». Par ailleurs, les pays du Sud craignent que la définition stricte d’un modèle agricole durable ne menace leur sécurité par l’apposition d’une réglementation trop contraignante.

À quelques semaines de la COP15 sur la biodiversité qui se tiendra à Montréal, le sujet est aussi le grand absent du texte final. Aucune mention de l’importance de la biodiversité pour lutter contre le changement climatique n’apparaît. Un « silence absolument gênant », dénonce Arnaud Gilles.

Enfin, les discussions techniques sur la mise en œuvre des règles de fonctionnement du marché du carbone n’ont que peu avancé. La chargée du plaidoyer climat de CCFD-Terre Solidaire Myrto Tilianaki note toutefois « l’introduction de failles dangereuses pour l’ambition climatique et le respect des droits humains », avec le retrait de leur mention dans le texte final.

La COP27 était aussi une COP « silencieuse et très inquiétante pour de nombreux militants », a dénoncé Laurence Tubiana. « La question des droits humains et de l’espace démocratique sera également au cœur des préoccupations de la société civile » l’année prochaine, prévient le Réseau Action Climat. La COP28 se déroulera à Dubaï aux Émirats arabes unis, l’un des plus grands réservoirs de pétrole au monde.

Pesticides : le « tour de passe-passe » pour rendre l’eau potable

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Fin septembre, l’eau potable de plusieurs millions de Français contaminée par l’ESA-métolachlore, un résidu d’herbicide, est… redevenue conforme. Un « tour de passe-passe » de l’État, dénonce une ONG.

C’est l’histoire d’un polluant, l’ESA-métolachlore, qui disparaît subitement des eaux. Depuis le 1er avril 2021, ce métabolite issu de la dégradation du S-métolachlore – herbicide très largement épandu dans les cultures – est recherché systématiquement dans les analyses de qualité de l’eau. Et quand on cherche, on trouve. Sur les 16 845 prélèvements d’eau potable réalisés en France entre le 1er janvier 2022 et le 31 août 2022, 2 791 – soit près de 17 % – affichaient un taux d’ESA-métolachlore supérieur à 0,1 microgramme/litre (µg/L), la limite de qualité. Des taux fâcheux pour les industriels des pesticides — et pour l’État. L’un d’eux a donc livré de nouvelles études menant à ce que les agences gouvernementales revoient à la baisse la dangerosité de la molécule. « Un remarquable tour de passe-passe », selon Générations futures, qui dénonce « une méthode d’évaluation qui ignore le principe de précaution ».

Dès fin 2021, Syngenta, l’un des fabricants du S-métolachlore, a soumis de nouvelles études à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). « La réglementation prévoit que c’est aux industriels d’apporter les preuves de l’innocuité de leurs produits », précise Éléonore Ney, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à l’eau à l’Anses. « Jusque là, nous n’avions pas suffisamment de données sur le potentiel génotoxique de ce métabolite, les études fournies étaient anciennes et n’avaient pas été réalisées selon les normes actuelles. Nos experts ne pouvaient pas se prononcer. Dès lors l’ESA-métolachlore était classé comme molécule pertinente. » Concrètement, cela signifiait qu’au-dessus de 0,1 µg/L, l’eau était considérée comme non potable.

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Après examen critique des nouvelles données fournies par Syngenta, l’agence publie un nouvel avis : elle décide de classer l’ESA-métolachlore de substance « pertinente » à substance « non pertinente » (même chose pour le métabolite NOA-métolachlore). Autrement dit, la limite de qualité est relevée à 0,9 µg/L. Ainsi, si on appliquait ce nouveau seuil sur les mêmes 16 845 prélèvements, il n’en resterait que 66 avec des taux non conformes.

La molécule mère classée comme « cancérigène suspecté »

Les effets sont particulièrement visibles dans les départements qui affichaient les plus forts taux de contamination. « Ce nouveau classement rend caduque une grande partie des non-conformités de l’eau du robinet constatées en Bretagne », souligne Eaux et rivières de Bretagne. Désormais, on ne recense plus que 1 % de prélèvements non conformes dans le Finistère (contre 66 % de prélèvements contaminés auparavant), mais aussi dans les Côtes-d’Armor (contre 52 % auparavant) et dans la Manche (contre 60 % auparavant). Dans le Gers, on descend à seulement 5 % de prélèvements non conformes contre 55 % lorsque l’ESA-métolachlore était jugé « pertinent ». Et dans le Cher, alors que presque la moitié des prélèvements étaient non conformes, plus aucun ne dépasserait désormais la limite de qualité avec le nouveau seuil.

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Cette soudaine amélioration n’est en réalité qu’illusoire. Le métabolite est bien toujours présent dans l’eau. Générations futures souligne qu’il existe de nombreuses alertes sur le potentiel cancérigène et reprotoxique de la molécule mère, le S-métolachlore. En juin dernier, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) classait cette dernière comme cancérigène suspecté.

« La confiance dans l’eau potable a pris une claque »

« La confiance dans l’eau potable a pris une claque, affirme pour sa part Régis Taisne, chef du département Cycle de l’eau à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). 10 à 12 millions d’habitants ont été informés que leur eau n’était pas conforme. Et aujourd’hui, on leur explique qu’elle le redevient. Les usagers peuvent se poser des questions. »

D’autant qu’un nouveau classement en molécule « pertinente » n’est pas exclu, le caractère perturbateur endocrinien n’ayant pas été encore étudié. Un travail d’analyse est en cours au niveau européen. L’Anses l’écrit dans son avis : « Si la substance active, le S-métolachlore, était classée comme perturbateur endocrinien […], il serait nécessaire de réévaluer le classement de la pertinence pour le métabolite ESA. »

Par ailleurs, Régis Taisne met en garde contre les molécules de substitution, notamment le diméthénamide-P (dmta-P), substitut principal du S-métolachlore. « Depuis deux ou trois ans, Syngenta propose de nouvelles molécules. Les agriculteurs sont par exemple incités à utiliser différentes molécules pour permettre de rester sous les 0,1 µg/L, explique-t-il. Or, on commence à retrouver ces substances dans les eaux, certes en petites quantités. Mais certai nes seront peut-être à leur tour classées comme pertinentes dans quelque temps. »

éviter la pollution de l'eau

Pour éliminer tout risque, Hugues Tupin, vice-président de Douarnenez Métropole, délégué à l’eau, à l’assainissement et aux eaux pluviales ne voit qu’une solution : l’interdiction des pesticides sur les aires d’alimentation de captage : « Il faudrait sanctuariser les zones de captage et y interdire l’usage de ces produits. Dans le Finistère, ces zones ne représentent que 1 % de la surface utile agricole. Ce qui est infime. L’État doit agir et mettre en place un système de compensation financière pour les agriculteurs concernés et un accompagnement vers de nouveaux modes de désherbage, plus mécaniques. »

Qui paye ? Les consommateurs, et non les industriels

Du côté des collectivités et syndicats des eaux, c’est à la fois le soulagement et l’incompréhension. L’ESA-métolachlore était devenu leur bête noire depuis deux ans. De nombreuses communes dans lesquelles l’eau était devenue non potable avaient dû réclamer des dérogations de trois ans minimum pour pouvoir continuer à distribuer l’eau au robinet. En contrepartie, elles s’étaient engagées à mener des actions : changer de ressources (ce qui n’était pas toujours possible), améliorer la qualité de la ressource ou traiter l’eau contaminée.

C’est le cas par exemple à Douarnenez, où deux des trois sites de production d’eau ont été fermés pendant plusieurs mois afin de pouvoir les équiper de filtres à charbon actif. Pendant ce temps, le troisième site de production, déjà équipé d’un filtre, assurait la fourniture en eau potable de toute la région. Les deux usines ont pu redémarrer cet été. Coût de l’opération : 300 000 euros. « La facture des usagers va augmenter entre 8 et 10 %, évalue d’ores et déjà Hugues Tupin, vice-président de Douarnenez Métropole. Ce qui est beaucoup. Et on ne compte pas le coût des filtres à charbon qui explose, compte tenu de la forte demande. Il faut aussi les changer plus souvent. Avant, le filtre avait une durée de 3 à 4 ans. Désormais, pour qu’il reste efficace pour filtrer les métabolites, il faut le changer tous les 6 à 8 mois ! »

Le surcoût pour les consommateurs pourrait être encore plus important dans les communes ayant opté pour un système plus performant (osmose inversée, traitement par ozonation, etc.). « Là, il faut compter 30 à 40 centimes de plus par mètre cube, soit une hausse de 20 % des prix pour le consommateur, et ce sans compter le coût actuel de l’énergie qui explose », calcule Régis Taisne.

Hugues Tupin déplore que ce coût de dépollution soit intégralement reporté sur le consommateur : « Jamais les fabricants de ces produits phytosanitaires ne sont mis à contribution alors que ce sont eux les pollueurs, et qu’ils devraient participer au traitement de leurs déchets. »

Les baleines avalent 10 millions de microplastiques par jour

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Les plus petites particules de plastique disséminées dans les océans finissent en nombre dans l’estomac des baleines. – Unsplash / Thomas Kelley

En filtrant des grandes quantités d’eau, certains cétacés sont particulièrement exposés aux microplastiques. Une nouvelle étude évalue à 10 millions les bouts de microplastiques ingérés chaque jour par les baleines bleues.

Funeste sort des baleines. Parce qu’ils filtrent des milliers de mètres cubes d’eau à travers leurs fanons, ces grands mammifères marins se retrouvent en première ligne de l’exposition aux microplastiques qui polluent les océans. Selon une nouvelle étude publiée dans Nature communications le 1ᵉʳ novembre 2022, la baleine bleue peut ingérer 10 millions de particules de plastiques de moins de 5 mm par jour. Sa cousine, la baleine à bosse — qui elle se nourrit de poissons — serait moins exposée, et ce malgré la contamination de ses proies. Son absorption quotidienne s’élève quand même à 200 000 particules.

Pour arriver à ces évaluations, l’équipe californienne autrice de l’étude a estimé les quantités de poissons ingérés, les volumes d’eau absorbée, les concentrations de microplastiques dans l’eau et dans les proies… Des informations obtenues en suivant plus de 200 spécimens pendant dix ans et en mesurant directement les différentes concentrations dans les eaux californiennes. Toutes ces données ont ensuite été intégrées dans un modèle qui permet aux chercheurs d’évaluer les quantités de particules de plastiques ingérées.

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Les baleines bleues ingèreraient des millions de particules de plastique chaque jour. Domaine public / U.S. National Oceanic and Atmospheric Administration

Si elle se distingue par son ampleur, cette étude n’est pas la première du genre. Plusieurs travaux scientifiques ont été réalisés dans différentes régions du monde, avec des estimations de quantités de microplastiques ingérés très variables, de la centaine aux millions de particules par jour. Une équipe de Nouvelle-Zélande a ainsi analysé pendant cinq ans les excréments des rorquals au large d’Auckland. Leurs résultats publiés en avril 2022 dans Science of the Total Environment estimait à 3 millions le nombre de particules de microplastique ingérées par jour.

« Les écarts d’ordres de grandeurs d’une étude à l’autre peuvent s’expliquer par les aires géographiques distinctes, les espèces de cétacés concernées, mais aussi les variations de concentrations de microplastiques dans l’océan », explique Céline Tardy de l’association Miraceti dédiée à la connaissance et à la conservation des baleines. La cétologue a étudié la contamination des rorquals par les phtalates en Méditerranée entre 2016 et 2019, des substances couramment utilisées comme plastifiants des matières plastiques : « Les concentrations en phtalates retrouvés étaient très variables d’un individu à l’autre la même année, dans la même aire géographique. »

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Les effets sur la santé des cétacés de cette absorbtion massive de plastiques sont encore méconnus et inquiètent les scientifiques. © Jérémie Silvestro / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0

Une étude canadienne publiée en 2020, en collaboration avec des chasseurs inuits, s’est, elle, intéressée aux bélugas dans la mer de Beaufort. Résultat, la moitié des milliers de microplastiques retrouvés dans les cétacés étaient des fibres de polyester. Une grande partie des microplastiques retrouvés dans l’océan proviendrait en effet des vêtements synthétiques. Les microfibres libérées lors du lavage se retrouvent dans les eaux usées puis dans les océans.

Polyester et métaux lourds

Quant aux conséquences de cette contamination, elles restent largement inconnues. « À ma connaissance, on sait très peu de choses sur les impacts exacts des microplastiques sur la santé des baleines », convient Zhe Lu, professeur en écotoxicologie marine à l’Université du Québec à Rimouski, en charge d’un programme sur les microplastiques dans la Baie du Saint-Laurent.

Ce qui n’empêche pas les scientifiques de prévoir des effets toxiques. « En raison de leur nature lipophile, les microplastiques ont le potentiel d’absorber les polluants organiques persistants présents dans les régions contaminées. Comme par exemple, des métaux lourds, des polychlorobiphényles (PCB), des pesticides », précise Zhe Lu. Autre risque, la présence d’additifs reprotoxiques et perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A ou les phtalates dont les dégâts sanitaires sont connus sur un autre mammifère, l’humain.

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