Une pression se ferait-elle sentir? et des réponses et commentaires

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La fédération des chasseurs des Hauts-de-France appelle à une manifestation à Amiens le 18 septembre

W-Schraen

 

Les chasseurs se réunissent contre l’avis défavorable formulé par le Conseil d’État, le 6 août dernier, sur la pratique des chasses traditionnelles. Il n’est plus possible d’utiliser des filets pour capturer des oiseaux, dont les vanneaux huppés, pluviers dorés, alouettes des champs, grives et merles noirs, puisque plusieurs autorisations ont été annulées par l’instance.

Le Conseil d’État a jugé illégales le 6 août plusieurs techniques traditionnelles de chasse d’oiseaux utilisées dans les Ardennes et dans le Sud-Ouest et a annulé plusieurs arrêtés autorisant ce type de chasse, notamment à l’aide de filets ou de cages.

La plus haute juridiction administrative juge que les autorisations délivrées par le gouvernement ne sont pas conformes au droit européen. « Le seul motif de préserver ces méthodes de chasse dites ’traditionnelles’ ne suffit pas à les autoriser », a décidé l’institution.

Une décision saluée par les associations de protection des animaux mais vivement critiquée par les chasseurs, comme Willy Schraen. Sur franceinfo vendredi 6 août, le président de la Fédération nationale des chasseurs originaire du Pas-de-Calais estime que « ce n’est pas de la chasse, c’est de l’art »(SIC, ndlr). Il indique qu’il se « battra jusqu’au bout » pour ces « chasses populaires ».

Appel à la démission de Barbara Pompili

En réaction à cette décision judiciaire, considérée comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase, la Fédération régionale des chasseurs des Hauts-de-France a rédigé un communiqué daté du 18 août, repéré par le Courrier Picard. Les cibles sont clairement identifiées : « Mesdames Abba et Pompili à la chasse, c’est comme mettre un végan à l’agriculture et à la pêche ». Bérangère Abba et Barbara Pompili étant respectivement secrétaire d’État chargée de la biodiversité et ministre de la Transition écologique, donc en charge de la chasse.

LA MANIF

Pour défendre la chasse et la ruralité, des dizaines de milliers de personnes manifestent en France

Mais non, on n’emmerde pas les ruraux (comme dénoncé ci-dessous), on emmerde les chasseurs qui défilent avec des pancartes aussi débiles. Pas pareil…

manifestants pour la chasse

Chasseurs souvent urbains d’ailleurs.  Il n’y qu’à voir les plaques minéralogiques des Range qui se ruent en Sologne le week-end….Par ailleurs 36% de permis sont détenus par des cadres et profession libérale, contre 8% par des agriculteurs…

Et puis nous aussi nous aimons et défendons les traditions et la culture : carnaval de Dunkerque, marché de Noël de Strasbourg, joutes nautiques de Sète, penas de Bayonne, folklore Breton : aucun mort à déplorer, pas une goutte de sang (sauf mec bourré qui tombe sur le front)

Quant à l’art de vivre “repas arrosé, ballade en forêt avec les petits-enfanst et les chiens”, ça marche aussi sans fusil !

Bref, de grâce, arrêtez de vous réfugier derrière de fausses valeurs et excuses pour justifier votre soif de sang, votre envie viscérale de fuir le foyer conjugal ne fusse qu’une matinée, et votre besoin frénétique de boire un coup avec le pote de boutanche !

Philippe Guerlet

Ceci étant dit, voici l’article du Monde :

Ils jugent le « monde rural menacé » et les « traditions en danger ». A Mont-de-Marsan (Landes), comme à Amiens (Somme) et Redon (Ille-et-Vilaine), plusieurs milliers de personnes ont manifesté, samedi 18 septembre, pour défendre les chasses traditionnelles d’oiseaux, jugées illégales par le Conseil d’Etat. D’autres rassemblements étaient organisés à Caen (Calvados), Charleville-Mézières (Ardennes) et Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence).

Au son des bandas et cors de chasse sous une pluie battante à Mont-de-Marsan, emmenés par des piboles (petites trompes) à Redon, soutenus par des élus locaux comme le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, à Amiens, des marées orange fluo – de la couleur des vestes des chasseurs – ont envahi les rues.

En août, le Conseil d’Etat a jugé plusieurs techniques de chasse avec des filets (pantes, tenderies) ou des cages (matoles) contraires à la directive européenne « oiseaux » de 2009, qui interdit les techniques de capture massive d’oiseaux sans distinction des espèces capturées. La justice avait déjà jugé illégale, en juin, la chasse à la glu, qui consiste à piéger des merles et des grives sur des tiges enduites de colle, mais qui conduit à capturer aussi d’autres espèces d’oiseaux.

Un électorat très courtisé

Dans la semaine, le gouvernement a toutefois mis en consultation plusieurs arrêtés pour autoriser à nouveau certaines de ces chasses, au grand dam des défenseurs de l’environnement. Une mesure interprétée comme un geste envers cet électorat très courtisé.

« Il y a des enfants, des femmes, toutes les générations… Les chasseurs ont été le détonateur, mais toute la ruralité est là », s’est félicité le directeur de la Fédération des chasseurs des Landes, Régis Hargues, à Mont-de-Marsan, où un peu plus de 16 000 personnes ont manifesté selon la préfecture.

Myriam, une Landaise, épouse de chasseur et de gaveur de palmipèdes, amatrice de corrida, veut pouvoir « transmettre ces traditions » aux jeunes générations. « Ce n’est pas que la chasse, c’est tout un art de vivre », glisse-t-elle. « Que les urbains nous foutent la paix ! », dit un homme à côté d’elle. « J’en ai marre de voir ma culture partir en lambeaux. On a déjà éradiqué ma langue, le gascon, maintenant ce sont les chasses traditionnelles, à l’alouette, la palombe… », déplore Eric, Landais de 47 ans, qui en a assez des « idéologues de la capitale ».

« J’accompagne mon père quand je peux avec mon petit frère de 12 ans. J’aime voir le travail des chiens et j’apprécie d’être en famille. C’est aussi un moment où on décompresse, où on communie avec la nature », explique Jérôme Delalande, un chasseur de 42 ans venu de Loire-Atlantique jusqu’à Redon pour manifester. Dans cette ville, ils étaient 10 000 manifestants selon la gendarmerie, 12 000 selon les chasseurs.

« Arrêtez d’emmerder les ruraux »

Partout, les agriculteurs défendaient aussi leurs traditions. Comme à Redon, où Catherine Lallié, pour la Coordination rurale, a déclaré : « Les végétariens et les végans n’ont pas à faire la police de l’alimentation. On se sent abandonnés par notre gouvernement et nos élus… »

« Pompili, casse-toi ! », « Pompili, t’as rien compris, la chasse c’est toute ma vie », « Arrêtez d’emmerder les ruraux », pouvait-on lire sur des pancartes à Amiens, fief électoral de la ministre de la transition écologique où 12 000 chasseurs, pêcheurs et agriculteurs ont crié leur colère, selon les chiffres de la préfecture.

« Il faut respecter la ruralité et les ruraux », y a affirmé M. Bertrand, candidat à la présidentielle, interpellant Emmanuel Macron :

« Il dit qu’il soutient les chasses traditionnelles, mais son gouvernement fait le contraire. Il faut arrêter le “en même temps”, qui est une blague hypocrite, qui est de chercher à faire plaisir à tout le monde. Dans la vie, il faut faire des choix et avoir des convictions ! Moi, je suis aux côtés des ruraux. »

« On a en face de nous des démagogues. On ne demandera jamais à un végan de manger de la viande, qu’on nous foute la paix ! Qu’on nous laisse vivre », a lancé à la foule le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, appelant à la création d’un grand ministère de la ruralité, « pour s’y sentir enfin chez nous ».

DEUXIÈME RÉPONSE

Chez soi dans la ruralité ?

Blog : Miscellanées MÉDIAPART

Soyons clair ! Etre rural, c’est être chasseur, faire vivre des traditions, perpétuées de générations en générations par les anciens, rendre heureuse sa femme qui plumera les alouettes au retour, et tout ce qui n’est pas d’accord avec ça, c’est du citadin, forcément. Non contents d’avoir sillonné les chemins de campagne le fusil en bandoulières lors des derniers confinements…

 

Non contents d’avoir sillonné les chemins de campagne le fusil en bandoulières lors des derniers confinements, sous les yeux de ceux qui les observaient déconcertés et envieux derrière leurs fenêtres, passant pour des idiots qui respectaient les règles, eux qui n’étaient pas du clan, de celui où l’on a le réseau assez large pour bénéficier de l’indulgence des gendarmes lors d’un contrôle où le faciès se joue en fonction du nombre de cousins qu’on dans le coin,

Non contents d’être les rois des sentiers de septembre à mars, d’occuper les lieux de promenade avec leur pancarte « attention chasse en cours », qui ne précise pas si l’on risque sa vie à emprunter le chemin départemental pour rentrer le soir à son domicile, de donner des frissons mortifères aux balades à vélo lorsqu’on voit au loin des gilets orange ou jaunes et qu’on entend dans le brouillard siffler des balles ( dont on apprend par ailleurs qu’elles peuvent parcourir des kilomètres et toujours ainsi provoquer des sérieux dégâts),

Non contents de voir le gouvernement s’apprêter à ré-autoriser certaines chasses jugées illégales,

Non contents d’avoir vu le prix de leur permis baisser de 400 à 200 euros en 2018,

les voici maintenant qui manifestent par milliers et s’arrogent une ruralité du chez soi, ce chez soi d’où l’on n’est pas du tout pour peu que l’on soit passé par la ville, alors que l’exode rural n’est pas loin au point d’effacer chez les citadins les grands-pères ou grands-mères ruraux, qui n’étaient pas tous, loin de là ! des chasseurs. Et des chasseuses encore moins! car on a beau trouver des femmes dans les rangs des acharnés de la chasse, leur place est plus généralement au plumage ou à la battue qu’au tir ou à la glu.

« Qu’on nous laisse vivre !  » L’appel du président de la Fédération nationale des chasseurs Willy Schraen, appelant à la création d’un grand ministère de la Ruralité,, « pour s’y sentir enfin chez nous »,  a été relayé dans les médias sans aucune mise en perspective ni parole offerte en contrepartie aux millions de gens habitant dans les campagnes et qui ne chassent pas. 

Il serait pourtant intéressant d’entendre des témoignages de ces cueilleurs promeneurs qui voient ces grands connaisseurs et amis de la nature enfermer leurs chiens dans quelques mètres carrés. Que dire encore des haies taillées certes pour rendre service, mais en pleine période de nidification ou au beau milieu de la saison des mûres ? Et de ces chemins ravagés par les quads pour aller plus facilement dans les bois « entretenir les terrains » et « préserver la nature ». 

Quant à ces faits-divers documentés sur les réseaux sociaux de chasseurs traquant des biches ensanglantées jusque devant la porte de résidents  (mais sans doute non ruraux et donc nulle part chez eux car ni chasseurs ni traditionalistes acharnés), de jeune homme écolo et néo-rural abattu par une balle perdue, de morts par balle alors qu’ils circulaient sur une autoroute en bordure de zone de chasse, pourquoi ne sont-ils pas opposés à la parole envahissante de ces chasseurs qui sont déjà bien assez chez eux !? 

Il serait temps de modérer un peu les propos de ces chasseurs tout permis et de leur montrer l’immensité de leurs avantages dans un territoire qu’ils doivent bien penser à partager, non seulement avec les citadins en visite mais aussi avec les autres ruraux qui ne leur ressemblent pas. On ne peut ainsi s’arroger tout un territoire et il est bien trop facile de diviser les gens de manière caricaturale en rangeant d’un côté les bons ruraux et de l’autre les faux ruraux. Ou alors autant ré-écouter le sketch des Inconnus ! 

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Le gouvernement veut autoriser à nouveau des chasses traditionnelles d’oiseaux jugées illégales par le Conseil d’État

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Une grive musicienne, dans les Hautes-Pyrénées, le 22 juin 2021.  (LILIAN CAZABET / HANS LUCAS / AFP)

En août, le Conseil d’Etat annulait plusieurs autorisations de chasse d’oiseaux délivrées par le ministère de la Transition écologique jugeant qu’elles n’étaient « pas conformes aux exigences du droit européen relatif à la protection des oiseaux ».

Article rédigé par

franceinfo avec AFP

Publié le 15/09/2021

Après une décision du Conseil d’Etat jugeant plusieurs techniques de chasse traditionnelles d’oiseaux illégales, le gouvernement a mis mercredi 15 septembre plusieurs arrêtés en consultation pour permettre certaines de ces chasses, faisant valoir qu’elles respectent bien le droit européen.

Début août, le Conseil d’Etat annulait plusieurs autorisations de chasse des vanneaux huppés, pluviers dorés, alouettes des champs, grives et merles noirs avec des filets (pantes, matoles) ou de cages (matoles), jugeant « que ces autorisations délivrées par le ministre chargé de l’Environnement ne sont pas conformes aux exigences du droit européen relatif à la protection des oiseaux ».

La directive européenne « oiseaux » de 2009 interdit les techniques de capture massive d’oiseaux sans distinction d’espèces. Une dérogation est possible « à condition d’être dûment motivée et dès lors ‘qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante’ pour capturer certains oiseaux », rappelait le Conseil d’Etat.

Huit arrêtés mis en consultation par le ministère de la Transition écologique

Après cette décision et à trois jours de manifestations de chasseurs prévues dans plusieurs départements, le ministère de la Transition écologique a mis à consultation huit arrêtés pour la saison de chasse 2021-2022 jusqu’au 6 octobre.

Ils concernent la capture à la tenderie des vanneaux et pluviers dorés dans les Ardennes, la capture d’alouettes des champs avec des pantes dans les Pyrénées-Atlantiques, le Lot-et-Garonne, les Landes et la Gironde, la capture d’alouettes des champs à la matole dans les Landes et le Lot-et-Garonne et la capture à la tenderie aux laçets de grives et de merles noirs dans les Ardennes. Il s’agit de « sortir par le haut du débat sur les chasses traditionnelles en permettant au juge de se prononcer définitivement sur leur conformité au cadre légal européen sur la préservation des oiseaux », fait valoir le ministère.

« Les nouveaux arrêtés en préparation demeurent illégaux et la LPO demandera leur suspension immédiate devant le Conseil d’Etat si jamais ils sont signés », a immédiatement réagi la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux). Les populations d’oiseaux des villes et des champs se sont effondrées en France à cause des activités humaines, alertent les scientifiques. Pour la LPO, il s’agit de « satisfaire les lobbies cynégétiques à l’approche de l’élection présidentielle ». « Chasser hors du cadre légal, c’est braconner », assène son président Allain Bougrain Dubourg dans un communiqué.

 

Amitav Ghosh : « Le monde se prépare aux changements climatiques en préparant la guerre »

AMITAV GHOSH

Pour le grand écrivain indien Amitav Ghosh, le problème posé à l’humanité par la crise écologique est avant tout géopolitique. Dans ses derniers ouvrages, par une lecture historique, il replace l’Occident et sa culture de violence et de domination au cœur des enjeux contemporains. Et envisage l’avenir avec pessimisme.

Amitav Ghosh est un romancier, essayiste et critique littéraire indien, vivant en partie aux Etats-Unis. Il a dernièrement publié Le Grand Dérangement : d’autres récits à l’ère de la crise climatique (Wildprojet, 2021) et La Déesse et le Marchand (Actes Sud, 2021).

Reporterre — Dans « Le Grand Dérangement », vous remarquez que depuis trois ou quatre décennies, le roman a adopté une approche individualiste qui se caractérise par une écriture du soi, de l’intime, alors que nous sommes confrontés à une crise planétaire sans précédent et que l’émission des gaz à effet de serre s’accroît à des niveaux jamais vus. Y a-t-il un lien entre ces deux phénomènes, et si oui, lesquels ?

Amitav Ghosh — Oui, il y a un lien. Cela date de la chute du mur de Berlin. La moitié des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont été émises depuis 1989. Je pense que c’est à cette époque que le monde entier a été totalement absorbé par la culture de consommation. En même temps, il a adopté le modèle de fiction étasunien né dans les écoles d’écriture créative, écoles dont le développement a été favorisé par la CIA. C’est en Iowa que le premier de ces ateliers d’écriture a vu le jour, avec des écrivains tels que Wallace Stegner. L’idée était de créer une forme d’art et de narration dépolitisée : en réaction au réalisme socialiste soviétique, ils ont encouragé un nouveau modèle caractérisé surtout par une approche apolitique.

J’en constate les effets durables à travers le monde, même en Inde. Quand j’étais jeune, les romanciers indiens, surtout du Bengale occidental ou parfois de l’Inde du Sud, étaient engagés et écrivaient sur l’environnement. Par exemple, la grande écrivaine bengalie Mahasweta Devi, qui a écrit sur la forêt et les communautés tribales de la forêt. Mais aujourd’hui de plus en plus, les romans en Inde, qu’ils soient rédigés en anglais ou dans une des langues indiennes, adoptent souvent le modèle occidental et relatent la vie intérieure.

Est-ce à dire que l’écriture ou le cinéma, en adoptant une approche plus collective dans la description du réel, comme l’ont fait Steinbeck ou Zola à leur époque, pourraient aider à stopper l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre ?

[Il rit] Les écrivains ne pourront pas changer le cours des choses. La littérature et l’édition ont beaucoup moins de poids qu’il y a trente ou quarante ans. La culture est aujourd’hui dictée par les réseaux sociaux, le cinéma et la télévision, alors que la fiction a un rôle marginal. Mais j’ai toujours été écrivain, et j’ai toujours été fier de réagir au monde autour de moi, c’est pourquoi il est essentiel pour moi en tant qu’écrivain de m’y confronter.

Le personnage de Cinta, dans votre roman « La Déesse et le Marchand », dit à un moment que les histoires existent par ce qu’elles nous permettent de parler avec les animaux. En quoi raconter une histoire peut-il avoir un lien avec les animaux ?

Depuis deux siècles environ, on considère que raconter des histoires est par essence une activité humaine. Mais qu’est-ce qu’un récit ? Quelque chose qui se déroule à la fois dans le temps et l’espace. Une narration rattache plusieurs espaces entre eux. Regardez les premières histoires : beaucoup décrivent un voyage à travers l’espace, comme L’Odyssée, Le Ramayana ou La Pérégrination vers l’Ouest, le grand classique chinois [de Wu Cheng’en]. On pourrait même dire que le Nouveau Testament est un récit de voyage particulier. Cette connexion entre moments dans le temps et points dans l’espace n’est pas réservée à l’être humain. Prenez, par exemple, les baleines : elles parcourent des milliers de kilomètres aller-retour, mais elles ne le font pas de façon automatique ; d’une année à l’autre, certaines changent leur comportement, leur chant, leur destination… On voit donc que ce n’est pas chez elles un comportement automatique ou instinctif comme voudraient le faire croire les cartésiens. Comment affirmer alors que les baleines, qui possèdent des moyens de communication extrêmement complexes, n’ont pas d’histoires ? De même, on sait que les éléphants s’arrêtent dans certains lieux où leurs camarades sont morts. Comment affirmer qu’ils ne créent pas de connexions entre ces événements pour en faire une histoire ? Prenons l’exemple tout simple d’un chien. Le chien sait que vous l’emmenez au parc quotidiennement puis que vous le ramenez à la maison. Encore une fois, il traverse un espace, alors comment dire qu’il ne relie pas ces différents espaces entre eux à travers un récit ? Il est évident qu’il le peut. En fin de compte, pour nous les humains, la narration représente notre connexion la plus importante avec l’espace. Et on pourrait dire la même chose en ce qui concerne les animaux.

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Donc, raconter des histoires est le plus sauvage de nos attributs, ce que nous partageons le plus avec les animaux. Les animaux ne racontent pas leurs histoires à tout le monde, mais il y a des personnes avec qui ils les partagent, tels les chamanes comme David Kopenawa, qui le raconte dans le livre La Chute du ciel. On y voit bien que ce n’est pas un imposteur ou un illuminé, mais il conte les histoires qui lui sont racontées par les animaux.

« Ce que les Européens ont fait dans les Amériques a créé un modèle de brutalité et de violence qu’on n’avait jamais vu sur Terre. C’est d’un génocide qu’il s’agit. » © Mathieu Génon/Reporterre

Un thème majeur de vos derniers ouvrages est la crise écologique. Comment faire face au monde à venir, alors qu’un de vos personnages dit : « On sait ce qui nous attend » ?

La façon dont les spécialistes, et en particulier les techniciens et ingénieurs, abordent le changement climatique, est complètement erronée ; pour eux, le problème est d’abord technologique, alors que selon moi, il est essentiellement géopolitique. Tant qu’il n’y aura pas une réponse géopolitique, la technologie ne pourra pas apporter la moindre solution.

En quoi le changement climatique est-il un problème géopolitique ?

Si vous interrogez un Occidental sur le changement climatique, il vous répondra que c’est d’abord un problème scientifique et technologique. Si vous allez en Asie et demandez à une personne indienne, indonésienne ou chinoise, comme je l’ai fait souvent : « Vous savez que le changement climatique est une vraie menace pour votre pays. Êtes-vous prêt à réduire votre empreinte carbone ? » la réponse sera : « Non, pourquoi changerait-on ? L’Occident est à la source de ce problème, il s’est enrichi à nos dépens lorsqu’on était faibles, il s’est accaparé les ressources de la Terre et les a dilapidées… Mais aujourd’hui, nous ne sommes plus si faibles, alors il est temps pour nous de nous rattraper. » Pour les non-Occidentaux, le concept de dérèglement climatique est considéré comme un problème de post-colonialisme, d’inégalité, de géopolitique.

Donc il faut attendre que l’Occident prenne l’initiative. Ce qu’il ne fera pas…

Non, il ne le fera pas.

Dans « Le Grand Dérangement », vous expliquez que l’Asie était prête à participer à l’augmentation des gaz à effet de serre, mais qu’elle en a été empêchée par le colonialisme. Pouvez-vous nous expliquer cette idée ?

Prenons la Révolution industrielle à ses débuts. La course aux armements y a joué un rôle majeur quand Anglais et Français étaient en compétition pour la colonisation de l’Amérique. Tous les États occidentaux se sont copiés entre eux, par un mimétisme qui a commencé en Angleterre.

En Inde, les ouvriers de l’industrie sidérurgique aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles étaient parmi les meilleurs au monde, tout comme les artisans indiens. Au XVIIIᵉ siècle, les navires fabriqués en Inde étaient supérieurs à ceux fabriqués en Grande-Bretagne. C’est grâce à sa puissance militaire que la Grande-Bretagne a réussi à détruire l’industrie navale indienne en lui imposant des réglementations financières. De même, les Britanniques n’ont pas voulu exploiter et développer le charbon indien. Ce que les colonies devaient leur fournir, c’était les produits fournis par l’énergie solaire : jute, opium, thé, sucre…

Pourquoi l’Europe était-elle si agressive au XVIIIᵉ siècle et comment a-t-elle pu écraser l’Inde, la Chine qui à cette époque-là, étaient des nations très développées, comme l’a montré l’historien Kenneth Pomeranz ?

Je crois que cela a à voir avec la découverte des Amériques. Le modèle de violence qui s’est déchaînée sur les Amériques au XVIᵉ siècle est sans précédent dans l’histoire de l’humanité. On parle des Mongols, mais les Mongols n’ont jamais détruit 95 % d’un peuple. Ce que les Européens ont fait dans les Amériques a créé un modèle de brutalité et de violence qu’on n’avait jamais vu sur Terre. C’est d’un génocide qu’il s’agit.

Quelles en sont les raisons ? La cupidité ?

Bien sûr. Mais au-delà de la cupidité, je crois que c’est durant cette période que les Européens (pas tous, mais ceux qui ont mené des combats similaires contre les classes inférieures en Europe, contre le mouvement des enclosures, contre les femmes avec les procès de sorcellerie), et surtout l’élite technoscientifique, se sont engagés, d’un côté, dans la colonisation de l’Amérique du Nord et, de l’autre, dans la traite des esclaves. À partir du XVIᵉ siècle, l’Europe a inventé une forme de violence armée et de brutalité à une échelle jusque-là inimaginable ; jamais on n’aurait pu croire qu’on pouvait décimer la population d’un continent pour la remplacer par la population d’un autre continent. Cela ne s’était jamais produit avant, c’est un moment sans précédent dans l’histoire du monde. Les Indiens et les Chinois, eux, ne menaient pas ce genre de guerre brutale contre des peuples considérés non humains, et ils étaient incapables de concevoir ce genre de choses. Et, en effet, ces choses-là sont inconcevables.

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« En Inde et en Indonésie, les élites reproduisent dans leur propre pays ce que les élites occidentales ont fait subir au monde. Au fond, ce qu’elles disent est qu’elles continueront sur cette voie : les pauvres vont mourir, mais ce n’est qu’un des sacrifices à faire, chacun pour soi et sauve qui peut. » © Mathieu Génon/Reporterre

Vous mentionnez une autre période historique importante : le XVIIᵉ siècle, le petit âge glaciaire, documenté en Chine, en Europe, dans le monde entier, et qu’a étudié l’historien Geoffrey Parker. Est-ce la même crise que celle qui a vu se déchaîner la violence colonialiste au XVIᵉ siècle ?

Les deux sont interconnectées. Sur le continent américain, il y a eu tellement de morts que des cités et des campagnes entières ont été englouties par la jungle, provoquant une reforestation massive qui, dit-on, en absorbant des quantités énormes de dioxyde de carbone, a contribué au petit âge glaciaire. C’est pourquoi aujourd’hui, on découvre d’immenses cités au Mexique et dans l’Amazonie enfouies dans la jungle. L’Amazonie était habitée par une population de plus de neuf millions de personnes. Il ne s’agissait pas de forêts vierges ; c’était des lieux de vie où l’on cultivait la terre. Et lorsque les habitants ont commencé à mourir, la forêt a repris ses droits avec les conséquences que l’on sait.

Aujourd’hui, les élites occidentales ont-elles toujours cette culture de violence et de domination ?

Je pense que oui, mais le monde a changé et ce changement est surtout dû à la décolonisation. Si l’Occident était aussi puissant aujourd’hui qu’il l’était au XIXᵉ siècle, il aurait empêché par la force l’Inde et la Chine de s’industrialiser, comme il l’a fait à l’époque. Mais ce n’est plus possible, parce que la Chine possède l’arme nucléaire, l’Inde possède l’arme nucléaire, même le Pakistan possède l’arme nucléaire.

Quel est l’état d’esprit des élites indiennes et chinoises ?

Elles ont totalement adopté les rêves des élites occidentales, je ne sais pas si c’est autant le cas en Chine, mais en Inde et en Indonésie, les élites reproduisent dans leur propre pays ce que les élites occidentales ont fait subir au monde. Au fond, ce qu’elles disent est qu’elles continueront sur cette voie : les pauvres vont mourir, mais ce n’est qu’un des sacrifices à faire, chacun pour soi et sauve qui peut. Vous ne pouvez pas imaginer les folies commises par le gouvernement indien. Il est en train de détruire toute la réglementation environnementale du pays.

C’est comme si le monde était gouverné par la consommation ostentatoire.

Exactement. En Inde, les indigènes, qui autrefois étaient protégés par des lois, sont chassés des forêts pour les rendre accessibles aux sociétés de charbon — ou plutôt à une société en particulier, celle qui est proche du Premier ministre et qui, depuis six ans, a acheté la moitié de l’Inde. Nous sommes témoins d’un capitalisme de gangsters qui se déchaîne sur le monde avec une violence sans précédent.

Vous parlez du capitalisme, mais dans « Le Grand Dérangement », vous affirmez que l’impérialisme est plus important que le capitalisme pour expliquer le « statu quo ».

Le capitalisme est un système contenu à l’intérieur d’un autre système encore plus violent, l’impérialisme. Lorsqu’on parle des émissions de gaz à effet de serre, on parle majoritairement d’avions, de voitures, de textiles, etc. Or, 25 % des émissions dans le monde proviennent d’activités militaires. À lui tout seul, le Pentagone est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde. Un seul jet supersonique, comme votre Rafale français, produit en quelques heures de vol plus d’émissions qu’une ville française.

Le capitalisme de gangsters et l’impérialisme fondé sur la militarisation, n’est-ce pas la même chose ?

Ce n’est pas contradictoire, mais l’importance accordée au capitalisme provient d’un certain état d’esprit qu’on pourrait qualifier d’intellectuel/universitaire, et qui rechigne à parler de la violence organisée, préférant croire que la technologie est la force motrice prédominante. Le philosophe Jean-Pierre Dupuy dit que dans le monde moderne, nous sommes complètement dominés par la pensée économique, que nous aimons penser les choses dans des termes économiques, statistiques. Beaucoup des personnes que j’admire, telle Naomi Klein, en voulant donner au capitalisme une place centrale, succombent en réalité à cette tentation de tout analyser en termes d’économie, en excluant la géopolitique et la violence armée qui la sous-tend. Prenons l’exemple de l’Accord de Paris, où les pays riches se sont engagés à donner 100 milliards de dollars par an pour atténuer les dérèglements climatiques. Nous n’avons même pas vu 10 % de cette somme. Sur la même période, ces mêmes pays ont trouvé plus de mille milliards de dollars à investir dans les armes. La réalité, c’est que le monde se prépare aux changements climatiques, non pas en cherchant à les atténuer mais en se préparant à la guerre. C’est une évidence.

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« Il est inconcevable pour nous aujourd’hui qu’Internet s’arrête, le monde entier s’arrêterait avec lui. Il est donc clair que, d’une certaine façon, nous ne sommes plus maîtres de nous-mêmes. » © Mathieu Génon/Reporterre

Comment envisagez-vous l’avenir des enfants d’aujourd’hui, quel que soit leur pays ?

C’est une question difficile. Il y a ce qu’on espère et ce qui nous semble probable. Ce qu’on espère, bien sûr, c’est que le monde trouve une solution miraculeuse. Et je suis disposé à le croire. Un miracle pourrait survenir et on ne peut que l’espérer. Mais pour moi, qui pense que les problèmes sont fondamentalement géopolitiques, je vois qu’il n’y a pas de changement et que les choses empirent. Où donc est la lumière ? Je ne la vois pas.

Dans « Le Grand Dérangement », vous comparez du point de vue littéraire le texte de l’Accord de Paris sur le climat et l’encyclique « Laudato si’ » du pape François. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ces deux textes ?

Ces deux textes sont particulièrement intéressants car ils sont parus au même moment et traitent du même sujet. On pourrait s’attendre à ce que ce soit le texte du pape qui soit farfelu, irréaliste et rempli de mots vides, alors qu’en fait, c’est l’Accord de Paris qui tient des propos absurdes, exprimés dans un langage incroyablement pompeux. Le document n’a pas été rédigé pour toucher les êtres humains, il est simplement une excuse pour que les experts puissent se réunir et échanger ensemble. Le Laudato si’, au contraire, fait preuve d’une sincère volonté d’ouverture en employant un langage d’une grande simplicité, bien qu’il soit par ailleurs très bien documenté et parfaitement juste lorsqu’il traite de sujets scientifiques. En fin de compte, le pape a une vision du problème bien plus claire que celle des technocrates, il voit que le problème provient de notre mode de vie, du désir, de ce que les gens veulent avoir. C’est un texte profondément humain et modéré. Je pense sincèrement que le pape François est le seul dirigeant légitime au monde actuellement. C’est lui et lui seul qui nous permet de garder l’espoir.

On observe chez les élites occidentales et peut-être aussi chinoises, sinon une religion de la technologie, du moins une croyance profonde dans l’esprit de la Silicon Valley, avec l’idée de fusion technologique qui créerait une nouvelle espèce grâce à la robotique et à l’intelligence artificielle. Qu’en pensez-vous ?

On considérait Internet, les réseaux sociaux, etc., comme des outils mais, de plus en plus, on voit que ce sont nous les outils et non eux, ce sont eux qui dirigent. Il est inconcevable pour nous aujourd’hui qu’Internet s’arrête, le monde entier s’arrêterait avec lui. Il est donc clair que, d’une certaine façon, nous ne sommes plus maîtres de nous-mêmes.

Alors, qui sont les maîtres ?

Tant de nos actions sont contrôlées par une forme ou une autre d’intelligence artificielle que ça devient une partie du problème. Nous croyons que les humains conçoivent des politiques et que ces politiques sont mises en œuvre, mais à partir de Descartes, à partir du colonialisme, on a considéré les choses de la Terre comme de simples ressources, ce qui signifie qu’elles sont inertes, incapables d’écrire elles-mêmes leur histoire. Mais aujourd’hui, cela paraît moins évident, les énergies fossiles, par exemple, se sont immiscées dans notre vie de façon si complexe qu’on a du mal à l’appréhender. Ce n’est pas comme si les États-Unis pouvaient décider aujourd’hui d’arrêter l’utilisation d’énergies fossiles. Ils ne le peuvent pas, notamment parce que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont devenus des acteurs incontournables de la géopolitique mondiale. Lors des attentats du 11 septembre 2001, par exemple, George Bush a lui-même organisé le départ de personnalités saoudiennes, alors que la majorité de ceux qui avaient attaqué les États-Unis étaient saoudiens. Les Étasuniens aiment croire que ce sont eux qui contrôlent l’Arabie saoudite, mais ce n’est plus le cas : une partie considérable de la politique étrangère étasunienne est sous le contrôle de l’Arabie saoudite, d’Abou Dabi et du Qatar. Vous voyez ainsi comment les énergies fossiles se sont immiscées dans la vie politique globale, c’est si insidieux, si puissant que c’est une illusion humaine de s’imaginer que ce sont nous qui les contrôlons.

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« Cela m’a énormément choqué : la France a été complètement transformée par une périurbanisation à l’américaine. En Italie, ce n’est pas le cas, les villages ont toujours une boutique de pâtes, un boucher… on y trouve de la nourriture. Ce n’est pas le cas dans les campagnes françaises. » © Mathieu Génon/Reporterre

En même temps, l’Arabie saoudite, Abou Dabi et d’autres soutiennent l’Islam, et l’Islam est devenu une force géopolitique puissante.

Oui, et encore une fois, on constate que ce n’est pas uniquement par le pouvoir des idées, mais grâce au pouvoir exercé par les combustibles fossiles, à l’argent du pétrole dépensé par l’Arabie saoudite pour encourager la radicalisation des musulmans dans le monde. Dès qu’on observe une montée des fondamentalismes, on peut être certain que l’argent saoudien n’est pas loin.

Quelle est la stratégie de la Chine ? Comment éviter une crise écologique, alors que la Chine encourage encore une croissance économique de 6 % par an, ce qui est énorme ?

Il faut savoir que la Chine a mis de côté 20 % de la surface du pays pour le réensauvagement, ce qui représente une zone immense, plus grande que la France. Et ils le font sérieusement, ce qui n’est pas le cas d’autres pays. De plus, la Chine est loin devant les autres pays en matière de solutions énergétiques alternatives. C’est politique et cela s’explique par le fait que la Chine n’a pas de pétrole. La hiérarchie mondiale actuelle est complètement dépendante des énergies fossiles, qui sont le fondement de la domination du monde anglo-saxon, qui regroupe l’Australie, la Grande-Bretagne, le Canada, les États-Unis… Cela a été délibérément pensé dès le début. Churchill l’a orchestrée, c’est un projet anglo-étasunien à long terme pour créer une dépendance à l’égard des énergies fossiles. La Chine, au contraire, a toutes les raisons de s’en libérer.

Avec la fin des énergies fossiles, verra-t-on la fin du monde anglo-saxon ?

Oui, ce sera un bouleversement majeur. Et c’est pour ça que le monde anglo-saxon est tellement divisé ; le monde anglo-saxon compte les seuls endroits au monde où les changements climatiques sont contestés. Ces pays savent très bien que leur pouvoir, comme leur mode de vie, est fondé sur les combustibles fossiles. Même ici, en France, où j’ai été à Hurigny, en Bourgogne, un bourg de 200 à 500 habitants. Il ne possède ni magasins ni marché, et pour acquérir les produits essentiels, on est obligés de prendre la voiture et de parcourir trente kilomètres pour se rendre à l’hypermarché. C’est quelque chose qui m’a énormément choqué : la France a été complètement transformée par une périurbanisation à l’américaine. En Italie, ce n’est pas le cas, les villages ont toujours une boutique de pâtes, un boucher… on y trouve de la nourriture, ce qui n’est pas le cas dans les campagnes françaises.

Comment voyez-vous l’avenir du Bangladesh, dont votre famille est originaire ?

Le Bangladesh reste une énigme. D’après plusieurs indicateurs, c’est la nation la plus performante en Asie du Sud dans plusieurs domaines. C’est presque miraculeux. Le PIB par habitant est plus élevé que celui de l’Inde ou du Pakistan, mais aussi l’espérance de vie, la santé, etc. C’est aussi le seul pays au monde où le gouvernement promeut activement l’éducation au changement climatique. Les Bangladais sont donc très informés sur ce sujet, et ont développé différentes formes de résilience que l’Occident ferait bien d’étudier. D’un autre côté, on ne peut nier que de grandes parties du pays sont menacées par les eaux, et certaines sont déjà inondées.

Avec quelles conséquences ?

Une migration de masse, qui a déjà commencé.

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« L’idée dominante que les pauvres souffriront tandis que les riches s’en sortiront très bien est totalement erronée. Ça ne se passera pas comme ça. Si l’on regarde les parties du monde les plus touchées par les effets du changement climatique, plusieurs d’entre elles sont parmi les lieux les plus riches au monde. » © Mathieu Génon/Reporterre

Y en aura-t-il d’autres migrations à partir d’autres régions du monde ?

Oui, elles existent déjà, mais je pense qu’il faut rester prudents quand on parle des « migrations climatiques ». Ce n’est pas si simple. Lors de mes recherches pour La Déesse et le Marchand, j’ai parlé à des centaines de migrants bangladais en Italie, dont la plupart avaient traversé la Méditerranée sur des bateaux de fortune. Et ce qui m’a vraiment marqué, c’est le rôle que jouent les réseaux sociaux et les nouvelles technologies : ces migrations sont complètement dépendantes des téléphones cellulaires. C’est cette technologie qui permet de payer les passeurs, de s’orienter, d’accéder aux informations… La migration n’est pas due aux changements climatiques. En réalité, la migration et les changements climatiques sont deux conséquences de l’accélération du consumérisme, l’accélération de l’industrialisation, qui est la force motrice derrière tout ça.

Vous écrivez que les riches seront moins résilients que les pauvres face aux futurs défis…

Ce n’est pas tout à fait ça que je dis, car dans l’ensemble un pauvre en Californie est riche par rapport à un Africain ou à un Bangladais. Je pense que ceux qui seront les plus affectés, ce sont les classes moyennes et moyennes inférieures. Qui a été les plus touchés par les incendies en Californie ? Pas forcément les pauvres, mais les classes moyennes dont le principal actif est leur maison… et leur voiture. Ces possessions les rendent moins mobiles. On constate la même chose lors des incendies et des ouragans : les habitants refusent d’être évacués. Pourquoi ? Parce qu’ils ont peur qu’on entre par effraction dans leur propriété ou peur de perdre leur maison ou leur voiture. Donc, l’idée dominante que les pauvres souffriront tandis que les riches s’en sortiront très bien est totalement erronée. Ça ne se passera pas comme ça. Si l’on regarde les parties du monde les plus touchées par les effets du changement climatique, plusieurs d’entre elles sont parmi les lieux les plus riches au monde. La ville de Houston, par exemple, qui est la capitale mondiale des carburants fossiles, est dévastée de façon répétée par les inondations, et il est parfaitement clair que ses perspectives sont très sombres. La Californie aussi, avec le rêve californien et ses technofantaisies, où la modernité est plus ou moins née, devient de moins en moins habitable.

Je pense aussi que les citadins sont les moins adaptés pour affronter les catastrophes autour de nous, que ce soit en Occident ou en Inde. Si un citadin indien de classe moyenne devait fuir à la campagne, il ne survivrait pas plus de quelques jours.

Vous avez dit que la guerre nous attend dans l’avenir. Mais que pourrait-elle résoudre ?

Les Occidentaux rechignent à considérer le changement climatique sous l’angle du conflit géopolitique, mais prenons l’exemple d’un migrant bangladais. Il arrive d’abord en Libye, où il est immédiatement enfermé dans un camp d’esclavage ; puis, malgré les tirs des gangsters libyens qui le poursuivent, il arrive à s’enfuir. Par miracle, il parvient à se rendre à la frontière, où il monte dans un bateau de fortune qui manque de sombrer ; puis, il traverse les Balkans, où on lui tire dessus ou bien la Turquie, où on lui tire dessus. Beaucoup de migrants atterrissent au Sinaï où, lorsqu’ils ne peuvent payer les passeurs, on leur prélève des organes. Les expériences vécues par ces personnes sont équivalentes aux expériences de guerre. Alors, que ce soit aux frontières de l’Europe ou des États-Unis, que cela nous plaise ou non, la guerre est déjà là. On ne veut pas le voir, mais il s’agit réellement de guerre. Et de plus en plus, on constate que les effets du changement climatique deviennent des armes de guerre. Récemment, le gouvernement algérien a accusé le Maroc d’avoir déclenché des incendies de forêt, de les avoir utilisés comme instruments de guerre. Et il en est de même entre la Turquie et la Grèce. L’humanisme n’est qu’un fantasme devant le mal infini dont sont capables les humains.

La Déesse et le Marchand d’Amitav Ghosh, aux éditions Actes Sud, septembre 2021, 320 p., 22,50 €.

Le Grand Dérangement d’Amitav Ghosh, aux éditions Wild Project, janvier 2021, 250 p., 20 €.

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.
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Traduction : Chantal Nelson

Festival de l’oiseau en baie de Somme

 

 
 
 
 
LE CONCOURS PHOTO 2022 EST OUVERT
Depuis 1991, la Baie de Somme, étape migratoire reconnue Internationalement, célèbre le retour du printemps et des oiseaux à l’occasion du Festival de l’Oiseau et de la Nature. Si depuis 30 ans, il demeure un rendez-vous incontournable pour les amateurs de nature avec notamment ses sorties au succès intarissable, son concours photo fait désormais partie des 10 plus renommés d’Europe.
 
Aussi, le Festival invite une nouvelle fois les photographes amateurs et professionnels à participer à ce succès! L’objectif étant d’utiliser la photographie comme support pédagogique et artistique pour favoriser la connaissance des oiseaux et ainsi promouvoir l’engagement en faveur de leur protection.
 
Le concours donnera lieu à une exposition présentée au Crotoy durant la 31ème édition du Festival qui se tiendra du 9 au 18 avril 2022.

NOTICE : AOÛT 2021

chemin des plumes

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-Si le nom est simple, exemple : chevreuil RAS, tous les « chevreuils » du site vont apparaître

-Mais, et c’est le cas pour les oiseaux, s’il s’agit d’un nom composé faite votre demande en liant par un sous-tiret (underscore en anglais _) cette fonction est opérationnelle pour l’ensemble du site

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Le gouvernement interdit la chasse à la tourterelle des bois

chasse de la tourterelle des bois

Par Sciences et Avenir avec AFP le 28.08.2021 à 09h38, mis à jour le 30.08.2021

La tourterelle des bois a vu sa population divisée par cinq en 40 ans en Europe, d’après les scientifiques.

Le gouvernement interdit la chasse à la tourterelle des bois, oiseau dont la population s’est effondrée en Europe

AFP/Archives – RENE JEAN

Le gouvernement a interdit le 28 août 2021 la chasse à la tourterelle des bois, oiseau dont la population s’est effondrée en Europe, et qui avait été protégé par le Conseil d’Etat en 2020.

Une population divisée par cinq en 40 ans

« Jusqu’au 30 juillet 2022, la chasse de la Tourterelle des bois (Streptopelia turtur) est suspendue sur l’ensemble du territoire métropolitain« , indique un arrêté du ministère de la Transition écologique au Journal officiel le 28 août. Cet oiseau migrateur a vu sa population divisée par cinq en 40 ans en Europe, d’après les scientifiques. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) – dont le congrès se réunit vendredi prochain à Marseille – l’a placé en « liste rouge » des espèces « vulnérables ». Pour autant, le gouvernement avait autorisé le tir de 17.460 individus en août 2020, avant que le Conseil d’Etat, le mois suivant, ne suspende l’arrêté.

La LPO satisfaite

Pour la campagne de chasse 2021, le gouvernement avait déjà fait savoir en juillet qu’il projetait d’interdire tout abattage. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) s’en disait satisfaite. « On voit mal comment la France aurait pu continuer à laisser chasser cette espèce à l’agonie« , écrivait-elle dans un communiqué. Mais elle déplorait que « cette suspension ne soit pas prise pour cinq ans au moins, l’espèce n’ayant aucune chance de retrouver un état satisfaisant de conservation à court et moyen terme« . La LPO avançait ainsi que ses observateurs à la pointe de Grave, en Gironde, avaient dénombré l’arrivée de moins de 4.000 tourterelles des bois au printemps 2021, contre 44.000 au printemps 2004. La Fédération nationale de la chasse (FNC) soutient cette chasse au nom de la défense des chasses traditionnelles.