Le mystère des cerfs tués de Moselle

cerf élaphe

Qui en veut aux grands cerfs de Moselle? Depuis le mois de septembre, plusieurs d’entre eux ont été retrouvés morts dans le même secteur. Les autorités ne réagiraient pas assez vite au goût des chasseurs. L’oeil du 20H s’est rendu dans ces bois où séviraient de mystérieux braconniers.

Le massif de la Canner, 30 000 hectares de forêt: c’est le sanctuaire des cerfs de Moselle. Mais ces derniers mois, c’est devenu un cimetière. 7 cerfs y sont morts dans d’étonnantes circonstances: ni les bois, ni la viande n’ont été emportés. Et certaines bêtes présentent des plaies par balle.

« Le premier on était surpris, le deuxième on est inquiets. Mais au troisième ou au quatrième, là c’est plus possible« , raconte André Boudinet, garde-chasse à Hombourg-Budange.

« On en a trouvé quelques uns mais combien sont morts dans la forêt? On ne le sait pas exactement, abonde Jean-Christophe Hamelin, président de l’association de chasse de Thionville. Est-ce que ce sont uniquement les animaux qui auraient été tirés et pas récupérés par les braconniers? Peut-être… J’espère que l’enquête le dira exactement ».

Des braconniers aux armes qui interrogent

A une heure de là, au Sud du département, des braconniers présumés ont été repérés par les chasseurs à l’aide d’un piège photo. En treillis militaire, l’un des deux hommes porte un pistolet semi-automatique, une arme interdite à la chasse. C’est à la nuit tombée que les braconniers opèreraient en toute discrétion selon le président de l’association des chasseurs locaux, Thierry Jung: « C’est une pratique courante: ils se promènent de nuit en général à deux dans une voiture, et ils tirent depuis la route sur des animaux qui sont a portée« .

A l’aide d’une caméra thermique montée sur un fusil de chasse, ils tireraient sur les animaux, dans le noir au mépris de toute réglementation. Les associations de chasseurs ont alerté les autorités dont ils dénoncent l’inaction. Ils envisagent même d’organiser des patrouilles pour traquer eux mêmes les braconniers: « il faut que ça s’arrête maintenant, s’agace Thierry Jung, on n’en peut plus, les chasseurs n’en peuvent plus donc on ne voudrait pas en venir là mais si on y est obligés, on le fera« .

Une police de la chasse en perte de vitesse ?

Il existe pourtant bien une police de la chasse: l’Office français de la biodiversité. L’organisme public a refusé de répondre à nos demandes d’interview et ne souhaite pas communiquer de chiffres. Mais par téléphone, un agent estime que le braconnage serait bien en augmentation: « Est-ce que c’est dû à la crise où les gens ont besoin de faire un peu de sous? Est-ce que c’est dû au fait qu’on est moins sur le terrain parce qu’on est appelés à faire d’autres choses? On fait moins d’opérations de terrain, de surveillance comme on pouvait faire dans le temps où on passait des nuits entières sur le terrain à essayer d’attraper les braconniers« .

Un discours corroboré par un document que nous nous sommes procuré. Un compte rendu d’une réunion organisée par les services de l’Etat en décembre dernier entre chasseurs et membres de l’OFB. l’un d’entre eux explique que “La lutte contre le braconnage ne fait plus partie des missions prioritaires […] L’OFB ne dispose plus de moyens suffisants pour organiser une mission de surveillance”.

Une situation alarmante selon l’association Robin des bois qui documente les faits de braconnage. Selon son responsable, Jacky Bonnemains, le trafic de cerf générerait des millions d’euros chaque année en Europe: « il y a une vraie valeur marchande. Aujourd’hui, par exemple, il y a un guéridon en bois de cerf qui se vend 2000 euros, 52 crocs de cerf qui se vendent 600 euros ».

Face à ce constat, les chasseurs de Moselle disent avoir contacté le parquet de Metz. En attendant, ils veulent  proposer des primes de plusieurs milliers d’euros à quiconque leur fournirait la moindre information.

La Fédération Nationale des Chasseurs propose une formation gratuite pour « confondre » les espèces!!!

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La Fédé nationale des chasseurs propose une formation gratuite sur son Site. Le chapitre « connaissance des espèces » ne manque pas d’intérêt https://www.chasseurdefrance.com/connaissance-des-especes/ surtout quand on sait que les instances cynégétiques ont obtenu l’agrément de protection de l’environnement et interviennent gratuitement dans les écoles notamment grâce aux aides de l’OFB (écocontribution) qui n’a aucun contrôle sur les contenus pédagogiques.

La présentation commence par « Le chasseur sait reconnaitre et a des connaissances en matière de biologie sur les espèces chassables mais aussi sur les espèces protégées qu’il peut facilement rencontrer lors de ses sorties ».

Espérons pour elles qu’il ne rencontre pas trop d’espèces protégées compte-tenu des explications et confusions, témoignant d’un degré de connaissance proche… du savoir populaire.

Sans être exhaustif on appréciera :

Les oiseaux protégés sont classés en deux catégories : les oiseaux aquatiques, et les oiseaux non aquatiques. Même Linné, au XVIIIe siècle n’avait pas pensé à un classement aussi simple et efficace.

Parmi les oiseaux aquatiques, on appréciera la photo de présentation des harles qui est celle d’un… garrot à œil d’or. Et la vidéo d’un joli héron pourpré censé représenter un héron cendré.

Les oiseaux « non aquatiques » sont illustrés en premier lieu par 11 rapaces ou familles de rapaces (puis 7 espèces prises au hasard). Où l’on apprend que la buse peut s’attaquer à des gibiers de lâchers, et l’autour à des lièvres. Il y a un petit progrès par rapport aux livres sur le piégeage du 19ème siècle : il est rappelé que l’aigle est inoffensif pour l’homme…

Le hibou moyen-duc est présenté, à tort comme le plus fréquent ; mais, surtout, il est illustré par… un hibou des marais ! Pas grave puisque la chouette hulotte est illustrée quant à elle par… une chevêche ! Et que, pour le faucon crécerelle, la FNC a retenu de belles photos de… faucon pèlerin et faucon hobereau.

Dans la classification de la FNC on retiendra « les petits oiseaux » : 5 secondes pour expliquer que « la plupart des petits oiseaux comme la mésange, le chardonneret, le pinson des arbres (que la FNC demande à pouvoir piéger dans les Landes) et la bergeronnette grise sont bien sûr protégés ». Quand le lièvre, le lapin, le cerf et autres sangliers bénéficient d’au moins 5mn de description chacun avec force de détail.

Dans la famille des limicoles, il y a les chassables et les non chassables. Pour illustrer le bécasseau maubèche chassable, la FNC a choisi un beau chevalier combattant. Elle a également confondu le chevalier cul-blanc avec le chevalier guignette. Bon il suffit de savoir ceux qui se tirent et ceux qui ne se tirent pas après tout !

Pour les mammifères protégés on appréciera de savoir que, si le Lynx est protégé, des mesures de régulation sont possibles quand il s’attaque trop aux moutons.

Et voici de jolies images de vison d’Amérique, espèce exotique envahissante, censé représenter le vison d’Europe en danger de disparition.

Quant aux modes de chasse, la FNC a oublié d’enlever les piégeages aux gluaux dans le SE, aux lacets aux grives et merles dans les Ardennes et les tenderies aux vanneaux et pluviers dans ce même département alors que les récentes décisions de justice les ont annulés…  Idem pour les pantes et matoles aux alouettes dans le Sud-ouest… https://www.chasseurdefrance.com/chapitre-1-connaissance-de-la-chasse-en-france/#modechasse

Pas de gallinette cendrée dans ce tour d’horizon. Dommage.

Bien cordialement

Yves VERILHAC

Bénévole LPO

Sans surprise … le plan de chasse du gouvernement : NUL

plan de chasse

Le Plan de chasse du gouvernement et la réaction de la LPO, de FNE – un non-événement – et des autres associations

Le plan dévoilé par le Gouvernement met l’accent sur la sécurité afin de « tendre vers le zéro accident », selon la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Bérangère Couillard.

Il n’y aura finalement pas de journée sans chasse. Le Gouvernement veut avant tout mieux encadrer la pratique, en l’interdisant sous l’emprise de l’alcool et en renforçant les règles de sécurité, selon le plan dévoilé lundi. Pourtant, une demi-journée sans chasse avait été évoquée fin octobre. Déjà instaurée au niveau local, le Gouvernement avait précisé qu’une interdiction le dimanche n’était « pas un sujet tabou ». Cette piste n’a finalement pas été retenue au terme de la concertation publique. Une idée à laquelle étaient favorables 78% des Français (2,5 points de marge d’erreur), selon un sondage Ifop mené mi-décembre auprès de 1.000 personnes pour diverses associations de protection de l’environnement.

« L’objectif auquel je crois profondément est celui de tendre vers le zéro accident. (…) C’est une sécurité renforcée 7 jours par semaine que nous recherchons », a déclaré lundi la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Bérangère Couillard, qui s’est rendue dans le Loiret pour dévoiler son plan. Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), le nombre d’accidents de chasse est à la baisse depuis 20 ans. Néanmoins, pour la saison 2021-2022, l’OFB a recensé 90 accidents (blessures corporelles liées à l’utilisation d’une arme de chasse), contre 80 la saison précédente. Parmi eux, huit mortels, dont deux avec des victimes non-chasseurs.

Trois axes présentés

Le plan gouvernemental s’articule en trois axes : renforcer la formation et la sensibilisation des chasseurs, instaurer des règles de sécurité renforcées pendant la chasse et mieux assurer le partage des espaces via une meilleure information des usagers de la nature. Concernant la sécurité, le gouvernement prévoit de créer « début 2023 une contravention pour sanctionner l’acte de chasse sous l’emprise excessive de l’alcool puis favorisera la création d’un délit par voie législative ». Les sanctions en cas d’accident grave devraient également être renforcées, avec notamment la possibilité d’un retrait du permis de chasse pour une certaine durée avec interdiction de le repasser.

Le gouvernement veut généraliser une formation à la manipulation pratique des armes pour l’ensemble des chasseurs. « Un chasseur sur deux devra être formé d’ici 2025 et tous les chasseurs devront l’être d’ici 2029 », est-il indiqué. Les organisateurs de battue (environ 200.000 personnes) auront l’obligation de recevoir une formation spécifique par les fédérations « rappelant notamment les règles de sécurité et les enjeux de communication avec les riverains ». Enfin, pour mieux informer les promeneurs et autres usagers de la nature, une plateforme numérique sera mise en place à l’automne pour identifier les zones et les horaires non chassés. Les organisateurs de chasse collective auront l’obligation de s’y déclarer.

LES REACTIONS

LPO

« Le plan sécurité qui prétend en finir avec les conflits opposant chasseurs et non chasseurs accouche de mesurettes (renforcement de contraintes déjà existantes du type formation, etc…) et d’une « solution miracle », une application permettant d’identifier les dangers.

C’est un inacceptable mensonge que de prétendre : « Chaque personne pourra identifier une zone non chassée et s’y rendre en étant certain de ne pas croiser un chasseur ». D’abord, parce que l’application n’est pas obligatoire, ensuite parce qu’il existe une multitude de chasses (gibier d’eau, par exemple) qui ne sont pas concernées.

Par ailleurs pas un mot sur les moyens supplémentaires qui seront nécessaires pour que l’OFB assure ces nouvelles missions de contrôle.

Favoriser les espaces de dialogue est aussi à l’ordre du jour. On parle de rencontres organisées par les chasseurs ; personne n’a sollicité les associations de protection de la nature !

Enfin le gouvernement ne s’intéresse toujours pas aux chasses des espèces en mauvais état de conservation, ni aux pratiques d’un autre âge comme le déterrage des blaireaux. L’exécutif est passé à côté d’une formidable opportunité de réforme qui accouche d’un plan à la Raboliot !

L’abandon du dimanche sans chasse constitue un mépris inacceptable à l’égard des 80 % des Français qui attendent un cessez le feu. » Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO France

FNE

Une fois encore, en matière de « réforme » annoncée de la chasse « la montagne a accouché d’une souris ». Ce énième « plan de réforme » confirme, s’il en était besoin, qu’en matière de chasse, le vrai ministre de l’écologie est le président de la Fédération nationale des chasseurs.

Les annonces faîtes ce jour par la Secrétaire d’État se résument à un gadget technologique et à trois ou quatre propositions de bons sens qui auraient dû être rendues obligatoires il y a plus d’un quart de siècle.

Aujourd’hui, 9 janvier 2023, France Nature Environnement Auvergne Rhône-Alpes (FNE AuRA) n’attendait rien et les mesures annoncées ne nous ont pas déçus.

La vraie réforme nécessiterait de réduire drastiquement les jours de chasse en les limitant, par exemple, à deux jours par semaine qui ne pourraient pas être le samedi, le dimanche ou le mercredi. FNE

 

 

Les associations

Alors que 4 Français sur 5 sont favorables au dimanche sans chasse, jour où l’on compte le plus grand nombre d’accidents liés à ce loisir, l’État préfère renforcer les intérêts d’une minorité dangereusement armée : l’appli-gadget permettant de signaler les chasses en cours est non seulement anti-démocratique, elle est aussi à l’avantage des chasseurs qui vont être confortés dans leur sentiment d’appropriation de la nature et de la biodiversité.

Contre l’écrasante majorité des Français favorables à l’arrêt de la chasse le dimanche à 78 %*, le lobby de la chasse propose des gadgets dérisoires et refuse toute évolution. Et que fait l’État ? Il écoute le lobby.

En réponse au problème d’insécurité lié à leur loisir, les chasseurs proposent une application aussi inutile que dangereuse. Déjà qu’ils ont du mal à poser correctement des panneaux « chasse en cours » on se demande bien comment une appli, avec tous les aléas que cela implique (possession d’un smartphone, réseau, etc) pourrait montrer son efficacité.

Avec cet outil, les chasseurs se signaleraient aux promeneurs, les incitant à éviter les « bulles de danger » – en réalité des zones bien plus vastes qu’indiquées, au vu de la portée des armes – et à se diriger vers des zones “sécurisées”.

Mais tout sonne faux :

  • Il n’y a pas de réseau dans de nombreuses zones naturelles concernées par la chasse ;
  • L’application n’a rien d’obligatoire et ne concernera que les battues ;
  • Elle suppose que tous les chasseurs et tous les promeneurs aient un smartphone, et qu’ils pensent systématiquement à se connecter à l’appli ;
  • Un chasseur isolé peut se trouver hors des « bulles de danger » signalées ;
  • Un tel gadget donnerait une fausse impression de sécurité aux promeneurs, et donnerait surtout bonne conscience aux chasseurs, qui se sentiraient libérés de toute contrainte et responsabilité : en cas d’accident, qui serait responsable : victimes ou chasseurs ?

Que se passe-t-il lorsqu’un promeneur, en plein milieu de sa randonnée, reçoit une alerte pour lui signifier qu’une chasse est sur le point de commencer tout autour de lui ?

En réalité, cette application ne ferait que renforcer la mainmise des chasseurs sur la nature et légitimer la présence d’un “loisir” dangereux voire mortifère pour autrui. En résumé, le message c’est « Dégagez, on chasse ! ».

Le dimanche sans chasse a été décrété en Angleterre en 1831, et aujourd’hui de nombreux autres pays d’Europe (Pays-Bas, Suisse, Espagne, Italie, Portugal…) respectent au moins un jour national sans chasse. Mais pas la France, où le puissant lobby des chasseurs impose son diktat depuis des décennies, alors qu’il ne représente même pas 2 % de la population.

Bref, plutôt que de limiter la chasse, le gouvernement préfère limiter la liberté des autres : les Français n’auront pas d’autre choix que de slalomer entre les « bulles de danger », ou de rester chez eux, comme l’a déjà préconisé le chef de la Fédération nationale des chasseurs… Vous avez dit démocratie ?

 

Les associations signataires :

Animal Cross, ASPAS, Fondation Brigitte Bardot, Humanité & Biodiversité, LPO, One Voice, SFEPM, Stéphane Lamart, Un Jour Un Chasseur, WWF

La prolifération des sangliers, un casse-tête écologique

sanglier_casse tête écologique

Ravageur de cultures et gros gibier de choix des chasseurs, le sanglier apparaît comme l’ennemi rural numéro 1. Comprendre les raisons de sa prolifération n’est pas simple. Savoir comment la limiter est un casse-tête encore plus complexe. Reporterre esquisse des pistes de compréhension du problème.

C’est un marronnier, un classique, de l’affrontement rituel entre chasseurs et écolos : le sanglier. Les premiers se déclarent seul rempart face à une espèce devenue envahissante et qui multiplie les dégâts aux cultures. C’est à ce titre qu’ils ont récemment obtenu une dérogation au confinement, ou encore une extension de la saison de la chasse à celle que l’on appelle aussi la « bête noire ». De l’autre, les associations environnementales dénoncent les pratiques des chasseurs, qui ont favorisé la population de sangliers. « C’est un comble que les chasseurs se présentent comme la seule solution à un problème qu’ils ont eux-mêmes créé », s’insurge ainsi Yves Vérilhac, directeur général de la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

Entre les deux camps, les agriculteurs constatent les dégâts. « J’ai eu des milliers de mètres carrés de prairie retournés », témoigne Aurélien Mourier, éleveur dans le nord de l’Ardèche. Les sangliers fouillent la terre sur plusieurs centimètres à la recherche de vers et d’autres bêtes à grignoter. « Cela compromet totalement les récoltes de fourrage, et cela fait ressortir les pierres, fait que le sol n’est plus plat. Donc, quand on revient dans la prairie, on risque de casser le matériel. »

La bête est mobile, maligne, productive : aujourd’hui, on ne sait toujours pas compter les sangliers. Les tableaux de chasse servent d’indicateurs : la Fédération nationale de chasse comptait 30.000 sangliers tués dans les années 1970, on en est à plus de 800.000 aujourd’hui.

Le sanglier, une « bénédiction » pour la chasse

La faute aux chasseurs ? En fait, l’affaire est multifactorielle. Historiquement, les chasseurs ont bien leur part de responsabilité, estime Éric Baubet, spécialiste du sanglier à l’Office français de la biodiversité (OFB) : « Dans les années 1960, la base de la chasse était le petit gibier. Mais celui-ci s’est effondré. Donc, les chasseurs se sont tournés vers le gros gibier. Le sanglier a été une sorte de bénédiction, les chasseurs ont fait ce qu’il fallait pour augmenter les populations. Si l’on épargne les grosses femelles, qui font plus de petits, la population s’installe rapidement. »

D’autres facteurs ont aidé. Développement d’une agriculture intensive avec de grands champs de maïs — qui apportent aux suidés ressources alimentaires et cachettes — et autres grandes cultures qui les ont nourris ; déprise agricole et exode urbain qui leur ont ouvert de nouveaux espaces ; plus récemment, le changement climatique, en favorisant la production de fruits (glands, châtaignes) par les arbres forestiers, a multiplié encore leurs ressources. Un détail, aussi : il y a de moins en moins de chasseurs, donc moins de « pression de chasse », comme on dit dans le jargon.

À la Fédération nationale des chasseurs (FNC), on préfère insister sur ces critères environnementaux. « La population de sangliers peut tripler quand il y a de la nourriture à disposition et des hivers doux », nous assure-t-on. « Et puis, les paysages et l’agriculture ont changé, la fermeture des milieux les favorise. Ce ne sont pas les chasseurs qui provoquent l’augmentation de la population de sangliers. »

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Malins et adaptables, les sangliers bénéficient de certains aspects de l’agriculture intensive et du réchauffement climatique.

« Les chasseurs sont des pompiers pyromanes, ils sont responsables de la dynamique de la population de sangliers », conteste à la LPO Yves Vérilhac, qui dénonce « des années de lâchers, d’agrainage [mettre des grains à disposition], d’importation de sangliers des pays de l’Est et de chasse en enclos privés [où l’on maintient la population grâce à l’élevage, et dont les animaux peuvent s’échapper]. » Aujourd’hui, il n’est plus possible de lâcher des sangliers d’élevage ou importés dans la nature, ceux-ci sont réservés aux parcs de chasse fermés et commerciaux. Mais des infractions persistent parfois localement. Ainsi, la Confédération paysanne de l’Ardèche a fait condamner, en février 2020, un éleveur qui fournissait en sangliers — ensuite relâchés — des associations de chasse du département.

L’agrainage, lui, est strictement encadré. Là encore, les associations écologistes dénoncent des abus. Le naturaliste Pierre Rigaux est plus circonspect : « Que ce soit pour favoriser la population de sangliers ou les détourner des cultures, on ne connaît pas bien l’efficacité de tout cela. »

Une autre accusation courante est que les chasseurs ont croisé des sangliers avec des cochons, afin d’augmenter leur taux de reproduction et de les rendre plus faciles à chasser. « On n’a aucune preuve que cela a été le cas », estime Éric Baubet, à l’OFB. « Nous n’avons les outils que pour mesurer les hybridations de première génération [au niveau des parents], et elles sont très faibles et pas différentes de ce que l’on trouve partout en Europe », dit-il. « De toute façon, pas sûr qu’il y ait besoin d’aller chercher dans cette direction. Il suffit de chasser une femelle de moins pour avoir six petits de plus ! »

Donc, les causes de l’explosion démographique sont multiples. D’ailleurs, doit-on vraiment s’en inquiéter ? Là encore, tout est une question de point de vue. « En biologie, parler de surpopulation n’a pas de sens », précise Éric Baubet. Tant que le milieu les nourrit suffisamment, difficile de déclarer que les sangliers sont trop nombreux.

C’est donc du point de vue de certaines activités humaines que les sangliers sont déclarés en surnombre. Collisions routières, propagation de la peste porcine, retournement des terrains de sport et surtout, dégâts agricoles. Ces derniers n’ont cessé d’augmenter. Ils sont indemnisés par les chasseurs qui dans les années 1960, en échange du droit de chasser et gérer le gibier, ont accepté de payer les indemnisations. Selon la Fédération nationale des chasseurs, elles ont bondi de 50 % en dix ans, de 30 à 45 millions d’euros.

« Un bon sanglier est un sanglier mort »

Paradoxe, « on a cru que le sanglier allait sauver la chasse, qu’avec ce gibier de fond, on maintiendrait des adhérents. En fait, il est en train de la tuer », constate David Pierrard, directeur du domaine de Belval (Ardennes). Le lieu fait à la fois de la préservation de la biodiversité et de la formation des chasseurs. « C’est la banqueroute des fédérations départementales de chasse, certaines n’arrivent plus à indemniser les dégâts ! » La Fédération départementale des chasseurs des Landes, notamment, a frôlé la faillite l’an dernier. « D’autres départements sont à flux tendu, dans le Nord-Est ou autour des Landes : le Gers, les Pyrénées-Orientales », confirme-t-on à la FNC. Pour David Pierrard, la solution à cette situation est donc sanglante : « Aujourd’hui, un bon sanglier est un sanglier mort, c’est malheureux ce que je vous dis, mais on en est là. »

Pourtant, la « bête noire » prospère. Pas seulement en France d’ailleurs, mais « partout en Europe », précise Éric Baubet. Pourquoi ? « Le sanglier s’adapte très vite », déplore la FNC. Il sait repérer les zones peu chassées, trouver les lieux où il sera bien nourri et à l’abri. Dans le Parc national des Cévennes, des discussions étroites entre chasseurs, agriculteurs et techniciens du parc tentent de le maintenir à un niveau acceptable pour les activités agricoles. « Mais on subit », constate Maxime Redon, le chargé de mission Chasse du parc. « On gère a posteriori, la population a une dynamique plus rapide que nous. » Les grosses laies sont celles qui font le plus de petits. « Mais si on les tue, cela peut sélectionner les jeunes qui se reproduisent de plus en plus tôt », poursuit-il. « Donc, on est gênés, on n’a pas de message clair. On se contente de dire : “Tuez du sanglier.” »

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Les sangliers retournent le sol à la recherche de nourriture, ce qui endommage de nombreuses cultures.

Pourtant, le chasseur ne chasse pas toujours suffisamment. « La chasse est un loisir, donc il faut qu’il y ait le plus de gibier possible », estime Aurélien Mourier, l’éleveur ardéchois. « Chez moi, ils arrêtent la chasse au sanglier mi-décembre pour en laisser pour la reproduction. » « C’est une affaire de gros sous, il faut que ce soit giboyeux pour que les chasseurs acceptent de payer les baux de chasse », observe Yves Verilhac, à la LPO. Sur le terrain, dans le parc national des Cévennes, « on a plutôt affaire à des chasseurs soucieux de ne pas trop tuer », rapporte Maxime Redon. « Localement, il faut rappeler aux chasseurs que le bon curseur n’est pas forcément au niveau actuel », admet-on à la Fédération nationale de chasse.

La chasse arrive à réguler les sangliers quand elle le veut bien : « Un plus grand nombre de chasseurs postés, des zones de chasse plus étendues et des chasses effectuées en début de saison, c’est-à-dire avant février, ont fait augmenter le nombre d’animaux abattus », constatait un article scientifique parût début 2020 dans Science of The Total Environment. « La régulation par la chasse peut marcher », résume le chercheur de l’OFB. Mais c’est un obstacle presque psychologique qu’il a constaté : « Les chasseurs ont oublié qu’avant, il y avait peu de sangliers. Donc, le niveau de la population qui va leur servir de référence est élevé. Sur une commune, ils penseront que vingt sangliers est la population “normale”, alors que c’était cinq avant. Ils ont peur de tuer la poule aux œufs d’or, car s’il n’y a plus de sangliers en France, il n’y a plus grand-chose à chasser ! »

Habiter et cultiver autrement nos campagnes

La LPO en appelle donc à des méthodes plus radicales, et à se passer de chasseurs. « Vous confiez la mission à l’armée, vous mettez un mirador et vous agrainez. C’est comme cela que les Allemands font », dit Yves Verilhac. Moins martial, Aurélien Mourier, adhérent de la Confédération paysanne, défend avec son syndicat un recours plus fréquent au piégeage. Des cages dans lesquelles de la nourriture est disposée permettent d’attirer les bêtes, qui sont ensuite exécutées. « Mais les chasseurs n’aiment pas que l’on vienne prélever “leurs” sangliers sans qu’ils aient eu l’occasion de s’amuser à les chasser », remarque l’agriculteur. Un récent arrêté du ministère de la Transition écologique va dans son sens, en donnant au préfet le pouvoir de lancer des opérations de piégeage.

Face à l’hécatombe annoncée et désirée, on se prend à espérer d’autres solutions pour contenir la bête noire. Les clôtures électriques, déjà utilisées, ne pourraient-elles pas être plus répandues ? Un problème est qu’il ne faut pas que la moindre herbe touche les fils, au risque d’annuler l’effet de décharge électrique. « Au printemps, il faut couper l’herbe toutes les semaines, c’est un coût d’entretien énorme », déplore Aurélien Mourier. « Sans compter que sur des surfaces en pente avec des buissons biscornus, ça devient quasiment impossible. »

La stérilisation, elle, a été écartée pour l’instant. « Ce serait jouer avec des molécules dont on connaît mal les effets. Il y a un risque qu’un humain qui mange du sanglier stérilisé le soit à son tour », note Éric Baubet.

Pierre Rigaux, lui, voit la solution dans une évolution de long terme de l’agriculture : « Une minorité de cultures concentre l’énorme majorité des dégâts. S’il y avait moins de maïsiculture intensive, il y aurait moins de dégâts et si on revenait à des parcelles plus petites, elles seraient plus faciles à protéger. » C’est en fait toute la campagne, notre façon d’y habiter et de la cultiver, qui serait à repenser. Ce n’est pas un moindre casse-tête.

« Les humains ont fait du sanglier un nuisible »

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« Les humains ont fait du sanglier un nuisible »

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Historiquement symbole de la faune sauvage, le sanglier est désormais perçu comme une espèce invasive qu’il faut détruire. – Unsplash/CC/Ed van duijn

Le sanglier est régulé en France. Il y a un siècle, il était pourtant le symbole de la faune sauvage, retracent Raphaël Mathevet et Roméo Bondon, pour qui le sanglier est un « animal politique ».

Raphaël Mathevet, écologue et géographe, et Roméo Bondon, géographe, sont auteurs de l’ouvrage « Sangliers, géographies d’un animal politique » (Actes Sud).

 

Reporterre — Selon les chiffres publiés cet automne par la Fédération nationale des chasseurs, près de 850 000 sangliers ont été tués l’hiver dernier. Comment expliquez-vous que ce chiffre augmente depuis plus de cinquante ans ?

Raphaël Mathevet — Les origines sont nombreuses. L’une d’entre elles est la disparition des prédateurs naturels comme le loup ou le lynx — bien qu’ils soient sur le retour aujourd’hui. Ces prédateurs ont longtemps joué le rôle de régulateur naturel des populations d’ongulés, notamment en mangeant les individus faibles, jeunes ou malades.

Il y a aussi une origine purement anthropologique, avec l’exode rural et l’abandon de nombreuses terres agricoles dites « ingrates », qui ont touché la France à la fin des années 1950. Cette régression de l’emprise humaine a conduit à une importante afforestation, au point que les forêts représentent aujourd’hui près de 30 % du territoire national. Or, c’est un milieu très favorable au sanglier, qui peut s’y nourrir, s’y cacher et s’y reproduire paisiblement.

Enfin, avec le développement de l’agriculture moderne et le remembrement des espaces ruraux — faisant disparaître les haies et les bosquets —, nous avons assisté à une disparition progressive des petits gibiers. Et l’avenir de la chasse, dans les années 1970, est devenu une question centrale : comment faire perdurer ses deux millions d’adhérents sans petit gibier ? Les institutions cynégétiques se sont donc tournées vers le gros gibier, peu présent sur le territoire à l’époque, et certaines ont créé localement des conditions propices aux sangliers.

 

Quels ont été les moyens mis en œuvre pour développer ces populations de grand gibier ?

À l’époque, tous les moyens étaient bons : de l’élevage pur et simple de sangliers sauvages à leur croisement avec des porcs d’élevage, en passant par la mise en place de points de nourrissage et d’abreuvage dans la nature. Il y a également eu toute une pratique de chasse dite conservatrice : en évitant de tuer les laies dominantes (femelles sangliers) et les adultes reproducteurs, les chasseurs ont permis aux populations de se pérenniser. Le « chasseur-cueilleur » s’est peu à peu transformé en « chasseur gestionnaire » ; qui a à son tour transformé une espèce sauvage en une espèce « gibier ». C’est ce que nous appelons la cygénétisation.

 

Ces pratiques ont été interdites il y a plusieurs années. Comment expliquer que la population se maintienne à un niveau si élevé ?

La réponse est multifactorielle. Le changement climatique y joue par exemple un rôle. Avec le réchauffement global des températures sur notre territoire, les hivers sont de moins en moins rigoureux, alors qu’ils constituaient un important facteur de mortalité naturelle. Une autre conséquence indirecte de ce réchauffement est qu’il n’y a jamais eu autant de nourriture disponible dans les forêts. Les chênes, hêtres et autres arbres produisent des fruits en abondance, ce qui profite particulièrement aux sangliers.

« Partout dans le monde, le sanglier déborde »

La chasse continue également de jouer malgré elle un rôle dans cet emballement. Les sangliers se sont peu à peu adaptés à la pression des chasseurs. Les laies se reproduisent de plus en plus jeunes, elles anticipent davantage les périodes propices en nourriture, et mettent au monde plus de petits qu’auparavant. Autre preuve de l’extrême adaptabilité de cette espèce, elle s’approche désormais des villes et zones périurbaines — où elle n’est par ailleurs pas chassée pour des questions de sécurité publique.

 

Et c’est ainsi que le « gibier » devient nuisible…

Tout à fait. Aujourd’hui, nous traitons le sanglier, historiquement symbole de la faune sauvage, de la bête farouche, comme une espèce invasive qu’il faut détruire. Alors que la biodiversité s’effondre, ce gibier se porte excessivement bien et sort des espaces que nous lui réservons. Partout dans le monde, le sanglier déborde. Et c’est là qu’apparaissent les problèmes : dégâts aux cultures et aux jardins, collisions avec les voitures, risques de transmission de maladies…

À ce moment, le pouvoir politique appelle le « chasseur gestionnaire » à devenir un chasseur « opérateur de destruction » de faune sauvage pour réduire les populations. Mais une espèce sauvage ne devient pas « nuisible » quand elle sort de l’espace dans lequel on la confine.

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Sangliers, géographies d’un animal politique, de Raphaël Mathevet, Roméo Bondon, aux éditions Actes Sud, octobre 2022, 208 p., 22 euros.

la prolifération des sangliers

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Tir massif d’ours polaires dans la réserve naturelle de l’île Wrangel

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L’île Wrangel, en Russie, est l’un des habitats naturels les plus importants pour les ours polaires. Mais aujourd’hui, le gouvernement russe veut autoriser les militaires à construire des camps d’entraînement dans toute la réserve afin de pouvoir y mener des exercices militaires. Cette décision va mettre en péril la population d’ours polaires, qui est déjà au bord de l’extinction. Des centaines de milliers de personnes du monde entier ont déjà signé la pétition pour arrêter ce projet, et vous ?

Le ministère des Ressources naturelles de la Fédération de Russie tente de détruire la réserve naturelle de l’île Wrangel, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et l’un des sanctuaires naturels les plus précieux de Russie, en autorisant des exercices militaires et en construisant des décharges sur son territoire.

L’île Wrangel abrite l’une des plus fortes concentrations de tanières d’ours polaires de la planète, un grand nombre de femelles y élevant leurs petits chaque hiver. C’est pourquoi l’île est également connue comme « la maternité et la pouponnière des ours polaires ». La réserve est extrêmement importante pour tous les ours polaires de cette population locale. En raison de la crise climatique, pendant les saisons sans glace, les ours polaires trouvent refuge ici. Par conséquent, sur l’île Wrangel, on observe depuis quelques décennies une forte concentration d’ours polaires à la fin de l’été et au début de l’automne, lorsque la glace de mer fond le plus possible.

Ces territoires nordiques sont des zones frontalières et le déploiement de l’armée y a toujours existé. Bien que ce soit purement formel, cela ne les a pas empêchés de détruire et de se moquer des ours polaires. Pour ceux qui auraient manqué ces incidents, laissez-moi vous les rappeler :

  • Détruire l’ours polaire. Des représentants de la société Spetsstroy, contractant du ministère russe de la défense, ont joué, pris des photos avec l’ours polaire, se sont approchés à une distance dangereuse, ce qui est contraire à toutes les règles de sécurité. Après cela, ils ont donné à l’ours une charge explosive ainsi que de la nourriture.
  • Tir massif d’ours polaires dans la réserve naturelle de l’île Wrangel. Trois ours polaires ont été abattus depuis les airs. L’affaire a été étouffée. Inutile de dire qu’il est impossible de pénétrer sur ce territoire sans se faire remarquer, et trouver le criminel en fixant l’heure de la mort de l’animal et en la comparant aux données sur la présence d’avions à cet endroit est élémentaire.
  • Un ours peint avec l’inscription « T-34 » sur tout le corps. Le public n’a pas apprécié l’humour des militaires, étant donné que la peinture pouvait empêcher l’animal de chasser normalement pendant une longue période.

D’année en année, les photos et les vidéos d’ours polaires mangeant des restes de nourriture autour des installations militaires russes ne surprennent plus même les étrangers.

Aujourd’hui, l’Arctique russe est un cimetière de débris militaires et d’espoirs non réalisés de le conquérir, mais le ministère russe de la nature ne se soucie pas des espèces animales menacées. Aujourd’hui, la tâche du ministère des ressources naturelles est de permettre aux militaires de construire des terrains d’entraînement dans toute la réserve et d’y mener des exercices militaires qui détruiront le dernier et le plus important habitat de l’ours polaire, qui est déjà au bord de l’extinction.

J’exige du ministère des Ressources naturelles de la Fédération de Russie qu’il mette fin aux tentatives incessantes de détruire le système de réserves de la Russie, qui reste l’un des plus solides au monde.

Signer la pétition

L’année 2022 de l’ASPAS

ASPAS
 

Une belle année de blaireaux
Attention, ça décoiffe. Dans ce contexte si morose pour le vivant, l’ASPAS a accumulé les succès tout au long de l’année 2022, et nous n’allons pas nous priver de nous en vanter ! Petite rétrospective en texte et en images…
Commençons par le blaireau, que nous avons élu animal de l’année pour une belle campagne médiatique, avec la première Journée mondiale des blaireaux très réussie le 15 mai et une pétition au Sénat qui a fait exploser les compteurs, deux initiatives soutenues par de nombreux partenaires (merci !), et dont nous suivons maintenant les répercussions politiques. Pour nos actions les plus immédiates, saluons la dizaine de victoires en justice rien que pour cette espèce, qui ont permis de sauver des centaines d’animaux sur le terrain. Au passage, nos badges « Je suis un blaireau » et « Je suis une blairelle » se sont arrachés, preuve qu’une mauvaise réputation peut se retourner en attitude joyeuse et constructive.

Restons sur le terrain, avec nos actions pionnières dans l’ancien enclos de chasse racheté dans le Vercors. Malgré l’acharnement d’une administration « pas toujours bienveillante », qui nous a mis pas mal de bâtons dans les roues, nous sommes restés fidèles à notre éthique. Nous avons déployé beaucoup d’énergie à stériliser les cervidés et les sangliers, à renforcer les clôtures, et à déplacer des daims, avec le projet de libérer totalement cet espace de son sinistre passé d’ici quelques années. Et pourquoi pas parvenir à l’interdiction de tous les enclos de chasse France : la nouvelle loi contre l’engrillagement à laquelle l’ASPAS a pris part est un bon début !

Nous continuons d’acquérir, parfois dans la discrétion, des parcelles de forêts, et nous comptabilisons de nouveaux refuges ASPAS sans chasse pour un total de 1682 hectares : petit à petit, les petits espaces font de grandes réserves… Les réseaux et les médias continuent de nous suivre sur le réensauvagement (Europe 1, La Croix, TéléMatin…), et nous sollicitent régulièrement pour connaître nos positions sur la chasse (France Inter), les ESOD (Brut), les loups (la Relève et la peste) ou d’autres thèmes sur la nature qu’il serait trop long d’énumérer toutes ces interventions ici. L’ASPAS a acquis des terrains, mais aussi une solide réputation, et nous sommes devenus une référence incontournable, ce qui fait chauffer les téléphones du service communication et de quelques administrateurs.

En dehors de la sensibilisation, l’un de nos leviers d’action les plus puissants, les recours juridiques sont relatés sur notre site Maître Renard, notamment contre les excès de la chasse. Ainsi, nous avons fait suspendre la chasse aux cerfs sur la réserve des Hauts-Plateaux du Vercors, clos en beauté le feuilleton judiciaire à Pont-Sainte-Maxence contre la chasse à courre, et agi, avec nos associations partenaires, jusqu’aux Antilles, avec un répit pour 12 espèces d’oiseaux en Martinique, et pour 3 autres espèces en Guadeloupe et à Saint-Martin. Quant à notre lutte contre le braconnage, elle a bénéficié aussi bien à des tortues, des grenouilles, des oiseaux ou au loup.

Et nos amis les mal-aimés ? Suite à notre victoire devant le Conseil d’État, le putois a été retiré de la liste des « Esod ». Le mouvement de défense de la nature s’étend, avec de plus en plus de mairies engagées pour les renards, et plus de 2000 déclarations de non-dégâts remplies par des particuliers et des éleveurs en faveur des soi-disant « nuisibles » ! Nous avons aussi gagné contre l’effarouchement des ours ou fait arrêter un tir de prélèvement de loups dans le Var. Et j’en passe !

Forte de l’implacable efficacité de son équipe salariée, soutenue par un conseil d’administration fraîchement renforcé, l’ASPAS peut aussi compter sur un foisonnant réseau de délégués pour porter nos actions au plus près des territoires. Tenues de stands, conférences, débats, interventions scolaires… Plus de 200 manifestations ont eu lieu en 2022, prises en main par quelque 200 bénévoles qui ont œuvré pendant plus de 5000 heures pour porter, partout en France, la voix des animaux et des forêts en libre-évolution.

Toutes et tous, nous travaillons main dans la main. Merci à vous qui nous soutenez, fières et fiers d’être des blairelles et des blaireaux au service du sauvage. Sans vous, l’ASPAS ne serait rien ! Une bonne résolution pour 2023 ? Continuons le même combat, pour une belle année militante !

Vos dons font nos actions, merci pour votre générosité !

Un livre en hommage aux victimes des chasseurs

chasser tu les humains

Chasse à Clairefontaine-en-Yvelines (Yvelines) en 2021. – Flickr/CC BY-ND 2.0/ Département des Yvelines/© Nicolas Duprey/CD 78

Plus de 400 personnes ont été tuées par des chasseurs en vingt ans. Dans un manifeste, le collectif Un jour un chasseur leur rend hommage et demande des réformes urgentes.

Chaque automne, la même rengaine macabre. Pas une semaine ne s’écoule sans un accident de chasse. Depuis un an, quelque chose a changé : ces incidents ne passent plus inaperçus. « La parole se libère peu à peu, constate le naturaliste Pierre Rigaux. Les habitants paraissent de moins en moins enclins à supporter l’accaparement de l’espace par une minorité pratiquant un jeu mortel hors de toute raison. » Le militant écologiste écrit ce constat dans la préface d’un manifeste nouvellement paru, intitulé Chasser tue (aussi) les humains (Leduc, 2022), et rédigé par le collectif Un jour un chasseur.

Après deux ans de manifestations et de pétitions, ce groupe de jeunes habitantes rurales (il s’agit majoritairement de femmes), constitué à la suite de la mort de leur ami Morgan Keane [1], a décidé de prendre la plume « pour remuer le couteau dans la plaie ». « Parce que c’est trop facile de se taire, parce qu’on s’en voudrait de ne pas avoir tout tenté pour changer les choses. »

Les amies de Morgan Keane, ici devant sa maison, tentent de réguler la chasse. © Alain Pitton/Reporterre

Briser l’omerta donc, et « libérer la parole des oubliés de la ruralité ». Car, rappellent les autrices, 21 millions de Français vivent à la campagne, dont une majorité écrasante de non-chasseurs. 46 % des chasseurs vivent dans une ville de plus de 20 000 habitants, dont 10 % à Paris. « La défense de la chasse n’est pas une question de classe sociale ou de tradition, insistent-elles. C’est l’histoire éternelle d’un vieux monde, représenté par une majorité d’hommes blancs et vieux, qui refusent de comprendre que notre société évolue. » Voilà donc pour les hérauts de la « ruralité ».

Le manifeste compile ensuite des témoignages d’habitants, choqués, traumatisés, blessés par des chasseurs. « Un jour, une balle a traversé toute notre maison. À quelques secondes près, je me la prenais en pleine tête. » « Un jour, mon père a été tué par un chasseur » lors d’une partie de chasse, parce qu’il était entré sans le savoir sur sa propriété ; « le tueur a fait un an de prison — il chassait avec le procureur — et exerce toujours comme médecin ». « La balle d’un chasseur s’est retrouvée dans la chambre de notre fille, pendant sa sieste. »

Un hommage aux 428 morts depuis 1999

Les autrices expliquent avoir voulu « rendre hommage aux victimes » — 3 403 accidents de chasse depuis 1999, 428 morts. Mais ne s’arrêtent pas là. Minutieusement, elles explorent « les failles du système cynégétique », comme la faiblesse des examens lors du permis de chasse, ou la connivence entre chasseurs et politiques. Puis elles dessinent des pistes « pour en finir avec les accidents de chasse ».

Parmi les « réformes urgentes » à prendre :

  • arrêter la chasse les mercredis et dimanches — comme c’est le cas en Angleterre, Portugal, Pays-Bas, Italie —, car « étant donné la portée des armes et leur puissance, envisager de partager l’espace public avec des hommes armés n’est pas une option » ;
  • une formation plus stricte et un renforcement des règles de sécurité — âge minimal, difficultés des épreuves, renouvellement du permis chaque année avec certificat médical et test psychologique ;
  • un contrôle et un suivi des armes de chasse et des comportements à risque ;
  • des sanctions pénales à la hauteur des délits commis ;
  • la libération de la parole et la reconnaissance des victimes de la chasse par l’État.
  • Loin de l’ambition du collectif, le gouvernement n’a pour le moment esquissé que des mesurettes — telle la mise en place d’un délit d’alcoolémie, la création d’une demi-journée non chassée ou la conception d’une appli pour informer les riverains des lieux de chasse.

Espérons que ce petit livre engagé — mêlant enquête, analyse politique et guide pratique (exemple : comment signaler les incidents près de chez soi) — fera bouger les lignes. Car, si la prise de conscience progresse parmi la société, le chemin paraît encore semé d’embûches. « Il ne s’agit pas de mettre les chasseurs au ban de la société, souligne Pierre Rigaux dans sa préface. Il s’agit de faire progresser l’intérêt général. »

 

Chasser tue (aussi) les humains, du collectif Un jour un chasseur, préface de Pierre Rigaux, aux éditions Leduc, octobre 2022, 266 p., 18 euros.

ASPAS : 1 DÉCEMBRE 2022

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Parmi nos actualités ce mois-ci : une dixième victoire pour les blaireaux, un podcast pour découvrir le putois, un éleveur qui témoigne en faveur des renards et du nouveau contre les abus et dérives de la chasse. Bonne lecture !

LA CHASSE TUE : À QUAND SA MUE ?

Le 17 novembre, le chasseur qui avait tué Morgan Keane il y a 2 ans a été jugé au tribunal de Cahors lors d’un procès hypermédiatisé. L’ASPAS, qui milite depuis 40 ans contre l’insécurité liée à la chasse, a tenu à soutenir les proches de Morgan en se portant partie civile à leurs côtés. >> En savoir plus

Cette tragédie n’est hélas pas isolée : avec 3 morts et 28 blessés depuis septembre, la chasse continue de faire des victimes… Alors que le gouvernement a promis une réforme avant Noël, l’ASPAS et 14 autres associations ont pris les devants pour réclamer au président Macron deux jours sans chasse. >> En savoir plus

VICTOIRE POUR LES BLAIREAUX EN LOIRE-ATLANTIQUE,
LA DIXIÈME CETTE ANNÉE !

Une nouvelle fois la justice donne raison à l’ASPAS, en annulant un arrêté qui autorisait le déterrage de blaireaux à partir du 15 mai. Avec l’avalanche de victoires obtenues depuis le début de l’année 2022 ainsi que le succès de notre pétition devant le Sénat, on peut espérer de réelles avancées législatives pour nos « petits pandas » dans les mois à venir. On y croit ! >> En savoir plus

L’ÉTAT TACLE LES CHASSEURS
ET LEUR GESTION DES SANGLIERS

Tirs sélectifs, lâchers et nourrissage : un nouveau décret paru fin octobre prévoit de sanctionner davantage le cocktail explosif de la pseudo-régulation pratiquée par les autoproclamés « 1ers écolos de France ». L’État a aussi refusé de céder à l’un de leurs rêves les plus fous : l’ouverture générale de la chasse dès le 1er juin !
>> En savoir plus

DOMINIQUE, ÉLEVEUR DE MOUTONS :
« QUE VIVENT LES RENARDS ! »

Installé dans le Limousin, Dominique gère depuis plus de 25 ans un élevage d’une centaine de moutons d’Ouessant, race française la plus primitive et dite la plus petite du monde. Pour ce passionné d’animaux, qui a placé son terrain en refuge ASPAS, protéger son troupeau des prédateurs relève du simple bon sens !
>> Lire son témoignage

Vous aussi êtes agriculteur ou agricultrice et souhaitez témoigner en faveur des renards et autres mal-aimés ? Remplissez une déclaration de non-dégât ! Vous êtes élu dans votre commune ? Envoyez une demande de déclassement à votre préfet d’une voire toutes les espèces ESOD classées sur votre territoire. >> En savoir plus

LES ENCLOS DE CHASSE CONTRÔLÉS…
PAR LES CHASSEURS

Petite révolution dans le monde opaque et cruel de la chasse en enclos : les propriétaires vont devoir faire valider un plan de gestion auprès… des fédérations de chasse ! Loin d’interdire la pratique, le décret paru le 20 octobre 2022 se contente d’exiger davantage de transparence quant à la provenance des futurs trophées…
>> En savoir plus

UN NOUVEAU PODCAST CONSACRÉ AU PUTOIS

Immergez-vous dans l’univers du putois d’Europe, petit prédateur menacé, avec ce nouvel épisode de la série « À travers leurs yeux«  produit par Mu’Ethik en partenariat avec l’ASPAS.

Ce cousin sauvage du furet domestique, de la même famille que la loutre et le blaireau (mustélidés), n’est plus classé « ESOD » en France depuis la victoire de l’ASPAS et d’autres ONG devant le Conseil d’Etat en 2020 ; il n’est donc plus piégeage mais reste en revanche toujours chassable. La raréfaction du putois tient surtout à la disparition de son habitat naturel (drainage des zones humides, arrachage des haies, artificialisation des sols, …), c’est pourquoi nous demandons, aux côtés de la SFEPM qu’il bénéficie du statut d’espèce protégée !
>> Écouter le podcast

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Chasse « traditionnelle » : l’État à nouveau condamné

alouette des champs

Et de quatre. Le Conseil d’État a annulé, pour la quatrième année consécutive, les arrêtés ministériels autorisant les chasses dites « traditionnelles » – des « pratiques moyenâgeuses » de piégeage d’oiseaux sauvages, selon la Ligue pour la protection des oiseaux.

L’an dernier, la ministre de l’Écologie, Barbara Pompili avait en effet autorisé la chasse à l’aide de filets et de cages – appelées matoles, tenderies ou encore pantes dans le jargon des chasseurs – de certains oiseaux, dans plusieurs départements. Alouettes des champs, grives, vanneaux huppés ou pluviers pouvaient ainsi être piégés et tués.

Dans quatre décisions rendues le 23 novembre, la plus haute juridiction administrative a jugé ces autorisations illégales, car contraires à la directive Oiseaux, qui interdit les techniques de capture massive sans distinction des espèces.

« S’acharner sur des espèces en déclin n’est pas digne »

Pour le Conseil d’État, arguer d’un mode de chasse traditionnel ne justifie pas d’autoriser le maintien de ces méthodes de capture interdites par le droit européen. L’État est condamné à verser 12 000 euros à la LPO et One Voice.

De nouveaux arrêtés autorisant ces chasses pour la saison 2022 – 2023 ont été pris début octobre, alors que le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, s’était engagé à attendre la décision finale du Conseil d’État pour prendre sa décision. Les arrêtés ont été suspendus en urgence, fin octobre.

« S’acharner sur des espèces en déclin comme l’alouette des champs ou le vanneau huppé n’est pas digne d’un pays qui ambitionne d’être un modèle de protection de la biodiversité au niveau mondial », a déclaré dans un communiqué, Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO, qui milite pour l’abolition définitive de ces piégeages traditionnels.