« Décision historique » pour les défenseurs des abeilles »

défenseurs des abeilles

Pour Pollinis, il s’agit d’une « décision historique ». Dans un arrêt rendu le 14 septembre, le Tribunal de l’Union européenne (UE) a invalidé plusieurs décisions de la Commission européenne qui, depuis 2018, refusait à cette ONG l’accès aux documents relatifs au blocage des « tests abeilles ». Ces protocoles scientifiques, établis en 2013 par l’Agence sanitaire européenne (EFSA) à la demande de la Commission européenne, ont pour but d’évaluer, avant leur mise sur le marché, la toxicité réelle des pesticides sur les pollinisateurs. Problème, comme le rappelait Pollinis dans un texte publié en mai dernier : ces « tests abeilles » ont depuis été révisés (ils sont désormais moins protecteurs) et surtout n’ont jamais été adoptés par les États membres. Et ce, « sans qu’aucune information sur les raisons de ce blocage n’ait été rendue publique par les institutions européennes ».

D’où la demande de l’ONG qui, désirant connaître « les raisons de ce blocage (servant) uniquement les intérêts de l’industrie agrochimique », souhaitait avoir accès à tous les documents échangés à ce propos par la Commission européenne, l’EFSA et le comité permanent des végétaux (Scopaff). L’idée, comme le dit à Reporterre Julie Pecheur, directrice du plaidoyer chez Pollinis, est de « savoir ce que notre pays a voté lors de ces réunions et quels ont été les arguments échangés de part et d’autre pour ne pas adopter ce document scientifique voulu par l’ensemble des parties prenantes, sauf l’agrochimie, le tout sans que les citoyens n’aient accès à ces informations ».

« Avec ce jugement fondamental, le Tribunal de l’UE met fin à l’opacité inacceptable qui entache une partie du processus décisionnel européen », s’est de son côté félicité dans un communiqué publié le 15 septembre Nicolas Laarman, délégué général de l’ONG.

Les papillons déclinent en France,

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66 % des espèces de papillons de jour vivant en France ont disparu d’au moins un des départements qu’elles occupaient au siècle dernier. Ce chiffre est issu d’un nouvel indicateur développé par l’Office national de la biodiversité (ONB), a indiqué l’organisation le vendredi 1ᵉʳ juillet. Pour l’établir, elle a comparé le nombre d’espèces observées dans chaque département entre les périodes 1900-2000 et 2000-2020.

Ces disparitions touchent l’ensemble de la France métropolitaine, puisque tous les départements ont perdu au moins une espèce de papillons depuis 1900. En moyenne, chaque espèce a disparu de quatre départements. Le département le plus touché est sans surprise celui de Paris, particulièrement urbanisé : plus de la moitié des espèces de papillons y a disparu.

Pollution, climat et disparition des habitats

Plusieurs études ont déjà montré le déclin des populations de papillon en France et les principales causes en sont connues : « La disparition, la transformation et fragmentation des habitats, les pollutions (notamment les pesticides) et le changement climatique », indique l’ONB.

Les papillons de jour « constituent un groupe d’espèces « ambassadeur » pour la biodiversité des insectes », souligne l’organisation. Le déclin des populations de papillons est donc un bon indicateur de la dégradation de leurs milieux de vie.

Les mésanges, un remède naturel contre les chenilles processionnaires

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photo : Une mésange bleue dans un arbre fruitier, en Alsace, en 2008.

Les chenilles processionnaires du pin et du chêne, en expansion, viennent d’être classées espèces nuisibles. Plutôt que d’utiliser des traitements chimiques, la ville de Nancy expérimente la réintroduction de mésanges, grandes consommatrices de chenilles.

« Il faut bien lever les yeux pour les voir, dit avec un sourire Yannick Andres, chef du service arbres de la mairie de Nancy, en désignant un nichoir. Ça commence à être bien habité. » Pour lutter contre la prolifération des chenilles processionnaires dans la ville, l’agent a contribué à l’installation, en janvier 2021, d’une cinquantaine de nichoirs à mésanges dans le parc Sainte-Marie. Petit oiseau discret à l’appétit ravageur, la mésange raffole des larves et semble se plaire en haut des arbres nancéiens.

En invitant les mésanges – charbonnières ou bleues – à s’installer durablement, Yannick Andres tente de rétablir un équilibre entre chenilles envahissantes et oiseaux malmenés par l’urbanisation de leur milieu naturel. « Les mésanges s’installent à la première ponte, quand elles ont besoin de nourrir les petits, au milieu du mois de mai, et là elles cartonnent », explique l’agent. Un couple de mésanges peut dévorer jusqu’à 500 larves de chenille par jour pour nourrir ses petits.

Les chenilles processionnaires du chêne et du pin prolifèrent sur le territoire français. A Nancy, c’est celle du chêne qui pose problème. Contrairement à celle du pin, elle ne se déplace pas en file indienne, mais niche dans les arbres et dépose ses poils urticants dans son nid avant sa mue. Sandra Sinno-Tellier, médecin épidémiologiste à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), surveille l’expansion des deux espèces. « Entre 2012 et 2019, on a constaté une augmentation régulière du nombre d’appels aux centres antipoison pour des intoxications liées à la chenille processionnaire du chêne », relate la scientifique.

A tel point que la chenille processionnaire du pin et celle du chêne ont été classées, par un décret gouvernemental du 25 avril, « espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine », ce qui permet de multiplier les mesures de lutte contre leur propagation.

Micro-harpons

Chaque année, la plupart des cas sont recensés entre janvier et avril pour la chenille du pin, tandis que ceux liés à la chenille du chêne sont concentrés entre avril et juillet. Couvertes de poils urticants volatils, les chenilles expulsent leur couverture en cas d’agression extérieure. Mécanisme de défense redoutable, les poils chargés de toxine peuvent causer des réactions inflammatoires graves chez l’homme. La protéine toxique contenue dans le poil peut provoquer des atteintes cutanées, oculaires, digestives et même respiratoires. Très légers et invisibles, ces micro-harpons peuvent être stockés dans les nids vides pendant des mois et libérés par un coup de vent. Ainsi, de nombreux patients développent des symptômes sans jamais avoir aperçu une chenille.

Les facteurs de prolifération de la chenille sont pluriels. Selon Sandra Sinno-Tellier, également coordinatrice de la toxicovigilance de l’Anses, les premiers sont « le réchauffement climatique qui adoucit les hivers, et l’intervention humaine ». Les opérations de boisement ou de déboisement ont fait évoluer les lieux de présence de l’insecte sur le territoire français et « les processionnaires étendent progressivement leur aire d’implantation dans la partie nord de la France, y compris dans l’est de celle-ci, alors qu’elles résidaient principalement dans le Sud et l’Ouest il y a plusieurs décennies », alerte la spécialiste.

A Nancy, Yannick Andres a pris conscience du problème en 2007. « Pour la première fois, il y a eu de grosses attaques de chenilles près des habitations, alors on a été obligés d’utiliser un traitement microbiologique », se souvient l’agent. C’est pour éviter l’utilisation cyclique d’un insecticide non sélectif que la mairie a lancé l’installation de nichoirs. « Tant qu’on n’a pas de pic, elle peut suffire à réguler la chenille sur le parc », espère-t-il. Le dispositif peut être couplé à d’autres, comme la destruction de nids ou l’installation de pièges à phéromones pour éliminer les papillons.

Dahman Richter, conseiller municipal délégué aux droits, au bien-être animal et à la biodiversité, défend une « méthode de régulation douce ». Pour l’élu écologiste, âgé de 24 ans, « la lutte pour la biodiversité est liée aux questions de santé publique et de sécurité ». Il attendra toutefois de tirer un premier bilan avant d’installer de nouveaux nichoirs. Il veut également « éviter les risques de prédation [des mésanges] sur d’autres petits oiseaux ».

« Lutte biologique »

La mésange, qui a bien besoin de ce coup de pouce, s’installe à Nancy sous l’œil attentif des ornithologues de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). En France, « il y a une crise du logement chez les oiseaux cavicoles », relate Jean-Yves Moitrot, président de la LPO en Meurthe-et-Moselle. Les mésanges charbonnières et les mésanges bleues souffrent de l’urbanisation de leurs milieux naturels et de la raréfaction des cavités naturelles.

L’association soutient la « lutte biologique » menée par la mairie. « Cela semble marcher, puisque les nichoirs ont l’air occupés, mais il est difficile de voir si ça a un impact immédiat sur les populations de chenilles », s’interroge le bénévole.

Dans les faits, la chenille continue de faire des dégâts à Nancy. Au printemps, chaque année, dans son cabinet vétérinaire, le docteur Arnaud Ptak reçoit quelques dizaines de chiens et de chats en état de choc. Chez les animaux qui ont léché les insectes, il peut arriver que la langue noircisse et se nécrose. « Dans ces cas-là, il faut opérer et enlever la langue en partie ou totalement, relate le vétérinaire, qui a déjà dû procéder à ce type d’opération sur un chien. Chaque année le phénomène s’intensifie, on reçoit des cas plus graves et plus atypiques que l’année précédente. »

Même s’il soutient l’initiative de la mairie, pour Arnaud Ptak, lutter contre la chenille processionnaire, « c’est se battre contre les moulins à vent ». Au début de l’été, une fois que les chenilles seront devenues papillons, la municipalité pourra tirer un premier bilan, à la fois sur l’évolution des populations de mésanges et de chenilles.

Carla Butting(Nancy, envoyée spéciale) / Le Monde-planète, 6 mai

Mort des insectes, animaux malades… les pesticides ravagent le vivant

Une solide expertise scientifique le confirme : les pesticides détruisent la biodiversité et contaminent largement les écosystèmes, jusque dans les fonds marins.

Les pesticides sont-ils dangereux pour le vivant ? À la demande du gouvernement, quarante-six chercheurs ont planché sur la question pendant deux ans ; ils ont compilé, comparé et analysé plus de 4 000 études. La réponse, rendue publique jeudi 5 mai, tient en trois lettres : oui, ils polluent l’ensemble des milieux et fragilisent la biodiversité. Ce constat n’est pas nouveau, mais il est désormais étayé par une solide expertise scientifique.

« Il s’agit d’un état des lieux des connaissances existantes », précise Sophie Leenhardt, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), qui a mené les travaux avec l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). La dernière expertise collective de cette ampleur remontait à 2005. L’objectif, selon Mme Leenhardt : « Éclairer le débat et l’action publique, sans donner d’avis ni formuler de recommandations. » À l’heure où l’État français se demande comment allouer les millions d’euros de la politique agricole commune, ce document apporte cependant des éléments accablants contre l’agriculture intensive.

Une contamination généralisée des écosystèmes

Le rapport met ainsi en évidence « une large contamination des écosystèmes » par les pesticides, en particulier dans les espaces agricoles. Chaque année, entre 55 000 et 70 000 tonnes de substances actives phytopharmaceutiques sont vendues sur le territoire français… dont une grande partie se retrouve dans l’environnement. Cette pollution « touche tous les milieux — sol, air, eau — et implique une diversité de substances, indique Wilfried Sanchez, directeur scientifique adjoint de l’Ifremer. On retrouve les substances actives des pesticides, mais également leurs produits de transformation et leurs adjuvants. »

Par exemple, le glyphosate, un des herbicides les plus vendus, est utilisé avec des additifs permettant de renforcer son efficacité ; et quand le produit se dégrade, il se crée une nouvelle molécule également toxique, l’Ampa. « On retrouve les produits phytopharmaceutiques jusque dans les mers, le long des côtes, mais aussi dans les fonds marins, note M. Sanchez. On a même trouvé du DDT [un insecticide interdit en France depuis 1972] à des centaines de kilomètres, dans les zones proches des pôles. » Maigre consolation, les produits interdits voient leur concentration diminuer peu à peu.

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Le degré de contamination reste cependant difficile à quantifier. « La diversité des substances analysées reste limitée au regard de celles qui sont potentiellement présentes — 294 substances actives et plus de 1 500 préparations commerciales sont actuellement autorisées en France, insiste le rapport. De nombreuses substances ne sont pas recherchées, notamment parmi les plus récemment mises sur le marché. » Seule certitude : cette pollution généralisée s’immisce dans de nombreux organismes vivants – jusque dans l’urine humaine.

 

Les amphibiens et les dauphins tomberaient plus facilement malades

Sans surprise, cette imprégnation fragilise l’ensemble du vivant. Premiers menacés, celles et ceux qui vivent non loin des champs : abeilles, bourdons, coccinelles, papillons, oiseaux… « Les études disponibles permettent d’affirmer que les produits phytos sont une des causes majeures du déclin des populations » d’insectes, d’oiseaux, d’invertébrés aquatiques…, résume Stéphane Pesce, chercheur en écotoxicologie à l’Inrae. « À l’échelle européenne, il est estimé que la contamination induirait des pertes allant jusqu’à 40 % au sein des macro-invertébrés [larves ou mollusques] aquatiques. »

Ces substances chimiques ne font pas que tuer les êtres vivants. « Elles ont de nombreux effets sublétaux, souligne M. Pesce, c’est-à-dire qu’elles perturbent l’organisme », sans être mortelles. Perte d’orientation, déficience immunitaire, modification de la reproduction… « De plus en plus d’effets non attendus et sans relation claire avec le mode d’action connu sont mis en évidence, par exemple pour ce qui concerne les systèmes nerveux, immunitaire, endocrinien, ou encore les interactions avec les microbiotes », note ainsi le rapport. Les amphibiens et les dauphins tomberaient ainsi plus facilement malades.

Plantation de haies et restauration de zones humides

Les chercheurs mettent aussi en avant un effet papillon : en supprimant des insectes ou en détruisant une partie de la végétation, insecticides et herbicides diminuent les ressources alimentaires et les habitats de nombreux animaux, dont certains oiseaux. Les pesticides « agissent comme un facteur aggravant de l’état de santé des écosystèmes, classé au quatrième rang des facteurs pesant sur la nature à l’échelle mondiale », rappelle le rapport. En 2019, l’IPBES, le « Giec de la biodiversité », alertait sur la possible disparition d’un million d’espèces, à cause, entre autres, de la pollution chimique. Les pesticides seraient d’ailleurs le « premier moteur » du déclin des insectes, précisait une étude parlementaire parue en janvier dernier.

Que faire ? L’expertise collective ne s’étend pas sur le sujet, d’autres travaux étant en cours. Elle cite néanmoins quelques leviers d’actions. « Le premier levier permettant la réduction de la contamination est la diminution des quantités de produits phytopharmaceutiques utilisées », lit-on dans le rapport. Las, les politiques menées jusqu’à présent se sont révélées inefficaces pour sortir des pesticides. Les chercheurs listent des pistes prometteuses, comme la plantation de haies et la restauration de zones humides afin de créer des « espaces tampons » capables d’absorber et de dégrader une partie des substances.

Côté réglementaire, les deux instituts de recherche soulignent que d’importants progrès sont à réaliser. Car, bien que « la réglementation européenne en la matière soit une des plus exigeantes au monde, explique Laure Mamy, chercheuse à l’Inrae, elle présente des limites ». Les autorités chargées d’autoriser (ou non) les produits n’analysent pas suffisamment les effets cocktails — les conséquences de l’exposition combinée à plusieurs substances — ni les effets en chaîne d’un produit sur l’ensemble d’un écosystème. « Il faut une approche plus systémique », insiste Mme Mamy. Alors que les autorités européennes s’apprêtent à autoriser à nouveau le glyphosate, ce rapport scientifique devrait sonner comme une mise en garde.

Les araignées pélicans : des arachnides aussi méconnus qu’impressionnants

araignées,pélicans

Par Anne-Sophie Tassart

Une chercheuse du Smithsonian’s National Museum of Natural History a décrit 18 espèces d’araignées pélicans qui n’avaient jusqu’alors jamais été répertoriées. Découvrez quelques-uns de ces fantastiques arachnides en images.

Les araignées pélicans sont aussi impressionnantes que méconnues. Alors que le premier spécimen a été découvert en 1854, des études permettent encore de trouver de nouvelles espèces appartenant à ce groupe étrange d’arachnides. Ainsi, Hannah Wood, chercheuse au Smithsonian’s National Museum of Natural History (Etats-Unis), a présenté dans une étude parue le 11 janvier 2018 dans la revue ZooKeys, 18 nouvelles espèces endémiques de Madagascar.

Des araignées à l’allure incroyable

Pour pourvoir décrire ces nouveaux spécimens, la scientifique et son collègue de l’université de Copenhague (Danemark) ont examiné des centaines d’araignées provenant de plusieurs muséums et d’autres prélevées directement sur le terrain. Les analyses ont permis de séparer les arachnides étudiés en 26 espèces distinctes dont 18 n’avaient encore jamais été décrites. Hannah Wood suppose qu’il en reste encore de nombreuses à découvrir.

Les araignées pélicans ont une allure remarquable : elles ont un long cou au bout duquel se trouve une tête armée de chélicères impressionnantes qui leur ont conféré ce surnom, leur silhouette ressemblant à celle d’un pélican, oiseau doté d’un immense bec. Outre leur apparence, ces arachnides sont également remarquables de par leur façon de chasser les proies. La nuit, les araignées pélicans se jettent sur d’autres araignées, les attrapant avec leurs chélicères monstrueuses. Par ailleurs, elle affirme que les spécimens nouvellement décrits ressemblent de manière frappante aux fossiles découverts et datant pour les plus âgés de 165 millions d’années. Ces arthropodes sont aussi présents en Australie et en Afrique du Sud. Les chercheurs supposent que les ancêtres des araignées pélicans étaient disséminés sur la Pangée avant que le supercontinent ne commence à se morceler, il y a 175 millions d’années.

Les araignées bariolées voient les couleurs

araignées bariolées

Selon une étude présentée en janvier 2017, les araignées du genre Habronattus et Maratus sont sensibles a bien plus de couleurs que ce que pensaient précédemment les chercheurs.

(en entête )Les araignées du genre Maratus, comme ici cette Maratus speciosus, seraient capables de distinguer le rouge, le jaune et le orange

© OTTO JURGEN/CATERS NEWS AGENCY/SIPA

VISION. Chez certaines espèces d’arachnides, les mâles possèdent des couleurs chatoyantes. Mais quel est l’intérêt si la vision de ces animaux n’est réellement sensible qu’au bleu, au marron et au vert ? Pour des chercheurs de l’Université de Cincinnati (Etats-Unis), l’hypothèse a été simple à poser : ces espèces sont en réalité sensibles a de nombreuses autres couleurs. Et les résultats de leurs travaux, présentés en janvier 2017 lors du meeting annuel de la Society for Integrative and Comparative Biology qui s’est déroulée en Nouvelle-Orléans, révèlent qu’ils ont visé juste tout du moins pour deux genres de Salticidae communément appelées araignées sauteuses chez qui les mâles sont particulièrement colorés.

Une même vision, deux mécanismes

Les chercheurs ont utilisé deux procédés pour étudier la vision des araignées du genre Habronattus (Amérique, Antilles et Iles Galápagos) et du genre Maratus aussi appelées araignées-paons (Australie) : dans un premier temps ils ont pratiqué des microspectrométries afin de mesurer l’absorption de la lumière par les photorécepteurs de leur rétine, ensuite ils ont simulé le système visuel de ces arachnides grâce à un modèle mathématique permettant de comprendre comment cette même rétine perçoit les couleurs. Ces techniques ont permis de découvrir que ces deux genres de Salticidae perçoivent le rouge, le jaune et le orange grâce à des mécanismes complètement différents l’un de l’autre. Les araignées du genre Habronattus possèdent un filtre rouge sur la rétine qui, combiné à l’action des cellules rétiniennes sensibles au vert, permet à l’animal de capter les variations de jaune, de orange et de rouge. Chez les araignées du genre Maratus, un nouveau type de cellules rétiniennes sensibles au rouge est carrément apparu dans leurs yeux au cours de l’Evolution.

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 Une araignée de l’espèce Habronattus coecatus Crédit : Wikimedia Commons

Une vision qui possède plusieurs utilités

Cette découverte souligne un peu plus toute la magie du processus évolutif : deux genres d’arachnides ont développé des mécanismes biologiques complètement différents mais pour une même finalité. La capacité de voir ces couleurs étant partagée par les deux sexes, l’utilité des motifs colorés (couplés à une danse endiablée, voir vidéo ci-dessous) dans la reproduction se confirme. Cependant, si ces espèces sont capables de percevoir des couleurs vives, le rôle de cette capacité lors des parades nuptiales ne serait que secondaire. Pour les chercheurs, cette vision plus développée que chez la plupart des autres espèces d’arachnides servirait avant tout à détecter les insectes dont la toxicité est signalée par des couleurs vives. Mais quid des inconvénients ? Se peut-il qu’être une palette de couleurs ambulante porte préjudice aux mâles Habronattus et Maratus ? Pour Nate Morehouse, le chercheur qui a piloté l’étude, les motifs colorés ne sont en aucun cas un problème. D’après lui, les parties colorées sont « seulement observable à l’avant, lorsque deux araignées se font face« . Vu du dessus (comme le ferait un oiseau), les mâles ne comportent que des couleurs sombres difficilement détectables.

La danse d’une araignée-paon de l’espèce Maratus speciosus. Crédit : Youtube / Peacockspiderman

De nouvelles études à suivre

Prochainement les chercheurs devront déterminer exactement quel processus a permis l’amélioration de la vision chez ces espèces. Cependant, les scientifiques ont déjà une hypothèse : l’un des gènes codant pour un photorécepteur se serait multiplié. Par la suite, certaines de ses copies auraient muté entraînant la formation de nouveaux photorécepteurs sensibles à d’autres couleurs. La conservation de l’ensemble du génome aurait ainsi permis à ces araignées d’être sensibles à une plus large palette. Les chercheurs souhaitent mener de nouvelles études sur d’autres genres d’araignées colorées afin de découvrir, peut-être, de nouveaux mécanismes visuels encore inconnus chez ces animaux.

Une espèce de libellule sur six est en danger d’extinction dans le monde

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La destruction des zones humides entraîne le déclin des libellules et demoiselles, dont 16% des quelque 6 000 espèces étudiées sont en danger d’extinction, selon la dernière mise à jour de la «liste rouge» des espèces menacées de l’UICN.

Les libellules et demoiselles, ces gracieux insectes prédateurs qui se nourrissent d’autres petits insectes comme les moustiques, sont en péril à cause de l’homo sapiens. Elles pâtissent, partout dans le monde, de la destruction des zones humides, constate le premier état des lieux mondial établi sur ces espèces, publié ce jeudi dans le cadre de l’actualisation de la «liste rouge» des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Selon cette évaluation, 16% des 6 016 espèces étudiées risquent l’extinction, à cause de la dégradation et de la destruction de leur habitat par l’homme. En Asie du Sud et du Sud-Est, plus d’un quart des espèces de libellules et demoiselles sont menacées, «surtout à cause de l’assèchement et du défrichage des zones humides et forêts tropicales, pour y planter des cultures telles que celle du palmier à huile»,indique l’UICN dans un communiqué. En Amérique centrale et du Sud, la principale cause du déclin des libellules est le défrichage des forêts pour la construction résidentielle et commerciale.

Les pesticides, d’autres polluants et le changement climatique constituent des menaces croissantes pour ces espèces dans toutes les régions du monde, et sont déjà les principales menaces en Amérique du Nord et en Europe. En France métropolitaine, une vingtaine d’espèces de libellules sur 89 sont menacées ou quasi menacées de disparition, selon une évaluation de 2016.

«Perte généralisée des étangs»

Le déclin de ces insectes aquatiques est «symptomatique de la perte généralisée des étangs, marais et cours d’eau dans lesquels ils se reproduisent, principalement due à l’expansion de l’agriculture non soutenable et de l’urbanisation», déplore l’UICN.

L’évaluation publiée jeudi «souligne l’urgente nécessité de protéger les milieux humides du monde et la riche trame du vivant qu’elles abritent. Ces écosystèmes disparaissent trois fois plus vite que les forêts,insiste Bruno Oberle, le directeur général de l’UICN. Les marais et autres zones humides peuvent paraître improductifs et inhospitaliers aux humains, mais ils nous rendent en réalité des services essentiels. Ils stockent le carbone, nous fournissent de l’eau propre et de la nourriture, nous protègent des inondations et offrent le gîte à une espèce sur dix répertoriées dans le monde.»

Viola Clausnitzer, coprésidente du groupe de spécialistes des libellules à l’UICN, rappelle que ces insectes sont «des indicateurs extrêmement sensibles de l’état de santé des écosystèmes d’eau douce […]. Pour conserver ces beaux insectes, il est crucial que les gouvernements, les secteurs de l’agriculture et de l’industrie prennent en compte la protection des écosystèmes humides lors des projets de développement, par exemple en protégeant des habitats clés et en consacrant de l’espace aux zones humides urbaines».

Vastes zones rendues inhabitables

En prenant en compte l’actualisation de ce jeudi, la liste rouge de l’UICN évalue désormais 142 577 espèces, dont 40 084 sont menacées d’extinction. Dans cette actualisation, le desman des Pyrénées, un petit mammifère semi-aquatique ne vivant que dans les rivières d’Andorre, de France, d’Espagne et du Portugal, est passé de la catégorie «vulnérable» à la catégorie «en danger». Cette drôle de bestiole, apparentée aux taupes, est aussi appelée «rat trompette» en raison de sa trompe, un organe préhensile et sensoriel qui lui permet de percevoir son environnement et de rechercher de la nourriture. Il a des pattes palmées et grâce à ses griffes peut s’accrocher aux rochers glissants. Seules deux espèces de desmans subsistent aujourd’hui dans le monde : celui des Pyrénées et le desman de l’Oural, en Russie.

La population des desmans des Pyrénées a chuté de 50% depuis 2011, «ce qui est largement dû à l’impact humain sur son habitat», alerte l’UICN. Cette espèce protégée a souffert de la construction de barrages hydroélectriques et de l’aménagement des rivières, ainsi que de l’utilisation intensive de l’eau pour l’agriculture. Ce qui a rendu de vastes zones inhabitables pour le desman, a isolé les populations et a considérablement réduit ses proies et possibilités de s’abriter. L’UICN cite aussi l’impact des espèces invasives, de la pêche illégale utilisant du poison, des filets et des explosifs, de sécheresses accrues dues au changement climatique, de l’exploitation des lits et berges des rivières ou encore de la pollution aquatique.

 

Photo : A cause de l’agriculture non soutenable, les libellules et demoiselles, prédatrices essentielles à l’équilibre des marécages et des zones humides, sont en danger de disparition. (Jacques Vandinteren/Getty Images)

Coralie Schaub / Libération 7 décembre

L’effondrement des pollinisateurs sauvages : un drame silencieux

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Tout aussi grave que le déclin des abeilles domestiques, l’effondrement des pollinisateurs sauvages est pourtant peu médiatisé. Ces précieux insectes, indispensables à l’équilibre des écosystèmes, s’éteignent dans le plus grand silence. L’une des premières causes de leur dépérissement est l’agriculture intensive et son usage immodéré de pesticides.

Chaque année, à la sortie de l’hiver, les apiculteurs inspectent leurs ruches et décomptent les colonies qui n’ont pas survécu. Selon les enquêtes nationales lancées depuis 2018 auprès des professionnels, le taux de pertes se situe autour de 20 à 30 % par an. Ce chiffre, qui reflète la situation inquiétante des butineuses, n’est cependant que la partie visible d’un drame bien plus vaste.

Car si l’état des populations d’abeilles domestiques, au coeur de la filière de production de miel, est scrutée de près, celui de l’immense famille des pollinisateurs sauvages, abeilles solitaires, bourdons, papillons, coléoptères, etc., commence à peine être mis en lumière. Malgré le manque criant de recherche, les données disponibles dessinent un tableau glaçant : la chute des populations sauvages est vertigineuse.

En Belgique, plus de la moitié des espèces d’abeilles sont menacées d’extinction, et 12 % ont déjà disparu. Pour les bourdons, c’est encore pire : 80 % des espèces sont menacées d’extinction, déjà éteintes ou en passe d’être menacées. En Bavière, les ¾ des espèces d’abeilles sauvages ont disparu en seulement 10 ans. Dans la région protégée du Nord-Rhin-Westphalie, les populations syrphides ont diminué de 84 %. A l’échelle européenne, plus du tiers des espèces de papillons sont en déclin, avec une chute de près de 40 % en trente ans…

Un taux d’extinction vertigineux

Une recherche menée sur trois décennies en Allemagne a relevé des taux de déclin spectaculaires dans des zones naturelles pourtant protégées. En analysant les données recueillies sur une période de 27 ans, les scientifiques ont constaté une diminution de la biomasse des insectes volants de 76 % en moyenne, et de 82 % au milieu de l’été. Des taux qui, selon les auteurs de l’étude, sont généralisables à l’ensemble de l’Europe.

À l’échelle mondiale, le tableau est tout aussi sombre. Un rapport de l’IPBES, l’équivalent du GIEC pour la biodiversité, indiquait, en 2016, que 40 % des espèces pollinisatrices invertébrées étaient actuellement menacées, et 16 % en voie d’extinction. Selon une méta-analyse publiée en 2019, le taux d’extinction des insectes serait huit fois plus rapide que celui des mammifères, des oiseaux et des reptiles. Les insectes pollinisateurs, comme les lépidoptères et les hyménoptères, sont en première ligne de cette catastrophe.

Le déclin accéléré de ces insectes indispensables fait désormais planer une menace sur l’ensemble des écosystèmes. Car ce sont elles principalement, les innombrables espèces sauvages, qui pollinisent les plantes à fleurs, et près de 80 % des variétés que nous cultivons pour nous nourrir, pas uniquement Apis mellifera, notre abeille à miel.

Abeilles maçonnes, abeilles sauvages terricoles, comme les andrènes ou les halictes qui creusent des galeries dans le sol, abeilles tapissières, comme Megachile rotundata, qui découpe des petits morceaux de feuilles, ou comme l’anthocope du pavot, qui revêt de pétales de coquelicot les parois de son nid, abeilles cotonnières telle Anthidium manicatum, récoltant des fibres végétales, osmies, éristales, bourdons, papillons et syrphes… ces milliers d’insectes sauvages se complètent, formant ensemble un maillon essentiel de la biodiversité.

Coévoluant avec les plantes à fleurs depuis des millions d’années, ces animaux de taille et de morphologie variées, équipés de poils soyeux, de brosses à pollen, de trompe ou de langue, participent à la reproduction de fleurs de toutes formes, et couvrent toutes les périodes de floraison.

L’environnement contaminé

Les scientifiques qui se sont penchés sur leur déclin vertigineux pointent la responsabilité particulière de l’agriculture intensive. Mise en place depuis les années 60, ce modèle agricole entraine la destruction des habitats et la contamination des mi-lieux par les pesticides de synthèse. En collectant le pollen et le nectar des fleurs, les pollinisateurs sont particulièrement exposés à ces molécules chimiques.

Mais les pesticides déversés massivement dans les cultures contaminent également l’air, les eaux, les sols, et persistent parfois durant des décennies. Les lieux de vie et de nidification des butineurs sont ainsi durablement empoisonnés par nombre de substances, qui s’accumulent en formant des cocktails toxiques, et imprègnent leur environnement.

Malgré le déclin catastrophique des pollinisateurs sauvages, l’épandage dans les champs de substances dévastatrices pour ces insectes se poursuit, sans aucune régulation adéquate. Le système d’homologation des pesticides instauré au niveau européen est une véritable passoire, et permet toujours la mise sur le marché de pesticides toxiques pour les butineurs. Les tests règlementaires requis pour évaluer l’effet des pesticides sur les abeilles domestiques sont superficiels et obsolètes, notamment pour détecter la toxicité insidieuse des nouvelles générations de pesticides.

Quant aux pollinisateurs sauvages, ils restent dans l’angle mort de l’évaluation. La toxicité des pesticides n’est tout simplement pas évaluée pour eux. Si le processus d’homologation, en cours de révision, prévoit bien d’inclure prochainement des tests sur les bourdons et une espèce au moins d’abeille solitaire, il faudrait encore prendre en compte la sensibilité spécifique de chacune des espèces aux pesticides.

Une étude parue cet été, comparant la toxicité de plusieurs pesticides pour les abeilles domestiques et pour neuf espèces sauvages (bourdons, abeilles solitaires), a montré que ces dernières peuvent se montrer plus vulnérables aux molécules chimiques, les voies d’exposition et le potentiel de rétablissement des populations n’étant pas similaires entre les espèces.

L’écotoxicologue Céleste Azpiazu a fait le même constat en examinant la toxicité d’un fongicide et d’un insecticide sur trois espèces, abeilles domestiques, bourdons et osmies. Ses résultats ont mis en lumière la fragilité particulière des abeilles solitaires. Les pesticides peuvent donc avoir des effets qui diffèrent selon les espèces de butineurs. Et si chez les abeilles sociales, la mort d’individus peut être atténuée par la survie des autres membres de la colonie, une telle résilience n’existe pas chez les abeilles solitaires.

Une transition agricole urgente

Profitant de l’absence de cadres protecteurs pour ces insectes sauvages, l’agrochimie poursuit sans entrave son commerce mortifère. En décimant les pollinisateurs, le modèle agricole conventionnel détruit ses indispensables auxiliaires des cultures, et menace ainsi notre sécurité alimentaire.

Plutôt que de maintenir à tout prix une agriculture toxique et à bout de souffle, il est urgent de remplacer les pesticides de synthèse par l’intelligence du vivant, et d’instaurer des systèmes plus résilients et autonomes. Pour enrayer le déclin vertigineux des butineurs sauvages, la seule réponse adéquate aujourd’hui est de mettre en place un plan de transition agricole ambitieux, sur un modèle agroécologique respectueux de la nature. Un modèle qui permette de s’affranchir de l’agrochimie et de produire sans détruire les pollinisateurs sauvages.

 

→ Cet article a été rédigé par POLLINIS pour le magazine Abeilles en liberté, une revue consacrée aux abeilles et pollinisateurs, pour initier et accompagner des solutions nouvelles et alternatives. CLIQUEZ ICI POUR DÉCOUVRIR CETTE REVUE.

Savoie : la montagne, véritable refuge pour les papillons

papillon : amaryllis

La biodiversité est particulièrement bien préservée dans la vallée de la Maurienne, en Savoie. Des naturalistes y étudient les papillons qui sont nombreux dès que les alpages fleurissent.

Les alpages du col d’Albanne dévoilent leurs couleurs en ce début du mois de juillet. Les fleurs sauvages sont nombreuses et diverses, ce qui rend la biodiversité également très riche et variée. “On a une diversité de couleurs de fleurs, on a une diversité d’espèces, qui vont permettre à tout un peuple d’insectes, d’araignées et autres animaux de pouvoir vivre là-dedans” explique Guido Meeus, entomologiste de l’association La Dauphinelle.

178 espèces de papillons

Un groupe de naturalistes est venu ce jour-là observer les papillons en particulier. Entre 2014 et 2019, ces passionnés ont réalisé un inventaire des papillons diurnes de la vallée de la Maurienne : 178 espèces ont été recensées, soit plus des deux tiers des espèces présentes en France. Les papillons sont présents jusqu’à 3 000 mètres d’altitude, et suivent les rayons du soleil dont ils captent l’énergie, à l’instar d’un panneau solaire. Les papillons sont des espèces dont l’extinction est accélérée par la présence de l’homme et de ses activités. Alors, la montagne apparaît comme un véritable refuge.

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Les secrets d’un « scarabée diabolique » à la carapace ultra-résistante enfin percés

carapace du scarabé

Des chercheurs ont mené une nouvelle étude pour percer le secret d’une espèce de scarabée qui a la particularité d’avoir une carapace extrêmement résistante. Une protection qui lui permet de résister à la compression, y compris au passage d’une voiture.

Emeline Férard Publié le 22/10/2020 à 14h53 – Mis à jour le 22/10/2020

Avec son corps sombre, sa surface rugueuse et ses excroissances, Nosoderma diabolicum ressemble davantage à un morceau de bois ou une pierre grêlée qu’à un scarabée chatoyant. Cette espèce de coléoptère originaire d’Amérique du Nord figure pourtant parmi les plus fascinantes et pour cause, elle est incroyablement résistante.

Plus exactement, c’est sa carapace qui fait preuve d’une solidité hors normes. Elle figure même parmi les structures les plus coriaces du monde biologique. Inutile donc de tenter de piétiner le diabolical ironclad beetle (en français, le scarabée blindé diabolique), il repartira indemne, comme si de rien n’était.

L’animal qui mesure entre dix et vingt millimètres de long évolue dans les habitats désertiques du sud-ouest des Etats-Unis. Il s’abrite généralement sous des pierres ou dans des arbres, entre l’écorce et le tronc. Un mode de vie qui explique sans doute pourquoi il doit montrer une certaine solidité.

« Conçu comme un petit tank »

Mais quel est le secret de son exosquelette ultra-résistant ? C’est ce que des chercheurs ont voulu déterminer à travers une nouvelle étude. N. diabolicum « est un scarabée terrestre, donc il n’est ni léger, ni rapide. Il est plutôt conçu comme un petit tank« , a expliqué David Kisailus, professeur à l’université de Californie à Irvine dans un communiqué.

« C’est son adaptation : il ne peut pas voler, donc il reste sur place et laisse son armure spécialement conçue pour subir l’assaut jusqu’à ce que le prédateur abandonne« , a-t-il poursuivi. En menant leurs recherches publiées dans la revue Nature, les scientifiques ont pu constater que la réputation du scarabée n’était pas usurpée.

La carapace du scarabée constitue un bouclier très protecteur. On peut observer ici la répartition de ses organes sous son exosquelette. © Jesus Rivera/University of California, Irvine

Après avoir collecté plusieurs spécimens dans les environs, ils les ont soumis à des tests de compression. Les résultats ont montré que le coléoptère est capable de résister à une force d’environ 150 newtons, soit une charge équivalant à environ 39.000 fois sa masse corporelle.

A titre de comparaison, cela correspondrait pour un homme de 90 kilogrammes à une charge de 3,5 millions de kg. Une résistance exceptionnelle qui permettrait au scarabée d’éviter bien des dégâts. Selon les chercheurs, il pourrait ainsi supporter le passage d’une voiture et la force exercée par le pneu estimée à 100 newtons.

En testant d’autres scarabées terrestres, l’équipe a constaté qu’ils étaient incapables de résister à une force moitié moindre que celle supportée par N. diabolicum. Restait à mettre en évidence les particularités lui permettant d’être quasiment indestructible.

Un exosquelette bien pensé

Pour en savoir plus, l’équipe a examiné en détails la carapace en utilisant différentes technologies. Ils ont ensuite réalisé des simulations et conçu des modèles imprimés en trois dimensions pour mettre à l’épreuve leurs hypothèses. Ils ont conclu que le secret réside dans la composition et l’architecture de l’exosquelette et surtout des élytres.

Les élytres sont les structures rigides qui recouvrent et protègent les ailes lorsque les insectes ne sont pas en vol. Or, chez le scarabée diabolique, elles ont évolué pour constituer un véritable bouclier protecteur. Leur couche externe est composée d’une teneur significativement plus élevée en protéines, les rendant plus solides.

Quant à leur structure, les deux élytres sont connectées au niveau d’une suture qui fonctionne comme les pièces d’un puzzle. Quand le scarabée est soumis à une compression, elles lui offrent ainsi deux lignes de défense. Leurs connexions se bloquent pour empêcher les structures de se séparer et d’exposer les parties plus fragiles.

structure entre les élytres

La suture entre les élytres est composée de structures qui se connectent comme les pièces d’un puzzle.  © Jesus Rivera / UCI

Dans le même temps, les microstructures situées au niveau de la suture se déforment et se décollent afin de dissiper l’énergie issue de la compression. Autant de mécanismes qui empêchent la carapace de céder de façon irréparable sous la force exercée et de tuer l’insecte. Tant que la force en question ne dépasse pas sa capacité de résistance.

« Quand vous brisez une pièce de puzzle, vous vous attendez à ce qu’elle se divise au niveau de la jointure, la partie la plus fine« , a décrypté David Kisailus. « Mais nous n’observons pas ce genre de rupture catastrophique avec ce scarabée. Au lieu de cela, il se délamine, aboutissant à une rupture plus en douceur de la structure« .

Une inspiration pour des matériaux plus résistants ?

Si le scarabée diabolique n’a pas encore révélé tous ses secrets, ces conclusions confirment ses impressionnantes capacités de résistance. Une particularité qui pourrait ouvrir la voie vers certaines applications et notamment la conception de matériaux plus durables et plus résistants pour surmonter des difficultés techniques.

En guise d’exemple, les chercheurs évoquent les turbines à gaz des avions : celles-ci sont constituées de pièces métalliques et composite associées par une attache métallique. Une attache qui rajoute du poids et introduit un stress qui peut conduire à des fractures et de la corrosion. Grâce à N. diabolicum, une nouvelle solution pourrait voir le jour.

« Ces attaches diminuent les performances du système et ont besoin d’être remplacées très souvent. Mais les sutures interfaciales du scarabée blindé diabolique aboutissent à une rupture plus robuste et prévisible qui pourrait aider à résoudre ces problèmes« , a souligné Maryam Hosseini, post-doctorante qui a participé à l’étude.

Inspirés par leurs résultats, les chercheurs ont conçu une attache composite en fibres de carbone imitant les structures de l’insecte. Ils ont conclu que leur innovation, soumise à des tests, était plus solide et résistante que les dispositifs actuellement fabriqués et utilisés.