Le broyage des poussins et la castration des porcelets interdits dès 2022

le boyage des poussins

Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a confirmé la fin de ces deux pratiques d’élevage controversées.

Par Jade Toussay

AGRICULTURE – Un pas de plus en faveur du bien-être animal. Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a confirmé ce dimanche 18 juillet la fin, dès le 1er janvier 2022, du broyage des poussins et de la castration des porcelets dans les élevages, deux pratiques controversées. 

L’engagement avait été pris dès 2019 par son prédécesseur rue de Varennes: le broyage des poussins mâles ne sera plus autorisé en France à partir du 1er janvier prochain. “Je peux vous annoncer que la France est le premier pays au monde, avec l’Allemagne, à mettre fin au broyage et au gazage des poussins mâles”, a affirmé Julien Denormandie dans une interview au Parisien

Pour y parvenir, les professionnels de l’agriculture ont travaillé main dans la main avec les scientifiques, pour mettre au point une technique qui permet d’identifier le sexe de l’œuf avant son éclosion. “La technique de sexage dans l’œuf choisie permet de distinguer, à travers la coquille, la couleur des plumes des embryons mâles, différente de celle des embryons femelles. De ce fait, cela permet de ne plus avoir à éliminer 50 millions de poussins mâles juste après leur naissance chaque année en France”, a expliqué le ministre. 

+0,01€ pour le consommateur à l’achat

Toutefois, il faudra sans doute attendre quelques mois pour que le broyage cesse véritablement d’être employé. Le temps “d’adapter les machines utilisées jusqu’à aujourd’hui à petite échelle ou en laboratoires, à une dimension industrielle”, a précisé le ministre et aussi le temps pour les éleveurs de s’équiper.

Selon Julien Denormandie, “les machines seront installées pour deux tiers de la production en France dès la fin du premier trimestre 2022.”

Pour financer ce nouvel équipement, estimé à “plusieurs millions d’euros” par machine, les éleveurs pourront compter sur le soutien de l’État, qui “accordera 10 millions d’euros sous forme de subventions, dans la limite de 40 % du montant de chaque investissement.”

“Nous travaillons également avec l’ensemble des acteurs pour une juste répartition des coûts tout au long de la chaîne”, a précisé le ministre. L’impact sur le consommateur devrait cependant rester minime, avec une augmentation du prix d’achat estimée à 1 centime d’euro en plus pour une boîte de six œufs.

Vers une harmonisation européenne? 

Avant de limiter les pertes face à la concurrence, le ministre de l’Agriculture français a indiqué qu’il défendra une harmonisation de cette loi à l’échelle européenne. “Plusieurs pays, le Luxembourg, le Portugal, l’Espagne, l’Autriche et l’Irlande se sont d’ores et déjà associés à notre démarche”, fait valoir le ministre. 

Quant à la castration des porcelets, elle sera aussi interdite dès le 1er janvier 2022, avec deux options possibles pour les éleveurs: renoncer purement et simplement à la castration ou alors, pour les filières où la pratique reste nécessaire, y recourir avec une anesthésie locale qui diminue les souffrances de l’animal. C’est notamment le cas en charcuterie, comme l’a précisé Julien Denormandie.  

Les pisseurs de glyphosate publient des résultats alarmants

Les tout premiers résultats de la Campagne Glyphosate sont alarmants : près de 7 000 personnes ont participé à l’action débutée en 2018 en urinant dans un bocal. Et 99,7 % d’entre eux présentent des traces importantes de cet herbicide dangereux.

Rennes (Ille-et-Vilaine), correspondance­

Installer des paravents pour que les participants puissent se déshabiller sereinement, accueillir l’huissier de justice, émarger, étiqueter, faire chauffer les tubes pleins d’urine et sceller le tout. On est loin des banderoles et des slogans des actions habituelles. Pendant deux ans, les militants engagés dans la Campagne Glyphosate France ont organisé des collectes d’urine pour détecter les résidus de la molécule du glyphosate. Ce produit herbicide dangereux pour la santé et l’environnement reste autorisé, malgré les promesses d’Emmanuel Macron. Les premiers résultats de la campagne, qui viennent d’être publiés, sont alarmants : 99,7 % des 6 796 participants [1] présentent des traces de cet herbicide dans leurs urines.

En moyenne, 1,17 nanogramme de glyphosate par millilitre (ng/ml) a été retrouvé sur ces personnes âgées de 6 mois à 94 ans, « soit un taux près de douze fois supérieur à la norme [européenne] de qualité de l’eau qui est de 0,1 ng/ml ». Le plus fort taux atteint même 7,01 ng/ml. Des chiffres édifiants, à la hauteur de cette campagne de longue haleine.

De juin 2018 à janvier 2020, ces 6 796 participants sont arrivés à 6 heures du matin un samedi, à jeun, pour passer aux toilettes et effectuer un prélèvement. « C’était un moment surréaliste, sourit Jérôme Niay, ingénieur en agroalimentaire qui a orchestré la pisserie de Rennes en juin 2019. Vivre ensemble ce moment incongru et ensuite partager le petit-déjeuner, cela crée des liens forts et durables. » Toutes les personnes qui sont venues ce samedi matin de 2019 se sont revues cinq mois plus tard pour déposer d’un bloc leur plainte au tribunal de Rennes. « Maintenant, on attend le procès, qui n’est pas encore prévu. » Il faudra en effet être patient, probablement compter des années. « Avec mon travail, dit l’ingénieur en agroalimentaire, j’ai l’habitude de travailler sur des dossiers pendant trois ou cinq ans, la durée de la campagne ne me faisait pas peur. »

« Tout le monde était imprégné de glyphosate »

En Bretagne, une association dédiée aux collectes d’urine a été créée : les Pisseurs involontaires de glyphosate, les Pig, allusion aux nombreux élevages porcins de la région. Ensuite, chaque territoire a pu créer sa propre association pour gérer les flux d’argent. Chaque participant a déboursé 90 euros pour l’analyse d’urine, 135 avec le dépôt de plainte.

Patrick Chatelet

Patrick Chatelet, par exemple, a ainsi pu organiser une collecte dans la salle polyvalente de Dolo, dans la campagne des Côtes-d’Armor : « Les gens te donnent de l’argent et attendent des résultats concrets. Il fallait assurer. »

Patrick Chatelet attend beaucoup du futur procès pour mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée et atteinte à l’environnement. © Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre

Au moment de prendre sa retraite en 2018, Patrick s’est installé à Plédéliac, près de Lamballe. Déjà engagé à Greenpeace lorsqu’il vivait à Dunkerque, où il était « plus impliqué dans les actions que dans le suivi des dossiers », il a voulu rendre utile son temps disponible : « Je ne voulais pas rester inactif. » Un ami lui a parlé de la pisserie de Pontivy, la première de Bretagne en février 2019, qui a servi de test et formé les référents locaux sur le protocole à suivre. « Je pensais y aller pour prendre des infos et les transmettre ensuite à quelqu’un d’autre. » Finalement, Patrick s’est impliqué plus que prévu, « ça m’a bien pris la tête », sourit-il.

Pas très loin de chez lui, Laëtitia Rouxel, elle, s’est chargée de mettre en place une collecte à Dinan, en juin 2019. « C’était stressant, il y avait un huissier, il fallait bien respecter le protocole. » Peu de temps après, les résultats d’analyse sont arrivés et il a fallu les envoyer aux participants. « Pour notre collecte à Dinan, le taux de glyphosate allait de 0,50 à 2,50 ng/ml d’urine », se souvient Laëtitia. Encore bien au-dessus du seuil de 0,1 ng/ml autorisé pour les résidus toxiques agricoles dans l’eau potable. « C’est un jeune homme de 15 ans qui a eu le taux de 2,50 ng/ml. Ça l’a bousculé, il était en colère. Moi, j’ai failli faire tester ma fille qui avait 2 ans et demi à l’époque. J’ai renoncé, j’avais peur que ça me secoue trop. »

Et puis il y a eu les dépôts de plainte : « On est allés au tribunal de Saint-Malo presqu’un an après, c’était long, mais ce sont des étapes qui structurent le groupe. »

mobilisation des pisseurs de glyphosate

Une mobilisation des Pisseurs involontaires de glyphosate en avril 2020. © Pig Bzh

Habituée aux pétitions, manifestations et actions spectaculaires, Laëtitia a eu vent de la Campagne Glyphosate en voyant une affiche dans les toilettes d’un salon bio. Le lieu idéal pour faire la promotion des pisseries. « J’ai trouvé que c’était une super idée, qu’aller en justice pouvait être efficace. » Elle espère que « cette future action judiciaire aura l’effet d’un bulldozer ».

À Rennes, Jérôme Niay en est également convaincu : « En allant sur le terrain juridique, on enlève le caractère émotionnel de la contamination. On pose les éléments du débat avec des faits objectifs et scientifiques. » Patrick Chatelet, de Plédéliac, espère aussi beaucoup du procès dont la date se fait attendre. Tout comme Isabelle Georges, qui s’occupe de la coordination à l’échelle de la Bretagne. Pour elle, cette action judiciaire « est du concret. On provoque le changement, on ne le réclame pas ». Durant deux ans, elle a passé des soirées à composer une carte recensant les pisseurs bretons, avec « un point par personne ». Un travail minutieux « qui permet de se rendre compte qu’on est loin d’être seul ». De se rendre compte, aussi, de l’ampleur du problème : « Nous avons démontré que tout le monde était imprégné de glyphosate. On le voit dans les urines. »

les pisseurs involontaires

Les Pisseurs involontaires de glyphosate affichant la concentration de l’herbicide présente dans leurs urines, en 2018. © Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre

Près de 5 000 plaintes déposées

En Bretagne, 26 pisseries ont été organisées depuis 2018, 800 prélèvements effectués et 708 plaintes déposées. En France, 175 pisseries ont été mises en place dans 63 départements, 6 848 prélèvements d’urine ont été effectués (dont 6 796 ont pu être analysés) et près de 5 000 plaintes déposées. 800 autres sont encore à déposer avant d’engager tous ensemble le procès.

Et pourtant, les 6 796 pisseurs, dont l’âge moyen est de 51 ans, ne sont pas représentatifs de la population française. La plupart d’entre eux vivent en zone rurale, font du sport, fument peu et 20 % se déclarent végétariens. La moitié de la cohorte mange largement bio, et lorsqu’elle consomme de la bière, du vin ou un jus de fruits, il est bio plus de la moitié du temps. « Il est à craindre que les résultats sur l’ensemble de la population française soient beaucoup plus inquiétants », s’interroge ainsi la Campagne Glyphosate dans son rapport.

POLLINIS mène un combat acharné pour renforcer les procédures européennes d’autorisation de mise sur le marché des pesticides

affaire du siècle...

Alors que près de 80 % des insectes volants ont déjà disparu en Europe (1), de plus en plus d’études de terrain prennent la mesure de l’empoisonnement effréné de notre environnement par des pesticides hautement toxiques pour la biodiversité :

> 100 % des sols, où vivent des milliards d’organismes vivants, contiennent au moins 1 pesticide… 83 % en ont absorbé au moins 5 (!), selon des chercheurs qui ont prélevé des centaines d’échantillons de terre partout en Europe, jusque dans les espaces sauvages et les cultures biologiques que l’on pensait protégés (2). 

> 75 pesticides différents sont présents dans l’air en France, selon des relevés menés entre juin 2018 et juin 2019, dont 9 pesticides interdits aux effets cancérigènes et neurotoxiques potentiellement dévastateurs (3).

> Près de la moitié des eaux de surface en Europe ont une concentration en pesticides supérieure, voire très supérieure, à la réglementation européenne. Une menace grave pour la biodiversité lorsque l’on sait qu’un taux de concentration en pesticide légèrement au-dessus de la réglementation peut déjà avoir de graves conséquences sur la vie aquatique (4).

Face à l’empoisonnement généralisé des sols, de l’air et de l’eau, et grâce au soutien sans faille des citoyens engagés à nos côtés, POLLINIS mène un combat acharné pour renforcer les procédures européennes d’autorisation de mise sur le marché des pesticides, qui sous-estiment largement les risques que font peser ces substances sur l’environnement et la biodiversité (5) et continuent de les autoriser sur la base de protocoles complètement obsolètes

En Europe, alors qu’une poignée d’États sous l’influence des lobbys tente d’abaisser les critères de protection des abeilles, POLLINIS intervient directement auprès des plus hautes autorités, au nom de tous nos soutiens, pour faire barrage à leur plan et révéler, dans les moindres détails, les odieuses victoires réglementaires remportées par l’industrie au détriment de la santé des abeilles.

En France, POLLINIS accentue son bras de fer avec le gouvernement alors que le prochain Plan pollinisateurs, supposé protéger davantage les butineurs, est loin d’être à la hauteur des enjeux : 45 000 mails d’interpellation ont été envoyés par les citoyens à Barbara Pompili, la Ministre de la Transition écologique, pour exiger la décontamination de l’environnement des pesticides responsables de l’extinction des pollinisateurs ! Merci à toutes les personnes qui se sont mobilisées en urgence pour montrer au gouvernement que les citoyens ne les laisseront pas abandonner les abeilles.

Pour pallier l’inaction politique, qui précipite l’extinction des pollinisateurs, POLLINIS soutient des conservatoires d’abeilles locales partout en France, finance des études scientifiques – qui n’auraient pas pu voir le jour sans la générosité des donateurs de l’associationsur la résistance naturelle de l’abeille noire au Varroa destructor, ou sur les effets combinés des pesticides sur les abeilles sauvages.

Et pour compenser la destruction des écosystèmes par le modèle agricole industriel, et permettre à chacun d’agir en faveur des pollinisateurs, l’association vient de publier gratuitement 11 guides, qui couvrent toutes les régions de France métropolitaine et listent les arbres, arbustes et buissons qui offriront un refuge et un garde-manger bien rempli aux insectes ailés.

Ces combats, menés aussi bien sur le terrain qu’à la table de négociation à Paris et à Bruxelles, n’existent que grâce au précieux soutien financier des citoyens qui, aux côtés de POLLINIS, ont à cœur de sauvegarder les abeilles. C’est aussi grâce à leur générosité que nous avons pu obtenir des résultats extraordinaires sur le terrain : de la Vallée de l’abeille noire, dans les Cévennes, à l’Île de Groix, au large de la Bretagne, les abeilles locales et ancestrales peuvent compter sur des refuges dédiés à leur bonne santé et à leur protection.

Chaque don versé à POLLINIS renforce des projets favorables aux pollinisateurs, mais aussi notre travail d’enquête sur l’influence des laboratoires agrochimiques, nos campagnes à grande échelle pour informer et mobiliser les citoyens, notre capacité à alerter les autorités sur les dangers des pesticides et à financer des études qui en démontrent les effets néfastes et dévastateurs pour la biodiversité. 

Références :

  1. Hallmann, C. A., 2017, More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas, Plos One
    La sixième extinction de masse des animaux s’accélère, Le Monde, Audrey Garric 10 juillet 2017
  2. C.Pelosi, C.Bertrand, G.Daniele, M.Coeurdassier, P.Benoit, S.Nélieu, F.Lafay, V.Bretagnolle, S.Gabag, E.Vulliet, C.Fritsch, Residues of currently used pesticides in soils and earthworms: A silent threat?, Agriculture, Ecosystems & Environment Volume 305, 1 January 2021, 107167
  3. Le Monde, Pesticides dans l’air : 32 substances identifiées comme « prioritaires », 3 juillet 2020
  4. Pesticides are the dominant stressors for vulnerable insects in lowland streams. Water Research, 2021
  5.  Carsten A. Brühl, Johann G. Zaller, Biodiversity Decline as a Consequence of an Inappropriate Environmental Risk Assessment of Pesticides, Front. Environ. Sci., 31 October 2019
  6. Le Monde, Pesticides et santé : les conclusions inquiétantes de l’expertise collective de l’Inserm, 1 juillet 2021

L’Islande renonce à chasser des baleines pour la troisième année consécutive

chasse à la baleine

Par Anne-Sophie Tassart le 21.06.2021 à 16h42 Lecture 3 min.

Le Fonds international pour la protection des animaux a constaté que la chasse à la baleine n’a pas débuté en Islande : les baleiniers semblent avoir renoncé, pour la troisième année consécutive, à cette activité.

Des touristes observent un petit rorqual en Islande.

chasse à la baleine

IFAW

L’industrie baleinière islandaise avait renoncé à son activité en 2019 et en 2020. La saison de chasse est normalement déjà entamée au mois de juin mais aucune activité n’a été constatée par le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). Il affirme avec soulagement qu’il « semble maintenant évident que pour la troisième année consécutive, les géants des mers ne seront pas victimes des harpons en Islande« .

 

 

Les Islandais ne raffolent pas de la viande de baleine

La viande de rorqual commun, une espèce vulnérable selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, était exportée au Japon depuis 2013 par les baleiniers islandais. Un marché qui n’a jamais décollé selon IFAW. La viande d’une autre espèce de baleine, nommée petit rorqual, concerne quant à elle le marché national et était davantage vendue aux touristes qu’aux Islandais. « La toute dernière enquête commissionnée par IFAW montrait que les Islandais ne raffolent pas de la viande de baleine, avec seulement un pour cent qui déclare en consommer régulièrement« , explique l’ONG dans un communiqué publié le 15 juin 2021. Une campagne menée par cette dernière auprès des vacanciers a drastiquement réduit les ventes jusqu’à faire renoncer les baleiniers. « En 2020, l’association des chasseurs islandais du petit rorqual a reconnu l’inutilité de leur chasse et a mis fin à son activité sanglante« , remarque Sharon Livermore, directrice de la Conservation marine chez IFAW.

Une seule entreprise de chasse à la baleine en Islande

En 2021, les rorquals communs seront aussi tranquilles que les petits rorquals. La dernière entreprise islandaise de chasse à la baleine révise visiblement ses activités. « Nous sommes à un cheveu de la fin définitive de la chasse à la baleine en Islande, espère Sharon Livermore, citée dans le communiqué. Maintenant, il ne reste plus que Kristjan Loftsson et son entreprise de chasse au rorqual commun, Hvalur hf. Selon la réglementation relative aux quotas, il est encore autorisé à tuer des rorquals communs, ce qu’il n’a pourtant pas fait depuis 2018. Hélas, il se peut encore que Loftsson reparte chasser la baleine l’an prochain pour conserver un nouveau quota pour les cinq années à venir« . Mais y trouverait-il un intérêt si les consommateurs japonais boudent la viande exportée ? En outre, selon IFAW, les jeunes générations islandaises n’ont plus besoin d’être convaincues par la nécessité de maintenir des populations de baleines viables. En effet, elles semblent avoir conscience que ces géants des mers représentent un précieux capital pour le climat

Depuis 2003, plus de 1500 rorquals communs et petits rorquals ont été tués par des baleiniers islandais. Cette année-là, le pays avait repris cette activité après 13 ans d’arrêt. Désormais, il développe le secteur du whale watching, l’observation des baleines depuis des navires. Cette activité attire plus de 350.000 personnes chaque année dans le pays et génère 20 millions d’euros par an. Selon le Fonds monétaire international, l’industrie du whale watching dans le monde pèse 2 milliards de dollars.

 

Cancers, Alzheimer… Un rapport de mille pages confirme la dangerosité des pesticides

épandage de pesticides

Un groupe de chercheurs de l’Inserm a publié mercredi 30 juin une expertise collective confirmant la relation entre certaines maladies et une exposition aux pesticides. Trois substances en particulier les ont intéressés : le glyphosate, le chlordécone et les fongicides SDHI.

Quels sont les effets des pesticides sur la santé humaine ? Des premières réponses avaient été évoquées dès 2013, lorsque l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) avait publié une expertise collective. Une mise à jour de cette investigation a été rendue publique mercredi 30 juin, à la demande de cinq directions générales ministérielles. [1] Le résultat : un épais document de plus de mille pages, rédigé par une dizaine de chercheurs français multidisciplinaires, analysant toute la littérature scientifique internationale disponible sur le sujet. En tout, depuis 2018, environ cinq mille résultats d’études ont été décortiqués, critiqués et mis bout à bout pour « inciter [les autorités] à une meilleure prise en compte de ces enjeux ».

Cette nouvelle expertise collective confirme la relation entre une exposition aux pesticides et certaines pathologies. Chez l’adulte, les chercheurs ont accrédité un lien de présomption forte entre une exposition professionnelle aux pesticides (les personnes manipulant régulièrement ces produits dans le cadre de leur travail, les agriculteurs par exemple) et le lymphome non hodgkinien (un cancer du système lymphatique), le myélome multiple (un cancer de la moelle osseuse), le cancer de la prostate et la maladie de Parkinson. Le groupe de travail de l’Inserm a étudié des produits qui sont encore utilisés, comme le glyphosate, mais aussi des substances interdites depuis plusieurs décennies, persistantes dans l’environnement, comme l’insecticide DDT et le chlordécone.

En 2013, les chercheurs évoquaient déjà une relation entre l’exposition aux pesticides chez les agriculteurs et les troubles cognitifs. Dans cette nouvelle expertise collective, la présomption d’un lien est passée de moyenne à forte. Les études les plus récentes se sont aussi élargies aux riverains de zones agricoles et à la population générale, et ont permis de conclure à un niveau de présomption moyen. La santé respiratoire n’avait pas été étudiée il y a huit ans, c’est chose faite aujourd’hui : l’Inserm remarque une présomption forte entre une exposition professionnelle et la survenue de bronchite chronique et de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).

manif anti-pesticides

© Mehdi Fedouach/ AFP

Une présomption, moyenne cette fois, a aussi été mise en évidence entre l’exposition aux pesticides (principalement chez les professionnels) et la maladie d’Alzheimer, les troubles anxio-dépressifs, certains cancers (leucémies, système nerveux central, vessie, rein, sarcomes des tissus mous), l’asthme et des pathologies thyroïdiennes.

Des liens entre exposition aux pesticides pendant l’enfance et tumeurs

Les enfants ne sont pas en reste – même si moins de données existent dans leur cas. Les récents résultats ont montré une présomption forte de lien entre une exposition aux pesticides (usage domestique) de la mère pendant la grossesse et des leucémies aiguës chez l’enfant. Si la mère est exposée à ces produits durant la grossesse de manière professionnelle, les études ont davantage montré un lien avec des leucémies aiguës myéloïdes. Un nouveau lien (présomption moyenne) a aussi été mis en évidence entre le risque de leucémie aiguë lymphoblastique et l’exposition professionnelle du père, avant la conception du bébé.

absence de végétation au pied des vignes

L’absence de végétation au pied de cette vigne de l’Aude est due à la pulvérisation de glyphosate. © Marie Astier/Reporterre

« Concernant les tumeurs du système nerveux central, l’expertise confirme la présomption forte d’un lien entre l’exposition professionnelle des parents aux pesticides (sans distinction) pendant la période prénatale », peut-on lire dans le résumé de l’Inserm. En outre, de nouveaux résultats conduisent à une présomption forte d’un lien entre ces tumeurs et l’exposition domestique aux pesticides pendant la grossesse ou pendant l’enfance. D’autres travaux montrent aussi des liens entre l’exposition professionnelle ou environnementale pendant la grossesse et des troubles du développement neuropsychologique, des troubles moteurs et des troubles du comportement chez l’enfant.

Un zoom sur le glyphosate, le chlordécone et les fongicides SDHI

Les chercheurs de l’Inserm ont compilé des milliers de données évoquant des centaines de pesticides différents, mais ils ont aussi choisi de se concentrer sur trois substances précises : le glyphosate, le chlordécone et les fongicides SDHI. Pour l’herbicide glyphosate – toujours autorisé en France, malgré les promesses d’interdiction d’Emmanuel Macron — l’expertise conclut à une présomption moyenne de lien avec les lymphomes non hodgkiniens.

Le chlordécone, insecticide utilisé dans les Antilles françaises de 1973 à 1993, persiste dans l’environnement. Il a contaminé les sols, donc les denrées alimentaires et avec elles l’ensemble de la population. « La causalité de la relation entre l’exposition au chlordécone et le risque de survenue de cancer de la prostate est jugée vraisemblable », notent les chercheurs de l’Inserm. Enfin, l’expertise collective regrette le manque de données épidémiologiques sur les effets sanitaires des fongicides SDHI. Des études existent sur des poissons, des rats et des souris (et suggèrent des effets de perturbateurs endocriniens et des effets cancérogènes) mais leurs modèles ne sont pas extrapolables à l’être humain.

manifestation anti-pesticide

Manifestation « contre l’impunité » dans le procès du chlordécone, le 27 février, à Fort-de-France (Martinique). © Lionel Chamoiseau/AFP

« La précédente expertise de l’Inserm date d’il y a déjà huit ans et cette dernière était déjà très conclusive sur le lien entre pesticides et certaines pathologies comme Parkinson ou les lymphomes non hodgkiniens. La nouvelle expertise renforce globalement ces conclusions. Il est donc plus que temps pour le gouvernement d’agir vraiment pour une réduction forte de l’usage des pesticides, ce qu’il a échoué à faire jusqu’à présent, faute d’une réelle volonté politique », a commenté François Veillerette, porte-parole de l’association Générations Futures, dans un communiqué de presse. Et d’ajouter qu’il faudrait « accélérer le retrait des substances les plus dangereuses en priorité », comme le glyphosate.

De son côté, l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) – une association professionnelle d’entreprises qui mettent sur le marché des pesticides— a réagi dans un communiqué de presse en affirmant que l’écosystème des produits phytopharmaceutiques « déjà très strict » s’était « considérablement renforcé pour protéger la santé de tous » depuis 2013. « Les substances sont évaluées à toutes les étapes de leur vie, avant leur mise en marché, pendant leur vie commerciale et environ tous les dix ans », a-t-elle rappelé, avant de préciser qu’elle étudierait « avec beaucoup d’intérêt les conclusions de l’expertise de l’Inserm ».

Greenpeace en procès : les craintes des antinucléaires jugées « légitimes »

militants Greepeace

Des militants de l’ONG Greenpeace comparaissaient au tribunal correctionnel de Valence (Drôme) pour s’être introduits dans la centrale EDF du Tricastin. Une occasion, pour les prévenus, de parler du vieillissement des installations dans les tribunaux. Le procureur a requis des peines modérées, estimant leurs inquiétudes légitimes.

Valence (Drôme), reportage

« Le nucléaire révèle la face sombre de l’État : c’est l’opacité sur les décisions, l’absence de transparence et la répression des militants qui essaient d’avoir une voix discordante sur l’industrie nucléaire. » Jean-François Julliard, président de Greenpeace France, a donné le ton lors de l’ouverture du procès du tribunal correctionnel de Valence.

Trente-quatre activistes de l’ONG, âgés de 28 à 70 ans, étaient jugés, le 29 juin, pour s’être introduits dans l’enceinte de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme), le 21 février 2020, « pour dénoncer sa dangerosité et son vieillissement ». Ils sont informaticien, musicien, charpentier, ébéniste ou encore ingénieur, et sont venus de toute la France. Tous assument leurs actes pour cette opération de communication effectuée à visage découvert. Pour eux, le débat démocratique autour de la principale source d’énergie en France, « le pays le plus nucléarisé au monde », ne peut se faire sans passer par des actions médiatiques et sans risquer une condamnation en justice.

Le magistrat a requis de simples amendes pour les militants sans casier judiciaire. Pour ceux ayant déjà « l’inscription Greenpeace sur leur casier » des jours-amendes. Concernant l’association, citée à comparaître comme personne morale par EDF, il a proposé une « condamnation modérée ». La décision sera rendue publique le 7 septembre.

Des motivations politiques et un débat de fond

« Vous êtes l’un des rares tribunaux qui s’intéressent au mobile des infractions et qui nous autorisent à plaider sur les raisons qui ont mené les militants de Greenpeace à cet acte », a dit l’avocat des prévenus Me Alexandre Faro, à la cour. « Trop souvent, on dépolitise le débat et, en cela, EDF cherche à criminaliser, à traiter les militants comme de simples délinquants de droit commun. »

Les débats, qui ont duré plusieurs heures, ont permis de cerner les motivations politiques des trente-quatre personnes qui reconnaissent avoir participé à cette action de désobéissance civile. S’introduire dans les centrales nucléaires pour dénoncer leur faille de sécurité est une pratique courante chez Greenpeace. À nouveau, pour ce procès, l’ONG a plaidé « l’état de nécessité » et a cherché à démontrer le caractère urgent et proportionné de cette action.

 

Jprésident de Greenpeaceean-François Julliard, président de Greenpeace France, au micro, avant son entrée dans le tribunal. © Estelle Pereira/Reporterre

Mis en route entre 1980 et 1981, les quatre réacteurs de 900 mégawatts (MW) de la centrale du Tricastin ont été conçus pour fonctionner quarante ans. L’échéance à peine passée, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a publié, en février dernier, une décision générique ouvrant la voie à la prolongation de sa durée de vie, ainsi que celles des 28 autres réacteurs français de la même génération.

Les deux témoins choisis par les prévenus ont été invités par la présidente à ouvrir les débats. Le philosophe Dominique Bourg, coauteur de l’ouvrage Désobéir pour la Terre — Défense de l’état de nécessité, (PUF, 2021), a évoqué l’importance des actions de désobéissance civile pour prévenir d’éventuels accidents industriels. « Historiquement, la mise en place de plans de gestion de risques est toujours intervenue après un accident. Par définition, la loi s’adapte toujours a posteriori. » L’ancien membre du conseil sociétal d’EDF a pris l’exemple de l’accident nucléaire de Fukushima, en 2011, qui a donné lieu à des mises aux normes — partiellement réalisées à ce jour — dans les centrales françaises. « S’il y avait eu de la désobéissance civile à Fukushima, il n’y aurait pas eu cette catastrophe. […] De telles actions visent à faire évoluer la loi », a-t-il appuyé. « Il n’y a pas de société démocratique qui n’autoriserait pas la désobéissance civile, sinon ça s’appelle une dictature. »

militants Greenpeace

Les débats, qui ont duré plusieurs heures, ont permis de cerner les motivations politiques des trente-quatre activites. © Estelle Pereira/Reporterre

Le philosophe a également pointé les changements de statuts opérés chez EDF avec l’ouverture du marché de l’énergie, et son entrée en bourse en 2005. « L’arrivée de la logique économique de rentabilité n’est pas totalement compatible avec le pacte nucléaire qui consiste à atteindre le risque zéro. Car la sécurité en matière nucléaire coûte cher. » Pour la seule centrale du Tricastin, la troisième plus âgée du parc nucléaire français, EDF a estimé le coût de la rénovation à 3,2 milliards d’euros afin de prolonger son exploitation pendant dix ans.

Le deuxième témoin, le physicien Yves Marignac, a quant à lui mis en doute la capacité d’EDF à entretenir ses centrales vieillissantes. D’abord parce que, malgré les milliards promis, certaines pièces usées ne sont pas remplaçables. C’est le cas des cuves renfermant le cœur des réacteurs. La n°1 de la centrale du Tricastin est d’ailleurs celle enregistrant le plus de microfissures en France. Le spécialiste de la sûreté nucléaire a évoqué le risque de séisme en faisant référence au tremblement de terre de magnitude 5,4, du 11 novembre 2019, dont l’épicentre se situait à vingt kilomètres de la centrale. « Par chance la digue a tenu. La centrale est construite au-dessous du niveau du Rhône, si la digue en remblai avait cédé, on aurait pu vivre la même situation qu’à Fukushima. » Il a également pointé les 150 pièces non conformes aux exigences réglementaires fournies par l’usine Creusot Forge, installées sur la centrale. « Il n’y a pas eu d’évaluation de l’impact de ces malfaçons dans le cadre de la prise de décision de prolonger la durée de vie des centrales », a-t-il regretté.

« Le risque industriel n’est pas une fantaisie d’écolo »

Pour des militants qui n’ont plus confiance en EDF pour les protéger d’un éventuel accident, la barre a été pour cinq d’entre eux l’occasion de se confier sur leurs inquiétudes. « L’accident nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux en 1969, la Loire polluée au plutonium en 1980, le Rainbow Warrior coulé en 1983 : le voilà le nucléaire de mon enfance ! Le risque industriel n’est pas une fantaisie d’écolo », a clamé Étienne, ingénieur dans les énergies renouvelables. Laura, étudiante en CAP boulangerie, a choisi la poésie pour exprimer sa crainte : « EDF, pour ses intérêts personnels, me prive du droit d’enfanter sereinement sans faire porter à mon enfant le risque de connaître un accident nucléaire », a-t-elle écrit sur un papier, serré dans ses mains, quand elle a fait face à la juge.

« Je me suis juste demandé les arguments qui ont poussés les Français à choisir cette énergie », racontait Antoine, dernier prévenu à prendre la parole. « Je n’en ai trouvé aucun, parce qu’on ne nous a jamais demandé notre avis, ni à moi, ni mes parents ou mes grands-parents. »

militants de Greenpeace

Les militants voulaient faire du procès une vitrine de leur revendication en matière de sûreté nucléaire. © Estelle Pereira/Reporterre

Du côté de la défense, EDF attaque sur le portefeuille en réclamant à Greenpeace la somme minimum de 500 000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice moral. « Il y a un moment, ça suffit », a tonné Me de Montbrial à propos des intrusions de Greenpeace dans les centrales. « Pour la quinzième fois depuis 2003, les mêmes auteurs pour les mêmes victimes », a-t-il insisté en qualifiant Greenpeace « d’association délinquante ». « Tant qu’on aura 500 euros d’amende, des peines peu dissuasives, il y aura récidive », a-t-il lancé en direction de prévenus.

À la surprise générale, le procureur Michel Coste n’a pas été aussi vindicatif envers les prévenus. Il a estimé que ces derniers étaient « des activistes déterminés avec des interrogations sérieuses ».

Rappelant que dans ce même tribunal, EDF a parfois été condamné pour des infractions, il a axé son réquisitoire sur l’image d’EDF et plus largement du nucléaire. Cette dernière n’a pas eu besoin de Greenpeace pour être, selon lui, entachée. Il a notamment cité l’exemple de l’EPR de Flamanville ainsi que les trois catastrophes nucléaires de Three Mile Island (États-Unis), Tchernobyl (Ukraine) et Fukushima (Japon).

 

Ce qu’il faut retenir du projet de rapport du Giec

poisson mort sur les rives de la loire

Dérèglement climatique : faim, pauvreté, maladies… Ce qu’il faut retenir du projet de rapport du Giec

 

Les experts du climat annoncent des « impacts irréversibles » si la hausse des températures est supérieure à 1,5°C, selon un pré-rapport dévoilé par l’AFP et qui n’est toutefois pas destiné à être publié tel quel.

Article rédigé par

franceinfo

France Télévisions

Publié le 23/06/2021 17:16 Mis à jour le 23/06/2021 18:11

Temps de lecture : 7 min.

Les restes d’un poisson mort repose sur les rives asséchées de la Loire, à Montjean-sur-Loire, le 24 juillet 2019. (LOIC VENANCE / AFP)

Il y a urgence. Pénurie d’eau, exode, malnutrition, extinction d’espèces… Un réchauffement climatique durable supérieur au seuil de +1,5 °C aurait des « impacts irréversibles pour les systèmes humains et écologiques », avertit un projet de rapport des experts du climat de l’ONU obtenu en exclusivité par l’AFP mercredi 23 juin. Quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ces impacts vont s’accélérer et devenir douloureusement palpables bien avant 2050, assure le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dans ce document de 137 pages.

« La vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. L’humanité ne le peut pas. »

Les experts du Giec

dans un projet de rapport dévoilé par l’AFP

Voici ce qu’il faut retenir de ce résumé technique, qui n’en est encore qu’au stade de projet. Le texte définitif ne sera officiellement publié qu’en février 2022, après son approbation par consensus par les 195 Etats-membres.

Les villes côtières vont souffrir

Le réchauffement climatique touchera directement et fortement les habitants des villes côtières. En 2050, des centaines de millions d’entre eux, de Bombay (Inde) à Miami (Etats-Unis), et de Dacca (Bangladesh) à Venise (Italie), seront menacés par des submersions plus fréquentes, provoquées par la hausse du niveau de la mer, qui entraînera à son tour des migrations importantes. Environ 10% de la population mondiale et des actifs vivent à moins de 10 m au-dessus du niveau de la mer, notent les experts du Giec. Pour certaines mégalopoles, les conséquences pourraient se faire sentir très vite, du vivant des populations actuelles. 

« Le niveau de la mer continue à monter, les inondations et les vagues-submersion sont de plus en plus fréquentes et intenses, le réchauffement accroît l’acidité de l’océan et intensifie les canicules. »

Les experts du Giec

dans un projet de rapport dévoilé par l’AFP

« La plupart des villes côtières peuvent mourir. Beaucoup d’entre elles seront éliminées par les inondations à long terme. D’ici 2050, on aura une idée plus précise », explique Ben Strauss, de l’organisation Climate Central, interrogé par l’AFP. Mais en dépit de ces sombres prédictions, les villes côtières continuent de grossir, multipliant les victimes potentielles, en particulier en Asie et en Afrique. En Europe, Venise, chef-d’œuvre architectural classé au patrimoine mondial de l’Unesco, est particulièrement vulnérable : plus de 90% des habitations de la cité des Doges sont menacées par les inondations.

Au-delà de +2 °C, la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique de l’Ouest (qui contiennent assez d’eau pour provoquer une hausse du niveau de la mer de 13 m) pourraient d’ailleurs entraîner un point de non retour, selon de récents travaux. C’est pour cela que « chaque fraction d’un degré compte », insiste le Giec.

Enfin, sous l’effet combiné de la dilatation des océans et de la fonte des glaces provoquées par le réchauffement, la hausse du niveau des mers menace également de contaminer à l’eau salée les sols agricoles et d’engloutir des infrastructures stratégiques, comme les ports ou les aéroports.

 

La faim et la pauvreté vont s’aggraver

Même en limitant la hausse à 2 °C, quelque 130 millions de personnes supplémentaires pourraient sombrer dans la pauvreté extrême d’ici à dix ans, et la malnutrition s’accroîtra. Agriculture, élevage, pêche, aquaculture… « Dans tous les systèmes de production alimentaire, les pertes soudaines s’accroissent » à cause des sécheresses, des canicules etc., observe le pré-rapport, en pointant les aléas climatiques comme « principal moteur ». La fréquence des mauvaises récoltes augmente déjà régulièrement depuis 50 ans et la multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes touchera de plus en plus la production. L’apport protéinique tiré du riz, du blé, de l’orge ou des pommes de terre devrait ainsi chuter entre 6% et 14% dans les années à venir.

S’ajoutera la pression sur les terres liée à la demande croissante en biocarburants ou à la plantation d’arbres pour séquestrer le carbone. Tous ces facteurs pousseront les prix à la hausse d’environ 30% d’ici 2050. Ce qui placera plus de 180 millions d’habitants ayant de faibles revenus au bord de la malnutrition chronique, un danger très inégalement réparti, l’Afrique et l’Asie du Sud-Est concentrant 80% des personnes menacées. Autre conséquence : plus de 10 millions de cas supplémentaires de malnutrition ou de rachitisme infantile sont attendus en Afrique ou en Asie d’ici 2050.

L’eau douce va manquer

Côté approvisionnement en eau, un peu plus de la moitié de la population mondiale est déjà en situation d’insécurité. Avec l’aggravation de la sécheresse et la multiplications des canicules, le manque d’eau douce deviendra de plus en plus criant dans certaines régions du monde. Près de 75% des approvisionnements en eaux souterraines – principale source d’eau potable pour 2,5 milliards d’humains – pourraient être touchées par le changement climatique d’ici à 2050, alors que la fonte des glaciers a déjà fortement affecté le cycle de l’eau (cours d’eau, mers, évaporation, pluie).

Avec une augmentation de 1,5 °C, dans les villes, 350 millions d’habitants supplémentaires seront exposés aux pénuries d’eau. Ce chiffre passera à 400 millions de personnes supplémentaires si la hausse des températures s’élève à 2 °C. « Les coûts d’adaptation pour l’Afrique devraient augmenter de dizaines de milliards de dollars par an au-delà de +2 °C », relèvent encore les auteurs du projet de rapport. D’après les études citées par le Giec, dans un monde à +1,5 °C, 14% de la population terrestre sera exposée à des canicules sévères au moins tous les cinq ans, en « augmentation significative ».

« A +2 °C, 1,7 milliard de personnes supplémentaires seront exposées à de fortes chaleurs, 420 millions à des chaleurs extrêmes et environ 65 millions à des canicules exceptionnelles tous les cinq ans. »

Les experts du Giec

dans un projet de rapport dévoilé par l’AFP

Les plus touchés seront les habitants des mégalopoles tropicales des pays en développement, en Asie et en Afrique notamment. « Dans ces régions, la population des villes augmente fortement et la menace de canicules mortelles plane », explique Steffen Lohrey de l’université de Berlin, principal auteur de l’étude dont sont extraits les chiffres du Giec.

Les maladies vont se propager

Autre danger, le réchauffement climatique agrandit les territoires propices aux vecteurs de maladies, notamment les moustiques. D’ici à 2050, la moitié des habitants de la planète pourrait être exposée à la dengue, la fièvre jaune ou des virus comme zika. Les ravages du paludisme ou de la maladie de Lyme vont s’amplifier et les décès liés aux diarrhées infantiles devraient augmenter au moins jusqu’au milieu du siècle, malgré le développement socio-économique. Les maladies liées à la qualité de l’air, notamment la pollution à l’ozone, typique des vagues de chaleur, vont aussi « substantiellement augmenter ». « Il y aura également des risques accrus de contamination de l’eau ou des aliments » par les toxines maritimes, selon les auteurs du pré-rapport.

De nouvelles espèces seront menacées

Pour certains animaux et certaines variétés de plantes, il est peut-être déjà trop tard : « Même à +1,5 °C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s’adapter », souligne le projet de rapport, en citant les récifs coralliens. Parmi les espèces en sursis figurent les animaux de l’Arctique, territoire qui se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne.

Des solutions peuvent être trouvées

Face à ces problèmes systémiques, il n’existe pas de remède miracle unique. En revanche, une seule action peut avoir des effets positifs en cascade. Par exemple, la conservation et la restauration des mangroves et des forêts sous-marines de varech (des algues), qualifiées de puits de « carbone bleu », accroissent le stockage du carbone, mais protègent aussi contre les submersions, tout en fournissant un habitat à de nombreuses espèces et de la nourriture aux populations côtières. En dépit de ses conclusions alarmantes, le pré-rapport offre ainsi une note d’espoir. En prenant aujourd’hui des mesures fortes, il est possible de freiner l’emballement de la deuxième moitié du siècle. 

« Nous avons besoin d’une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux: individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement. »

Les experts du Giec

dans un projet de rapport dévoilé par l’AFP

« Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation », plaident encore les auteurs de ce document, dont la teneur définitive ne sera connue que l’an prochain.

 

Mis « à poil » par le gouvernement, les paysans bio se mobilisent pour une meilleure PAC

les "bio" à poil

Les agriculteurs bio manifestent ce mercredi 2 juin pour dénoncer les arbitrages de la Politique agricole commune (PAC), qui pourraient faire baisser les aides touchées par bon nombre d’entre eux. Le ministère de l’Agriculture assure au contraire soutenir la filière bio.

Actualisation du 3 juin 2021 – À l’issue de la manifestation, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a reçu la Fnab. Elle a affiché son soutien aux agriculteurs bio, qui espèrent qu’elle défendra leur cause auprès de son collègue le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie.

Article du 2 juin 2021 au matin :

Une feuille de vigne ou une pancarte pour tout habit, debout devant un tracteur, au milieu des pieds de tomates ou dans un champ de patates. Pour montrer leur indignation, les paysans bio ne pouvaient pas être plus clairs : le gouvernement les met à poil, dénoncent-ils.

À l’appel de leur syndicat, la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), ils manifestent ce mercredi 2 juin à Paris, aux Invalides. Des agriculteurs de toute la France sont attendus pour protester contre les derniers arbitrages du gouvernement concernant la nouvelle Politique agricole commune (PAC), qui s’appliquera à partir de 2023. Ces 9,1 milliards de subventions européennes doivent chaque année être répartis entre les agriculteurs français. La part du gâteau attribuée à ceux de la filière bio va baisser de 66 %, a calculé la Fnab, soit une perte moyenne de 132 euros par hectare et par an. « Inacceptable », proteste avec véhémence le syndicat.

C’est en particulier la disparition de ce qui s’appelle « l’aide au maintien » qui crée cette soudaine baisse et inquiète les agriculteurs bio. Les cinq premières années, ceux-ci bénéficient d’une aide à la conversion ; puis l’aide au maintien doit prendre le relai. Cela aurait dû être le cas pour Christophe Osmont, éleveur de vaches laitières dans la Manche. Avec ces nouvelles règles, il pourrait perdre au bas mot 12 500 euros par an, a-t-il calculé. « C’est plus que mon revenu, qui était de 9 000 euros l’an dernier. Si je perds toutes ces aides, se pose la question d’augmenter mes prix. Mais je ne veux pas vendre mes produits à un prix auquel je ne pourrais pas moi-même les acheter ! » Il vient d’ailleurs d’investir pour passer sa porcherie en bio, dernière partie de sa ferme qui ne l’était pas. « Je me suis installé récemment, tous mes emprunts courent encore, mais avec toutes ces incertitudes, je ne vois pas comment faire… » Il a ainsi prévu de manifester ce mercredi.

« On nous demande de faire mieux, avec moins »

Face à la fronde grandissante, le ministère de l’Agriculture a vu la nécessité de monter lui aussi au créneau, et a organisé un point presse mardi, la veille de la manifestation. « Ces chiffrages catastrophiques dénoncent une volonté de faire peur », se défend-il. Les agriculteurs bio ne sont pas pris en traîtres : « Cela fait quelques années que la décision de supprimer l’aide au maintien est prise », souligne-t-on rue de Varennes. Elle n’est d’ailleurs plus (ou quasiment plus) versée dans plusieurs régions : Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté, Pays de la Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca). Le ministère aurait très bien pu revenir dessus, mais « le ministre assume ce choix, car la demande de produits bio augmente plus vite que l’offre. Il faut augmenter la production. D’où la priorité mise sur la conversion ».

Il met en avant une augmentation de 30 % de l’enveloppe dédiée aux conversions, qui passe de 250 à 340 millions d’euros par an. L’objectif est de doubler la proportion de bio d’ici 2027, pour atteindre 18 % de la surface agricole. « Le soutien à la bio augmente », martèle le ministère.

Mais les bio, eux, espéraient que l’aide au maintien serait prolongée sous une nouvelle forme, celle des paiements pour services environnementaux : une façon de rémunérer les effets positifs du bio sur les sols, la qualité de l’eau ou la santé. « Il y a encore plusieurs régions où l’aide au maintien est encore versée, et il n’y aura pas de compensation », souligne Loïc Madeline, agriculteur et secrétaire national à la PAC de la Fnab. Il assure que cette absence de visibilité après les cinq premières années ralentira le rythme des conversions : « En ce moment, en Normandie, on a zéro demande de conversion. » L’enveloppe de 340 millions d’euros dédiée à la transition vers la bio ne serait alors même pas entièrement utilisée. « Le gouvernement n’envoie pas un bon signal à ceux qui souhaitent se convertir, en particulier dans les régions céréalières, où la dynamique vers le bio est la plus faible. Si on regarde sur la durée, on nous demande quand même de faire mieux, avec moins. »

 

« Placer la bio et le HVE au même plan du point de vue économique, c’est inacceptable »

Le ministère de l’Agriculture met également en avant le fait que les agriculteurs bio auront automatiquement accès à une autre aide : l’écorégime. Ce bonus est accordé aux agriculteurs qui respectent un certain nombre de mesures environnementales. Il aura deux niveaux, et les bio seront classés sur le palier dont les aides sont les plus élevées. « Cet écorégime, ce sont les paiements pour services environnementaux », estime le ministère. En gros, le remplacement de l’aide au maintien.

Sauf que là encore, les agriculteurs bio bondissent. Les montants, même s’ils ne sont pas complètement arbitrés, seront bien inférieurs à l’aide au maintien. Et surtout, le bio sera placé, dans ces écorégimes, au même niveau que la certification Haute valeur environnementale (HVE), dont les critères sont dénoncés comme hautement insuffisants par les associations environnementales (pas d’interdiction des pesticides les plus dangereux, critères biodiversité indigents). Une analyse récemment confirmée par une note de l’Office français de la biodiversité (OFB), révélée par Le Monde. L’organisme concluait que les critères « ne permettent pas de sélectionner des exploitations particulièrement vertueuses ».

« Placer la bio et le HVE au même plan du point de vue économique, c’est envoyer un signal d’équivalence, c’est inacceptable, alerte Loïc Madeline. Quand on envoie un tel message, on se demande quelle est la stratégie : positionner le HVE, plutôt que la bio, comme outil de la transition agroécologique ? Dans ce cas, qu’ils l’assument. »

En réponse, le ministère énumère les politiques favorables au bio (Fonds Avenir bio du plan de relance, loi Egalim demandant 20 % de bio dans dans les cantines, etc.). Il assure étudier une évolution des critères de la certification HVE. Sur la base de la note de l’OFB, la Fnab demande de son côté la réévaluation des critères de l’écorégime, afin de différencier le HVE du label bio, bien plus exigeant. Dans leurs revendications aujourd’hui portées, ils sont notamment soutenus par de nombreux médecins et scientifiques, qui soulignaient dans une tribune la forte exposition de la population aux pesticides, et demandaient « de prioriser dans la Politique agricole commune (PAC) la réduction drastique des pesticides dans la production et dans l’alimentation en favorisant le développement de l’agriculture biologique ».

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Les paysans se meurent et bientôt les champs seront silencieux

Les paysans se meurent et bientôt les champs seront silencieux

les champs seront silencieux2

les champs seront silencieux

« Les faucons crécerelles, les coquelicots, les souvenirs d’enfance ont besoin de nous », énumèrent les auteurs de cette tribune. Maraîcher et éleveur dans la Drôme, ils s’élèvent contre la réforme de la Politique agricole commune qui déroule le tapis rouge à une « oligarchie » — les « fabricants de matières premières agricoles » — et piétine les paysans.

Mathieu Yon, maraîcher, et son frère, Pierre, éleveur ovin, tous deux drômois et membres de la Confédération paysanne, dénoncent dans ce texte les dangers de la réforme de la Politique agricole commune.

Au rythme des dernières décennies, avec 15 000 disparitions d’actifs agricoles par an, dans vingt ans, les champs seront silencieux.

Il n’y aura plus de bourdonnements dans les prairies, il n’y aura plus de trilles [1] dans les haies. Il n’y aura plus de bêlements, plus de meuglements. On pourra se réjouir, quelques instants, de la déprise agricole, comme un sursaut de biodiversité sur le dos d’une mort paysanne. Mais ce sera une joie amère.

L’odeur du foin nous manquera, le goût du lait cru nous manquera, le goût des cerises nous manquera. Quand nous regarderons par la vitre de la voiture, nous verrons encore des champs, et nous croirons, un peu vite, que rien n’a changé. Mais ces champs-là seront la propriété d’une oligarchie : des fabricants de matières premières agricoles.

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À la Baume-Cornillane, dans la Drôme. © Thierry Yon

Mon pays, si tu aimes tes paysans, aide-nous à relever la tête. Les coquelicots ont besoin de nous, les faucons crécerelles ont besoin de nous. Les souvenirs d’enfance ont besoin de nous. Quand nous allions chercher du lait à la ferme, que nous montions sur les bottes de paille. Quand nous faisions des bouquets de fleurs des champs, que nous entendions les sonnailles traverser les villages.

Mon pays, nous sommes ta langue maternelle. Nous ne voulons pas devenir une langue morte, un vocabulaire que tu transmettras à tes enfants sans comprendre le sens de « l’averse » [2].

Nous sommes ta langue maternelle. Si nous disparaissons, nous emporterons plus que des mots, nous emporterons un langage, une manière de parler à la terre. Elle nous disait quand semer, elle nous disait quand moissonner.

Mon pays, quand les champs seront silencieux, c’est un feu qui s’éteindra, et nous ne pourrons plus réchauffer ton cœur, abîmé par le béton, abîmé par les polymères.

les champs seront silencieux

Dans le Royans, territoire du Vercors. © Pierre Yon

Mon pays, aide-nous à étayer l’arbre planté au milieu de ta mémoire, planté au milieu de notre histoire commune.

Mon pays, essaie de nous regarder sans arrogance ni mépris, et aide-nous à bâtir un futur qui prend soin de notre Maison commune.

Rappelle-nous que nous entretenons un feu : une ferme qui tient encore debout, quelque part dans tes collines, quelque part dans ton imaginaire. Une ferme qui vit encore.

Mais ne tarde pas trop. Bientôt, les champs seront silencieux.

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pourquoi les feuilles des arbres sont-elles vertes ?

pourquoi les feuilles sont vertes ?

 

Par Joël Ignasse le 11.06.2021 à 16h07 Lecture 3 min.

« Pourquoi la plupart des feuilles des arbres sont vertes ?« , nous demande un lecteur sur notre page Facebook. C’est notre question de la semaine.

pourquoi les feuilles sont vertes ?

Feuilles des arbres

Pixabay / Creative Commons

La chlorophylle, responsable de la couleur verte des feuilles

Si la plupart des feuilles sont vertes, c’est parce qu’elles contiennent de la chlorophylle, un pigment abondant dans les feuilles pendant toute leur phase de croissance. Il est impliqué dans la photosynthèse qui transforme l’énergie lumineuse en énergie chimique et finalement en matière organique (voir le schéma ci-dessous).

Le principe de la photosynthèse est le suivant : le CO2 présent dans l’atmosphère est absorbé et converti en glucose (sucre). Cette réaction chimique a lieu dans la feuille, plus précisément dans le chloroplaste, une organelle des cellules végétales dédiée à cette fonction lumineuse. © Valentine Delattre / Sciences et Avenir

La chlorophylle absorbe la lumière du Soleil, mais pas complètement : elle absorbe surtout le rouge et le bleu, mais pas entièrement le vert, dont une partie est réfléchie (de 10 à 50%). Une bonne chose étant donné que le rayonnement vert est très puissant et aurait endommagé la feuille s’il n’était pas en partie réfléchi ! Or c’est la ou les couleurs réfléchies par l’objet qui donnent sa couleur. D’où l’apparence verte des feuilles.

La chlorophylle se dégrade en automne

A l’automne, quand les températures baissent et que la luminosité diminue, les arbres commencent à se préparer à l’hiver et à la venue du froid. L’une de leur stratégie est de diminuer leur surface exposée au froid et donc de perdre leurs feuilles qui constituent leur plus grande surface d’échange avec l’extérieur. Les arbres réagissent aux stimuli automnaux en synthétisant de l’éthylène, cette molécule va à son tour déclencher la fabrication d’un bouchon de liège à la base des feuilles qui bloque l’arrivée de la sève ce qui provoque la sénescence et la mort de la feuille qui finira par tomber.

Pendant la sénescence, la chlorophylle commence à se dégrader et donc la couleur verte n’est plus majoritairement réfléchie par ce pigment. C’est alors que d’autres pigments qui étaient présents dans la feuille, mais masqués par l’abondance de chlorophylle, commencent à apparaître. Il s’agit principalement de caroténoïdes (trouvés dans les carottes comme leur nom l’indique) qui colorent les feuilles en jaune-orange et d’anthocyanes (présents dans les fruits rouges) qui eux procurent des couleurs variant du rouge orangé au bleu pourpre. Selon la luminosité et la variation des proportions de ces composés, les feuilles d’automne prendront une teinte plutôt qu’une autre jusqu’à ce qu’elles finissent par mourir et devenir complètement brunes, la dernière étape avant leur chute et l’hiver.