Éolien en mer : à Saint-Nazaire, Macron dit oui

éolien en mer

C’est une première en France. Cet hiver, le pays pourra compter sur ses éoliennes en mer pour produire une partie de son électricité. Jeudi 22 septembre, Emmanuel Macron a inauguré le parc éolien offshore de Saint-Nazaire, doté de quatre-vingt éoliennes d’une puissance installée de 480 mégawatts (MW).

Lancé en 2008, sous Nicolas Sarkozy, ce projet aura mis plus de dix ans à voir le jour. Onze autre parcs d’éoliennes en mer sont prévus pour la prochaine décennie. Ceux de Fécamp et de Courseulles-sur-Mer doivent être branchés au réseau fin 2023 et fin 2024. Celui de Saint-Brieuc, qui fait l’objet d’une forte contestation locale en raison de ses conséquences potentielles sur la biodiversité, devrait quant à lui produire ses premiers kilowattheures fin 2023.

De quoi permettre à la France de rattraper son retard : le Royaume-Uni affiche déjà 10 GW de capacités installées en mer, l’Allemagne 7,7 GW, et les Pays-Bas 2,6 GW, rappellent Les Échos.

Anti-éolien puis pro-éolien : les tergiversations de M. Macron

Regrettant le retard français dans ce domaine, le président a assuré lors de l’inauguration du parc de Saint-Nazaire vouloir aller « deux fois plus vite » sur la mise en service de projets renouvelables. Il a également affirmé vouloir installer une « cinquantaine de parcs éoliens en mer » et « poursuivre l’éolien sur terre ».

Une déclaration surprenante, relève le journaliste Daniel Schneidermann dans une chronique sur Arrêt sur images : comme l’a montré une enquête du Monde, le couple Macron a longtemps soutenu le combat du présentateur Stéphane Bern contre les éoliennes. « C’est vrai que c’est moche, tu as raison il y en a trop », aurait confié le président à la star du petit écran lors d’un vol en hélicoptère au-dessus d’un parc éolien. La position du président sur le sujet a longtemps oscillé.

Au début de son premier mandat, Emmanuel Macron promettait de doubler les capacités de l’éolien terrestre d’ici à 2030. En 2020, à Pau, il appelait au contraire à être « lucide » et affirmait que « la capacité à développer massivement l’éolien » était « réduite ». « Le message des anti-éoliens a été entendu par le chef de l’État, expliquait alors une source élyséenne au Monde. Il a reçu beaucoup de messages à ce sujet, il faut qu’on soit vigilants. » Fin 2022, le vent semble à nouveau avoir tourné.

« Décision historique » pour les défenseurs des abeilles »

défenseurs des abeilles

Pour Pollinis, il s’agit d’une « décision historique ». Dans un arrêt rendu le 14 septembre, le Tribunal de l’Union européenne (UE) a invalidé plusieurs décisions de la Commission européenne qui, depuis 2018, refusait à cette ONG l’accès aux documents relatifs au blocage des « tests abeilles ». Ces protocoles scientifiques, établis en 2013 par l’Agence sanitaire européenne (EFSA) à la demande de la Commission européenne, ont pour but d’évaluer, avant leur mise sur le marché, la toxicité réelle des pesticides sur les pollinisateurs. Problème, comme le rappelait Pollinis dans un texte publié en mai dernier : ces « tests abeilles » ont depuis été révisés (ils sont désormais moins protecteurs) et surtout n’ont jamais été adoptés par les États membres. Et ce, « sans qu’aucune information sur les raisons de ce blocage n’ait été rendue publique par les institutions européennes ».

D’où la demande de l’ONG qui, désirant connaître « les raisons de ce blocage (servant) uniquement les intérêts de l’industrie agrochimique », souhaitait avoir accès à tous les documents échangés à ce propos par la Commission européenne, l’EFSA et le comité permanent des végétaux (Scopaff). L’idée, comme le dit à Reporterre Julie Pecheur, directrice du plaidoyer chez Pollinis, est de « savoir ce que notre pays a voté lors de ces réunions et quels ont été les arguments échangés de part et d’autre pour ne pas adopter ce document scientifique voulu par l’ensemble des parties prenantes, sauf l’agrochimie, le tout sans que les citoyens n’aient accès à ces informations ».

« Avec ce jugement fondamental, le Tribunal de l’UE met fin à l’opacité inacceptable qui entache une partie du processus décisionnel européen », s’est de son côté félicité dans un communiqué publié le 15 septembre Nicolas Laarman, délégué général de l’ONG.

Bassines et retenues d’eau, c’est quoi le problème ?

manif du 6 novembre

Plébiscitées par des agriculteurs, dénoncées par des opposants, pointées du doigt par des scientifiques… Les mégabassines créent la discorde. Qu’en penser ? Reporterre fait le point.

Voilà un sujet qui fait des remous. La sécheresse exceptionnelle de cette année a relancé le débat sur les bassines et les retenues d’eau. D’un côté, les agriculteurs et le gouvernement, qui entendent stocker l’eau pour l’irrigation. De l’autre, les écologistes et une partie de la communauté scientifique, qui dénoncent leur impact sur les écosystèmes. Reporterre fait le point.

  1. Côté agriculteurs : les bassines sont une nécessité

Ce n’est pas un scoop : les plantes — comme les humains — ont besoin d’eau pour leur survie. Surtout si l’on veut qu’elles poussent et donnent de belles céréales ou de gros fruits. Surtout quand elles se développent l’été, comme le maïs ou certains fruitiers. Surtout avec la multiplication des sécheresses.

Le stockage et l’irrigation sont donc apparus comme la solution. Le principe est simple : retenir l’eau quand elle est abondante, en hiver. Avec des barrages, ou en creusant des réservoirs que l’on remplit en pompant les nappes ou les rivières — c’est le cas des bassines du Marais poitevin (Deux-Sèvres).

mégabassines

Pour la FNSEA, le stockage de l’eau est « un enjeu d’intérêt général ». Twitter/Terres de luttes

Ainsi, dans les départements arboricoles et maïsicoles, « l’irrigation permet d’assurer un rendement et une qualité de production permettant à l’agriculteur de sécuriser son revenu », comme l’indiquait le syndicat départemental des collectivités irrigantes du Lot-et-Garonne (SDCI 47), porteur du controversé barrage de Caussade. Pour la FNSEA, le syndicat professionnel majoritaire, le stockage de l’eau est « un enjeu d’intérêt général », « pour garantir la pérennité de l’agriculture française et de son industrie agroalimentaire ».

  1. Côté scientifiques : les bassines sont «une mal adaptation»

Capter l’eau l’hiver, ça suppose… qu’il y ait suffisamment d’eau en hiver. Or c’est de moins en moins le cas. « Les vagues de chaleur et de sécheresse sans précédent en France seront de plus en plus fréquentes, voire la “nouvelle norme” », expliquait l’hydroclimatologue Florence Habets en 2019. Bienvenue dans l’ère du chaos climatique.

2022 est à ce titre prémonitoire. L’année avait à peine commencé que le spectre de la sécheresse pointait déjà le bout de son nez. Tout l’hiver, la pluie a manqué à l’appel sur la majeure partie du pays. Cultures et écosystèmes n’ont dû leur salut qu’aux pluies tombées en abondance en 2021. Mais que se passera-t-il si la sécheresse se prolonge l’année prochaine ? « En France, d’ici trente ans, on pourrait connaître des sécheresses du sol 50 % plus longues qu’aujourd’hui », rappelle la géographe Magali Reghezza dans un fil Twitter.

mégabassine_3

Une mégabassine sabotée le 6 novembre 2021, à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres). © Corentin Fohlen/Reporterre

Revenons à nos bassines. D’après les premières mesures faites détaillées sur le fil Twitter de Terre à terre, les retenues sont relativement efficaces pour pallier les épisodes secs, quand ils sont de courte durée. Mais « en cas de sécheresse longue, les bassines vont permettre de maintenir les usages sur la première, voire les premières années, au prix de prélèvements conséquents dans les nappes », précise Mme Reghezza. Sous-entendu : elles ne serviront plus à rien si l’eau se raréfie sur plusieurs années. Ce qui risque d’être le cas.

« Faire un barrage pour “stocker le surplus en hiver” signifie empêcher l’eau de s’infiltrer dans les sols, rappelait également le chercheur Christian Amblard dans un entretien à Reporterre. Or, sous la terre, cette ressource humidifie efficacement la totalité des sols ! » À l’inverse, en la pompant et en la gardant dans une retenue, on perd une grande quantité de l’eau par évaporation, notamment lors des fortes chaleurs. Des études récentes montrent que les pertes par évaporation sur les lacs de l’ouest américain varient de 20 à 60 % des flux entrants.

Le remède aurait ainsi tendance à aggraver le mal : on assécherait les sols pour une efficacité limitée sur les cultures. Une analyse des sécheresses survenues en Espagne montrait que les bassins versants comportant le plus de barrages connaissaient aussi plus de sécheresses en aval. Et cerise sur le gâteau, les épisodes secs les plus sévères et les plus longs avaient lieu sur ces mêmes bassins dotés de nombreuses retenues. Dans le même sens, une étude parue en 2018 concluait que ces aménagements hydrauliques pouvaient certes réduire la sécheresse agricole de 10 %, mais conduire à une augmentation de l’intensité des sécheresses sur l’ensemble du bassin à hauteur de 50 %.

Les bassines joueraient également un rôle pernicieux : « Elles bloquent le passage vers une agriculture responsable, résiliente, économe en eau », selon M. Amblard. Dans un article publié sur le site Bon Pote, mesdames Habets et Reghezza parlent à ce sujet de « fix hydrosocial », comme si les retenues étaient une drogue. « La tendance à investir dans de nouvelles constructions consiste en effet à fixer (réparer) un dysfonctionnement (ici le manque d’eau), en immobilisant du capital dans une infrastructure, au lieu d’investir pour soutenir la transition vers des pratiques moins gourmandes en eau », détaillent les chercheuses.

Parmi ces pratiques, citons : la fin des drainages, la préservation des sols — en évitant de les tasser avec des engins super lourds — et des haies, l’agroforesterie, le recours à des races et des variétés adaptées aux conditions environnementales (du sorgho plutôt que du maïs).

manif_mégabassine

À la manifestation du 6 novembre 2021 contre les mégabassines à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres). © Corentin Fohlen/Reporterre

  1. Pour les opposants, les bassines constituent un «accaparement de l’eau»

Tous les agriculteurs — loin s’en faut — n’irriguent pas. Seules 7,3 % des surfaces agricoles étaient arrosées en France en 2020 — c’est peu, même si ces chiffres ne cessent de croître. Et vu la raréfaction de la ressource en eau, il paraît difficile aujourd’hui d’envisager un développement à large échelle de l’irrigation : « Ce n’est pas une solution généralisable », expliquait le chercheur Jean-Marc Touzard à propos de la viticulture. Les mégabassines ne font donc pas l’unanimité parmi les paysans.

La Confédération paysanne a ainsi participé aux manifestations et démontages de réservoirs dans les Deux-Sèvres. Pour son porte-parole, Nicolas Girod, « ces mégabassines sont un accélérateur du modèle agro-industriel qui nous emmène tous dans le mur ». Autrement dit, elles ne bénéficient « qu’à une poignée de maïsiculteurs irrigants ».

C’est également l’avis de Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci : l’eau pompée dans la nappe par les irrigants « est une réserve qui appartient à tout le monde, insistait-il dans un entretien à Reporterre. Protégée de la chaleur et déjà partiellement filtrée par le calcaire et le couvert végétal de surface, elle est moins polluée que l’eau des rivières qui subit de plein fouet les nitrates, les pesticides, etc. Nous devrions la sacraliser ! » Au lieu de cela, regrettait le militant, « elle est captée, privatisée et accaparée au profit de quelques grosses fermes ayant recours à l’irrigation massive ».

Protection de la haute mer : « Il reste encore beaucoup de travail »

tortues_imbriquées

Les tortues imbriquées vivent à proximité des côtes, dans les mers tropicales. – Pxhere/CC0

Aucun accord n’a été obtenu à l’issue de la cinquième session de négociation du traité de protection de la haute mer. De nombreux points de blocage doivent encore être levés, analyse Julien Rochette, de l’Iddri.

Julien Rochette dirige le programme océan de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Il travaille notamment sur la gouvernance de la biodiversité au-delà des juridictions nationales.

 

Reporterre — Après deux semaines de négociations, les États membres des Nations unies (ONU) se sont séparés le 26 août sans parvenir à un accord pour protéger la haute mer. Quelle est votre réaction à cette nouvelle ?

Julien Rochette — Ce n’était pas totalement une surprise. D’un côté, nous observions depuis quelque temps une impulsion pour finaliser les négociations. Il y a eu le One Ocean Summit de Brest, qui a permis de créer une coalition de haute ambition regroupant un certain nombre d’États. La conférence des Nations unies sur les océans de Lisbonne, en juillet, a continué dans le même esprit constructif. Beaucoup de réunions informelles ont eu lieu pour préparer la cinquième session de négociation de ce traité.

Malgré tout, en voyant le brouillon proposé par la présidente de la conférence avant le début des négociations, nous avons constaté qu’il restait encore beaucoup choses à négocier. Jusqu’au bout, le résultat a été très incertain. Il était difficile de savoir si les négociations seraient un succès ou non. Les délégations ont fait d’énormes progrès, mais il reste encore beaucoup de travail. Il aurait fallu quelques jours de plus. C’est d’ailleurs ce que les États ont demandé.

Comment expliquer cet échec ?

C’est un échec relatif, dans le sens où cette session [la cinquième depuis le début des négociations] a sans doute été la plus productive. Beaucoup de choses ont été actées. Il y a eu des progrès dans à peu près tous les éléments de l’accord. Au sujet des ressources génétiques marines, des études d’impact environnemental à réaliser avant de s’adonner à des activités en haute mer, des aires marines protégées, du renforcement des capacités des pays en développement, ou encore du transfert de technologies entre États, on a quand même eu des accords sur certaines dispositions. Certains articles ont été terminés.

Une grande partie du processus d’identification, de proposition et de consultation des aires marines protégées a par exemple été actée. Au sujet du renforcement des capacités des pays en voie de développement, la création d’un mécanisme d’échange d’informations a également été actée.

Il reste cependant certains intérêts divergents. Si le traité n’a pas été adopté, c’est d’abord parce que ce sujet reste éminemment complexe, même si les États négocient depuis de nombreuses années. Quand on écoute les déclarations finales des États, on se rend compte que certains ne souhaitent pas adopter un traité au détriment de son ambition. C’est notamment le cas du Chili. Il préfère ne pas avoir un traité tout de suite, mais avoir un traité ambitieux. Les États du Sud (ou « G77 ») ne veulent pas non plus d’un traité dans lequel la question de l’équité n’aurait pas une place importante.

Quels sont les principaux points de blocage ?

Il reste encore beaucoup de questions en suspens sur le mécanisme de partage des avantages tirés de l’exploitation des ressources marines génétiques [ce terme désigne le matériel génétique tiré des animaux, végétaux, champignons, virus et microbes des fonds océaniques, qui attirent la convoitise des industries pharmaceutiques et chimiques. Les pays du Sud demandent « un partage équitable des bénéfices » de leur exploitation]. Ce n’est pas vraiment une surprise, c’est un volet complexe depuis le début des négociations. Il reste également des incertitudes sur la question des études d’impact environnemental à réaliser avant de faire des activités en haute mer, et notamment sur leur niveau d’ambition : est-ce que ce doit être un mécanisme assez souple, qui laisse une grande marge de manœuvre aux États, ou un mécanisme plus collaboratif, au sein duquel la COP aurait un pouvoir important ?

Sur les aires marines protégées, il y a encore des dissensions sur l’articulation du futur mécanisme avec les organisations existantes, comme l’Organisation maritime internationale (OMI), les mers régionales, les organisations régionales de pêche… Toute la question est de savoir comment coordonner le futur traité avec ces organisations, et déterminer le dosage de compétences que l’on va pouvoir octroyer à la COP sans altérer le mandat des organisations existantes. Il reste à déterminer si la COP aura une autorité forte, ou un pouvoir un peu plus limité. Pour le moment, les États n’ont pas trouvé un langage textuel qui convienne à tous.

Pourquoi ce traité est-il important ?

Il négocie le destin de la moitié de la planète. Les règles qui régissent aujourd’hui la haute mer ne sont pas adaptées, ni à jour, et doivent être complétées. Il y a une forme d’urgence. Les pressions humaines augmentant de plus en plus en haute mer, il faut absolument avoir un cadre de gestion pertinent.

Les discussions informelles sur l’avenir de la haute mer ont commencé au sein des Nations unies en 2006, et les négociations ouvertes fin 2017. Cette session devait être la dernière, comme devait déjà l’être la quatrième, qui a eu lieu en mars dernier. Peut-on encore espérer arriver suffisamment tôt à un accord entre les États ?

Il est toujours difficile de faire des pronostics. Mais il ne faut pas oublier qu’un certain nombre de progrès ont été faits pendant cette cinquième session. Les États ont demandé à ce qu’elle soit prolongée. À une date qui reste à déterminer (mais qui ne sera très certainement pas avant 2023), il y aura une prolongation de cette cinquième session. On peut espérer que ce qui reste de désaccord pourra être gommé, et que l’on aille vers un consensus et une adoption du texte. Ce qui suppose que les États continuent d’ici là à discuter de manière informelle, pour être prêts lors de la prochaine session.

… nous avons un petit service à vous demander. Chaque mois, plus d’un million de personnes font confiance au travail des journalistes de Reporterre pour se tenir informées sur l’urgence écologique. Plus de 27 000 de ces lectrices et lecteurs financent le journal par des dons. Ce soutien permet à Reporterre de rester en accès libre, sans aucune publicité, et totalement indépendant. Contrairement à de nombreux autres médias, Reporterre n’a pas d’actionnaires ni de propriétaire milliardaire. Le journal, à but non lucratif, est libre de toute influence commerciale ou politique.

Nous avons la conviction que le ravage écologique est l’enjeu principal de ce siècle. À ce titre, il nous semble que ce sujet doit être mis en avant chaque jour dans le débat public. Les articles, reportages et enquêtes que vous pouvez lire sur le site sont vitaux pour la démocratie, pour la prise de conscience écologique, et pour exiger mieux de nos dirigeants.

Quand les arbres jouent avec le feu

pin d'alep

Loïc Chauveau

Les arbres peuvent développer deux stratégies pour survivre aux incendies

Comment survivre aux flammes quand on ne peut pas s’enfuir devant l’incendie ? Lorsque, par exemple, on est un arbre ? « Deux stratégies émergent, résume Anne Ganteaume, chercheuse à l’Inrae. L’une consiste à déployer des armes de résistance, l’autre à profiter du feu pour assurer la survie de l’espèce. » Pyrophiles et pyrophytes. Comparons deux pinèdes. La première est peuplée de pins sylvestres dont le tronc, protégé par une écorce épaisse, ne comporte aucune branche basse. La canopée, ramassée, domine à plus de dix mètres de hauteur. Au pied, une litière dense. « L’espèce diminue ainsi ses risques d’inflammabilité en offrant le moins de matière possible au feu et en isolant sa cime », décrit Anne Ganteaume.

Peu importe que les incendies soient fréquents pourvu qu’ils restent mesurés

La seconde pinède est composée de pins d’Alep – des « résilients ». Sa canopée est peu élevée et aérée, ses troncs parsemés de branches mortes, sa litière clairsemée. « Ces espèces émettent par ailleurs des composés organiques volatils très inflammables qui assurent une combustion totale », souligne Marc-André Selosse, biologiste au Muséum national d’histoire naturelle. Et des flammes jaillira leur descendance ! « Juste après l’incendie, une molécule chimique, la butanolide, provoque l’ouverture des pommes de pin jusqu’ici restées fermées. Les graines tombent sur un sol refroidi et “nettoyé” de toute concurrente qui l’empêcherait de pousser, et bénéficient d’un lit de cendres très nourrissant », poursuit Marc-André Selosse.

Une stratégie menacée par le changement climatique

Pour les espèces « résistantes », peu importe que les incendies soient fréquents pourvu qu’ils restent mesurés. En revanche, pour que la stratégie des résilients fonctionne, il faut impérativement qu’il n’y ait aucun sinistre pendant quinze ans, temps nécessaire aux jeunes pousses pour arriver à maturité. Une stratégie que le changement climatique pourrait mettre à mal, car on constate une fréquence accrue des mégafeux en Californie, Afrique du Sud, Australie, et sur le pourtour méditerranéen.

Comment 24 lapins venus d’Angleterre ont envahi l’Australie

24 lapins

Par LOÏC CHAUVEAU

C’est bien le débarquement de 24 lapins le jour de Noël 1859 qui est à l’origine de la pullulation de l’animal dans toute l’île-continent. Sans une infime mutation génétique, cette conquête n’aurait jamais pu avoir lieu.

Surpopulation des lapins en Australie : voiture passant au milieu d’une bande de lapins. Gravure publiée dans « La Nature : revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l’industrie » le 24 mars 1888.

Leemage via AFP

 

C’est une histoire bien connue des Australiens que vient de confirmer une équipe internationale de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), et de l’Institut CIBIO du Portugal dans les PNAS. Les millions de lapins qui ravagent leur agriculture proviennent bien d’un seul et même arrivage de 24 Oryctolagus cuniculus dûment enregistrés le 6 octobre 1859 à bord du Lightning, un navire en partance d’Angleterre. Ces animaux provenaient de la propriété de William Austin à Baltonsborough dans le Sumerset (Angleterre) et étaient destinés à agrémenter le parc Barwon de son frère Thomas situé à Geelong dans l’Etat de Victoria sur l’île-continent.

Arrivés le jour de Noël, les 13 lapins d’origine qui sont devenus 24 grâce aux naissances au cours du voyage, débarquent pour entamer la plus grande invasion biologique jamais vue dans l’histoire récente de la planète. La progression est en effet fulgurante. L’espèce conquiert 100 kilomètres par an et n’est arrêtée ni par les espaces désertiques, ni par le manque d’eau. Les barrières posées par les agriculteurs ne les ont pas stoppés non plus que des mesures plus radicales comme l’introduction du virus de la myxomatose. Les Australiens constatent aujourd’hui qu’ils ne pourront plus jamais s’en débarrasser, déplorent un impact réel sur les espèces endémiques de flore et de faune et doivent supporter plus de 200 millions d’euros de dégâts annuels sur les cultures.

Une espèce originaire de la péninsule ibérique

Le récit d’une seule arrivée bien documentée restait cependant discutée. Des études ont ainsi affirmé qu’il y a eu plusieurs apports de populations permettant à l’espèce de s’adapter à son nouveau milieu semi-désertique. Après tout, les livres de bord des navires anglais indiquent que les cinq premiers lapins ont été débarqués en 1788 et que jusqu’en 1859, 90 importations ont eu lieu sans que les rongeurs prolifèrent. Pourquoi en serait-il autrement pour les seuls spécimens de Noël 1859 ? C’est à cette question que répond l’étude.

Les chercheurs de Cambridge se sont associés à l’Institut CIBIO du Portugal pour pouvoir comparer l’ADN de lapins européens anciens avec celui des australiens. Le choix de l’institut portugais s’explique : la péninsule ibérique est le lieu d’origine de l’espèce avant son expansion vers la France à la fin de l’ère glaciaire, il y a plus de 10.000 ans. C’est en France au Moyen-Age qu’a commencé l’exploitation de l’espèce sauvage par la création d’enclos appelés garennes. L’espèce a colonisé le Royaume-Uni au 13ème siècle seulement. Et il a donc fallu une seule famille anglaise pour que le lapin envahisse l’Australie. C’est ainsi que les génomes d’ancêtres ibériques, français et anglais ont été comparés à ceux des actuels habitants de l’île. « Nous avons réussi à retracer l’origine de la population invasive d’Australie au sud-ouest de l’Angleterre, là où la famille Austin a capturé les lapins en 1859, affirme Joel Alves, chercheur à l’Université d’Oxford et principal auteur de l’article des PNAS dans le communiqué de son université. Nos travaux montrent que malgré de multiples introductions à travers l’Australie, cette seule arrivée anglaise est la cause de cette dévastatrice invasion biologique dont les effets se font toujours sentir aujourd’hui ».

Une mutation génétique explique l’adaptation au climat

Pourquoi ceux-là ? Une explication vient tout de suite à l’esprit. Selon les registres des navires, les lapins arrivés avant 1859 étaient largement domestiqués et pour certains servaient d’animaux de compagnie. Ils n’avaient vraisemblablement pas les aptitudes pour survivre au rigoureux climat australien. En revanche, William Austin a pourchassé des lapins sauvages sur son domaine et récupéré chez des fermiers des animaux capturés pour être mangés. Les chercheurs sont cependant allés plus loin que ces témoignages anciens. Ils ont repéré dans l’ADN des lapins ancestraux et de leurs descendants australiens la même mutation génétique offrant un avantage adaptatif au climat qui expliquerait le succès reproductif de l’animal. Avec aussi peu de spécimens d’origine, cette mutation est rapidement devenue dominante dans la population.

Pas grand-chose en définitive pour des conséquences d’une telle ampleur. « Ces découvertes comptent parce que les invasions biologiques constituent une menace majeure pour la biodiversité et si vous voulez les empêcher, vous devez comprendre ce qui les fait réussir », assure Joël Alves. Et le chercheur de conclure : « Nous devons aussi nous rappeler que l’action d’une personne ou d’un petit groupe seulement peut avoir des effets dévastateurs sur l’environnement ».

Australie

La faune sauvage paye un lourd tribut à la sécheresse en Europe de l’Ouest

europe-weather

Pire que celles de 1976 et 2003, la sécheresse actuelle entraîne une surmortalité des poissons, oiseaux et mammifères en raison de l’assèchement historique des cours d’eau et des sols.

Un hérisson qui a été recueilli est hydraté, dans le Centre de soins de la faune sauvage des Alpes-Maritimes, en raison de la chaleur et de la sécheresse, à Saint-Cézaire-sur-Siagne, le 1er août 2022. ÉRIC GAILLARD/REUTERSHécatombe de carpes dans le marais breton-vendéen, entre Noirmoutier et Saint-Jean-de-Monts (Vendée). Mort par dizaines de biches et de cerfs dans le parc naturel de la Sierra de Baza, près de Grenade, dans le sud de l’Espagne. Asphyxie de centaines de grenouilles consécutive à la quasi-disparition du lac Petrus dans le Mercantour, à la frontière italienne. La sécheresse sans précédent qui sévit actuellement dans l’ouest de l’Europe, la pire depuis le début des relevés en 1959, est un désastre pour la faune sauvage.

« Et encore ! Nous ne voyons que la partie émergée de l’iceberg », alerte Jean-Noël Rieffel, directeur de l’Office français de la biodiversité (OFB) en région Centre-Val de Loire. « La situation est historiquement très dégradée et 2022 s’annonce comme une année de référence en termes de surmortalité des espèces aquatiques et terrestres », prédit-il.

Sous terre, de manière invisible, une infinité d’insectes et d’invertébrés meurent d’assèchement. L’indice d’humidité des sols est plus bas que celui enregistré lors des précédentes sécheresses historiques, en 1976 et 2003, d’après les mesures du CNRS. Par endroits, tous les micro-organismes disparaissent et, avec eux, les fonctions qu’ils jouent dans la chaîne alimentaire, explique l’OFB, établissement sous tutelle du ministère de la transition écologique.

Multiplication des assecs

C’est ainsi que des sangliers apparaissent à proximité des tuyaux d’irrigation ou sur les plages. Faute de coléoptères, lombrics et chenilles, et même escargots et limaces, qui constituent habituellement leur régime de remplacement quand les premiers viennent à manquer, les hérissons paient un lourd tribut, parcourant des kilomètres pour trouver de la nourriture. Nombre d’entre eux finissent écrasés sur les routes.

Le hérisson est un animal sentinelle. Son comportement donne l’alarme, lorsque l’état de l’écosystème qui l’abrite se dégrade. Même chose avec la rainette verte. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), l’amphibien présent dans les mares, étangs et lacs de la moitié nord de la France est parmi les premières espèces à être touchées par l’assèchement des zones humides et la pollution des eaux. Il figure sur la liste des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

Dans les milieux aquatiques, les effets de la sécheresse sont palpables. Début août, à Orléans, la température de la Loire s’élevait à 31 °C. Le 15 juillet, la température du dernier fleuve sauvage du Vieux Continent, avec la Vjosa, en Albanie, a même atteint un pic à 32 °C. « Ce niveau, rarement atteint par le passé, s’avère létal pour de nombreux poissons. Il provoque une catastrophe chez les grands migrateurs comme l’alose ou le saumon de Loire-Allier, dernière souche sauvage d’Europe occidentale, qui remontent habituellement le fleuve en cette saison », observe M. Rieffel.

Ces espèces sont condamnées à une double peine : l’augmentation de la température de l’eau due au rayonnement solaire et à la baisse du niveau général du fleuve, et la diminution des écoulements, qui ralentit la mobilité indispensable au cycle biologique des poissons. « De nombreuses mortalités piscicoles nous sont signalées depuis le début de l’été, mais elles augmentent en fréquence depuis quelques jours », indique l’expert.

En cause, la multiplication des assecs, ces cas les plus extrêmes de l’étiage qui se manifestent quand l’eau ne s’écoule plus et que le lit de la rivière ou de l’étang s’assèche. La sécheresse de 2022 intervient dans un contexte déjà fortement dégradé. Selon une étude de l’Observatoire national des étiages publiée en mai, « toute la France est affectée par l’assèchement estival des petits cours d’eau » depuis une décennie. Entre 2012 et 2021, le taux cumulé des assecs a été« globalement en hausse », relate l’étude.

Les oiseaux touchés par ricochet

Durant les années les plus sèches (2012, et 2017 à 2020), ce sont le pourtour méditerranéen, les pays de la Loire, le Centre et la Bourgogne qui ont été les plus concernés. Il y a encore dix ans, les assecs étaient « ponctuels ». A partir de 2015, ils ont été de plus en plus nombreux à être observés au moins deux mois de suite. Et, depuis 2017, il n’est pas rare que les assecs durent « trois mois ou plus ».

Depuis le mois de juillet, l’OFB enregistre une recrudescence de grippe aviaire parmi les oiseaux sauvages

L’impact est notable sur la mortalité des écrevisses à pattes blanches, sur celle des insectes aquatiques tels que les odonates (famille à laquelle appartiennent les libellules), des mollusques comme la moule perlière (inscrite sur la liste rouge européenne des espèces menacées) et des amphibiens comme le triton et la salamandre, précise l’OFB. « Seuls les animaux capables de partir à la recherche d’eaux plus fraîches peuvent en réchapper. Les autres sont en danger de mort, à cause d’une plus forte concentration des polluants dans les cours d’eau et de la prolifération d’espèces exotiques envahissantes », relève Loïc Obled, directeur national de l’OFB chargé de la police, de la connaissance et de l’expertise.

Par ricochet, les oiseaux sont eux aussi touchés. A proximité des milieux aquatiques, les populations de canards et de limicoles, ces échassiers aux grandes pattes et au long bec, se concentrent là où il reste de l’eau, dégradant les conditions sanitaires générales et perturbant les milieux, par l’accumulation de fientes et le développement de maladies. Depuis le mois de juillet, l’OFB enregistre une recrudescence de grippe aviaire parmi les oiseaux sauvages.

La sécheresse touche autant les migrateurs, qui se préparent au grand retour vers l’Afrique, que les oiseaux inféodés à l’agriculture, comme les perdrix. Elle fait aussi échouer les éclosions de toutes les espèces aviaires, par dessèchement de la membrane interne de l’œuf, et elle accroît la mortalité des oisillons, en particulier chez les espèces cavicoles (qui nichent dans les cavités) et celles qui vivent dans les frondaisons (le feuillage des arbres), où la température du nid, parfois proche de 50 °C, devient rédhibitoire. Sont également durement touchés les martinets et les hirondelles insectivores, qui logent sous les toitures et se retrouvent sous-alimentés et déshydratés.

Période de « grand désordre »

« La sécheresse actuelle est sans commune mesure avec celles de 1976 et 2003, parce qu’elle s’inscrit dans une tendance longue liée aux émissions de gaz à effet de serre. C’est important de le souligner, car si les populations animales peuvent récupérer à moyen terme d’un événement climatique ponctuel, elles ont beaucoup plus de mal à s’en remettre si cet événement se répète », fait remarquer Philippe Grandcolas. Directeur adjoint scientifique de l’Institut écologie et environnement (INEE) au CNRS, ce dernier considère que la Terre est entrée dans une période de « grand désordre », caractérisée par une « recomposition » des écosystèmes. Certains animaux s’installent ailleurs, tels les insectes thermophiles : ayant besoin de températures élevées pour se développer, ils sont aujourd’hui repérés en Bretagne et en Normandie, alors que, dans un passé récent, ils vivaient exclusivement au sud de la Loire.

D’autres, y compris parmi les mammifères, ne tolèrent pas le changement climatique et les événements qui l’accompagnent. Après la sécheresse de 2003, une étude menée dans la réserve nationale de Chizé (Deux-Sèvres) avait mis en lumière un impact fort sur la condition physique et les performances reproductrices des chevreuils avec, pour les faons qui terminent leur allaitement en été, un déficit de masse corporelle durable et une surmortalité.

En 2002, un article paru dans la revue Nature – « Ecological responses to recent climate change » – avait aussi révélé « un modèle cohérent de changement écologique dans tous les écosystèmes, du niveau des espèces à celui des communautés ». Vingt ans plus tard, ces perspectives s’assombrissent. Les sécheresses pourraient devenir « de plus en plus fréquentes et sévères dans la région méditerranéenne, en Europe occidentale et dans le nord de la Scandinavie », d’après une étude britannique de la Royal Meteorological Society, publiée en 2017. En raison de la gestion « non durable »des terres, elles devraient « progressivement causer plus de dommages » d’ici à la fin du XXIe siècle.

Guillaume Delacroix

Le Monde, 15 août 2022

 

Un projet photo participatif dévoile l’impact désastreux de la pollution plastique sur les oiseaux

un-projet-photo-participatif-devoile-limpact-desastreux-de-la-pollution-plastique-sur-les-oiseaux

La pollution plastique a des répercussions terribles pour les oiseaux qui volent dans les déchets. Un projet photo participatif met en lumière ce problème avec des clichés pris dans le monde entier.

Le projet Birds and Debris permet aux habitants du monde entier de poster des clichés d’oiseaux pris au piège dans la pollution plastique, d’après la BBC. Des cordes à linge, des sacs plastiques ou des filets de pêche, les obstacles sont nombreux pour les volatiles. Le Covid a aussi des conséquences sur ces espèces puisque près d’un quart des photographies montrent des animaux bloqués par des masques jetables. Ces protections sont conçues avec un alliage de différents polymères formant une matière plastique. La toute première image recensée d’un oiseau piégé dans un masque avait été prise au Canada, en avril 2020. Depuis, la situation n’a fait qu’empirer et ce genre de photos se sont multipliées.

Des effets catastrophiques pour les oiseaux

Le projet est dirigé par un chercheur britannique, le docteur Alex Bond qui explique que « fondamentalement, si un oiseau construit un nid en utilisant de longs matériaux fibreux comme des algues, des branches ou des roseaux, il y a de fortes chances qu’il ait des débris humains dans son nid quelque part. » Depuis quatre ans, le scientifique essaye d’alerter sur le péril que représente la pollution plastique pour les oiseaux. Au sens large, l’objectif est de mettre en lumière les effets dévastateurs de la pollution et des nombreux déchets générés par les hommes sur l’écosystème.

Article complet sur GEO.fr

L’Anthropocène : la nouvelle ère géologique engendrée par l’Homme

climat-humains-nature

Les activités humaines ont-elles perturbé l’écosystème Terre au point que nous aurions ouvert une nouvelle ère géologique ? Baptisée Anthropocène, cette période « artificielle » de l’histoire de la Terre suscite de plus en plus l’intérêt de la communauté scientifique, au point qu’elle pourrait même servir à déceler les éventuelles traces d’une hypothétique civilisation disparue il y a des millions d’années… Sur Terre : « l’hypothèse du Silurien ».

L’impact sans précédent de l’humanité sur la Terre depuis le début de l’ère industrielle est si monumental que des chercheurs dans de nombreux domaines liés à l’histoire, à la biologie, la climatologie, aux sciences de la Terre…, cherchent à créer une nouvelle définition précise de cette ère moderne, qu’ils appellent l’Anthropocène.

Il y a 10 000 ans déjà (au début de l’agriculture), près des trois quarts des surfaces terrestres étaient transformées par les activités humaines, sans toutefois compromettre la biodiversité comme le montre une étude de l’Université du Queensland (Australie). Ce qui confirme encore la bonne gestion environnementale des communautés autochtones et traditionnelles comme les indigènes d’Australie qui ont réussi à vivre tout en préservant leur environnement pendant plus de 50 000 ans !
Mais, en seulement quelques générations, l’Homme a profondément transformé et souillé son support de vie pour développer nos civilisations « modernes ». « La destruction de l’environnement moderne est le résultat de l’appropriation, de la colonisation et de l’utilisation croissante des paysages agricoles durables, façonnés depuis longtemps et entretenus par les sociétés antérieures« , a précisé le professeur James E. M. Watson, auteur dans cette étude.

La pression insoutenable des activités humaines pour produire de la « richesse » – à tout prix – a rompu les grands équilibres naturels de la Terre au point que notre passage, même bref, laissera sans doute une empreinte dans l’histoire géologique de notre planète.

L’Anthropocène serait donc une nouvelle période dans l’ère géologique quaternaire (Cénézoïque qui a débuté il y a 66 millions d’années) et succéderait à l’Holocène daté de seulement – 11 700 ans. Rappelons que l’Holocène est une période interglaciaire qui a été particulièrement propice à l’expansion des civilisations humaines.

Le terme « anthropocène » fut proposé en 2000 par Paul J. Crutzen, prix Nobel en 1995 pour ses travaux sur la chimie de l’atmosphère et ses recherches sur l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique (le fameux « trou »), et par Eugene F. Stoermer dans une publication (p. 17) de l’International Geosphere-Biosphere Programme. Mais le concept lui-même, l’idée que l’activité humaine affecte la Terre au point tel qu’elle puisse traverser un nouvel âge, n’est pas nouveau et remonte à la fin du XIXème siècle. Différents termes furent ainsi proposés au cours des décennies, comme Anthropozoïque (Stoppani, 1873), Noosphère (de Chardin, 1922 ; Vernadsky, 1936), Érémozoïque (Wilson, 1992), Anthrocène (Revkin, 1992), etc. Il semble que le succès du terme choisit par Crutzen et Stoermer soit dû à la chance d’avoir été formulé au moment opportun, alors que l’Humanité prenait plus que jamais conscience de la profondeur des impacts qu’elle cause aux milieux planétaires. — Il est à noter qu’Edward O. Wilson (qui suggéra Érémozoïque, l’âge de la solitude ou « la vie seule ») popularisa les termes « biodiversité » et « biophilie ». Techniquement, l’Anthropocène est la période la plus récente du Quaternaire, succédant à l’Holocène (Globaia).

Article complet sur ma-planète / 26 juillet