Des insecticides interdits saisis lors d’une enquête sur la mort d’un aigle de Bonelli

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L’enquête sur la mort d’un aigle de Bonelli retrouvé empoisonné près de Marseille a conduit à la saisie d’insecticides interdits à la vente, les mêmes qui pourraient avoir été fatals à ce rapace menacé d’extinction, a annoncé vendredi l’Office français de la biodiversité.

Cette enquête au long cours, entamée début 2021 avec la découverte de la dépouille de cet aigle sur la commune de Saint-Chamas, au bord de l’étang de Berre, a donc débouché plus d’un an après, le 3 mai, avec la saisie d’un stock d’un produit insecticide interdit à la commercialisation depuis plus de 10 ans en raison de sa dangerosité.

Ces produits, « dissimulés« , ont été découverts avec du matériel servant à injecter du poison dans des appâts, après une perquisition au domicile et sur le lieu de travail d’un homme travaillant sur le site où avait été découvert le rapace.

Ces investigations, menées par les inspecteurs de l’environnement de l’OFB, ont été exécutées dans le cadre d’une enquête judiciaire ouverte par le parquet d’Aix-en-Provence pour destruction d’espèce protégée.

Toute la chaîne alimentaire peut être empoisonnée

L’aigle de Bonelli, emblème de la région méditerranéenne, est en effet l’une des quatre espèces d’aigles nicheurs en France, et la plus menacée, avec seulement 42 couples recensés en 2021, précise le communiqué de l’OFB.

Ce rapace est inscrit en France sur la liste rouge des espèces menacées, dans la catégorie « en danger », insiste l’Office, en soulignant que l’empoisonnement d’un animal appartenant à une espèce protégée est puni de trois ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende.

Proche de sa conclusion, l’enquête de l’Office français de la biodiversité va ensuite être transmise au parquet, qui décidera des éventuelles suites judiciaires.

Longtemps utilisé pour lutter contre la faune sauvage, le poison a par exemple été responsable de l’éradication de la population de loups en France en 1930, rappelle l’OFB dans son communiqué.

« Aujourd’hui encore on retrouve chaque année de nombreux animaux ayant succombé à un empoisonnement« , un phénomène lourd de conséquences, souligne l’Office, « car c’est toute la chaîne alimentaire qui peut être empoisonnée« , jusqu’à des espèces nécrophages comme les vautours ou à des prédateurs comme les aigles.

Source GEO

Sans prédateurs, les caméléons de Jackson se la pètent

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Une étude scientifique sur une espèce africaine introduite à Hawaï montre que la quasi-absence de prédation a permis aux réptiles une expression plus franche de leurs couleurs en comparaison de leurs congénères kenyans.

Le caméléon est associé dans nos esprits au camouflage : avec sa capacité incroyable à changer de couleur en un clin d’œil, il peut se fondre dans le décor en devenant vert comme les feuilles ou marron comme une branche. Mais en réalité, le besoin de se camoufler est assez secondaire. Les caméléons changent surtout de couleur selon leur humeur et les messages qu’ils veulent faire passer à leurs congénères, en arborant des robes les plus éclatantes possible quand il s’agit de se montrer impressionnant. Des chercheurs australiens ont même montré que les reptiles sont d’autant plus extravagants à l’abri du danger : ils affichent des couleurs plus vives en l’absence de prédateurs.

Les biologistes ont choisi d’étudier les caméléons de Jackson, car on en trouve sur deux territoires bien distincts. Une partie de cette espèce vit toujours dans les forêts d’altitude au Kenya et en Tanzanie, d’où elle est originaire, tandis qu’un autre groupe a été introduit sur l’île d’Oahu, à Hawaï, en 1972. Arrivés par bateau pour être vendus à des amateurs de reptiles, ces beaux caméléons verts à trois cornes se sont dispersés sur l’île et se sont rapidement reproduits. «Sur Oahu, il y a peu de prédateurs potentiels de caméléons», expliquent les chercheurs dans leur étude, parue ce mercredi dans Science Advances. «Il n’y a pas de serpents ni de rapaces mangeurs de lézards», et très peu d’autres oiseaux susceptibles de s’intéresser à ces bêtes de 30 centimètres de long, «tandis qu’au Kenya ils sont chassés par un ensemble d’oiseaux, de serpents et occasionnellement de mammifères». Dans ce paradis pour caméléons qu’est Oahu, la quasi-absence de prédation a-t-elle permis une expression plus franche de leurs couleurs ? C’était l’hypothèse que voulaient tester les chercheurs australiens, et ils n’ont pas lésiné sur les moyens pour le vérifier de façon scientifique.

Des chercheurs australiens ont mis en scène l’affrontement de deux caméléons de Jackson mâles. A gauche, le mâle dominant en couleurs vives d’apparat. A droite, le mâle perdant en couleurs ternes de subordonné. (Photo Martin J. Whiting, Macquarie University)

Ils se sont rendus à Hawaï et au Kenya pendant la saison de reproduction des caméléons, en 2006, et ont cueilli quelques individus dans les forêts tropicales avec des perches de six mètres de long. Ils leur ont installé un petit laboratoire de branches et de feuillages ressemblant à leur environnement naturel, et les ont placés en situation avant de mesurer la réflectance de leur peau (la quantité de lumière réfléchie) avec un spectrophotomètre et une source de lumière toujours identique. La réflectance de leurs couleurs a été mesurée en plusieurs endroits de leur corps : à la base de la queue, au milieu du flanc, en haut du flanc et dans leur cou.

La couleur reflète l’issue de l’interaction sociale

Place au spectacle ! Pour la première mise en scène, les chercheurs ont posé sur les branches deux mâles, face à face. Ils n’ont pas tardé à endosser leurs couleurs d’apparat pour se provoquer : un éclatant vert pomme, tirant sur le jaune vif au milieu du flanc et dans le cou. Les mâles s’affrontent, entremêlant leurs cornes comme de jeunes cerfs fougueux, et à mesure que s’établit le rapport de domination, le caméléon le plus faible change de couleur. Il délaisse les teintes vives et passe progressivement aux couleurs du subordonné, d’abord un vert plus sombre puis une robe marron terne. Les mesures de réflectance sont sans appel : quelle que soit la zone du corps, les couleurs des caméléons hawaïens sont plus vives (elles reflètent plus de lumière) que celles des caméléons kenyans.

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Une autre mise en scène impliquait un mâle et une femelle pour un exercice de séduction. Là aussi, l’issue de l’interaction sociale s’affiche sur la peau des reptiles, puisque la femelle devient vert foncé lorsqu’elle choisit de rejeter son prétendant, et là aussi, les couleurs étaient plus vives chez les caméléons d’Oahu. Deux autres tests des chercheurs australiens simulaient la rencontre d’un caméléon et d’un prédateur : ils ont agité au-dessus du reptile un serpent et un rapace factices (mais hyperréalistes) et l’ont vu enfiler sa tenue de camouflage avec des motifs contrastés imitant le feuillage. Là encore, les caméléons africains étaient plus discrets que leurs copains des îles.

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Contraste de luminosité (en ordonnée) entre les caméléons de Jackson et leur environnement, selon qu’ils viennent d’Hawaï ou du Kenya (en abscisse). Le tableau à gauche montre les mesures des interactions sociales (affrontement et séduction) tandis que celui de droite montre les rencontres avec un prédateur. (Whiting et al, Science advances, 2022)

Contraste et luminosité

La réflectance de la peau est une information intéressante, mais pas suffisante en elle-même, car qui nous dit que la végétation d’Oahu n’est pas elle aussi plus claire que celle des forêts africaines ? Dans ce cas, les caméléons îliens ne paraissent pas plus flashy quand ils sont dans leur environnement naturel, et la démonstration est ratée. Il faut donc aussi prendre en compte l’aspect de leurs forêts respectives, et mesurer le contraste de couleur et de luminosité entre les caméléons et les feuilles en arrière-plan. Mieux encore, les chercheurs ont simulé le système visuel des serpents et des oiseaux pour calculer le contraste vu par leurs yeux, différents des nôtres. Les résultats sont restés nets : le contraste entre le caméléon et le fond feuillu est plus prononcé chez les Hawaïens que chez les Africains.

Les biologistes ont donc pu conclure que les caméléons hawaïens se montrent à la fois plus voyants quand ils sont entre eux, en situation sociale d’affrontement et de séduction, et moins «cryptiques» (camouflés) face à des prédateurs. Après cinquante ans passés sur l’île d’Oahu, libérés de la crainte d’être chassés, les caméléons de Jackson se sont adaptés et ont délaissé la discrétion pour concentrer leurs efforts chromatiques sur les activités les plus importantes de leur vie : se bagarrer et draguer.

photo : Une partie des caméléons de Jackson vit dans les forêts d’altitude au Kenya et en Tanzanie, d’où elle est originaire, tandis qu’un autre groupe a été introduit à Hawaï en 1972. (Matthijs Kuijpers/Biosphoto)

Libération/Camille Gévaudan/11 mai

Les lichens, fascinante forme de vie entre algues et champignons

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Ce reportage s’inscrit dans notre série La balade du naturaliste : une randonnée à la découverte d’une espèce ou d’un milieu exceptionnel, en compagnie d’une ou d’un passionné.

 

Il pousse autant sur les écorces des arbres que sur les vieilles pierres ou les trottoirs. Balade naturaliste en Seine-et-Marne à la découverte du lichen, un excellent indicateur de la qualité de l’air et des changements environnementaux.

Parc des Rochers Gréau, Saint-Pierre-lès-Nemours (Seine-et-Marne)

De la gare, on y arrive en quelques minutes. La route bétonnée laisse place à un sentier de sable bordé d’une végétation dense et de rochers de grès. Un paysage qui rappelle que la forêt de Fontainebleau est toute proche. Le parc des Rochers Gréau, îlot de nature préservée au cœur de la ville, abrite 137 espèces de lichens (sur plus de 2 600 connues en France). Pourtant, c’est à peine si on les remarque. À première vue, on ne voit que des taches insignifiantes qui donnent aux rochers et aux arbres une teinte blafarde. Mais quand on s’approche, les lichens dévoilent une riche palette de formes et de couleurs. Avec Gabriel Carlier, de l’Association française de lichénologie, on scrute des lichens aux airs de feuilles mortes, dont la couleur gris-marron se fond dans celle de la pierre. « C’est un lichen foliacé. Regardez en dessous. Il est recouvert de petits poils qui lui permettent de se fixer à la roche. Mais il se détache très facilement », dit-il en le soulevant.

Gabriel_carlierGabriel Carlier, de l’Association française de lichénologie, est fasciné par les lichens depuis l’enfance. © Mathieu Génon/Reporterre

Quelques pas plus loin, des tâches blanches incrustées dans un rocher attirent son attention : « Celui-ci forme une croûte qui adhère à son support, c’est un lichen crustacé. Grattez avec votre doigt et goûtez… C’est amer. Il s’agit de Lepra amara, qu’on reconnaît au goût. » Le naturaliste rappelle que les lichens ne font pas partie du monde végétal mais du règne fongique : « Ils sont le résultat d’une symbiose entre une algue et un champignon. Chacun y trouve son compte. L’algue produit des sucres et des vitamines par photosynthèse, tandis que le champignon fournit de l’eau, des sels minéraux, et abrite l’algue à l’intérieur d’un thalle — le corps du lichen. Ces deux partenaires cohabitent avec des microchampignons, des bactéries et des virus. On peut voir ça comme un HLM avec des gens qui vivent dedans. »

La fascination de Gabriel Carlier pour les lichens remonte à son enfance, « à une époque où les enfants passaient leur temps à jouer dans la nature ». Son premier herbier, il l’a réalisé au collège. Plus tard, il a été responsable des collections de géologie au Muséum d’histoire naturelle. Il est aujourd’hui retraité et anime des sorties pour l’Association des naturalistes de la Vallée du Loing. Alors qu’il nous invite à affûter notre regard, on voit que les lichens sont partout. Là, sur un rocher, ils s’entremêlent et dessinent des mosaïques teintées de vert et de jaune orangé. Ailleurs, d’autres se confondent avec le tapis végétal et,avec leurs formes de buissons miniatures, créent des micropaysages. Les lichens colonisent tous les milieux, même ceux où les plantes ne s’aventurent pas. « En mer, dans les zones de battement des marées, ils poussent sur les algues, les huîtres, les coquillages. On les retrouve jusqu’aux glaciers, c’est le premier monde vivant qui apparaît avant les neiges éternelles », dit Gabriel Carlier. En tant qu’espèce pionnière, le lichen sert d’habitat à des micro-organismes qui s’en nourrissent, ce qui permet l’installation d’autres êtres vivants — bactéries, champignons, mousses, microfaune… C’est l’un des premiers maillons de la chaîne alimentaire.

Sous nos pieds, au milieu d’un tapis de mousse, se nichent de délicates boules buissonnantes teintées de vert pâle. On s’accroupit, les yeux rivés sur le sol, pour les voir de plus près. « Cladonia ciliata. Il abonde dans la toundra et les rennes s’en nourrissent, dit Gabriel Carlier. Comme il pousse très lentement, les éleveurs nomades se déplacent pour trouver de nouvelles pâtures. Après l’accident de Tchernobyl, ces lichens ont été chargés de particules radioactives. Ils ont contaminé des troupeaux entiers de rennes. » Car ce qui fait la force du lichen, c’est sa capacité à tout stocker. Dépourvu de racines, il baigne dans l’atmosphère, y récupère l’eau et les nutriments… et accumule les particules polluantes, du césium 137 de Tchernobyl au nickel des gaz d’échappement. C’est au XIXe siècle qu’a été observée pour la première fois l’extrême sensibilité du lichen à son environnement, raconte Gabriel Carlier.

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« Le botaniste William Nylander, qui recensait la flore lichénique du Jardin du Luxembourg, comptait une trentaine d’espèces en 1866. Trente ans plus tard, toutes avaient disparu. Le développement de l’industrie et l’utilisation du charbon, dégageant du dioxyde de soufre, avaient été fatals aux lichens. Ce n’est qu’un siècle plus tard qu’ils ont commencé à revenir en ville, grâce à l’amélioration de la qualité de l’air. » Dans ses notes, Nylander écrivait que « les lichens donnent, à leur manière, une mesure de la salubrité de l’air ». Une faible diversité de lichens reflète donc un air impur, même si quelques espèces dites nitrophiles se plaisent dans la pollution azotée. Dans les années 1970, les lichens jaunes qui ont vite recouvert la basilique Notre-Dame de l’Épine, dans la Marne, révélaient ainsi des épandages d’engrais.

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Au parc des Rochers Gréau, la belle diversité de lichens rassure quant à la qualité de l’air. « Sur cet arbre à écorce lisse, on voit que les associations de lichens ne sont pas les mêmes selon la face, ensoleillée, à l’ombre, ou exposée à la pluie », précise Gabriel Carlier. Il nous montre Graphis Scripta qui prospère à l’ombre, formant une croûte blanche avec des traits noirs comme si on y avait gravé des hiéroglyphes. Plus loin, notre œil est attiré par un vieux tronc où se dressent de petites tiges ornées de points rouges : « Cladonia macilenta, un lichen qu’on retrouve sur les souches d’arbres pourrissants. » En prenant de l’altitude, le chemin ombragé laisse place à un paysage de lande sèche, avec ses pins et ses arbrisseaux dominés par la callune (fausse bruyère). Les lichens qui aiment le soleil s’y épanouissent. « On voit une association de lichens caractéristique sur ce rocher plat, qui est bien exposé. Dans ce creux, il n’y a pas de lichen à cause de l’eau de pluie qui y stagne longtemps », constate Gabriel Carlier, avant de nous montrer du doigt des tâches jaune-orange. « La présence de ce lichen nous dit que des oiseaux sont passés par là. On le dit ornithocoprophile car il récupère les nitrates des déjections d’oiseaux. » Le lichen nous apprend bien des choses sur l’environnement, selon le naturaliste : « Le lichen peut servir à mesurer la hauteur d’une crue, car la crue et l’érosion le font disparaître. En milieu montagneux, Rhizocarpon geographicum permet de mesurer le retrait des glaciers. Sa taille indique depuis combien de temps la glace a reculé, mettant à nu des rochers. Depuis qu’il existe des appareils plus modernes, ces techniques sont moins utilisées mais elles ont l’avantage de ne rien coûter, car le lichen est gratuit et pousse partout. »

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C’est à partir des années 1970 que le rôle des lichens comme bioindicateurs pour la surveillance environnementale a été mis en évidence. En observant différentes variétés de lichens, les chercheurs ont établi des cartes précises de la pollution de l’air. Aujourd’hui, le lichen est également révélateur du changement climatique qui modifie ses aires de répartition, étant donné qu’il est très sensible aux variations de température et d’humidité. Peu de laboratoires s’y intéressent, toutefois, faute de soutien financier. « Il y a un savoir qui se perd », déplore Gabriel Carlier. Discrets, presque invisibles, les lichens font partie d’une diversité délaissée.

Jour du dépassement de la France : le 5 mai 2022, l’Hexagone entre en « déficit écologique »

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Le 29 juillet 2021, l’humanité avait épuisé autant de ressources que la Terre pouvait en produire sur l’année. Mais si le monde entier avait vécu comme les Français, le « déficit écologique » l’aurait frappé plus tôt. Et cette avance se produit une nouvelle fois en 2022 : ce 5 mai marque le jour du dépassement de notre pays. « C’est la date de l’année à partir de laquelle l’humanité, si elle consommait comme les Français, aura émis plus de gaz à effet de serre, pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres, bétonné et cultivé plus de terres que ce que les écosystèmes marins et terrestres du monde entier sont en mesure de fournir au cours d’une année« , déplore le WWF.

2,9 Terres nécessaires si tout le monde vivait comme les Français

Chaque année, le groupe de réflexion Global Footprint Network détermine la date à laquelle l’humanité a épuisé toutes les ressources naturelles que la Terre peut produire au cours d’une année entière. Il réalise aussi un travail de projection plus ciblé sur plusieurs pays. « Du 1er janvier au 5 mai, la population française a consommé en moyenne autant de ressources naturelles que ce que la Terre peut régénérer en une année, par personne. Ces données proviennent des comptes nationaux d’empreinte et de biocapacité (National Footprint and Biocapacity Accounts) publiés par la Footprint Data Foundation, l’Université de York et Global Footprint Network« , explique le groupe dans un communiqué. Autrement dit, si l’humanité vivait comme la population française, il lui faudrait 2,9 Terres pour subvenir à ses besoins annuels colossaux. Et les Français épuisent les ressources équivalentes à 1,9 France.

Un travail de prévision et non pas un résultat définitif

Global Footprint Network s’est basé sur les derniers chiffres disponibles des comptes nationaux d’empreinte et de biocapacité du pays. « Pour l’édition 2022, la dernière année de données, basée sur les ensembles de données de l’ONU, est 2018, explique le groupe de réflexion. Pour estimer les chiffres plus récents de la biocapacité et de l’empreinte, des données supplémentaires sont nécessaires, si possible à partir de statistiques nationales officielles ou d’autres sources fiables telles que des données évaluées par des pairs« .

Une extrapolation est ensuite nécessaire, réalisée en France en collaboration avec la branche nationale du WWF. En résulte ensuite des estimations qui relèvent davantage d’un travail de prévision que de résultats officiels. Ceux pour l’année 2022 seront en réalité probablement publiés dans l’édition 2026 des comptes nationaux d’empreinte et de biocapacité. Et ils pourraient être différents des estimations dévoilées ce 5 mai, mais l’exercice permet néanmoins de souligner un véritable épuisement des ressources.

Aujourd’hui, fin de l’autonomie halieutique de la France

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Si les Français n’achetaient que du poisson produit localement, les rayons des supermarchés seraient désormais vides. Selon l’Aquaculture Stewardship Council (ASC) — une ONG qui œuvre pour un élevage aquacole plus durable — le lundi 2 mai 2022 marque en effet « le jour de la dépendance au poisson issu de l’importation » : malgré un immense espace maritime, « la France dépend à 66 % de l’importation pour ses produits de la mer », précise l’ONG dans un communiqué. Transposé sur une année, cela signifie qu’au-delà du 2 mai, tous les poissons consommés en France sont pêchés ou élevés à l’étranger.

Une date qui recule d’année en année, puisqu’en 2012, ce « jour de la dépendance au poisson » arrivait le 21 mai. Chaque Français consomme en moyenne 33,5 kg de poissons et crustacés par an ; en tête de nos mets favoris, le saumon, le thon et la crevette… des animaux que l’on ne trouve pas — ou peu — le long de nos côtes, et que l’on n’élève pas non plus ici. Ainsi, « chaque année, la France importe 182 000 tonnes de saumons, 140 000 tonnes de thons et 114 000 tonnes de crevettes », indique l’ASC. L’Union européenne fait venir plus de la moitié des poissons qu’elle consomme d’Asie, d’Afrique et d’autres pays du Sud, mettant en péril l’économie de nombreuses communautés locales, dépendantes de la pêche pour leur survie

Afin de réduire cette dépendance alimentaire sans accentuer la surpêche, l’ONG promeut une aquaculture « plus respectueuse de l’environnement et des droits humains ». Rejets de phosphore et d’azote, farine animale pour nourrir les poissons : l’élevage aquacole pose en effet de nombreux problèmes écologiques

L’internet des animaux, une révolution gelée par la guerre en Ukraine

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Ambitieux, ce projet pourrait permettre de prévenir des catastrophes naturelles, des pandémies, mais aider aussi à protéger la biodiversité.

ANIMAUX – Technologie et nature font parfois bon ménage. Si généralement ces deux termes sont opposés, un nouveau projet intitulé ICARUS tente de démontrer le contraire. L’objectif? Créer un immense réseau de bio-localisation réunissant pas moins de 100.000 animaux équipés de balises afin de pouvoir suivre l’évolution du climat et des écosystèmes.

Débutée en septembre 2020, l’étude est expliquée dans l’édition d’avril de la revue Trends in Ecology & Evolution. Tout a commencé avec un merle. L’oiseau est en effet le premier animal à avoir été doté d’un nouveau type de balises dites ICARUS (acronyme de International Cooperation for Animal Research Using Space). Ces dernières transmettent leurs données à une antenne placée sur la Station spatiale internationale (ISS).

Beaucoup plus proche de la terre (environ 400 km), la balise a donc besoin de moins de puissance et d’une batterie moins grosse que si elle émettait vers un satellite. Les balises ICARUS sont alors plus petites, plus légères. Il est donc plus aisé de les placer sur des animaux plus petits, généralement des oiseaux migrateurs.

Grâce à cela, les chercheurs comptent créer un véritable “internet des animaux”, dont les applications seront multiples. Ils espèrent ainsi pouvoir prévenir de certaines catastrophes naturelles comme des tempêtes et ouragans, mais aussi protéger la biodiversité en luttant contre la déforestation illégale, le braconnage etc.

Bien évidemment, ces capteurs peuvent causer de l’inconfort à l’animal. Néanmoins “chaque balise est faite pour qu’elle soit la plus discrète possible”, explique au HuffPost Romain Lorrillière, chercheur au CESCO. Ce dernier travaille lui aussi avec des modèles ICARUS dans le cadre d’un programme français similaire, le projet Kivi Kuaka

La guerre en Ukraine complique les choses

La guerre en Ukraine a entraîné un coup d’arrêt des recherches utilisant les balises ICARUS, comme le projet éponyme dirigé par le Centre pour la biodiversité de l’Université de Yale aux États-Unis et l’Institut Max Planck du comportement animal en Allemagne.

En effet, les balises émettent vers une antenne installée sur la partie russe de l’ISS (pour des raisons techniques). Or, avec le conflit actuel, tout partenariat avec l’agence russe chargée de récupérer les données a été stoppé. L’internet des animaux n’est cependant pas un mort-né, comme l’explique Romain Lorrillière: Le projet “n’est pas arrêté dans sa philosophie, mais il est au point mort”. 

S’il n’y a pas de solutions à court terme, la donne est différente à moyen terme. Le chercheur explique en effet que d’ici “fin 2024, des scientifiques (et ceux du projet ICARUS sont impliqués) travaillent à développer une série de satellites à basse altitude. Cela pourrait permettre de remplacer l’antenne positionnée sur l’ISS, tout en perfectionnant ce système.

Des animaux sentinelles

Une fois l’animal équipé, la balise transmet tout une multitude de données (notamment GPS) qui sont librement accessibles en ligne sur une plateforme appelée Movebank. Actuellement, des capteurs sont déployés sur 91 sites, tous continents confondus comme le montre le tweet ci-dessous:

Selon Romain Lorrillière, “si on doit y voir un objectif final, c’est l’amélioration des systèmes d’alerte précoce”. Les animaux sont en effet des alliés de choix dans la collecte d’informations dans des zones reculées, pouvant permettre par exemple de solidifier les modèles de prévision météo. 

Prévenir des catastrophes

L’internet des animaux serait donc un outil d’aide météorologique, permettant de repérer plus efficacement des catastrophes naturelles à venir. Cela semble particulièrement utile, alors qu’un nouveau rapport de l’ONU explique que le monde pourrait bientôt connaître plus d’une catastrophe par jour.

Un exemple de cette contribution: les thons. Animaux en proie à une pêche lourde faisant craindre pour leur survie, ces derniers pourraient s’avérer être des alliés précieux pour estimer les origines d’ouragans. En effet, comme l’explique Romain Lorrillière “le suivi des thons a montré qu’ils vont chercher les eaux chaudes très poissonneuses) et qui sont à l’essence d’ouragans”. 

L’internet des animaux serait donc utile pour nous autres humains, mais évidemment aussi pour la biodiversité. Une étude publiée dans Nature explique par exemple que ce système pourrait permettre de prédire la présence de braconniers dans la savane africaine avec environ 86% de précision.

Une application équivalente existe en mer. Pour repérer les bateaux de pêche illégaux (qui naviguent sous les radars), une étude composée notamment de chercheurs français a utilisé des albatros comme sentinelles. Ces différents travaux sont expliqués plus en détail dans la vidéo ci-dessous du biologiste et vulgarisateur Léo Grasset: 

ne révolution?

Auparavant, les scientifiques acquéraient des connaissances plus difficilement, en accompagnant les animaux sur le terrain. Mais l’internet des animaux ne veut pas dire que tout deviendra informatisé, avec des chercheurs regardant des points sur un écran et ingurgitant des données satellitaires. Car il faudra toujours aller poser les balises, et se rendre compte de la réalité du terrain. 

Ainsi, Martin Wikelski, ornithologue à l’université de Washington affirme pour le NewYork Times que “cet éloignement physique (…) masque la connexion plus profonde que permet le suivi de la faune”. L’optimisme est donc de mise, alors que les balises ICARUS marquent pour les scientifiques un réel tournant dans l’analyse des écosystèmes et de la biodiversité.

Toujours dans le NewYork Times, Walter Jetz affirme que cela marque “une nouvelle ère de découvertes”, ajoutant que “nous allons découvrir de nouvelles voies de migration, de nouveaux besoins en matière d’habitat, des choses sur le comportement des espèces auxquelles nous n’avions même pas pensé”.

 

Un reptile sur cinq est menacé d’extinction

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L’étude publiée est une évaluation globale du risque d’extinction des reptiles, réalisée sur « plus de 15 ans » et co-signée par une cinquantaine d’auteurs, épaulés dans la collecte d’informations par des centaines de scientifiques répartis sur six continents.

Un reptile sur cinq dans le monde est menacé d’extinction, révèle le 27 avril 2022 une étude publiée dans la revue Nature, portant sur plus de 10.000 espèces existantes de tortues, crocodiles, lézards ou serpents. Cette même étude fait ressortir que les efforts de protection visant d’autres animaux « à poils ou à plumes » bénéficient aussi aux reptiles et ces derniers « méritent la même attention« , souligne Bruce Young, zoologiste en chef pour l’ONG NatureServe et co-auteur de l’article paru dans Nature. « Ce sont des créatures fascinantes qui jouent un rôle indispensable dans les écosystèmes de la planète« , prédateurs d’espèces nuisibles ou proies pour des oiseaux et autres animaux, insiste son collègue Sean O’Brien, président de NatureServe, cité dans un communiqué.

Une étude menée sur six continents

L’étude publiée est une évaluation globale du risque d’extinction des reptiles, réalisée sur « plus de 15 ans » et co-signée par une cinquantaine d’auteurs, épaulés dans la collecte d’informations par des centaines de scientifiques répartis sur six continents, ont expliqué trois des rédacteurs lors d’une conférence de presse. Les espèces « menacées » sont classées dans trois catégories : « vulnérable », « en danger » ou « en danger critique » selon la classification de la liste rouge de l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’une des principales ONG dans ce domaine.

L’étude montre que les reptiles sont proportionnellement moins menacés au niveau mondial que les mammifères ou les amphibiens mais davantage que les oiseaux. Certaines régions sont plus exposées : le sud-est de l’Asie, l’Afrique de l’Ouest, le nord de Madagascar, le nord des Andes, les Caraïbes. Et les reptiles vivant dans les forêts sont les plus menacés : 30% d’entre eux, contre 14% de ceux qui vivent en milieu aride.

« La perte de l’habitat (…) continue d’être la principale menace« , souligne Neil Cox, de l’UICN. Parmi toutes les espèces étudiées, les tortues et les crocodiles sont encore plus particulièrement concernés, victimes de surexploitation et de persécution. Source de nourriture et victimes des croyances liées à leurs vertus médicinales, elles sont aussi capturées pour devenir des animaux domestiques pour les premières. Mais aussi chassés pour leur dangerosité pour les seconds. Autre exemple : le cobra royal, animal iconique, qui était répandu en Inde et dans le sud-est de l’Asie. « On soupçonnait qu’il était en déclin, il est maintenant classé comme vulnérable« , note Neil Cox. Il est pénalisé par la disparition de la forêt dans laquelle il vit, à cause de l’exploitation des forêts ou de leur conversion en terres agricoles.

5 millions d’abeilles tuées, un pesticide soupçonné: le prosulfocarbe

C’est une intoxication au pesticide courante, qui décime des colonies entières d’abeilles. Dans l’Yonne, un apiculteur a recensé la mort de 5 millions de ses butineuses. Il est l’un des rares éleveurs à combattre publiquement cet herbicide.

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Sens (Yonne), reportage

En cette saison printanière, la clairière devrait résonner du bourdonnement des butineuses. Mais les ruches, alignées entre les herbes folles, paraissent étrangement calmes. Mathias Picasse balaie la scène d’un regard triste : « Bienvenue au cimetière », annonce-t-il. D’un geste sûr, il ouvre une des dizaines de ruches entreposées chez lui à Sens (Yonne), soulève les cadres encore suintants de miel. Dessous, un tapis d’abeilles mortes. En octobre dernier, 167 de ses 170 colonies ont été décimées. Soit 5 millions d’insectes pollinisateurs. « C’est comme si j’avais perdu 167 enfants », souffle-t-il.

Barbe parfaitement taillée et carrure de sportif, le jeune informaticien a été piqué par le virus de l’apiculture il y a cinq ans. « Lors d’une soirée, un copain m’a montré une ruche, ça m’a plu, dit-il. Je cherchais un truc pour donner du sens à ma vie, ça a été l’abeille. » L’abeille noire plus précisément, cette race rustique et locale, menacée de disparition. Il s’est passionné pour ces hyménoptères, a appris à communiquer avec elles « en “écoutant” leurs bourdonnements, doux ou agressifs, quand on ouvre une ruche ».

En parallèle de son job, il s’est formé sur le tas, passant tous ses week-ends au chevet de ses amies rayées. Peu à peu, il a multiplié les essaims, planté des arbres et des fleurs mellifères. « Mon but n’était pas de produire du miel, mais d’élever des reines et de constituer des essaims à vendre à d’autres apiculteurs », précise-t-il. L’affaire devenait florissante. Jusqu’à ce matin de décembre 2021.

« Je n’étais pas venu depuis deux mois, car je laisse les ruches tranquilles à l’approche de l’hiver, explique le trentenaire. J’y suis allé pour un traitement anti-varroa [1]. J’ai ouvert une, puis deux, puis trois ruches… Elles étaient toutes mortes. » Sur ses trois ruchers, répartis dans un rayon de 1 kilomètre, les abeilles gisaient langue sortie, certaines en état de décomposition avancé ; aucune trace en revanche du redoutable acarien, le varroa« Pour moi, cela signifiait deux choses : elles avaient été empoisonnées, et cela s’était produit depuis plusieurs semaines déjà. »

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Un herbicide soupçonné

Le 14 janvier 2022, un vétérinaire a confirmé l’hypothèse d’une intoxication [2] au début de l’automne, et envoyé 1 kilo d’insectes au laboratoire. Les résultats sont tombés plus d’un mois et demi plus tard : les abeilles contenaient du prosulfocarbe, une substance herbicide… mais à des doses faibles, de l’ordre de 0,049 mg/kg. « Pour conclure à une intoxication au prosulfocarbe, il aurait fallu en trouver 0,080 mg/kg, précise Mathias Picasse. Ils n’ont donc rien pu affirmer. » Dans un courriel laconique que Reporterre a pu consulter, le vétérinaire en charge du dossier l’achevait par ces mots : « Il n’est pas possible de tirer des conclusions dans ces conditions. »

Mais pour Frank Alétru, président du Syndicat national de l’apiculture (SNA), l’affaire est entendue : « Si du prosulfocarde a été retrouvé sur les abeilles, c’est qu’elles ont été en contact avec cette matière active herbicide, dit-il à ReporterreCe n’est pas l’apiculteur qui les a arrosées avec. » D’après lui, vu le temps écoulé entre la mort présumée des pollinisateurs et les analyses — plus de quatre mois — il est normal de ne pas avoir trouvé de pesticides en plus grande quantité, et il précise : « Après un tel délai, retrouver encore des traces de la matière active prouve que les abeilles ont dû en recevoir une quantité importante. »

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Convaincu que ses insectes avaient été contaminés, Mathias Picasse a mené sa propre enquête et consolidé ses hypothèses : « C’est certainement un des agriculteurs du coin qui a fait n’importe quoi en épandant son herbicide, affirme-t-il. Comme le prosulfocarbe est un produit très volatil, il a pu se déplacer sur 1, 2 ou 3 km, et contaminer l’eau ou le lierre en fleur que les abeilles venaient alors butiner. »

Pour lever ses doutes, il a contacté la police de l’environnement et porté plainte au commissariat de son canton. Sans réponse jusqu’à aujourd’hui. « Tout le monde affirme vouloir défendre l’abeille, mais quand elle meurt, tout le monde s’en fiche, lâche-t-il amer. Si 5 millions de vaches avaient été empoisonnées, ça aurait fait les gros titres. »

Des empoisonnements « courants », « très difficiles à démontrer »

L’histoire de M. Picasse n’est pas un cas isolé. Chaque année, des dizaines d’apiculteurs perdent ainsi leurs colonies. Le dispositif officiel de surveillance des mortalités d’abeilles a recensé 147 déclarations provenant de 50 départements en 2016, et 195 provenant de 52 départements en 2015.

Des chiffres « très vraisemblablement en dessous du nombre réel de cas de mortalité », précisait le bilan du dispositif, publié en novembre 2017« Plus de la moitié des analyses toxicologiques réalisées ont montré la présence d’au moins une substance active », notait aussi le rapport. Parmi elles, des insecticides, mais également des fongicides — qui s’attaquent aux champignons — et des herbicides.

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Des chiffres partiels et « certainement sous-estimés », regrette Cyril Vidau, écotoxicologue à l’Itsap-Institut de l’abeille. Plusieurs raisons à cela : l’apiculteur ne signale pas forcément l’éventement aux services vétérinaires, ou le signale avec du retard — comme dans le cas de M. Picasse. « Les produits pesticides se dégradent, et donc quand on les retrouve, ils sont quantifiés à des doses qui ne sont pas susceptibles de provoquer la mort des individus », précise le chercheur. « Ces empoisonnements sont hélas très courants, mais très difficiles à démontrer », enchérit Henri Clément, porte-parole de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf).

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« Lorsque les abeilles sont intoxiquées, si elles ne meurent pas tout de suite, elles perdent une grande partie de leurs défenses immunitaires et très vite les agents pathogènes opportunistes [bactéries, virus] prennent le dessus et déciment la population », constate aussi Frank Alétru, du SNA. Résultat, quand le vétérinaire établit son diagnostic, « il s’arrête à ce qu’il voit… des maladies qui sont le résultat et non la cause du décès ! »

Selon le président du SNA, « l’enquête s’arrête ici 9 fois sur 10 et conclut à une pathologie, culpabilisant injustement l’apiculteur qui perd sa récolte, ses abeilles, son outil de travail et tout espoir d’indemnisation. De plus, cette conclusion arrange l’administration et l’agrochimie ». Les abeilles, le pollen et le miel en provenance des ruches de Mathias Picasse sont actuellement en cours d’analyse pour identifier d’éventuelles infections. Qui disculperaient le prosulfocarbe.

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« Il y a une forte omerta parmi la profession »

Quand bien même l’enquête conclut à une intoxication aux pesticides, l’apiculteur n’est pas pour autant sorti d’affaire. Nicolas Puech élève des abeilles en Haute-Garonne, depuis 1980. En 2018, ses 24 ruches situées près d’un champ de colza sont mortes. La cause — un épandage intempestif de fongicide — a vite été établie. Sauf que… « BASF, la multinationale qui produisait le pesticide, m’a attaqué, parce que j’avais mis en cause son produit », raconte M. Puech à Reporterre.

Après cinq ans de procédure, l’apiculteur a finalement gagné son procès. Mais à quel prix ? « Nous avons perdu 25 000 euros de frais judiciaires, mais c’est surtout humainement que ça a été dur, explique-t-il. On est venus mettre le feu à mes ruches devant chez moi, j’ai reçu des lettres de menaces anonymes, des pressions pour qu’on abandonne les poursuites. » Si c’était à refaire, « j’y réfléchirais à deux fois. Je l’ai fait pour les abeilles, qui n’ont pas de voix pour se défendre. Ce sont des animaux qu’on élève, qu’on aime… Alors quand on les retrouve au sol, en train de convulser, on ne peut pas rester sans rien faire. »

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Nicolas Puech et Mathias Picasse font ainsi partie des rares éleveurs qui sont publiquement montés au créneau contre les pesticides. « Il y a une forte omerta parmi la profession, constate M. Picasse. Quand on perd des ruches, les apiculteurs ont souvent honte, et en face on nous culpabilise, en nous disant que c’est de notre faute si les abeilles sont mortes. » Après plusieurs mois d’hésitation et de « sidération », il a décidé de briser le silence, « pour porter le débat de la protection de l’abeille au niveau national ».

« J’ai toujours envie de créer un conservatoire de l’abeille noire, mais je ne me relancerai pas tant qu’on n’aura pas établi clairement les causes et les responsabilités de ce qui m’est arrivé, soutient-il. Je ne veux pas vivre ça une deuxième fois. » Il a lancé une cagnotte participative — la perte de colonies lui a coûté près de 150 000 euros — et réfléchit à « un projet pour sensibiliser les agriculteurs et les particuliers à l’usage des produits phyto »« On a besoin des agriculteurs et ils ont besoin de nous, estime Mathias Picasse. Ils fournissent des fleurs à butiner à nos abeilles, qui, en retour, favorisent la pollinisation et augmentent donc leurs rendements. Il faut donc qu’on travaille ensemble ».

Le prosulfocarbe toujours utilisé

Le prosulfocarbe est une substance herbicide, massivement utilisée en grande culture. À l’automne, il sert notamment à désherber les champs avant la levée du blé ou de l’orge. Très efficace, il est aussi extrêmement volatil. Autrement dit, il est si léger qu’il peut rester en suspension dans l’air et se déplacer sur 1, 2 ou 3 kilomètres autour de la parcelle où il a été épandu. De nombreux agriculteurs bio ont ainsi vu leurs cultures contaminées par ce pesticide, et la Fédération nationale d’agriculture biologique a même demandé la suspension de son autorisation de mise sur le marché. En vain jusqu’à présent.

Fin 2018, l’Agence nationale de santé (Anses) a tout de même durci les conditions d’utilisation de la molécule toxique : elle doit être utilisée avec des buses anti-dérives et à plus de 500 mètres des cultures maraîchères et des vergers avant récolte. D’après l’Anses, la consommation de denrées polluées au prosulfocarbe resterait sans risque pour les humains.

Quant aux abeilles, « les études de toxicité aiguë orale et de contact indiquent une faible toxicité de la préparation », indiquait l’Anses à propos d’un herbicide de Syngenta, composé de prosulfocarbe. Selon ce document, la DL50 — soit la dose létale pour au moins 50 % du cheptel — est établie à 103,4 microgrammes par abeille en cas d’ingestion, et à 79,3 microgrammes par abeille en cas de contact.

L’emballage de vos aliments préparés devrait bientôt changer, voici pourquoi

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Pour les industriels, changer la composition de certains de leurs produits est une nécessité absolue en raison de la guerre Russie-Ukraine.

CONSOMMATION – L’arbitrage aurait déjà dû être rendu il ya une dizaine de jours. Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine continue, l’industrie agroalimentaire française fait les frais des pénuries liées à l’affrontement. L’huile de tournesol, en particulier, s’apprête à manquer pour les plats préparés qui en contiennent. Et la décision de la direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) se fait attendre. 

La Russie et l’Ukraine représentent à elle deux pas moins de 78% des exportations mondiales du précieux liquide,  lequel n’entre pas seulement dans la composition de vos vinaigrettes et mayonnaises maison, mais aussi dans d’innombrables plats préparés.

Sardines à l’huile, salades préparées, plats en sauce, mais aussi fritures, pizzas surgelées…. Il y en a forcément dans cette liste de produits qui se retrouvent régulièrement dans votre caddie. Conséquence de la pénurie, leur composition est sur le point de changer. “C’est un impératif pour nos industriels, ou alors on va parler de chômage partiel” alerte Jérôme Foucault, président de l’association des entreprises de produits alimentaires élaborés (ADEPALE), auprès du HuffPost.

“Pour 90% des produits concernés, il s’agit de remplacer l’huile de tournesol par une autre huile végétale”, poursuit le responsable. De l’huile de colza, par exemple, qui dans de nombreux cas peut se substituer à l’huile de tournesol. Mais ce changement, aussi minimal soit-il, doit être indiqué au consommateur, et c’est là que la situation se crispe. 

Informer les consommateurs, mais comment? 

La loi française impose en effet un étiquetage “loyal et précis”, qui renseigne “objectivement le consommateur”, et tout changement dans la composition d’un produit préparé doit entraîner la modification de son emballage, en particulier si de nouveaux allergènes risquent d’être ajoutés au produit. Mais pour les industriels, les délais sont bien trop courts pour que l’on puisse remplacer au pied levé les cartons de pizzas ou les étiquettes en plastique décorant les salades préparées. 

“Habituellement, les emballages sont commandés en quantité gigantesque, pour l’ensemble de l’année. Il faut, en plus, réserver son créneau six mois à l’avance” expliquait ainsi au FigaroOlivier Andrault, chargé de mission alimentation au sein de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir. C’est pourquoi certaines associations, comme Foodwatch, recommandent la pose d’autocollants en sortie d’usine, pour limiter ainsi l’investissement.

Mais pour Jérôme Foucault, c’est, là encore, impossible. “Poser un sticker à la main, c’est tout simplement titanesque”, résume le responsable, “non seulement en personnel, mais en plus il faut trouver les stickers eux-mêmes”. Et ce dernier point n’a rien d’un détail: depuis des mois, les salariés du géant finlandais UPM sont en grève, provoquant une tension sur les stocks de papier, de cartons mais également d’étiquettes sur tout le continent européen.

Le cas des OGM toujours pas réglé

La piste privilégiée par les industriels serait alors d’utiliser les jets d’encre pour écrire une petite mention “derog”(pour “dérogation”) sur les emballages concernés. À charge ensuite au consommateur final d’aller sur un site internet, mis en place spécialement, pour voir par quel ingrédient a été remplacée l’huile de tournesol. 

Une solution qui fait grincer des dents chez Foodwatch: “Ce qu’il faut, c’est une information au consommateur au moment de l’acte d’achat” proteste Camille Dorioz, ingénieur agronome en charge du dossier auprès de l’ONG. “Des stickers, des affichettes dans les rayons, oui”, mais demander au consommateur de faire l’effort de se renseigner en plus de son acte d’achat ne lui paraît pas être adapté.

Car l’affaire dépasse l’huile de colza. Dans un communiqué, l’association explique que “si les consommateurs ne souhaitent pas manger d’OGM ou d’huile de palme, ils doivent pouvoir disposer de l’information au moment de leurs achats.”

Sur ce point, l’ADEPALE se veut conciliante: “Tout ce qui a trait aux allergènes devra faire l’objet d’une inscription directement sur le paquet”, abonde Jérôme Foucault, “tout comme les produits contenant des OGM”. Une inscription au jet d’encre également? La DGCCRF se refuse encore à donner une date, mais des milliers de demandes de dérogations ont déjà été déposées en préfectures.

Californie : Ce pont géant végétalisé permettra aux animaux de traverser l’autoroute

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Un immense écopont va bientôt être construit au-dessus d’une autoroute de Californie ( Etats-Unis). Les travaux doivent débuter à Santa Monica le 22 avril prochain, rapporte The Guardian relayé par Ouest France.

Il s’agira du plus grand pont végétalisé pour animaux du monde. Haut de 64 m et large d’une cinquantaine de mètres, cet « écoduc » permettra à la faune de traverser sans danger l’autoroute US101 2×5 voies qui relie le nord et le sud de la Californie. Ainsi, les félins, serpents, cerfs, coyotes et lézards de la région pourront circuler librement et sans prendre de risque.

Un projet à 90 millions de dollars.

Ce type d’ouvrage n’est pas une nouveauté. En France, de nombreux crapauducs existent déjà pour permettre aux amphibiens de traverser en toute sécurité. Mais l’ouvrage californien, qui sera terminé en 2025, se distinguera par son revêtement entièrement végétalisé, censé favoriser le bien-être des animaux.

Le pont sera d’ailleurs exclusivement réservé aux bêtes. Des gardes devraient même être postés à proximité afin d’empêcher les promeneurs de s’y aventurer. Le coût du projetest estimé à 90 millions de dollars (environ 83 millions d’euros). 60 % du budget a été couvert par des dons privés, précise Ouest France.

Source 20 mn