Les bonnes nouvelles écolos de 2023

bébé rhinocéros

Un bébé rhinocéros de Sumatra, en voie d’extinction, a vu le jour en novembre, dans l’ouest de l’Indonésie (ici, un bébé de 2022 à Sumatra). – © Ministry of Environment and Fore / AFP

Victoire des Soulèvements de la Terre contre Darmanin, oursons nés dans les Pyrénées, pesticides interdits… Oui, il y a eu des bonnes nouvelles cette année. Voici un florilège !

On ne va pas se mentir : l’année a été rude. Entre catastrophes climatiques en cascade, répression violente des militants écologistes, passage en force de projets climaticides et élus sourds aux alertes des scientifiques, il y aurait de quoi être traumatisé par 2023.

Derrière les défaites cinglantes se cachent toutefois un bouquet de victoires écologistes. Avant de dire adieu à l’année écoulée, prenons le temps de nous remémorer quelques nouvelles enthousiasmantes dont elle nous a gratifiés.

Le vivant qui résiste

Certes, la biodiversité est en crise, mais le vivant peut renaître. Littéralement. Un bébé rhinocéros de Sumatra a vu le jour en novembre, dans l’ouest de l’Indonésie. Un évènement extrêmement rare et bienvenu pour cette espèce en danger critique d’extinction. Plus proche de nous, Sept à huit nouvelles portées d’ours ont été détectées cette année dans les Pyrénées, ce qui devrait permettre à l’ours brun de passer la barre des quatre-vingt individus dans la région.

dragon sans oreille

En Australie, cela faisait plus de cinquante ans que l’on n’avait plus vu de « dragon sans oreilles ». Tympanocryptis pinguicolla, de son nom savant, est l’un des reptiles les plus menacés du monde. Il a été de nouveau aperçu par des scientifiques en février dernier à l’ouest de Melbourne (État du Victoria). Au même moment, au Tchad, une lionne a été filmée par une caméra du parc national Sena Oura. Une belle surprise puisque l’espèce n’y avait plus été vue depuis 2004 et était considérée comme « éteinte » dans cette région du Tchad.

Tympanocryptis pinguicolla est l’un des reptiles les plus menacés du monde. Il a été de nouveau aperçu par des scientifiques en février en Australie. Zoos Victoria

Plus institutionnel, le 15 mars l’Albanie célébrait le vivant en prenant une décision inédite en Europe : la Vjosa, considérée comme le dernier grand fleuve sauvage d’Europe (hors Russie), a été proclamée « parc national ». L’ensemble de son lit et même certains de ses affluents, soit près de 13 000 hectares, sont désormais protégés au titre de la catégorie II de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’un des plus hauts degrés de protection possibles.

Des « grands projets inutiles » sur le carreau

Devenues emblèmes de la maladaptation climatique et de projets agro-industriels dénoncés comme anti-écologiques par leurs opposants, les mégabassines ont connu des revers sérieux cette année. Le 3 octobre notamment, le tribunal administratif de Poitiers a annulé deux arrêtés préfectoraux autorisant la création de quinze mégabassines en Nouvelle-Aquitaine.

Le tribunal a jugé que ces projets n’étaient « pas associés à de réelles mesures d’économie d’eau » et n’étaient pas adaptés aux effets du changement climatique. « Ça montre que les magistrats administratifs écoutent et s’approprient les conclusions des scientifiques », s’est réjoui auprès de Reporterre l’eurodéputé écologiste Benoît Biteau.

ski

Autres tentatives d’artificialisation retoquées à la pelle : pas moins de dix projets de développement des stations de ski de Maurienne ont été annulés en mai par le tribunal administratif de Grenoble. Une « victoire exceptionnelle » pour les collectifs écologistes locaux qui dénonçaient une fuite en avant dans le développement du ski, incompatible avec la raréfaction des ressources en eau et le changement climatique.

L’eau manque irrémédiablement… Dix projets de développement des stations de ski de Maurienne ont été annulés pour préserver cette ressource. Flickr / CC BY-NC-ND 2.0 Deed / Richard Jones

Au nord-est de Toulouse, un projet d’entrepôt géant qui devait grignoter 12 hectares de terres agricoles a été abandonné en février. Il faisait l’objet d’une lutte intense de la part des riverains et d’organisations écologistes. En mars, c’était au tour du projet d’extension du Grand port maritime Nantes-Saint-Nazaire, qui aurait dû artificialiser 110 hectares de zone naturelle et détruire ainsi 51 hectares de zones humides. La preuve que « la lutte paie », racontait un militant victorieux à Reporterre.

Des avancées contre les pesticides

Le 15 février, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a annoncé la prochaine interdiction du S-métolachlore, l’un des plus utilisés en agriculture française — l’interdiction a été confirmée au niveau européen en octobre. L’Anses juge le risque de contamination des eaux trop élevé. Mais l’interdiction ne portera que sur « certains usages ».

Deux autres herbicides, à base de glyphosate, ont été interdits en mai en France. La raison : l’absence de données transmises par Syngenta, qui les commercialise, sur les risques qu’ils font planer sur les pollinisateurs. Une bonne nouvelle pour, entre autres, les abeilles, qui ont également profité de l’interdiction définitive des néonicotinoïdes en janvier. Ce produit réputé être un « tueur d’abeilles » devait être réautorisé sous forme dérogatoire par le gouvernement français pour la troisième année de suite mais une décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) l’a stoppé net.

Ces victoires sont toutefois en demi-teinte puisqu’en novembre, l’Union européenne a réautorisé le glyphosate pour dix ans, malgré l’accumulation d’études sur sa nocivité pour la santé et la biodiversité. Toujours en novembre, le Parlement européen a renoncé à voter l’objectif de réduction de moitié de l’utilisation des pesticides d’ici 2030, sous la pression de la droite et de l’extrême droite.

L’incurie politique sur le sujet a été soulignée en France, où l’État a été condamné en juin pour « carence fautive » dans le « préjudice écologique résultant de la contamination généralisée, diffuse, chronique et durable des eaux et des sols [par les pesticides] ». Une condamnation symbole de l’échec de la lutte contre les pesticides ou de la victoire en droit des militants écologistes ?

Les défaites des lobbies industriels

Parfois, la puissance de frappe financière des multinationales ne suffit pas. Malgré un lobbying des grands industriels qualifié de « sans précédent » par la députée européenne Manon Aubry, le Parlement européen a adopté en juin une directive sur le devoir de vigilance. Une « victoire immense » pour la députée de La France insoumise, qui doit permettre de tenir les multinationales opérant au sein de l’Union européenne responsables du respect des droits humains et environnementaux sur l’ensemble de leur chaîne de valeur.

L’autre grand match contre les lobbies – des énergies fossiles cette fois – s’est joué lors de la COP28 à Dubaï. Un nombre record de 2 456 lobbyistes du pétrole, du charbon et du gaz a tout fait pour que la mention des énergies fossiles n’apparaisse pas dans l’accord final. Mais pour la première fois dans l’histoire des COP, le texte final mentionne ces dernières, constatant la nécessité d’une « transition hors des énergies fossiles ». Un succès mitigé cependant, tant ces termes qui déplaisent à l’industrie ne les empêchent pas de continuer à forer et exploiter de nouveaux stocks fossiles, à l’instar de TotalÉnergies.

À plus petite échelle, les intérêts industriels se sont inclinés à plusieurs reprises face à l’intérêt général en France : en juin, les lobbies de la charcuterie ont échoué à empêcher l’application Yuka de dénoncer les dangers cancérigènes des nitrites contenus dans les charcuteries. Et, en mai, la Ligue pour la protection des oiseaux obtenait du Conseil d’État l’interdiction de plusieurs pratiques de chasses traditionnelles. Une victoire réjouissante face à un lobby de la chasse habitué à être très écouté par les parlementaires.

Des victoires sur le front politique

année 2023-4

L’inquiétante criminalisation des mouvements écologistes par le gouvernement français a atteint son climax cette année. Plusieurs victoires sont tout de même notables : la relaxe quasi générale en appel de militants antinucléaires de Bure en janvier par exemple.

C’est surtout le destin des Soulèvements de la Terre qui occupa le devant de la scène pendant de longs mois. Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, avait dissout en juin le mouvement écologiste, l’accusant de « violences répétées, d’attaques contre les forces de l’ordre, d’appels à l’insurrection » lors de la manifestation de Sainte-Soline. Une mesure jugée « liberticide » et gravement à contre-courant de ce qu’imposerait l’urgence écologique, ainsi que le dénonçaient alors de nombreuses personnalités.

D’abord suspendue en août par le Conseil d’État, la dissolution a été définitivement annulée en novembre. Les juges ont estimé que la dissolution n’était pas une « mesure adaptée, nécessaire et proportionnée », étant donné « qu’aucune provocation à la violence contre les personnes ne peut être imputée aux Soulèvements de la Terre ».

Ailleurs dans le monde, la dynamique politique généralement peu favorable à l’écologie autorise tout de même quelques signes d’espoir. Comme au Brésil, où Lula, investi début janvier, a rapidement pris une série de mesures écologiques. En septembre, le « procès du siècle » a permis la victoire des peuples autochtones d’Amazonie et conforté leur droit inaliénable à occuper leurs terres, face aux appétits de l’agro-industrie.

Bien sûr, la forêt amazonienne, si cruciale pour la biodiversité et le climat mondial, est plus vulnérable que jamais. Mais la déforestation ralentit et est tombée cette année à son niveau le plus bas depuis cinq ans. Une victoire amère mais une victoire tout de même, fruit de l’opiniâtre combat de militants tout au long de l’année. De quoi montrer le chemin pour 2024 ?

Les 15 enjeux majeurs de la préservation du vivant à suivre en 2024

les 15 enjeux majeurs

Depuis 15 ans, les chercheurs de la Cambridge Conservation Initiative publient un rapport annuel qui dresse un état des lieux des menaces et des opportunités de préservation du vivant. Leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue Trends in Evolution & Ecology. Ils identifient 15 nouveaux enjeux majeurs pour la préservation de la biodiversité à surveiller en 2024. Ces enjeux découlent notamment de l’essor et de l’utilisation des nouvelles technologies, ainsi que de projets transformant les milieux.

Les chercheurs passent au crible des enjeux sociétaux, technologiques et environnementaux dont ils évaluent ensuite la nouveauté et l’impact potentiel. « Les sujets identifiés par ce scan reflètent la juxtaposition entre les impacts des activités humaines sur la biodiversité et l’accroissement des capacités technologiques pour atténuer ces impacts », déclare William Sutherland, professeur à l’université de Cambridge, spécialiste de la conservation et co-auteur de l’étude, cité par le site ScienceDaily. Il ajoute : « dans certains cas, parmi les nouveaux sujets de préoccupations, certains émergent directement en raison d’efforts entrepris pour atténuer d’autres risques ».

15 nouveaux enjeux environnementaux pour 2024

Durant l’année 2023, les scientifiques de Cambridge ont discuté plusieurs dizaines de nouveaux sujets possibles relatifs à la conservation. Leur objectif est « d’en identifier les sujets de préoccupations avant que leurs impacts substantiels ne soient largement mesurés et identifiés ».

Selon eux, sur les 15 thématiques retenues, 4 constituent des préoccupations pour la protection de la biodiversité puisqu’il s’agit d’impacts négatifs de l’activité humaine sur le vivant (la disparition des vers de terre, celle des oursins de mer, l’augmentation de la température dans la zone mésopélagique et les conséquences de la fonte des glaciers de l’Antarctique sur les courants océaniques). 4 ont des impacts potentiellement positifs dans le maintien de la vie sur Terre (la production alimentaire à partir de bactéries, la photosynthèse sans lumière, l’utilisation de l’éco-acoustique pour mieux connaître les sols et les avancées dans la catégorisation des molécules chimiques toxiques). Enfin, 7 de ces perspectives ont un impact nuancé puisqu’en dépit d’une dimension positive pour le climat ou la biodiversité, cette dernière affecte négativement d’autres pans de l’environnement (les nouvelles sources d’hydrogène, la décarbonation de la production d’ammoniac, les imprimantes à ADN, l’impact des feux de forêt sur le climat, la minéralisation du carbone, le projet de ville futuriste Neom en Arabie Saoudite et le retrait du CO2 des océans).  

Ainsi pour 2024, les scientifiques alertent notamment sur les répercussions du développement de l’hydrogène, l’agriculture urbaine hors-sol, les imprimantes à ADN ou encore la disparition des vers de terre dans les sols… Voici un récapitulatif de ces 15 nouveaux enjeux et risques :

L’essor de l’hydrogène comme source d’énergie

Les scientifiques s’inquiètent des conséquences possibles du développement de l’hydrogène comme source d’énergie, surtout si celui-ci est produit en grande quantité à partir d’électrolyse. Ce procédé risque en effet d’affecter le cycle de l’eau en augmentant la pression sur la ressource en eau douce ou bien, dans l’hypothèse d’un recours à l’eau de mer, de générer des rejets dans le milieu marin de saumures hypersalines ou d’oxygène, ce qui perturberait les écosystèmes marins.

La décarbonation de la production d’engrais à base d’ammoniac

Cette étude met également en lumière les effets de la décarbonation de la production d’engrais à base d’ammoniac (NH3) qui, même si elle est une bonne chose au premier abord, pourrait perturber encore plus fortement le cycle de l’azote.

Les protéines produites à partir de bactéries

Les scientifiques abordent aussi le développement des technologies pour produire de la nourriture destinée aux animaux d’élevage. Ces nouvelles techniques cherchent à réduire l’impact écologique de l’élevage en produisant sa nourriture à base de bactéries. « Si l’industrie peut développer rapidement une méthode de production de nourriture qui ne dépend plus des énergies fossiles, alors la demande croissante en protéines pour nourrir les animaux et les humains pourrait être décentralisée et découplée des importantes conséquences que cette production fait peser sur l’environnement », écrivent les chercheurs de Cambridge.

La photosynthèse sans lumière : un moyen de réduire l’impact spatial de l’agriculture

Le fait de parvenir à cultiver sans lumière naturelle des cultures serait une réponse à l’expansion des terres agricoles. Ce phénomène est une des causes majeures de la disparition des milieux naturels et de l’érosion de la biodiversité. Ainsi, recourir à une photosynthèse artificielle et plus efficace permettrait de gagner des terres tout en produisant plus efficacement la nourriture dans des fermes urbaines, estiment les scientifiques. D’autant plus que la lumière artificielle requise pourrait être produite grâce aux énergies renouvelables. L’espace agricole ainsi économisé pourrait bénéficier à la biodiversité.

La minéralisation du carbone

La minéralisation du carbone consiste à utiliser ce dernier sous forme solide dans l’agriculture pour fertiliser les sols. Cependant, son impact sur l’environnement reste encore mal connu. Les experts estimant que les poussières de carbone peuvent charrier des métaux lourds, contaminer l’air ou l’eau de surface.

L’inquiétante disparition des vers de terre

La disparition des vers de terre, et plus généralement des invertébrés s’avère un sujet de préoccupation majeure. D’autant plus, notent les auteurs qu’« elle est mal documentée » et qu’une étude portant sur le Royaume-Uni montre pourtant une diminution de 33 % à 41 % des vers de terre dans le sol en un quart de siècle. Les chercheurs soulignent que des pays ayant des pratiques agricoles similaires au Royaume-Uni sont confrontés aux mêmes risques. Cette disparition des vers entraîne des répercussions sur le sol, la santé des écosystèmes et l’agriculture. Les lombrics sont en effet des organismes vivants clefs pour la bonne santé et l’aération des sols.

L’éco-acoustique et les sols

Toujours à propos du sol, les scientifiques évoquent l’essor des techniques d’éco-acoustique pour surveiller et mieux connaître ces derniers et ainsi mieux comprendre comment préserver les écosystèmes et prévenir les risques s’ils se dérèglent

Les feux de forêt et les oscillations du climat

Le sujet a fait la Une de l’actu de nombreuses fois durant l’année. Les incendies de forêt et leur rôle sur les oscillations du climat attirent également l’attention des universitaires de Cambridge qui les classent comme un sujet à suivre.

Les imprimantes à ADN et le risque de prolifération

Les imprimantes à ADN permettent déjà de produire des gènes. Cependant, d’ici quelques années, elles devraient permettre de produire à la demande le génome de petits virus. Les applications inquiètent les scientifiques qui craignent une prolifération dans la nature, des bouleversements des milieux et un manque de contrôle sur les biotechnologies.

L’extrapolation de l’impact des produits chimiques

L’évaluation de l’impact des produits chimiques permet de montrer que de nombreux progrès ont été effectués dans ce domaine ces dernières années avec une meilleure prise en compte des effets des molécules sur l’environnement de façon générale et leur recensement. Ils appellent à mieux connaître les effets des molécules sur l’environnement en général et pas uniquement sur les ravageurs ciblés dans le cas des pesticides et est donc un sujet majeur à surveiller.

La ville futuriste de Neom en Arabie Saoudite, un obstacle à la migration des oiseaux

Le projet pharaonique de la ville futuriste de Neom en Arabie Saoudite suscite l’inquiétude des chercheurs. Celle-ci est présentée comme vertueuse sur le plan écologique en favorisant la densité. Pourtant, la hauteur de ces gratte-ciels, 500 mètres de haut, et leur densité sur une ligne de 170 km de long pourrait constituer un obstacle à la migration des oiseaux. Pour aboutir à cette alerte, les chercheurs se fondent sur les chiffres de collision entre les immeubles et les oiseaux en Amérique du Nord. Ces chocs tuent entre 400 millions et un milliard d’oiseaux par an.

La diminution des populations d’oursins de mer

Bien que peu médiatisée, la disparition des oursins en mer pourrait grandement affecter le fonctionnement des écosystèmes marins, avertissent les scientifiques.

Les projets de retrait du CO2 des océans

Les scientifiques émettent des réserves sur les projets de fertilisation des océans dont l’objectif est de permettre à ces derniers de stocker plus de CO2. Ils estiment que les projets de fertilisation, avec par exemple la culture de microalgues par exemple, ont un impact encore inconnu à long terme. Il s’agit de projets de géo-ingénierie dont la gouvernance reste à inventer, et ce alors que de plus en plus d’investisseurs et d’entreprises poussent au développement et expérimentent ces approches.

La hausse des températures entre 200 et 1000 mètres de profondeur

La zone mésopélagique, entre 200 et 1000 mètres de profondeur, concentre une part non-négligeable de la vie des océans. Elle contribue au rôle de pompe à carbone du milieu marin.  Cependant, la hausse des températures à ces profondeurs risque de perturber la séquestration du carbone. « L’efficacité de la pompe à carbone biologique devrait diminuer avec l’augmentation des températures, ce qui conduit à une accélération de la reminéralisation de la matière organique et donc à une réduction de la disponibilité et de la quantité de nourriture pour les espèces des grands fonds marins », résument les scientifiques. La séquestration du carbone serait raccourcie par un océan plus chaud tandis qu’une eau froide préserve l’intégrité de la matière organique, qui coule plus facilement et se trouve donc mieux préservée.

La fonte des glaces de l’Antarctique

La fonte des glaces de l’Antarctique implique l’injection d’un important volume d’eau froide dans les océans. Ce qui bouleverse la circulation des courants marins des abysses. Les scientifiques estiment que les conséquences du phénomène demeurent encore mal connues et comportent un risque majeur.

Julien Leprovost

Source Goodplanet

Des pesticides dangereux autorisés en toute discrétion

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Générations futures a annoncé le 11 décembre saisir le tribunal de l’Union européenne. – Pexels/CC/Mark Stebnicki

Comme le glyphosate, de nombreux herbicides voient leur autorisation prolongée dans l’Union européenne. Et ce, en toute discrétion. Une association a donc saisi la justice.

La réautorisation du glyphosate pour dix ans en novembre a fait grand bruit. Mais d’autres pesticides reconnus dangereux par l’Union européenne peuvent continuer d’être utilisés bien plus facilement et plus discrètement.

Avant que leur réautorisation ne soit soumise au vote des États, les pesticides doivent subir un long processus d’évaluation. Et tant qu’ils n’ont pas été au terme de ce processus, la Commission européenne peut prolonger l’autorisation, sans aucun contrôle de leurs effets sur l’environnement ou la santé.

Ces prolongations sont en fait monnaie courante. Ainsi, certains pesticides, parmi les plus dangereux, peuvent voir leur utilisation prolongée pendant plus de dix ans. Cela constitue un scandale, selon l’association Générations futures, qui a annoncé le 11 décembre saisir le tribunal de l’Union européenne.

Des herbicides contestés

Pour ses recours, l’association a sélectionné cinq substances auxquelles les Français sont particulièrement exposés. « Elles font partie des vingt substances les plus utilisées au niveau national », assure François Veillerette, porte-parole de Générations futures.

Elle s’est aussi concentrée sur les substances considérées comme cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques, et sur celles dites « candidates à la substitution ». C’est-à-dire des molécules pour lesquelles le risque est considéré inacceptable par l’Efsa, l’agence de sécurité sanitaire européenne, pour la santé, l’environnement ou les eaux souterraines, pour au moins l’un des usages.

« Le processus d’évaluation des pesticides manque de transparence »

Par exemple, le S-Métolachlore est un herbicide utilisé sur le maïs et le tournesol. En 2005, il avait été autorisé pour dix ans. En 2014, Syngenta a donc déposé un dossier afin de demander le renouvellement de son autorisation. La Commission européenne doit normalement étudier ces dossiers en moins de trois ans. Mais elle est très fréquemment en retard.

Ainsi, au bout de dix ans, le processus de réévaluation de cet herbicide vient à peine de se terminer. Il n’a pas été réautorisé, puisqu’il est suspecté d’être cancérogène, et présente un « risque inacceptable de contamination des eaux souterraines », rappelle Générations futures. En attendant, malgré ces dangers, il a bénéficié de pas moins de huit prolongations de son autorisation, et obtenu en tout dix ans de délai.

Le prosulfocarbe, lui, est le second herbicide le plus utilisé en France, après le glyphosate. Il est notamment utilisé sur les cultures de céréales. Et lui aussi bénéficie de la nonchalance de la Commission européenne. Selon Générations futures, il était autorisé jusqu’en 2018. Depuis, il a eu droit à six prolongations lui accordant huit ans de tranquillité supplémentaires, jusqu’en 2027, sans la moindre formalité.

Syngenta a déposé un dossier de demande de renouvellement en 2015. Depuis, pas de nouvelle de l’évaluation des risques, toujours en cours. Pourtant, l’herbicide est très contesté, notamment parce qu’il est extrêmement volatil et contamine les champs bios.

Cancérigène, reprotoxique…

Générations futures s’est également intéressée au cas du tébuconazole. Ce fongicide permet de lutter contre les maladies sur les céréales ou la vigne. Son autorisation pour dix ans a expiré en 2019. Depuis, il a eu droit à cinq prolongations pour une durée de sept ans, la dernière court jusqu’en 2026. Selon Générations futures, cette substance aussi devrait être interdite dans l’Union européenne en raison de sa toxicité pour la reproduction.

Autre joli nom, le chlorotoluron a vu son autorisation expirer en 2016. Les huit prolongations décidées par la Commission européenne permettent de l’utiliser dans l’Union jusqu’en 2026. Pourtant ce pesticide est considéré comme « candidat à la substitution » depuis… 2015. « Il est classé par l’Echa [Agence européenne des produits chimiques] comme suspecté cancérigène (catégorie 2) et reprotoxique (catégorie 2) et est très persistant dans l’eau et les sols », écrit Générations futures dans son rapport.

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Le flufenacet est par exemple utilisé sur le blé. Pexels/CC/André Ulysses De Salis

Enfin, le flufenacet détient le record de la prolongation avec 11 ans et 6 mois. Son autorisation a expiré en 2013, mais la Commission l’a prolongée jusqu’en 2025, là encore sans se soucier du fait qu’elle est « candidate à la substitution » depuis 2015, soit huit ans !

Cet herbicide est utilisé sur le blé, l’orge ou les pommes de terre. Son usage « est responsable d’une contamination très importante des eaux souterraines » et il est « extrêmement persistant dans les sols » et « très toxique pour les organismes aquatiques », souligne Générations futures. Il fait d’ailleurs partie de la dangereuse famille des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS).

Soupçons sur les industriels

Pour François Veillerette, on a là « un détournement du système d’autorisation ». « Ces prolongations viennent se substituer aux décisions de renouvellement, constate maître Hermine Baron, avocate de l’association. C’est une violation du principe de précaution, car cela aboutit à laisser sur le marché des substances actives dont la toxicité n’a pas été réévaluée. »

Savoir où en est le processus d’évaluation d’une substance, pourquoi il dure bien plus longtemps que les trois années prévues en temps normal, quelles études ont été fournies par l’industriel qui demande la réautorisation, est une affaire compliquée. « Le processus d’évaluation des pesticides manque de transparence », estime Me Baron.

Générations futures en arrive à soupçonner que les industriels font volontairement durer le processus. « Les industriels savent dès le départ quelles études seront nécessaires pour compléter le dossier. Ils attendent qu’elles soient demandées, et les fournissent au dernier moment », avance Pauline Cervan, toxicologue chez Générations futures.

Ces recours sont une première, car la possibilité juridique n’en est ouverte aux associations que depuis 2021. L’association compte en lancer de nouveaux, contre les prolongations d’autres pesticides, dès 2024.

La COP28 d’accord pour en finir avec les fossiles – mais pas trop vite

COP28

La COP28 a évité l’échec, au terme d’une nuit blanche de négociation. L’accord mentionne la « transition hors des énergies fossiles ». Mais sans date ni obligation.

La salle éclate en applaudissements. Le président de la COP28, Sultan Al Jaber, a frappé le coup de marteau signifiant qu’un accord était adopté.

Au terme d’une folle journée de mardi, cadencée par les séances plénières, les réunions bilatérales, les rumeurs, la présidence a proposé tôt le matin une nouvelle version du projet de décision. ll a été adopté au cours de la séance plénière qui s’est achevée à 11 heures (heure de Dubaï). Pour la première fois dans un accord issu d’une de ces COP, le texte appelle à une « transition hors des énergies fossiles ». La formulation tient en quelques lignes qui ont été rédigées mot à mot au cours d’âpres négociations nocturnes : le texte appelle les États à « opérer une transition hors des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques [transitioning away from fossil fuels in energy systems], d’une manière juste, ordonnée et équitable, en accélérant l’action au cours de cette décennie cruciale afin d’atteindre le niveau zéro d’ici 2050 » (article 28).

Les objectifs consensuels sont bien là : triplement des capacités de production mondiale des énergies renouvelables (électriques et biomasse) entre 2023 et 2030, doublement du rythme d’amélioration de l’efficacité énergétique (qui passerait donc à 4 %/an). Plus délicat, étant donné la place que pèse encore le charbon dans de nombreux pays, notamment en Asie, l’accélération de la diminution du nombre de centrales au charbon non équipées de systèmes de captage.

Les secteurs du fret maritime et du transport aérien ne sont pas oubliés : il leur est recommandé d’utiliser des carburants bas et zéro carbone bien avant ou aux alentours de 2050.

L’accord emploie une formule alambiquée à propos de la sortie des énergies fossiles : les États pétroliers s’opposaient jusque là à cette idée, d’où le blocage de la négociation les jours derniers). Elle suggère d’accélérer la décarbonation des systèmes énergétiques de sorte qu’ils atteignent la neutralité carbone au mitan du siècle. Cela peut s’interpréter comme une sortie progressive des énergies fossiles ; laquelle devra se faire « orderly » et de manière équitable. Traduction : chacun pourra le faire à son rythme et selon ses méthodes, sans aucune contrainte.

Pour aider les décideurs à décarboner leur bouquet énergétique, la présidence émirienne a aussi proposé une série de modes de production d’énergie labellisés « bas carbone » : renouvelables et nucléaire (l’inclusion de l’énergie nucléaire dans l’accord est une victoire pour le gouvernement français !). Le texte mentionne aussi des technologies d’extraction du CO₂, telle que le captage-stockage géologique (CSC) et l’hydrogène « bas carbone ». Elles ne devront être utilisées que pour les secteurs industriels difficiles à décarboner : sidérurgie et cimenterie en tête.

Autre point notable, à l’attention des producteurs de gaz et de système de climatisation : il faudra accélérer « de manière substantielle » la baisse des émissions de gaz à effet de serre autres que le gaz carbonique. Comprendre : le méthane (principal composant du gaz naturel) et les fluides frigorigènes qui comptent parmi les gaz à effet de serre les plus puissants qui soient.

Les transports routiers ne sont pas oubliés : ils devront, eux aussi, abattre leurs rejets carbonés. Et en la matière, la voie est toute tracée pour l’électrification du parc automobile mondial. En pointe dans ce domaine, la Chine et l’Europe sont aux anges.

Déjà présent dans les précédentes versions, le couplet sur la fin des « subventions aux énergies fossiles inefficaces », dès que possible, est toujours là. Et l’on ignore toujours leur définition précise. Pourront être maintenues, en revanche, les aides publiques aux précaires énergétiques et à la transition énergétique « juste ».

Un paragraphe qui « reconnaît que l’utilisation transitoire » de carburants ou combustibles fossiles peut jouer un rôle dans la transition énergétique et le renforcement de la sécurité d’approvisionnement a été ajoutée à la demande du Groupe Afrique dont de nombreux États membres privilégient leur développement, quitte à consommer leurs hydrocarbures, à la baisse des émissions. Cette position a notamment été défendue par Adonia Ayebare, chef de la délégation ougandaise.

Les pays en développement ont besoin de plus de 200 milliards de dollars par an pour s’adapter au réchauffement

Séance plénière finale le 13 décembre à Dubaï – © Giuseppe Cacace/AFP

Le texte consacre un chapitre à l’adaptation, sujet majeur pour les pays en développement. Il appelle les gouvernements à accroître leurs ambitions, à réduire les risques de ruptures d’approvisionnement en eau. Ce qui suppose de développer une agriculture résiliente aux effets du réchauffement. Novateur, le texte appelle les pouvoirs publics à se pencher sur les conséquences sanitaires du réchauffement, notamment dans les populations défavorisées.

Il appelle aussi les gouvernements à se doter de plans nationaux d’adaptation. Ces documents devraient mentionner les risques inhérents à chaque pays et les outils mis en œuvre pour y faire face. Il n’y a pas d’urgence : la première échéance est fixée à 2030.

« Regrettant » que les pays occidentaux n’aient pas tenu leur promesse de verser 100 milliards de dollars par an, entre 2020 et 2023, aux nations les plus vulnérables, le texte appelle les pays les plus développés à accroître leurs soutiens pour financer l’adaptation des pays en développement. Leurs besoins sont déjà importants : entre 215 et 387 milliards de dollars par an jusqu’à 2030.

« Ce n’est pas une décision historique »

Dès le début de la matinée, le projet de décision avait reçu le soutien de l’Union européenne. Ce projet apporte des améliorations « conséquentes », estimait le chef des négociateurs de l’UE, Wopke Hoekstra, pour qui « c’est le début de la fin des énergies fossiles ».

De son côté, l’Arabie Saoudite a entraîné avec elle les autres pays membres de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). La plupart des membres du Groupe Afrique étaient, eux aussi, favorables à la version finale. Mais les ONG environnementales voient l’accord en demi-teinte. « C’est un signal important que toutes les énergies fossiles soient citées dans le texte mais cela n’est pas encore la décision historique dont les populations, notamment les plus vulnérables, ont besoin. Les négociations ne peuvent plus ignorer les avertissements lancinants que nous avons entendus ces derniers jours de la part des représentants des petits États insulaires », indiquait Gaïa Febvre, responsable des politiques internationales au Réseau Action Climat.

D’autres groupes étaient moins enclins à le signer des deux mains. S’exprimant au nom du Coalition de la Haute Ambition (HAC), le ministre du climat de l’Irlande a estimé que « tout le monde a des problèmes avec ce texte. » Un point de vue partagé par la Zambie, le Bangladesh, le Brésil, les États-Unis et le Canada.

Mais l’échec n’était pas envisageable. Tout le monde a donc approuvé. Entérinant le début de la fin des énergies fossiles…

Climat : le monde vient de connaître le mois d’octobre le plus chaud jamais mesuré, et enregistre son cinquième record mensuel consécutif

la grèle a détruit les vignesAprès une sécheresse historique, la grèle a détruit des vignes, dans les Pyrénées-Orientales, à Trouillas, le 13 septembre 2023. (ARNAUD LE VU / HANS LUCAS / AFP)

Avec une moyenne de 15,4°C à la surface du globe, le record d’octobre 2019 est battu de 0,4°C, selon Copernicus, qui parle d’une anomalie thermique « exceptionnelle » pour les températures mondiales.

Le mois d’octobre a été le plus chaud jamais enregistré dans le monde, a annoncé, mercredi 8 novembre, l’observatoire européen Copernicus. Avec une moyenne de 15,4°C à la surface du globe, le mois écoulé dépasse le record précédent, établi en octobre 2019, de 0,4°C, selon l’institut, qui qualifie cette anomalie d’« exceptionnelle » pour les températures mondiales. Octobre 2023 est ainsi « 1,7°C plus chaud que la moyenne d’un mois d’octobre sur la période 1850-1900 », soit avant que les émissions de gaz à effet de serre causées par les activités humaines ne précipitent le changement climatique.

Ce relevé correspondant au mois d’octobre s’inscrit dans une succession de records mensuels entamée en juin, lesquels devraient faire de 2023 l’année la plus chaude jamais enregistrée, devant le record annuel établi en 2016. « Nous pouvons affirmer avec une quasi-certitude que 2023 sera l’année la plus chaude dans les annales », a annoncé la cheffe adjointe du service changement climatique (C3S) de Copernicus, Samantha Burgess, dans un communiqué. Elle y rappelle que « le sentiment de devoir prendre d’urgence des mesures climatiques ambitieuses à l’approche de la COP28 n’a jamais été aussi fort, » en référence à la 28e conférence climatique des Nations unies, qui se tiendra à Dubaï, du 30 novembre au 12 décembre.

Depuis janvier, la température moyenne est ainsi la plus chaude jamais mesurée sur les dix premiers mois de l’année : 1,43°C au-dessus du climat des années 1850-1900, selon l’observatoire européen.

L’objectif est de limiter la hausse à 1,5°C 

Plus que jamais, 2023 s’approche, sur une année entière, de la limite fixée par l’accord de Paris : en vertu de ce texte signé en 2015, la communauté internationale s’est engagée à limiter la hausse moyenne de la température mondiale à 1,5°C, un chiffre au-delà duquel les catastrophes climatiques seront encore plus dévastatrices pour l’homme, comme pour la biodiversité. Les mois qui viennent de s’écouler ont ainsi été marqués par des sécheresses synonymes de famines, des incendies dévastateurs ou des ouragans renforcés. 

Alors que le climat actuel est considéré comme réchauffé d’environ 1,2°C par rapport à 1850-1900, l’Organisation météorologique mondiale a estimé au printemps que cette barre serait franchie pour la première fois sur 12 mois au cours des cinq prochaines années.

Il faudra toutefois mesurer le 1,5°C en moyenne sur plusieurs années pour considérer le seuil atteint du point de vue climatique. Le Giec, qui rassemble les experts climat mandatés par les Nations unies, prévoit qu’il le sera avec 50% de chances dès les années 2030-2035, compte tenu du rythme des émissions de GES, essentiellement issus des énergies fossiles. 

Pesticides dans le vin : le combat d’une lanceuse d’alerte réduite au silence

murat

Valérie Murat et le chèque symbolique des 125 000 euros de dommages et intérêts. © Sylvain Lapoix / Reporterre

Condamnées à verser 143 000 euros et à garder le silence pour avoir publié une étude sur les pesticides dans les vins labellisés, une association et sa porte-parole ont réuni la somme et obtenu le droit de faire appel.

tracteur pulvérisant

« Je ne peux pas vous parler des produits pulvérisés dans les vignes labellisées Haute valeur environnementale (HVE), mais le combat juridique peut reprendre. » Deux ans après sa condamnation par le tribunal de Libourne (Gironde) pour dénigrement, la militante Valérie Murat desserre un peu le bâillon. Au prix d’une longue campagne de levée de fonds, elle a pu réunir avec l’association Alerte aux toxiques — dont elle est porte-parole — les 143 000 euros nécessaires pour faire appel de cette décision.

C’est en 2012, suite à la mort de son père d’un cancer reconnu comme maladie professionnelle liée à son activité de viticulteur, que Valérie Murat s’était lancée dans la dénonciation de l’épandage de pesticides dans les vignobles. En 2020, l’association Alerte aux toxiques, dont elle est la figure de proue, s’est attaquée au label HVE, censé garantir des pratiques agricoles vertueuses pour les écosystèmes. Il avait publié une analyse relevant dans 22 vins labellisés (dont 19 bordelais) des traces de pesticides de synthèse.

500 euros par jour

Accompagné de vingt-cinq coopératives et châteaux, le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) a alors attaqué l’association et sa porte-parole devant le tribunal de Libourne. Ce dernier les a condamnées en 2021 à une interdiction de prise de parole publique sur l’étude sur le HVE, assortie d’un versement de 125 000 euros de dommages et intérêts et près de 18 000 euros de remboursement de frais de justice et de publication.

« Une sanction extrêmement rigoureuse, souligne Maître Bruno Bouyer, avocat de la défense. Quand un avocat demande 100 euros, c’est pour obtenir 60 ou 70 euros. Là, la juge a accordé la somme exacte requise. » Au dépôt de l’appel, le CIVB et ses coplaignants avaient saisi le conseiller de la mise en état de la cour d’appel de Bordeaux et obtenu que Valérie Murat et Alerte aux toxiques devaient garder le silence et réunir la somme pour pouvoir contester le jugement.

Ont alors commencé une campagne de financement participatif et une course contre la montre : si le paiement n’était pas effectué au 10 novembre 2023, l’appel serait considéré comme « périmé ». « J’ai écrit à LFI [La France insoumise], aux écolos, au PS [Parti socialiste]… Je passais mes journées au téléphone », se souvient Valérie Murat, qui a réuni le soutien de nombreux parlementaires et associations : 2 852 dons au total.

En parallèle de quoi, la militante a dû faire le ménage dans ses publications : blog suspendu, réseaux sociaux fermés… Le jugement de 2021 a condamné l’association à 500 euros d’amende par jour si la moindre mention de l’affaire des pesticides dans les vins HVE était constatée. « Dans la lettre de mise en demeure, le CIVB avait cité toutes sortes de médias, jusqu’à des podcasts très peu suivis, la chaîne YouTube d’un ami… Tout ça était considéré comme de la “promotion” de notre étude », explique Valérie Murat.

Liberté d’expression

L’outil juridique utilisé soulève de lourdes questions : le CIVB et ses coplaignants mènent une action pour « dénigrement », qui vise à régler des conflits dans le cadre de la concurrence déloyale. Une accusation ne prévoyant pas les limites posées à la diffamation pour respecter la liberté d’expression. « C’est le cœur du problème, tranche Me Bouyer. La diffamation est très encadrée pour garantir le respect de la liberté d’expression. Notamment par l’exception de vérité qui permet la relaxe si la défense prouve la véracité des faits. Le dénigrement ne répond à aucune de ces règles. »

L’usage n’est pas neuf : c’est sur cette base que la Fédération des charcutiers avait obtenu la condamnation de l’application Yuka en 2021, pour avoir renvoyé vers une pétition contre les additifs nitrités. Yuka avait finalement gagné son procès en appel.

Pour Valérie Murat et Alerte aux toxiques, l’objectif de l’appel est de contester la condamnation pour dénigrement, notamment en arguant qu’il s’agit d’une affaire de diffamation. Elles pensent pouvoir le porter avant fin 2024 devant la cour d’appel de Bordeaux. D’ici là, elles devront garder le silence sur le fond pour espérer sauver la forme.

2023 : Il se confirme que les ours causent de moins en moins de dégâts en Ariège

ours-ariège

Les chiffres du nombre de bêtes expertisées en Ariège au 20 octobre montrent une baisse de 22 % en 2023, par rapport à 2022. Il s’agit aussi du deuxième chiffre le plus bas depuis 2019 (1171 en 2019, 768 en 2020, 623 en 2021, 882 en 2022, 682 en 2023).

Généralement, environ les deux tiers des bêtes expertisées sont officiellement imputées à l’ours (« responsabilité ours non écartée ») : on peut donc s’attendre à une baisse sensible des dégâts d’ours en 2023.

Ces résultats encourageants sont à rapprocher de la croissance continue de la population d’ours, environ 10% chaque année. Le nombre de bêtes annuellement tuées par ours (nombre de bêtes divisé par nombre d’ours) dans les Pyrénées est donc en baisse constante: -60 % depuis 2019.

On peut en conclure logiquement que :

  • D’une part, les prédations ne sont pas proportionnelles au nombre d’ours.
  • D’autre part, elles dépendent fortement des protections mises en place (berger, chiens, et parcs électrifiés) dont le nombre augmente en Ariège comme dans les Pyrénées.

Toutefois, les prédations annuelles par ours restent encore à un niveau très largement supérieur à celles de nos voisins européens (environ 10 fois plus) : les marges de progression sont donc importantes. La mise en place et en conditions opérationnelles des moyens de protection reste un objectif à poursuivre et à compléter pour remédier à cette situation.

Les associations membres de CAP – Ours :

Altaïr NatureAnimal CrossAssociation Nature Comminges (ANC), Comité Écologique Ariégeois (CEA), Conseil International Associatif pour la Protection des Pyrénées (CIAPP), FERUS (Groupe Loup France/ARTUS), Fonds d’Intervention Eco- Pastoral – Groupe Ours Pyrénées (FIEP), France Nature Environnement (FNE), France Nature Environnement

Hautes Pyrénées (FNE 65), France Nature Environnement Midi-Pyrénées (FNE Midi-Pyrenees), Nature en OccitaniePays de l’Ours-ADET (Association pour le Developpement Durable des Pyrenees), Société d’Etude de Protection et d’Aménagement de la Nature dans le Sud Ouest – Pyrénées-Atlantiques (SEPANSO 64), Société nationale de protection de la Nature (SNPN), Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM), SoursWWF France.

Réserve des Sept-Îles : les pêcheurs volent dans les plumes de la LPO

réserve des sept îles

La réserve naturelle nationale des Sept-Îles rassemble plus de 25 000 couples d’oiseaux marins et onze espèces nicheuses régulières. – Nicolas Memeteau / CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons

La désignation de la LPO comme seule gestionnaire d’une réserve naturelle en Bretagne a provoqué des réactions virulentes des pêcheurs et de la Région. Ils craignent aussi d’être écartés des futures aires marines protégées.

La photo promettait d’être belle. Élus locaux, ministre, secrétaires d’État, acteurs économiques, de la pêche au tourisme et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) sont là, tout sourire devant les journalistes. L’objet de la cérémonie ? Inaugurer en grandes pompes l’extension maritime de la réserve naturelle nationale des Sept-Îles, dans les Côtes-d’Armor, jusqu’alors essentiellement terrestre.

Et… « ça a été la douche froide, dit à Reporterre Jacques Doudet, secrétaire général du comité des pêches de Bretagne. Depuis des mois, le ministère nous disait que notre demande de cogestion serait étudiée, qu’il y aurait un appel à manifestation d’intérêts. En réalité, non, la décision était déjà prise. »

Les pêcheurs l’ont compris ce jour qui devait être de fête, le 25 août dernier, de la bouche même du secrétaire d’État à la Mer, Hervé Berville. Pas de cogestion, pas d’appel à manifestation d’intérêts : la réserve sera gérée par la LPO seule, comme c’est le cas depuis 1976. Cette annonce, faite comme en passant, devant les journalistes, met le feu aux poudres et déclenche une réaction en chaîne dont les conséquences sont toujours vives deux mois plus tard.

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Quatre jours après, le 29 août, le comité des pêches régional s’insurge contre cette annonce dans un communiqué de presse« surprise et déception » se mêlent à la « colère des pêcheurs professionnels ». Ils y écrivent être mis devant le fait accompli par ce choix de modèle de gouvernance et défendent la légitimité des pêcheurs à être cogestionnaires de la réserve du fait de son extension maritime : « C’est pour cette raison que nous pensons pouvoir apporter une plus-value sur cette partie maritime », explique Jacques Doudet. Le courrier affirme aussi qu’une demande des pêcheurs, appuyée par le préfet des Côtes-d’Armor, d’être associés à la gestion attend une réponse du ministère de la Transition écologique depuis… 2021.

Un dévoiement de l’écologie ?

Deux jours plus tard, le 31 août, Daniel Cueff, vice-président mer et littoral à la région Bretagne jette de l’huile sur le feu. Son communiqué de presse fustige la gestion exclusive par la LPO, dénonçant « une conception radicale, et dévoyée dans son radicalisme, de l’écologie ». La Ligue pour la protection des oiseaux, placée de la sorte en première ligne, goûte peu la virulence de cette prise de parole de l’élu breton.

D’autant moins que cette association, reconnue d’utilité publique, a été créée en 1912 à la suite d’une mobilisation pour sauvegarder les macareux moines. Cet oiseau, devenu l’emblème de l’association, niche justement… sur l’archipel des Sept-Îles.

fou de bassan

L’archipel des Sept-Îles abrite une grande variété d’oiseaux marins. Membeth / Domaine public / WIkimedia Commons

Depuis, la LPO se mure dans le silence. Lorsque nous lui demandons un entretien pour parler de la nouvelle réserve et y faire un reportage, un rendez-vous est fixé, puis annulé, puis à nouveau fixé et à nouveau annulé. Elle renvoie la balle à son commanditaire, les services de l’État.

Avec l’État non plus, ce n’est pas simple. Le service de presse du ministère de la Transition écologique nous répond une première fois, puis passe aux abonnés absents. Enfin, nous obtenons un entretien. Comment donc la gestion de la réserve des Sept-Îles est-elle devenue une telle source d’embarras ?

Finalement interrogé par Reporterre sur ces réactions, le ministère de la Transition écologique confirme d’abord l’annonce d’Hervé Berville le jour de l’inauguration : « C’est une évidence pour tous les acteurs publics que la gestion revienne à la LPO, qui remplit sa mission, dictée par l’État, depuis plus de 40 ans », dit-on au ministère. La LPO a un rôle de prestataire, l’État a toujours le dernier mot. Par exemple, elle ne pourrait pas décider unilatéralement d’interdire l’accès à une zone de pêche. De plus, « une commission dédiée à la pêche sera créée et les modalités exactes de la gestion seront définies d’ici la fin de l’année », explique le ministère.

Le ministère reconnaît cependant que les propos du comité des pêches et du vice-président mer et littoral de la Région se justifiaient, alertant néanmoins sur le risque d’une vision « manichéenne des aires marines protégées », où « soit on autorise tout, soit on n’autorise rien. Ce n’est pas ce qu’il se passe en France ».

25 000 couples d’oiseaux

Jusqu’à son inauguration officielle, le projet d’extension maritime satisfaisait tout le monde : il est le fruit de plusieurs années de concertation et de recherche de consensus entre les différents acteurs locaux, comme le montrent les comptes-rendus des réunions qui se sont déroulées entre 2018 et 2021. Et qui ont abouti en juillet dernier, à l’officialisation par décret de l’extension de la réserve nationale des Sept-Îles. Sa superficie passant de 280 à 19 700 hectares, elle est devenue la deuxième plus grande réserve de France. En réunissant plus de 25 000 couples d’oiseaux marins et onze espèces nicheuses régulières, elle est la plus importante réserve naturelle du littoral français pour l’avifaune nicheuse, selon les services de l’État.

macareux moine

Le macareux moine, emblème de la LPO, niche dans les Sept-Îles. Hanno / CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons

Si la concertation s’est déroulée dans les règles, pourquoi des tensions ont subitement cristallisé ? Pourquoi le vice-président mer et littoral de Bretagne a-t-il parlé d’ONG à la « conception radicale, et dévoyée dans son radicalisme, de l’écologie » ? Cela alors même qu’une publication scientifique de septembre dernier a analysé la gouvernance de la réserve et les moyens de l’améliorer en donnant plus de place aux acteurs locaux ?

Auprès de Reporterre, Daniel Cueff justifie son discours et élargit le débat au-delà des Sept-Îles. « Nous sommes face à l’influence de certaines ONG environnementales qui estiment que l’être humain doit être en dehors d’un certain nombre d’espaces et qui veulent zoner le littoral avec une zone pour la biodiversité, une autre pour l’offshore et ainsi de suite. Ces ONG veulent privatiser l’espace maritime via les aires marines protégées. C’est une mosaïque qui n’a pas de sens pour le secteur de la pêche et qui s’inscrit dans une tendance récente. »

« Le problème, c’est un ministère paresseux »

Parle-t-il de la LPO et de la gestion de la réserve des Sept-Îles ? « Non, jure-t-il. La LPO est une pépite, elle gère la réserve depuis des années. Le problème, c’est un ministère paresseux, qui décide que ce sera exclusivement une ONG qui aura la gestion d’un espace littoral. Et les autres usagers, comme les pêcheurs, seront mis de côté dans des commissions ad hoc. C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. »

pêcheurs et réserve

Les pêcheurs ont dit leur agacement de n’avoir pas été associés à la gestion de la réserve depuis son extension maritime. Jehouanne / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons

Au-delà du cas de la réserve naturelle bretonne se trame l’enjeu des extensions maritimes d’autres réserves naturelles terrestres nationales, objet, elles aussi, de frictions entre les usages économiques de l’espace maritime et les objectifs de préservation de la faune et de la flore, raison d’être de ces espaces protégés. Ce que Jacques Doudet, du comité des pêches de Bretagne, explique à Reporterre : « La réserve naturelle des Sept-Îles est la première extension en mer, d’autres vont suivre. Pour nous, ce qu’il se passe dans les Côtes-d’Armor a valeur d’exemple au niveau national où une vingtaine d’autres réserves pourraient être concernées par des projets d’extension. » Une dynamique déjà à l’œuvre, comme dans le Finistère, où une extension de la réserve des Glénan est sur la table.

Bretagne : Le périmètre de la réserve des Sept-Îles passe de 280 à 19.700 hectares

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Un décret publié vendredi 21 juillet au Journal officiel vient d’officialiser son extension.

Avec plus de 20.000 couples d’oiseaux marins et 27 espèces nicheuses, c’est la plus importante réserve naturelle du littoral français. Véritable sanctuaire de la faune sauvage, l’archipel des Sept-Îles dans les Côtes-d’Armor voit son rôle renforcé. Selon un décret publié vendredi au Journal officiel, sa superficie vient ainsi d’être considérablement étendue, passant de 280 à 19.700 hectares.

Réclamée depuis longtemps par la Ligue de protection des oiseaux (LPO), cette extension « se justifie pour protéger le patrimoine naturel marin, notamment les forêts de laminaires et les champs de gorgones, les hauts plateaux rocheux et les espèces qui en dépendent », selon le décret.

Le refuge des fous de Bassan et des macareux moines

Elle vise également à « renforcer la préservation de l’avifaune marine nicheuse particulièrement riche et diversifiée sur ce secteur ainsi que celle de la colonie de phoques gris », ajoute le texte. L’île Rouzic par exemple abrite la quasi-totalité des populations de fous de Bassan et de macareux moine de l’hexagone.

« Tout le monde à conscience de l’importance et de la richesse de la réserve. C’est une bonne chose », a réagi le maire de Perros-Guirec Erven Léon, rappelant que « ce décret est le résultat d’un long processus qui visait à l’extension de la réserve. » « Ce qui était important c’était le maintien des activités humaines, précise l’élu. Dans la zone de quiétude cela permet de maintenir les activités, de pêche, le nautisme et le tissu associatif. » En 1912, les Sept-Îles étaient devenues le premier espace protégé français de droit privé sous le statut de réserve ornithologique, grâce à la LPO.

Source : 20 Minutes/AFP, 24 juillet

LES PÊCHEURS VOLENT DANS LES PLUMES DE LA LPO

Pour apprendre comment se porte la faune, les scientifiques à l’écoute

Colibri-comment se porte la faune

Un sifflement flûté et un trille aigu sur fond de bourdonnement grave d’insecte : c’est la musique d’une forêt à laquelle des scientifiques sont toute ouïe, pour avoir une idée de la biodiversité. L’enregistrement sonore de la forêt équatorienne fait partie de nouvelles recherches visant à déterminer comment l’intelligence artificielle (IA) pourrait étudier la vie animale dans des habitats en voie de régénération.

Bioacoustique

Lorsque les scientifiques souhaitent mesurer le reboisement, ils peuvent considérer de vastes étendues à l’aide d’outils tels que le satellite. Mais déterminer à quelle vitesse la faune sauvage revient dans une zone constitue un défi plus difficile, requérant parfois qu’un expert passe au crible les enregistrements sonores et isole les cris des animaux.

Jorg Muller, un professeur et ornithologue de l’Université de Wurzbourg, s’est demandé s’il existait une méthode différente. « J’ai vu l’écart qu’il nous reste à combler, notamment sous les tropiques, et les meilleures méthodes à avoir pour mesurer l’immense diversité« , explique-t-il à l’AFP. Il s’est tourné vers la bioacoustique, qui utilise le son pour en apprendre davantage sur la vie animale et ses habitats. Ce n’est pas un outil de recherche récent mais il est depuis peu associé à l’apprentissage informatique pour traiter plus rapidement de grandes quantités de données.

« Un outil puissant »

Jorg Muller et son équipe ont réalisé des enregistrements audio sur des sites de la région de Choco en Equateur, allant de plantations de cacao et de pâturages récemment abandonnés à des terres agricoles en cours de régénération après exploitation. Ils ont d’abord demandé à des experts d’écouter les enregistrements et de sélectionner les oiseaux, les mammifères et les amphibiens. Ensuite, ils ont effectué une analyse d’indices acoustiques, qui donne une dimension de la biodiversité fondée sur des mesures comme le volume et la fréquence des bruits. Enfin, ils ont fait deux semaines d’enregistrements en utilisant un programme informatique assisté par l’IA, conçu pour distinguer 75 cris d’oiseaux.

Le programme a permis de reconnaître de manière cohérente les cris d’oiseaux mais a-t-il pu identifier correctement la biodiversité de chaque emplacement ? Pour vérifier cela, l’équipe a utilisé deux données de base : une première provenant des experts qui ont écouté les enregistrements audio et une seconde reposant sur des échantillons de sons émis par des insectes de chaque endroit.

Même si le stock de sons disponibles pour entraîner le modèle d’IA signifiait qu’il ne pouvait reconnaître qu’un quart des cris d’oiseaux que les experts pouvaient identifier, il a néanmoins notamment été possible par cette méthode d’évaluer correctement les niveaux de biodiversité dans chaque endroit, assure l’étude parue le 17 octobre dans la revue Nature Communications.

« Nos résultats montrent que l’analyse du paysage sonore est un outil puissant pour surveiller le rétablissement des communautés fauniques dans les forêts tropicales extrêmement diversifiées« . « La diversité du paysage sonore peut être mesurée de manière efficace, économique et durable« , que ce soit dans les zones agricoles ou dans les forêts anciennes et en régénération, ajoute-t-on de même source.

Le problème des animaux silencieux

Il existe encore des lacunes, en particulier le manque de sons d’animaux sur lesquels former les modèles d’IA. Et cette approche ne permet de prendre en compte que les espèces qui annoncent leur présence. « Bien sûr, il n’y a aucune information sur les plantes ou les animaux silencieux. Mais les oiseaux et les amphibiens sont très sensibles à l’intégrité écologique, ils sont de très bons substituts« , a précisé M. Muller à l’AFP.

Source Science et Avenir