Les bonnes nouvelles écolos de 2023

bébé rhinocéros

Un bébé rhinocéros de Sumatra, en voie d’extinction, a vu le jour en novembre, dans l’ouest de l’Indonésie (ici, un bébé de 2022 à Sumatra). – © Ministry of Environment and Fore / AFP

Victoire des Soulèvements de la Terre contre Darmanin, oursons nés dans les Pyrénées, pesticides interdits… Oui, il y a eu des bonnes nouvelles cette année. Voici un florilège !

On ne va pas se mentir : l’année a été rude. Entre catastrophes climatiques en cascade, répression violente des militants écologistes, passage en force de projets climaticides et élus sourds aux alertes des scientifiques, il y aurait de quoi être traumatisé par 2023.

Derrière les défaites cinglantes se cachent toutefois un bouquet de victoires écologistes. Avant de dire adieu à l’année écoulée, prenons le temps de nous remémorer quelques nouvelles enthousiasmantes dont elle nous a gratifiés.

Le vivant qui résiste

Certes, la biodiversité est en crise, mais le vivant peut renaître. Littéralement. Un bébé rhinocéros de Sumatra a vu le jour en novembre, dans l’ouest de l’Indonésie. Un évènement extrêmement rare et bienvenu pour cette espèce en danger critique d’extinction. Plus proche de nous, Sept à huit nouvelles portées d’ours ont été détectées cette année dans les Pyrénées, ce qui devrait permettre à l’ours brun de passer la barre des quatre-vingt individus dans la région.

dragon sans oreille

En Australie, cela faisait plus de cinquante ans que l’on n’avait plus vu de « dragon sans oreilles ». Tympanocryptis pinguicolla, de son nom savant, est l’un des reptiles les plus menacés du monde. Il a été de nouveau aperçu par des scientifiques en février dernier à l’ouest de Melbourne (État du Victoria). Au même moment, au Tchad, une lionne a été filmée par une caméra du parc national Sena Oura. Une belle surprise puisque l’espèce n’y avait plus été vue depuis 2004 et était considérée comme « éteinte » dans cette région du Tchad.

Tympanocryptis pinguicolla est l’un des reptiles les plus menacés du monde. Il a été de nouveau aperçu par des scientifiques en février en Australie. Zoos Victoria

Plus institutionnel, le 15 mars l’Albanie célébrait le vivant en prenant une décision inédite en Europe : la Vjosa, considérée comme le dernier grand fleuve sauvage d’Europe (hors Russie), a été proclamée « parc national ». L’ensemble de son lit et même certains de ses affluents, soit près de 13 000 hectares, sont désormais protégés au titre de la catégorie II de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’un des plus hauts degrés de protection possibles.

Des « grands projets inutiles » sur le carreau

Devenues emblèmes de la maladaptation climatique et de projets agro-industriels dénoncés comme anti-écologiques par leurs opposants, les mégabassines ont connu des revers sérieux cette année. Le 3 octobre notamment, le tribunal administratif de Poitiers a annulé deux arrêtés préfectoraux autorisant la création de quinze mégabassines en Nouvelle-Aquitaine.

Le tribunal a jugé que ces projets n’étaient « pas associés à de réelles mesures d’économie d’eau » et n’étaient pas adaptés aux effets du changement climatique. « Ça montre que les magistrats administratifs écoutent et s’approprient les conclusions des scientifiques », s’est réjoui auprès de Reporterre l’eurodéputé écologiste Benoît Biteau.

ski

Autres tentatives d’artificialisation retoquées à la pelle : pas moins de dix projets de développement des stations de ski de Maurienne ont été annulés en mai par le tribunal administratif de Grenoble. Une « victoire exceptionnelle » pour les collectifs écologistes locaux qui dénonçaient une fuite en avant dans le développement du ski, incompatible avec la raréfaction des ressources en eau et le changement climatique.

L’eau manque irrémédiablement… Dix projets de développement des stations de ski de Maurienne ont été annulés pour préserver cette ressource. Flickr / CC BY-NC-ND 2.0 Deed / Richard Jones

Au nord-est de Toulouse, un projet d’entrepôt géant qui devait grignoter 12 hectares de terres agricoles a été abandonné en février. Il faisait l’objet d’une lutte intense de la part des riverains et d’organisations écologistes. En mars, c’était au tour du projet d’extension du Grand port maritime Nantes-Saint-Nazaire, qui aurait dû artificialiser 110 hectares de zone naturelle et détruire ainsi 51 hectares de zones humides. La preuve que « la lutte paie », racontait un militant victorieux à Reporterre.

Des avancées contre les pesticides

Le 15 février, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a annoncé la prochaine interdiction du S-métolachlore, l’un des plus utilisés en agriculture française — l’interdiction a été confirmée au niveau européen en octobre. L’Anses juge le risque de contamination des eaux trop élevé. Mais l’interdiction ne portera que sur « certains usages ».

Deux autres herbicides, à base de glyphosate, ont été interdits en mai en France. La raison : l’absence de données transmises par Syngenta, qui les commercialise, sur les risques qu’ils font planer sur les pollinisateurs. Une bonne nouvelle pour, entre autres, les abeilles, qui ont également profité de l’interdiction définitive des néonicotinoïdes en janvier. Ce produit réputé être un « tueur d’abeilles » devait être réautorisé sous forme dérogatoire par le gouvernement français pour la troisième année de suite mais une décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) l’a stoppé net.

Ces victoires sont toutefois en demi-teinte puisqu’en novembre, l’Union européenne a réautorisé le glyphosate pour dix ans, malgré l’accumulation d’études sur sa nocivité pour la santé et la biodiversité. Toujours en novembre, le Parlement européen a renoncé à voter l’objectif de réduction de moitié de l’utilisation des pesticides d’ici 2030, sous la pression de la droite et de l’extrême droite.

L’incurie politique sur le sujet a été soulignée en France, où l’État a été condamné en juin pour « carence fautive » dans le « préjudice écologique résultant de la contamination généralisée, diffuse, chronique et durable des eaux et des sols [par les pesticides] ». Une condamnation symbole de l’échec de la lutte contre les pesticides ou de la victoire en droit des militants écologistes ?

Les défaites des lobbies industriels

Parfois, la puissance de frappe financière des multinationales ne suffit pas. Malgré un lobbying des grands industriels qualifié de « sans précédent » par la députée européenne Manon Aubry, le Parlement européen a adopté en juin une directive sur le devoir de vigilance. Une « victoire immense » pour la députée de La France insoumise, qui doit permettre de tenir les multinationales opérant au sein de l’Union européenne responsables du respect des droits humains et environnementaux sur l’ensemble de leur chaîne de valeur.

L’autre grand match contre les lobbies – des énergies fossiles cette fois – s’est joué lors de la COP28 à Dubaï. Un nombre record de 2 456 lobbyistes du pétrole, du charbon et du gaz a tout fait pour que la mention des énergies fossiles n’apparaisse pas dans l’accord final. Mais pour la première fois dans l’histoire des COP, le texte final mentionne ces dernières, constatant la nécessité d’une « transition hors des énergies fossiles ». Un succès mitigé cependant, tant ces termes qui déplaisent à l’industrie ne les empêchent pas de continuer à forer et exploiter de nouveaux stocks fossiles, à l’instar de TotalÉnergies.

À plus petite échelle, les intérêts industriels se sont inclinés à plusieurs reprises face à l’intérêt général en France : en juin, les lobbies de la charcuterie ont échoué à empêcher l’application Yuka de dénoncer les dangers cancérigènes des nitrites contenus dans les charcuteries. Et, en mai, la Ligue pour la protection des oiseaux obtenait du Conseil d’État l’interdiction de plusieurs pratiques de chasses traditionnelles. Une victoire réjouissante face à un lobby de la chasse habitué à être très écouté par les parlementaires.

Des victoires sur le front politique

année 2023-4

L’inquiétante criminalisation des mouvements écologistes par le gouvernement français a atteint son climax cette année. Plusieurs victoires sont tout de même notables : la relaxe quasi générale en appel de militants antinucléaires de Bure en janvier par exemple.

C’est surtout le destin des Soulèvements de la Terre qui occupa le devant de la scène pendant de longs mois. Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, avait dissout en juin le mouvement écologiste, l’accusant de « violences répétées, d’attaques contre les forces de l’ordre, d’appels à l’insurrection » lors de la manifestation de Sainte-Soline. Une mesure jugée « liberticide » et gravement à contre-courant de ce qu’imposerait l’urgence écologique, ainsi que le dénonçaient alors de nombreuses personnalités.

D’abord suspendue en août par le Conseil d’État, la dissolution a été définitivement annulée en novembre. Les juges ont estimé que la dissolution n’était pas une « mesure adaptée, nécessaire et proportionnée », étant donné « qu’aucune provocation à la violence contre les personnes ne peut être imputée aux Soulèvements de la Terre ».

Ailleurs dans le monde, la dynamique politique généralement peu favorable à l’écologie autorise tout de même quelques signes d’espoir. Comme au Brésil, où Lula, investi début janvier, a rapidement pris une série de mesures écologiques. En septembre, le « procès du siècle » a permis la victoire des peuples autochtones d’Amazonie et conforté leur droit inaliénable à occuper leurs terres, face aux appétits de l’agro-industrie.

Bien sûr, la forêt amazonienne, si cruciale pour la biodiversité et le climat mondial, est plus vulnérable que jamais. Mais la déforestation ralentit et est tombée cette année à son niveau le plus bas depuis cinq ans. Une victoire amère mais une victoire tout de même, fruit de l’opiniâtre combat de militants tout au long de l’année. De quoi montrer le chemin pour 2024 ?

Les 15 enjeux majeurs de la préservation du vivant à suivre en 2024

les 15 enjeux majeurs

Depuis 15 ans, les chercheurs de la Cambridge Conservation Initiative publient un rapport annuel qui dresse un état des lieux des menaces et des opportunités de préservation du vivant. Leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue Trends in Evolution & Ecology. Ils identifient 15 nouveaux enjeux majeurs pour la préservation de la biodiversité à surveiller en 2024. Ces enjeux découlent notamment de l’essor et de l’utilisation des nouvelles technologies, ainsi que de projets transformant les milieux.

Les chercheurs passent au crible des enjeux sociétaux, technologiques et environnementaux dont ils évaluent ensuite la nouveauté et l’impact potentiel. « Les sujets identifiés par ce scan reflètent la juxtaposition entre les impacts des activités humaines sur la biodiversité et l’accroissement des capacités technologiques pour atténuer ces impacts », déclare William Sutherland, professeur à l’université de Cambridge, spécialiste de la conservation et co-auteur de l’étude, cité par le site ScienceDaily. Il ajoute : « dans certains cas, parmi les nouveaux sujets de préoccupations, certains émergent directement en raison d’efforts entrepris pour atténuer d’autres risques ».

15 nouveaux enjeux environnementaux pour 2024

Durant l’année 2023, les scientifiques de Cambridge ont discuté plusieurs dizaines de nouveaux sujets possibles relatifs à la conservation. Leur objectif est « d’en identifier les sujets de préoccupations avant que leurs impacts substantiels ne soient largement mesurés et identifiés ».

Selon eux, sur les 15 thématiques retenues, 4 constituent des préoccupations pour la protection de la biodiversité puisqu’il s’agit d’impacts négatifs de l’activité humaine sur le vivant (la disparition des vers de terre, celle des oursins de mer, l’augmentation de la température dans la zone mésopélagique et les conséquences de la fonte des glaciers de l’Antarctique sur les courants océaniques). 4 ont des impacts potentiellement positifs dans le maintien de la vie sur Terre (la production alimentaire à partir de bactéries, la photosynthèse sans lumière, l’utilisation de l’éco-acoustique pour mieux connaître les sols et les avancées dans la catégorisation des molécules chimiques toxiques). Enfin, 7 de ces perspectives ont un impact nuancé puisqu’en dépit d’une dimension positive pour le climat ou la biodiversité, cette dernière affecte négativement d’autres pans de l’environnement (les nouvelles sources d’hydrogène, la décarbonation de la production d’ammoniac, les imprimantes à ADN, l’impact des feux de forêt sur le climat, la minéralisation du carbone, le projet de ville futuriste Neom en Arabie Saoudite et le retrait du CO2 des océans).  

Ainsi pour 2024, les scientifiques alertent notamment sur les répercussions du développement de l’hydrogène, l’agriculture urbaine hors-sol, les imprimantes à ADN ou encore la disparition des vers de terre dans les sols… Voici un récapitulatif de ces 15 nouveaux enjeux et risques :

L’essor de l’hydrogène comme source d’énergie

Les scientifiques s’inquiètent des conséquences possibles du développement de l’hydrogène comme source d’énergie, surtout si celui-ci est produit en grande quantité à partir d’électrolyse. Ce procédé risque en effet d’affecter le cycle de l’eau en augmentant la pression sur la ressource en eau douce ou bien, dans l’hypothèse d’un recours à l’eau de mer, de générer des rejets dans le milieu marin de saumures hypersalines ou d’oxygène, ce qui perturberait les écosystèmes marins.

La décarbonation de la production d’engrais à base d’ammoniac

Cette étude met également en lumière les effets de la décarbonation de la production d’engrais à base d’ammoniac (NH3) qui, même si elle est une bonne chose au premier abord, pourrait perturber encore plus fortement le cycle de l’azote.

Les protéines produites à partir de bactéries

Les scientifiques abordent aussi le développement des technologies pour produire de la nourriture destinée aux animaux d’élevage. Ces nouvelles techniques cherchent à réduire l’impact écologique de l’élevage en produisant sa nourriture à base de bactéries. « Si l’industrie peut développer rapidement une méthode de production de nourriture qui ne dépend plus des énergies fossiles, alors la demande croissante en protéines pour nourrir les animaux et les humains pourrait être décentralisée et découplée des importantes conséquences que cette production fait peser sur l’environnement », écrivent les chercheurs de Cambridge.

La photosynthèse sans lumière : un moyen de réduire l’impact spatial de l’agriculture

Le fait de parvenir à cultiver sans lumière naturelle des cultures serait une réponse à l’expansion des terres agricoles. Ce phénomène est une des causes majeures de la disparition des milieux naturels et de l’érosion de la biodiversité. Ainsi, recourir à une photosynthèse artificielle et plus efficace permettrait de gagner des terres tout en produisant plus efficacement la nourriture dans des fermes urbaines, estiment les scientifiques. D’autant plus que la lumière artificielle requise pourrait être produite grâce aux énergies renouvelables. L’espace agricole ainsi économisé pourrait bénéficier à la biodiversité.

La minéralisation du carbone

La minéralisation du carbone consiste à utiliser ce dernier sous forme solide dans l’agriculture pour fertiliser les sols. Cependant, son impact sur l’environnement reste encore mal connu. Les experts estimant que les poussières de carbone peuvent charrier des métaux lourds, contaminer l’air ou l’eau de surface.

L’inquiétante disparition des vers de terre

La disparition des vers de terre, et plus généralement des invertébrés s’avère un sujet de préoccupation majeure. D’autant plus, notent les auteurs qu’« elle est mal documentée » et qu’une étude portant sur le Royaume-Uni montre pourtant une diminution de 33 % à 41 % des vers de terre dans le sol en un quart de siècle. Les chercheurs soulignent que des pays ayant des pratiques agricoles similaires au Royaume-Uni sont confrontés aux mêmes risques. Cette disparition des vers entraîne des répercussions sur le sol, la santé des écosystèmes et l’agriculture. Les lombrics sont en effet des organismes vivants clefs pour la bonne santé et l’aération des sols.

L’éco-acoustique et les sols

Toujours à propos du sol, les scientifiques évoquent l’essor des techniques d’éco-acoustique pour surveiller et mieux connaître ces derniers et ainsi mieux comprendre comment préserver les écosystèmes et prévenir les risques s’ils se dérèglent

Les feux de forêt et les oscillations du climat

Le sujet a fait la Une de l’actu de nombreuses fois durant l’année. Les incendies de forêt et leur rôle sur les oscillations du climat attirent également l’attention des universitaires de Cambridge qui les classent comme un sujet à suivre.

Les imprimantes à ADN et le risque de prolifération

Les imprimantes à ADN permettent déjà de produire des gènes. Cependant, d’ici quelques années, elles devraient permettre de produire à la demande le génome de petits virus. Les applications inquiètent les scientifiques qui craignent une prolifération dans la nature, des bouleversements des milieux et un manque de contrôle sur les biotechnologies.

L’extrapolation de l’impact des produits chimiques

L’évaluation de l’impact des produits chimiques permet de montrer que de nombreux progrès ont été effectués dans ce domaine ces dernières années avec une meilleure prise en compte des effets des molécules sur l’environnement de façon générale et leur recensement. Ils appellent à mieux connaître les effets des molécules sur l’environnement en général et pas uniquement sur les ravageurs ciblés dans le cas des pesticides et est donc un sujet majeur à surveiller.

La ville futuriste de Neom en Arabie Saoudite, un obstacle à la migration des oiseaux

Le projet pharaonique de la ville futuriste de Neom en Arabie Saoudite suscite l’inquiétude des chercheurs. Celle-ci est présentée comme vertueuse sur le plan écologique en favorisant la densité. Pourtant, la hauteur de ces gratte-ciels, 500 mètres de haut, et leur densité sur une ligne de 170 km de long pourrait constituer un obstacle à la migration des oiseaux. Pour aboutir à cette alerte, les chercheurs se fondent sur les chiffres de collision entre les immeubles et les oiseaux en Amérique du Nord. Ces chocs tuent entre 400 millions et un milliard d’oiseaux par an.

La diminution des populations d’oursins de mer

Bien que peu médiatisée, la disparition des oursins en mer pourrait grandement affecter le fonctionnement des écosystèmes marins, avertissent les scientifiques.

Les projets de retrait du CO2 des océans

Les scientifiques émettent des réserves sur les projets de fertilisation des océans dont l’objectif est de permettre à ces derniers de stocker plus de CO2. Ils estiment que les projets de fertilisation, avec par exemple la culture de microalgues par exemple, ont un impact encore inconnu à long terme. Il s’agit de projets de géo-ingénierie dont la gouvernance reste à inventer, et ce alors que de plus en plus d’investisseurs et d’entreprises poussent au développement et expérimentent ces approches.

La hausse des températures entre 200 et 1000 mètres de profondeur

La zone mésopélagique, entre 200 et 1000 mètres de profondeur, concentre une part non-négligeable de la vie des océans. Elle contribue au rôle de pompe à carbone du milieu marin.  Cependant, la hausse des températures à ces profondeurs risque de perturber la séquestration du carbone. « L’efficacité de la pompe à carbone biologique devrait diminuer avec l’augmentation des températures, ce qui conduit à une accélération de la reminéralisation de la matière organique et donc à une réduction de la disponibilité et de la quantité de nourriture pour les espèces des grands fonds marins », résument les scientifiques. La séquestration du carbone serait raccourcie par un océan plus chaud tandis qu’une eau froide préserve l’intégrité de la matière organique, qui coule plus facilement et se trouve donc mieux préservée.

La fonte des glaces de l’Antarctique

La fonte des glaces de l’Antarctique implique l’injection d’un important volume d’eau froide dans les océans. Ce qui bouleverse la circulation des courants marins des abysses. Les scientifiques estiment que les conséquences du phénomène demeurent encore mal connues et comportent un risque majeur.

Julien Leprovost

Source Goodplanet

Un regard en arrière, deux bonds en avant : Tous derrière l’ASPAS et la protection du Vivant !

ASPAS

aspas 2023

En cette fin décembre, l’ASPAS vous propose une petite rétrospection de ses plus saillantes actions, histoire de tranquillement se requinquer avant une nouvelle année de combats militants et acharnés ! Toute l’équipe vous remercie chaleureusement pour votre soutien, votre fidélité et votre mobilisation à nos côtés. Bonne lecture et bon visionnage !

En janvier, alors que la saison de chasse battait toujours son plein, l’ASPAS dévoilait son guide « Maires et chasse », fruit d’un long travail juridique mené en souterrain, pour aider les élus à agir contre les excès de la chasse. Plusieurs communes s’en sont emparées, comme Audun-le-Tiche en Moselle, où la chasse sera bientôt interdite 1,5 jours de la semaine.

L’ASPAS apporte des solutions sur le plan local, l’ASPAS continue d’agiter le chiffon rouge à l’échelle nationale : contre l’État qui ne fait rien pour réformer la chasse et répondre au fléau de l’insécurité, une grande action en justice a été lancée plus tard dans l’année, pour l’obliger à prendre ses responsabilités !

Avant ça, en juin, c’est ce même État que nous avons fait condamner avec les autres associations du collectif Justice pour le Vivant : pour la première fois, un juge a reconnu l’existence d’un préjudice écologique résultant d’une contamination généralisée de l’eau, des sols et de l’air par les pesticides et de l’effondrement du vivant et la faute de l’Etat français dans cette situation. Historique !

maires et chasse

Côté espèces menacées mais toujours chassées, on retiendra les belles victoires pour des flopées d’oiseaux dans les Antilles ou encore celle en Savoie pour les perdrix et les tétras. Quant à la défense des espèces protégées, comme les bouquetins dans le massif du Bargy, l’obstination de l’ASPAS et ses alliées ont une nouvelle fois permis de sauver plusieurs vies.

Année dédiée aux grands prédateurs, ces « gardiens du Vivant » si précieux pour les écosystèmes, 2023 a signé la naissance du kit « J’aime les ours », le petit dernier de notre collection de supports pédagogiques envoyés partout en France dans les écoles, médiathèques et centres de loisirs. Un kit tout entier conçu par l’ASPAS avec l’aide des meilleurs spécialistes, dévoilé à l’occasion de la Journée internationale pour sauver les ours, le 25 février.

Sur le terrain de la cohabitation, nos bénévoles ont poursuivi les actions de médiation avec les bergers dans les estives, quand d’autres ont manié bêches et pioches pour planter des centaines d’arbres fruitiers au fond d’une vallée préservée !

loup 2023

Plus nombreux et plus mobiles que leurs grands cousins plantigrades, les loups ont fait couler davantage d’encre en 2023, mobilisant bien des forces au sein de l’ASPAS que ce soit sur le terrain (anticipation de leur retour dans les zones non encore recolonisés) devant les tribunaux (affaires de braconnage, tentative de sauvetage de l’unique louve du Lot, etc.), devant les politiques (travaux interassociatifs au Groupe national Loup, contestation du nouveau PNA, etc.), auprès des médias (réaction à l’affaire de « l’attaque » à Castellet-lès-Sausses), sans oublier, bien sûr, la sensibilisation et la mobilisation citoyenne (consultations publiques, partenariat avec le film « Vivre avec les loups », etc.)

L’ASPAS n’a pas moins délaissé les renards (deux victoires dans l’Oise et le Pas-de-Calais) et autres indésirables de la liste « ESOD », renouvelée tous les 3 ans, en poursuivant la récolte des déclarations de non-dégât (2800 au total !), alertant sur la manière dont est établi ce classement sans queue ni tête (merci l’Ami des lobbies !), en commanditant une étude scientifique aux côtés de la LPO (merci la FRB !), en sensibilisant les jeunes et moins jeunes au moment de la consultation publique (merci pour votre participation !) et en contestant, enfin, une centaine de classements départementaux en justice (merci à nos juristes salariées et bénévoles !).

blaireau 2023

Les blaireaux, sauvés de battues administratives dans l’Oise et dans l’Ain, échappent à la liste « ESOD » mais pas à la barbarie du déterrage, pratique de chasse immonde contre laquelle l’ASPAS continue d’envoyer ses bombes : saisie du Conseil d’État, plainte devant le Comité de Berne, recours en pagaille devant les tribunaux administratifs… Au final, n’en déplaise au Sénat et son rapport pro-chasse scandaleux, les victoires ont continué de pleuvoir (10 !), et les « petits ours » n’ont jamais été autant à la fête que le 15 mai, date de la 2e Journée Mondiale des Blaireaux, avec une panoplie d’animations organisées à travers toute la France.

Et la sauvegarde des espaces naturels dans tout ça ? En plus des quelque 123 nouveaux refuges créés un peu partout en France pour aider les ruraux à retirer leurs jardins et terrains des fusils, l’ASPAS a inauguré, à Melle (Deux-Sèvres), le tout premier Havre de Vie Sauvage de France, nouveau label de protection forte déposé par notre association, accessible à tout propriétaire d’au moins 5 hectares désireux de laisser la nature en libre évolution pour un minimum de 99 ans !

havre de vie sauvage

Côté Réserves de Vie Sauvage enfin, mises en lumière sur Arte, plusieurs acquisitions foncières dans la Drôme ont permis d’agrandir de 30 hectares l’actuelle Réserve du Grand Barry et d’envisager la création d’une nouvelle zone protégée, plus au sud, au cœur des Baronnies. Quant à Vercors Vie Sauvage et le grand projet de démantèlement par l’ASPAS d’un ancien enclos de chasse (une initiative pionnière que Le Chasseur Français a honteusement cherché à torpiller), l’excellente nouvelle de cette fin d’année a été la publication des analyses génétiques démontrant la non-hybridation entre cerfs élaphes et cerfs sikas, permettant ainsi le sauvetage de tous les cervidés menacés d’abattage et l’abandon du projet de sanctuaire que nous avions un temps envisagé !

Il y aurait 1000 autres actions menées ci-et-là sur lesquelles nous pourrions encore nous attarder… Puissent en tout cas ces quelques temps forts vous procurer un surplus de vitamines et de réconfort : pour les renards, les loups, les blaireaux et la préservation de leurs habitats, fonçons ensemble vers 2024 avec fougue, vigueur et nombreux hourrahs !

Déclassement du statut de protection du loup : Ursula von der Leyen crée un dangereux précédent

La présidente de la Commission européenne a proposé aux États membres, ce mercredi 20 décembre, un déclassement du statut de protection du loup comme espèce « protégée » plutôt que « strictement protégée », créant un précédent inédit dans la Convention de Berne.

Selon la dernière évaluation de l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN), sur les neuf populations transfrontalières de loups de l’UE, six sont vulnérables ou quasi menacées. De fait, la proposition de la Commission européenne représente un véritable risque pour la protection de l’espèce sur le territoire européen. En proposant, ce qui ne s’est jamais vu, d’affaiblir le niveau de protection d’une espèce protégée dans une convention internationale, la Commission met également en danger la préservation des espèces et des habitats naturels dans leur ensemble, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’UE. En effet, elle cible directement la Convention de Berne, plus ancienne convention internationale en matière de conservation de la nature, ayant conduit à la création de la directive Habitats-Faune-Flore, pierre angulaire du travail de conservation de la biodiversité en Europe.

La proposition de déclassement du statut de protection du loup ne repose sur aucun fondement scientifique et relève d’une logique purement politicienne, à l’encontre même des opinions publiques comme le souligne la récente enquête sur les perceptions des communautés rurales concernant la coexistence avec les grands carnivores. Plus des deux tiers (68 %) des habitants des zones rurales estiment que les loups devraient être strictement protégés et près des trois quarts d’entre eux (72 %) reconnaissent que l’espèce a le droit d’exister dans l’Union européenne.

Les tirs létaux de loups, opérés à titre dérogatoire dans le cadre juridique en vigueur, ne permettent pas de protéger efficacement les troupeaux, du mois de janvier au mois de décembre, dans toutes les conditions climatiques et géographiques diversifiées durant lesquelles les troupeaux peuvent être vulnérables à la prédation. Contrairement à ce qui sous-tend l’annonce de la présidente de la Commission européenne, l’affaiblissement du statut de protection de l’espèce ne créera pas les conditions d’une co-existence durable avec l’espèce. Abaisser le statut de protection de l’espèce, dans l’objectif d’une fuite en avant vers une politique de régulation, ne règlera pas les difficultés auxquelles le monde de l’élevage est confronté et qui dépassent largement l’impact de la présence du loup.

Comme nous le constatons en France, ce sont les mesures de protection dûment mises en œuvre qui ont permis une baisse relative des dommages sur les troupeaux au cours des dernières années. L’impact de la prédation ne peut être résorbé qu’en généralisant une protection des troupeaux améliorée et renforcée, sur la base de la trilogie bergers, chiens de protection et clôtures. C’est cette coexistence entre le loup et les activités humaines que plusieurs de nos organisations contribuent à mettre en œuvre avec des programmes expérimentaux qui font leurs preuves (Ferus/Pastoraloup, WWF/Entre chien et loup, FNE/Alpatous).

Par conséquent, nos organisations appellent la France à rappeler les fondements scientifiques qui doivent baser une perspective d’évolution des statuts de protection, et à rejeter fermement cette proposition.

Chasse : polémique après la mort du plus vieux cerf du Nord

éole

Éole, 16 ans, a été abattu lors d’une partie de chasse le 13 décembre au matin. – Facebook/Forêt de Mormal

C’était le plus vieux cerf de la forêt de Mormal. Éole, 16 ans, « coqueluche de l’Avesnois » comme le désigne La Voix du Nord, a été abattu lors d’une partie de chasse le 13 décembre au matin. Une mort qui a suscité la polémique bien au-delà de ce massif forestier de plus de 9 100 hectares bordé par la Sambre.

« Dès l’ouverture de la chasse en battue à la mi-octobre, l’ordre avait été donné de ne pas cibler Éole », explique au quotidien régional Jean-François Hogne, animateur bénévole pour le collectif Mormal Patrimoine. Même si rien, du point de vue du droit, n’empêchait de le prendre pour cible, « il y avait une unanimité, y compris au sein de l’ONF [Office national des forêts], pour [le] protéger ». Le message aurait été transmis et répété à toutes les sociétés de chasse. Avec d’autant plus d’insistance qu’Éole était un cervidé « ravalant », c’est-à-dire que sa ramure diminuait avec le temps. « On pouvait le confondre avec un jeune daguet », indique M. Hogne.

éole 16 ans

Or Jean-Claude Bonnin, maire de la commune voisine de Locquignol et président de la société de chasse à laquelle appartient le tireur, l’assure : « Nous n’avons jamais eu l’interdiction de tirer sur ce cerf. » L’ONF, propriétaire de la parcelle où le cerf a été abattu, aurait-elle omis d’alerter les chasseurs ? L’office n’a pas répondu aux sollicitations de La Voix du Nord.

La mort de l’animal a ému la députée écologiste Sandrine Rousseau. « Son brame était splendide. J’étais allée l’écouter, à la nuit tombante, dans la forêt de Mormal. Les brames là-bas sont de moins en moins forts. Face à la cupidité de la fédération de chasse qui vend leurs têtes à prix d’or, les cerfs n’ont pas d’arme. Repose en paix, le brave », a-t-elle écrit sur X, ex-Twitter.

Nord: le plus vieux cerf de la forêt de Mormal tué par des chasseurs, colère des associations

éole

Juliette Vignaud   Le 14/12/2023

Les associations de défense des cerfs alertent sur la mort d’Eole, le plus vieux cerf de la forêt de Mormal, abattu par des chasseurs mercredi 13 décembre au matin.

« Notre roi est mort, vive le roi. » Les associations de défense des cerfs pleurent la mort d’Eole, plus vieux cervidé de la forêt de Mormal, tué par des chasseurs mercredi 13 décembre, relaie La Voix du Nord. Sur Facebook, ils alertent sur les manquements de l’Office national des forêts (ONF) alors que le cerf a été abattu sur leur parcelle.

« L’ONF n’a pas été capable de te respecter et créer les conditions de t’honorer. Tous, chasseurs compris, voulions t’épargner d’un tir lâche. Encore une fois l’ONF a failli à sa mission », déplorent-ils. « L’ONF a tué notre héros de Mormal. »

MERCI EOLE POUR CES 10 ANS OÙ TU AS SILLONNÉ, CONQUIS, DOMINÉ, VAINCU, TERRASSÉ, ENCHANTÉ NOTRE MORMAL

Nous humbles randonneurs, photographes, chercheurs de mues nous sommes réjouis de te croiser, t’écouter, t’admirer pour ta force et ton intelligence !

Nicolas Jumeaux fut le premier à le prendre en photo au brame sur Tabar, Romain et Clément Lebrun ont découvert sa remise, insolite hors brame car au Nord du massif, et ses premiers bois, Olivier Flamme en fit des portraits de…

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« Une faute de gestion »

Auprès de La Voix du Nord, ils dénoncent un « scandale » et une « faute de gestion » de la part de l’ONF. « Dès l’ouverture de la chasse en battue à la mi-octobre, l’ordre avait été donné de ne pas cibler Eole. Le risque était grand, car sans sa ramure, on pouvait le confondre avec un jeune daguet. Nous avons donc répété toutes les consignes aux différentes sociétés de chasse », indique Jean-François Hogne.

« Pour nous, ce n’est ni plus ni moins qu’une faute de gestion. L’ONF n’a pas alerté les chasseurs présents sur son site qu’il ne fallait pas touché à ce cerf », dénonce-t-il.

De son côté, Jean-Claude Bonnin, maire de Locquignol et président de la société de chasse qui exploite les hectares de la parcelle, assure à La Voix du Nord n’avoir pas été informé.

« Je ne comprends pas, nous n’avons jamais eu l’interdiction de ne pas tirer sur ce cerf », assure-t-il. Il précise que la mâchoire intérieure du cerf allait être analysée pour confirmer son âge.

Âgé de 16 ans, Eole était considéré comme le cervidé ravalant le plus vieux de la forêt.

Juliette Vignaud

éole 16 ans

Chasse : polémique après la mort du plus vieux cerf du Nord

 

Des pesticides dangereux autorisés en toute discrétion

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Générations futures a annoncé le 11 décembre saisir le tribunal de l’Union européenne. – Pexels/CC/Mark Stebnicki

Comme le glyphosate, de nombreux herbicides voient leur autorisation prolongée dans l’Union européenne. Et ce, en toute discrétion. Une association a donc saisi la justice.

La réautorisation du glyphosate pour dix ans en novembre a fait grand bruit. Mais d’autres pesticides reconnus dangereux par l’Union européenne peuvent continuer d’être utilisés bien plus facilement et plus discrètement.

Avant que leur réautorisation ne soit soumise au vote des États, les pesticides doivent subir un long processus d’évaluation. Et tant qu’ils n’ont pas été au terme de ce processus, la Commission européenne peut prolonger l’autorisation, sans aucun contrôle de leurs effets sur l’environnement ou la santé.

Ces prolongations sont en fait monnaie courante. Ainsi, certains pesticides, parmi les plus dangereux, peuvent voir leur utilisation prolongée pendant plus de dix ans. Cela constitue un scandale, selon l’association Générations futures, qui a annoncé le 11 décembre saisir le tribunal de l’Union européenne.

Des herbicides contestés

Pour ses recours, l’association a sélectionné cinq substances auxquelles les Français sont particulièrement exposés. « Elles font partie des vingt substances les plus utilisées au niveau national », assure François Veillerette, porte-parole de Générations futures.

Elle s’est aussi concentrée sur les substances considérées comme cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques, et sur celles dites « candidates à la substitution ». C’est-à-dire des molécules pour lesquelles le risque est considéré inacceptable par l’Efsa, l’agence de sécurité sanitaire européenne, pour la santé, l’environnement ou les eaux souterraines, pour au moins l’un des usages.

« Le processus d’évaluation des pesticides manque de transparence »

Par exemple, le S-Métolachlore est un herbicide utilisé sur le maïs et le tournesol. En 2005, il avait été autorisé pour dix ans. En 2014, Syngenta a donc déposé un dossier afin de demander le renouvellement de son autorisation. La Commission européenne doit normalement étudier ces dossiers en moins de trois ans. Mais elle est très fréquemment en retard.

Ainsi, au bout de dix ans, le processus de réévaluation de cet herbicide vient à peine de se terminer. Il n’a pas été réautorisé, puisqu’il est suspecté d’être cancérogène, et présente un « risque inacceptable de contamination des eaux souterraines », rappelle Générations futures. En attendant, malgré ces dangers, il a bénéficié de pas moins de huit prolongations de son autorisation, et obtenu en tout dix ans de délai.

Le prosulfocarbe, lui, est le second herbicide le plus utilisé en France, après le glyphosate. Il est notamment utilisé sur les cultures de céréales. Et lui aussi bénéficie de la nonchalance de la Commission européenne. Selon Générations futures, il était autorisé jusqu’en 2018. Depuis, il a eu droit à six prolongations lui accordant huit ans de tranquillité supplémentaires, jusqu’en 2027, sans la moindre formalité.

Syngenta a déposé un dossier de demande de renouvellement en 2015. Depuis, pas de nouvelle de l’évaluation des risques, toujours en cours. Pourtant, l’herbicide est très contesté, notamment parce qu’il est extrêmement volatil et contamine les champs bios.

Cancérigène, reprotoxique…

Générations futures s’est également intéressée au cas du tébuconazole. Ce fongicide permet de lutter contre les maladies sur les céréales ou la vigne. Son autorisation pour dix ans a expiré en 2019. Depuis, il a eu droit à cinq prolongations pour une durée de sept ans, la dernière court jusqu’en 2026. Selon Générations futures, cette substance aussi devrait être interdite dans l’Union européenne en raison de sa toxicité pour la reproduction.

Autre joli nom, le chlorotoluron a vu son autorisation expirer en 2016. Les huit prolongations décidées par la Commission européenne permettent de l’utiliser dans l’Union jusqu’en 2026. Pourtant ce pesticide est considéré comme « candidat à la substitution » depuis… 2015. « Il est classé par l’Echa [Agence européenne des produits chimiques] comme suspecté cancérigène (catégorie 2) et reprotoxique (catégorie 2) et est très persistant dans l’eau et les sols », écrit Générations futures dans son rapport.

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Le flufenacet est par exemple utilisé sur le blé. Pexels/CC/André Ulysses De Salis

Enfin, le flufenacet détient le record de la prolongation avec 11 ans et 6 mois. Son autorisation a expiré en 2013, mais la Commission l’a prolongée jusqu’en 2025, là encore sans se soucier du fait qu’elle est « candidate à la substitution » depuis 2015, soit huit ans !

Cet herbicide est utilisé sur le blé, l’orge ou les pommes de terre. Son usage « est responsable d’une contamination très importante des eaux souterraines » et il est « extrêmement persistant dans les sols » et « très toxique pour les organismes aquatiques », souligne Générations futures. Il fait d’ailleurs partie de la dangereuse famille des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS).

Soupçons sur les industriels

Pour François Veillerette, on a là « un détournement du système d’autorisation ». « Ces prolongations viennent se substituer aux décisions de renouvellement, constate maître Hermine Baron, avocate de l’association. C’est une violation du principe de précaution, car cela aboutit à laisser sur le marché des substances actives dont la toxicité n’a pas été réévaluée. »

Savoir où en est le processus d’évaluation d’une substance, pourquoi il dure bien plus longtemps que les trois années prévues en temps normal, quelles études ont été fournies par l’industriel qui demande la réautorisation, est une affaire compliquée. « Le processus d’évaluation des pesticides manque de transparence », estime Me Baron.

Générations futures en arrive à soupçonner que les industriels font volontairement durer le processus. « Les industriels savent dès le départ quelles études seront nécessaires pour compléter le dossier. Ils attendent qu’elles soient demandées, et les fournissent au dernier moment », avance Pauline Cervan, toxicologue chez Générations futures.

Ces recours sont une première, car la possibilité juridique n’en est ouverte aux associations que depuis 2021. L’association compte en lancer de nouveaux, contre les prolongations d’autres pesticides, dès 2024.

La COP28 d’accord pour en finir avec les fossiles – mais pas trop vite

COP28

La COP28 a évité l’échec, au terme d’une nuit blanche de négociation. L’accord mentionne la « transition hors des énergies fossiles ». Mais sans date ni obligation.

La salle éclate en applaudissements. Le président de la COP28, Sultan Al Jaber, a frappé le coup de marteau signifiant qu’un accord était adopté.

Au terme d’une folle journée de mardi, cadencée par les séances plénières, les réunions bilatérales, les rumeurs, la présidence a proposé tôt le matin une nouvelle version du projet de décision. ll a été adopté au cours de la séance plénière qui s’est achevée à 11 heures (heure de Dubaï). Pour la première fois dans un accord issu d’une de ces COP, le texte appelle à une « transition hors des énergies fossiles ». La formulation tient en quelques lignes qui ont été rédigées mot à mot au cours d’âpres négociations nocturnes : le texte appelle les États à « opérer une transition hors des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques [transitioning away from fossil fuels in energy systems], d’une manière juste, ordonnée et équitable, en accélérant l’action au cours de cette décennie cruciale afin d’atteindre le niveau zéro d’ici 2050 » (article 28).

Les objectifs consensuels sont bien là : triplement des capacités de production mondiale des énergies renouvelables (électriques et biomasse) entre 2023 et 2030, doublement du rythme d’amélioration de l’efficacité énergétique (qui passerait donc à 4 %/an). Plus délicat, étant donné la place que pèse encore le charbon dans de nombreux pays, notamment en Asie, l’accélération de la diminution du nombre de centrales au charbon non équipées de systèmes de captage.

Les secteurs du fret maritime et du transport aérien ne sont pas oubliés : il leur est recommandé d’utiliser des carburants bas et zéro carbone bien avant ou aux alentours de 2050.

L’accord emploie une formule alambiquée à propos de la sortie des énergies fossiles : les États pétroliers s’opposaient jusque là à cette idée, d’où le blocage de la négociation les jours derniers). Elle suggère d’accélérer la décarbonation des systèmes énergétiques de sorte qu’ils atteignent la neutralité carbone au mitan du siècle. Cela peut s’interpréter comme une sortie progressive des énergies fossiles ; laquelle devra se faire « orderly » et de manière équitable. Traduction : chacun pourra le faire à son rythme et selon ses méthodes, sans aucune contrainte.

Pour aider les décideurs à décarboner leur bouquet énergétique, la présidence émirienne a aussi proposé une série de modes de production d’énergie labellisés « bas carbone » : renouvelables et nucléaire (l’inclusion de l’énergie nucléaire dans l’accord est une victoire pour le gouvernement français !). Le texte mentionne aussi des technologies d’extraction du CO₂, telle que le captage-stockage géologique (CSC) et l’hydrogène « bas carbone ». Elles ne devront être utilisées que pour les secteurs industriels difficiles à décarboner : sidérurgie et cimenterie en tête.

Autre point notable, à l’attention des producteurs de gaz et de système de climatisation : il faudra accélérer « de manière substantielle » la baisse des émissions de gaz à effet de serre autres que le gaz carbonique. Comprendre : le méthane (principal composant du gaz naturel) et les fluides frigorigènes qui comptent parmi les gaz à effet de serre les plus puissants qui soient.

Les transports routiers ne sont pas oubliés : ils devront, eux aussi, abattre leurs rejets carbonés. Et en la matière, la voie est toute tracée pour l’électrification du parc automobile mondial. En pointe dans ce domaine, la Chine et l’Europe sont aux anges.

Déjà présent dans les précédentes versions, le couplet sur la fin des « subventions aux énergies fossiles inefficaces », dès que possible, est toujours là. Et l’on ignore toujours leur définition précise. Pourront être maintenues, en revanche, les aides publiques aux précaires énergétiques et à la transition énergétique « juste ».

Un paragraphe qui « reconnaît que l’utilisation transitoire » de carburants ou combustibles fossiles peut jouer un rôle dans la transition énergétique et le renforcement de la sécurité d’approvisionnement a été ajoutée à la demande du Groupe Afrique dont de nombreux États membres privilégient leur développement, quitte à consommer leurs hydrocarbures, à la baisse des émissions. Cette position a notamment été défendue par Adonia Ayebare, chef de la délégation ougandaise.

Les pays en développement ont besoin de plus de 200 milliards de dollars par an pour s’adapter au réchauffement

Séance plénière finale le 13 décembre à Dubaï – © Giuseppe Cacace/AFP

Le texte consacre un chapitre à l’adaptation, sujet majeur pour les pays en développement. Il appelle les gouvernements à accroître leurs ambitions, à réduire les risques de ruptures d’approvisionnement en eau. Ce qui suppose de développer une agriculture résiliente aux effets du réchauffement. Novateur, le texte appelle les pouvoirs publics à se pencher sur les conséquences sanitaires du réchauffement, notamment dans les populations défavorisées.

Il appelle aussi les gouvernements à se doter de plans nationaux d’adaptation. Ces documents devraient mentionner les risques inhérents à chaque pays et les outils mis en œuvre pour y faire face. Il n’y a pas d’urgence : la première échéance est fixée à 2030.

« Regrettant » que les pays occidentaux n’aient pas tenu leur promesse de verser 100 milliards de dollars par an, entre 2020 et 2023, aux nations les plus vulnérables, le texte appelle les pays les plus développés à accroître leurs soutiens pour financer l’adaptation des pays en développement. Leurs besoins sont déjà importants : entre 215 et 387 milliards de dollars par an jusqu’à 2030.

« Ce n’est pas une décision historique »

Dès le début de la matinée, le projet de décision avait reçu le soutien de l’Union européenne. Ce projet apporte des améliorations « conséquentes », estimait le chef des négociateurs de l’UE, Wopke Hoekstra, pour qui « c’est le début de la fin des énergies fossiles ».

De son côté, l’Arabie Saoudite a entraîné avec elle les autres pays membres de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). La plupart des membres du Groupe Afrique étaient, eux aussi, favorables à la version finale. Mais les ONG environnementales voient l’accord en demi-teinte. « C’est un signal important que toutes les énergies fossiles soient citées dans le texte mais cela n’est pas encore la décision historique dont les populations, notamment les plus vulnérables, ont besoin. Les négociations ne peuvent plus ignorer les avertissements lancinants que nous avons entendus ces derniers jours de la part des représentants des petits États insulaires », indiquait Gaïa Febvre, responsable des politiques internationales au Réseau Action Climat.

D’autres groupes étaient moins enclins à le signer des deux mains. S’exprimant au nom du Coalition de la Haute Ambition (HAC), le ministre du climat de l’Irlande a estimé que « tout le monde a des problèmes avec ce texte. » Un point de vue partagé par la Zambie, le Bangladesh, le Brésil, les États-Unis et le Canada.

Mais l’échec n’était pas envisageable. Tout le monde a donc approuvé. Entérinant le début de la fin des énergies fossiles…

Pourquoi les oiseaux arrivent à dormir debout

DIFFUSION AUTORISÉE PAR FAUNE SAUVAGE

L’humain d’un côté et les oiseaux de l’autre sont seuls à partager la bipédie, mais celle des volatiles repose sur un mécanisme bien particulier, la tenségrité, qui pourrait trouver des applications en robotique, selon une étude publiée le 15 novembre 2023.

« L’oiseau est un « animal à la fois très proche et très éloigné de nous »

Cette flexion, que l’humain ne peut tenir qu’un court moment et au prix d’un certain effort, n’empêche pas les dix mille espèces d’oiseaux recensées dans le monde de dormir debout, rappelle l’étude publiée dans la revue Interface de la Royal Society britannique.

Et si on ne s’est jamais vraiment posé la question de savoir pourquoi, c’est peut-être parce que l’oiseau est un « animal à la fois très proche et très éloigné de nous, dont on s’est intéressé surtout au vol et au comportement »,suppose la première autrice de l’étude, Anick Abourachid, du laboratoire Mecadev (Mécanismes adaptatifs et Evolution) du Muséum national d’histoire naturelle de Paris.

Chez l’humain, l’équilibre dépend d’un squelette travaillant en compression. Les forces s’y propagent verticalement, par gravité, de la tête aux pieds. L’oiseau a une structure différente, avec un tronc plus horizontal, allant d’une courte queue osseuse, via une colonne vertébrale quasi rigide, jusqu’à un long cou puis la tête.

Ce tronc est comme en équilibre sur des jambes, constituées de trois os assez longs, qui forment une sorte de Z avant d’arriver aux pattes. Une structure héritée de leurs ancêtres dinosaures.

L’équipe de Mecadev propose que ce système repose sur la tenségrité. Il permet à l’animal de rester « stable avec un coût énergétique minimal, c’est-à-dire sans quasiment aucun effort musculaire grâce à une tension passive »,selon l’étude.

La tenségrité, mot dérivé de l’anglais alliant les notions de tension et d’intégrité, désigne la faculté d’une structure à conserver son équilibre par un jeu de tension et de compression. Comme pour un pont suspendu dont le tablier tient par un équilibre entre câbles et piliers, à la différence d’un pont classique, qui repose sur la seule compression du tablier et de ses piles.

« Couche de plume »

Chez l’oiseau, « une fois que la structure est mise sous tension, il n’y a pas besoin d’énergie pour la faire tenir debout », dit la Pr Abourachid.

Les oiseaux conservent ainsi leur équilibre avec un minimum d’effort, même sur un câble électrique ou une branche secouée par le vent. Un exploit réservé aux pratiquants humains de « slackline », s’apparentant au funambulisme, mais de préférence sans vent.

Pour tester leur hypothèse, les chercheurs de Mecadev ont conçu avec l’aide de ceux du Laboratoire des sciences numériques de l’Université de Nantes (LS2N) un modèle mathématique mariant biologie et robotique.

Un des rares oiseaux dont la posture a été étudiée par rayons X

Ils ont utilisé les études sur un des rares oiseaux, un passereau de l’espèce Diamant mandarin, dont la posture a été étudiée par rayons X. « C’est la seule façon de comprendre la posture du squelette, parce que tout ce qu’on voit d’un oiseau c’est une couche de plumes avec le bec d’un côté et les pattes de l’autre », dit la chercheuse.

Le modèle fonctionne avec quatre câbles remplaçant les tendons et muscles de la jambe d’un oiseau, et allant du sacrum jusqu’à la patte en passant par chaque articulation.

Une juste tension des câbles permet à l’animal modélisé de trouver son équilibre, jambes pliées. Dans la réalité, un oiseau compte une quarantaine de muscles lui permettant non seulement de rester debout mais aussi, selon l’espèce, de courir, nager, prendre son envol, saisir de la nourriture ou se défendre.

Les chercheurs réfléchissent à des modèles plus complexes pour reproduire le comportement des oiseaux en mouvement. Avec l’ambition de trouver une application en robotique – les robots bipèdes s’inspirent souvent du modèle humain.

Le modèle aviaire permettrait à un robot bipède de maintenir une posture fixe pendant longtemps, pour de l’observation par exemple, avec une dépense énergétique minime.

Source : Sciences et Avenir

 

Victoire contre l’abattage des bouquetins du Bargy

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DIFFUSION AUTORISÉE PAR « FAUNE SAUVAGE »

Contre tout avis scientifique, la préfecture de Haute-Savoie avait autorisé en 2022 l’abattage de 170 bouquetins sauvages dans le massif du Bargy, soupçonnés de transmettre la brucellose aux vaches dans les alpages… Après une première victoire en justice qui avait permis de suspendre en urgence ce massacre injustifié, la justice vient de se prononcer sur le fond du dossier, en donnant une nouvelle fois raison à nos associations.

Par un jugement du 16 novembre 2023, le tribunal administratif de Grenoble a annulé l’arrêté du préfet de Haute-Savoie du 17 mars 2022 en ce qu’il autorisait des tirs indiscriminés de bouquetins du Bargy, jusqu’à 170 individus en 2022 puis 20 individus par an jusqu’en 2030.

Saisi par l’ASPAS, FNE AURA, FNE 74, AVES, Animal Cross, LPO et One Voice, le juge vient confirmer l’illégalité de cette décision dont les dispositions avaient été suspendues en urgence une première fois mai 2022 puis en juin 2023. Il retient l’argument selon lequel le préfet n’a pas mis en oeuvre d’alternatives préalablement aux tirs de cette espèce protégée, se fondant sur l’avis défavorable du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) ainsi que sur l’avis de l’ANSES qui proposait d’autres scenarii permettant de réduire la prévalence de la brucellose tout en limitant l’impact sur les bouquetins sains.

Il retient en outre que les mesures de bio-sécurité visant à réduire le risque de transmission aux cheptels domestiques n’ont pas été suffisamment mises en oeuvre ni évaluées.

Extraits du jugement : 

« L’Anses considère qu’il faut parvenir à l’extinction naturelle de la maladie et que le scénario n° 5, qualifié de « scénario flash » qui rend difficile le suivi postérieur, est « comparable à un pari dont la probabilité de succès (par extinction) est faible » »

« Cette analyse est confortée par l’avis, unanimement défavorable, rendu par le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) le 27 janvier 2022, qui indique que l’arrêté préfectoral « prend en compte la vision sanitaire demandée par le milieu de l’élevage, avec une action choc immédiate d’assainissement, à l’instar de la prophylaxie domestique », ce qui est voué à l’échec s’agissant d’une espèce sauvage. Cette instance explique que l’abattage massif prévu pour l’année 2022 comporte « une prise de risque importante non incluse dans le modèle, qui vient de la déstructuration de la population de bouquetins dès lors que les individus restants peuvent s’agréger différemment ». Ainsi et dès lors que l’abattage de cette espèce protégée ne peut être autorisé qu’en l’absence d’alternative satisfaisante permettant de parvenir à l’extinction de l’enzootie, le préfet ne pouvait légalement autoriser un abattage indiscriminé dans la limite de 170 individus, scénario estimé moins pertinent qu’un abattage plus restreint pour parvenir au résultat recherché. »

« Pour les mêmes raisons, le préfet n’était pas fondé à autoriser « à partir de 2023 et pour les années suivantes » un maximum de 20 abattages indiscriminés, sans tenir compte des effets des mesures ordonnées et réalisées en 2022 puis chaque année »

« Selon les instances consultées, les mesures de gestion doivent être complétées par des mesures de biosécurité tendant à limiter les contacts entre les bouquetins et les cheptels domestiques, mesures dont l’inefficience n’est pas établie faute de mise en œuvre suffisante »

 

Notre article du 19 novembre : Abattage des bouquetins : les chiffres donnent raison aux associations de protection

Le 14 octobre 2022, le Préfet de Haute-Savoie publiait un arrêté , » n°DDT-2022-0913 autorisant sur l’ensemble du massif du Bargy le prélèvement de bouquetins pour viser l’extinction de l’enzootie de brucellose au sein de la population ; dans l’intérêt de la santé publique, pour prévenir les dommages à l’élevage et aux filières agricoles de montagne  pour l’année 2022 « . Malgré 88% d’opinion défavorable exprimés lors de la consultation publique tenue au préalable.

(Pour rappel cette maladie bactérienne, qui peut se transmettre à l’humain par la consommation de produits laitiers crus, terrorise les éleveurs et producteurs de reblochon)

L’article 8 du même arrêté précisait qu’il pouvait être contesté dans un délai de 2 mois

Sauf que, pour une fois, les services de l’Etat sont d’une rapidité foudroyante !

Deux jours plus tard en effet, les 17 et 18 octobre, des agents de l’OFB (Office Français de la Biodiversité), aidés de chasseurs et d’un hélicoptère, se déploient en montagne pour exécuter au plus vite cette mission cruciale et urgente.

Devant ce délai ridicule, tellement pratique, impossible pour les différentes associations (LPO, ASPAS, FNE, One Voice…), vent debout contre cet arrêté, de le contester devant le tribunal administratif de Grenoble.

61 bouquetins – soit environ 20% de la population totale – seront  « prélevés » (lire abattus) en deux jours, simplement parce qu’ils sont suspectés d’être sujets porteurs. Ce qui revient concrètement à prendre le risque d’ôter la vie à des animaux potentiellement sains (rappelons que le bouquetin est une espèce protégée)…

Le mal étant fait, restait à déterminer a posteriori combien d’animaux étaient porteurs de la maladie.

Afin d’en avoir le coeur net, nous avons donc légitimement demandé à l’Etat les résultats de l’analyse bactériologique prévue sur les cadavres.

Et voici enfin leur réponse, un an après la demande initiale, après de nombreux allers-retour entre différents services :

Dans le cadre de la lutte contre la brucellose (maladie grave présentant un danger sanitaire, en raison des risques de contamination des ruminants domestiques et de transmission à l’Homme) au sein du massif du Bargy en Haute-Savoie, des mesures de captures et de tirs ont été mises en œuvre depuis 2013, qui ont permis de faire baisser notablement la prévalence de la maladie dans la population de bouquetins.

Face à la persistance de la maladie, un arrêté préfectoral a été pris le 14 octobre 2022 pour autoriser les prélèvements dans une limite de 75 individus afin notamment de lutter contre la brucellose dans la zone cœur, où les animaux sont souvent inaccessibles pour la procédure de capture et euthanasie.

Les tirs dans le cas des bouquetins du Bargy visaient un double objectif : connaître plus précisément le statut des bouquetins qui ne pourront jamais être capturés, vis-à-vis de la brucellose et, en visant les individus femelles les plus à risque de propagation de la maladie, de diminuer leur concentration dans les zones refuges que sont les barres rocheuses, ainsi la probabilité de contamination du groupe après mise-bas ou avortement de l’une d’entre elles.

Sur les 61 bouquetins ayant fait l’objet de tirs sur la base de l’arrêté du 14 septembre 2022, seuls 52 ont pu être effectivement analysés. Parmi ces derniers, 3 bouquetins se sont révélés être positifs au test rapide et au test en laboratoire et 2 bouquetins ont obtenu un statut sérologique indéterminé. Les autres étaient négatifs.

Les opérations de surveillance par capture et test se sont poursuivies cette année et attestent de la persistance de la présence de la maladie dans le Bargy et de son extension au massif des Aravis. Ainsi, en 2023, moyennant la mobilisation de moyens humains conséquents, les services de l’Office Français de la Biodiversité ont réalisé :

– 50 captures dont 4 positifs et 19 recaptures dont 0 positif dans le massif du Bargy

– 71 captures dont 2 positifs dans le massif des Aravis.

 

Résultat :

  • 5% des bouquetins abattus en octobre 2022 dans le massif du Bargy étaient malades, soit 49 individus abattus pour rien

Sur les recommandations de l’ANSES et du CNPN, et devant la pression mise par les associations de protection, la Préfecture a enfin décidé en 2023 de privilégier l’option la plus raisonnable, à savoir : 1. capture ; 2. test ; 3. euthanasie des individus malades ou relâcher des animaux sains

Et fort heureusement puisqu’en 2023 les prélèvements effectués sur la population de bouquetins ont donné les résultats suivants :

  • 6% des bouquetins testés en 2023 dans le massif du Bargy étaient malades, et donc 65 individus ont été relâchés
  • 3% des bouquetins testés en 2023 dans le massif des Aravis étaient malades, et donc 69 individus ont été relâchés

L’action des associations a donc permis de sauver 134 bouquetins !