Les rapaces plus que jamais pris pour cible; la LPO dénonce l’irresponsabilité des auteurs et l’impuissance des pouvoirs publics

En ce début de mois d’août, un Vautour fauve a été retrouvé mort, criblé de plombs (> 20 plombs dans le corps) sur une commune du Parc National des Cévennes. Sur le territoire des Grands Causses, la LPO recense pas moins de 20 vautours victimes de tirs depuis 2013 et sur le territoire plus restreint du Parc National des Cévennes au sein duquel a été découvert ce dernier vautour criblé de plombs, 8 autres vautours ont été identifiés victimes de tirs sur cette même période.

Ce dernier vautour figure parmi l’une des nombreuses victimes de tirs au fusil, il rejoint la trop longue liste des Aigles royaux, Circaètes Jean Le Blanc, Faucons pèlerins, Buses variables, Grand-Duc d’Europe (Photos 1 et 2) et autres rapaces pris pour cibles.

Ainsi, pas moins d’une trentaine de rapaces victimes de tirs ont été accueillis dans les seuls centres de soins de la LPO et ses partenaires (Tichodrome et Goupil Connexion) depuis le début de l’année. Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. La LPO déplore que les rapaces, espèces emblématiques, fragiles et protégées, sont encore la cible privilégiée des délinquants de la gâchette en ce début de 21ème siècle. Et que très peu d’entre eux sont identifiés et encore moins condamnés.

La LPO dénonce l’obscurantisme de quelques-uns qui ruinent des années d’effort de conservation, et l’impuissance des pouvoirs publics pour les arrêter.

Les vautours ne sont pas les seuls victimes de ces délits : Le 14 juillet, deux circaètes ont été conduits à la clinique vétérinaire de Ganges (Hérault) : l’un est arrivé mort victime d’un tir fatal ; l’autre, encore vivant, a été traversé par une salve de plombs (organes et plumes). Le 26 mai, dans le Parc national des Cévennes (PNC), un Faucon pèlerin a été découvert blessé à l’aile sur la commune d’Ispagnac (Lozère). Souffrant, il a finalement été euthanasié…

En 8 ans, force est de constater que le nombre de rapaces abattus est quasi constant, et ce malgré la forte baisse du nombre de permis de chasse (Graphique 3).

Certes il ne s’agit pas d’actes de chasse à proprement parler, et d’ailleurs les victimes sont retrouvées tout au long de l’année. Mais les munitions sont bel et bien des munitions utilisées par des chasseurs (Radios 4).

Sur les 118 espèces différentes d’oiseaux protégés retrouvés criblés de plombs sur une période de 8 ans, 70% sont des espèces non chassables. Soit 1120 oiseaux, dont 75% sont des rapaces (Tableau 5) !

Cinq espèces de rapaces représentent 49 % de toutes les admissions en centres de soins (faucons crécerelles, éperviers d’Europe, buses variables, milans royaux, vautours fauves). Les espèces retrouvées blessées ou le plus souvent mortes, ne sont que la partie visible de l’iceberg tant la probabilité de retrouver les animaux victimes de tirs est faible voire nulle (= probablement moins 10% des cas sont identifiés).

Du reste, il faut attendre la réalisation de radiographies pour révéler qu’ils ont été également victimes de tirs. Il est alors souvent trop tard pour retrouver les auteurs.

Lorsque le Parquet est saisi à la demande de la LPO, et la police de la nature de l’Office Français de la Biodiversité mobilisée, le secret de l’instruction ne permet plus de disposer d’informations sur l’avancement des enquêtes. Dans les faits, la quasi-totalité des affaires sont classées sans suite comme en témoigne ce seul exemple des Gypaètes barbus dans les Cévennes (Tableau 6).

Les tirs de rapaces représentent près de 26% des affaires pour lesquelles la LPO a déposé plainte suite à des atteintes sur des rapaces. 53% de ces affaires sont en cours d’instruction, près de 27% sont classées sans suite ou n’ont donné lieu à aucune suite, 21% ont conduit à des sanctions toujours insuffisantes.

De nombreux rapaces sont également découverts morts pour d’autres raisons, telles que des empoisonnements, des électrocutions, des percussions ou des collisions etc… Il n’est pas rare de découvrir des impacts de tirs sur des oiseaux morts pour d’autres causes, tel ce Gypaète barbu « Durzon » retrouvé mort empoisonné proche de Millau : l’autopsie a révélé qu’il avait été également plombé. Le plomb alors découvert était présent en sous cutanée au niveau du radius droit est sans lien avec la cause de la mort puisque sans aucune lésion associée. Citons également cet autre Gypaète « Viaduc » mort d’une goutte viscérale. L’autopsie révèlera qu’il avait été également victime d’un tir avec deux plombs incrustés (Tableau 6) !

Les rapaces ont failli disparaitre sous les coups de l’empoisonnement et des tirs dans le courant du 19èmeet la première moitié du 20ème siècle. Bien qu’en meilleur santé grâce aux efforts de conservation, ils sont encore, au 21ème siècle, victime d’une triple peine :

  • Persistance des empoisonnements intentionnels et la contamination de l’environnement notamment par les pesticides,
  • Dégradation des écosystèmes et la perte de leurs habitats (agriculture intensive, urbanisation),
  • Risques de mortalité sur les infrastructures linéaires de transport et d’énergie (réseau électrique, parcs éoliens).

La LPO en appelle à la responsabilité des dirigeants cynégétiques afin qu’ils sensibilisent leurs adhérents.

Elle demande un renforcement des moyens de la police de la nature, la formation et la sensibilisation des parquets. Elle n’accepte pas de voir tant d’années d’efforts de protection réduits à néant par quelques inconscients.

Photo 1

 

 

Photos 2

 

Graphique 3

Radios 4

Tableau 5

Tableau 6

Nom Date de la mort Cause de la mort Présence de projectiles Résultats de l’enquête
Dourbie 2013 Percussion Ligne électrique    
Layrou 2014 Destruction par tir   Affaire classée sans suite
Larzac 2016 Electrocution 1 plomb Pas de dépôt de plainte, région du tir impossible à déterminer
Pro Natura 2017 Electrocution    
Durzon 2018 Empoisonnement 1 plomb Affaire classée sans suite
Viaduc 2018 Maladie 2 plombs  
Buisson 2019 Electrocution    
Europe 2019 Destruction par tir 1 plomb Affaire classée sans suite

Réouverture de l’enquête suite à la requête de la LPO

Lausa 2020 Empoisonnement   En cours
Dolomie 2020 Destruction par tir Une quinzaine de plomb Affaire classée sans suite

 

 

Les chauves-souris vampires s’entraident pour se nourrir

chauves souris

Certaines chauves-souris tisseraient des liens sociaux avec leurs semblables. Une proximité qui leur permettrait de communiquer et de s’aider afin d’avoir un meilleur accès aux ressources alimentaires.

Rien de tel qu’un repas entre amis pour resserrer les liens. Selon une étude parue dans Plos Biology le 23 septembre, les chauves-souris vampires (Desmodus rotundus) forment des liens sociaux au sein de leurs gîtes, liens qu’elles conservent une fois sorties la nuit. Ces derniers leur permettent de s’entraider lors de leur recherche alimentaire.

Les chauves-souris sont des mammifères de l’ordre des chiroptères et peuvent être insectivores, frugivores, piscivores, nectarivores ou encore des vampires. Elles représentent un quart des mammifères connus avec près de 1 400 espèces dans le monde. La majorité d’entre elles utilisent l’écholocation, un système de localisation qui fonctionne sur un principe similaire à celui du sonar : elles émettent des cris ultrasonores et captent en retour l’écho envoyé par les obstacles, ce qui leur permet de se diriger. Chez les chauves-souris insectivores par exemple, ces obstacles peuvent être des proies, leur permettant d’ajuster leur vol pour les prédater.

Des mécanismes d’entraide étaient connus chez Desmodus rotundus, où les femelles ont été observées en train de régurgiter du sang pour nourrir d’autres individus qui revenaient le ventre vide de leur dernière chasse. Cependant, selon les auteurs de l’étude parue dans Plos Biology — des chercheurs à l’université d’État de l’Ohio, au Smithsonian Tropical Research

OURS, LOUPS, LYNX : le vrai du faux des chiffres des organisations professionnelles

ours,lynx,loup

Certains syndicats agricoles (FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Fédération Nationale Ovine) se mobilisent aujourd’hui contre les « prédateurs » : loup, ours, lynx.

Si le retour du loup en France depuis les années 90, plus d’un demi-siècle après avoir été exterminé, modifie les pratiques agricoles et oblige à un réapprentissage de techniques d’élevage ancestrales qui avaient été perdues et oubliées, causant des difficultés réelles chez les agriculteurs, il est important de contextualiser ou corriger certains chiffres et affirmations avancés par les organisateurs de cette journée, afin d’appuyer le débat sur des bases scientifiques solides. Nous vous y aidons :

  • L’intersyndicale parle de plus de 12 000 ovins tués par an à cause du loup. En réalité, il s’agit de cas pour lesquels « on ne peut exclure le loup », ce qui est très différent. Ce chiffre doit être rapporté au cheptel d’ovins en France : 7,173 millions d’animaux en 2020. Ces animaux tués représentent donc 0,16% du cheptel total. Enfin, ce chiffre est en cours de stabilisation, voire de baisse, depuis 3 ans, dans les départements où le loup est présent.
  • Même chose pour les « + de 630 » animaux tués par l’ours en 2020 : ce nombre est à rapporter aux plus de 7 millions d’ovins et aux près de 18 millions de bovins du cheptel français.
  • « Près de 150 lynx en France = 150 victimes » selon les syndicats agricoles. On ignore de quelles victimes il s’agit. La faiblesse du chiffre parle d’elle-même.
  • « Coût finances publiques de + de 32 millions d’€ » : les aides aux agriculteurs pour la co-existence avec les grands prédateurs représenteraient donc 0,22% des aides publiques à l’agriculture (14,3 milliards d’€, protection sociale non incluse). Est-ce excessif, au 21e siècle, en regard des centaines de millions consacrés à maintenir une filière qui n’a plus son propre équilibre économique ?

Les organisations professionnelles agricoles n’hésitent pas à ajouter au tableau « + de 2500 couples de vautours », alors que ceux-ci sont des charognards exclusifs et ne sont donc pas des prédateurs : ils n’ont, aux avis des vétérinaires et scientifiques français comme européens, aucun rôle dans les chiffres des pertes agricoles.

« La coexistence avec la présence des grands prédateurs est plébiscitée par les citoyens de tous les pays européens, et soutenue par les Etats concernés. Le débat autour de l’adaptation du monde agricole et du légitime soutien à apporter aux agriculteurs et agricultrices face au retour des grands prédateurs dans des territoires d’où l’homme les avait exterminés mérite beaucoup mieux que les caricatures qui en sont malheureusement données par ces chiffres qui ne reflètent pas la réalité de la situation. » selon Jean-David Abel, pilote du réseau Biodiversité à France Nature Environnement.

 

Chasse et pêche : La « chasse traditionnelle » des oiseaux va être de nouveau autorisée

alouette des champs

« À partir de ce week-end, la « chasse traditionnelle » va de nouveau être autorisée en France. Cependant, la querelle entre les pro et les anti-chasse concernant cette pratique n’est pas près de se terminer.

Le Conseil d’État avait annulé plusieurs autorisations de chasse

Pourtant, début août, après avoir été saisi par deux associations de protection des animaux, le Conseil d’État annulait plusieurs autorisations de chasse. Les Sages estimaient que les autorisations ministérielles de chasser les merles noirs, les alouettes des champs, les grives, les pluviers dorés et les vanneaux huppés à l’aide de filets fixés à terre ou de nœuds coulants n’étaient pas « conformes aux exigences du droit européen relatif à la protection des oiseaux ».Ainsi, comme le rappelait le Conseil d’État, une directive européenne datant de 2009 « interdit les techniques qui capturent des oiseaux massivement et sans distinction d’espèce ». Toutefois, ce texte prévoit une dérogation à condition qu’elle soit « dûment motivée et dès lors qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante pour capturer certains oiseaux ». Et selon les Sages, les autorisations ministérielles ne remplissaient aucune de ces deux conditions.

L’exécutif a lancé des consultations publiques sur la « chasse traditionnelle » des oiseaux

À la suite de cette décision du Conseil d’État, l’exécutif a lancé, jusqu’au 6 octobre, 4 consultations publiques afin de connaître l’avis des Français sur 8 projets de loi visant à permettre la capture de 106 500 alouettes des champs, 5 800 grives et merles, 1 200 vanneaux huppés et 30 pluviers dorés.

Cette phase étant terminée, Le Parisien révèle que la publication de ces textes au Journal officiel doit avoir lieu d’ici vendredi. Ainsi, selon le quotidien, le ministère a mis en avant une « absence de solution alternative », la faible « quantité » des oiseaux chassés et leur « sélectivité ». Ces arrêtés précisent également que des contrôles seront effectués. En tout, 113 530 oiseaux sauvages pourront donc être chassés, dès samedi.

La LPO devrait demander la suspension immédiate de ces arrêtés

Et si la Fédération nationale des chasseurs (FNC) se réjouit de cette décision et de pouvoir « chasser selon ces méthodes », la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) avait vivement critiqué la décision de l’exécutif de lancer des consultations publiques.

Dans un communiqué datant du 16 septembre, la LPO annonçait que si ces arrêtés étaient publiés au Journal Officiel, elle demanderait « leur suspension immédiate devant le Conseil d’État ». La Ligue pour la protection des oiseaux rappelait également que l’alouette des champs était classée en « préoccupation mineure » et le vanneau huppé en « quasi menacé » sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en France.

Source : Démarches administratives  »

L’humeur de Philippe Guerlet :

Jusqu’où ce gouvernement va-t’il se prostituer auprès du lobby des chasseurs pour gagner le million de voix promises pour les prochaines présidentielles ?

Il n’ y a vraiment pas d’autre combat et priorité dans notre pays (crise sanitaire peut-être ?) que d’aller à l’encontre de la Communauté Européenne, du Conseil d’Etat, des associations, des scientifiques et de l’opinion publique ???

A vomir !

 

ASPAS :Newsletter – Septembre 2021

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Parmi nos actualités ce mois-ci, des centaines d’oiseaux sauvés des fusils dans les Antilles, une pétition pour interdire la chasse en période de brame, une consultation publique contre les chasses traditionnelles, et le témoignage d’éleveurs qui cohabitent en paix avec le loup. Bonne lecture !

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SUSPENSION DE LA CHASSE POUR 3 OISEAUX DES ANTILLES

Vendredi 10 septembre, suite à un recours déposé par trois associations dont l’ASPAS, la justice a suspendu en urgence la chasse de trois espèces menacées dans les Antilles, à savoir : la Barge hudsonienne, le Pigeon à cou rouge et la Colombe rouviolette. Des centaines d’oiseaux sont donc sauvés des fusils : une excellente nouvelle pour la biodiversité ! >> En savoir plus

 

chasse pendant le brame
STOP À LA CHASSE PENDANT LE BRAME !

Attendu avec trépidation chaque année par de nombreux passionnés, le brame des cerfs est l’un des plus beaux spectacles offerts par la nature. Malheureusement, cette période ô combien sensible pour ces magnifiques Rois des forêts attire aussi des chasseurs de trophées… Or aucune loi nationale n’interdit la chasse en période de brame, et l’Office National des Forêts (ONF) encourage même cette pratique scandaleuse dans certaines forêts domaniales, car elle leur rapporte de l’argent !
>> En savoir plus et signer la pétition

non aux chasses"traditionnelles"
non aux chasses »traditionnelles »
 
DITES NON AUX CHASSES TRADITIONNELLES RÉAUTORISÉES PAR LE PRÉSIDENT MACRON !

Interdites par le Conseil d’État, suite à un recours juridique porté par la LPO et One Voice, les chasses traditionnelles (filets, pantes, matoles), s’apprêtent pourtant à être à nouveau autorisées en France ! Opposons-nous massivement aux projets d’arrêtés en participant aux consultations publiques jusqu’au 6 octobre prochain. >> Participer

cohabiter avec le loup
« ON A FAIT LE CHOIX DE COHABITER AVEC LE LOUP »

Confrontés à la présence du loup depuis plus de 25 ans, Ingrid et André élèvent 400 moutons au col de Sagnes, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Suite à des prédations importantes sur leur cheptel en 2010, ils ont décidé de tout mettre en œuvre pour se prémunir de nouvelles attaques. Pari gagné ! Aujourd’hui, leur modèle de protection suscite la curiosité d’autres éleveurs mais aussi de l’administration. >> Voir leur témoignage

 

réintroduire le renard
Renard roux (Vulpes vulpes)
LES PÉPINIÈRES GRADILIS DEMANDENT AU PRÉFET DE RÉINTRODUIRE DES RENARDS !

Confrontés à des dégâts de lapins, les arboriculteurs de l’Hérault ont fait part de leur détresse au préfet, lors d’une rencontre début septembre à Mudaison. C’est là que le président de Gradilis – 2e pépinIériste de France – aurait proposé de relâcher des renards pour une régulation naturelle des petits herbivores ! Nos bénévoles locaux ont alors mené l’enquête : l’absence de petits prédateurs serait liée au piégeage intensif mené par les chasseurs dans les communes limitrophes… >> En savoir plus

 

 

Ours des Pyrénées : les opposants crient victoire après une volte-face de l’Etat

ours des pyrennées

Illustration Laurent Dard

C’est une victoire pour les opposants à la présence de l’ours dans le massif des Pyrénées. A l’occasion d’une foire agricole à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, samedi 18 septembre, le préfet de région Occitanie, Etienne Guyot, a annoncé vouloir« retravailler sur le dossier Life ours Pyr, relatif à la préservation de la nature et de la biodiversité ». Déposé auprès de la Commission européenne au printemps, en partenariat avec de nombreuses associations ou organismes, et porté par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), ce programme devait déboucher sur un vaste programme de « sauvegarde de l’espèce ursine dans le massif pyrénéen ».

Doté d’un budget de 8 millions d’euros, aux trois quarts financé par l’Union européenne, et portant sur la période 2021-2027, le programme avait pour ambition de« maintenir dans la durée la population d’ours », de « diminuer les contraintes de cohabitations avec les activités humaines » et de « favoriser l’acceptation des politiques européennes de préservation de la biodiversité ».

Le programme prévoyait également le renforcement des « corridors écologiques dans le massif », des « moyens supplémentaires pour la protection des troupeaux de brebis et la formation des bergers », mais aussi la création de nouveaux « outils de médiations tel un Centre de ressources sur l’ours ». S’il n’est pas question de nouvelles réintroductions d’animaux, le programme fait figure de véritable outil de financement pour le « Plan ours 2018-2028 » lancé par l’Etat.

Vendredi 23 septembre, la préfecture de région a confirmé au Monde le désir de « la France de reprendre le projet sur des bases nouvelles en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés du territoire ». Le préfet ajoute avoir « entendu les messages de demande d’explications et parfois les messages d’incompréhension ».

Pour le président de la chambre d’agriculture de l’Ariège, Philippe Lacube, farouchement opposé à la présence de l’ours, « nous n’avons pas gagné la guerre mais c’est quand même une victoire d’importance ». Dès cet été, aux côtés de la présidente socialiste du conseil départemental, Christine Téqui, et du président de la fédération pastorale ariégeoise, Alain Servat, les élus avaient exprimé leur opposition à ce dossier « qui institutionnalise la cohabitation de l’homme et de l’ours. Nous y sommes opposés sur le fond, car nous savons que la cohabitation n’est pas possible, mais nous contestons aussi la forme », avaient-ils déclaré.

Trois ours tués en 2020

Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, Christine Téqui, qui avait refusé de siéger au printemps au comité de Life ours Pyr, écrivait : « Nous attendons de vous un engagement personnel fort pour le retrait inconditionnel et définitif de ce dossier », dénonçant des décisions prises à Bruxelles.

Ces élus ont-ils été entendus par l’Etat ? C’est l’avis d’Alain Reynes, directeur de l’association pro-ours Pays de l’ours-Adet :« On a appris cette nouvelle dans la presse alors que nous sommes partenaires du projet. C’est incompréhensible et clairement une reculade. » Ce fervent défenseur du plantigrade estime que « dans Life, il n’y a que des mesures positives, non imposées, et c’était le moyen trouvé par l’Etat de mettre en œuvre financièrement le plan ours ».

Réintroduit dans les Pyrénées depuis 1996, notamment grâce à deux premiers programmes Life, et alors qu’il était en voie de disparition, l’ours brun est protégé par un arrêté interministériel de 1981 ainsi que par la directive européenne dite « Habitats » de 1992. On dénombre actuellement 64 individus, dont 59 ours dans les Pyrénées centrales – d’où beaucoup de tensions entre pro-ours et anti-ours en Ariège, principalement dans les montagnes du Couserans.

Alors que l’été avait été plutôt calme sur le front des « prédations » et attaques attribuées à l’animal sur les troupeaux en estive – environ 200, contre plus de 1 200 en 2018 en Ariège –, cette annonce relance une nouvelle fois les débats sur la cohabitation avec Ursus arctos. Après les très controversés lâchers de Sorita et Claverina, en 2018 dans le Béarn, trois plantigrades sont morts côté français et espagnol courant 2020. Cachou, empoisonné dans le Val d’Aran côté espagnol ; Sarousse, qui vivait sur le versant espagnol depuis 2010 et a été tuée par un chasseur ; et enfin un mâle de 5 ans, découvert en Ariège criblé de balles le 9 juin.

Si les auteurs des deux premiers faits ont été arrêtés, côté français « les investigations se poursuivent et plus de 70 personnes ont été entendues dans cette affaire où personne ne parle beaucoup », déclare au Monde le procureur de la République de Foix, Laurent Dumaine. Si l’Etat ne fournit pas de calendrier pour la révision de Life ours Pyr, il va devoir aussi répondre à la Commission européenne qui, le 29 janvier, lui demandait de « remplacer les ours tués par l’homme en 2020 et de procéder à de nouveaux lâchers, comme la loi [le] lui impose ». La mesure figure en effet dans la feuille de route du plan « Ours brun », sous peine de poursuites.

Philippe Gagnebet (Toulouse, correspondant)

Le Monde

Quand les bergers sont aidés, le loup est accepté

quand les bergers sont aidés

Une étude menée en Espagne montre qu’une cohabitation entre loups et troupeaux est possible. À condition d’accompagner au cas par cas les populations locales financièrement et moralement.

Il n’y a pas de recette miracle pour cohabiter pacifiquement avec le loup. Une étude parue dans Frontiers in conservation début septembre 2021, et menée par l’université de Leeds, au Royaume-Uni, et l’université d’Oviedo, en Espagne, montre qu’une coexistence sereine avec le loup dépend de nombreuses conditions écologiques, économiques et sociales liées au contexte géographique. Elle illustre l’importance de travailler avec chaque communauté pour trouver des solutions adaptées à leurs besoins et aux conditions locales, plutôt que d’appliquer des solutions généralisées.

Cette publication intervient alors que la chasse au loup est, depuis le 22 septembre, interdite sur l’intégralité du territoire de l’Espagne sur décision du gouvernement de Pedro Sánchez.

« L’acceptation des loups est cruciale pour une forme de cohabitation résiliente. Mais il est important de reconnaître que les gens ont tendance à être en désaccord sur la façon dont les terres locales devraient être gérées et sur les espèces qui devraient s’y trouver, dit à Reporterre Hanna Pettersson, auteure principale de l’étude et chercheuse au Sustainability Research Institute de Leeds. Par exemple, dans la Sierra de la Culebra, tout le monde n’aime pas les loups, mais même ceux qui ne les aiment pas les considèrent comme faisant partie du système local et ne s’engagent pas dans des activités visant à les tuer ou à les éradiquer »

loup

Si les bergers des zones où les loups ont toujours été présents ont un savoir-faire pour se prémunir, ceux des zones où le retour du carnivore est récent devront apprendre à s’adapter. CC BY-SA 4.0/Arturo de Frias Marques/Wikimedia Commons

Durant toute l’année 2020, la chercheuse a étudié trois communautés rurales d’Espagne afin d’essayer de comprendre quelles sont les clés permettant une bonne coexistence avec le canidé. Comme en France, les pratiques agricoles traditionnelles sont encore répandues en Espagne, les bergers font paître le bétail librement sur de vastes zones géographiques et sont confrontés au risque de prédation par les loups. Dans la première communauté, les loups ont toujours été présents depuis des décennies, dans la deuxième il avait disparu dans les années 1950 et a recolonisé le territoire, et dans la troisième, le canidé s’est éteint depuis les années 1960 mais est susceptible de se réinstaller prochainement. Les chercheurs ont réalisé 92 interviews de différents acteurs du territoire sur la ruralité, sur les interactions entre l’homme et la nature et les perspectives futures de cohabitation avec le loup. Ils en ont tiré plusieurs conditions essentielles pour une coexistence réussie entre l’homme et ces grands carnivores.

La première condition consiste à mettre en place des institutions efficaces formelles et informelles pour fournir un soutien aux éleveurs, mais aussi un processus décisionnel transparent et participatif qui adapte les exigences de conservation — le loup étant protégé en Europe par la convention de Berne sur la conservation de la vie sauvage — aux conditions locales, et qui puisse arbitrer les différends lorsqu’ils surviennent. Dans la communauté de Sanabria-La Carbadella, dans la province de Zamora, où le loup a toujours été présent, la réserve de chasse de Culebra autorise le tir de certains loups moyennant une somme d’argent reversée aux éleveurs. Lorsque des attaques ont lieu sur les troupeaux, le parc doit indemniser les éleveurs. Selon un biologiste sondé dans l’étude, « cette mesure donne l’impression que la population de loups est contrôlée et contribue au développement économique de la région, participant à une meilleure acceptabilité sociale de sa présence. »

loup et berger

Dans les Asturies, des garanties financières pour les éleveurs ont aidé à l’acceptation de la présence du loup. Domaine public/Eduard Solà/Wikimedia Commons

Dans les Asturies où le loup avait disparu dans les années 1960 et recolonisé le territoire en 1986, une ONG locale a par ailleurs mis en place un système de certification qui garantit des prix élevés et fiables pour un agneau « pro-biodiversité ». Ce système offre les fonds nécessaires aux bergers pour pratiquer leur métier plus sereinement, ainsi qu’une reconnaissance publique de leurs services environnementaux dans les magasins et les restaurants où leur viande est vendue. « Dans les zones où les loups et les hommes cohabitent, le principal problème n’est pas tant lié aux loups qu’aux pressions économiques et sociales qui menacent les moyens de subsistance, les cultures et l’autonomie des communautés locales. Pour différentes raisons, les loups en sont souvent venus à représenter ces pressions », dit la scientifique. Ainsi, selon les auteurs, dans la zone bientôt recolonisée, les budgets prévus et la fourniture d’infrastructures municipales pour les bergers ont le potentiel d’inverser les a priori négatifs si l’on aborde au préalable ces questions de dignité, de sécurité et de rentabilité.

Une deuxième condition pour une cohabitation résiliente est la confiance des communautés dans les décideurs locaux et l’acceptation des procédures et des résultats des prises de décision. Dans la communauté étudiée dans les Asturies, l’absence de consultation des communautés locales liées à une difficulté de gérer les attaques à cause du relief très montagneux a conduit à une défiance envers les décideurs locaux, et ce malgré l’autorisation de tirs.

Des pratiques à redécouvrir

L’étude souligne également l’importance de maintenir un faible niveau de risque en adaptant les pratiques pour réduire la vulnérabilité des troupeaux. Les pratiques traditionnelles de protection de troupeau comprenaient l’utilisation de clôtures la nuit et de chiens de protection. Dans les Asturies, ces pratiques ont été abandonnées et oubliées car le loup avait disparu. Son retour a donc été problématique pour la communauté étudiée dans les Asturies. Malgré le retour de l’utilisation des clôtures et des chiens de protection, la prédation y reste plus élevée.

« Dans les zones où le loup a toujours été présent, les communautés ont vécu avec les loups pendant tant de générations que les chiens et les bergers n’ont jamais été abandonnés, Ils savaient quelles zones éviter et combien de chiens il leur fallait pour prévenir les attaques », dit Hannah Pettersson. Cette habitude permet « une adaptation continue et un transfert de connaissances ».

Un constat partagé par Pierre Rigaux, naturaliste expert du loup et auteur de Loups, un mythe vivant : « Dans les endroits où le loup a toujours été présent, il y a une forme de responsabilisation de certains éleveurs qui ont une certaine technicité dans la sélection des chiens et des clôtures par exemple. Évidemment ce n’est pas si simple et ça dépend de beaucoup de paramètres, mais cela peut expliquer des différences de prédation. »

Mais en Espagne aussi, le débat reste vif. La décision du gouvernement espagnol d’interdire tout tir de loup a provoqué la colère de la Cantabrie, des Asturies, de la Galice et de la Castille-et-Léon qui promettent de déposer un recours en justice. En effet, ces régions concentrent l’immense majorité de la population de loups en Espagne. « De nos jours, les bergers ont du mal à être compétitifs, car les marchés et les infrastructures locales ont disparu et le nombre d’intermédiaires dans la chaîne d’approvisionnement a augmenté », dit Hannah Pettersson. De plus, l’élevage extensif implique de lourds investissements face aux prédateurs. Il faut nourrir les chiens de protection, et des équipements comme les clôtures. Le secrétaire d’État à l’environnement Hugo Moràn promet des « ressources financières » pour les éleveurs qui vivent avec la présence de grands carnivores.

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.
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Une aigrette garzette vaut 1 euro !!!

Aigrette garzette les ailes déployées

1 euro de réparation pour le tir d’une aigrette !

Il avait prétendu confondre une aigrette garzette (oiseau au plumage blanc) avec un Grand cormoran (au plumage… noir !). Gilbert Limandas, chasseur, pisciculteur et ancien administrateur de l’ONCFS*, ignorait que des agents de la police de l’environnent surveillaient la zone lorsqu’il a abattu d’un coup de fusil cet oiseau protégé, sur un étang de la Dombes (Ain), en avril 2019.

Si les inspecteurs ont correctement effectué leur travail, en dressant un procès-verbal contre leur ancien patron, le parquet de Bourg-en-Bresse a préféré quant à lui classer l’affaire sans suite, le 19 août 2019 ! Gilbert Limandas, également ancien administrateur de la FNSEA et ancien président de la Chambre d’agriculture, a reçu un simple rappel à la loi, invoquant pour sa défense une « malheureuse coïncidence »… Si aigrette garzette et Grand cormoran ont une taille similaire, leur bec est très différent mais surtout : l’un est intégralement blanc, l’autre complètement noir !

Grand cormoran © M. Quiot

grand_cormoran

Propriétaire de plusieurs étangs, Gilbert Limandas bénéficiait d’une autorisation individuelle de tirs de Grands cormorans délivrée par la préfecture de l’Ain. Ces oiseaux protégés, qui se nourrissent de poissons, sont la bête noire des pisciculteurs dont certains, plutôt que de miser sur les mesures de protection, préfèrent souvent la solution de l’abattage… D’autres oiseaux au régime poissonneux peuvent ainsi être inquiétés par le braconnage, comme les balbuzards, les hérons… et les aigrettes.

Ayant pris connaissance de ce scandale judiciaire grâce à un article du Canard Enchaîné publié le 11 septembre 2019, l’ASPAS a décidé d’attaquer le contrevenant au pénal aux côtés de la LPO et de FNE Ain (rappelons que la destruction d’une espèce protégée est passible de 150 000 euros d’amende et de 3 ans d’emprisonnement !). Après deux ans d’attente, le verdict est enfin tombé le 16 septembre 2021 : Gilbert Limandas est condamné à verser 1€ symbolique (!) en réparation du préjudice moral à chacune de nos associations, et seulement 250 € d’amende versé à l’Etat pour destruction d’espèce protégée.

Son fusil sera détruit, en revanche son permis de chasse ne lui sera pas retiré… Le juge n’a pas non plus retenu la circonstance aggravante d’avoir eu des responsabilités importantes au sein de la police de l’environnement.

Notons que le clientélisme dont semble bénéficier M. Limandas a également troublé la Fédération Départementale des Chasseurs de l’Ain, qui avait choisi de ne pas se porter partie civile.

* ONCFS : Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, devenu depuis 2019 l’OFB (Office Français de la Biodiversité).

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