Réserve des Sept-Îles : les pêcheurs volent dans les plumes de la LPO

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La réserve naturelle nationale des Sept-Îles rassemble plus de 25 000 couples d’oiseaux marins et onze espèces nicheuses régulières. – Nicolas Memeteau / CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons

La désignation de la LPO comme seule gestionnaire d’une réserve naturelle en Bretagne a provoqué des réactions virulentes des pêcheurs et de la Région. Ils craignent aussi d’être écartés des futures aires marines protégées.

La photo promettait d’être belle. Élus locaux, ministre, secrétaires d’État, acteurs économiques, de la pêche au tourisme et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) sont là, tout sourire devant les journalistes. L’objet de la cérémonie ? Inaugurer en grandes pompes l’extension maritime de la réserve naturelle nationale des Sept-Îles, dans les Côtes-d’Armor, jusqu’alors essentiellement terrestre.

Et… « ça a été la douche froide, dit à Reporterre Jacques Doudet, secrétaire général du comité des pêches de Bretagne. Depuis des mois, le ministère nous disait que notre demande de cogestion serait étudiée, qu’il y aurait un appel à manifestation d’intérêts. En réalité, non, la décision était déjà prise. »

Les pêcheurs l’ont compris ce jour qui devait être de fête, le 25 août dernier, de la bouche même du secrétaire d’État à la Mer, Hervé Berville. Pas de cogestion, pas d’appel à manifestation d’intérêts : la réserve sera gérée par la LPO seule, comme c’est le cas depuis 1976. Cette annonce, faite comme en passant, devant les journalistes, met le feu aux poudres et déclenche une réaction en chaîne dont les conséquences sont toujours vives deux mois plus tard.

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Quatre jours après, le 29 août, le comité des pêches régional s’insurge contre cette annonce dans un communiqué de presse« surprise et déception » se mêlent à la « colère des pêcheurs professionnels ». Ils y écrivent être mis devant le fait accompli par ce choix de modèle de gouvernance et défendent la légitimité des pêcheurs à être cogestionnaires de la réserve du fait de son extension maritime : « C’est pour cette raison que nous pensons pouvoir apporter une plus-value sur cette partie maritime », explique Jacques Doudet. Le courrier affirme aussi qu’une demande des pêcheurs, appuyée par le préfet des Côtes-d’Armor, d’être associés à la gestion attend une réponse du ministère de la Transition écologique depuis… 2021.

Un dévoiement de l’écologie ?

Deux jours plus tard, le 31 août, Daniel Cueff, vice-président mer et littoral à la région Bretagne jette de l’huile sur le feu. Son communiqué de presse fustige la gestion exclusive par la LPO, dénonçant « une conception radicale, et dévoyée dans son radicalisme, de l’écologie ». La Ligue pour la protection des oiseaux, placée de la sorte en première ligne, goûte peu la virulence de cette prise de parole de l’élu breton.

D’autant moins que cette association, reconnue d’utilité publique, a été créée en 1912 à la suite d’une mobilisation pour sauvegarder les macareux moines. Cet oiseau, devenu l’emblème de l’association, niche justement… sur l’archipel des Sept-Îles.

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L’archipel des Sept-Îles abrite une grande variété d’oiseaux marins. Membeth / Domaine public / WIkimedia Commons

Depuis, la LPO se mure dans le silence. Lorsque nous lui demandons un entretien pour parler de la nouvelle réserve et y faire un reportage, un rendez-vous est fixé, puis annulé, puis à nouveau fixé et à nouveau annulé. Elle renvoie la balle à son commanditaire, les services de l’État.

Avec l’État non plus, ce n’est pas simple. Le service de presse du ministère de la Transition écologique nous répond une première fois, puis passe aux abonnés absents. Enfin, nous obtenons un entretien. Comment donc la gestion de la réserve des Sept-Îles est-elle devenue une telle source d’embarras ?

Finalement interrogé par Reporterre sur ces réactions, le ministère de la Transition écologique confirme d’abord l’annonce d’Hervé Berville le jour de l’inauguration : « C’est une évidence pour tous les acteurs publics que la gestion revienne à la LPO, qui remplit sa mission, dictée par l’État, depuis plus de 40 ans », dit-on au ministère. La LPO a un rôle de prestataire, l’État a toujours le dernier mot. Par exemple, elle ne pourrait pas décider unilatéralement d’interdire l’accès à une zone de pêche. De plus, « une commission dédiée à la pêche sera créée et les modalités exactes de la gestion seront définies d’ici la fin de l’année », explique le ministère.

Le ministère reconnaît cependant que les propos du comité des pêches et du vice-président mer et littoral de la Région se justifiaient, alertant néanmoins sur le risque d’une vision « manichéenne des aires marines protégées », où « soit on autorise tout, soit on n’autorise rien. Ce n’est pas ce qu’il se passe en France ».

25 000 couples d’oiseaux

Jusqu’à son inauguration officielle, le projet d’extension maritime satisfaisait tout le monde : il est le fruit de plusieurs années de concertation et de recherche de consensus entre les différents acteurs locaux, comme le montrent les comptes-rendus des réunions qui se sont déroulées entre 2018 et 2021. Et qui ont abouti en juillet dernier, à l’officialisation par décret de l’extension de la réserve nationale des Sept-Îles. Sa superficie passant de 280 à 19 700 hectares, elle est devenue la deuxième plus grande réserve de France. En réunissant plus de 25 000 couples d’oiseaux marins et onze espèces nicheuses régulières, elle est la plus importante réserve naturelle du littoral français pour l’avifaune nicheuse, selon les services de l’État.

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Le macareux moine, emblème de la LPO, niche dans les Sept-Îles. Hanno / CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons

Si la concertation s’est déroulée dans les règles, pourquoi des tensions ont subitement cristallisé ? Pourquoi le vice-président mer et littoral de Bretagne a-t-il parlé d’ONG à la « conception radicale, et dévoyée dans son radicalisme, de l’écologie » ? Cela alors même qu’une publication scientifique de septembre dernier a analysé la gouvernance de la réserve et les moyens de l’améliorer en donnant plus de place aux acteurs locaux ?

Auprès de Reporterre, Daniel Cueff justifie son discours et élargit le débat au-delà des Sept-Îles. « Nous sommes face à l’influence de certaines ONG environnementales qui estiment que l’être humain doit être en dehors d’un certain nombre d’espaces et qui veulent zoner le littoral avec une zone pour la biodiversité, une autre pour l’offshore et ainsi de suite. Ces ONG veulent privatiser l’espace maritime via les aires marines protégées. C’est une mosaïque qui n’a pas de sens pour le secteur de la pêche et qui s’inscrit dans une tendance récente. »

« Le problème, c’est un ministère paresseux »

Parle-t-il de la LPO et de la gestion de la réserve des Sept-Îles ? « Non, jure-t-il. La LPO est une pépite, elle gère la réserve depuis des années. Le problème, c’est un ministère paresseux, qui décide que ce sera exclusivement une ONG qui aura la gestion d’un espace littoral. Et les autres usagers, comme les pêcheurs, seront mis de côté dans des commissions ad hoc. C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. »

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Les pêcheurs ont dit leur agacement de n’avoir pas été associés à la gestion de la réserve depuis son extension maritime. Jehouanne / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons

Au-delà du cas de la réserve naturelle bretonne se trame l’enjeu des extensions maritimes d’autres réserves naturelles terrestres nationales, objet, elles aussi, de frictions entre les usages économiques de l’espace maritime et les objectifs de préservation de la faune et de la flore, raison d’être de ces espaces protégés. Ce que Jacques Doudet, du comité des pêches de Bretagne, explique à Reporterre : « La réserve naturelle des Sept-Îles est la première extension en mer, d’autres vont suivre. Pour nous, ce qu’il se passe dans les Côtes-d’Armor a valeur d’exemple au niveau national où une vingtaine d’autres réserves pourraient être concernées par des projets d’extension. » Une dynamique déjà à l’œuvre, comme dans le Finistère, où une extension de la réserve des Glénan est sur la table.

Bretagne : Le périmètre de la réserve des Sept-Îles passe de 280 à 19.700 hectares

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Un décret publié vendredi 21 juillet au Journal officiel vient d’officialiser son extension.

Avec plus de 20.000 couples d’oiseaux marins et 27 espèces nicheuses, c’est la plus importante réserve naturelle du littoral français. Véritable sanctuaire de la faune sauvage, l’archipel des Sept-Îles dans les Côtes-d’Armor voit son rôle renforcé. Selon un décret publié vendredi au Journal officiel, sa superficie vient ainsi d’être considérablement étendue, passant de 280 à 19.700 hectares.

Réclamée depuis longtemps par la Ligue de protection des oiseaux (LPO), cette extension « se justifie pour protéger le patrimoine naturel marin, notamment les forêts de laminaires et les champs de gorgones, les hauts plateaux rocheux et les espèces qui en dépendent », selon le décret.

Le refuge des fous de Bassan et des macareux moines

Elle vise également à « renforcer la préservation de l’avifaune marine nicheuse particulièrement riche et diversifiée sur ce secteur ainsi que celle de la colonie de phoques gris », ajoute le texte. L’île Rouzic par exemple abrite la quasi-totalité des populations de fous de Bassan et de macareux moine de l’hexagone.

« Tout le monde à conscience de l’importance et de la richesse de la réserve. C’est une bonne chose », a réagi le maire de Perros-Guirec Erven Léon, rappelant que « ce décret est le résultat d’un long processus qui visait à l’extension de la réserve. » « Ce qui était important c’était le maintien des activités humaines, précise l’élu. Dans la zone de quiétude cela permet de maintenir les activités, de pêche, le nautisme et le tissu associatif. » En 1912, les Sept-Îles étaient devenues le premier espace protégé français de droit privé sous le statut de réserve ornithologique, grâce à la LPO.

Source : 20 Minutes/AFP, 24 juillet

LES PÊCHEURS VOLENT DANS LES PLUMES DE LA LPO

Oiseaux écrasés contre les vitres : les architectes peuvent les sauver

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Parmi les solutions faciles à mettre en œuvre, on peut citer le « film anti-oiseaux » à mettre sur les vitres. – Pxhere/CC0

L’architecture des villes peut permettre de prévenir les collisions avec les oiseaux, écrit l’auteur de cette tribune. Des formes de bâtiments adaptées, éteindre les villes la nuit… des solutions existent.

Paul Dobraszczyk est maître de conférences en architecture, à l’University College de Londres.

 

Au moins 1 000 oiseaux ont été tués en une journée, début octobre, et cela pour un seul et unique bâtiment. Il s’agit du McCormick Place Lakeside Center, à Chicago, le plus grand centre de congrès d’Amérique du Nord. Paradigme du modernisme architectural, le Lakeside Centre a été construit par étapes entre 1960 et 2017, et est un mastodonte d’acier, de béton et de verre.

Bien que la façade de verre presque ininterrompue du bâtiment ne soit pas particulièrement haute par rapport aux normes contemporaines, elle pose un sérieux problème aux oiseaux. C’est surtout le cas la nuit, car l’éclairage intérieur les désoriente. Le millier d’oiseaux tués ce jour-là ne représentait qu’une petite partie des millions d’oiseaux migrateurs qui se déplaçaient vers le sud du continent pour rejoindre leurs aires d’hivernage — un voyage que ces animaux effectuent deux fois par an.

Ce qui rend cette mort massive d’oiseaux inhabituelle, ce n’est pas le nombre d’animaux morts (l’American Bird Conservancy estime que jusqu’à 1 milliard d’oiseaux subissent le même sort chaque année), mais le fait qu’elle ait autant attiré l’attention du public. Ce qui a été rendu possible par le Chicago Bird Collision Monitors, un groupe de bénévoles qui enregistre les collisions d’oiseaux dans la ville depuis 2003. D’après les données recensées par le groupe, il s’agit du plus grand nombre d’oiseaux morts enregistrés pour un bâtiment en une seule journée.

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La forme de l’Aqua Tower empêche les oiseaux de voler dans les fenêtres du bâtiment. Flickr/CC BY-NC 2.0 Deed/Maciek Lulko

L’un des moyens de prévenir les collisions avec les oiseaux est d’accorder plus d’attention à la conception architecturale des bâtiments en verre dans les villes. Chicago a donné l’exemple en 2009 lorsque l’architecte américaine Jeanne Gang a achevé la construction de l’Aqua Tower. Sa façade en forme de vague et son verre fritté ont été notamment conçus pour empêcher les oiseaux de voler dans les fenêtres du bâtiment. Le verre fritté est imprimé avec de l’encre et contient de très petites particules de verre broyé, ce qui lui donne un aspect givré ou légèrement opaque.

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres des multiples efforts déployés par Jeanne Gang pour « naturaliser » les gratte-ciel, ces bâtiments généralement composés de lignes droites en raison de leur ossature en acier ou en béton. Or, comme l’a dit un jour l’architecte catalan Antoni Gaudí, « il n’y a pas de lignes droites ni d’angles aigus dans la nature ».

Forme des bâtiments, vitres anti-oiseaux

Les balcons de l’Aqua Tower sont ainsi incurvés afin d’adoucir les bords durs d’un gratte-ciel par ailleurs conventionnel. L’effet d’ondulation, semblable à une vague, permet également de minimiser le cisaillement du vent et de créer de l’ombre. En tandem avec le verre fritté, les qualités réfléchissantes et les bords durs du verre sont atténués, ce qui permet d’éviter toute confusion, en particulier la nuit.

Cette tour montre que des caractéristiques architecturales choisies pour améliorer la qualité de vie des humains peuvent également profiter à d’autres êtres vivants. Ce défi a aussi été relevé par l’architecte Joyce Hwang, basée à Buffalo (États-Unis), dans son projet No Crash Zone en 2015. Joyce Hwang a temporairement appliqué des motifs sur les fenêtres du Sullivan Center à Chicago, évidemment pour dissuader les oiseaux de traverser les façades vitrées, mais aussi pour ajouter un intérêt esthétique au matériau lui-même.

Pour Joyce Hwang, les architectes peuvent toujours utiliser du verre pour les bâtiments, mais avec un peu d’imagination, ils peuvent y intégrer des ornements graphiques à la fois agréables pour les humains et qui présentent un plus faible potentiel de distraction pour les autres créatures.

Parmi les solutions plus faciles à mettre en œuvre, on peut citer le « film anti-oiseaux » : un film stratifié de points appliqué sur le verre pour aider les oiseaux à voir les fenêtres comme des objets, plutôt que comme transparentes, ce qui minimise le risque de collision. Cette option a été adoptée par l’université Columbia à New York ainsi que par plusieurs autres bâtiments de la ville, y compris un hôtel, un cimetière, un centre de courrier et un terminal de ferry.

Éteindre les villes la nuit

Le problème le plus difficile à résoudre, lorsqu’il s’agit de protéger les oiseaux, tient à la façon dont les humains utilisent la lumière artificielle.

En 2019, on a découvert que l’installation Tribute in Light, organisée chaque année à New York pour marquer l’anniversaire des attentats du 11 septembre, désorientait et épuisait les oiseaux migrateurs. Les oiseaux sont attirés par les faisceaux lumineux de l’installation, qui éclairent sur une hauteur de 4 miles (plus de 6 kilomètres). Piégés par le spectacle, ils dévient de leurs routes migratoires.

En 2020, il a été décidé d’éteindre périodiquement les lumières, puis de les rallumer, afin que les oiseaux, même s’ils sont désorientés par le dispositif, puissent se rétablir et poursuivre leur chemin.

« Aujourd’hui, la ville éclairée ne s’éteint que dans des circonstances extrêmes »

Une étude menée en 2021 à Chicago a montré comment l’application d’un tel principe peut être généralisée : en éteignant la moitié des lumières des grands bâtiments pendant la nuit, les collisions avec les oiseaux pourraient être divisées d’un facteur 6 à 11. Une modification de la loi est d’ailleurs débattue à New York afin d’interdire l’éclairage nocturne des bâtiments inoccupés. De nombreux tribunaux, bibliothèques et écoles publiques de la ville éteignent déjà leurs lumières pendant la saison de migration des oiseaux.

Il n’est pas certain que ces changements suffisent à susciter une transformation plus large des attitudes à l’égard de la lumière artificielle dans les villes. Après tout, l’éclairage nocturne est lié au rythme 24h/24, 7j/7 des villes qui ne dorment jamais. Celles-ci ont vu les cycles naturels de la lumière et de l’obscurité disparaître depuis longtemps. Aujourd’hui, la ville éclairée ne s’éteint que dans des circonstances extrêmes, comme les pannes d’électricité généralisées qui ont frappé la ville de New York après l’ouragan Sandy en octobre 2012.

Pourtant, les gens pourraient trouver des moyens d’utiliser moins de lumière artificielle. L’obscurité est un élément vital de la nature. Elle permet aux animaux et aux plantes de se reposer et de s’abriter. Pour les oiseaux migrateurs, l’obscurité est un lieu sûr ; elle leur permet également de percevoir le monde comme ils en ont besoin, la lumière de la Lune et des étoiles (et leur sensibilité au champ magnétique terrestre) guidant leurs longs voyages.

La protection des oiseaux migrateurs pourrait ainsi remettre au goût du jour l’observation du ciel nocturne. Comme si le fait de rendre les villes plus accueillantes de nuit pour les oiseaux pouvait également aider leurs résidents humains à renouer avec la beauté de la nature et l’émerveillement face aux cieux étoilés.

Cette tribune a été initialement publiée sur le site The Conversation.

Elles guident des oiseaux migrateurs par ULM pour les sauver de l’extinction

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Pour permettre aux ibis érémites de repeupler l’Europe, des scientifiques les guident en ULM sur des nouvelles routes migratoires. Récit d’une épopée de plusieurs milliers de kilomètres, du lac Constance à l’Andalousie.

Vejer de la Frontera (Andalousie), reportage

Elle est assise au milieu d’une trentaine d’oiseaux noirs, cous élancés, têtes chauves prolongées par un long bec orange recourbé. Elle les caresse, leur parle. Elle saurait reconnaître chacun d’entre eux. Avec sa collègue « Babsi », elle les a élevés. Elle les a vu battre des ailes pour la première fois et leur a appris à parcourir de longues distances.

Puis, elle a volé à leurs côtés, à bord d’un ultra léger motorisé (ULM), pour les guider jusqu’ici, dans le sud de l’Espagne, à 2 300 km de leur Allemagne natale, entre le 21 août et le 3 octobre. Une route que les ibis érémites, qui avaient disparu en Europe, n’avaient probablement plus parcourue depuis 400 ans.

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Les membres de la la WaldrappTeam ont vu grandir ces ibis. © WaldrappTeam

L’heure des adieux approche. « Je suis heureuse car nous les avons élevés pour qu’ils volent libres un jour. Mais nous avons noué un lien tellement profond, et je sais qu’il y en a que je ne reverrai plus, ou que certains ne survivront pas », dit Helena Wehner, 26 ans. Avec Barbara Steininger, Babsi, 29 ans, elle est « mère adoptive » dans la WaldrappTeam (« équipe ibis érémite » en français), qui travaille à la réintroduction en Europe centrale de cette espèce qui a frisé l’extinction totale au niveau mondial dans les années 1990.

Nouveau voyage      

Elles passent de moins en moins de temps avec leurs protégés, pour les déshabituer à la présence humaine. Barbara vient de repartir. Helena rentre le 26 octobre. Les oiseaux doivent rester encore un peu dans une volière, le temps d’assimiler que le voyage est fini et de s’acclimater à leur résidence d’hiver, Vejer de la Frontera, non loin de Gibraltar, en Andalousie. Ils seront définitivement libérés début décembre.

Les oiseaux ont grandi à Hilzingen, dans le sud-ouest de l’Allemagne, près du lac Constance. Quand leur horloge biologique marquera l’heure de se reproduire, d’ici au moins un an et demi, leur instinct les poussera à retourner vers cette petite commune verdoyante. Puis, ils referont le voyage chaque année, et montreront le chemin à leurs descendants. C’est, en tout cas, le plan.

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La méthode a déjà fait ses preuves. Aujourd’hui, autour de 250 ibis érémites vivent libres autour du lac Constance. Nombre d’entre eux sont nés en liberté, et migrent chaque année sur la route que leurs géniteurs leur ont enseignée.

« Nous menons des migrations guidées par des humains depuis 2003, les premières étaient des tests, raconte Johannes Fritz, fondateur et chef de projet de la WaldrappTeam. En 2011, les oiseaux sont revenus pour la première fois. Nous avons beaucoup amélioré la technique depuis. » Jusqu’ici les colonies d’ibis érémites réintroduites autour du lac Constance migraient vers la Toscane, en Italie. À quelque 800 km en traversant les Alpes.

Mais le changement climatique est venu tout bouleverser. « Ces deux dernières années, les ibis sauvages ont commencé la migration plus tard que d’habitude, en novembre », raconte Helena. Les étés s’allongent et la douceur des automnes ne pousse plus les migrateurs à partir en septembre, comme avant. Mais en novembre, la neige couvre déjà les hauteurs des Alpes, qui se transforment en piège mortel. Une cinquantaine d’oiseaux ont dû être secourus l’an passé. D’autres sont probablement morts.

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Des migrations rendues tardives par le changement climatique mettent en danger ces oiseaux. © WaldrappTeam

La solution a surgi d’un incident. Lors de la précédente migration guidée, en 2022, un des ibis s’est perdu. Au lieu de revenir sur ses pas, le réflexe habituel, Ingrid a poursuivi sa route sur un tout autre chemin… « Nous l’avons retrouvé près de Malaga », dit Miguel Ángel Quevedo, vétérinaire au zoo de Jerez de la Frontera.

« Ce sont des oiseaux très sociables »

Il coordonne le seul autre programme de réinsertion d’ibis érémites en Europe. Avec ses collègues, Quevedo a patiemment installé une colonie sédentaire de quelque 250 individus dans les parages de Vejer de la Frontera. Menée jusqu’à eux, Ingrid s’est parfaitement intégrée. « Ce sont des oiseaux très sociables », précise le vétérinaire.

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La sociabilité de ces ibis permet aux oiseaux isolés d’être bien intégrés dans des colonies déjà constituées. © WaldrappTeam

La mésaventure d’Ingrid et son heureux dénouement ont donné une idée à la WaldrappTeam : la prochaine migration guidée mettra le cap sur l’Andalousie. 2 300 km, en six semaines et dix-huit étapes. La plus longue route jamais réalisée moyennant cette technique a eu droit à son journal de bord :

17 avril 2023. « Notre groupe est au complet ! Les deux retardataires à l’éclosion ont rejoint leur nouveau nid aujourd’hui. » 35 poussins en tout. « Nous étions avec eux de 7 heures du matin à 10 ou 11 heures du soir. Le plus important était d’avoir des contacts sociaux avec eux », se souvient Barbara. « Come, come, waldy ! Come come ! » répètent-elles à chaque fois qu’elles vont les nourrir. « Ça les conditionne. Dès qu’ils entendent ce son, ils savent qu’il y a une récompense, sous forme de nourriture », explique Helena.

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Le voyage vers l’Andalousie était entrecoupé de dix-huit étapes. © WaldrappTeam

25 mai. « Nos trois derniers ibis ont pris leur envol. […] Les préparatifs pour l’entraînement au vol avec l’ULM commencent. » Pour réduire la peur de l’engin, le son du moteur est diffusé par haut-parleur dans la volière. Le véhicule est installé à côté, ou manœuvre non loin, pour les habituer à sa présence.

« Ma mère est là-dedans, et je peux voler à côté »

10 juin. Premier vol hors de la volière. Les choses sérieuses commencent. D’abord, les oiseaux tournoient au-dessus de leurs mères adoptives, à pied. « Come waldy ! Come », lancent-elles. Puis un ULM roule au sol, sans voile, poussé par son hélice.

Haut-parleur à la main, Helena lance son cri de ralliement depuis l’habitacle : « Come, waldy ! » « Au début, ils suivent de loin. Juste grâce au son de nos voix. On fait d’abord un petit saut, d’un champ à l’autre. Puis on élargit la distance. Le grand pas, c’est quand ils comprennent : “Ok, ma mère est là-dedans, et je peux voler à côté” », traduit Barbara. Elles les entraînent à rester groupés, proches de l’engin. À parcourir des distances de plus en plus longues. Renforcer leur mental aussi, pour qu’ils tiennent le rythme, malgré l’effort.

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Les ibis ont été habitués aux ULM avnat le grand envol. © WaldrappTeam

« Quand nous avons le vent dans le dos, on peut atteindre 60 ou 70 km/h et les oiseaux s’amusent beaucoup. S’il vient contre nous, on sent qu’ils peinent. On se dit “zut, on ne va pas arriver à la prochaine étape” », relate Helena. « On passe notre temps à les encourager : “Come, waldy ! Come !”, ça les anime. Ils reviennent à notre hauteur et nous félicitent en levant et en baissant légèrement la tête, cherchant le contact visuel. Ils se félicitent et s’encouragent les uns les autres aussi. »

Gare aux aigles

Les ULM doivent s’ajuster à la trajectoire et au rythme des ibis, qui peuvent soudain se mettre à tournoyer pour prendre un courant ascendant (pour économiser des forces), perdre la motivation, prendre peur. Un mauvais coup de vent, un autre dispositif volant qui s’approche trop ? Les ibis peuvent se perdre. Et ça arrive régulièrement. Mais ils reviennent généralement à l’étape précédente, où l’équipe les récupère.

L’incident le plus redouté : « Les attaques d’aigle. Ils n’attrapent pas nos ibis, mais ils sèment la panique et le groupe éclate complètement », rapporte Helena. Trois de ses protégés ne sont jamais arrivés à Vejer.

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Après un séjour en volière, les ibis allemands retrouveront la liberté auprès de la colonie espagnole. © WaldrappTeam

 

 « Regarde », se réjouit Babsi en pointant du doigt le vol d’une demi-douzaine d’ibis érémites en liberté, à quelques mètres du sol. Elle est assise non loin de la volière d’acclimatation, ce dimanche 15 octobre. De temps en temps, un ibis local vient se poser sur la volière de ses cousins allemands.

« Depuis le premier soir, un groupe d’ibis déjà en liberté dort dessus », explique Miguel Angel Quevedo. « Quand les nouveaux venus seront relâchés, les autres les accueilleront. Les nouveaux apprendront à vivre sur place en les imitant. »

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« Je suis heureuse car nous les avons élevés pour qu’ils volent libres un jour. Mais nous avons noué un lien tellement profond, et je sais qu’il y en a que je ne reverrai plus », dit Helena Wehner. Cette espèce a frisé l’extinction totale au niveau mondial dans les années 1990. © WaldrappTea

La mise en contact des deux populations devrait accélérer le processus qui mène à la viabilité de l’espèce en Europe sans intervention humaine, et favoriser sa dissémination le long de l’axe migratoire. C’est pourtant une grande question cette année : les nouveaux venus reprendront-ils la route ?

« Nous partons du principe que certains resteront avec le groupe sédentaire. Et peut-être que quelques ibis nés en Espagne partiront avec les migrateurs », dit Helena. Pour suivre le développement de l’expérience, les nouveaux venus viennent d’être équipés de balises GPS.

Pour apprendre comment se porte la faune, les scientifiques à l’écoute

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Un sifflement flûté et un trille aigu sur fond de bourdonnement grave d’insecte : c’est la musique d’une forêt à laquelle des scientifiques sont toute ouïe, pour avoir une idée de la biodiversité. L’enregistrement sonore de la forêt équatorienne fait partie de nouvelles recherches visant à déterminer comment l’intelligence artificielle (IA) pourrait étudier la vie animale dans des habitats en voie de régénération.

Bioacoustique

Lorsque les scientifiques souhaitent mesurer le reboisement, ils peuvent considérer de vastes étendues à l’aide d’outils tels que le satellite. Mais déterminer à quelle vitesse la faune sauvage revient dans une zone constitue un défi plus difficile, requérant parfois qu’un expert passe au crible les enregistrements sonores et isole les cris des animaux.

Jorg Muller, un professeur et ornithologue de l’Université de Wurzbourg, s’est demandé s’il existait une méthode différente. « J’ai vu l’écart qu’il nous reste à combler, notamment sous les tropiques, et les meilleures méthodes à avoir pour mesurer l’immense diversité« , explique-t-il à l’AFP. Il s’est tourné vers la bioacoustique, qui utilise le son pour en apprendre davantage sur la vie animale et ses habitats. Ce n’est pas un outil de recherche récent mais il est depuis peu associé à l’apprentissage informatique pour traiter plus rapidement de grandes quantités de données.

« Un outil puissant »

Jorg Muller et son équipe ont réalisé des enregistrements audio sur des sites de la région de Choco en Equateur, allant de plantations de cacao et de pâturages récemment abandonnés à des terres agricoles en cours de régénération après exploitation. Ils ont d’abord demandé à des experts d’écouter les enregistrements et de sélectionner les oiseaux, les mammifères et les amphibiens. Ensuite, ils ont effectué une analyse d’indices acoustiques, qui donne une dimension de la biodiversité fondée sur des mesures comme le volume et la fréquence des bruits. Enfin, ils ont fait deux semaines d’enregistrements en utilisant un programme informatique assisté par l’IA, conçu pour distinguer 75 cris d’oiseaux.

Le programme a permis de reconnaître de manière cohérente les cris d’oiseaux mais a-t-il pu identifier correctement la biodiversité de chaque emplacement ? Pour vérifier cela, l’équipe a utilisé deux données de base : une première provenant des experts qui ont écouté les enregistrements audio et une seconde reposant sur des échantillons de sons émis par des insectes de chaque endroit.

Même si le stock de sons disponibles pour entraîner le modèle d’IA signifiait qu’il ne pouvait reconnaître qu’un quart des cris d’oiseaux que les experts pouvaient identifier, il a néanmoins notamment été possible par cette méthode d’évaluer correctement les niveaux de biodiversité dans chaque endroit, assure l’étude parue le 17 octobre dans la revue Nature Communications.

« Nos résultats montrent que l’analyse du paysage sonore est un outil puissant pour surveiller le rétablissement des communautés fauniques dans les forêts tropicales extrêmement diversifiées« . « La diversité du paysage sonore peut être mesurée de manière efficace, économique et durable« , que ce soit dans les zones agricoles ou dans les forêts anciennes et en régénération, ajoute-t-on de même source.

Le problème des animaux silencieux

Il existe encore des lacunes, en particulier le manque de sons d’animaux sur lesquels former les modèles d’IA. Et cette approche ne permet de prendre en compte que les espèces qui annoncent leur présence. « Bien sûr, il n’y a aucune information sur les plantes ou les animaux silencieux. Mais les oiseaux et les amphibiens sont très sensibles à l’intégrité écologique, ils sont de très bons substituts« , a précisé M. Muller à l’AFP.

Source Science et Avenir

Chasses traditionnelles : le gouvernement choisit le passage en force par une porte dérobée

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Mis à jour le 20 octobre 2023

On les pensait définitivement enterrées, mais le gouvernement a sorti la pelle pour leur donner une seconde chance. Depuis 2018, des dizaines de décisions de justice nous ont donné raison, et ont permis d’éviter le massacre de centaines de milliers d’oiseaux. Mais le gouvernement ne recule devant rien pour faire plaisir aux chasseurs. Sous couvert « d’expérimentations scientifiques » (qui ne feront en rien avancer la science, seulement la chasse), il a décidé d’ouvrir la voie au retour des matoles, des pantes et des tenderies dans nos campagnes. Alors que les vanneaux huppés, les pluviers dorés ou encore les alouettes des champs passent déjà leur vie à éviter les tirs, nous ferons tout pour que ces arrêtés soient annulés, et que ces chasses cruelles restent le vestige d’un passé révolu.

Mise à jour du 20 octobre 2023 : 

Tous les arrêtés préfectoraux prévus sur les expérimentations des chasses traditionnelles en 2023 ont été publiés, et tous les référés suspension de One Voice envoyés aux tribunaux administratifs correspondants également. 
En plus de l’audience déjà prévue et annoncée le 26 octobre à Châlons-en-Champagne, une autre s’est ajoutée au calendrier, et aura lieu au TA de Bordeaux pour le Lot-et-Garonne le 27 octobre à 10h. 
Il est probable que ce même tribunal administratif audience le recours concernant la Gironde le même jour, mais restera à confirmer. Le TA de Pau quant à lui, n’a pour l’heure pas fixé de date d’audience non plus concernant nos requêtes pour les Landes et les Pyrénées-Atlantiques.

Au nom de la « tradition », une souffrance insupportable pour les animaux

Un chasseur-piégeur attrape une petite alouette des champs, qui se débat, lui accroche une cordelette autour de la patte ou de l’aile et l’enferme dans une cage avant d’aller se cacher. Puis il tire sur la corde. La douleur fait hurler l’alouette, qui cherche à s’enfuir, mais elle est prise au piège. Entendant ses cris, des dizaines de ses congénères – et d’autres espèces – volent à son secours. C’est à ce moment-là que le piège se referme : des filets tombent de part et d’autre, les piégeant tous, sans distinction. Les individus sélectionnés sont ensuite tués un à un, méthodiquement, et qu’importe si d’autres sont blessés dans la manœuvre…

Au nom de la « tradition », les chasses à la glu, aux matoles, aux pantes ou aux tenderies étaient encore autorisées jusqu’à récemment. Mais c’était compter sans notre action (et celle de la LPO, avec qui nous avons mené combat en parallèle, avec deux visions complémentaires) : depuis 2021, One Voice a obtenu une décision de la Cour de justice de l’Union européenne suivie par des dizaines de décisions du Conseil d’État, qui nous ont toutes donné raison : ces chasses sont tout simplement contraires à la directive « Oiseaux ». Si la chasse à la glu n’est plus qu’un triste souvenir, pour les autres techniques, le gouvernement s’acharne et le combat juridique continue. En octobre 2022, le Conseil d’État suspendait en urgence la chasse des alouettes des champs aux pantes et aux matoles dans le sud-ouest. Nous en attendons le jugement au fond. Et en mai dernier, il imposait même au gouvernement d’abroger les arrêtés de 1989 qui autorisaient le principe même de ces chasses.

Mais le ministre est manifestement prêt à tout pour faire plaisir à ce lobby, et n’hésite pas à balayer d’un revers de main les décisions de justice de la plus haute autorité administrative du pays pour lui permettre de tuer des animaux.

Les chasseurs, ces « scientifiques » bien connus, à la fois juges et partie!

Pour permettre la mise à mort de plusieurs milliers d’oiseaux en plus, le gouvernement a ou va lancer, dans cinq départements, une « expérimentation » afin de démontrer que ces modes de chasse seraient sélectifs. Et ce alors même que, concernant la chasse aux pantes et matoles, le Conseil d’État a d’ores et déjà tranché la question. Et bien évidemment, ces expérimentations seront menées par… les fédérations départementales des chasseurs. On n’est jamais mieux servi que par soi-même, n’est-ce pas ! Et on se targue d’être de grands scientifiques avec ça…

Nul besoin d’être un spécialiste pour bien voir que ces expériences n’ont de scientifique que le nom. Menées par les chasseurs et pour les chasseurs, cette mascarade a un seul objectif : ouvrir la voie au retour des pantes, des tenderies et des matoles. Dans les Ardennes, ce ne sont pas moins de 500 vanneaux huppés qui vont être ainsi capturés, et 15 pluviers dorés. Dans le Lot-et-Garonne, 1000 alouettes des champs vont finir dans les filets et les cages. Trois autres départements (Gironde, Landes et Pyrénées-Atlantiques) doivent encore publier leurs arrêtés. Nous prévoyons de les attaquer également.

Ils s’abriteront derrière la « science », ils diront que les oiseaux ne seront pas tués et invoqueront la « tradition ». Mais peu importe : contre ces modes de chasse barbares, nous porterons toujours la voix des animaux et de 83 % des Français qui souhaitent que ces pratiques disparaissent (sondage Ipsos/One Voice 2022). Nous attaquons ces arrêtés, et serons au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne le 26 octobre à 11 h 30 (pour les Ardennes)

Maxime Lambret

Fini la chasse aux bartavelles et aux tétras-lyres en Savoie

perdrix bartavelle

Le tribunal administratif de Grenoble a suspendu le 18 octobre la chasse des tétras-lyres et des perdrix bartavelles en Savoie. Cette décision fait suite à un recours en justice de l’association One Voice et de l’Aspas, qui protège la vie sauvage. Elles assuraient que le président de la fédération départementale des chasseurs de l’Isère avait autorisé la chasse de 201 tétras-lyres.

D’autres arrêtés d’autorisation de chasse pour ces oiseaux des montagnes ont été annulés récemment. Le 13 octobre, le tribunal administratif de Marseille a suspendu l’arrêté fixant les quotas de chasse des perdrix bartavelles et des tétras lyres dans le département de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Cette victoire de l’association animaliste contrarie les chasseurs. « Les chasseurs s’étaient engagés sur des fourchettes de prélèvement extrêmement faibles », peut-on lire sur le site Chasse passion.

La fascinante stratégie de chasse des faucons pèlerins

Faucon-pélerin

Un comportement étonnant a été observé chez les bécasseaux d’une baie en Colombie-Britannique, au Canada. Ils passent les heures de marée haute en vol, dans une formation très particulière leur permettant d’éviter des attaques de faucons pèlerins. Mais il se trouve que ces derniers ont peut-être réussi à détourner cette technique d’esquive à leur profit.

« Même si les prédateurs sont imaginés ayant des stratégies d’attaques très pointues dans les références de pop-culture, à l’instar des vélociraptors dans Jurassic Park, les biologistes restent beaucoup plus sceptiques quant à leurs véritables capacités d’organisation », raconte dans un communiqué le professeur Ronald Ydenberg de l’Université de Simon Fraser (Canada), principal auteur d’une étude portant sur l’attaque des faucons parue le 11 octobre 2023 dans Frontiers in Ethology. Pourtant, force est de constater que les observations qu’il a menées sur les faucons pèlerins (Falco peregrinus), face à des bécasseaux variables, démontre une tendance à réfléchir les attaques pour assurer plus de prises.

Les faucons et les bécasseaux variables de la baie Boundary

Les bécasseaux variables (Calidris alpina pacifica) sont des oiseaux limicoles (qui vivent sur les rivages) marins. Ce sont des êtres sociaux avec un fort instinct grégaire. Ils forment durant l’hiver des groupes de parfois plusieurs centaines d’individus et ratissent les vasières à la recherche de petits crustacés, d’insectes ou de vers. Ils sont très communs dans le monde, si bien qu’ils sont, en Europe, les oiseaux limicoles les plus représentés.

Normalement, ils passent une grande partie de leurs temps dans les vasières et suivent le rythme des marées. Ils se rapprochent par exemple des terres lorsque la marée est haute. Leur principal prédateur est le faucon pèlerin, rapace diurne emblématique de l’ordre des falconidés, qui est, entre autres, un ornithophage (mangeur d’oiseaux). Il attaque souvent grâce à une technique appelée « attaque furtive », qu’il met en place facilement quand les bécasseaux sont près de la terre, et que le ciel leur est en partie caché par la végétation.

Dans la baie Boundary, située dans la Colombie-Britannique, au Canada, le nombre de faucons a augmenté durant les années 1990, ce qui a créé l’émergence d’un nouveau comportement chez les bécasseaux : durant la marée haute, au lieu de s’éloigner du rivage, ils adoptent une formation de vol au-dessus de l’océan (abrégée « OOF »), ce qui d’une part est énergivore, mais de l’autre réduit les chances du faucon de réussir son attaque. Ainsi, les bécasseaux deviennent moins vulnérables et se protègent de leur prédateur. Cependant, cette technique ne peut se faire que si les conditions météorologiques sont favorables (du vent, pas de pluie).

Stratégie vraiment réfléchie ou simple coïncidence ?

Oui mais voilà, l’OOF n’est pas sans conséquence sur les bécasseaux. Rester en vol longtemps demande une grande quantité d’énergie et, par conséquent, un temps de ravitaillement plus important. Sauf que « le modèle Wolf-Mangel (théorie éthologique dominante, ndlr) suggère que des proies affamées vont investir plus d’effort dans la recherche de nourriture plutôt que dans la défense contre des prédateurs, chose que ces derniers peuvent exploiter », explique le professeur Ydenberg.

Les bécasseaux sont les plus vulnérables juste avant et juste après l’OOF (2h avant et 2h après) car ils ont respectivement besoin d’emmagasiner de l’énergie en profitant de la marée montante et besoin de se reposer et de chercher à se nourrir en exploitant une marée cette fois descendante.

Les scientifiques, au cours de leurs observations, se sont aperçus que les faucons avaient une tendance à effectuer de « fausses attaques » pour obliger les bécasseaux à partir plus tôt au-dessus de l’océan. En réalité, selon des ornithologues habitués à l’étude des faucons pèlerins, ils s’agiraient plutôt d’attaques avortées ou d’une sorte d’échauffement avant l’attaque réelle.

Mais, quelle que soit l’appellation, le résultat est le même : les bécasseaux s’envolent plus tôt, sans avoir pu se nourrir correctement et finissent bien plus fatigués. Ce qui les amène à devenir des cibles faciles pour des prédateurs aussi aguerris que les faucons. Stratégie vraiment réfléchie ou simple coïncidence, les éthologues n’ont pas encore tranché. « Il est possible que cela soit un comportement temporaire que nous avons observé, et non une réelle tactique de la part des faucons. Nous avons, par exemple, constaté que des individus moins expérimentés attaquaient tôt avant la marée haute, ce qui provoquait un OOF de la part des bécasseaux, tandis que des individus plus expérimentés attaquaient au retour des proies […] tester cette hypothèse (tactique ou comportement temporaire ?) nécessiterait de pouvoir reconnaitre chaque individu, ce qui est impossible », conclut le professeur Ydenberg dans le communiqué.

Source Sciences et Avenir

Cette jeune grenouille volante a une technique bien particulière pour échapper aux prédateurs

grenouille volante

Un camouflage de crotte : voilà comment les jeunes grenouilles volantes de Wallace réduisent le risque d’être attaquées par des prédateurs.

Par Le HuffPost avec AFP

Être visible et repoussant en même temps. Une espèce de grenouilles originaire d’Asie du sud-est affiche au stade juvénile un motif coloré inhabituel, vraisemblablement dans le but de se camoufler en fiente et d’échapper aux prédateurs, a révélé ce jeudi 12 octobre le zoo de Schönbrunn à Vienne.

Une équipe de chercheurs a placé durant huit jours plusieurs figurines en cire d’amphibiens de couleurs différentes dans une volière, une expérience présentée comme « inédite ».

Elle a constaté que les pastiches imitant les jeunes individus appartenant à l’espèce de grenouilles volantes de Wallace, qui vivent au sol après la naissance, échappaient plus souvent aux attaques.

Or ces amphibiens ont durant leur jeunesse une coloration rouge vif avec de petits points blancs, ce qui les fait souvent passer pour des excréments de volatiles ou de chauve-souris.

Le taux d’attaque était réduit de moitié comparé à leurs comparses totalement rouges, résultat suggérant selon le zoo que « les points blancs camouflent un individu autrement très visible et trompent les prédateurs ».

grenouilles

À gauche, une grenouille Rhacophorus nigropalmatus juvénile (A) et adulte (B). À droite, des modèles en cire placés sur des feuilles de la forêt du zoo de Vienne dans le cadre de cette étude.

« Les jeunes grenouilles misent probablement sur le fait qu’elles sont certes vues, mais prises pour quelque chose de non comestible », explique dans un communiqué Susanne Stückler, de l’université de Vienne, dont l’étude vient de paraître dans la revue Behavioral Ecology and Sociobiology.

À l’âge adulte, ces grenouilles hors du commun rejoignent les cimes et se fondent alors dans la canopée en se parant d’une élégante et longiligne silhouette vert émeraude. Elles planent d’arbre en arbre jusqu’à seize mètres de distance, grâce à des peaux entre les orteils et à des appendices sur les bras et les jambes.

« Il existe peu d’exemples de modifications du camouflage » avec l’âge, estime l’étude dans sa conclusion. « Ces résultats font donc de la grenouille volante de Wallace un exemple unique de la manière dont les animaux peuvent modifier leurs défenses anti-prédateurs en vieillissant et en se déplaçant vers des environnements nouveaux ou différents ».

Le retour de la chasse à la marmotte, animal protégé

chasse à la marmotte

La préfecture de Savoie a autorisé la chasse aux marmottes, car les agriculteurs les accusent d’endommager leurs terres. Des associations ont attaqué l’arrêté.

La chasse à la marmotte est ouverte. La préfecture de la Savoie a autorisé le 10 septembre l’abattage du petit rongeur à la demande des agriculteurs. Ils lui reprochent de creuser des terriers qui provoqueraient « des blessures aux bovins, parfois aux exploitants avec des entorses, des casses de matériel de fauche, des dégradations de tuyaux d’arrosage… » L’année dernière, 427 marmottes ont été abattues dans le département.

Le petit mammifère est pourtant un animal protégé par l’annexe III de la Convention de Berne, relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe. Sa gestion doit être réglementée afin de maintenir sa population hors de danger. Aucun comptage officiel des marmottes n’existe en Savoie, mais l’avenir de l’animal paraît bien sombre. La faute à l’artificialisation des sols, la destruction de ses habitats de reproduction et surtout au dérèglement climatique. La baisse de l’enneigement affecte sa période d’hibernation. Chaque hiver, la neige isole les terriers des rongeurs en sommeil. Si la couche est trop fine, le froid force les marmottes à consommer leurs réserves d’énergie jusqu’à mourir de dénutrition.

Las, la préfecture de la Savoie assure que le rongeur alpin causerait des dégâts agricoles suffisants pour justifier sa chasse. « Malgré leur aspect de bonhomie et d’attrait pour le grand public, les marmottes commettent des dégâts dans les herbages, font des amas de terre et de pierres en surface qui, en souillant le fourrage lors de la récolte, le rendent moins attractif et entraînent des bris et une usure des machines agricoles », ont justifié les services de l’État lors de la consultation publique sur le projet d’arrêté préfectoral d’ouverture de la chasse pour la saison 2023-2024. Le danger serait telle que les marmottes pourraient « porter atteintes aux habitations ».

Aucun chiffre n’estime les dégâts causés par les marmottes

Contactées pour connaître l’ampleur exacte de ces dégâts, ni la Direction départementale des territoires (DDT) de la Savoie chargée du dossier, ni la préfecture, ni la FDSEA des Savoie, le syndicat agricole majoritaire, n’ont répondu à Reporterre. « Nous n’avons aucun élément sérieux ni données officielles nous démontrant que les marmottes pullulent et occasionnant des dégâts pouvant justifier leur chasse », souligne Pauline di Nicolantoni, la présidente de l’association Justice Animaux Savoie (Ajas).

Pour mettre un terme à l’abattage des marmottes, l’Ajas et les associations de défense de l’environnement Aspas, Animal Cross, Aves, FNE Savoie et One Voice ont déposé le 10 octobre un recours en référé devant le tribunal administratif de Grenoble pour faire annuler l’arrêté préfectoral. « Nous souhaitons stopper la chasse avant la clôture de la saison le mois prochain, puis nous entamerons un recours sur le fond pour y mettre un terme définitif dans les années à venir », précise Pauline di Nicolantonio.

La chasse aux marmottes est déjà interdite dans le Cantal, les Pyrénées-Orientales, la Drôme, la Haute-Garonne, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme.