Chasse: bilan 2022 /2023 4 ARTICLES et une vidéo

6 victimes en 2022

https://chemin-des-plumes.fr/chasse-plus-dun-accident-sur-4-concerne-un-non-chasseur/

https://chemin-des-plumes.fr/des-paysans-victimes-des-lachers-de-lapins-des-chasseurs/

https://chemin-des-plumes.fr/demain-10-septembre-ouverture-de-la-barbarie-permis-de-tuer-jai-obtenu-le-permis-de-chasse-sans-toucher-une-fois-la-cible/

https://chemin-des-plumes.fr/six-personnes-mortes-durant-la-saison-de-chasse-2022-2023/

VIDÉO https://chemin-des-plumes.fr/video-la-chasse-a-conde-sur-lescaut/

Chasse : plus d’un accident sur 4 concerne un non-chasseur !

24 août 2023

Avec 78 accidents dont 6 mortels et 84 incidents de chasse recensés lors de la saison 2022-2023, les services de l’État se félicitent d’une baisse de l’accidentologie du seul loisir en France qui génère autant de drames et de sentiment d’insécurité chez les non pratiquants… L’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) demande toujours une réforme ambitieuse et l’interdiction de la chasse le dimanche.

En 2022-2023, les chasseurs ont blessé des cyclistes, des randonneurs, des ramasseurs de champignons, des promeneurs du dimanche. Ils ont tiré vers des cavalières, sur des chiens et des chats, à travers des caravanes, en direction des maisons, des écoles, des jardins, des voitures… Et comme chaque année, dans leur grande majorité ces méfaits sont survenus le week-end (83 % des accidents* par arme à feu !).

La chasse, qui n’a jamais autant inquiété les Français** et en particulier les ruraux, provoque par ricochet quantité de blessures psychiques, or ces données ne sont jamais prises en compte dans les bilans annuels très froids de l’Office Français de la Biodiversité (OFB). Le dernier en date, rendu public le 23 août 2023, se contente de saluer une baisse du nombre d’accidents mais sans révéler la part de blessés côté non-chasseurs. On nous annonce 78 accidents, soit douze de moins que la saison précédente, mais sur les 78, combien ont impacté des non-chasseurs ?

Selon la veille médiatique tenue par l’ASPAS, les accidents ont concerné au moins 22 personnes étrangères au monde de la chasse, ce qui représente au moins 28% des victimes. Ce chiffre de 22 est un minimum, étant donné que chaque année quantité d’accidents échappent aux radars de la presse. 

Chasser bourré sans savoir viser : toujours possible en France !

Après une précédente saison de chasse une nouvelle fois marquée par des accidents gravissimes, après des mesurettes promises mais non encore appliquées par le gouvernement pour mieux sécuriser la chasse (dont la fameuse appli-gadget), l’ASPAS continue de réclamer haut et fort une réforme ambitieuse qui soit à la hauteur des enjeux d’insécurité posés par ce loisir, à commencer par l’interdiction pure et simple de la chasse le dimanche, comme le demandent 8 Français sur 10 ! 

* 33 % le samedi et 50% le dimanche sur les 48 accidents médiatisés recensés par l’ASPAS

** Selon un sondage IFOP de décembre 2022, 70% des Français ne se sentent pas en sécurité en période de chasse, contre 54% seulement en 2009, et 61% en 2016. Chez les personnes habitant à la campagne, ce chiffre s’élève même à 75%.  

Contact presse : presse@aspas-nature.org 

Des paysans victimes des lâchers de lapins des chasseurs !

lapin
  • 31 août 2023

À Cadenet, dans le Vaucluse, les autoproclamés « 1ers écolos de France » relâchent des lapins pour le seul plaisir de les flinguer, tout en éliminant les petits prédateurs qui leur feraient concurrence (renards, fouines…), le tout avec l’aval de l’Etat via le dispositif controversé de l’éco-contribution ! Résultat : les petits herbivores prolifèrent et génèrent quantité de dégâts sur les cultures maraîchères, au grand dam des petits paysans…   

Le cas de Cadenet, toute petite commune provençale, est tout à fait symptomatique de la manière dont est trop souvent scandaleusement gérée la faune sauvage en France, par des décisions administratives complètement gangrénées par le poids des lobbies de la chasse et des gros syndicats de l’agriculture intensive, alors qu’elles sont souvent totalement absurdes d’un point de vue écologique.   

Dernier exemple en date, de taille celui-là, à l’autre bout de l’échelle décisionnelle : la reconduite début août pour 3 nouvelles années par le ministère de la Transition écologique de la liste macabre des « ESOD », qui autorise sans aucune considération éthique ni justification scientifique un massacre illimité d’animaux sauvages jugés « nuisibles », tel le Renard roux. Ce petit carnivore, prédateur naturel de rongeurs et de lapins, se retrouve classé ESOD dans 88 départements dont le Vaucluse alors qu’il occupe une place de tout premier plan dans le bon fonctionnement des écosystèmes, et rend bien des services aux agriculteurs.

Lâcher des lapins, tuer ses prédateurs…

Ces renards, les maraîchers de Cadenet affiliés à la Confédération paysanne aimeraient bien en voir la couleur justement, pour les aider à protéger des petites dents ravageuses des lapins leurs choux, carottes et autres fraises, cultures qui ont déjà bien de la peine à pousser dans cette plaine soumise à rude épreuve par une sécheresse accentuée par le changement climatique.   

Moins de renards et un trop-plein de lapins : il se trouve que la commune, où les renards sont tirés et piégés, est directement concernée par un plan de réintroduction de lapins de garenne mené par la Fédération de chasse du Vaucluse dans la vallée de la Durance. D’après le journal La Provence, depuis 2020 plus de 100 terriers artificiels ont été installés pour plus de 3000 lapins réintroduits ; un projet cynégétique opaque et mal-géré qui a semble-t-il bénéficié de fonds publics alloués dans le cadre du très controversé dispositif d’éco-contribution mis en place sous Emmanuel Macron, qui sert à financer via l’OFB* “des actions concourant directement à la protection et à la reconquête de la biodiversité”…  

Dénigrant la détresse des paysans de Cadenet face aux dégâts provoqués par les petits lagomorphes, la société de chasse locale a fait pression au printemps dernier pour que le lapin ne se retrouve pas sur la liste annuelle des “espèces susceptibles d’occasionner des dégâts” de la catégorie 3 (ceci pour garder la main sur “leur” gibier…), ce que la préfecture leur a dans un premier temps accordé. Pour quelques mois seulement… Fin août en effet, la presse annonce qu’un arrêté va finalement être publié classant le lapin sur tout le territoire de la commune mais pas le reste du département. 

Nourrir les lapins pour mieux les gérer…

Lorsque les chasseurs sont au pouvoir, leurs intérêts égoïstes passent avant tout le reste. Contre les accusations de dégâts générés par la prolifération de lapins à Cadenet, ils répondent qu’ils gèrent leur petit gibier “de façon responsable” (sic)… Voici comment ils font : non seulement ils éliminent les renards qui leur voleraient leurs petits trophées, mais toujours d’après La Provence ils nourrissent carrément les lapins “pour protéger les cultures” agricoles ! Or comme on le voit par ailleurs avec les cochongliers entretenus au maïs d’agrainage, qui dit nourrissage artificiel dit meilleure reproduction de l’espèce, mais ça les chasseurs ne l’ont pas encore compris (ou font mine de ne pas le comprendre)…

Les chasseurs qui prétendent incarner « la ruralité » défendent aussi leur bifteck en rappelant que la réintroduction de lapins profite aux rapaces, comme l’aigle de Bonelli, mais que personne ne soit dupe : entre un relâcher qui vise à s’offrir des petites tueries entre amis et un programme sérieux de réparation des écosystèmes, réfléchi et concerté avec l’ensemble des acteurs locaux, il y a tout un monde !

Laissons la nature s’auto-réguler !

Alors, comment reprendre le pouvoir pour garantir une cohabitation harmonieuse entre la nature et les activités humaines ? À l’ASPAS, nos vaillants bénévoles sur le terrain obtiennent de bien précieuses petites avancées locales, comme dans les Deux-Sèvres, où plusieurs municipalités ouvertes aux questions de protection de la biodiversité ont voté des motions contre la destruction des renards (Melle, La Crèche). Et dans l’Hérault, grâce au travail de longue haleine de notre ancien délégué Christian Perrenot, le renard a pu échapper à la nouvelle liste ESOD dans plusieurs communes, justement pour son rôle de régulateur du “petit gibier” dont les lapins ! Oui le lobby de la chasse est puissant, mais oui il est possible de lui tordre parfois le bras… Ne lâchons rien !  

* OFB : Office Français de la Biodiversité

Massacre des dauphins : le gouvernement se moque du Conseil d’Etat

dauphin-peche

Contraint par la plus haute juridiction administrative française, le Secrétariat d’Etat à la mer a présenté un projet d’arrêté visant à interdire pendant un mois les pratiques de pêche responsables chaque hiver de milliers de captures de cétacés dans le Golfe de Gascogne. A l’inverse, il permettra à la quasi-totalité des navires concernés de continuer à pêcher comme si de rien n’était.

Dans une décision historique rendue le 20 mars 2023, le Conseil d’Etat avait enjoint à l’État de mettre en place dans un délai de 6 mois des fermetures spatiales et temporelles des pratiques de pêche responsables des captures de dauphins dans le Golfe de Gascogne. Ce jugement faisait suite à des recours formulés par France Nature Environnement, Sea Shepherd France et l’association de Défense des milieux aquatiques, et suivait les recommandations du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM).

Le gouvernement s’est donc exécuté et vient de soumettre à la consultation publique obligatoire un projet d’arrêté établissant des mesures visant la réduction des captures accidentelles de petits cétacés par les engins de pêche.

Changer pour que rien ne change

Le texte proposé interdit les pratiques mises en cause (chalutage pélagique et fileyage) du 22 janvier au 20 février pour les années 2024 à 2026 dans le Golfe de Gascogne. Alors que 4 semaines d’interruption de la pêche seraient de toute façon insuffisantes pour épargner les dauphins selon le CIEM, les possibilités de dérogations ne devraient en réalité rien changer à la situation. En effet, seront exemptés les navires s’engageant à s’équiper de dispositifs de réduction des captures, dont l’efficacité n’est pas démontrée, OU de caméras embarquées, sans effet sur la mortalité des cétacés. En outre, ces équipements avaient déjà été rendus obligatoires pour les chalutiers pélagiques par un arrêté du 27 novembre 2020 et pour les fileyeurs par deux arrêtés publiés respectivement le 29 décembre 2022 et le 31 janvier 2023, ces deux derniers étant inexplicablement abrogés par le nouvel arrêté aujourd’hui soumis à consultation. Dans les faits, la quasi-totalité des navires concernés pourra donc continuer à pêcher tout l’hiver.

La présence du dauphin commun est menacée sur les côtes françaises. Ce grand amateur de poissons frais est en effet décimé par les filets des bateaux de pêche dans lesquels le mammifère marin se retrouve piégé et meure d’asphyxie, incapable de se dégager pour remonter respirer à la surface. Il est estimé qu’environ 10000 cétacés périssent ainsi chaque hiver dans le Golfe de Gascogne.

Pour Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO : « Sous couvert de répondre à l’injonction du Conseil d’Etat afin de protéger les dauphins, le gouvernement permet en fait aux bateaux de pêche de poursuivre en toute impunité le massacre. Cet arrêté est une mascarade qui constitue à la fois une insulte méprisante envers la justice et la biodiversité. Jeudi dernier, lors du Conseil national de la refondation, j’ai interpellé le Président de la République pour lui rappeler qu’il était urgent de prendre des mesures à la hauteur des enjeux pour épargner les dauphins, tout en garantissant une juste indemnisation des pêcheurs. Aucune réponse à cette sollicitation… »

 

ASPAS : Newsletter – Août 2023

ASPAS

Au sommaire ce mois-ci : un recours en justice pour sauver les “nuisibles”, un kit pédagogique en faveur des ours, une nouvelle jurisprudence contre le déterrage des blaireaux sans oublier du vin rosé pour plus de nature libérée… Bonne lecture !

ASPAS AOUT 2023-1

« NUISIBLES » : FEU VERT DU MINISTÈRE
POUR 3 NOUVELLES ANNÉES D’ENFER

Renards, geais, pies, martres, etc. : malgré quelques mini-avancées, le nouvel arrêté triennal relatif au classement des « ESOD » reconduit jusqu’à l’été 2026 le piégeage et l’abattage de masse de millions d’animaux sauvages… L’ASPAS saisira le Conseil d’État ! >> En savoir plus

aspas aout 2023 -2

CHASSE AUX RENARDS POUR MOTIFS SANITAIRES :
RIEN NE LE JUSTIFIE SELON L’ANSES !

Un rapport publié en juin 2023 à la demande du ministère de la Transition écologique ne préconise en aucune façon d’abattre des renards sous prétexte qu’ils seraient porteurs de maladies. Un avis scientifique éclairé, mais qui n’a pas empêché pour autant l’ami goupil d’être à nouveau considéré comme “nuisible” jusqu’en 2026… Merci les lobbies ! >> En savoir plus

PLUS D’UN ACCIDENT DE CHASSE SUR 4
CONCERNE UN NON-CHASSEUR

Avec 78 accidents dont 6 mortels et 84 incidents de chasse recensés lors de la saison 2022-2023, les services de l’État se félicitent d’une baisse de l’accidentologie du seul loisir en France qui génère autant de drames et de sentiment d’insécurité chez les non pratiquants… L’ASPAS demande toujours une réforme ambitieuse et l’interdiction de la chasse le dimanche ! >> Lire le communiqué

Vous-mêmes avez été victimes de ce loisir ou avez été témoins de problèmes d’insécurité vis-à-vis d’autrui ? #OsezParler ! Partagez-nous vos mésaventures en écrivant à temoignage@aspas-nature.org

aspas aout 2023 - 4

DÉTERRAGE : LE CONSEIL D’ÉTAT RECONNAÎT LA PROTECTION ACCORDÉE AUX « PETITS » DES BLAIREAUX

Saisi par l’ASPAS, AVES France et One Voice, la plus haute juridiction administrative française a rendu sa décision le 28 juillet dernier sur notre demande d’interdiction de la vénerie sous terre des blaireaux, et notamment la fameuse “période complémentaire” qui permet le début des massacres dès le 15 mai chaque année…
>> En savoir plus

« J’AIME LES OURS » : DÉCOUVREZ LE
NOUVEAU KIT PÉDAGOGIQUE DE L’ASPAS !

Combien sont-ils ? Que mangent-ils ? Pourquoi est-il important de les sauver ? Destiné aux enfants de 6 à 11 ans, ce kit tord le cou aux idées reçues sur l’ours brun, dont la présence en France se limite au seul massif des Pyrénées. À utiliser en classe, dans les clubs natures, les centres d’animations, les médiathèques… ou tout simplement à la maison ! >> En savoir plus

aspas aout 2023 - 6

DU VIN ROSÉ POUR PROTÉGER LA VIE SAUVAGE

Cette année encore, le vigneron en bio Laurent Habrard soutient généreusement le programme des Réserves de Vie Sauvage® de l’ASPAS en reversant à notre ONG 100% des ventes (!) de son vin « Merci Dame Nature ». Si toutes les bouteilles trouvent preneur, la surface des aires protégées par l’ASPAS sans chasse ni coupe de bois pourra être agrandie ! >> En savoir plus et commander

Au mois d’août, l’ASPAS a obtenu réparation dans des affaires de braconnage (tortues vertes à Mayotte, phoques gris dans le Finistère), a porté plainte contre le piégeage d’un loup à Barjac et a déposé un recours gracieux contre la chasse aux marmottes en Savoie.

5 nouveaux refuges ASPAS ont par ailleurs été créés, soit plus de 190 nouveaux hectares retirés de la chasse.

Les fourmis envahissent la France, 5 infos pour comprendre en quoi elles sont dangereuses pour l’homme et la nature

wasmannia-auropunctata-profile-1

Publié le 29/08/2023 à 09h13

Les fourmis envahissantes sont la vedette du 31ème colloque de la section française de l’Union Internationale pour l’Étude des Insectes Sociaux qui se tient à Toulouse (Haute-Garonne). Voici cinq informations essentielles à retenir sur ces nouvelles espèces dangereuses qui posent des défis grandissants en France.

Les fourmis, ces insectes sociaux aux structures complexes et aux rôles variés dans les écosystèmes, sont actuellement au cœur des discussions lors du 31ème colloque de la section française de l’Union Internationale pour l’Étude des Insectes Sociaux. L’événement se tient sur deux jours à Toulouse et met en lumière les avancées de la recherche dans le domaine des insectes sociaux, en se concentrant particulièrement sur les fourmis envahissantes. Voici les cinq informations clés à connaître sur ces envahisseurs qui posent des défis croissants en France.

  1.  Une dispersion à travers les échanges commerciaux. Les échanges commerciaux, en particulier le commerce de plantes, ont entraîné une redistribution mondiale d’espèces, y compris les fourmis. En l’espace d’un siècle, de nombreuses espèces, dont certaines envahissantes, ont colonisé de nouveaux territoires grâce à ces échanges. « Notamment des espèces qui posent un problème en termes de biodiversité, soit au niveau économique, souligne Olivier Blight, enseignant chercheur à l’université d’Avignon spécialiste des fourmis envahissantes. Les fourmis font partie des espèces qui sont très largement distribuées à travers le monde, assez facilement à travers le commerce des plantes environnementales. C’est comme ça que l’on peut disperser des espèces d’un bout à l’autre du globe.« 
  2. L’émergence de nouvelles espèces envahissantes. Elle est sûrement la plus redoutée en raison des défis majeurs qu’elle soulève : la fourmi électrique. « C’est parmi les pires espèces de fourmis envahissantes, avec la fourmi de feu qui posent le plus de problème économique, pour la biodiversité, mais également de santé. On n’a pas mis en évidence des transmissions de maladie, mais elle a des piqûres douloureuses qui sont assez dérangeantes pour les zones envahies. » Elle a été détectée pour la première fois en France en 2022. fourmi-electrique

La fourmi d’Argentine a été introduite au XIXe siècle en Europe. Elle est présente au Portugal, en Espagne, en France et en Italie. Cette espèce subtropicale se plait très bien dans les zones méditerranéennes. L’espèce Tapinoma magnum originaire du bassin méditerranéen se retrouve en Suisse, à Tours, dans beaucoup de villes en France et dans des pays plus au nord. « Elle pose pas mal de problèmes en agriculture parce que lorsqu’elle est présente, elle devient ultra-dominatrice, très populeuse et très vite dérangeante » précise Olivier Blight. En Corse, elle devient en envahissante jusque dans les maisons au point de « s’attaquer aux gaines électriques« .

  1. Des conséquences sur les écosystèmes et pour l’homme.L’arrivée de ces espèces envahissantes a des conséquences profondes sur les écosystèmes locaux. Certaines espèces deviennent rapidement dominantes et perturbent les équilibres naturels. Ces espèces sont souvent très populeuses, de plusieurs millions d’individus. Lorsque les zones sont occupées, il devient difficile d’y vivre. Pour l’homme, la piqûre de la fourmi électrique est particulièrement douloureuse et la cohabitation devient particulièrement désagréable. Cela rajoute au côté désagréable et des espèces sur la biodiversité. « La fourmi électrique est une espèce tropicale et a envahi pas mal d’îles du pacifique, notamment la Nouvelle-Calédonie, raconte l’enseignant-chercheur d’Avignon. Vous pouvez vous balader dans la forêt envahie par la fourmi électrique et vous constaterez qu’il n’y a quasi plus aucun bruit alors que ce sont pourtant des lieux très vivants, particulièrement avec des cigales, des grillons« .
  2. La détection rapide, seule alternative. Face à ces envahisseurs, les méthodes de lutte impliquent généralement l’utilisation de biocides. La détection rapide de l’invasion est essentielle pour contenir la propagation. L’éradication est possible dans certains cas, comme pour la fourmi électrique en France, mais pour d’autres espèces, la prévention est la meilleure stratégie.

Olivier Blight a l’espoir de pouvoir éradiquer la fourmi électrique en France : « Elle est pour le moment contenue dans un seul site en France : dans la ville de Toulon. D’autres espèces comme la fourmi d’Argentine ne peuvent plus être éradiquée car elles sont présentes avec une forte densité dans de nombreux sites. Nous ne pouvons plus faire que de la prévention. »

  1. Les fourmis envahissantes, nouvel animal de compagnie. « Il y a un commerce assez important de fourmis envahissantes. Cela devient des animaux de compagnie » affirme enfin le spécialiste des fourmis envahissantes. Dans une étude récente, des biologistes de l’Université de Lausanne se sont penchés sur la proportion d’espèces invasives parmi les animaux vendus en ligne. Les chercheurs ont examiné les sites de vente de fourmis en particulier, notant que l’engouement pour l’élevage de fourmis n’a émergé que récemment. Alors que les fourmis vendues en tant qu’animaux de compagnie sont encore relativement nouvelles, elles représentent une proportion alarmante d’espèces invasives dans ce commerce en ligne.

 

Biodiversité : 5 chiffres fous sur les espèces envahissantes, ce fléau planétaire silencieux

espèces-invasives

L’IPBES, l’équivalent du Giec pour la biodiversité, publie ce lundi un rapport sur les espèces exotiques envahissantes, dont les effets dévastateurs sur la planète ne cessent d’augmenter. Il est encore temps de freiner cette cause majeure d’effondrement de la biodiversité.

De la découverte des Amérique à l’essor du commerce mondial, le transport des Hommes et des marchandises s’est aussi accompagné de celui d’espèces exotiques envahissantes. Alors que ces dernières sont potentiellement dévastatrices pour l’environnement, leurs effets étaient jusqu’à présent peu documentés. Pour y remédier, l’IPBES, équivalent du Giec pour la biodiversité, publie ce lundi un « rapport d’évaluation sur les espèces exotiques envahissantes et leur contrôle ».

Le rapport du panel international d’experts réunis sous l’égide d’ONU permet de mieux appréhender les causes et conséquences de ce fléau. Il recense aussi les moyens d’agir.

  1. Dix pour cent d’espèces nuisibles

Les espèces tropicales envahissantes ou invasives sont aussi bien des animaux que des plantes. Elles sont introduites volontairement ou non par l’Homme. Au total, l’IPBES en recense plus de 37.000 dans le monde entier, dont près de 10 % sont nuisibles et constituent « une menace grave pour la nature ».

Les exemples sont nombreux : du dodo de l’île Maurice, disparu en raison de la prédation d’animaux importés par les colons (rats, chats, chiens), à l’écrevisse américaine, prédateur redoutable dans les cours d’eau français. Quant au frelon asiatique (Vespa velutina) introduit accidentellement en France par une cargaison de poteries de Chine, il décime les abeilles et leurs services écosystémiques.

  1. Cinquième cause d’effondrement de la biodiversité

Ces espèces invasives prolifèrent et causent des dommages irréversibles à la Nature. Elles ont un « rôle majeur dans 60 % des extinctions de plantes et d’animaux dans le monde », indique l’IPBES. Pire, elles sont le seul facteur de « 16 % des extinctions mondiales d’animaux et de plantes ».

Résultat : elles constituent désormais la cinquième cause de l’effondrement de la biodiversité, au même titre que le changement climatique, la pollution, les changements dans l’utilisation des terres et des mers ou encore l’exploitation directe des espèces. Elle était jusqu’à présent « la moins connue et comprise », souligne Franck Courchamp, directeur de recherche au CNRS spécialiste des questions de biodiversité.

  1. Un coût annuel de plus de 423 milliards

Leur coût économique mondial dépassait les 423 milliards de dollars par an en 2019, souligne le rapport. Mais cette estimation n’est que « la partie émergée de l’iceberg », alerte Franck Courchamp, une grande partie des effets des espèces invasives n’étant pas documentés. Ce montant provient essentiellement (à 90 %) des dommages causés par ces espèces invasives, des pertes agricoles aux sinistres sur le bâti en passant par les dégâts sur les infrastructures.

Seulement 10 % de ces coûts financent la prévention. Un faible investissement d’autant plus inquiétant que ces coûts ont au moins quadruplé chaque décennie depuis 1970. Et la hausse devrait rester exponentielle avec l’essor des échanges internationaux et le changement climatique.

  1. Une menace pour l’Homme dans 85 % des cas

Ces espèces menacent directement l’Homme avec 85 % des impacts recensés qui « ont une incidence négative sur la qualité de vie des populations », selon le rapport. Ces espèces véhiculent des maladies, comme le paludisme , Zika ou encore la fièvre du Nil occidental.

Par ailleurs, ce fléau nuit aux moyens de subsistance de l’Homme. Le rapport cite l’exemple du lac Victoria (plus grand lac d’Afrique) où la pêche a décliné en raison de la propagation de la jacinthe d’eau, « l’espèce exotique envahissante terrestre la plus répandue », précise l’IPBES.

  1. Des lois dans seulement 17% des pays

L’IPBES déplore que seuls 17 % des pays disposent de lois spécifiques pour lutter contre ces espèces invasives. Pourtant, des mesures pourraient freiner ce fléau : plus de prévention, un meilleur contrôle, le confinement ou même l’éradication ont prouvé leur efficacité. Le lapin de garenne ou le rat noir ont ainsi disparu de Polynésie française.

L’idée d’une gouvernance mondiale sur ces sujets est aussi avancée. « La bonne nouvelle, c’est que, pour presque tous les contextes et toutes les situations, il existe des outils de gestion », se réjouit Anibal Pauchard, coprésident de l’évaluation. Encore faut-il que les Etats et les citoyens mesurent l’ampleur de ce sujet.

 

 

Source : Les Echos, Mathilde Golla, Publié le 4 sept. 2023

Photo : Le moustique tigre transmet la dengue ou Zika. (SIPA)

demain 10 septembre: ouverture de la barbarie.. permis de tuer.J’ai obtenu le permis de chasse… sans toucher une fois la cible

sans toucher la cible

Forêt de Marly (Yvelines),

Les accidents de chasse sont nombreux. Pour remonter à la racine du problème, un journaliste de Reporterre a passé son permis de chasser. Jamais, au cours de la formation, il n’a touché la cible. Il a pourtant obtenu son permis…

« Morgan coupait du bois dans son jardin, murmure Mila, son amie. Il a reçu une balle dans le thorax. » À l’automne 2022, Julien F. comparaissait devant le tribunal judiciaire de Cahors pour l’homicide involontaire de Morgan Keane, enfant du pays lotois. « Ce chasseur venait d’obtenir son permis, poursuit Mila. Avant cette battue aux sangliers, il n’avait encore jamais appuyé sur la détente. » Dès l’ouverture de son procès, l’Aveyronnais reconnut avoir tiré sur « une masse sombre » non identifiée. Cet aveu soulage, autant qu’il bouleverse. Comment un homme, fraîchement instruit des règles cynégétiques élémentaires, a-t-il pu commettre l’irréparable ?

Pour y répondre, une option : suivre les chasseurs au plus près, et en comprendre les façons d’agir à la racine, dès leur formation. Dès lors à Reporterre, a émergé une idée : et si l’un de nous passait le permis de chasse pour en découvrir les coulisses ? Je fus le journaliste choisi. Cinq mois plus tard, au printemps 2023, un inspecteur de l’Office français de la biodiversité (OFB) me décernait le fameux diplôme, passé en immersion sans jamais révéler aux chasseurs ma profession. Désormais, je peux légitimement l’affirmer : truffée de lacunes et dispensée en seulement une journée, la formation ne garantit pas la future sécurité [1] des chasseurs en herbe ni celle des personnes qui croiseront leur chemin.

Aucun casier judiciaire demandé

Décembre 2022. Au bout du fil grésille en boucle une mélodie entonnée par des cors, puis : « Fédération départementale de chasseurs, bonjour. » L’heure était venue pour moi d’entamer les démarches. Premièrement, m’assurer que l’abattage d’un animal ne serait pas exigé au cours de la formation. La standardiste me confirme que non. Deuxièmement, constituer un dossier d’inscription, ce qui n’a d’ailleurs rien d’insurmontable. En plus des documents protocolaires, un certificat médical attestant d’un état de santé physique et psychique compatible avec la détention d’une arme est réclamé depuis 2005. Rien de plus, rien de moins.

Inutile, donc, de fournir une copie de casier judiciaire : « Il faudra simplement remplir une attestation sur l’honneur, mentionnant que vous n’êtes pas privé du droit de détention ou de port d’armes », m’indique la standardiste. Sur l’honneur, uniquement ?

Tout compte fait, ma plus grande peine fut de retrouver mon certificat de participation à la « Journée défense et citoyenneté » (la « Journée d’appel »), perdu au fond d’un carton poussiéreux. Et, bien sûr, de signer les chèques : 46 euros à l’OFB, pour les frais d’examen, et 140 euros à la fédération, pour la formation. Une fois postée la paperasse, il ne me restait plus qu’à scruter l’arrivée de ma convocation.

Une arme dans les mains à 15 ans

Janvier 2023. La forêt de Marly, aux portes de Paris, se noie dans un océan de brume. Au bout d’un chemin apparaît le fort du Trou d’Enfer. Bâti en 1878, l’édifice accueillait autrefois près d’un millier de soldats. Il fut aussi le site d’élevage de gibiers pour les chasses présidentielles jusqu’en 1995.

Désormais, ces remparts hébergent la fédération des chasseurs d’Île-de-France. Dans l’ancienne infirmerie, les brancards ont été remplacés par des kakemonos. Sur l’une de ces grandes affiches est inscrit : « La chasse, un atout pour l’éducation. » Dans une vitrine s’amoncellent les trophées d’animaux empaillés, prêts à bondir. Le ton est donné, place à la formation.

« J’ai déjà accompagné mon père à la chasse… Et il m’est arrivé de tirer », explique Charles, d’un haussement de sourcils. L’instructrice lui sourit et rétorque : « Ne vous en faites pas, je ne suis pas de la police. » Tour à tour, tous les candidats déclinent leur identité. L’un est cadre, un autre officier de l’armée de l’air, un autre encore vient régulariser son permis étranger. Il y a deux adolescents, de 15 et 16 ans. Une autre est agricultrice, désireuse d’abattre les corbeaux, « ces saletés de nuisibles » qui envahissent ses champs. Une autre femme, à la BMW cabriolet étincelante, a fini par céder aux demandes de son mari, qui rêve de l’emmener chasser : « C’est un véritable féru, dit-elle en riant. Il a offert un fusil à mon fils comme cadeau de naissance. »

chasseurs à Haux_

Des chasseurs à Haux, en Gironde, le 21 janvier 2023. © AFP / Romain Perrocheau

Quatre ateliers composent l’épreuve pratique de l’examen, introduite en 2003. Le circuit débute par une simulation. Arme en mains, le candidat est amené à franchir une clôture ou un fossé, puis à tirer à blanc sur des plateaux d’argile. Éjectés dans le ciel par une machine, ceux-ci peuvent emprunter des trajectoires dangereuses, passant par exemple à proximité d’une maison ou d’une silhouette humaine métallique. Le chasseur novice doit alors s’abstenir de presser la détente.

Désigné pour ouvrir le bal, Loïc, un adolescent chétif aux joues couvertes d’acné, s’empare du fusil et, comme demandé, décrit ses mouvements d’une voix frêle : « J’observe mon environnement… Puis je… Je vérifie mes canons. »

« On file le permis à des amateurs qui ne savent pas viser… »

À mi-chemin, une cible fuse brusquement en direction d’une cabane en bois. Loïc épaule et presse la détente. « On a pourtant dessiné le visage d’un bonhomme à la bombe de peinture fluorescente, à force d’observer les candidats tirer dessus, grommelle l’inspectrice en secouant la tête. Visiblement… ça ne suffit pas. » Penaud, le garçon de 16 ans se fige. À côté de lui, la taille de l’arme semble démesurée. « Comment peut-on mettre une arme dans les mains d’un enfant qui n’a même pas encore le droit de voter ou de conduire ? » réagira au téléphone Mila Sanchez, du collectif Un jour un chasseur, à l’évocation de la scène.

Moins strict, le permis français ne vaut rien au Benelux

L’atelier suivant consiste à ranger le fusil dans un étui souple ou une mallette rigide pour un déplacement fictif en voiture. Avec une facilité déconcertante, l’instructeur démonte l’arme sous nos yeux. « Et comment la remonte-t-on ? » l’interroge un homme. Pas la peine de s’en préoccuper, « l’inspecteur ne vous le demandera pas ».

Direction ensuite le stand de tir, à deux pas du véhicule : six plateaux d’argile sont propulsés dans le ciel, un à un. Avec des balles réelles, le candidat doit tirer sur les cibles… à condition qu’elles ne soient pas orange — synonyme d’oiseaux protégés —, et qu’aucun mannequin pivotant n’apparaisse dans le champ. Combien faut-il en abattre pour valider l’atelier ? Aucune, assure l’inspecteur : « L’examen français est le seul d’Europe à ne pas du tout se soucier de la précision au tir, ce que je déplore. On file le permis à des amateurs qui ne savent pas viser… »

En septembre 2022, un rapport d’information du Sénat dénonçait déjà cette absence de vérification de compétences : « Ne toucher aucune cible prouve une maîtrise très insuffisante de l’arme pouvant conduire à des situations dangereuses. » En Allemagne, les futurs chasseurs doivent détruire cinq des dix plateaux d’argile lancés pour décrocher l’examen, surnommé là-bas le « bac vert ».

Ce jour-là, sur douze cibles chacun, un seul des huit candidats est parvenu à en éclater certaines… sans toutefois respecter les règles de sécurité. Autant dire que ni eux ni moi n’aurions obtenu le permis outre-Rhin. « Ils ont encore de beaux jours devant eux, tes corbeaux », dit l’instructeur, en souriant à l’agricultrice.

balle de fusil_

Un chasseur tient une balle de fusil lors d’une battue aux sangliers à Saint-Astier (Dordogne), en septembre 2022. © Romain Longieras / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

J’enfile à mon tour le casque antibruit et saisis le semi-automatique noir. Je n’ai jamais tiré de ma vie. « Clac ! » Un plateau s’envole à toute allure dans le ciel. Le temps d’analyser la sûreté de la trajectoire qu’il emprunte, le voilà déjà presque imperceptible. Tant pis, je tire au doigt mouillé : « Très bien », me félicite mon professeur d’un jour. Avec cette précision, j’aurais pourtant raté un éléphant.

Ce manque de considération pour la précision au tir est d’ailleurs décrié par nos voisins. Aux Pays-Bas et au Luxembourg, le permis français n’est désormais plus reconnu. Même chose en Belgique, où 30 % des chasseurs en devenir franchissaient la frontière pour obtenir le droit de chasser bien plus facilement que chez eux. « Et voilà comment, en France, on apprend tous les quatre matins qu’une balle a traversé une maison, s’est encastrée dans une voiture, ou pire encore », se désole Mila Sanchez, du collectif Un jour un chasseur.

« Tu viens de pointer ton arme chargée sur tes camarades là. On se concentre maintenant ! »

Ultime atelier : la simulation d’une battue. Sylvie, l’agricultrice, se prépare en suivant minutieusement les étapes détaillées un instant plus tôt par l’instructeur. Il s’agit notamment de signaler sa position aux autres chasseurs d’un geste de la main et d’installer des plots délimitant son angle de tir. Dès lors, interdiction formelle de sortir de son poste de tir : « Du moins ça, c’est ce qu’on vous apprend ici. Dehors, vous verrez, reconnaît l’homme. Je reviens des Pyrénées, là-bas, ils ne tiennent pas en place, les types ! »

Une fois sonné le début de la battue, une cible aux allures de sanglier sort d’un bosquet sur un rail. La femme met en joue l’animal, tire une première balle puis, sourire aux lèvres, pivote sur elle-même pour attraper le regard de l’instructeur : « Ohhhh, s’écrie-t-il en bondissant sur le canon. Tu viens de pointer ton arme chargée sur tes camarades là. On se concentre maintenant ! » Une arme effectivement chargée avec une vraie cartouche…

Plongés dans l’obscurité, les chênes et les châtaigniers dansent au gré des bourrasques. « Rassemblez-vous pour le débrief, lance l’inspecteur, le ton militaire. Toi et toi, c’est bien. » À ses yeux, seuls deux élèves auraient pu aujourd’hui obtenir le permis à l’issue de l’examen blanc passé en toute fin de journée. L’anxiété grimpe aussitôt chez les six autres.

« Ne vous en faites pas, tempère l’instructeur. Revoyez les gestes chez vous, avec une arme si vous en avez une, et tout ira bien. » Recroquevillée dans son manteau, Sylvie admet ne pas se sentir à la hauteur et demande à assister à une deuxième journée de formation. « Non, on ne peut la dispenser qu’une seule fois, l’interrompt l’instructeur. De toute façon, le taux de réussite national à l’examen navigue autour des 73 %. »

« Comment peut-on écrire de telles conneries ? »

Mars 2023. L’esprit égaré dans les paysages qui défilent sous mes yeux, j’entends vibrer mon téléphone. La notification provient de l’Office français de la biodiversité : l’examen a lieu dans six jours. En toute honnêteté, je n’ai pas feuilleté une seule fois le manuel de révision de l’épreuve théorique, qui me suit pourtant dans toutes mes escapades, dissimulé au fond de mon sac à dos. L’épreuve comporte dix questions, dont une éliminatoire. À la lueur jaunâtre des néons du train, je plonge enfin dans la petite bible cynégétique.

Un mot de Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), introduit les quelque 300 pages : « À vous qui êtes l’avenir de la chasse française, je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue dans notre grande famille et vous invite à partager les joies et les émotions d’une passion profondément humaine et naturelle. » Voilà qui est dit. Le reste de l’ouvrage est consacré aux structures et la législation entourant la chasse, aux armes et munitions, aux différentes pratiques et à la connaissance des espèces.

« Comment peut-on écrire de telles conneries sur des fiches d’apprentissage ? » À l’autre bout du fil, Yves Verilhac survole le trombinoscope recensant certains des mammifères, chassables ou protégés. Directeur général de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de 2014 à 2022, il déplore que l’utilité écologique des espèces et leur état de conservation ne soient jamais évoqués : « Les chasseurs ne sont pas sensibilisés à tous les déséquilibres de l’écosystème engendrés par l’abattage des prétendus nuisibles que sont les renards, belettes, fouines ou martres. »

faisan_

Plusieurs millions de faisans (photo) et de perdrix sont élevés dans de petites cages dans le but d’être relâchés et abattus par des chasseurs. Pxfuel/CC0

Quelques chapitres plus loin, le faisan et la perdrix sont décrits avec minutie, jusqu’à la couleur du contour de leurs yeux. « Ils écrivent des tartines sans jamais mentionner que ces oiseaux sont élevés et relâchés chaque année au profit des chasseurs, pour remplacer toute l’avifaune flinguée par l’agriculture intensive », poursuit l’ornithologue. Juste à côté, la gélinotte, « que les chasseurs s’évertuent à tirer alors que les populations chutent », n’a le droit qu’à six petites lignes.

« C’est médiocre. Ne sortez surtout pas dans la nature avec un fusil »

« Écoutez, testons vos connaissances ! » lance le naturaliste, malicieux. Geai des chênes, choucas des tours, sarcelle d’hiver, tarin des aulnes… Je tente d’identifier au mieux la ribambelle de spécimens aux ailes tantôt jaunâtres, tantôt gris anthracite, qu’il me montre. Le souffle las d’Yves Verilhac m’évoque alors celui de mes professeurs au collège, à l’heure de distribuer les copies corrigées : 5/20.

« C’est médiocre, juge-t-il sans détour. Ne sortez surtout pas dans la nature avec un fusil. Au mieux, vous ne tirerez que sur les oiseaux que vous savez reconnaître… et rentrerez bredouille. » Les pensionnaires des centres de soin, classés protégés et pourtant criblés de plomb, témoignent toutefois du contraire. « Il ne s’agit pas d’exiger une expertise ornithologique, juste de posséder les fondamentaux, conclut l’homme. De là à se proclamer “premiers écologistes de France” »

Noyées au cœur du livre, seulement 8 des 300 pages font référence à la sécurité. À croire que la FNC n’avait pas grand-chose à dire. Ces vingt dernières années, en France, plus de 400 personnes ont pourtant été tuées lors d’actions de chasse, d’après l’OFB. Par ailleurs, aucune formation aux gestes de premiers secours n’est exigée, et la dangerosité des fusils une fois rentrés de la forêt ne fait l’objet d’aucune prévention. La possession des fusils facilitent pourtant les passages à l’acte suicidaire et les homicides. En 2020, au moins 27,54 % des 102 féminicides ont été commis à l’aide d’une arme de chasse.

« Tu peux tirer à la kalachnikov »

Les stratus barrent le chemin aux lueurs de l’aurore. C’est le jour J. Un gobelet de café dans le creux des mains, les dix candidats guettent l’arrivée des inspecteurs. Parmi eux, deux ont déjà échoué une fois l’examen. « Hier encore, je confondais les corneilles noires et les corbeaux freux », reconnaît mon voisin de droite, affolé à l’idée du questionnaire théorique. « Oh moi, je me prends pas la tête, je les tire tous, glousse son camarade. Sur ta propriété, c’est open-bar. Tu peux tirer à la kalachnikov, personne ne viendra te faire chier. » Une demi-heure plus tard, le même homme au béret revient la mine piteuse : « Vous avez la gâchette trop facile, lui dit l’examinateur. Il va falloir venir une troisième fois. »

Tour à tour, les prétendants au permis défilent. L’épreuve pratique dure moins de quinze minutes. La théorie, pas plus de cinq minutes. Quelques instants plus tôt, les instructeurs ont pris soin de nous remémorer les pièges dissimulés dans le circuit, lors d’une ultime démonstration. « Cette situation provoque un bachotage […] sans forcément garantir une véritable assimilation des règles de sécurité », dénonçait dans son rapport la mission sénatoriale.

« À vous, monsieur. » Une boule au ventre, je saisis le fusil. Avant moi, sept des neuf candidats ont été reçus. Surpris par le recul de l’arme, je sens la crosse percuter mon aisselle : « Attention à bien épauler ! » m’avertit l’inspecteur. Les autres ateliers se déroulent sans accroc et j’obtiens alors le privilège d’entrer dans la maisonnette de l’épreuve théorique. À l’intérieur, un vieux PC m’attend. « Un tracteur est à 150 mètres, un lièvre passe devant. J’ai du plomb n°5 : je tire (réponse A) — je ne tire pas (réponse B). » Un collégien n’aurait eu aucun mal à s’emparer de ces dix points. L’examinateur me remet un petit morceau de papier : 30/31.

Mon bilan laisse peu de place au doute : 22 tentatives de tir, 22 échecs

Me voilà officiellement chasseur… et ce, à vie. Chaque année, il suffit aux chasseurs d’attester sur l’honneur ne souffrir d’aucune contre-indication pour préserver son permis. Aucun certificat médical n’est demandé. « Comment peut-on croire que les chasseurs gardent les mêmes aptitudes physiques entre leurs 15 ans et leurs 80 ans ? » s’agaçait à ce propos Mila Sanchez, d’Un jour un chasseur. En Espagne, le permis n’est valable que cinq ans, et qu’une seule année pour les plus de 70 ans.

Que tirer de cette expérience ? Jamais auparavant je n’avais touché d’arme. Je regrette de n’avoir pas chronométré le temps passé arme en mains, au cours de ma formation et de l’examen : après mûre réflexion, une heure à tout casser. Quant aux cibles à abattre, mon bilan laisse peu de place au doute : 22 tentatives, 22 échecs. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé.

Au-delà de ces chiffres anecdotiques, le peu de sensibilisation à la dangerosité de cette pratique est criant. Certes, instructeurs et inspecteurs insistent à maintes reprises sur la nécessité de toujours vérifier son environnement avant de relever son arme. Mais comment, en si peu de temps, créer des automatismes chez les novices ? Le 10 septembre, s’ouvre en France une nouvelle saison de chasse… En seulement six mois, j’ai pourtant le sentiment d’avoir oublié la moitié des règles de sécurité. Heureusement, je ne compte pas chasser — le permis de chasse n’étant qu’un outil pour mener mon enquête à son terme. Pourtant, de nombreux novices fraîchement diplômés pourront désormais disposer d’une arme, sans trop savoir tirer.