Selon les derniers chiffres de l’OFB, plus de loups, moins d’attaques : des signes encourageants pour la coexistence estime FNE

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Le nombre de loups en France a été estimé à 921 en 2022. Le chiffre pour 2021 est aussi revu en hausse.

La population de loups gris est estimée à 921 individus à la sortie de l’hiver 2021-2022, a annoncé lundi le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui précise aussi que le chiffre 2020-2021 a été revu en hausse à 783 loups.

Plus précisément, la fourchette de loups adultes, espèce menacée et protégée en Europe, est estimée entre 826 et 1.016 dans l’Hexagone, a précisé l’Office français de la biodiversité (OFB), organisme en charge de cette estimation.

Le loup est un animal sauvage vivant sur de grandes étendues. Sa population ne peut donc être comptée précisément, mais elle est estimée à partir d’indices (observation visuelle, empreintes, déjection…).

L’OFB forme des gens de terrain pour collecter ces indices et intégrer un réseau de correspondants. Un effort de formation a été fait, avec 385 nouvelles personnes, ce qui a permis d’augmenter le nombre d’indices récoltés, à « 4.500 indices de présence (contre 2.600 en 2020 et 3.700 en 2021) », fait savoir le préfet.

Pour 2020-2021, la population de loups gris avait été estimée à 624 individus, mais l’OFB a affiné sa méthode grâce à l’analyse de résultats génétiques.

La chasse au loup autorisée en France

Le nombre maximal de loups pouvant être tués en 2022 s’élèvera donc à 174 individus, contre 118 initialement prévus. « Depuis le 1er janvier 2022, 29 loups ont été décomptés de ce plafond », précise le préfet, en charge de la cohabitation de ce prédateur naturel avec le bétail.

D’autres mesures sont prévues pour accompagner les éleveurs et limiter les attaques contre les troupeaux: financement de chiens de protection, de parcs électrifiés, de gardiennage par des bergers. Des indemnisations sont prévues en cas d’attaque.

Cela a débouché « pour la première fois, (sur) une baisse de la prédation en France tant en nombre d’attaques que d’animaux prédatés », tout en restant à un niveau élevé, indique le communiqué.

« Une enveloppe financière supplémentaire permettra d’améliorer la qualité du matériel, donc l’efficacité des tirs de défense des troupeaux », avec « une attention particulière (…) aux situations individuelles des éleveurs subissant une forte prédation », précise le communiqué.

Le loup gris, revenu de lui-même en France depuis l’Italie et essentiellement présent dans les massifs alpins et provençaux, connaît une dynamique démographique favorable (…) depuis 10 ans, avec « un taux de survie de l’espèce satisfaisant et d’une hausse de la reproduction », selon le communiqué. Il a été aperçu jusque dans le Finistère.

Le nombre de meutes progresse aussi (+19 en 2020 et +29 en 2021), précise le communiqué.

Ce que précise FNE

L’État a présenté ce jour le bilan du suivi de la population de loups en France. Celui-ci montre une expansion à la fois numérique et géographique de l’espèce, avec une estimation de 920 loups. Cette première bonne nouvelle se double d’une autre : en 2021, le nombre d’attaques sur les troupeaux a diminué pour la première fois, de même que le nombre de victimes, déjà en baisse en 2020. France Nature Environnement et Humanité & Biodiversité saluent les efforts des éleveurs dans la mise en place de moyens de protection et encouragent l’Etat à poursuivre son accompagnement afin de généraliser des mesures qui prouvent leur efficacité.

Une méthode de suivi robuste et transparente

Il importe de souligner d’abord la transparence qui préside à la diffusion de cette estimation et à la méthode qui la fonde. Elle est issue d’un protocole scientifique robuste, validé par des scientifiques européens, fondé sur des indices et données fiables, validées par des analyses génétiques avant d’être intégrés dans le modèle mathématique établi par le CNRS. A rebours de mensonges colportés l’année dernière et destinés à décrédibiliser l’Office Français de la Biodiversité, il n’y a pas aujourd’hui de méthode plus robuste de suivi d’une population dans aucun pays européen.

En ces temps d’érosion généralisée de la biodiversité, ce bilan constitue une bonne nouvelle montrant que les écosystèmes sont en capacité d’accueillir le retour naturel d’un grand prédateur, qui y trouve toute sa place, notamment dans la régulation des grands ongulés dont on sait les dégâts qu’ils causent dans de nombreux territoires aux forêts et à certaines productions agricoles.

Des mesures de protection efficaces

Dans ce contexte, il est important de souligner que l’an dernier le nombre d’attaques a diminué pour la première fois, de même que le nombre de victimes (qui était déjà en baisse en 2020) : les attaques comme les dommages aux troupeaux se retrouvent ainsi à leur plus bas niveau depuis 2018. Cela est particulièrement vrai dans les secteurs de présence historique du loup. Cela s’explique par les efforts des éleveurs dans la mise en place de moyens de protection et l’implication de l’Etat pour la bonne mise en œuvre de ceux-ci.

Par contraste, les territoires de nouvelle colonisation connaissent des hausses de dommages, explicables par l’absence de ces moyens de protection. Ces constats démontrent une réelle efficacité de ces moyens : ils doivent encourager l’Etat à renforcer l’accompagnement des éleveurs pour permettre une mise en place effective et généralisée de ces moyens.

Mettre un terme aux tirs « politiques »

L’augmentation du nombre de loups ne doit pas être l’occasion pour l’Etat de relâcher le strict encadrement des autorisations de tir. On connaît la tentation d’octroyer des tirs « politiques », destinés non à protéger les troupeaux mais à satisfaire ceux qui pensent qu’un prédateur ne se « gère » que par la destruction. Ce double constat d’une augmentation de la population de loups et d’une diminution du nombre d’attaques montre bien que la destruction n’est pas une solution.

Les autorisations de tirs de loup, espèce protégée, doivent rester dans le cadre dérogatoire prévu par la réglementation française et les instances européennes. Ces autorisations sont prévues pour la prévention de dommages aux troupeaux qui continuent, malgré la mise en œuvre effective des moyens de protection, à subir des attaques. Pas dans les autres cas, ni pour détruire un individu en l’absence de dommages, ni dans la situation de troupeaux non protégés. Cette règle doit prévaloir dans les décisions des préfets, que le loup soit présent de longue date dans le département ou qu’il ne soit que de passage.

Anticiper les mesures de protection pour favoriser la coexistence

En aucun cas les possibilités dérogatoires de destruction de loups ne doivent être utilisées pour réguler la population de loup ni la cantonner géographiquement. Aussi, lors de l’arrivée du loup dans un territoire, la priorité est d’accélérer et faciliter les moyens de protection, et pas de tirer à vue sur le loup au motif que les élevages ne sont pas encore protégés. La mise en œuvre des moyens de protection doit être mieux anticipée : il s’agit d’appréhender le travail avec les chiens de protection et l’installation de clôtures adaptées sans attendre les premières attaques.

L’État doit poursuivre l’accompagnement des éleveurs dans la généralisation des moyens de protection grâce aux financements publics européens, et être le garant de la bonne utilisation de ces fonds et de la mise en place effective des moyens de prévention des attaques. Dans ces conditions, les tirs autorisés uniquement dans les cas où la protection n’a pas rempli ses objectifs retrouveront une certaine efficacité pour faire baisser la prédation.

photo : Voix du nord

Effectuer les prélèvements en fonction des dégâts

Ces mesures ne satisfont toutefois pas les organisations agricoles. La Confédération paysanne, faisant cavalier seul, réclame davantage de moyens au ministère de l’Agriculture pour anticiper la protection dans les zones où le loup apparaît. « Toutes les régions seront concernées dans les dix ans à venir », estime le syndicat paysan, qui demande à ce que « les prélèvements soient effectués en fonction des dégâts aux troupeaux et non dans un cadre de gestion de l’espèce ».

La FNSEA, accompagnée de quatre autres organisations (JA, FNO, FNB, FNC) et des chambres d’agriculture revient, quant à elle, sur la méthode de comptage des loups. Une contestation qui, en novembre 2021, avait provoqué le boycott du Groupe national loup par trois associations de protection de la nature (FNBE, LPO, Ferus). « À rebours de mensonges colportés l’année dernière et destinés à décrédibiliser l’Office français de la biodiversité, il n’y a pas aujourd’hui de méthode plus robuste de suivi d’une population dans aucun pays européen », réaffirme FNE et « L’augmentation du nombre de loups ne doit pas être l’occasion pour l’État de relâcher le strict encadrement des autorisations de tir ».

« L’effectif annoncé ne correspond pas à la réalité de la population lupine », maintiennent, de leur côté, les organisations agricoles, qui réclament un prélèvement de 300 loups en 2022. « Les éleveurs vivent quotidiennement dans l’angoisse d’une nouvelle attaque, et ce, en dépit des mesures de protection des troupeaux mises en place », assurent les organisations. Bien qu’en baisse, il est vrai que le nombre d’animaux tués par les loups s’élève à 10 800 en 2021 (contre plus de 12 000 en 2019). « S’agissant des bovins – de plus en plus attaqués par les loups –, l’inefficacité des mesures de protection n’est plus à démontrer », pointent les organisations.

La Fédération nationale ovine (FNO) demande à nouveau une révision du statut de protection du loup, qui n’est plus, selon elle, une espèce menacée d’extinction, via une révision de la directive Habitats (R3123). « Chaque pays pourrait assurer l’équilibre entre la conservation des espèces sauvages et la conservation des activités agricoles et pastorales », explique le syndicat agricole.

« L’expansion des prédateurs constitue en effet une menace directe pour les zones rurales désormais au cœur des politiques européennes. Elle participe au non-renouvellement des éleveurs et à l’abandon des espaces entretenus par eux et par leurs troupeaux, appauvrissant ainsi la biodiversité dans son ensemble », estime la FNO accompagnée des autres organisations agricoles. Alors que le nouveau plan loup est en cours d’élaboration, ces dernières appellent à en faire « un véritable plan de sauvegarde du pastoralisme, de l’élevage en plein air et un plan de régulation de l’espèce lupine ».

Érosion du littoral : un Français invente un filet unique au monde capable de reconstruire des dunes sous-marines

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Un inventeur français a mis au point un filet, unique au monde, capable de capter une partie du sable qui le traverse pour reconstruire des dunes sous-marines. Un outil efficace dans la lutte contre l’érosion des plages.

Un grand panneau sur la plage indique le danger de chutes de pierres dues à l’érosion côtière. France, Nouvelle-Aquitaine, Bidart, 2022.

LILIAN CAZABET / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

C’est une toute nouvelle approche pour la lutte contre l’érosion des plages qu’un inventeur français est en train de développer un peu partout dans l’Hexagone. Témoin de l’inefficacité des ouvrages de défenses dures – comprenant les brises-lames ou les épis rocheux, l’un protégeant une plage de la force des vagues, l’autre limitant les courants et flux sédimentaires – Dominique Michon a développé le dispositif S-ABLE. En développement depuis une vingtaine d’années, le procédé destiné à contrôler le transport du sable en milieu côtier est de plus en plus convoité par les municipalités inquiètes pour leur littoral. 

« Les dégâts de la tempête Xynthia m’ont interpellés »

Ancien pêcheur professionnel, l’inventeur a enseigné dans un lycée maritime où il profitait de son temps libre pour inventer des outils à partir de filet de pêche disponible dans l’établissement. “Après plusieurs brevets d’inventions, notamment pour améliorer la pêche à la palangre (beaucoup moins impactante pour la biodiversité, ndlr), c’est en 1999 que j’ai décidé de breveter mon système “S-Able” pour permettre de remédier au problème d’érosion des plages de manière durable et sans impact négatif sur l’environnement”, raconte Dominique Michon à Sciences et Avenir. 

Après plusieurs tests, le projet sera mis en suspens, pour ressurgir 10 ans plus tard. “Les dégâts provoqués par le passage de la tempête Xynthia (tempête ayant frappé la France les 27 et 28 février 2010, nldr) sur la côte vendéenne m’ont interpellés sur l’efficacité des ouvrages de défenses en dur contre les submersions, interpelle l’inventeur. J’ai donc décidé de reprendre le projet entamé quelques années auparavant, encouragé par le Cerema (le Centre d’Etudes et d’Expertise sur les Risques, l’Environnement, la Mobilité et l’Aménagement, ndlr) pour essayer de remédier aux différents problèmes liés à l’érosion de nos plages.”

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Dominique Michon devant une maquette de son invention. (source : Émilien Vicens/Actu Perpignan)

 Un filet qui engraisse les dunes sous-marines

Le principe du dispositif est simple : ralentir le flux sédimentaire induit par la houle pour décanter les grains de sable et former une dune sous-marine censée casser la puissance des vagues et ainsi réduire l’érosion de la plage. De plus, et à la différence des ouvrages en dur, l’entrepreneur rappelle que “le système ralentit mais ne bloque pas les flux et peut être facilement retiré à tout moment, bannissant tous les problèmes liés à l’érosion et à l’accrétion directement induits par le blocage des flux des ouvrages en dur.”

Comment est-ce possible ? Grâce à une série de filets fixés au fond par des chaînes lestées, assemblés sous la forme d’un V inversé maintenu en suspension par des flotteurs. Les filets en polyéthylène, épais et solide, diffusent la force du courant et accumulent les volumes sédimentaires le long du profil. “Le polyéthylène est un choix pertinent car il est neutre à l’eau de mer, a des propriétés de résistance intéressantes et permet aux micro-organismes, crustacés et algues de s’imbriquer dedans, signale Dominique Michon. Les expérimentations menées sur le terrain ont fait état de la présence de multiples espèces au sein des filets et en particulier la présence de juvénile, protégés de la prédation par l’ouvrage.”

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Schéma d’une installation du filet S-Able (source : Able/Perpignan Méditerranée métropole)

Testé et approuvé

L’élaboration est une chose, les résultats en sont une autre. Le système S-Able a profité de sa collaboration avec le Cerema pour expérimenter depuis 10 ans son système dans diverses configurations morphologiques de la côte. D’abord au Croisic (en Loire-Atlantique), en 2013, pour le rétablissement d’un chenal déplacé par Xynthia, puis à Saint-Brevin-Les Pins (En Loire-Atlantique également mais de l’autre côté de la Loire) pour rediriger un cours d’eau qui menaçait la plage.

“Les premiers résultats de ces deux expérimentations ont été concluants et nous ont permis de poursuivre nos expérimentations dans d’autres contextes en intégrant le projet Endure (programme de financement européen pour la recherche contre l’érosion côtière et les risques de submersion, ndlr) en 2018, rapporte l’inventeur. Grâce à cela, nous avons pu tester le dispositif en baie d’Authie avec du matériel de haute précision (bathymétrie, modélisation hydrodynamique, ndlr) et l’étudier expérimentalement dans le bassin à houle et courant de l’Ifremer, à Boulogne-sur-Mer.” 

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Carte bathymétrique de la baie d’Authie. Le 11 mai 2017 (à gauche) la baie est en érosion avant l’installation des filets (trait noir). Le 10 août 2017 (à droite) une accumulation de sédiments apparait dans la zone des filets. (source : Cerema/S-Able)

 Des communes désarmées face aux risques

Face à l’érosion du trait de côte, certaines communes peinent à trouver des solutions efficaces pour repousser l’échéance – déjà entrepris pour certaines – du recul de la ligne d’habitations et de commerces face à la mer d’une à plusieurs centaines de mètres. Cette ultime mesure, bien qu’efficace pour réduire les risques, exacerbe les conflits d’intérêts entre les acteurs du littoral, ralentissant les procédures et rendant la tâche compliquée pour les élus. Selon le ministère de la Transition écologique, c’est 22% des côtes françaises qui sont soumises à un phénomène d’érosion avec un risque progressif de submersion, notamment des logements : d’ici 2100, au moins 50.000 logements seront concernés. 

En avril 2022, la loi climat résilience établit une liste de 126 communes très vulnérables « dont l’action en matière d’urbanisme et la politique d’aménagement doivent être adaptées aux phénomènes hydro-sédimentaires entraînant l’érosion du littoral« . Ces communes – où figurent notamment Saint-Jean-de-Luz, Saint-Nazaire et Cassis – bénéficieront d’un appui financier et technique pour faire face au problème d’érosion de leur littoral. 

Le système S-Able fait partie des outils pour parer le phénomène, comme tout récemment en Méditerranée. « Un filet de 200 mètres a été installé en mai dernier pour endiguer l’érosion d’une partie de la plage de Sainte-Marie-La-Mer dans les Pyrénées-orientales et un autre filet est prévu à Vias, en octobre 2022, qui cette fois-ci fera 900 mètres de long, soit notre plus long filet jamais installé jusqu’à maintenant”, conclut Dominique Michon.

En région Paca, la Camargue victime de représailles politiques

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Le parc naturel régional de Camargue est en difficulté. Dossiers bloqués et financements en danger, à cause d’un acharnement du président de la région Paca, mettent en péril la biodiversité du delta du Rhône.

Les flamants roses et les 397 espèces d’oiseaux qui passent en Camargue ne s’y trompent pas : les grandes étendues préservées de l’urbanisation sont un refuge pour la biodiversité. Dans le delta du Rhône, en 1970, les pouvoirs publics ont créé un parc naturel régional (PNR). À l’époque, cette forme d’établissement public était innovante : il s’agissait, dans une culture du compromis, de permettre les activités humaines et de protéger « le patrimoine naturel, culturel et paysager », selon le préambule de la charte du parc naturel régional de Camargue (PNRC).

Aujourd’hui, le parc est mis en danger pour des raisons politiques. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) et son président, Renaud Muselier, imposent une prise en main brutale : blocage du renouvellement de la charte, blocage des subventions, changement des statuts. Depuis son arrivée à la présidence de la région Paca en 2017, Renaud Muselier a mis son nez dans les affaires des neuf parcs de la région : « Quand je suis arrivé, les parcs régionaux avaient tous leur indépendance, ils faisaient ce qu’ils voulaient. Moi, j’ai dit : « C’est moi qui paye, c’est moi qui fixe la ligne » », confiait-il à l’Arlésienne le 12 septembre 2020. Pour le parc de Camargue, tout s’est accéléré ces derniers mois.

Dernier épisode en date, le 8 juin : un chantage qui met en danger l’existence même du parc. La région veut plus de représentation au conseil syndical du parc, qui est l’instance décisionnaire. Et tant qu’elle n’aura pas obtenu 44 % des droits de vote, le conseil régional ne votera pas le lancement des études pour le renouvellement, en 2026, du label parc naturel régional. « La région nous met dans la panade en ne votant pas le lancement des études le 24 juin », date du prochain conseil régional, dénonce un élu présent lors de la réunion du 8 juin où a annoncée la modification des statuts du conseil syndical du parc. « Même si nous acceptons les nouveaux statuts, il faudra attendre au mieux la prochaine réunion plénière de la région, mi-octobre, pour enfin pouvoir commencer les travaux du renouvellement de la charte. »

« On assiste à un affaiblissement de notre outil de travail »

La charte d’un parc, c’est la bible des orientations du territoire et de sa protection, c’est aussi le document sur lequel s’appuie le Premier ministre pour décréter si un parc est labellisé « parc naturel régional ». Son élaboration demande des années de travaux, des nombreuses réunions de concertation et sa validation par un vote du conseil régional. « Nous sommes déjà très en retard. Actuellement, rien n’avance. On assiste à un affaiblissement de notre outil de travail », regrette Bernard, un agent du parc dont le prénom a été changé pour préserver son anonymat.

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Le parc régional de Camargue a besoin d’une nouvelle charte, mais celle-ci pourrait ne pas voir le jour avant longtemps. © Éric Besatti / L’Arlésienne – Reporterre

« Ce qu’il se passe, ce sont des règlements de compte politique », observe à regret Jacques Mailhan, éleveur de taureaux de Camargue et représentant de la chambre d’agriculture au PNRC. Il cible la guerre d’égos entre Renaud Muselier, le président de région, et Patrick de Carolis, le maire d’Arles et président du PNRC [1]. Le torchon brûle entre eux depuis que ce dernier n’a pas soutenu le futur président de région en juin 2021, même au second tour des élections régionales alors qu’il s’agissait de faire barrage à l’extrême droite. Aujourd’hui, l’animosité de Renaud Muselier envers Patrick de Carolis pèse dans le traitement qu’il réserve au PNRC : le changement de statut voulu par la région Paca permettrait de réduire l’influence des mairies dans la gouvernance du parc et supprimerait la représentation des chambres consulaires du territoire (agriculture, commerce et industrie, métiers et artisanat).

Le blocage du vote de la charte n’est que le dernier épisode de la volonté de Renaud Muselier de mettre le PNRC à sa main. Le 8 avril 2022, brutalement également, la région annonçait suspendre son financement, qui représente 40 % des ressources totales du parc, soit 874 000 euros. « Le parc est malade », justifiait Renaud Muselier quelques jours plus tard dans La Provence. Il faut dire que, depuis 2020 et l’arrivée de son nouveau directeur, Régis Visiedo, le parc tourne au ralenti : une vingtaine de projets vont ainsi être menés cette année contre quatre-vingt en 2019.

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Pire, la souffrance au travail a conduit à de nombreux départs : treize agents en deux ans, dont certains occupaient des postes clés. « Désorganisation », « manque de procédure », « pilotage obscur », « incompréhension dans la répartition des tâches », « impacts psychologiques dus aux dysfonctionnements » et « réel mal être du personnel », concluait un rapport du comité technique du centre de gestion de la fonction territoriale des Bouches-du-Rhône daté du 22 octobre 2021. Depuis la publication de ce rapport, le directeur est en arrêt maladie. « Il ne faisait rien, bloquait les projets, ne voulait pas les porter devant les collectivités, il a tout mis en attente », témoigne l’agent Bernard.

C’est dans ce contexte que Renaud Muselier a expliqué stopper ses financements tant qu’une nouvelle feuille de route ne serait pas produite : « Maintenant, on arrête et on part sur de nouvelles bases », disait-il dans La Provence. Face à cette attitude, France Nature Environnement, les associations de protection de l’environnement locales et la Société nationale de protection de la nature (SNPN), gestionnaire de la Réserve nationale de Camargue, sont mobilisées et demandent le maintien, sans condition, du financement régional. Sa suspension actuelle « augmente le risque de déséquilibre, voire de perte de label décerné par l’État », indiquent-elles par communiqué.

« Statuts revus ou pas, il faut que le parc refonctionne »

Jacques Mailhan, l’actuel représentant de la chambre d’agriculture, tape du poing sur la table : « Maintenant, statuts revus ou pas, il faut que le parc refonctionne. Il y a des dossiers très graves pour l’avenir de la Camargue : au sud, la construction d’un nouveau pont à Salin-de-Giraud, au nord, d’un contournement autoroutier, au centre, la salinité de l’eau du Vaccarès qui s’accentue par manque de précipitations et réduit la biodiversité. Tout ça risque de banaliser la Camargue, de lui enlever sa singularité. C’est ça, le rôle du parc, il doit être le médiateur de ces questions. L’arrêt du parc nous fragilise. »

Le parc de Camargue, comme tous les parcs de Paca, est mis en concurrence depuis 2017 pour obtenir des financements régionaux. Ils ont désormais une enveloppe de 700 000 euros à se partager. En Camargue, les recettes du parc sont en baisse continue. De 4,354 millions d’euros en 2016, elles ont été de 3,067 millions d’euros en 2021. « On nous demande de faire mieux avec moins », regrette Jean-Christophe Briffaut, délégué syndical SNE-FSU au parc de Camargue.

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Le Mas du Pont de Rousty, à quelques kilomètres d’Arles, abrite le siège administratif du parc naturel régional de Camargue. © Éric Besatti / L’Arlésienne – Reporterre

Alors, depuis 2022, par manque de moyens, le parc ne peut plus assurer toutes ses missions. Ainsi, il n’y a plus de chargé de mission eau, un comble pour la plus grande zone humide de France. Conséquence, pour mettre tous les acteurs — pêcheurs, agriculteurs, protecteurs de l’environnement… — autour de la table, « c’est plus compliqué sans chargé de mission eau du parc », reconnaît Bertrand Mazel, président du syndicat des riziculteurs de France.

Côté gestion de l’environnement, l’inquiétude est plus grande encore. Par manque de moyens, cette année, le « contrat de delta », programme d’amélioration de la qualité des eaux, a été suspendu. Cette décision a des conséquences directes sur la Réserve naturelle nationale de Camargue, le cœur sanctuarisé du delta. Le programme d’observation de la qualité des eaux et l’évolution de la présence de pesticides a pris du plomb dans l’aile. « Sans contrat de delta, nous ne pouvons pas accéder aux financements de nos programmes par l’Agence de l’eau (établissement public de l’État) », regrette Gaël Hemery, directeur de la réserve. « Cette année, nous avons obtenu une dérogation et nous pouvons continuer notre suivi scientifique de la qualité de l’eau. Mais la situation n’est pas pérenne. » Pourtant, ce programme élabore des indicateurs qui permettent d’accompagner l’évolution des pratiques agricoles de l’espace protégé.

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Renaud Muselier, président de la région Paca, à Arles le 12 septembre 2020. © Éric Besatti / L’Arlésienne – Reporterre

L’ambition de « partir sur de nouvelles bases » de Renaud Muselier ne se limite pas au cadre du seul PNR de Camargue. Un mois après le blocage des subventions à la Camargue, le président de région a réuni au mois de mai les représentants du réseau régional des neufs parcs naturels de Paca [2] pour fixer ses objectifs politiques. En a résulté une liste de cinq objectifs envoyée par courriel et présentés sous forme de slogans : « Faire que la région Sud garde une « COP d’avance » » ; « Faire de la région une prochaine terre d’accueil pour les JO » ; « Une région-phare de l’industrie du XXIᵉ siècle »

Le président tient à ses consignes et l’administration régionale a demandé, dans un courriel envoyé aux parcs, une « feuille de route » avec un « rendu fin juin ». « Il vous est demandé de préciser concrètement comment les actions menées par les parcs s’inscrivent dans ces objectifs », a-t-il été ordonné à ces structures, qualifiées de « satellites ».

Les scientifiques s’inquiètent de leur capacité à pouvoir continuer à suivre la qualité de l’eau dans le parc. © Éric Besatti / L’Arlésienne – Reporterre

« C’est un dévoiement de l’esprit des parcs naturels régionaux », juge Bernard, un agent du parc qui a souhaité garder l’anonymat. Et un contresens sur leur fonction, selon le président des parcs naturels régionaux de France joint par Reporterre. Sans vouloir commenter un exemple en particulier, Michaël Weber tient à rappeler les fondamentaux du fonctionnement des parcs naturels régionaux. « C’est un projet pour construire une échelle de territoire cohérente avec toutes les collectivités. Il ne faut pas que chaque collectivité voie son intérêt particulier et tire la couverture à elle, sinon les choses ne peuvent plus avancer », explique celui qui est aussi président du PNR des Vosges du Nord. « Et c’est tout l’intérêt d’un PNR : il n’y a pas de parti politique, tous les acteurs du territoire coconstruisent une charte tous les 15 ans. C’est cette charte qui fixe les orientations. »

Une fois votée par les différentes collectivités, les objectifs des chartes des PNR sont étudiées par l’État et validées par un arrêté du Premier ministre. « Pour certains élus, la gestion des parcs est difficile à appréhender et à contrôler parce qu’ils échappent à la logique de leur collectivité », explique Michaël Weber. « C’est pourtant leur principale qualité. Ils permettent de créer un parlement local en créant une échelle de coopération cohérente et un temps long de l’action. Au-delà des mandats des uns et des autres. »

Une carte pour connaître l’exposition de votre commune aux pesticides

Votre commune est-elle très exposée aux pesticides ? Pour vous permettre de le savoir, le groupe agroalimentaire Ecotone et l’entreprise associative Solagro (spécialisée dans l’ingénierie, le conseil et la formation dans le secteur de l’agroécologie) ont publié, le 23 juin, une carte interactive. Elle permet d’obtenir des informations sur l’utilisation moyenne de pesticides par type de traitement et par culture, commune par commune. Sans surprise, les régions viticoles, d’arboriculture fruitière et de grandes cultures sont les plus polluées. Le recours aux pesticides est particulièrement important en région bordelaise, dans l’arrière-pays méditerranéen et au nord de la France.

Cette carte a été mise au point en utilisant l’indicateur de fréquence de traitement (IFT), qui comptabilise la quantité de produits phytosanitaires utilisés par hectare et par type de culture. Ces données sont accessibles (à l’échelle régionale) dans les enquêtes du ministère de l’Agriculture. Elles ont ensuite été croisées avec des données locales permettant d’estimer la répartition des cultures par commune, et le type de culture pratiquée (bio ou conventionnel). « Ce sont des données qui existent déjà, mais on s’est rendu compte qu’il n’est pas évident d’y accéder. On les met donc à disposition de tous », explique dans Libération Aurélien Chayre, agronome chez Solagro.

Nadine Lauverjat, déléguée générale de Générations futures, juge dans le quotidien ce genre d’outils « indispensable », « puisqu’il va montrer aux riverains la fréquence des traitements à proximité de leur lieu de vie ». Dans un rapport de plus de 1 000 pages publié en juillet dernier, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) confirmait un lien entre certaines maladies, dont des cancers, et l’exposition (principalement chez les professionnels) aux pesticides. Un corpus de plus en plus touffu d’études pointe également un lien entre endométriose et pesticides organochlorés.

Annulation d’arrêtés de destruction de grands cormorans : la série continue !

cormoran

A la demande de la LPO, la justice vient d’annuler l’arrêté préfectoral ayant autorisé la destruction de grands cormorans dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Il s’agit de notre douzième victoire similaire pendant la période 2019-2022, sans aucun échec. L’Etat français s’apprête pourtant à relancer pour trois années supplémentaires (2022-2025) une campagne d’abattage de ces oiseaux.

L’arrêté ministériel triennal du 27 août 2019 fixe pour chaque département français des plafonds de destruction des grands cormorans dans les limites desquels les préfets peuvent autoriser la régulation de cette espèce. Avec une population nicheuse d’environ 10000 couples, le Grand Cormoran est normalement protégé sur l’ensemble du territoire mais des dérogations peuvent être accordées pour les piscicultures subissant d’importants dommages malgré des mesures de protection ainsi que sur les cours d’eau où la prédation exercée par le Grand cormoran constituerait une menace pour la conservation de poissons patrimoniaux, et en l’absence d’alternative satisfaisante aux tirs.

Considérant que le risque pour les poissons concernés n’était jamais démontré, la LPO a contesté l’application de cet arrêté ministériel dans 17 départements au cours des trois dernières années. Douze arrêtés préfectoraux (Aveyron, Corrèze, Doubs, Eure, Eure-et-Loir, Lot-et-Garonne, Nièvre, Pyrénées-Atlantiques, Savoie, Tarn, Vaucluse, Haute-Loire) ont été annulés par les tribunaux, les 5 autres (Alpes-Maritimes, Côtes-d’Armor, Finistère, Nord, Var) sont toujours en attente de jugement.

Dernier en date, le Tribunal administratif de Pau a annulé par un jugement du 16 juin 2022 l’arrêté du Préfet des Pyrénées-Atlantiques autorisant la destruction de 250 grands cormorans pour la saison 2019-2020. Une nouvelle fois, le juge a constaté qu’un certain nombre d’espèces de poissons menacées étaient effectivement présentes dans ce département mais que le Préfet n’apportait pas la preuve de l’impact du Grand cormoran sur leurs populations.

Présumé coupable

Dès cet été, un nouvel arrêté cadre ministériel devrait renouveler pour trois ans une campagne de destruction de grands cormorans sans tirer les conséquences de ces jugements qui remettent pourtant tous en cause la justification et l’utilité de tels abattages massifs d’individus d’une espèce qui, rappelons-le, est protégée. L’État ne devrait plus autoriser l’élimination de grands cormorans sans avoir au préalable démontré la réalité des prédations, l’absence d’atteinte au bon état de conservation de l’espèce, et le fait qu’aucune autre solution que le tir n’existe.

Pour Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO : « En accordant les quotas de destruction les plus élevés d’Europe, l’exécutif s’est confortablement installé dans l’idée qu’il est plus facile de rendre le Grand Cormoran coupable du déclin de certaines espèces de poissons que de s’interroger sur la qualité des eaux, les sécheresses meurtrières, les barrages multiples et les pesticides dégoulinant dans les rivières. Il est temps qu’il change son fusil d’épaule.»

Lien pour consulter le jugement

Réchauffement climatique : la toundra sibérienne disparaît au profit des forêts

forêt et toundra

Alors que la planète se réchauffe à grand pas, il est temps de passer à l’action rapidement pour limiter au maximum les conséquences du réchauffement climatique. Ce n’est plus un secret pour personne, l’Arctique est une des zones géographiques la plus impactée par la hausse des températures avec, notamment, la fonte accélérée de sa banquise, mais pas seulement… Une étude scientifique s’est intéressée de près à l’impact de ces changements sur la toundra sibérienne. Ce biome unique pourrait bientôt disparaître, d’ici le milieu du millénaire, si des mesures fortes ne sont pas mises en place rapidement ! 

La crise climatique actuelle est particulièrement forte en Arctique où la température moyenne de l’air a augmenté de plus de 2°C au cours des 50 dernières années, bien plus que partout ailleurs. Un rapport des Nations Unies confirme que, même si nous réussissons à atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris, selon lesquels il faut réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre afin de maintenir le réchauffement à 2°C, les températures hivernales moyennes en Arctique (Pôle Nord) augmenteront tout de même de 3 à 5°C d’ici 2050 et de 5 à 9°C en 2080.

Une nouvelle étude scientifique, réalisée par des experts de l’Institut Alfred Wegener et publiée dans la revue eLife, s’est alors intéressée de près aux conséquences de l’augmentation des températures en Arctique sur la toundra de Sibérie. La toundra est une formation végétale des régions subpolaires et serait vouée à disparaître si des mesures drastiques ne sont pas prises rapidement pour réduire les émissions de gaz à effet et, par conséquent, la hausse des températures.

« Pour l’océan Arctique et la banquise, le réchauffement actuel et futur auront de graves conséquences », a déclaré le professeur Ulrike Herzschuh, chef de la division des systèmes environnementaux terrestres polaires à l’Institut Alfred Wegener, au Centre Helmholtz pour la recherche polaire et marine (AWI) . « Mais l’environnement terrestre va radicalement changer. Les vastes étendues de toundra en Sibérie et en Amérique du Nord seront massivement réduites, car la limite des arbres, qui change déjà lentement, avance rapidement vers le nord dans un futur proche. Dans le pire des cas, il n’y aura pratiquement plus de toundra d’ici le milieu de ce millénaire. Au cours de notre étude, nous avons simulé ce processus pour la toundra du nord-est de la Russie. La question centrale qui nous préoccupait était : quelle voie d’émissions l’humanité doit-elle suivre pour préserver la toundra en tant que refuge pour la faune et la flore, ainsi que son rôle pour les cultures des peuples autochtones et leurs liens traditionnels avec l’environnement ? »

La toundra est directement menacée par l’avancée des forêts

Les chercheurs ont étudié de près le cas de la toundra du Nord-Est de la Russie, en Sibérie, pour essayer de comprendre comment préserver ce biome unique qui abrite un mélange de faune et de flore exceptionnelles. Celle-ci est menacée par l’avancée progressive de la limite des arbres des forêts de mélèzes (conifères) qui s’étendent vers le nord, en raison du réchauffement climatique.

Environ 5% des espèces de plantes de la toundra sibérienne sont endémiques (on ne les trouve qu’en Arctique), telles que la dryade à huit pétales (Dryas octopetala), le pavot arctique (Papaver radicatum) et les arbustes prostrés comme les saules et les bouleaux. Toutes ces espèces se sont adaptées aux conditions locales difficiles : des étés courts et des hivers longs et rigoureux. Quant à la faune, on peut y trouver des espèces rares, comme les rennes, les lemmings ou encore des insectes, tels que le bombus polaris, une espèce arctique de bourdons.

Pour apporter des réponses à leurs questions, les experts ont utilisé le modèle de végétation LAVESI – développé pour l’écotone de la toundra-taïga sibérienne – qui décrit le cycle de vie complet des mélèzes de Sibérie. Les experts ont simulé les trajectoires de migration de la limite des arbres jusqu’à la fin du millénaire afin de fournir des informations importantes sur les zones de toundra qui peuvent survivre au réchauffement climatique et sur les endroits où des mesures préventives de protection seraient nécessaires afin de la conserver.

« Ce qui définit le modèle LAVESI, c’est qu’il nous permet d’afficher toute la limite des arbres au niveau des arbres individuels », explique le modélisateur AWI, Dr Stefan Kruse. « Le modèle dépeint le cycle de vie complet des mélèzes de Sibérie dans la zone de transition vers la toundra – de la production et de la distribution des semences à la germination, jusqu’aux arbres adultes. De cette façon, nous pouvons représenter de manière très réaliste la limite des arbres qui avance dans un climat qui se réchauffe. »

Les résultats sont clairs, dans les scénarios climatiques les plus chauds, les forêts de mélèzes pourraient s’étendre vers le nord à une vitesse pouvant atteindre les 30 kilomètres par décennie. En raison de la proximité de l’Océan Arctique, certaines étendues de toundra ne vont pas pouvoir se déplacer et vont finir par diminuer progressivement.

Les différents scénarios climatiques prédisent la disparition d’une bonne partie de la toundra

D’après les experts, dans un scénario de réchauffement climatique « intermédiaire » (RCP 4.5) et « extrême » (RCP 8.5), où les températures pourraient augmenter respectivement de 3°C et de 14°C en Arctique, il resterait au moins 6% de la toundra actuelle d’ici le milieu du millénaire.

En effet, lors de la publication du 5ème rapport du GIEC, en 2013-2014, les experts ont défini quatre profils représentatifs d’évolution des concentrations de gaz à effet de serrepour le XXIème siècle et au-delà. Ces trajectoires se distinguent par les efforts plus ou moins grands de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. En se basant sur ce qu’ils appellent les « Trajectoires représentatives de concentration » (Representative Concentration Pathways – RCP), les climatologues décrivent les conditions climatiques et les impacts du changement climatique associés à chacune de ces quatre trajectoires d’ici 2100 : RCP 8.5, RCP 6.0, RCP 4.5 et RCP 2.6. (RCP 8.5 étant le scénario le plus extrême).

Si et seulement si des mesures fortes sont prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il sera encore possible de sauver environ 30% de la toundra sibérienne. Dans le cas contraire, la ceinture de la toundra sibérienne, longue de 4 000 kilomètres, se réduirait en deux parcelles, distantes de 2 500 kilomètres, sur la péninsule de Taimyr à l’ouest et la péninsule de Tchoukotka à l’est.

De plus, les scientifiques précisent que, même si l’atmosphère se refroidissait au cours du millénaire, ce ne serait pas une solution miracle car les forêts ne libéraient pas complètement les anciennes zones de toundra.

« À ce stade, c’est une question de vie ou de mort pour la toundra sibérienne », a conclu Eva Klebelsberg, Chef de projet des Aires protégées et du changement climatique / Arctique russe au WWF Allemagne, dans le cadre de l’étude. « Des zones plus vastes ne peuvent être sauvées qu’avec des objectifs de protection climatique très ambitieux. Et même alors, dans le meilleur des cas, il y aura finalement deux refuges distincts, avec des populations de flore et de faune plus petites qui sont très vulnérables aux influences perturbatrices. C’est pourquoi il est important d’intensifier et d’étendre les mesures de protection et les aires protégées dans ces régions, afin de préserver des refuges pour la biodiversité inégalée de la toundra », ajoute Klebelsberg, qui, en collaboration avec l’Institut Alfred Wegener, milite pour l’établissement de zones protégées. « Après tout, une chose est claire : si nous continuons à faire comme si de rien n’était, cet écosystème disparaîtra progressivement. »

Source : notre-planète.info – 17 juin

Craintes de grippe aviaire dans une colonie avec un oiseau de mer en danger critique d’extinction

guillemot_de_troïl

PHOTO: P.BAUDE , chemin des plumes .fr cliché pris sur l’île d’Hornoya en Norvège

Les guillemots en voie de disparition sont assis fermement dans la falaise des oiseaux. L’infection de la grippe aviaire peut traverser la colonie rapidement, craignent les scientifiques, qui ont trouvé plusieurs oiseaux morts ces derniers jours.

DANGEREUSEMENT DENSE: Les guillemots ont un contact physique avec leur voisin le plus proche, et il y a peu de choses qui peuvent empêcher l’infection de se propager.

Corne de Knut-Sverre@knutsverrehornJournaliste

Alf Harald MartinsenJournaliste

Les chercheurs qui supervisent Hornøya à Vardø ont fait des découvertes troublantes dans les colonies d’oiseaux marins.

« Nous avons trouvé quelques oiseaux morts, principalement des goélands gris et des dos noirs. En outre, nous avons fait des observations d’oiseaux ayant des comportements légèrement différents et des oiseaux malades », explique Tone Kristin Reiertsen,chercheuse à l’Institut norvégien de recherche sur la nature (Nina).

Les découvertes sur Hornøya font partie d’une série d’observations le long de la côte. Il y a constamment de nouveaux rapports de hiboux de mer spéciaux trouvés dans l’ouest de la Norvège. Il y a aussi des rapports de goélands malades et d’aigles de mer le long de toute la côte jusqu’à l’est du Finnmark.

Cette mouette tridactyle traîne ses ailes et secoue la tête – probablement à cause de la grippe aviaire.

PHOTO : TONE KRISTIN REIERTSEN, NINA

Les oiseaux de Hornøya n’ont pas été entièrement analysés, mais il n’y a pas d’alternatives évidentes à la grippe aviaire.

L’un des oiseaux, une mouette de l’espèce mouette tridactyle, s’est comporté étrangement.

« Il ne pouvait pas utiliser les ailes, juste les traîner derrière eux. Il secoua la tête et était un peu étrange. Cela peut être un signe de grippe aviaire. Certainespersonnes peuvent souffrir de troubles neurologiques, explique le chercheur.

Tone Kristin Reiertsen suit la falaise d’oiseaux sur Hornøya depuis plusieurs années. Maintenant, elle craint une grande épidémie de grippe aviaire.

PHOTO : KNUT-SVERRE HORN

Avoir peur des selles

Il y avait un peu moins de goélands gris qui se reproduisaient cette année que l’année dernière, mais au-delà de cela, les chercheurs ne peuvent pas voir un déclin clair de la population.

Mais cela pourrait changer, craint Reiertsen. Une maladie infectieuse a de très bonnes conditions dans une colonie d’oiseaux. Peut-être surtout chez les guillemots – l’une des espèces qui a été touchée maintenant.

– Lnous nous reproduisons très serrés. Ils sont assis presque l’un sur l’autre. Sivous avez une épidémie parmi les auks comme les guillemots et les guillemots de Brünnich, cela peut devenir très grave. C’estce qui nous inquiète le plus.

« Un grand nombre d’oiseaux morts ont été trouvés à la fois dans les colonies et en mer lors de grandes épidémies dans les colonies de mer en Écosse.

«L’une est une maladie très contagieuse, et les guillemots sont déjà gravement menacés. Obtenir quelque chose comme ça en plus de tout cela n’est pas bon pour le stock.

Les guillemots sont déjà sur la liste rouge en tant que personnes en danger critique d’extinction. La grippe peut frapper fort.

PHOTO : TROND BERG

Les chercheurs sont loin d’avoir de bons chiffres sur le nombre de personnes touchées. Cela est dû en partie au fait que les oiseaux malades semblent sortir en mer et disparaissent.

De plus, il faut un grand effort pour compter systématiquement dans les colonies.

Devrait enlever les oiseaux morts

Reiertsen croit qu’il n’est pas bon que des oiseaux morts restent dans la colonie. Idéalement, ils auraient dû être collectés et détruits.

Sinon, elle laisse à l’Autorité norvégienne de sécurité des aliments le soin de répondre à ce qui doit être fait et s’il est approprié de recueillir des oiseaux malades et mourants. Cela peut être difficile sur Hornøya, car certaines parties de la colonie dans les montagnes sont assez inaccessibles.

« Nousavons demandé plus d’informations comme celle-ci », dit-elle.

De nombreux touristes prennent le bateau pour Hornøya tous les jours, et Reiertsen pense qu’il aurait dû être informé plus clairement des dangers de la grippe aviaire.

« Ils ne doivent pas toucher les oiseaux morts ou malades, car c’est tellement contagieux. Contactez l’Autorité norvégienne de sécurité des aliments, conseille Reiertsen.

Ce goéland gris a été retrouvé mort près du nid, sans blessures visibles. Il n’était pas non plus émacié. Maintenant, il est vérifié par l’Autorité norvégienne de sécurité des aliments.

PHOTO : TONE KRISTIN REIERTSEN, NINA

Éruptions dans la plus grande colonie du monde

La grippe aviaire est peut-être arrivée en Norvège et au Finnmark avec plusieurs oiseaux migrateurs.

« Vouspouvez deviner certaines voies d’infection, mais vous ne savez pas vraiment », explique Reiertsen.

Les aigles de mer et les oies sont des candidats possibles.

De plus, il est bien documenté que les goélands gris marqués sur Hornøya passent une partie de l’hiver en Écosse. Il y a eu une vaste épidémie de grippe aviaire cet hiver.

Et il continue de se propager :

Mercredi soir, le SeaBird Centre en Écosse a rapporté que la grippe aviaire avait également été confirmée dans la grande colonie de Bass Rock. Les falaises abritent la plus grande colonie de hiboux de mer au monde avec plus de 150 000 couples reproducteurs.

Le guillemot en danger critique d’extinction a fortement diminué dans de nombreux endroits. Hornøya à Vardø est la seule colonie majeure de Norvège qui a augmenté ces dernières années.

Même sujet : les oiseaux marins sont touchés de plein fouet par la grippe aviaire

 

Les oiseaux marins sont touchés de plein fouet par la grippe aviaire

cadavres_d'oiseaux

Depuis quelques semaines, le virus H5N1 décime des milliers d’oiseaux marins dans le monde. L’ampleur du phénomène est inédite et menace des espèces déjà vulnérables

« Sur le littoral, nous n’avons jamais observé une telle hécatombe d’oiseaux sauvages. » Sternes, mouettes, goélands, oies cendrées… Pierre Thellier ne s’en remet toujours pas. Ce chargé de mission à la réserve naturelle nationale du Platier d’Oye, dans le Nord-Pas-de-Calais, compte les cadavres qui s’accumulent depuis le début du mois. “La semaine dernière, nous comptions déjà 1.433 sternes pour un total de 1.671 oiseaux, toutes espèces confondues” témoigne-t-il à Sciences et Avenir. La faute à la canicule ? Même pas. Le coupable de ce carnage n’est autre que le virus H5N1. Il est connu pour son rôle dans la grippe aviaire, appelée par les spécialistes « influenza aviaire ». Cette maladie virale hautement contagieuse affecte les oiseaux domestiques et sauvages. Depuis octobre 2021, elle a tué pas moins de 383.000 oiseaux sauvages dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé animale. Et le chiffre est probablement sous-estimé : les oiseaux malades et morts sont difficiles à suivre.

Pourtant, cette épidémie d’influenza aviaire n’est pas la première à laquelle les oiseaux marins doivent faire face. « Il pouvait arriver de temps en temps qu’un canard ou un cygne soit contaminé mais ça restait assez anecdotique et c’était toujours en période hivernale » note Pierre Thellier. Mais cette année, la grippe aviaire a duré beaucoup plus longtemps que d’habitude, jusqu’à la période printanière et estivale. Or, le printemps et l’été correspondent à la période de reproduction chez les oiseaux. C’est donc un moment où les individus sont très proches les uns des autres. Problème : un simple contact avec un individu infecté par le virus H5N1 suffit à contaminer un autre individu. « C’est catastrophique puisque les individus sont en colonies et vivent en promiscuité. La transmission du virus est donc très forte. A partir du moment où vous avez quelques individus malades, le virus ne va faire que se diffuser entre les oiseaux. On assiste à une vraie épidémie d’influenza aviaire », alarme le gestionnaire de la réserve. Pour limiter la diffusion du virus, le chargé de mission et son équipe ont envoyé un maximum de cadavres en équarissage (abattage d’animaux impropres à la consommation). Mais ils n’ont pu faire bien plus.

Un phénomène inédit

La France n’est pas le seul pays touché : “en Belgique aussi c’est la catastrophe” affirme le chargé de mission. Le virus a également tué des grues en Israël, des pélicans dalmates en Grèce ou encore des Fous de Bassan au Canada et au Royaume-Uni. Et ce n’est pas près de s’arranger : « nous allons bientôt rentrer dans la période de migration post-nuptiale et les oiseaux infectés venus du Nord risquent d’infecter les oiseaux du Sud ».

Pour la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB), la plus grande organisation pour la protection des animaux en Europe, il s’agirait de la pire épidémie de grippe aviaire jamais recensée. Les années précédentes, les éclosions de H5N1 restaient localisées. Mais cette année, la maladie se répand comme une traînée de poudre. L’Organisation mondiale de la santé animale constate, elle aussi, que le phénomène est inhabituel en termes de taux de mortalité, du nombre d’espèces touchées et de la diversité des zones géographiques atteintes.

 

 

A lire : même sujet en Norvège : craintes de grippe aviaire dans une colonie avec un oiseau de mer en danger critique d’extinction

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Voici l’un des mammifères les plus étranges du règne animal

Pourquoi l’ornithorynque est-il si bizarre ?

Il a un bec de canard, une queue de castor, des pattes palmées, un pelage de taupe… Et il pond des oeufs.

C’est l’un des mammifères les plus étranges du règne animal, mais également un chasseur parfaitement adapté à son environnement. Vivant uniquement en Tasmanie et dans l’est de l’Australie, l’ornithorynque ressemble à une chimère par bien des aspects : bec de canard, queue de castor, pattes palmées, pelage de taupe…

Il peut nager à une vitesse de 4 km/h            

C’est aussi l’un des seuls mammifères à pondre des œufs. Pour survivre au bord des cours d’eau, il possède plusieurs atouts. Pour chasser ses proies aquatiques, il n’utilise ni ses yeux, ni ses oreilles. C’est son bec qui lui sert de radar. Celui-ci est équipé de milliers de récepteurs sensibles à la pression et aux impulsions électriques. Même de nuit ou en eaux troubles, cela lui permet de détecter les crustacés, les petits vers et les larves d’insectes, dont il se nourrit.

Autre atout : ses larges pattes palmées. Dans l’eau, ses deux pattes avant permettent la propulsion, et ses deux pattes arrière lui servent de gouvernail. Malgré sa petite taille, il peut nager à une vitesse de 4 km/h. Une fois sur terre, ses palmes se replient et il utilise ses griffes pour marcher et creuser des abris.

Il possède des glandes à venin

L’ornithorynque possède aussi une arme secrète : un éperon pointu accroché à chaque cheville arrière et relié à une glande à venin. Alors que les femelles les perdent généralement très tôt, les mâles les utilisent pour se défendre face aux prédateurs et pour affronter d’autres mâles en période de reproduction.