Six nouvelles espèces de grenouilles miniatures cryptiques découvertes au Mexique

6 nouvelles espèces

Craugastor cueyatl, l’une des six espèces miniatures découvertes, pose sur une pièce américaine de 10 pesos de 28 mm de diamètre.

Jeffrey W Streicher, Museum d’Histoire Naturelle de Londres.

Six nouvelles espèces de grenouilles de la taille d’un ongle de pouce ont été découvertes dans les forêts du Mexique. Avec ses 13 mm de long, l’une d’elle est même la plus petite du pays.

 

Elles sont à l’aise sur une pièce de 1 centime d’euro : six nouvelles espèces de grenouilles miniatures, mesurant entre 13 et 15 mm à maturité, ont été décrites au Mexique. Ces grenouilles à développement direct émergent des œufs sous forme de grenouilles miniatures parfaites, contrairement à la majorité qui éclosent sous forme en têtards. Minuscules, elles se trouveraient tout en bas de la chaîne alimentaire forestière. « Des millions de ces grenouilles vivant dans la litière de feuilles, nous pensons qu’elles sont susceptibles de jouer un rôle extrêmement important dans l’écosystème en tant que source de nourriture pour le reste de la faune, des lézards aux oiseaux prédateurs« , expliquent les chercheurs de l’Université de Cambridge, du Musée d’histoire naturelle de Londres et de l’Université du Texas à Arlington qui ont baptisé leurs trouvailles dans la revue Herpetological Monographs.

Des espèces quasi cryptiques

« Jusqu’à présent, ces nouvelles espèces étaient passées inaperçues car elles sont petites et brunes et ressemblent beaucoup aux autres grenouilles« , explique Tom Jameson, chercheur au département de zoologie et au musée de zoologie de l’université de Cambridge, qui a dirigé l’étude. L’analyse a consisté à rassembler près de 500 spécimens de grenouilles de musées du monde entier, qui avaient été collectés au Mexique, et à utiliser de nouvelles méthodes pour déterminer les liens de parenté existant ou non entre elles. À l’aide du séquençage de l’ADN, l’équipe a d’abord trié les grenouilles en groupes en fonction de la similitude de leurs gènes. Ensuite, les scientifiques ont utilisé la tomodensitométrie pour créer des modèles 3D des squelettes des grenouilles, afin de comparer les plus petits détails physiques et repérer les infimes différences : longueur du museau, écartement des yeux, forme et taille des pattes avant et arrière, etc. Ces deux analyses croisées ont révélé six nouvelles espèces de grenouilles, confondues jusqu’alors avec d’autres espèces déjà connues.

Diversité des pattes avant de grenouilles du genre Craugastor, au Mexique. Crédit Herpetological Monographe

« Les grenouilles du groupe connu sous le nom de Craugastor sont très difficiles à distinguer, les scientifiques soupçonnaient donc depuis longtemps que d’autres espèces pourraient exister. Nous sommes vraiment ravis d’avoir ajouté six nouvelles espèces complètement nouvelles pour la science« , se réjouit Tom Jameson. Les nouvelles venues ont été nommées Craugastor bitonium, Craugastor candelariensis, Craugastor polaclavus, Craugastor portilloensis, Craugastor rubinus et Craugastor cueyatl, Le mot cueyatl signifie « grenouille  » dans la langue nahuatl, parlée dans la vallée du Mexique où cette espèce a été trouvée

L’équipe pense que la plus petite des six nouvelles est Craugastor candelariensis, dont les mâles ne mesurent que 13 mm de long. Ils ont trouvé des spécimens de Craugastor portilloensis plus petits d’1,5 mm, mais qui n’avaient pas tout à fait achevé leur croissance. Craugastor candelariensis, nouvelle détentrice du titre de la plus petite grenouille du Mexique, est loin d’emporter le titre mondial des miniatures. Les mâles adultes de Paedophryne amanuensis, une grenouille de Papouasie-Nouvelle-Guinée, sont encore plus minuscules : ils n’atteignent même pas 8 mm.

Connues sous le nom de micro-endémiques, certaines des grenouilles nouvellement découvertes peuvent voir leur aire de répartition limitée à une toute petite zone, comme le sommet d’une colline dans une certaine partie du Mexique. Cela les rend incroyablement vulnérables. « Ainsi Craugastor rubinus a été nommée d’après les mines de grenat situées à flanc de la colline où se trouve l’espèce« , précise ainsi Tom Jameson. « Malheureusement, il suffirait de l’expansion d’une mine pour que ces amphibiens soient menacées de disparition« .

Craugastor rubinus tenue par le bout des doigts d’un chercheur. Crédit : Jeffrey W Streicher, Museum d’Histoire Naturelle de Londres.

Une alliance pour les protéger

La perte d’habitat peut également résulter du changement climatique. Par ailleurs, les grenouilles sont menacées par une maladie fongique mortelle, la chytridiomycose, qui anéantit les populations d’amphibiens à travers le monde. Mais les chercheurs espèrent qu’il y a un avenir pour leurs petites anoures. Ils ont identifié des zones protégées clés dans tout le Mexique où vivent les six nouvelles espèces – et espèrent maintenant travailler avec le gouvernement et les ONG au Mexique pour relier ces zones entre elles.

« Ces grenouilles jouent potentiellement un rôle très important dans l’écosystème forestier » explique Tom Jameson. « Nous devons nous assurer qu’elles ne sont pas simplement effacées de la carte parce que personne ne sait même qu’elles sont là. »

Le micro habitat de la grenouille Craugaster rubinus, au Mexique, est menacé par l’expansion des mines de grenat. Crédit Jeffrey W. Streicher, MNHN, Londres.

Le biologiste pense qu’il reste probablement beaucoup d’autres espèces de grenouilles Craugastor à découvrir, simplement parce que personne n’a encore eu l’occasion de les rechercher. « Nous avons examiné les cartes des endroits où les expéditions originales sont allées chercher des grenouilles au Mexique, et nous en avons trouvé, à côté, des vallées entières et des systèmes fluviaux où aucun scientifique n’a jamais mis les pieds« . Et de conclure : « Parce que les minuscules grenouilles vivent dans de minuscules zones, nous pouvons être assez sûrs qu’il y a tout un tas d’autres espèces non découvertes là-bas – tout ce que nous avons à faire est d’aller les trouver. »

Les mésanges, un remède naturel contre les chenilles processionnaires

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photo : Une mésange bleue dans un arbre fruitier, en Alsace, en 2008.

Les chenilles processionnaires du pin et du chêne, en expansion, viennent d’être classées espèces nuisibles. Plutôt que d’utiliser des traitements chimiques, la ville de Nancy expérimente la réintroduction de mésanges, grandes consommatrices de chenilles.

« Il faut bien lever les yeux pour les voir, dit avec un sourire Yannick Andres, chef du service arbres de la mairie de Nancy, en désignant un nichoir. Ça commence à être bien habité. » Pour lutter contre la prolifération des chenilles processionnaires dans la ville, l’agent a contribué à l’installation, en janvier 2021, d’une cinquantaine de nichoirs à mésanges dans le parc Sainte-Marie. Petit oiseau discret à l’appétit ravageur, la mésange raffole des larves et semble se plaire en haut des arbres nancéiens.

En invitant les mésanges – charbonnières ou bleues – à s’installer durablement, Yannick Andres tente de rétablir un équilibre entre chenilles envahissantes et oiseaux malmenés par l’urbanisation de leur milieu naturel. « Les mésanges s’installent à la première ponte, quand elles ont besoin de nourrir les petits, au milieu du mois de mai, et là elles cartonnent », explique l’agent. Un couple de mésanges peut dévorer jusqu’à 500 larves de chenille par jour pour nourrir ses petits.

Les chenilles processionnaires du chêne et du pin prolifèrent sur le territoire français. A Nancy, c’est celle du chêne qui pose problème. Contrairement à celle du pin, elle ne se déplace pas en file indienne, mais niche dans les arbres et dépose ses poils urticants dans son nid avant sa mue. Sandra Sinno-Tellier, médecin épidémiologiste à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), surveille l’expansion des deux espèces. « Entre 2012 et 2019, on a constaté une augmentation régulière du nombre d’appels aux centres antipoison pour des intoxications liées à la chenille processionnaire du chêne », relate la scientifique.

A tel point que la chenille processionnaire du pin et celle du chêne ont été classées, par un décret gouvernemental du 25 avril, « espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine », ce qui permet de multiplier les mesures de lutte contre leur propagation.

Micro-harpons

Chaque année, la plupart des cas sont recensés entre janvier et avril pour la chenille du pin, tandis que ceux liés à la chenille du chêne sont concentrés entre avril et juillet. Couvertes de poils urticants volatils, les chenilles expulsent leur couverture en cas d’agression extérieure. Mécanisme de défense redoutable, les poils chargés de toxine peuvent causer des réactions inflammatoires graves chez l’homme. La protéine toxique contenue dans le poil peut provoquer des atteintes cutanées, oculaires, digestives et même respiratoires. Très légers et invisibles, ces micro-harpons peuvent être stockés dans les nids vides pendant des mois et libérés par un coup de vent. Ainsi, de nombreux patients développent des symptômes sans jamais avoir aperçu une chenille.

Les facteurs de prolifération de la chenille sont pluriels. Selon Sandra Sinno-Tellier, également coordinatrice de la toxicovigilance de l’Anses, les premiers sont « le réchauffement climatique qui adoucit les hivers, et l’intervention humaine ». Les opérations de boisement ou de déboisement ont fait évoluer les lieux de présence de l’insecte sur le territoire français et « les processionnaires étendent progressivement leur aire d’implantation dans la partie nord de la France, y compris dans l’est de celle-ci, alors qu’elles résidaient principalement dans le Sud et l’Ouest il y a plusieurs décennies », alerte la spécialiste.

A Nancy, Yannick Andres a pris conscience du problème en 2007. « Pour la première fois, il y a eu de grosses attaques de chenilles près des habitations, alors on a été obligés d’utiliser un traitement microbiologique », se souvient l’agent. C’est pour éviter l’utilisation cyclique d’un insecticide non sélectif que la mairie a lancé l’installation de nichoirs. « Tant qu’on n’a pas de pic, elle peut suffire à réguler la chenille sur le parc », espère-t-il. Le dispositif peut être couplé à d’autres, comme la destruction de nids ou l’installation de pièges à phéromones pour éliminer les papillons.

Dahman Richter, conseiller municipal délégué aux droits, au bien-être animal et à la biodiversité, défend une « méthode de régulation douce ». Pour l’élu écologiste, âgé de 24 ans, « la lutte pour la biodiversité est liée aux questions de santé publique et de sécurité ». Il attendra toutefois de tirer un premier bilan avant d’installer de nouveaux nichoirs. Il veut également « éviter les risques de prédation [des mésanges] sur d’autres petits oiseaux ».

« Lutte biologique »

La mésange, qui a bien besoin de ce coup de pouce, s’installe à Nancy sous l’œil attentif des ornithologues de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). En France, « il y a une crise du logement chez les oiseaux cavicoles », relate Jean-Yves Moitrot, président de la LPO en Meurthe-et-Moselle. Les mésanges charbonnières et les mésanges bleues souffrent de l’urbanisation de leurs milieux naturels et de la raréfaction des cavités naturelles.

L’association soutient la « lutte biologique » menée par la mairie. « Cela semble marcher, puisque les nichoirs ont l’air occupés, mais il est difficile de voir si ça a un impact immédiat sur les populations de chenilles », s’interroge le bénévole.

Dans les faits, la chenille continue de faire des dégâts à Nancy. Au printemps, chaque année, dans son cabinet vétérinaire, le docteur Arnaud Ptak reçoit quelques dizaines de chiens et de chats en état de choc. Chez les animaux qui ont léché les insectes, il peut arriver que la langue noircisse et se nécrose. « Dans ces cas-là, il faut opérer et enlever la langue en partie ou totalement, relate le vétérinaire, qui a déjà dû procéder à ce type d’opération sur un chien. Chaque année le phénomène s’intensifie, on reçoit des cas plus graves et plus atypiques que l’année précédente. »

Même s’il soutient l’initiative de la mairie, pour Arnaud Ptak, lutter contre la chenille processionnaire, « c’est se battre contre les moulins à vent ». Au début de l’été, une fois que les chenilles seront devenues papillons, la municipalité pourra tirer un premier bilan, à la fois sur l’évolution des populations de mésanges et de chenilles.

Carla Butting(Nancy, envoyée spéciale) / Le Monde-planète, 6 mai

Un champignon tue les grenouilles dans le monde entier

Voilà quarante ans qu’un champignon parasite décime des populations entières d’amphibiens. Si certaines grenouilles sont particulièrement vulnérables, c’est la faute aux humains.

Sur les pentes du Mont Grand-Matoury en Guyane, une dizaine de naturalistes passent la forêt amazonienne au peigne fin. Ils sont guides ou conservateurs de réserves naturelles, membres de la police de l’environnement. Depuis 2012, ils se réunissent chaque année pour une battue un peu spéciale : ils cherchent des dendrobates. Des grenouilles de quelques centimètres aux couleurs vives emblématiques de l’Amazonie. L’ampleur de la tâche est frappante. Il faut scruter l’ombre humide des bois morts où vivent ces animaux. Lorsqu’une grenouille est attrapée, un naturaliste frotte un coton-tige contre le mucus luisant de sa peau. Le geste semble familier, et pour cause : il s’agit d’un test PCR. 

Grâce à cette technique, les scientifiques du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de Cayenne cherchent des traces du champignon parasite Batrachochytrium dendrobatidis ou BD. Celui-ci peut provoquer une maladie qui empêche les amphibiens de respirer par la peau : la chytridiomycose. Elle a déjà fait disparaître quatre-vingt-dix espèces d’amphibiens dans le monde. Une étude publiée en 2015 montre la présence du BD sur la peau de nombreux amphibiens de Guyane, dans tous les types d’environnements. En 2019, plus de 7 % des dendrobates guyanais testés étaient contaminés.

Loin de la Guyane, dans les Pyrénées, BD a été détecté pour la première fois en 2006 dans les lacs du massif de Néouvielle. Il infectait alors un dixième des individus testés. Quatre ans plus tard, plus de la moitié. À partir de 2013, la population d’amphibiens a chuté de façon vertigineuse. La chercheuse Adeline Loyau étudie ces lacs pour l’Écolab de Toulouse. Depuis 2019, elle y a trouvé une cinquantaine de têtards : le signe d’une faible reprise des naissances ?

La chytridiomycose est observée depuis les années 1980. Le champignon parasite BD a conquis la planète entière en quarante ans. Mais la contamination n’entraîne pas forcément la maladie. En Guyane, les amphibiens positifs au BD sont souvent des porteurs sains. Ailleurs dans le monde, des populations entières sont décimées. Pourquoi certaines sont-elles si vulnérables ? De la crise climatique à la disparition des planctons en passant par le rôle des élevages d’amphibiens, tour d’horizon des activités humaines néfastes pour les grenouilles.

guyanePendant des heures, les équipes des réserves naturelles de Guyane inspectent la forêt amazonienne pour surveiller l’épidémie de chytridiomycose chez les dendrobates. © Claire-Marine Selles / Reporterre

Un « cocktail toxique » de pesticides 

Plusieurs équipes scientifiques essaient de comprendre pourquoi le BD ravage certaines populations alors qu’il en épargne d’autres. Dirk Schmeller, qui travaille également à l’Écolab de Toulouse, explique qu’il faut envisager une maladie comme le sommet d’une pyramide. Quatre facteurs forment la base carrée de la pyramide et participent à l’émergence de la maladie : l’hôte, son microbiome, son environnement et enfin l’agent pathogène. 

Certaines espèces d’hôtes semblent plus vulnérables que d’autres. La chytridiomycose est apparue en 2004 dans le parc naturel d’El Copé au Panama. Parmi les 63 espèces présentes, 25 ont disparu en quelques années et 17 ont fortement décliné. Une vingtaine a survécu à l’arrivée du champignon parasite. Une récente étude d’impact montre que sur les cinq cents espèces d’amphibiens touchées par la chytridiomycose dans le monde, seuls 12 % des populations affichent des signes de reprise alors que plus d’un tiers connaissent un déclin dramatique.

la_maladieLa maladie ne dépend pas seulement de la rencontre entre un animal et un pathogène. L’environnement et tous les micro-organismes qui l’habitent jouent aussi un rôle dans l’apparition des symptômes. © Claire-Marine Selles / Reporterre

Cependant, de grandes différences peuvent être observées au sein d’une même espèce. Les dendrobates sont particulièrement vulnérables à la chytridiomycose : le nom du parasite — Batrachochytrium dendrobatidis — doit d’ailleurs son nom à une épidémie fulgurante dans un élevage américain. La santé des dendrobates de Guyane montre que d’autres facteurs expliquent l’apparition de la maladie. 

Le microbiome par exemple, comme l’a étudié l’équipe de Dirk Schmeller. Soit une interface entre l’hôte et son environnement. Comme chez l’humain, la peau des amphibiens est colonisée par des bactéries, champignons et virus. Un équilibre complexe se crée et cet écosystème infinitésimal peut être protecteur. En France, BD est présent dans de nombreux environnements mais il décime principalement des populations d’amphibiens isolées. Leur microbiome pourrait être moins efficace pour empêcher le déclenchement de la maladie, et les scientifiques les appellent les « populations naïves »

Autre motif de faiblesse : la pollution. Adeline Loyau et Dirk Schmeller ont récemment découvert un « cocktail toxique » de pesticides dans les lacs pyrénéens qu’ils étudient. Ce dernier détruit certains planctons. Or les tests réalisés en laboratoire ont montré que les planctons peuvent limiter la prolifération du champignon BD dans l’eau. Leur disparition pourrait donc favoriser le développement de la maladie. 

Une lignée de souches tueuses est apparue dans les élevages d’amphibiens

De même, le stress environnemental affecte l’état de santé des animaux. Le changement climatique entraîne son lot d’épisodes stressants — les sécheresses par exemple. Cela inquiète Mathieu Chouteau, spécialiste de l’évolution au CNRS de Cayenne : « La nature, ce sont d’innombrables interactions entre organismes, tout se tient très serré. Dès que l’on supprime une interaction, c’est une cascade incontrôlable. » Si un stress nuit au système immunitaire des amphibiens, plus rien n’arrête la chytridiomycose. Affaiblies, des populations entières tombent malades et meurent.

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L’histoire du BD est bel et bien liée aux activités humaines. Ce champignon appartient à une famille très commune. Il est naturellement présent sur la peau de plusieurs espèces de grenouilles. Une étude génétique de 2018 a identifié une lignée de souches tueuses qui apparaît et se diversifie dans les élevages d’amphibiens. La mise en contact de différentes souches du champignon aurait favorisé sa virulence, la contamination des populations très denses des élevages étant idéale pour faire émerger des variants.

Or des milliers d’amphibiens sont élevés chaque année pour l’alimentation et la recherche. En s’échappant, certains ont répandu les souches pathogènes de BD dans la nature. Le champignon a continué à évoluer et à se diversifier dans chaque environnement rencontré. En 2013, un nouveau chytride mortel pour les salamandres a été identifié en Europe. Il a été introduit par des terrariophiles des Pays-Bas. S’il a pu être détecté, c’est que la surveillance des amphibiens s’est considérablement renforcée face aux ravages de la chytridiomycose

l'élevage_d'amphibiensL’élevage d’amphibiens a favorisé l’épidémie de chytridiomycose. 90 espèces ont déjà succombé à cette maladie. © Claire-Marine Selles / Reporterre

2009 et 2012, une vaste étude épidémiologique a été menée en Europe. Depuis Montpellier, Claude Miaud et ses équipes ont fait réaliser des prélèvements dans la plupart des réserves et parcs naturels de France. En 2011, ils ont créé le site web Alerte-Amphibiens pour collecter des signalements de mortalités et maladies. Les données centralisées pendant ses dix ans d’existence sont encore en cours d’analyse. Une nouvelle plateforme devrait bientôt voir le jour.

« On nous a envoyé des photos de signes cliniques qu’on ne peut lier à rien, ce qui sous-entend qu’il y a des maladies que l’on ne connaît pas pour l’instant. Des cas de mortalités massives dans les Alpes nous ont aussi permis de découvrir le ranavirus, il n’avait pas encore été signalé en France », explique Claude Miaud. Quant au BD, il est maintenant présent sur l’ensemble du territoire, comme d’autres agents pathogènes encore méconnus. Les scientifiques surveillent l’avancée des contaminations et leur virulence mais ils demeurent impuissants face aux mortalités massives. La chytridiomycose peut être soignée en captivité et dans certains environnements très spécifiques, pas à l’échelle d’une forêt ou d’un lac. De Cayenne à Toulouse, en passant par Montpellier, les chercheurs s’accordent sur un point : la seule marge de manœuvre face aux dégâts de ces maladies émergentes, c’est de favoriser la résistance des amphibiens en protégeant leur environnement. 

Mort des insectes, animaux malades… les pesticides ravagent le vivant

Une solide expertise scientifique le confirme : les pesticides détruisent la biodiversité et contaminent largement les écosystèmes, jusque dans les fonds marins.

Les pesticides sont-ils dangereux pour le vivant ? À la demande du gouvernement, quarante-six chercheurs ont planché sur la question pendant deux ans ; ils ont compilé, comparé et analysé plus de 4 000 études. La réponse, rendue publique jeudi 5 mai, tient en trois lettres : oui, ils polluent l’ensemble des milieux et fragilisent la biodiversité. Ce constat n’est pas nouveau, mais il est désormais étayé par une solide expertise scientifique.

« Il s’agit d’un état des lieux des connaissances existantes », précise Sophie Leenhardt, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), qui a mené les travaux avec l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). La dernière expertise collective de cette ampleur remontait à 2005. L’objectif, selon Mme Leenhardt : « Éclairer le débat et l’action publique, sans donner d’avis ni formuler de recommandations. » À l’heure où l’État français se demande comment allouer les millions d’euros de la politique agricole commune, ce document apporte cependant des éléments accablants contre l’agriculture intensive.

Une contamination généralisée des écosystèmes

Le rapport met ainsi en évidence « une large contamination des écosystèmes » par les pesticides, en particulier dans les espaces agricoles. Chaque année, entre 55 000 et 70 000 tonnes de substances actives phytopharmaceutiques sont vendues sur le territoire français… dont une grande partie se retrouve dans l’environnement. Cette pollution « touche tous les milieux — sol, air, eau — et implique une diversité de substances, indique Wilfried Sanchez, directeur scientifique adjoint de l’Ifremer. On retrouve les substances actives des pesticides, mais également leurs produits de transformation et leurs adjuvants. »

Par exemple, le glyphosate, un des herbicides les plus vendus, est utilisé avec des additifs permettant de renforcer son efficacité ; et quand le produit se dégrade, il se crée une nouvelle molécule également toxique, l’Ampa. « On retrouve les produits phytopharmaceutiques jusque dans les mers, le long des côtes, mais aussi dans les fonds marins, note M. Sanchez. On a même trouvé du DDT [un insecticide interdit en France depuis 1972] à des centaines de kilomètres, dans les zones proches des pôles. » Maigre consolation, les produits interdits voient leur concentration diminuer peu à peu.

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Le degré de contamination reste cependant difficile à quantifier. « La diversité des substances analysées reste limitée au regard de celles qui sont potentiellement présentes — 294 substances actives et plus de 1 500 préparations commerciales sont actuellement autorisées en France, insiste le rapport. De nombreuses substances ne sont pas recherchées, notamment parmi les plus récemment mises sur le marché. » Seule certitude : cette pollution généralisée s’immisce dans de nombreux organismes vivants – jusque dans l’urine humaine.

 

Les amphibiens et les dauphins tomberaient plus facilement malades

Sans surprise, cette imprégnation fragilise l’ensemble du vivant. Premiers menacés, celles et ceux qui vivent non loin des champs : abeilles, bourdons, coccinelles, papillons, oiseaux… « Les études disponibles permettent d’affirmer que les produits phytos sont une des causes majeures du déclin des populations » d’insectes, d’oiseaux, d’invertébrés aquatiques…, résume Stéphane Pesce, chercheur en écotoxicologie à l’Inrae. « À l’échelle européenne, il est estimé que la contamination induirait des pertes allant jusqu’à 40 % au sein des macro-invertébrés [larves ou mollusques] aquatiques. »

Ces substances chimiques ne font pas que tuer les êtres vivants. « Elles ont de nombreux effets sublétaux, souligne M. Pesce, c’est-à-dire qu’elles perturbent l’organisme », sans être mortelles. Perte d’orientation, déficience immunitaire, modification de la reproduction… « De plus en plus d’effets non attendus et sans relation claire avec le mode d’action connu sont mis en évidence, par exemple pour ce qui concerne les systèmes nerveux, immunitaire, endocrinien, ou encore les interactions avec les microbiotes », note ainsi le rapport. Les amphibiens et les dauphins tomberaient ainsi plus facilement malades.

Plantation de haies et restauration de zones humides

Les chercheurs mettent aussi en avant un effet papillon : en supprimant des insectes ou en détruisant une partie de la végétation, insecticides et herbicides diminuent les ressources alimentaires et les habitats de nombreux animaux, dont certains oiseaux. Les pesticides « agissent comme un facteur aggravant de l’état de santé des écosystèmes, classé au quatrième rang des facteurs pesant sur la nature à l’échelle mondiale », rappelle le rapport. En 2019, l’IPBES, le « Giec de la biodiversité », alertait sur la possible disparition d’un million d’espèces, à cause, entre autres, de la pollution chimique. Les pesticides seraient d’ailleurs le « premier moteur » du déclin des insectes, précisait une étude parlementaire parue en janvier dernier.

Que faire ? L’expertise collective ne s’étend pas sur le sujet, d’autres travaux étant en cours. Elle cite néanmoins quelques leviers d’actions. « Le premier levier permettant la réduction de la contamination est la diminution des quantités de produits phytopharmaceutiques utilisées », lit-on dans le rapport. Las, les politiques menées jusqu’à présent se sont révélées inefficaces pour sortir des pesticides. Les chercheurs listent des pistes prometteuses, comme la plantation de haies et la restauration de zones humides afin de créer des « espaces tampons » capables d’absorber et de dégrader une partie des substances.

Côté réglementaire, les deux instituts de recherche soulignent que d’importants progrès sont à réaliser. Car, bien que « la réglementation européenne en la matière soit une des plus exigeantes au monde, explique Laure Mamy, chercheuse à l’Inrae, elle présente des limites ». Les autorités chargées d’autoriser (ou non) les produits n’analysent pas suffisamment les effets cocktails — les conséquences de l’exposition combinée à plusieurs substances — ni les effets en chaîne d’un produit sur l’ensemble d’un écosystème. « Il faut une approche plus systémique », insiste Mme Mamy. Alors que les autorités européennes s’apprêtent à autoriser à nouveau le glyphosate, ce rapport scientifique devrait sonner comme une mise en garde.

Les lichens, fascinante forme de vie entre algues et champignons

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Ce reportage s’inscrit dans notre série La balade du naturaliste : une randonnée à la découverte d’une espèce ou d’un milieu exceptionnel, en compagnie d’une ou d’un passionné.

 

Il pousse autant sur les écorces des arbres que sur les vieilles pierres ou les trottoirs. Balade naturaliste en Seine-et-Marne à la découverte du lichen, un excellent indicateur de la qualité de l’air et des changements environnementaux.

Parc des Rochers Gréau, Saint-Pierre-lès-Nemours (Seine-et-Marne)

De la gare, on y arrive en quelques minutes. La route bétonnée laisse place à un sentier de sable bordé d’une végétation dense et de rochers de grès. Un paysage qui rappelle que la forêt de Fontainebleau est toute proche. Le parc des Rochers Gréau, îlot de nature préservée au cœur de la ville, abrite 137 espèces de lichens (sur plus de 2 600 connues en France). Pourtant, c’est à peine si on les remarque. À première vue, on ne voit que des taches insignifiantes qui donnent aux rochers et aux arbres une teinte blafarde. Mais quand on s’approche, les lichens dévoilent une riche palette de formes et de couleurs. Avec Gabriel Carlier, de l’Association française de lichénologie, on scrute des lichens aux airs de feuilles mortes, dont la couleur gris-marron se fond dans celle de la pierre. « C’est un lichen foliacé. Regardez en dessous. Il est recouvert de petits poils qui lui permettent de se fixer à la roche. Mais il se détache très facilement », dit-il en le soulevant.

Gabriel_carlierGabriel Carlier, de l’Association française de lichénologie, est fasciné par les lichens depuis l’enfance. © Mathieu Génon/Reporterre

Quelques pas plus loin, des tâches blanches incrustées dans un rocher attirent son attention : « Celui-ci forme une croûte qui adhère à son support, c’est un lichen crustacé. Grattez avec votre doigt et goûtez… C’est amer. Il s’agit de Lepra amara, qu’on reconnaît au goût. » Le naturaliste rappelle que les lichens ne font pas partie du monde végétal mais du règne fongique : « Ils sont le résultat d’une symbiose entre une algue et un champignon. Chacun y trouve son compte. L’algue produit des sucres et des vitamines par photosynthèse, tandis que le champignon fournit de l’eau, des sels minéraux, et abrite l’algue à l’intérieur d’un thalle — le corps du lichen. Ces deux partenaires cohabitent avec des microchampignons, des bactéries et des virus. On peut voir ça comme un HLM avec des gens qui vivent dedans. »

La fascination de Gabriel Carlier pour les lichens remonte à son enfance, « à une époque où les enfants passaient leur temps à jouer dans la nature ». Son premier herbier, il l’a réalisé au collège. Plus tard, il a été responsable des collections de géologie au Muséum d’histoire naturelle. Il est aujourd’hui retraité et anime des sorties pour l’Association des naturalistes de la Vallée du Loing. Alors qu’il nous invite à affûter notre regard, on voit que les lichens sont partout. Là, sur un rocher, ils s’entremêlent et dessinent des mosaïques teintées de vert et de jaune orangé. Ailleurs, d’autres se confondent avec le tapis végétal et,avec leurs formes de buissons miniatures, créent des micropaysages. Les lichens colonisent tous les milieux, même ceux où les plantes ne s’aventurent pas. « En mer, dans les zones de battement des marées, ils poussent sur les algues, les huîtres, les coquillages. On les retrouve jusqu’aux glaciers, c’est le premier monde vivant qui apparaît avant les neiges éternelles », dit Gabriel Carlier. En tant qu’espèce pionnière, le lichen sert d’habitat à des micro-organismes qui s’en nourrissent, ce qui permet l’installation d’autres êtres vivants — bactéries, champignons, mousses, microfaune… C’est l’un des premiers maillons de la chaîne alimentaire.

Sous nos pieds, au milieu d’un tapis de mousse, se nichent de délicates boules buissonnantes teintées de vert pâle. On s’accroupit, les yeux rivés sur le sol, pour les voir de plus près. « Cladonia ciliata. Il abonde dans la toundra et les rennes s’en nourrissent, dit Gabriel Carlier. Comme il pousse très lentement, les éleveurs nomades se déplacent pour trouver de nouvelles pâtures. Après l’accident de Tchernobyl, ces lichens ont été chargés de particules radioactives. Ils ont contaminé des troupeaux entiers de rennes. » Car ce qui fait la force du lichen, c’est sa capacité à tout stocker. Dépourvu de racines, il baigne dans l’atmosphère, y récupère l’eau et les nutriments… et accumule les particules polluantes, du césium 137 de Tchernobyl au nickel des gaz d’échappement. C’est au XIXe siècle qu’a été observée pour la première fois l’extrême sensibilité du lichen à son environnement, raconte Gabriel Carlier.

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« Le botaniste William Nylander, qui recensait la flore lichénique du Jardin du Luxembourg, comptait une trentaine d’espèces en 1866. Trente ans plus tard, toutes avaient disparu. Le développement de l’industrie et l’utilisation du charbon, dégageant du dioxyde de soufre, avaient été fatals aux lichens. Ce n’est qu’un siècle plus tard qu’ils ont commencé à revenir en ville, grâce à l’amélioration de la qualité de l’air. » Dans ses notes, Nylander écrivait que « les lichens donnent, à leur manière, une mesure de la salubrité de l’air ». Une faible diversité de lichens reflète donc un air impur, même si quelques espèces dites nitrophiles se plaisent dans la pollution azotée. Dans les années 1970, les lichens jaunes qui ont vite recouvert la basilique Notre-Dame de l’Épine, dans la Marne, révélaient ainsi des épandages d’engrais.

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Au parc des Rochers Gréau, la belle diversité de lichens rassure quant à la qualité de l’air. « Sur cet arbre à écorce lisse, on voit que les associations de lichens ne sont pas les mêmes selon la face, ensoleillée, à l’ombre, ou exposée à la pluie », précise Gabriel Carlier. Il nous montre Graphis Scripta qui prospère à l’ombre, formant une croûte blanche avec des traits noirs comme si on y avait gravé des hiéroglyphes. Plus loin, notre œil est attiré par un vieux tronc où se dressent de petites tiges ornées de points rouges : « Cladonia macilenta, un lichen qu’on retrouve sur les souches d’arbres pourrissants. » En prenant de l’altitude, le chemin ombragé laisse place à un paysage de lande sèche, avec ses pins et ses arbrisseaux dominés par la callune (fausse bruyère). Les lichens qui aiment le soleil s’y épanouissent. « On voit une association de lichens caractéristique sur ce rocher plat, qui est bien exposé. Dans ce creux, il n’y a pas de lichen à cause de l’eau de pluie qui y stagne longtemps », constate Gabriel Carlier, avant de nous montrer du doigt des tâches jaune-orange. « La présence de ce lichen nous dit que des oiseaux sont passés par là. On le dit ornithocoprophile car il récupère les nitrates des déjections d’oiseaux. » Le lichen nous apprend bien des choses sur l’environnement, selon le naturaliste : « Le lichen peut servir à mesurer la hauteur d’une crue, car la crue et l’érosion le font disparaître. En milieu montagneux, Rhizocarpon geographicum permet de mesurer le retrait des glaciers. Sa taille indique depuis combien de temps la glace a reculé, mettant à nu des rochers. Depuis qu’il existe des appareils plus modernes, ces techniques sont moins utilisées mais elles ont l’avantage de ne rien coûter, car le lichen est gratuit et pousse partout. »

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C’est à partir des années 1970 que le rôle des lichens comme bioindicateurs pour la surveillance environnementale a été mis en évidence. En observant différentes variétés de lichens, les chercheurs ont établi des cartes précises de la pollution de l’air. Aujourd’hui, le lichen est également révélateur du changement climatique qui modifie ses aires de répartition, étant donné qu’il est très sensible aux variations de température et d’humidité. Peu de laboratoires s’y intéressent, toutefois, faute de soutien financier. « Il y a un savoir qui se perd », déplore Gabriel Carlier. Discrets, presque invisibles, les lichens font partie d’une diversité délaissée.

Le rôle étonnant de la peur chez les animaux

La peur joue un rôle important dans le comportement des animaux. Ainsi, par peur des prédateurs marins, les fous du Cap s’envolent toujours plus loin du rivage et délaissent les zones de pêche. Certains ne se nourrissent plus que de déchets de poissons. Au point que la survie de ces oiseaux est menacée.

Il est blanc, la tête légèrement ocre. Des plumes noires prolongent ses ailes et sa queue. Son envergure dépasse 1,60 mètre. Le fou du Cap (Morus capensis), un oiseau emblématique des côtes d’Afrique du Sud, est toutefois sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le dernier recensement, en 2018, ne comptait plus que 250 000 individus et la population était en forte décroissance. En cause : la surpêche qui décime son garde-manger d’anchois et de sardines, mais aussi la présence d’un prédateur redoutable, l’otarie à fourrure (Arctocephalus tropicalis), qui bouleverse ses habitudes de vie.

Dans une étude parue début mars dans Communications Biology, une équipe internationale de chercheurs décrit comment, poussés par la peur, les oiseaux s’éloignent toujours davantage de la côte la nuit et comment certains se contentent de déchets de poissons pour s’alimenter le jour.

L’adaptation du comportement d’une population de proies potentielles à l’arrivée d’un prédateur et la réorganisation de l’écosystème est un phénomène connu des scientifiques. Ils l’ont formalisé sous le nom d’« écologie de la peur » ou de « paysage de la peur ». Le concept a été médiatisé à la suite de la réintroduction du loup dans le parc naturel étasunien du Yellowstone en 1995.

Dans une étude parue en 2001, des chercheurs ont montré que le seul changement de comportement des wapitis par crainte du loup avait eu davantage de conséquences sur leur population que la prédation elle-même. La population avait alors chuté de moitié. Autre conséquence : de larges espaces avaient été désertés par les proies potentielles des loups, laissant place à une nouvelle faune et flore. Ces effets indirects en cascade ont modifié l’ensemble de l’écosystème… « jusqu’au cours de rivières ! » écrivent les auteurs.

Des déplacements en fonction de la peur

Et le phénomène s’observe aussi en milieu marin. Dans l’étude publiée dans Communications Biology, des chercheurs français et sud-africains ont suivi les fous du Cap dans la région du Benguela, au large de l’Afrique australe. Située à la confluence de la résurgence d’eaux froides profondes et du courant des Aiguilles au large du cap de Bonne-Espérance, l’eau y est particulièrement riche en nutriments et la vie marine abondante.

Après avoir équipé les oiseaux et les otaries de balises GPS, les scientifiques ont remarqué qu’à la nuit tombée, les fous adoptent deux stratégies : 28 % reviennent nicher dans leur colonie sur terre, quand les 72 % restants se reposent à la surface de l’eau. Mais alors que les fous du Cap peuvent voler jusqu’à 50 kilomètres de distance du littoral en journée, les oiseaux restant en mer la nuit fuient jusqu’à 13 km plus loin, quand les otaries les observent pour mieux les croquer. Et ce comportement est efficace, puisque le risque de prédation diminue alors de 25 %.

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Les oiseaux ont aussi tendance à chasser le jour dans des zones moins fréquentées par les otaries, souvent moins pourvues en petits poissons pélagiques. Ils ont même mis au point une stratégie innovante, dit à Reporterre Nicolas Courbin, un des auteurs de l’étude : se nourrir de déchets de poissons récoltés dans le sillage des chalutiers. Ce comportement moins risqué vis-à-vis de leur prédateur est toutefois moins favorable à la santé des oiseaux. « Ces restes constituent de la junk food pour oiseaux, ironise-t-il, moins énergétique et moins bonne pour la santé. »

L’alimentation de ces oiseaux est d’autant plus compliquée qu’ils sont aussi confrontés à la diminution des ressources halieutiques, en raison de la surpêche et du réchauffement climatique. « Sur l’ensemble de la colonie, il y a une diminution de la condition et de la survie des fous adultes. Et du succès reproducteur en général. Cela est notamment lié à la diminution des ressources alimentaires », conclut Nicolas Courbin. Si bien qu’aujourd’hui, le fou du Cap est menacé.

Des aires pour protéger leurs ressources

« D’autres grands prédateurs marins, comme le requin blanc et l’orque, ajoutent des couches de complexité au paysage marin de la peur », écrivent les auteurs. Ainsi, les sardines et les anchois craignent les fous, qui à leur tour fuient les otaries, qui elles-mêmes s’esquivent devant les grands requins blancs qui stressent enfin devant l’orque. Chaque maillon de la chaîne alimentaire adapte ainsi ses déplacements quotidiens au risque de prédation et façonne ainsi tout l’écosystème.

Selon M. Corbin, pour sauvegarder les fous du Cap, il faut préserver leurs ressources alimentaires et constituer de vastes zones de non-prélèvement des petits poissons pélagiques au large de l’Afrique du Sud. Car, pour l’heure, seules « de petites aires marines protégées côtières » sont définies alentour. Ces espaces réduits présentent l’inconvénient de concentrer les prédateurs dans de petites zones, effrayant encore davantage les oiseaux, explique le chercheur.

Pourrait-on imaginer des aires marines protégées flexibles pour s’adapter aux déplacements nocturnes des fous du Cap ? Si techniquement, l’idée séduit, David Grémillet, autre coauteur de l’étude, doute de l’efficacité d’une telle mesure : « Il faut d’abord créer de vraies aires marines protégées, qui constituent de vraies zones de non-prélèvement. » Pour l’heure, les aires marines protégées souffrent encore de politiques bien trop permissives, au détriment de la biodiversité qu’elles sont censées pourtant protéger.

Jour du dépassement de la France : le 5 mai 2022, l’Hexagone entre en « déficit écologique »

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Le 29 juillet 2021, l’humanité avait épuisé autant de ressources que la Terre pouvait en produire sur l’année. Mais si le monde entier avait vécu comme les Français, le « déficit écologique » l’aurait frappé plus tôt. Et cette avance se produit une nouvelle fois en 2022 : ce 5 mai marque le jour du dépassement de notre pays. « C’est la date de l’année à partir de laquelle l’humanité, si elle consommait comme les Français, aura émis plus de gaz à effet de serre, pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres, bétonné et cultivé plus de terres que ce que les écosystèmes marins et terrestres du monde entier sont en mesure de fournir au cours d’une année« , déplore le WWF.

2,9 Terres nécessaires si tout le monde vivait comme les Français

Chaque année, le groupe de réflexion Global Footprint Network détermine la date à laquelle l’humanité a épuisé toutes les ressources naturelles que la Terre peut produire au cours d’une année entière. Il réalise aussi un travail de projection plus ciblé sur plusieurs pays. « Du 1er janvier au 5 mai, la population française a consommé en moyenne autant de ressources naturelles que ce que la Terre peut régénérer en une année, par personne. Ces données proviennent des comptes nationaux d’empreinte et de biocapacité (National Footprint and Biocapacity Accounts) publiés par la Footprint Data Foundation, l’Université de York et Global Footprint Network« , explique le groupe dans un communiqué. Autrement dit, si l’humanité vivait comme la population française, il lui faudrait 2,9 Terres pour subvenir à ses besoins annuels colossaux. Et les Français épuisent les ressources équivalentes à 1,9 France.

Un travail de prévision et non pas un résultat définitif

Global Footprint Network s’est basé sur les derniers chiffres disponibles des comptes nationaux d’empreinte et de biocapacité du pays. « Pour l’édition 2022, la dernière année de données, basée sur les ensembles de données de l’ONU, est 2018, explique le groupe de réflexion. Pour estimer les chiffres plus récents de la biocapacité et de l’empreinte, des données supplémentaires sont nécessaires, si possible à partir de statistiques nationales officielles ou d’autres sources fiables telles que des données évaluées par des pairs« .

Une extrapolation est ensuite nécessaire, réalisée en France en collaboration avec la branche nationale du WWF. En résulte ensuite des estimations qui relèvent davantage d’un travail de prévision que de résultats officiels. Ceux pour l’année 2022 seront en réalité probablement publiés dans l’édition 2026 des comptes nationaux d’empreinte et de biocapacité. Et ils pourraient être différents des estimations dévoilées ce 5 mai, mais l’exercice permet néanmoins de souligner un véritable épuisement des ressources.

NOTICE : MAI 2022

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Aujourd’hui, fin de l’autonomie halieutique de la France

saumon

Si les Français n’achetaient que du poisson produit localement, les rayons des supermarchés seraient désormais vides. Selon l’Aquaculture Stewardship Council (ASC) — une ONG qui œuvre pour un élevage aquacole plus durable — le lundi 2 mai 2022 marque en effet « le jour de la dépendance au poisson issu de l’importation » : malgré un immense espace maritime, « la France dépend à 66 % de l’importation pour ses produits de la mer », précise l’ONG dans un communiqué. Transposé sur une année, cela signifie qu’au-delà du 2 mai, tous les poissons consommés en France sont pêchés ou élevés à l’étranger.

Une date qui recule d’année en année, puisqu’en 2012, ce « jour de la dépendance au poisson » arrivait le 21 mai. Chaque Français consomme en moyenne 33,5 kg de poissons et crustacés par an ; en tête de nos mets favoris, le saumon, le thon et la crevette… des animaux que l’on ne trouve pas — ou peu — le long de nos côtes, et que l’on n’élève pas non plus ici. Ainsi, « chaque année, la France importe 182 000 tonnes de saumons, 140 000 tonnes de thons et 114 000 tonnes de crevettes », indique l’ASC. L’Union européenne fait venir plus de la moitié des poissons qu’elle consomme d’Asie, d’Afrique et d’autres pays du Sud, mettant en péril l’économie de nombreuses communautés locales, dépendantes de la pêche pour leur survie

Afin de réduire cette dépendance alimentaire sans accentuer la surpêche, l’ONG promeut une aquaculture « plus respectueuse de l’environnement et des droits humains ». Rejets de phosphore et d’azote, farine animale pour nourrir les poissons : l’élevage aquacole pose en effet de nombreux problèmes écologiques