Dégats de sangliers : les chasseurs pompiers pyromanes

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La Fédération nationale des chasseurs (FNC) a saisi le Conseil d’État pour contester le système actuel d’indemnisation des dégâts de grand gibier (sanglier, cerf et chevreuil) versée aux agriculteurs par les fédérations départementales de chasse. Le Conseil d’État a transmis la question devant le Conseil constitutionnel, qui y a répondu ce jeudi 22 janvier 2022 : les chasseurs devront continuer à payer. 

Environ 800.000 sangliers sont aujourd’hui tués chaque année en France, contre à peine 30.000 il y a 50 ans, et leur nombre continue pourtant de croître. L’indemnisation des dégâts occasionnés par le grand gibier aux exploitations agricoles est assurée par les fédérations départementales des chasseurs. En 2019, cette somme s’est élevée à plus de 75 millions d’euros.

Depuis 4 ans déjà, du fait des accords passé entre le Président de la République et le Président de la FNC, les finances des fédérations départementales des chasseurs ont été mises à mal au profit de leur fédération nationale. Par exemple, la baisse du permis de chasse national passé en 2019 de 400 à 200 € a conduit les chasseurs à délaisser les permis locaux devenus peu avantageux, entrainant un manque à gagner pour les fédérations départementales. Certaines sont désormais au bord de la faillite et ne parviennent plus à indemniser les agriculteurs, ce qui a motivé la saisine du Conseil d’Etat pour tenter de s’y soustraire ; en vain.

Les chasseurs ont cependant longtemps participé délibérément à cette explosion démographique avec l’objectif de préserver les populations de grand gibier, en pratiquant notamment des lâchers d’animaux d’élevage. L’agrainage dissuasif, censé les éloigner des cultures, s’est en fait souvent transformé en nourrissage tout au long de l’année dans certaines régions. L’augmentation des surfaces consacrées à l’agriculture intensive, en particulier du maïs, et la succession d’hiver doux réduisant la mortalité naturelle des sangliers, ont également contribué au développement des populations de suidés.

Plutôt que de repenser sa stratégie de régulation des sangliers à l’instar d’autres pays européens, l’Etat français a préféré à nouveau céder aux lobbies cynégétiques en étendant la période d’ouverture de la chasse de début juin à fin mars, soit 10 mois sur 12 ; et ce après leur avoir déjà accordé des dérogations au confinement sanitaire l’an dernier.

Pour Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO : « Les chasseurs se comportent en pompiers pyromanes. Ils sont en grande partie responsables de la prolifération des sangliers mais essayent pourtant aujourd’hui de s’exonérer de l’indemnisation des dégâts causés aux agriculteurs. Ils utilisent en outre le prétexte de la régulation pour essayer de chasser à l’intérieur des espaces naturels protégés et des propriétés privées. »

 

Collarwali est morte : l’Inde pleure la tigresse, symbole de la lutte pour la préservation de l’espèce

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La tigresse s’est éteinte de vieillesse, à 16 ans, samedi 15 janvier dans la réserve du parc national de Pench et depuis les hommages se multiplient pour saluer celle qui a donné naissance à 29 petits et contribué à faire remonter la population de cette espèce en danger d’extinction.

C’est une star nationale, une « légende » écrivent même les journaux : Collarwali, la tigresse la plus célèbre du pays, icône du parc national de Pench, s’en est allée samedi, à l’âge de 16 ans. Une tigresse tellement aimée, tellement adorée qu’elle a eu droit à une cérémonie de funérailles, il faut l’imaginer étendue sur un lit de bois, recouverte d’un linceul blanc immaculé laissant dépasser sa tête entourée de fleurs oranges et roses, déposées par centaines par des anonymes venus lui dire adieu.

Un hommage qui s’explique parce que Collarwali était le symbole de la sauvegarde réussie des tigres en Inde. Lorsqu’elle est née en 2005, les félins avaient quasiment disparus. À force de chasse et de déforestation, ils sont passés de 100 000 en 1900 à 1 400 au début des années 2000. Une hécatombe. Pour la stopper, les autorités indiennes ont donc lancé dans une grande campagne de préservation.

Une cinquantaine de réserves a été créé, des caméras ont été installées partout pour recenser chaque tigre, et enfin, certains fauves ont reçus des colliers émetteurs. Collarwali, qui tient son nom « collar » de collier, a été la première à en avoir un, ce qui a permis aux soigneurs de suivre ses déplacements, sa vie et donc ses prouesses : celle que les Indiens surnomment « Supermaman » a fortement contribué à la perpétuation de l’espèce en donnant naissance à 29 petits, le tout en huit portées, un record national, voire mondial.

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Mais si Collarwali est célèbre c’est aussi parce qu’elle a su gagner les cœurs en étant la seule tigresse à ne pas fuir devant les visiteurs de la réserve. Quand un pick-up passait, elle venait sur la route, faisant le spectacle en déambulant nonchalamment, et c’est ainsi qu’elle est devenue la reine des photos souvenirs, contribuant dans la foulée à casser le fantasme du tigre méchant, tueur, attaquant sans raison.

Dans cette forêt, qui est celle qui a inspiré à Rudyard Kipling Le Livre de la jungle, Collarwali a montré que les tigres chassent pour se nourrir, pas pour décrocher des trophées. Ou comment dire que pour eux, comme pour toutes les espèces en danger, pour protéger et sauver, il faut d’abord changer de regard.

Grâce aux efforts de conservation, les populations d’oiseaux d’eau se portent bien

grâce aux efforts de conservation

On parie que les chasseurs vont s’emparer de cette « bonne » nouvelle pour demander des quotas plus élevés ?

 

Les résultats de l’édition 2021 du comptage Wetlands confirment la stabilité des effectifs globaux en France métropolitaine.

Dans la réserve naturelle nationale de Lilleau des Niges, sur l’île de Ré (Charente-Maritime), le 14 janvier 2022. MATHIEU PUJOL POUR «LE MONDE»Comment se portent les oiseaux d’eau ? Il y a tout juste un an, 2,7 millions d’individus ont été dénombrés sur 486 sites en France métropolitaine dans le cadre du comptage Wetlands International. Les résultats de l’édition 2021, dévoilés samedi 15 décembre, confirment la tendance à la stabilité des effectifs observée depuis une vingtaine d’années. « Le bilan est bon, c’est une bonne nouvelle, souligne Allain Bougrain-Dubourg, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Mais il ne faut pas que ça éclipse le fait que certaines espèces sont quand même très affectées. »

Le cygne tuberculé, le canard souchet ou la sarcelle d’hiver ont atteint des effectifs record. Le tournepierre à collier, le bécasseau maubèche, le flamant rose ou encore la spatule blanche ont également été vus en nombre. Les populations de grèbes et de certains groupes de canards, en revanche, continuent de décliner.

« Au niveau mondial, les populations d’oiseaux aquatiques augmentent en Amérique du Nord et en Europe, où l’environnement est le plus protecteur » Szabolcs Nagy, responsable biodiversité de Wetlands International.

« L’important est de regarder les résultats à l’échelle de la voie migratoire, note Caroline Moussy, la coordinatrice des suivis d’oiseaux communs à la LPO. Il peut y avoir des espèces en déclin en France mais dont la population globale va bien parce qu’il y a eu un changement de répartition. Quand des populations diminuent, il faut essayer d’identifier les causes et de voir si l’on peut agir dessus ou pas. »

Si, aujourd’hui, les effectifs sont stables, depuis 1980 les populations d’oiseaux d’eau hivernants, toutes espèces confondues, ont augmenté de 124 % en France métropolitaine. Une évolution qui s’explique par l’arrêt de certaines pratiques de chasse, par les conditions météorologiques avec des hivers moins rigoureux, mais surtout par la mise en œuvre de mesures de protection adaptées. Année après année, les résultats du comptage Wetlands démontrent que les efforts de conservation, d’espèces mais aussi de sites, fonctionnent. « Au niveau mondial, les populations d’oiseaux aquatiques augmentent en Amérique du Nord et en Europe, où l’environnement est le plus protecteur, alors qu’elles décroissent dans les régions tropicales et dans l’est de l’Asie », confirme Szabolcs Nagy, responsable biodiversité de l’association européenne Wetlands International.

Malgré ces bonnes tendances, la LPO, qui coordonne le comptage Wetlands en France, appelle à poursuivre les efforts en renforçant la protection de certaines espèces, en restreignant la pratique de la chasse – des espèces protégées sont encore sur la liste des espèces chassables –, en préservant la quiétude des oiseaux dans les sites naturels ou en anticipant les effets du changement climatique, encore difficiles à évaluer.

L’association de protection de la biodiversité s’inquiète aussi du projet de construction d’un parc éolien en mer au large d’Oléron, en pleine zone Natura 2000 et dans un couloir de migration de l’avifaune, et plus largement des impacts cumulés des champs offshore. « Il faut encore réduire les pressions sur les oiseaux d’eau et ne surtout pas en rajouter », estime Cédric Marteau, le directeur du pôle protection de la nature à la LPO.

Perrine Mouterde

Le Monde

L’hiver est mort et nous regardons ailleurs

hiver 1929

Les températures hivernales ont fortement augmenté au cours des dernières décennies, bouleversant nos repères climato-météorologiques. Alors que les manifestations normales de l’hiver sont souvent perçues comme exceptionnelles, la douceur est à l’inverse banalisée dans les médias.

« Bonjour la caillante extrême », écrivait le 19 novembre 2021 l’édition toulousaine du magazine Le Bonbon au sujet de l’arrivée d’une masse d’air froid sur l’Hexagone. « Préparez-vous à être frigorifiés », poursuivait-elle en évoquant des températures oscillant autour de 7 °C. Comme chaque année, l’arrivée des premiers frimas en novembre a donné lieu à de nombreux superlatifs, relevait sur Twitter le prévisionniste Florentin Cayrouse. « Une vague de froid va s’abattre sur la France », alertait le site Aufeminin, tandis que La Dépêche et CNews faisaient état d’un « froid polaire » doublé d’un « vent glacial ». À la lecture de ces titres, on pourrait penser que la France s’est brièvement transformée en succursale du pôle Nord. Les conditions météorologiques évoquées étaient pourtant « loin d’être exceptionnelles » pour la période, selon Météo France. Aurions-nous donc oublié ce à quoi ressemble l’hiver ?

Selon Florentin Cayrouse, la tendance qu’ont certains médias à présenter des températures relativement normales pour l’hiver comme exceptionnelles pourrait s’expliquer par notre amnésie environnementale. En raison du réchauffement climatique, les épisodes de froid sont de moins en moins fréquents, explique-t-il à Reporterre. Résultat : « Le ressenti des gens a complètement changé. À force, on a perdu les normalités. »

Le constat est partagé par François Jobard, météorologue à Météo France. « On a perdu les repères de ce qu’est le “vrai froid”, estime-t-il. Des études ont montré que notre mémoire climato-météorologique n’allait pas plus loin que les trois à sept dernières années. Si les hivers sont de plus en plus doux, nos standards peuvent dévier par rapport à ce qu’ils étaient. »

« Toutes les stations françaises montrent une baisse du nombre moyen de jours de gel »

Depuis l’époque des premiers relevés météorologiques, la température hivernale moyenne n’a fait qu’augmenter en France, rappelle-t-il. Entre 1991 et 2020, la température hivernale « moyenne » atteignait 5,8 °C, c’est-à-dire 0,9 °C de plus qu’entre 1961 et 1990. Les manifestations les plus emblématiques de l’hiver, comme la neige et le nombre moyen de jours de gel, ont quant à elles décliné. Entre 1961 et 1990, à Besançon (Doubs), la température était inférieure ou égale à 0 °C pendant en moyenne 72 jours. Trente ans plus tard, la même station météorologique ne décomptait plus en moyenne que 58 journées de gel, soit une baisse de 20 %. « Toutes les stations françaises montrent une baisse du nombre moyen de jours de gel, sans exception », insiste le météorologue.

La lecture du livre Hiver. Histoire d’une saison, de l’historien suisse François Walter, permet de mesurer à quel point nos hivers diffèrent de ceux de nos ancêtres. Jusqu’en 1900, les communes situées à une altitude de 500 mètres étaient en moyenne recouvertes de neige pendant deux mois, souligne-t-il. « Aujourd’hui, la couverture neigeuse à ces altitudes est inférieure à quinze jours. » Dans le roman L’Assommoir, écrit en 1876 par Émile Zola, on apprend qu’il pouvait autrefois « geler à pierre fendre » à Paris. La neige, raconte-t-il, emmitouflait parfois les rues de la capitale pendant trois semaines « sans se fondre ». Difficile, pour un Parisien contemporain davantage habitué à la pluie qu’aux flocons, d’imaginer que les vitres des immeubles pouvaient être recouvertes de « glaçons ».

La Seine glacée à Paris en 1891. Albert Brichaut / Domaine public

Ces hivers rigoureux appartiennent désormais aux livres d’histoire, explique François Jobard. Même s’il est encore possible d’observer des épisodes de froid aujourd’hui, ils sont statistiquement bien moins nombreux, moins longs et moins intenses. À Paris, la vague de froid la plus impressionnante des années 1980 a duré 15 jours (du 5 au 19 janvier 1985). La température est restée pendant cinq jours sous le seuil des – 10 °C, avec une minimale de – 13,9 °C. Quelques décennies plus tard, les vagues de froid ont un visage bien différent. « La dernière date de février 2012. Il y a eu des températures inférieures à – 5 °C à Paris pendant 9 jours. Mais on n’est jamais passé en dessous de – 10 °C. Il y a un fossé entre ce qui était perçu comme une vague de froid emblématique dans les années 1980 et dans les années 2000. »

Résultat : « Notre perception de l’hiver a changé », selon le météorologue. Plus l’hiver se réchauffe, plus ses manifestations « normales » sont perçues comme exceptionnelles. « Dès qu’il va y avoir un peu de vent, de froid ou de neige, on en parle comme si un tsunami climatique allait s’abattre sur la France, analyse Philippe Dubois, auteur de La grande amnésie écologique. On a dramatisé ces évènements météorologiques, et oublié qu’ils faisaient autrefois partie du paysage. Quand j’étais petit (dans les années cinquante), il neigeait chaque hiver en Île-de-France. Elle tenait parfois pendant huit jours. Maintenant, c’est le sujet d’information de la journée. »

Des douceurs dangereuses pour les plantes

La douceur hivernale est, à l’inverse, normalisée, voire présentée comme bénéfique. Fin décembre, l’Hexagone a enregistré pendant plusieurs jours des températures en moyenne supérieures de cinq degrés aux normales de saison. À Marseille, le thermomètre a atteint les 21 °C. Il s’agissait, selon Météo France, de la semaine la plus chaude mesurée depuis 1947. « Certains articles ou séquences de journal télévisé en ont parlé en insistant sur le fait que c’était très agréable et bon pour les commerçants, avec des plans sur les tongs, déplore François Jobard. Il y avait souvent une partie qui mentionnait que c’était du jamais-vu, mais on en faisait moins, si l’on compare avec toutes les tartines que l’on a pu faire sur la prétendue vague de froid du mois de novembre. » Ces températures anormalement hautes peuvent pourtant nuire aux écosystèmes. « Malheureusement, avec les vagues de douceur plus fréquentes et précoces, la nature peut se réveiller avec des jours, voire des semaines d’avance », rappelle Florentin Cayrouse. Les bourgeons apparus trop tôt peuvent être détruits en cas de gel printanier, comme ce fut le cas l’année dernière. Le froid hivernal permet également de détruire certains parasites.

Le bouleversement brutal des équilibres climatiques a changé notre vision de cette saison. « L’hiver a toujours été une saison redoutée, détaille François Walter. Jusqu’au XXe siècle, personne ne le voyait arriver avec plaisir. Cette saison générait de l’anxiété, une peur du froid et de ne pas avoir assez de combustible pour se chauffer. » Même si le manque de lumière peut encore générer de la souffrance, les Européens ont aujourd’hui un rapport bien plus hédoniste à la saison, analyse l’historien. De nouvelles habitudes culturelles ont également fait leur apparition. « L’hiver était un refuge, où le temps s’écoulait plus lentement, avec des rituels associés à ce repli sur l’intérieur. Aujourd’hui, il arrive qu’il fasse suffisamment chaud pour que l’on puisse boire un café en terrasse en décembre ou début janvier. Ce sont des choses qui ne se faisaient pas auparavant, et qui sont aujourd’hui relativement courantes. »

Rue sous la neige, Argenteuil, de Claude Monet. Le peintre a réalisé cette toile durant l’hiver 1874-1875. Domaine public.

L’historien observe un « transfert » symbolique entre l’hiver et l’été. La saison du givre et des plaines blanchies était perçue par nos ancêtres comme la plus redoutable. C’est désormais l’été et sa cohorte de canicules qui semble en passe d’hériter du mauvais rôle. Dans un texte publié en 2018, le philosophe Alexandre Lacroix émettait l’hypothèse selon laquelle les bouleversements climatiques se seraient fait une place « au plus intime de nos vies » en « dépla[çant] les saisons de la fragilité » : « Jusqu’ici, les saisons à la beauté la plus fragile — et donc la plus précieuse ! — étaient pour moi l’automne, le printemps, écrivait-il. […] Désormais, c’est le froid qui me paraît fragile, précaire. Un manteau de neige sur la ville, une forêt gantée de gel, une pelouse couverte de gelée blanche à l’aube, une bonne descente du mercure à moins dix m’apparaissaient autrefois comme des manifestations de la puissance de l’hiver, de sa brutalité, comme si le froid était un étau capable de serrer le monde jusqu’à le faire durcir, à le suffoquer. Maintenant, neiges et gel me semblent aussi graciles et précieux que le vol d’un papillon ou la chute d’une bogue de châtaigne décrochée par une bourrasque. »

cantal 2020Avec le recul de la couverture neigeuse, les paysages comme ce panorama cantalien de décembre 2020 se font de plus en plus rares. © Pierre-Olivier Chaput / Reporterre

Philippe Dubois parle quant à lui de « solastalgie », cette souffrance que nous pouvons éprouver en constatant l’état dégradé du monde dans lequel nous vivons : « Nous sommes encore dans une représentation populaire naïve de l’hiver, avec le grand manteau blanc sur les forêts, les stalactites qui pendent aux gouttières des maisons… Mais si on voulait le représenter fidèlement aujourd’hui, il faudrait un temps gris avec de la pluie et du vent ! Ces images nous replongent dans un environnement qui n’existe plus et qui est aujourd’hui perturbé. Nous devrions avoir plus de neige, et nous en aurons de moins en moins. »

Notre tendance à nous focaliser sur les évènements météorologiques ponctuels plutôt que sur le temps long du climat pourrait cependant masquer ces changements, et donc la prise de conscience de la gravité du réchauffement climatique, selon Philippe Dubois. D’où l’urgence de proposer des modules sur l’histoire du climat aux écoliers. Sans cela, nous pourrions selon lui « oublier » à quel point les saisons pouvaient être différentes il y a quelques décennies. Et nos souvenirs de l’hiver fondre comme neige au soleil.

Sixième extinction : les mollusques disparaissent massivement eux aussi

mollusques

L’ampleur de la sixième extinction de masse est pire que ce que suggère la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dès lors qu’on prend en compte les invertébrés, alertent les auteurs d’une étude (en anglais) publiée lundi 10 janvier 2022 dans Biological Reviews. Selon l’analyse de la situation des mollusques terrestres (escargots et limaces), il n’y aurait pas 0,4 % d’espèces animales et végétales disparues dans le monde depuis l’année 1500, mais entre 7,5 et 13 % — soit 150 000 à 260 000 espèces éteintes.

« La liste rouge [de l’UICN] est fortement biaisée : presque tous les oiseaux et mammifères, mais seulement une infime partie des invertébrés, ont été évalués en fonction de critères de conservation, expliquent Robert H. Cowie, professeur de biologie à l’université d’Hawaï, Philippe Bouchet, zoologiste au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et Benoît Fontaine, biologiste de la conservation au MNHN. L’incorporation d’estimations du nombre réel d’extinctions d’invertébrés permet de conclure que le taux dépasse largement le taux de fond et que nous pourrions bien assister au début de la sixième extinction de masse. »

Toutes les espèces ne sont pas menacées par le même niveau de risque d’extinction, nuancent cependant les auteurs : « Les espèces marines sont confrontées à des menaces importantes mais (…) rien ne prouve que le biote marin ait atteint la même crise que le biote non marin. Les espèces insulaires ont subi des taux d’extinction bien plus élevés que les espèces continentales. Les plantes sont confrontées à des problèmes de conservation similaires à ceux des invertébrés, bien que certains indices laissent penser qu’elles ont pu subir des taux d’extinction plus faibles. »

« Les scientifiques doivent documenter autant d’espèces que possible avant qu’elles ne disparaissent »

Face à ce constat alarmant, les chercheurs en appellent à une prise de conscience. « En tant que biologistes systématiques, (…) nous réaffirmons le message selon lequel la biodiversité, qui rend notre monde si fascinant, si beau et si fonctionnel, disparaît à un rythme sans précédent. Face à une crise croissante, les scientifiques doivent adopter les pratiques de l’archéologie préventive, et collecter et documenter autant d’espèces que possible avant qu’elles ne disparaissent. (…). Nier la crise, l’accepter simplement et ne rien faire, ou même l’embrasser pour le prétendu bénéfice de l’humanité, ne sont pas des options appropriées et ouvrent la voie à la poursuite de la triste trajectoire de la Terre vers une sixième extinction de masse. »

Victoire dans les Antilles

oiseaux des antilles

Communiqué de presse, le 14 janvier 2022

 La justice annule la chasse de 3 oiseaux menacés dans les Antilles ! 

La Barge hudsonienne, la Colombe rouviolette et le Pigeon à cou rouge, trois oiseaux en mauvais état de conservation, sont définitivement sauvés de la chasse pour la saison 2021-2022 en Guadeloupe et à Saint-Martin, suite à une décision de justice intervenue le 30 décembre et qui donne raison à l’ASPAS, l’ASFA, AEVA, ainsi que la LPO et AMAZONA.

Cette décision sur le fond confirme notre première victoire, obtenue le 10 septembre 2021, qui avait permis de suspendre en urgence la chasse de ces espèces mal en point.

Par ailleurs, le 14 décembre, l’ordonnance de référé du Tribunal administratif de Basse-Terre saisi par les associations ASPAS, ASFA, LPO, AMAZONA, TO TI JON et AEVA a permis de suspendre à nouveau la chasse du Pigeon à cou rouge : en effet, suite à notre victoire du 10 septembre, le préfet avait osé réautoriser la chasse de cette espèce par arrêté le 26 novembre !

Il y a donc eu une courte période où cette espèce a pu hélas subir de nouvelles volées de plomb…

Chose rare en matière de chasse, le juge a retenu le principe de précaution pour justifier ses décisions, ce qui est une excellente nouvelle. Le bon sens voudrait évidemment que tout acte de chasse soit immédiatement suspendu, lorsqu’il est avéré qu’une espèce est en mauvais état de conservation, mais ça c’est sans compter l’influence du puissant lobby chasse…

Dans le cas présent, ces deux victoires à 15 jours d’intervalle interviennent dans un contexte favorable, après des années de combat judiciaire devant ce même Tribunal en faveur de deux autres oiseaux en mauvais état de conservation, et pour lesquels nous avons déjà obtenu gain de cause : la Grive à pattes jaunes et le Pigeon à couronne blanche.

Les arguments retenus par le juge

Concernant la Barge hudsonienne, le juge a motivé sa décision du 30 décembre par le fait qu’elle figure sur la liste rouge des espèces menacées en France (UICN) où elle est classée « vulnérable », et qu’il n’existe aucune évaluation certaine de la population locale et de sa dynamique en Guadeloupe (on estime à moins de 250 le nombre d’individus matures par an). Par ailleurs, le conseil scientifique régional du patrimoine naturel de la Guadeloupe (CSRPN) a rendu un avis favorable à la protection pour cette espèce (avis n° 2016/02 du 10 mars 2016).

La Colombe rouviolette, quant à elle, est classée dans la catégorie « quasi menacée » sur la liste rouge des espèces menacées en France (UICN), c’est-à-dire qu’elle se situe proche du seuil des espèces menacées si des mesures de conservation spécifiques ne sont pas prises. Comme pour la barge, il n’existe aucune évaluation certaine de la population locale et de sa dynamique en Guadeloupe, et le CSRPN a également rendu un avis favorable à la protection pour cette espèce. De plus, la période de chasse autorisée couvre en partie la période de reproduction et de nidification de l’espèce (février à août), ainsi que la période de dépendance des jeunes individus, qui peut s’étendre jusqu’à mi-septembre, selon les observations scientifiques disponibles.

Ce dernier argument a également été retenu pour le Pigeon à cou rouge, sachant que sa période de reproduction et de nidification s’étend de mars à octobre, et que la période de dépendance des jeunes individus peut même s’étendre jusqu’à novembre, selon certaines observations.

Par ailleurs, aucune étude scientifique ne permet d’évaluer la population actuelle de Pigeons à cou rouge alors que cette espèce est rare, en déclin, ou à tout le moins peu commune.

Enfin, le juge a même retenu qu’il « apparait particulièrement peu crédible qu’un contrôle soit réellement et efficacement exercé sur les prélèvements effectués quotidiennement par les chasseurs ». Ce faisant, il relève l’inutilité des quotas fixés par le préfet, insuffisants et surtout dont le respect est invérifiable en pratique.

Comme pour le Pigeon à couronne blanche et la Grive à pieds jaunes, il est à espérer que le préfet finisse par écouter la voix des scientifiques et des associations de protection de la nature pour épargner ces trois autres espèces en déclin. Nous serons en tout cas très vigilants pour la suite, nous attendons l’inscription de ces oiseaux sur la liste des espèces protégées, et n’hésiterons pas à saisir à nouveau le tribunal si nécessaire !

Rappelons, pour conclure, que nos associations avaient également fait suspendre, en juillet 2021, la chasse de la Barge hudsonienne et du Pigeon à cou rouge dans l’île voisine de la Martinique, mais aussi d’autres espèces menacées (Pigeon à couronne blanche, Courlis corlieu, Pluvier doré, Pluvier argenté, Moqueur corossol, Bécassin roux).

Il est grand temps que le ministère en charge de la biodiversité accorde à toutes ces espèces le statut qu’elles méritent, celui d’espèces légalement protégées !

Éoliennes et argent public : autant en rapporte le vent

La France compte quelque 8000 éoliennes sur son territoire.

éoliennes

L’État prévoit 6500 monstres d’acier supplémentaires à l’horizon 2028. Un business ultra-juteux au profit de quelques-uns sur le dos des contribuables. 

L’adoption, le 21 avril 2020, du projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour 2019-2028 a tout d’une décision prise en catimini.

Le choix, en pleine crise du Covid, de faire passer par décret un projet qui prévoit d’accélérer le développement de l’éolien pour produire de l’électricité subventionnée tient plus de l’idéologie que d’une forme saine d’écologie.

Car sous prétexte de sauver la planète, le vent de folie des éoliennes s’est abattu sur les campagnes françaises.

La prolifération des éoliennes est devenue une priorité nationale…

Ces monstres d’acier sont devenus un véritable business.

En 2018, la Cour des comptes a estimé l’engagement public pour les énergies renouvelables à 121 milliards d’euros, dont 40,7 milliards d’euros en 20 ans pour l’éolien.

Et ce n’est qu’un début.

Patrice Cahart, auteur de « La Peste éolienne », a fait ses calculs : il en coûtera 145 milliards d’euros, « si l’on « remplace » d’ici à 2035, comme le voudrait la PPE, douze réacteurs nucléaires par de l’éolien et du photovoltaïque ».

L’État finance à prix d’or le rachat de l’électricité éolienne à leurs exploitants pour leur permettre de générer artificiellement d’importants profits.

Quand le prix de marché est de 51 euros par mégawattheure, le prix d’achat moyen garanti pour l’électricité produite par les futures éoliennes en mer est de 140 euros par mégawattheure

Par ici, l’oseille !

‍Le chantier d’un parc éolien a été lancé en baie de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), il y a quelques mois. 62 éoliennes en mer de 207 mètres de haut (la taille de la tour Montparnasse) sont prévues pour 2023.

Les opposants à ce monstrueux projet (parmi lesquels les pêcheurs de la région) dénoncent notamment les avantages financiers exorbitants accordés par l’État au promoteur éolien espagnol Iberdrola : des recettes de 4,7 milliards d’euros garanties par l’argent public, en plus du désastre écologique pour la faune marine.

Si ces sommes colossales sont financées par les contribuables par l’entremise des subventions d’État, elles le sont aussi par les consommateurs d’électricité.

Entre janvier et avril 2020, le surcoût de l’électricité éolienne par rapport au prix du marché a atteint 1 milliard d’euros !

Il faut savoir qu’avec la CSPE (contribution au service public de l’électricité), une taxe payée sur notre facture d’électricité, un ménage français débourse en moyenne 65 euros par an pour financer les énergies renouvelables.

Peu productives et polluantes

‍Ces aides publiques sont totalement injustifiées tant ces éoliennes sont peu productives et polluantes. Ces ventilateurs géants fonctionnent en moyenne à 25% de leur capacité.

Trop peu de vent : ça ne tourne pas. Trop de vent : il faut l’arrêter.

Pour combler cette intermittence, il faut avoir recours à une force de secours rapide à mettre en œuvre, la plupart du temps des centrales thermiques à gaz qui sont très polluantes.

Cette politique fait le jeu de la Russie (fournisseur de gaz) et de l’Allemagne (promoteurs éoliens), au détriment du savoir-faire nucléaire français et de notre souveraineté énergétique.

Les chiffres de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) sont sans appel : le nucléaire émet 6 g de CO² par kWh.

Contre 10 g pour l’éolien (auxquels il faut ajouter 50 à 200 g pour les technologies de stockage) et 400 g pour une centrale à gaz…

Nos gouvernants, qui ont pourtant fait de la lutte contre l’émission de CO² l’alpha et l’omega de leur politique environnementale, seraient-ils devenus subitement aveugles ?

‍Jusqu’à 240 m de haut pour les plus grandes (plus que la tour Montparnasse), avec des pales de 100 m de long… ce sont des monstres de béton et d’acier.

La majorité des exploitants échappent aux appels d’offres, les éoliennes poussent donc comme des champignons !

En mer, montagne, sur les côtes, dans les parcs naturels… Les habitants des Hauts-de-France sont les plus touchés, et notamment dans la Somme, où les maires des petits villages sont harcelés par les promoteurs éoliens.

Les pales sont non recyclables car hautement toxiques.

Au bout de 20 ans, il faut les enterrer comme les déchets radioactifs. Un socle d’éolienne, c’est en moyenne 50 tonnes de ferraille et 1500 tonnes de béton armé.

Elles sont polluantes et défigurent nos paysages. Elles portent atteinte à la santé des êtres humains du voisinage (ombres dansantes, le bruit, les infrasons, les champs électro-magnétiques)

60 000 oiseaux tués chaque année  

‍Elles sont aussi mortelles pour la faune. Selon les associations de défense des animaux, ce sont 60 000 oiseaux qui meurent chaque année à cause des éoliennes en France.

Dans une ferme de Loire-Atlantique, 400 veaux et vaches laitières sont morts depuis l’installation d’éoliennes à proximité.

À cause des éoliennes maritimes, les baleines victimes des infrasons s’échouent, les oiseaux marins sont décimés, les poissons disparaissent.

Mais face au passage en force de l’État et des préfets pour imposer les parcs éoliens aux populations locales, de plus en plus de Français s’interrogent sur le bien-fondé de la production d’énergie éolienne. Stéphane Bern, Brigitte Bardot, les opposants à l’éolien gagnent en visibilité médiatique.

Le vent de l’opinion est-il en train de tourner ?

Jean-Baptiste Leon

Directeur de la rédaction

Les sept dernières années sont les plus chaudes jamais enregistrées

doubs,lac de l'entonnoir

Les sept dernières années sont les plus chaudes sur Terre depuis qu’il y a des mesures. « Et ce avec une nette marge », précise l’agence européenne de surveillance du climat Copernicus, qui a publié le résultat de ses relevés annuels ce lundi 10 janvier.

Au sein de ces sept années, l’agence considère 2021 comme une année relativement « fraîche » au niveau global. Elle reste tout de même la cinquième année la plus chaude. « La température annuelle moyenne a été supérieure de 0,3 °C à la période de référence 1991-2020 et de 1,1 à 1,2 °C au niveau préindustriel de 1850-1900 », précise Copernicus.

Au niveau régional, l’agence rappelle cependant qu’en 2021 « l’Europe a connu son été le plus chaud jamais enregistré », avec « des vagues de chaleur sévères en Méditerranée et des inondations en Europe centrale ». Cela a favorisé les incendies de forêt « intenses et prolongés » autour de la Méditerranée. Elle indique qu’un nouveau record de chaleur a été battu en Sicile, où une température de 48,8 °C a été enregistrée, soit 0,8 °C de plus que le record précédent. Il doit « encore être officiellement confirmé par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) », précise Copernicus.

L’agence livre aussi les résultats préliminaires de son analyse des données satellite. Sans surprise, les concentrations des gaz à effet de serre que sont le dioxyde de carbone (CO₂) et le méthane sont en augmentation. Pour le dioxyde de carbone, un « record mondial annuel » a été enregistré autour de 414,3 ppm (parties par million). Pour le méthane, un « maximum mondial sans précédent » a été atteint et reste encore à expliquer.

Autant de résultats qui « nous rappellent brutalement la nécessité de changer notre façon d’agir, de prendre des décisions décisives et effectives vers une société durable et de travailler à la réduction des émissions nettes de carbone », a estimé Carlo Buontempo, directeur du C3S, le service Copernicus pour le changement climatique.

Oiseaux marins : déclin « catastrophique » en Nouvelle-Calédonie

Selon une récente étude, les populations d’oiseaux marins s’affaiblissent rapidement en Nouvelle-Calédonie. Les chercheurs déplorent une protection insuffisante de cette zone d’une richesse exceptionnelle.

Phaétons à brins rouges, sternes huppées, puffins du Pacifique… Les îlots coralliens d’Entrecasteaux, au nord-ouest de la Nouvelle-Calédonie, font partie des zones les plus riches en oiseaux marins de la planète. Une étude publiée fin décembre dans le Bulletin de la Société zoologique de France montre que cette situation pourrait se dégrader. Le groupe de chercheurs a constaté un effondrement des populations d’oiseaux marins sur ces atolls. Il pourrait mener, à terme, à des extinctions locales.

Afin d’aboutir à ces résultats, les auteurs ont analysé quatorze rapports de missions ornithologiques réalisées entre 2002 et 2018. Leurs données ont permis d’évaluer l’évolution de la population de 5 des 13 espèces d’oiseaux marins recensés sur ces îlots : le puffin du Pacifique (Puffinus pacificus), le fou masqué (Sula dactylatra), le fou brun (Sula leucogaster), le fou à pieds rouges (Sula sula) et le noddi noir (Anous minutus). « Nous constatons qu’il y a une tendance systématique à la baisse, entre 2 et 4 % par an », dit à Reporterre Philippe Borsa, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et auteur principal de cette étude. Il qualifie de « catastrophique » cette baisse démographique : « Ces oiseaux vivent entre quinze et trente ans environ. Cette trajectoire ne permet pas le renouvellement de la population. »

Ces résultats sont d’autant plus inquiétants qu’ils concernent l’une des zones tropicales les plus préservées du monde. Des effondrements démographiques similaires ont été observés ailleurs dans la région, notamment au niveau des îles Chesterfield et de la partie australienne de la mer de Corail, explique le chercheur. « En observant cela dans l’une des zones les plus riches de la planète, il y a de quoi se poser des questions pour le reste. »

poussin de fou à pieds rouges

« C’est une chute extraordinairement brutale en l’espace de quinze ans », dit à Reporterre Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui n’a pas participé à cette étude. Lorsque le biologiste s’était rendu sur place, au milieu des années 1990, on comptait entre 4 300 et 5 800 couples de fous à pieds rouges dans l’archipel. Selon les données récoltées, il n’y en aurait aujourd’hui plus qu’une cinquantaine. Ce déclin est d’autant plus frappant, note Vincent Bretagnolle, que des mesures avaient été prises dans les années 2000 pour freiner la baisse déjà observée à l’époque. Les rats avaient notamment été éliminés. Ce document, poursuit le chercheur, devrait sonner comme une alerte pour les autorités : « Un phénomène très spectaculaire se passe sous nos yeux, et nécessite une étude approfondie sur ses causes. »

Surpêche, pollution…

Philippe Borsa émet plusieurs hypothèses quant aux causes de cette diminution des populations d’oiseaux marins néo-calédoniens. La première est la surpêche de thons, qui peuvent se nourrir des mêmes proies que les oiseaux marins. Paradoxalement, leur présence facilite l’alimentation de leurs camarades à plumes. Pour fuir les thons, les petits poissons remontent vers la surface, où les oiseaux marins peuvent les attraper. « Si la présence des thons diminue, les oiseaux ont moins de poissons à se mettre sous la dent. »

Le chercheur évoque également le réchauffement de la mer et la pollution due au plastique, parfois ingéré par les oiseaux marins. Ces débris de plastique remplissent leurs estomacs sans leur procurer d’énergie. Les calmars et poissons dont ils se nourrissent pourraient également être de moins bonne qualité à cause de la pollution. « Cela expliquerait une baisse d’efficacité à la reproduction, ou une moins bonne croissance. »

fou masqué

Localement, le chercheur déplore les nombreux dérangements dont sont victimes ces espèces très sensibles : « De plus en plus de plaisanciers abordent ces îlots. Cela génère du stress. Les oiseaux peuvent abandonner leur nid, laisser leurs œufs mourir au soleil ou leurs poussins souffrir de déshydratation. » Ces atolls sont également visités annuellement à des fins de suivi environnemental. L’arrivée d’êtres humains suréquipés peut déstabiliser les individus présents, dont certains nichent en bord de plage : « Les œufs peuvent être écrasés, ou des poussins mourir de noyade en allant à l’eau sous l’effet de la panique. »

Une réglementation « insuffisante »

Les auteurs de cette étude estiment que la réglementation actuelle est « insuffisante au regard des enjeux écologiques ». Cela peut surprendre : la zone est en effet inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, et fait partie du Parc naturel de la mer de Corail, la plus grande aire marine protégée française. En théorie, l’accès à ces atolls est réglementé, et la chasse interdite. Philippe Borsa fustige une « protection de papier » : « Sans surveillance, les braconniers et les plaisanciers peuvent continuer à vaquer à leurs occupations. » Les gestionnaires du parc ne se sont selon lui pas encore donné les moyens de le protéger efficacement : « Leur préoccupation est de protéger la biodiversité, dans un but de promotion touristique. Ils ont tendance à présenter le parc comme quelque chose de merveilleux, à vouloir absolument mettre en avant ses effets bénéfiques. Mais les faits sont moins reluisants. »

Si ces trajectoires d’effondrement devaient se poursuivre jusqu’à des extinctions locales, les conséquences pourraient être dramatiques. Les oiseaux étudiés par l’équipe de chercheurs participent en effet à la régulation des populations de proies dans la région. Les nutriments contenus dans leurs fientes sont également bénéfiques à la végétation et aux coraux. Au-delà de leur contribution à la santé des écosystèmes, « une mer vide, sans oiseaux marins, ce serait triste », note Philippe Borsa.

 

La forêt marécageuse de Hlanzoun, au Bénin, un joyau en danger

zones humides

À Hlanzoun, au Bénin, se trouve la dernière forêt marécageuse d’Afrique de l’Ouest. Refuge pour des espèces en voie de disparition, elle est aussi une ressource indispensable aux communautés. Mais sa conservation est difficile, alerte l’écologue Vincent Romera. Ses photos montrent la splendeur de ce lieu.

Vincent Romera est écologue, spécialisé en ornithologie, et photographe. Depuis 2018, il travaille pour l’organisation de solidarité internationale Humy, qui intervient sur des questions de développement communautaire en lien avec la protection de l’environnement dans la zone intertropicale — Madagascar, Burkina Faso, Bénin, Indonésie, Cambodge et Colombie. À cet effet, il a passé quatre mois dans la forêt marécageuse de Hlanzoun, au Bénin, d’avril à août 2021.

 

Reporterre — Pourquoi cet intérêt pour la forêt de Hlanzoun, au Bénin ?

Vincent Romera — Hlanzoun est une magnifique forêt marécageuse, désormais unique dans cette zone d’Afrique de l’Ouest. Elle est aussi emblématique de la disparition de plus en plus rapide des forêts naturelles africaines, devenues avec la modernité technique des objets de prédations diverses. J’ai pu m’en rendre compte sur place au printemps 2021, lorsque j’ai été chargé par Humy, avec Abdou-Chérifou Ikoukomon de l’ONG Ecodec Bénin, d’évaluer son état et de réaliser un inventaire de sa faune.

alstonia

Qu’entendez-vous par « magnifique » ?

Lorsque l’on pénètre au cœur de cette forêt, on est d’emblée saisi par sa beauté et son étrange atmosphère. Comme elle est traversée par un cours d’eau permanent, le Hlan, on y circule quasi exclusivement en pirogue — si vous décidez d’y aller à pied, vous risquez de vous retrouver avec de l’eau jusqu’à la taille, voire plus. Pour la partie la mieux conservée, qui présente des habitats naturels typiques, il faut s’imaginer des arbres pouvant dépasser les 30 mètres de hauteur, adaptés à des sols gorgés d’eau et de nature instable, tel l’Alstonia congensis, un « arbre à contreforts » qui offre souvent au regard de belles drapées de racines.

Comme souvent en forêt tropicale humide, le niveau sonore est élevé. En journée, les chants des oiseaux se mêlent à ceux des amphibiens et de divers insectes, auxquels s’ajoutent les cris stridents des singes. Cet émouvant concert se déroule au sein d’une atmosphère très sensorielle, avec un taux d’humidité élevé (80 à 95 %), une température supérieure à 30 °C et de forts parfums, liés à la grande quantité de matière organique en décomposition dans le sol.

vincent romera

Qu’a-t-elle de remarquable sur le plan de la biodiversité ?

Hlanzoun demeure une forêt secondaire en très bel état, qui abrite une formation végétale climacique rare – le climax étant l’écosystème le plus stable possible en lien avec les conditions du sol et du climat –, liée à son alimentation en eau constante [1].

Sa biodiversité est merveilleuse à découvrir, tant elle est riche. Lors de notre mission d’inventaire, nous avons par exemple relevé plus de 240 espèces de plantes, de l’orchidée épiphyte au palmier Raphia hookeri, 45 espèces de poissons, 170 à 195 espèces d’oiseaux, dont le calao à huppe blanche (Horizocerus albocristatus), qui se nourrit surtout des insectes dérangés par les singes lors de leurs déplacements parmi les arbres, une espèce malheureusement en voie de disparition. Parmi les 39 espèces de mammifères, le singe à ventre rouge (Cercopithecus erythrogaster) est lui aussi menacé. Sans compter d’innombrables espèces de papillons diurnes et de libellules, qui nous ont éblouis par leurs couleurs variées, dont la très rare Ceriagrion citrinum. C’est un fait notable, cette forêt occupe une place de choix pour la conservation d’espèces en péril [2]. Malheureusement son rétrécissement met en danger toute la biodiversité.

singe à ventre rouge

Pourquoi cette forêt rétrécit-elle ?

Suite à la déforestation du sud du pays, les forêts naturelles du Bénin ne représentaient déjà plus qu’une surface inférieure à 1,5 % du territoire national en 2001, d’après le Global Forest Watch, et elles sont toujours en diminution : en comparant des images satellitaires de la zone de Hlanzoun datant de 2015 et nos prises de vue au drone, nous avons pu constater à quel point son « grignotage » est alarmant.

Comme souvent, la pression anthropique devient trop forte. Très isolée, à quasiment 30 kilomètres de la première route goudronnée, la population limitrophe retire de la forêt environ 80 % de ses ressources : viande de brousse, coupes de bois (pour la construction et le charbon), production de sodabi (un alcool de palme distillé), culture de maïs, etc. Et la pression s’accentue, car cette population est en augmentation constante, et malheureusement s’appauvrit, selon le Recensement général de la population et de l’habitation réalisé par l’État béninois.

rétrécissement de la forêt

Mais l’appropriation de dizaines d’hectares par des personnes profitant de leur situation dominante pour développer la culture du maïs, même en saison sèche, met la forêt encore plus en danger. Cette recherche de profit à court terme (le maïs est cultivé par des familles en fermage, payées au lance-pierre) est un gâchis monumental sur le plan écologique, car le sol perd vite sa capacité à stocker l’eau et, au bout de quelques récoltes, le maïs est remplacé par des palmiers à huile très rentables.

 

La déforestation a-t-elle un effet sur les crues ?

La forêt de Hlanzoun stocke une quantité d’eau phénoménale, mais si l’on continue à arracher des arbres, elle ne pourra plus jouer son rôle tampon dans l’écrêtage des crues provenant du Hlan, et notamment à la période des grandes saisons pluvieuses. Les populations installées en aval pourraient donc en subir le contrecoup, comme les Européens victimes d’inondations cette année, qui commencent à payer le prix de plusieurs décennies de destruction des zones humides.

zones humides

En outre, du fait de son climax, la forêt de Hlanzoun contribue à la préservation d’un microclimat plus humide que celui des régions limitrophes. Lorsque l’on s’y rend aux aurores, on peut d’ailleurs voir nettement le manteau brumeux qui la recouvre. Dans un contexte de modification climatique très marqué dans la région — cette année, les pluies sont arrivées avec près de trois mois de retard ! —, cet écosystème forestier joue un rôle de « climatiseur » qui préserve la production agricole, et donc l’autonomie alimentaire de la population.

 

 

Quelles sont aujourd’hui les perspectives de sauvegarde ?

Après vingt ans d’études et d’appels des universitaires béninois et de certaines ONG, la forêt a enfin été reconnue Réserve de biosphère par l’Unesco [3], ce qui devrait encourager sa sauvegarde par les gouvernants. Mais tenter de la préserver, via des plans d’aménagement et de gestion, reste compliqué. Plusieurs tentatives de l’UICN Pays-Bas et de Nature Tropicale ONG, ont capoté pour des raisons d’ordre sociopolitique, mais il est difficile de se faire une réelle idée de ce qui s’est passé.

forêt de Hlanzoun

Les populations locales se méfient des programmes de conservation « préservationnistes », qui leur ôtent la jouissance de ce bien commun. Ils peuvent être aussi catastrophiques pour elle, comme le sont, après arrachage des bois naturels par les Chinois, les forêts de teck replantées pour fabriquer du charbon de chauffage et qui sont à la fois avides en eau et proches du degré zéro de la biodiversité. On n’y croise plus un oiseau, plus un singe, sauf de passage. Pour éviter ces conflits d’usagers, où chacun veut tirer profit du milieu, il faudrait pouvoir débattre ensemble de ce que protéger veut dire : protéger quoi, pour qui, à quelles fins ?

euplecte franciscain

Pour la population la forêt est vitale, c’est d’ailleurs pourquoi elle conserve un caractère sacré. Autrefois, c’étaient les traditions culturelles régionales qui assuraient sa conservation. Mais l’érosion des croyances ancestrales, l’essor du monothéisme et la perte du savoir des anciens ont conduit à l’abandon de certaines de ces pratiques et rites protecteurs.

Pour sauver Hlanzoun, il faut d’abord restaurer un contexte favorable à sa conservation, en permettant aux communautés riveraines d’en vivre sans exercer une pression trop forte.

C’est pourquoi, en accord avec les communautés, les chercheurs, les administrations et ONG béninoises, nous rédigeons actuellement un plan d’action qui proposera de développer des activités génératrices de revenus alternatives : soutien à l’artisanat local, à la création d’une filière apicole (il y a un fort potentiel nectarifère dans la forêt), à l’élevage de certaines espèces chassées dans leur milieu naturel, mais qui peuvent être facilement produites en élevage — escargots géants, petits rongeurs, etc., avec un accès au microcrédit facilité. Et, même si ce n’est pas notre priorité, relancer l’écotourisme est également une possibilité — c’est une des demandes formulées par certains villageois.

Permettre aux communautés limitrophes de vivre de la forêt tout en la préservant comme un commun, voilà notre pari. Il est d’importance, car Hlanzoun n’est pas seulement un monde de beauté irremplaçable, elle est aussi nécessaire à la poursuite d’une vie humaine digne de ce nom.