Sur les chemins de l’ours, dernière sortie avant hibernation

sur les chemins de l'ours

Avant l’hiver, les équipes de l’Office français de la biodiversité (OFB) relèvent les indices de la présence de l’ours dans les Pyrénées. Avec une progression de 11 % en moyenne depuis 1996, leur population deviendrait « viable », estiment les spécialistes.

En ce début de mois de novembre, le ciel est au grand bleu au-dessus de la vallée de Luchon (Haute-Garonne), à deux pas du Val d’Aran et de l’Espagne. Dans la forêt d’Escalères, à 1 900 mètres d’altitude, les arbres se sont habillés d’un camaïeu mordoré. Les ours peuplant cette zone se préparent à entrer en hibernation dans une grotte, une cavité à flanc de montagne, ou un chablis, ces arbres déracinés qui peuvent offrir l’aspect d’une tanière. Pendant quelques mois, le rythme cardiaque et la température corporelle de ces plantigrades vont baisser. Ils ne s’alimenteront plus jusqu’au mois d’avril.

Les membres de l’équipe Ours, intégrée en janvier 2020 au réseau des 2 800 agents de l’Office français de la biodiversité (OFB), mettent à profit cette période avant l’hibernation pour achever le comptage de l’année et relever avant l’hiver les « indices » laissés par l’animal. Le long d’un circuit de quatre kilomètres, ils relèvent les images de quatre pièges photos et vidéos. « Sur l’ensemble de la chaîne des Pyrénées, il y a environ soixante circuits, et autant de caméras posées sur des arbres », détaille Julien Steinmetz, chef de l’unité régionale des grands prédateurs et de l’équipe Ours, constituée d’une quinzaine d’agents.

Entre juillet et août, 515 indices indirects d’ours ont été collectés sur quatre départements des Pyrénées françaises, de la vallée d’Ossau (Pyrénées-Atlantiques), à l’ouest, jusqu’à la commune de Gourbit (Ariège), à l’est.

« Pièges à poils »

Ce circuit du jour « où l’on a très peu de chance de rencontrer un ours, comme souvent », selon Julien Steinmetz, ce sont 400 mètres de dénivelé à grimper, pour un parcours total de quatre ou cinq heures. Une « petite balade » pour les plus aguerris des agents. Après les chemins escarpés à flanc de pente, alors que vautours et aigles royaux tournoient au-dessus des arbres, il faut pénétrer dans la forêt de hêtres, de chênes et de résineux, « l’habitat préféré » des ours, précise le chef d’unité.

Après une demi-heure de marche, la colonne fait halte devant un immense douglas. Là, l’équipe relève les « pièges à poils », souvent placés en face des pièges photos, qui permettent également de récolter des indices. Du smola, une substance venue de Norvège, brune et « pégueuse », est répandue sur l’écorce. Elle attire par son odeur le museau curieux de l’ours. Celui-ci griffe alors l’arbre, ou s’y frotte, et y laisse ses poils, et donc son ADN, capturés par trois petites bandes de barbelés. La ronde des relevés, cartes vidéos et poils éventuels trouvés, se répète deux fois par mois pour l’agent chargé de la zone.

Les membres de l’équipe collectent également tous les témoignages, observations ou signalements du réseau Ours Brun, un dispositif constitué de 450 bénévoles. Associations, scientifiques, éleveurs, randonneurs ou passionnés de la montagne remplissent des fiches d’observations détaillées qui permettront d’alimenter le rapport annuel publié par le réseau, en général en avril.

« A ce jour, avant la collecte de toutes les fiches, on peut affirmer qu’au minimum sept portées, de un à trois oursons, sont nées en 2021, ce qui porterait la population, en bonne progression depuis trois ans, à environ 80 individus », affirme Pierre-Luigi Lemaitre, jeune biologiste de 30 ans, coordinateur du réseau. Avec une progression constante de 11 % en moyenne depuis 1996, la population deviendrait « viable » avec cinquante reproducteurs, selon les spécialistes. Soit environ 140 ours sur l’ensemble du massif. Viable, car débarrassée des éventuels soucis de consanguinité, non évalués à ce jour, mais pouvant déboucher sur des maladies ou des mortalités précoces.

Les tensions persistent

Le pays de l’ours s’est étendu et fortement peuplé depuis cinquante ans. Dans le massif des Pyrénées, on en recense essentiellement en Ariège et en Haute-Garonne – dans le noyau dit occidental – jusqu’aux vallées du Béarn et des Pyrénées-Atlantiques, où sa présence se renforce.

Mais « pro » et « anti » se déchirent encore. Deux animaux ont été abattus cette année par l’homme. Les débats sur ses prédations – les troupeaux de brebis attaqués –, les indemnisations ou mesures de protection pour les bergers, frisent parfois l’irrationnel. Les deux dernières ourses relâchées en 2018, Claverina et Sorita, l’ont été par voie aérienne, en hélicoptère. Signe des tensions qui persistent encore pour éviter tout « affrontement ».

A Melles, commune de 90 habitants dans le sud de la Haute-Garonne, le maire, Alban Dubois, ne décolère pas. C’est ici, sur les pentes boisées des contreforts du massif pyrénéen, qu’en 1996 a été lâché le premier ours en provenance de Slovénie, marquant les débuts d’un vaste programme de réintroduction du plantigrade, destiné à assurer une population viable et pérenne. Depuis, onze animaux capturés en Slovénie ont été relâchés.

Après les attaques répétées sur les estives du village au début de l’été, avec quarante brebis dévorées et autant de blessées, Alban Dubois a assuré fin septembre que la municipalité prendrait des dispositions pour 2022. Il a menacé de décider, « pour commencer, l’annulation de toutes activités scientifiques et touristiques liées aux ursidés, l’enlèvement des appareils photographiques du réseau “Ours brun” via l’Office français de la biodiversité ».

960 brebis tuées en 2021

En réaction, l’équipe Ours a dû mener, bien plus qu’en dehors des habituels constats de prédations auprès des éleveurs, une autre de ses missions. Sur l’ensemble du massif, 960 brebis auraient été tuées par des ours en 2021 selon l’OFB. Pour la première fois, des tirs d’effarouchement non létaux ont été opérés avec l’appui de la Brigade loups, une autre équipe de l’OFB chargée d’abattre chaque année, selon la loi, un quota des 600 loups présents en France. Par ailleurs, des pièges seraient opérationnels pour capturer vivant Goiat, un ours mâle de 14 ans, considéré comme « ours à problème » après qu’il a attaqué des troupeaux de brebis, et même des chevaux en 2019.

Le préfet de région, Etienne Guyot, coordonnateur du plan Ours 2018-2028, avait annoncé à la fin de septembre le report d’un plan européen, dénommé Life Ours Pyr, au grand bonheur des opposants. Doté d’un budget de 8 millions d’euros, celui-ci prévoyait le renforcement des « corridors écologiques dans le massif », des « moyens supplémentaires pour la protection des troupeaux de brebis et la formation des bergers », ou la création de nouveaux « outils de médiation tel un Centre de ressources sur l’ours ».

Une proposition de méthode pour définir la mise en œuvre du plan sera présentée et fera l’objet d’échanges lors de la prochaine réunion du groupe pastoralisme et ours le 8 décembre. Pour le préfet, « l’objectif est de déterminer et de proposer, de façon équilibrée, des actions tant en faveur de la connaissance et de la conservation de l’ours, qu’en faveur de l’aide et de la protection apportée aux éleveurs pour limiter la prédation ». Il a aussi réaffirmé que le programme Life ne prévoyait aucune réintroduction d’ours en 2022.

Philippe Gagnebet (Luchon, envoyé spécial)

Le Monde

Hécatombe de rapaces victimes de tirs

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Pendant l’ouverture de la saison de chasse, les découvertes de rapaces criblés de plomb se multiplient, alors que ces espèces sont strictement protégées.

Le 6 novembre 2021, un Epervier d’Europe a été la cible d’un tir au fusil dans l’Hérault. Sauvé par une vétérinaire, il restera toutefois paralysé. Quelques jours plus tard, un Faucon crécerelle a été retrouvé dans des circonstances similaires dans le Vaucluse. Le mois dernier, deux autres éperviers ainsi que 2 autres faucons crécerelles avaient été découverts morts en région PACA. En septembre, c’était un Aigle royal en Ardèche, une Buse variable dans le Gard, un Circaète Jean Le Blanc, etc. En octobre 2020, un rarissime Gypaète barbu avait été abattu dans les Cévennes. Cette liste macabre est hélas déjà longue et pourtant très loin d’être exhaustive : ces victimes ne constituent que la partie visible de l’iceberg tant la probabilité de retrouver les animaux tués est très faible.

Au cours des 3 dernières années, 87% des 109 rapaces plombés pris en charge par les 7 centres de soins gérés par la LPO ont été reçus entre début septembre et fin février, soit entre les dates d’ouverture et de fermeture générales de la chasse en France. Bien qu’il ne s’agisse pas d’actes de chasse à proprement parler, les rapaces étant en effet intégralement protégés depuis 1976, les munitions et les armes utilisées sont bien les mêmes. Erreurs d’identification ou malveillance délibérée, les tirs sur les rapaces sont beaucoup plus fréquents quand la chasse est ouverte.

Leurs auteurs sont rarement identifiés et en dépit de nombreuses plaintes de la LPO, la majorité des affaires est classée sans suite. Quand jugement il y a, les peines prononcées sont le plus souvent clémentes et peu dissuasives, alors que le nombre de rapaces abattus reste quasi constant année après année. La destruction d’une espèce protégée est pourtant passible de 3 ans d’emprisonnement et de 150.000€ d’amende.

La LPO en appelle une nouvelle fois aux dirigeants cynégétiques afin qu’ils fassent le nécessaire auprès de leurs adhérents et cessent de nier leur responsabilité dans la multiplication de ces actes. Nous demandons également un renforcement des moyens d’investigation de la police de la nature de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), ainsi que la formation des juges sur ce sujet.

Des années de protection mises en péril

Il y a toujours eu des croyances et des préjugés entourant les rapaces, longtemps considérés comme des espèces « nuisibles » s’attaquant au gibier ou aux troupeaux, voire aux enfants. Victimes de tirs et d’empoisonnement, plusieurs d’entre elles ont ainsi failli disparaître de France il y a un siècle. Grâce aux importants efforts déployés en termes de conservation et de sensibilisation, leurs populations sont aujourd’hui en meilleure santé mais demeurent vulnérables, menacées par les intoxications aux pesticides utilisés par l’agriculture intensive, la réduction de leurs habitats causée par l’artificialisation des espaces naturels, ainsi que par le développement des infrastructures linéaires de transport et d’énergie (lignes électriques, parcs éoliens, réseau routier).

Pour Allain Bougrain Dubourg : « Prédateurs ou charognards, ces majestueux oiseaux sont essentiels à l’équilibre des écosystèmes. Il est crucial de se battre pour les préserver. Et cela passe évidemment par empêcher que des voyous leur tirent dessus, tout en sanctionnant lourdement les contrevenants. » 

Avec l’avion, nos fraises ont un arrière-goût de carbone

Fret aérien

Un prix bas, pour un bilan carbone élevé : tel est le résultat du fret aérien, dont l’abus est toujours plus poussé à l’extrême, écrit dans cette tribune l’auteur Jean-Manuel Traimond. À tel point qu’il qualifie le capitalisme de « toxicomane du profit ».

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Jean-Manuel Traimond est écrivain.

On critique avec raison l’abus du transport aérien des êtres humains. Mais le fret, alors ? C’est pourtant un tiers du commerce international en valeur. Car les profits aussi montent jusqu’aux cieux, sous les ailes suceuses d’oxygène : l’extrême rapidité, la très grande sécurité, la quasi totale fiabilité du transport aérien favorisent la logique du « juste à temps », du « à flux tendu », dont le but est de minimiser l’immobilisation des capitaux, qui ne seront plus gelés dans des stocks, mais lancés sans délai dans l’incessant carrousel production-consommation.

D’autant que les frais d’assurance diminuent, puisque la nature, la durée et la gravité des risques aériens diminuent elles aussi. Très tendance, tout cela, en ces temps d’e-commerce, de grandissante incapacité du consommateur à supporter le moindre délai, de grandissante exigence que les lunettes connectées fabriquées au fin fond du Shandong (Chine), entraperçues sur son écran de smartphone, lui soient livrées en quarante-huit heures. 

Quarante-huit heures ? Attristante nonchalance, regrettable lenteur que M. Bezos s’efforce de jeter dans les poubelles de l’histoire.

La fraise de Plougastel (Finistère) apparaissant sur les marchés de Tokyo, l’avocat de Bolivie sur ceux de Plougastel, le haricot vert du Kenya couronnant le roulé au jambon de Quimper, le raisin du Chili trônant sur la bûche de Noël à Neuilly, voilà l’apothéose du fret aérien ! La Païva, illustrissime travailleuse du sexe sous Napoléon III, se faisait une gloire d’offrir du raisin en janvier à ses invités — Gustave Flaubert, Théophile Gautier ou les frères Goncourt : grâce à Fedex et Roissy, nous pouvons tous nous imaginer en crinoline coquine devant notre chasselas hivernal !

Comme la dose fait le poison, l’abus fait la pollution

D’aucuns ne manqueront pas de souligner que la rapidité du fret aérien a bien des avantages. Les vaccins ont des dates de péremption, les catastrophes et les famines réclament que l’on achemine médicaments, nourriture, couvertures, tentes, etc., au plus vite quand des vies sont en jeu, les usines entières paralysées par la panne de telle, menue mais rare, pièce d’un robot essentiel reprennent espoir dès qu’arrive, salvateur archange mécanique, le vol intercontinental de DHL, et la greffe d’organes ranime bien plus de vies grâce aux avions. 

Il ne s’agit donc pas de crier haro sur le Boeing, mais plutôt, comme si souvent, de comprendre que, tout comme la dose fait le poison, l’abus fait la pollution.

Toxicomane du profit, le capitalisme ne peut pas résister aux prix étonnamment bas du fret aérien : 450 000 iPhone en avion, ça coûte grosso modo 250 000 dollars, soit environ 0,55 dollar par objet, soit, en d’autres termes, 0,01 % de son prix de vente. Le prix est bas, le bilan carbone élevé : catastrophique en fait et carrément scandaleux lorsqu’il s’agit de transporter des marchandises aussi éphémères que des fraises, des asperges, des truffes.

« 75 kilos de fraises Paris-Tokyo envoient 1 600 kilos de CO2 dans l’air. »

Deux manières de le dire : pour calculer l’empreinte carbone des fraises aériennes, il suffit de considérer, poids pour poids, celle d’un passager aérien. Le poids moyen d’un passager, c’est 75 kilos. Un passager de 75 kilos d’un vol Paris-Tokyo provoque l’émission de 1 600 kilos de CO2. Donc 75 kilos de fraises Paris-Tokyo envoient 1 600 kilos de CO2 dans l’air, quand le citoyen moyen du Burundi produit à peu près 100 kilos de CO2… par an. Ou : quelques millions d’années pour produire le pétrole, dont on tire le kérosène pour transporter des fruits poussés en quelques semaines, et mangés en quelques secondes. Mais de quoi continuer à satisfaire les toxicomanes des pixels. Car c’est là ce que le fret aérien et son abus disent de notre société de consommation, dont les rythmes s’accélèrent bien au-delà du raisonnable pour satisfaire à la fois le lucre et l’ostentation, le gaspillage et la vacuité. Double immaturité, celle, coupable, des vendeurs, celle, aveugle, des consommateurs. Aveugle ?

Oui, car l’un des maux, et non des moindres, du fret aérien est de contribuer fortement à l’invisibilisation des nuisances : la fleur en provenance de l’Équateur ne porte nulle trace du travail d’esclave des journaliers qui l’ont fait pousser, le cheval de course gagnant le prix de Diane à Chantilly ne porte nulle trace non plus du bilan carbone du vol qui l’a amené des écuries de Dubaï. Quand nous nous gavions, nos parents mettaient les bonbons hors d’atteinte. Qui, ou quoi, mettra la folie des grandeurs hors d’atteinte ? 

 

COP26 : le gâchis et la déception d’un accord à minima

L’accord adopté à l’issue de la COP26 de Glasgow est largement insuffisant pour limiter à 1,5 °C la hausse globale des températures. Les demandes de financement des pays pauvres qui en subiront le plus les effets ont été écartées tandis que les promesses de sortie des énergies fossiles ont été affaiblies.Glasgow (Écosse), reportage

C’était le moment ou jamais pour éviter « un aller simple vers le désastre », selon les mots d’António Guterres, secrétaire général de l’ONU. Mais, malgré les conséquences déjà exponentielles du changement climatique, les sécheresses, les famines, les crues torrentielles ou les méga-feux qui sévissent partout dans le monde, la COP26 a accouché d’un accord extrêmement décevant. Adopté ce samedi 13 novembre, dans la soirée, le texte oublie les pays les plus vulnérables et, s’il mentionne les énergies fossiles, la formulation a été édulcorée par rapport aux premières moutures. Et, surtout, les engagements des États ne permettent pas du tout de contenir le réchauffement global des températures à 1,5 °C.

Reporterre détaille les six principaux enseignements de ce sommet :

  • La COP26 compromet l’objectif de 1.5 °C

En ratifiant l’Accord de Paris en 2015, les États s’étaient engagés à contenir le réchauffement climatique « nettement en dessous des 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». Alok Sharma, président britannique de la COP26, répétait même à l’envi que le sommet devait permettre de « garder en vie le 1,5 °C » et pousser les États du monde à accroître leurs engagements climatiques afin d’y parvenir.

Quelques progrès ont été obtenus. Dès le premier jour de négociation, une centaine de pays ont promis de réduire leurs émissions de méthane — un puissant gaz à effet de serre — de 30 % d’ici 2030. L’Inde a également annoncé qu’elle atteindrait l’objectif de zéro émissions nettes de carbone d’ici 2070.

Néanmoins, les engagements des pays pour « garder en vie le 1,5 °C » restent largement insuffisants. La Russie, l’Australie, le Mexique, le Brésil et l’Indonésie, qui avaient soumis des plans d’une ambition égale, voire inférieure à leurs précédents, transmis en 2015, n’ont par exemple pas daigné les améliorer. Le groupe de recherche Climate Action Tracker (CAT) a révélé, mardi 9 novembre, que même si les contributions nationales déterminées(CND) pour 2030 étaient véritablement tenues, le monde se dirigerait vers un réchauffement à + 2,4 °C d’ici la fin du siècle [1].

« Cette COP26 n’aura pas permis produire autre chose que des annonces. »

« Cette COP26 a échoué à combler le manque d’ambition des NDCs [Les « contributions nationales déterminées », les plans climat de chaque État], observe pour Reporterre le politiste et sociologue Stefan Aykut, coauteur du livre Gouverner le climat ? 20 ans de négociations internationales (Les Presses de Sciences Po, 2015). Elle n’aura pas permis produire autre chose que des annonces perpétuelles, dont beaucoup ne sont pas transmises dans les NDCs et sont du recyclage d’annonces passées. »

Pour aligner les ambitions à l’urgence, l’accord de Glasgow « encourage » toutes les parties à soumettre dès l’année prochaine de nouveaux plans en phase avec « les objectifs de températures de l’accord de Paris », ce qui laisse la porte ouverte à un objectif à 2 degrés.

La sortie des énergies fossiles intégrée à l’accord de Glasgow, mais de façon édulcorée

Moteur du changement climatique, les énergies fossiles ont été au cœur des débats comme jamais auparavant. Plusieurs coalitions sont nées au cours de ces deux semaines. Des États se sont engagés pour une sortie du charbon, la fin du financement de projets fossiles à l’international, ou encore à ne plus délivrer de nouvelles licences d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz, et ce avec effet immédiat.

« Au centre de ce mouvement de désinvestissement des énergies fossiles, il y a la prise de conscience que pendant trop longtemps, les gens ont mis la pression sur les consommateurs en leur disant « En faites-vous assez ? » ou « Utilisez-vous la bonne ampoule ? ». À la place, nous devons nous attaquer à la source du problème : à la mine, au puits de pétrole, au pipeline de gaz », a déclaré le ministre irlandais du Climat, Eamon Rayn, lors de la conférence de presse de lancement de la Beyond Oil and Gas Alliance (Boga), auquel son pays s’est rallié.

Surtout, l’accord adopté à Glasgow mentionne la sortie progressive du charbon ainsi que des subventions aux combustibles fossiles. Depuis près de trente ans, les négociations climatiques internationales n’avaient jamais permis de mettre à l’index les énergies fossiles, pourtant à l’origine de près de 90 % des émissions mondiales de CO₂ et de 70 % des émissions totales de gaz à effet de serre. C’est désormais chose faite, n’en déplaise aux pays pétroliers comme l’Arabie saoudite, la Russie ou l’Australie, qui ont fait pression jusqu’au bout pour faire supprimer ce passage, estimant que leur mix énergétique national n’était pas négociable. Ces pays ont toutefois réussi à considérablement l’édulcorer par rapport à la première mouture du texte qui avait été révélée mercredi. Ému aux larmes, le président de la COP26 Alok Sharma s’est dit « profondément désolé », samedi soir, pour l’affaiblissement de ce passage, détricoté jusqu’à la dernière minute.

coalition de 8 pays

Une coalition de huit pays, intitulée « Beyond Oil and Gas Alliance » (Boga), s’est engagée à arrêter la production de pétrole et de gaz. © Pierre Larrieu/Reporterre

« Malheureusement, la version finale est largement insuffisante, déplore auprès de Reporterre Nicolas Haeringer, l’animateur en France de 350.org. L’accord mentionne seulement une suppression progressive du charbon « non compensé à la source », et c’est une brèche dans laquelle vont pouvoir s’engouffrer les États malveillants. C’est un vrai recul, le texte n’est pas assez contraignant, nous ne pouvons pas nous en satisfaire. »

Après Glasgow, les États devront vite mettre les mains dans le cambouis fossile : selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, d’ici 2030, les États prévoient pour l’heure de produire deux fois plus d’énergies fossiles que ce qu’il faudrait pour rester en deçà de 1,5 °C.

 

  • Les pays vulnérables abandonnés

Au Scottish Event Campus de Glasgow, l’autre sujet crucial concernait les pays les plus vulnérables face aux effets du changement. Les pays du Sud et les ONG demandaient la création d’un mécanisme de financement spécifique pour financer les « pertes et dommages », c’est-à-dire les dégâts irréversibles générés par des catastrophes climatiques soudaines ou les phénomènes à occurrence lente, comme la montée du niveau des mers ou la désertification des sols, qui ne peuvent être évités ni par des actions de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ni par l’adaptation.

Durant la COP26, malgré les efforts de l’Écosse, de la Wallonie et de l’Allemagne, cette demande a capoté à cause des États-Unis et de l’Union européenne (notamment la France), historiquement responsables du changement climatique. Ils craignaient, en effet, que la reconnaissance des pertes et préjudices n’entraînent des poursuites judiciaires à leur égard.

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La ministre française de la Transition écologique Barbara Pompili à la COP26. © Pierre Larrieu/Reporterre

Les pays de l’Alliance of Small Island States (AOSIS), le G77 — une coalition de pays en développement — et la Chine, représentant 85 % de la population mondiale, se sont résignés à abandonner cette revendication dans l’accord final. « Nous sommes extrêmement déçus », a insisté la délégation d’Antigua-et-Barbuda, samedi, au nom de ces pays. Leur lot de consolation : un dialogue de deux ans pour « discuter des arrangements de financements pour éviter, limiter et répondre aux pertes et dommages ». « Proposeriez-vous à quelqu’un qui est en danger de mort de venir l’aider, mais seulement d’ici deux ans ? », interroge Fanny Petitbon, experte climat au sein de l’ONG Care. « L’incapacité à fournir ces financements cruciaux se mesure en vies perdues chez nous », tempêtait quelques jours plus tôt Mia Mottley, la Première ministre de la Barbade.

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Tina Stege, la représentante pour le climat des îles Marshall. © Pierre Larrieu/Reporterre

Cela ne va pas apaiser les relations Nord/Sud, déjà explosives : à l’aube de la COP26, les pays vulnérables étaient déjà échaudés car les pays du Nord n’avaient pas respecté leur promesse, faite il y a douze ans, de donner 100 milliards de dollars par an (86 milliards d’euros), dès 2020, pour les aider à faire face au changement climatique. Les pays vulnérables attendaient donc que les pays riches reconnaissent le non-respect de leur engagement, et s’engagent à payer. Dans l’accord de Glasgow, 2023 est devenue une nouvelle échéance pour cette promesse. « Le texte de décision de la COP se contente de regretter ce retard mais n‘incite pas pour autant les États à combler l’écart pour chaque année passée », dénonce Fanny Petitbon.

Par ailleurs, en 2019, seulement un quart des fonds climat étaient mobilisés pour aider les pays à s’adapter aux effets du changement climatique, contre 64 % pour réduire leurs émissions, ce qu’on appelle l’atténuation. L’accord de Paris prévoit pourtant un équilibre entre les deux. Le texte de Glasgow engage les États à doubler leurs financements pour l’adaptation. « Une promesse très insuffisante par rapport aux besoins et à ce que demandaient les pays en développement », juge Armelle Le Comte, porte-parole d’Oxfam France.

« Les textes de décision reflètent le cynisme des pays riches. »

« Si les principaux pays pollueurs ne viennent pas aux COP avec la ferme intention d’aider ceux qui subissent les pires impacts du changement climatique alors on est en droit de se demander ce qu’ils sont venus faire à Glasgow, s’insurge Fanny Petitbon. Les textes de décision reflètent le cynisme des pays riches : leurs chefs d’État et de gouvernement prononcent des discours pleins d’empathie devant les caméras, mais ce n’est pas la même musique qui se joue derrière les portes closes des salles de négociation. »

 

  • Les États jettent leur dévolu sur les marchés carbone

Les États planchaient également sur l’article 6 de l’accord de Paris, qui porte sur le fonctionnement des marchés carbone internationaux, un sujet laissé en suspens à la COP24 et à la COP25. Ils l’ont adopté. Concrètement, il s’agit d’un mécanisme financier visant à réduire les émissions industrielles de gaz à effet de serre en leur donnant un prix. Un plafond annuel d’émissions de CO₂ est imposé, sous forme de quotas. Les pays ou entreprises qui dépassent ce plafond peuvent racheter des quotas à ceux qui ne l’ont pas atteint.

Ils ont notamment supprimé le principe de double comptage, qui permettait à deux pays de comptabiliser les crédits carbone liés à un même projet de réduction d’émissions de CO₂. En revanche, ce mécanisme risque de permettre à des États ou des multinationales de se contenter de payer des permis de polluer plutôt que d’agir contre le changement climatique.

« Avec l’adoption de cet article 6, les États entérinent la remise en cause de l’intégrité de l’Accord de Paris en faisant des marchés et de la compensation carbone un levier de leur action, déplore Myrto Tilianaki, de CCFD – Terre Solidaire. La compensation carbone détourne de l’effort prioritaire de réduction d’émissions et met en péril l’objectif de 1,5 °C. Ce n’est pas un hasard si les principaux pollueurs ont multiplié les annonces de neutralité carbone et fait la promotion des marchés carbone pendant la COP26 : cela permet de continuer leur business as usual prédateur pour le climat, la biodiversité et les droits humains. »

Une des principales dérives de ces marchés carbone est, en effet, que des multinationales ou des États financent des projets de reforestation en compensation de leurs émissions. Or, des communautés autochtones sont parfois chassées des terres convoitées. « Dans les faits, cela veut dire que les communautés indigènes ne peuvent plus venir y chasser, pêcher ou même venir cueillir des plantes pour se soigner », a déploré Eriel Deranger, directrice exécutive de l’organisation Indigenous Climate Action, lors d’une manifestation en marge de la COP26.

 

  • La France et l’Europe en retrait

La France a longtemps brillé par son absence dans les différentes coalitions visant à sortir des énergies fossiles. Jusqu’au vendredi 12 novembre, elle était le seul pays de la coalition Export Finance for Future, qu’elle a elle-même lancée en avril dernier pour « accélérer la sortie progressive du financement des projets fortement émetteurs de gaz à effet de serre », à ne pas avoir renoncé à financer de projets fossiles à l’international d’ici à fin 2022. Sur le fil, elle a finalement rejoint cette coalition et fait partie des fondatrices de l’alliance Boga, qui l’engage à ne plus délivrer de nouvelles licences d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz. Une annonce tempérée le jour même par Bercy, qui a annoncé au Monde qu’aucun projet ne sera abandonné dans l’immédiat « parce qu’il n’y en a pas sans captage et stockage de CO₂ ».

Surtout, la France a manœuvré pour que le gaz et le nucléaire soient inclus dans la « taxonomie verte » européenne des investissements dans les énergies vertes. Elle aurait, en effet, cosigné un texte avec la Pologne, la Hongrie et la République tchèque afin de les faire accepter dans la liste. Mardi 9 novembre, en pleine COP, Emmanuel Macron a annoncé la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France. Deux jours plus tard, cinq pays — l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, le Luxembourg et le Portugal — ont publié une déclaration commune pour une taxonomie européenne sans nucléaire.

Ainsi divisée, l’Europe serait restée, selon plusieurs observatrices, très en retrait dans les négociations, sauf pour faire capoter les « pertes et dommages » pour les pays vulnérables. Rachel Kyte, l’ex-représentante de l’ONU sur le climat, s’est demandée sur Twitter si l’Union européenne n’avait pas oublié son ambition politique aux vestiaires. « L’UE est invisible dans cette COP », estimait aussi, jeudi, Laurence Tubiana, l’une des architectes de l’accord de Paris. « C’est d’autant plus surprenant qu’elle est la première pourvoyeuse de financements climatiques au monde. Je ne comprends pas et je ne suis pas contente. »

 

  • Pendant que la société civile manifeste, les lobbies fossiles gangrènent la COP26

La société civile a manifesté du premier au dernier jour du sommet pour maintenir la pression sur les gouvernements, et tenter de briser le cycle de « trente années de bla-bla » sur le climat, comme n’a cessé de le dénoncer la jeune activiste suédoise Greta Thunberg. Point d’orgue de ces mobilisations : les marches du samedi 6 novembre à Glasgow et partout ailleurs dans le monde, durant lesquelles des centaines de milliers de citoyens ont exigé une action climatique plus ambitieuse. « Malheureusement, avec le coût exorbitant de l’hébergement et les inégalités d’accès aux vaccins contre le Covid-19, bon nombre de nos camarades des communautés les plus impactées par le changement climatique n’ont pas pu venir et contribuer à mettre la pression sur les négociateurs », regrette Marine Pouget, du Réseau action climat (Rac) qui dénonce « une COP26 pas assez inclusive ».

« Les peuples à l’intérieur, les pollueurs dehors ! »

Pendant ce temps, à l’intérieur du Scottish Event Campus de Glasgow, qui abritait la COP26, le nombre de lobbyistes des énergies fossiles était plus important que celui de n’importe quel État. Il était même supérieur au total des délégations des huit pays les plus touchés par le changement climatique au cours des deux dernières décennies, selon des militants climatiques emmenés par Global Witness à partir des données des Nations unies. « Il faut vraiment interdire d’accès aux COP les lobbies de l’industrie fossile, affirme Nicolas Haeringer. Les peuples à l’intérieur, les pollueurs dehors ! Pour l’instant, c’est l’inverse qui se passe et ça a des effets désastreux. »

on vous regardeextinction rebellion6 novembredroits des indigènes

« On vous regarde », ont brandi des manifestants le 6 novembre 2021.

Jeff Bezos, ex-PDG d’Amazon, a aussi pris la parole à la tribune aux côtés d’Emmanuel Macron. Dans la « zone verte » ouverte au public, des entreprises comme Unilever écoblanchissaient leur image, célébraient des alliances « net-zero ». Au pavillon du Qatar, la Coupe du Monde de football 2022, désastre social et écologique, se faisait passer pour une compétition vertueuse. Le but de ces participants était-il vraiment de « garder en vie le 1,5 °C » nécessaire pour limiter les effets désastreux du changement climatique ?

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

  • celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média doit informer, et non être un outil d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
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En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
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Willy Schraen n’en a « rien à foutre » de réguler avec la chasse (et provoque un tollé)

schraen

Pour les défenseurs de la cause animale, la déclaration du patron des chasseurs déclaration sonne comme un aveu.

BIODIVERSITÉ – C’est pourtant l’un des arguments massue de ce lobbyiste de la chasse. Willy Schraen aime répéter que les chasseurs sont “les premiers écologistes” de France, grâce notamment à leur activité de régulation des espèces. Or, ce mercredi 10 novembre, ce même président de la Fédération nationale des chasseurs a avoué que ce n’était pas vraiment l’objectif premier des amateurs de gibier.

Voire, que c’était le cadet de leurs soucis. Invité sur RMC à réagir aux images montrant des daims parqués pour être tués dans leur enclos, le patron des chasseurs a affirmé que lui et ses semblables n’avaient pas vocation à jouer “les petites mains de la régulation” de la biodiversité. “Moi mon métier c’est pas chasseur, j’en ai rien à foutre de réguler”, a-t-il avoué, précisant prendre seulement “du plaisir dans l’acte de chasse”. Une sortie sans filtre qui sans surprise, a fait hurler les défenseurs de la cause animale ce mercredi 10 novembre.

“Au moins, maintenant, c’est clair”, a commenté sur Twitter le journaliste activiste Hugo Clément en partageant la séquence. Même tonalité chez Sandra Regol, secrétaire Nationale Adjointe d’Europe Écologie Les Verts. “Je retiens cette sortie pour les prochains ‘dialogues’ avec ce monsieur, lui qui est si prompt à agiter la régulation entre deux insultes sur les écologistes”, a-t-elle tweeté. “La chasse, c’est les chasseurs qui en parlent le mieux”, a renchéri le patron du parti écolo Julien Bayou.

Sensible à la cause animale, l’ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot, a également exprimé son indignation. “II est temps que Monsieur Willy Schraen réfléchisse sur ses propres pulsions mortifères”, a-t-elle grincé, quand la co-présidente du parti animaliste Hélène Thouy appelle à changer la loi pour protéger les animaux.

Les associations qui luttent pour le droit animal sont également montées au créneau. “La ‘régulation’? Un prétexte pour assouvir un plaisir sadique: celui de tuer”, a réagi l’organisation antispéciste L214. “L’argument des “1er écologistes de France” concernant la régulation est une imposture”, dénonce de son côté La Ligue Des Animaux. 

Willy Schraen a plusieurs fois été au cœur du débat ces derniers mois, et ses liens avec le président de la République ont souvent été critiqués par les défenseurs de la cause animale.

Récemment, le lobbyiste expliquait que “Macron a fait des choses pour la chasse qu’aucun président n’avait fait jusqu’à présent”, en citant notamment la division par deux du montant du permis de chasse. À l’inverse (et sans surprise), il nourrit des relations très compliquées avec la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. 

 

Protection animale : en Alaska, Otis, à nouveau champion poids lourds des ours bruns

ours brun otis

Cette année, c’est Otis, 453 kilos, qui a remporté la Fat Bear Week. Un événement organisé par le parc national de Katmai pour sensibiliser le public à la protection de cet animal.

C’est encore Otis qui a gagné ! Avec 453 kilos sous une tignasse revêche, le plantigrade a une nouvelle fois remporté la Fat Bear Week, le concours de l’ours le plus gras d’Alaska. A 25 ans, Otis a écrasé pour la quatrième fois la concurrence, soit Walker, le jeunot qui manque de niaque, et même 747, le tenant du titre, qui tire son nom de sa forme de Boeing.

Un come-back étonnant : à la fin de l’hiver dernier, Otis avait deux dents en moins et rien que la peau sur le dos. A force de s’empiffrer de saumons entiers (40 quotidiennement) au bord de la Brooks River, le champion a regagné 2 kilos par jour depuis juin. Une douce hibernation l’attend. Oubliez la fashion week.

Environ 2 000 specimens

La Fat Bear Week, qui s’est achevée le 5 octobre, a été lancée en 2014 par le parc national de Katmai, en Alaska, zone volcanique fréquentée par les ours bruns, les saumons qui remontent de la baie de Bristol, et les touristes qui aiment se poster sur les berges pour admirer les premiers gober les seconds. Le concours se déroule en ligne.

Le public choisit son mastodonte préféré selon les critères de son choix. A défaut d’être sur place à Brook Falls – le nombre de visiteurs est limité à 15 000 par été – il a, à sa disposition, des heures de vidéo live tournées par les « bear cam » de l’ONG de défense de la nature Explore. Les caméras sont postées au bord de la cascade qui fait office de garde-manger. Elles sont activées chaque jour pendant les éliminatoires. Certains électeurs votent selon leur cœur.

Les participants au Fat Bear Week 2021

« Otis is my man », explique un supporteur, qui loue sa manière minimaliste d’avoir l’air de faire la sieste tout en saisissant le poisson. Les amateurs font campagne pour leur champion à coups de fan art sur les réseaux sociaux. « Votez Holly ! » (l’une des rares femelles du club). « Elle va casser le plafond de verre rien qu’en marchant dessus. » D’autres développent plutôt une approche scientifique.

Le spécialiste en SIG (Système d’information géographique) Joel Cusick a mis au point une technique qui emprunte aux meilleures sources de l’ingénierie des voitures autonomes : le liDAR, ou télédétection par laser, qui permet de mesurer les objets à distance en émettant un faisceau de lumière renvoyé vers son point d’émission.

« J’ai essayé, et quand j’ai eu un retour de l’arrière-train d’Otis, je me suis dit : “Waouh, ça pourrait peut-être marcher” », a expliqué au magazine High Country News le scientifique après s’être posté sur les berges de la Brooks River. La technique pourrait faire école. Généralement, les ours sont pesés au printemps, quand ils sont faméliques. Il n’en faut pas moins un hélicoptère, un système de poulie et une piqûre de tranquillisant.

Au départ, la Fat Bear Week ne durait qu’une journée, baptisée « Fat Tuesday », comme le Mardi gras du carnaval de La Nouvelle-Orléans. Le concours s’étend maintenant sur une semaine. Cette année, il s’est enrichi d’une catégorie, celle des jeunes plantigrades. Le lauréat se voit décerner le titre de Fat Bear Junior.

Pour le parc national de Katmai, il s’agit de faire œuvre éducative, montrer la résilience de ses pantagruéliques résidents (ils sont environ 2 000) pour mieux les protéger et propager les connaissances sur leur invraisemblable métabolisme. Le saviez-vous ? Ursus arctos ne se réveille pas pendant cinq mois, pas même pour boire ou rejeter quoi que ce soit. Sans même remuer une oreille de tout l’hiver, il conserve sa masse musculaire : il se nourrit des protéines recyclées de sa propre urée.

Record battu

Et non, « ours brun » n’est pas synonyme de « grizzli ». Otis et ses amis vivent sur la côte, les grizzlis, eux, à l’intérieur des terres. Le public est ravi de se cultiver mais surtout de suivre son champion. Les passionnés de la fashion week des plantigrades suivent les éliminatoires comme le tournoi universitaire de basket-ball, la March Madness, avec leur bracket (« formulaire ») rempli lors de soirées avec les amis.

En 2019, ils étaient 250 000 à voter pour leur ours préféré, c’était déjà énorme (si l’on ose dire). En 2020, 650 000 participants. Effet pandémie, et surtout confinement. « On a constaté une augmentation de la fréquentation sur la plupart des vidéos de streaming animalières », note l’ex-ranger Mike Fitz, fondateur de la Fat Bear Week et responsable de l’ONG Explore.

Cette année, le record a été battu. Quelque 800 000 amateurs ont participé au concours (sur les 96 000 votes pour la finale, Otis a obtenu 51 230 contre 44 384 pour Walker). Le service média du parc a dû embaucher pour répondre à la demande de photos des stars dans l’intimité de leurs fourrés. Si on en croit Naomi Boak, l’une des rangers photographes, les humains éprouvent « une vraie joie » à voir les animaux ripailler, s’empiffrer sans se soucier de cholestérol, car pour eux la santé passe par l’obésité… « Les ours peuvent se permettre de faire quelque chose qui nous est déconseillé : être gras. »

Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)

Le Monde

RAPPEL en ces temps du festival de MONTIER: Lac du Der: message important

lac du Der: message

Bonjour à toutes et à tous

Bonjour à toutes et à tous. Je ne vais pas publier de photographie mais ce message est adressé à
toutes celles et tous ceux qui aiment les oiseaux et les prendre en photo et qui viennent au Lac du Der pour photographier les grues cendrées.
Je suis bénévole pour la LPO ChampagneArdenne et je fais partie des 1214 compteurs de grues cendrées de mioctobre à mimars, présent tous les dimanches matin à l’aube pour donner l’évolution du nombre des demoiselles du lac présentes sur le dortoir.
Depuis le début de la « saison » migratoire, nous constatons de plus en plus d’attitudes irrespectueuses des consignes d’observation :
voitures arrêtées au bord de la route = danger pour les autres automobilistes + effarouchement des grues cendrées en train de manger
personnes descendant en bas des digues pour faire une « meilleure » photographie ou parce qu’ils sont gênés par l’affluence des touristes venus très tôt pour les voir s’envoler
personnes utilisant des petits APN et ne désactivant par leur flash
personnes se rendant carrément sur les zones d’herbe au milieu du lac (avec landau, chien, etc.)
La situation devient critique et il n’est pas concevable de continuer à accueillir du public
(photographes ou non) sans qu’un minimum de règles soit respecté.
Je vous demande, à vous photographes venus pour les voir et prendre de beaux clichés, de montrer le BON EXEMPLE en ne descendant pas dans les cailloux en bas des berges des digues, en faisant éventuellement aussi preuve de civisme et de courtoisie (ce n’est pas parce que vous avez besoin de 2m autour de vous pour faire une rotation complète sur votre trépied que vous ne pouvez pas céder 1m à côté de vous pour des enfants qui veulent regarder…), de demander aux gens qui descendraient sur la vase de remonter, de demander aux « flashouilleurs » de couper leur flash…
Le Lac du Der est TRES GRAND et nous ne pouvons pas être partout pour faire respecter ces petites règles, ce n’est d’ailleurs pas notre rôle (mais nous allons être de plus en plus vigilants).
Merci de faire passer le message à vos ami(e)s qui viennent les voir, au public autour de vous qui n’est pas forcément sensible à l’impact de leur présence.
Je vous remercie pour elles !
© Photo Christine Tomasson

Dix forêts classées par l’Unesco ont émis plus de carbone qu’elles n’en ont absorbé

Sipisopiso waterfall in northern Sumatra, Indonesia

L’Unesco a dévoilé une étude scientifique inédite sur les niveaux de dioxyde de carbone des forêts classées à son patrimoine mondial. D’après les résultats, elles absorbent chaque année 190 millions de tonnes de CO2 mais dix d’entre elles en ont émis davantage qu’elles n’en ont capturé.

Les forêts constituent de précieux puits de carbone à l’échelle planétaire. Mais ces stockeurs de CO2 sont aujourd’hui en péril. C’est ce que confirme la nouvelle étude dévoilée ce jeudi par l’Unesco, l’Institut des ressources mondiales (WRI) et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Pour la toute première fois, ces travaux se sont intéressés aux niveaux de dioxyde de carbone (CO2) des forêts classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Objectif : évaluer les émissions et la séquestration des gaz à effet de serre des 257 sites forestiers sur les deux dernières décennies, entre 2001 et 2020.

Les forêts classées couvrent une superficie de 69 millions d’hectares, soit environ deux fois la taille de l’Allemagne. Or, selon l’étude, elles renferment quelque 13 milliards de tonnes de carbone dans leur végétation et leurs sols, la majorité dans les régions tropicales. Un chiffre qui dépasse la quantité de carbone contenue dans les réserves pétrolières prouvées du Koweït, précise les auteurs.

190 millions de tonnes de CO2 stockées chaque année

Mais elles ne font pas que stocker le carbone, elles absorbent aussi en grandes quantités du CO2 de l’atmosphère. En combinant des images satellites avec des données de suivi recueillies sur les différents sites, les chercheurs ont conclu que ces étendues ont capté entre 2001 et 2020 environ 190 millions de tonnes de CO2 chaque année.

Cette quantité correspond à environ la moitié des émissions annuelles de CO2 rejetées par le Royaume-Uni, illustre le rapport. « Nous disposons pour la première fois d’une image détaillée qui prouve le rôle vital des forêts des sites du patrimoine mondial dans l’atténuation du changement climatique« , souligne Tales Carvalho Resende, de l’Unesco, qui a co-rédigé le rapport.

Comme de précédentes études menées sur les forêts du monde, cette analyse a toutefois aussi révélé des résultats préoccupants. Bien qu’elles soient classées, ces étendues sont loin d’être protégées de toute menace. Au cours des deux dernières décennies, elles ont ainsi perdu quelque 3,5 millions d’hectares, soit plus que la superficie de la Belgique.

10 sites sur 257 devenus émetteurs de CO2

Autre conclusion : entre 2001 et 2020, dix des 257 sites évalués ont émis plus de CO2 qu’ils n’en ont capturé, leur faisant perdre leur rôle si précieux de puits de carbone. Sur la liste, figurent notamment des forêts du sud-est de l’Australie, de Sumatra, du Honduras, de Californie ou encore du Canada.

D’autres sites ont également connu « des pics ou des trajectoires d’émissions clairement ascendantesqui menacent la solidité du futur puits« , explique le rapport. D’après l’évaluation, le changement climatique et les phénomènes météorologiques violents associés tels que les incendies, les tempêtes ou encore les sécheresses se trouvent parmi les principales menaces.

Elles se combinent aux pressions exercées par l’utilisation des sols et les diverses activités humaines telles que l’exploitation forestière illégale, la récolte du bois et l’empiètement agricole. Environ 60% des sites du patrimoine mondial ont affiché ces types de pressions, révèle l’analyse des données.

Source GEO / 28 octobre

Une bonne nouvelle pour l’environnement africain : Première Aire marine protégée créée au Cameroun : le Parc national marin de Manyange na Elombo Campo

plage du parc MAYANGE

Dès les années 1990, des programmes régionaux tels ECOFAC (Programme de conservation et utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers de l’Afrique centrale), COMIFAC (Commission des Forêts d’Afrique Centrale), le RAPAC (Réseau des aires protégées d’Afrique centrale) ou des ONG comme Tropenbos International ont encouragé les États orientaux du Golfe de Guinée à créer des aires protégées forestières et marines. Au Gabon, les observations naturalistes de Mike Fay et son lobbying auprès du président Omar Bongo ont permis que celui-ci, en 2002, créé 4 parcs nationaux côtiers. Malgré l’excellent travail d’ECOFAC, seuls les parcs nationaux forestiers Obô sur Sao Tomé et sur Principe verront le jour en 2006. La Guinée Equatoriale a renforcé son système national d’aires protégées, et a élaboré en 2014 sa Stratégie Nationale et Plan d’Action sur la Biodiversité (SNPAB). Ce petit pays morcelé compte maintenant 6 aires protégées côtières et insulaires : Annobon, Islas de Corisco, Rio Muni, Playa Nendyi, Punta Llende et Rio Campo. Au Congo Brazzaville, les deux AMPs Conkouati-Douli et Bas Kouilou-Yombo totalisent une superficie de 5 600 km².

tortue olivâtre femelle

Jusqu’à présent, le Cameroun possédait 30 aires protégées forestières (20 parcs nationaux, 6 réserves de faune, 4 sanctuaires de faune) pour une superficie totale de 3 825 km², 3 réserves de Biosphère, et 7 sites Ramsar pour 8 270 km². Mais le Cameroun n’avait aucune aire marine protégée, même si le Parc national de Douala-Edea (ancienne réserve de Faune) s’ouvre sur l’océan.

Lors du Ve Congrès mondial des parcs de l’UICN à Durban, en septembre 2003, le président de la République du Cameroun, Son Excellence Paul Biya, avait annoncé souhaiter des aires marines protégées pour son pays. Nous sommes fin 2021. Mais avant cette annonce, nous avions déjà élaboré en 2002 un dossier pour la création d’un parc marin au sud de la petite ville de Kribi (département de l’Océan) jusqu’à la frontière avec la Guinée Équatoriale. Il aura donc fallu près de 20 ans de combats contre l’inertie administrative et des lobbies divers pour que notre dossier aboutisse enfin aujourd’hui à la signature du décret de classement du Parc national marin de Manyange na Elombo Campo.

Le suivi des Cétacés dans la région concernée reste encore fragmentaire. Les premières observations au large ont cependant montré la présence saisonnière ou permanente de la Baleine à bosse (Megaptera novaeangliae) (10% de la population mondiale cette espèce s’accouple et met bas entre Cameroun et Gabon), du Dauphin à long bec (Delphinus capensis), du Dauphin à gros nez (Tursiops truncatus), du Dauphin bleu et blanc (Stenella coeruleoalba), du Dauphin taché pantropical (S. attenuata). La Sotalie du Cameroun (Sousa teuszii), espèce vulnérable qui avait disparu du golfe de Guinée depuis 1892, a été observée à plusieurs reprises dans le périmètre du parc marin, et cette présence motiverait à elle seule la création de l’aire marine protégée camerounaise.

Certes la décision politique de création d’un port en eau profonde à Kribi dans la partie nord du futur parc a amputé celui-ci d’un bon tiers de sa superficie prévue initialement. On peut penser difficile de concilier ce port commercial, l’un des plus grands d’Afrique, avec une aire marine protégée et la présence de Cétacés, mais avec l’adoption de certaines règles de circulation des bateaux et d’une vraie politique environnementale, ça devait être possible.

La motivation première de création d’un parc marin à cet endroit a été la présence des tortues marines. Les très belles plages ne sont pas un lieu de nidification régional exceptionnel pour la Tortue olivâtre

tortue olivâtre

(Lepidochelys olivacea), la Tortue verte (Chelonia mydas) et la Luth (Dermochelys coriacea). La viande des femelles montant à terre était traditionnellement mangée. Ce qui est plus intéressant, c’est que les amas rocheux littoraux couverts de Phanérogames et les zones coraliennes soient des habitats de croissance exceptionnels pour les jeunes Tortues vertes et Tortues imbriquées (Eretmochelys imbricata) nées sur les plages insulaires de Bioko et Sao Tomé et Principe.

Si la partie marine est importante quant à sa diversité biologique, les plages, les estuaires, les mangroves, les lagunes, les marais, les forêts inondés qui sont intégrés dans la partie terrestre du parc marin sont riches du Lamantin d’Afrique (Trichechus senegalensis), d’une dizaine de Primates, de la Grenouille Goliath (Conraua goliath), du Crocodile nain (Osteolaemus tetraspis) et de toute une faune vertébrée et invertébrée non encore inventoriée.

crocodile nain

e parc marin camerounais ne vise pas uniquement à protéger la diversité biologique de cette région. Les populations résidentes, essentiellement de l’ethnie Iyassa (groupe Bantu) et Pygmées Bagyéli devraient, avec cette aire protégée, avoir une meilleure qualité de vie. Une brigade de garde-côtes devrait pouvoir repousser hors de ces eaux les chalutiers industriels qui ont, depuis plusieurs années, appauvri les populations de poissons dont les villageois alimentaient leur famille et avec le fumage du poisson vendu en ville ont des ressources pérennes. Comme partout ailleurs, les jeunes pour leurs études partent en ville et reviennent rarement dans leur village où ils ne trouveront pas de travail, autre que la pêche. Des petits projets d’écotourisme peuvent créer des emplois intéressants. Et le parc aura besoin d’écogardes locaux.

L’idée, maintenant que le classement de ce parc marin est officiel, c’est de le réunir en un ensemble transfrontalier avec deux autres aires protégées, l’une forestière au Cameroun (Parc national de Campo-Ma’an), l’autre, côtière en Guinée Équatoriale, la Reserva natural de Rio Campo.

Jacques Fretey, envoyé spécial