Conseil d’État : Non à l’éffarouchement des ours.

non à l'effarouchement des ours

Le Conseil d’Etat retoque les mesures d’effarouchement des ours
Par Sciences et Avenir avec AFP le 05.02.2021 à 11h29, mis à jour le 05.02.2021 à 15h17
Dans une décision rendue le 4 janvier, le Conseil d’Etat annule une partie de l’arrêté du 27 juin 2019 permettant la mise en place de mesures d’effarouchement de l’ours brun dans les Pyrénées à titre expérimental, qui prévoyait « l’effarouchement renforcé, à l’aide de tirs non létaux ».

Le Conseil d’Etat a annulé la possibilité de recourir à des tirs non létaux pour effrayer les ours bruns dans les Pyrénées, expérimentés depuis 2019, estimant qu’elles peuvent porter atteinte à la survie de cette espèce menacée
AFP/Archives – RAYMOND ROIG
Le Conseil d’Etat a annulé la possibilité de recourir à des tirs non létaux pour effrayer les ours bruns dans les Pyrénées, expérimentés depuis 2019, estimant qu’elles peuvent porter atteinte à la survie de cette espèce menacée.
Dans une décision rendue jeudi, le Conseil d’Etat annule une partie de l’arrêté du 27 juin 2019 permettant la mise en place de mesures d’effarouchement de l’ours brun dans les Pyrénées à titre expérimental, qui prévoyait « l’effarouchement renforcé, à l’aide de tirs non létaux ».
Le Conseil d’Etat, saisi une douzaine d’associations de défense de l’ours -notamment FERUS, Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS), Pays de l’Ours – Adet, Comité Ecologique Ariégeois, France Nature Environnement Hautes-Pyrénées-, estime que les mesures d’effarouchement simple (..) « ne sont pas de nature à porter atteinte au maintien des populations d’ours ou à compromettre l’amélioration de l’état de conservation de l’espèce ».
En revanche, la possibilité de procéder à du tir non létal, « sans encadrer davantage ses conditions de mise en oeuvre (…) ne permettent pas de s’assurer » que les dérogations ne portent pas atteinte « au maintien des populations concernées dans leur aire de répartition naturelle et ne compromettent pas l’amélioration de l’état de l’espèce ».
Contacté par l’AFP, le ministère de la Transition écologique n’avait pas réagi vendredi matin.
De leur côté, les associations de défense de l’ours déplorent « que l’Etat se soit embarqué dans cette aventure sans vérifier la conformité au droit des mesures prévues ».
« Ce texte ne respectait pas le cadre légal dans lequel il serait possible de déroger à l’interdiction de perturbation intentionnelle de l’espèce protégée et prioritaire qu’est l’ours brun, même à titre expérimental comme avait tenté de le justifier l’Etat », disent-elles dans un communiqué commun.
Les ours bruns, dont la population tourne autour d’une cinquantaine d’individus, sont en danger critique d’extinction dans les Pyrénées. Trois individus ont été tués par l’homme en 2020.

Apprendre le language des animaux pour mieux cohabiter

le langage des animaux

Apprendre le langage des animaux pour mieux cohabiter

Dans les récits d’anticipation qui composent l’« Autobiographie d’un poulpe », nouvel ouvrage de Vinciane Despret, s’expriment des spécialistes des langages animaux : les thérolinguistes. La philosophe trace dans cette utopie poétique un chemin vers un monde paisible où animaux humains et non-humains cohabitent.
Il est des livres qui, tel le poulpe, échappe à toute préhension. Le dernier livre de Vinciane Despret est de ceux-là. Avec son Autobiographie d’un poulpe — et autres récits d’anticipation (Actes Sud, avril 2021), la philosophe belge propose une aventure textuelle, au croisement de la science et de la fiction, de l’écologie et de la poésie.
Pour ce faire, l’autrice met en place un dispositif littéraire original. Trois courts récits, à mi-chemin entre la description éthologique et la fable morale, permettent d’évoquer les dernières recherches sur trois espèces distinctes. Le premier évoque la poésie vibratoire des araignées, le deuxième la cosmologie fécale des wombats [1] et le dernier la spiritualité des poulpes. Cependant, pour parler de notre époque, Despret choisit de placer ses histoires dans un futur relativement proche – certainement le mitan de notre siècle. Elle raconte ainsi les trois premières décennies du XXIe siècle à travers les mots de plusieurs associations œuvrant à réconcilier animaux humains et non-humains. L’une d’elles se nomme l’« association de thérolinguistique ». Le mot est emprunté à la romancière de science-fiction féministe et anarchiste Ursula Le Guin [2] et désigne « la branche de la linguistique qui s’est attachée à étudier et à traduire les productions écrites par des animaux ». On mesure rapidement l’intérêt d’une telle fiction : ces voix du futur permettent de relire quelques travaux éthologiques singuliers à la fin du XXe et au début du XXIe siècles et, les rassemblant sous la bannière fédératrice de la « thérolinguistique » et de la « théroarchitecture », de dessiner les voies qui mènent ces pionniers vers un avenir meilleur.
Considérer comme de l’art quelques gestes sauvages
Cette conception du progrès se distingue toutefois résolument des approches scientistes et technicistes dominantes. Ici, le progrès se définit avant tout sous l’angle des représentations. Les lendemains chantent parce que nos manières d’appréhender le monde ne reposent plus sur son exploitation effrénée, mais sur une composition artistique à laquelle contribuent tous les Terrestres. D’où l’importance accordée au langage. Ces trois fictions sont autant des récits d’anticipation que des utopies poétiques, cherchant la meilleure traduction possible des œuvres animales. « Il nous manque les mots pour désigner ce phénomène », constate l’un des observateurs des araignées : c’est bien cette aporie linguistique – et, in fine, l’impuissance politique qu’elle entraîne – que s’efforce de combler Vinciane Despret en se mettant à l’écoute d’autres formes d’art non-humaines.
En retour, considérer comme de l’art quelques gestes sauvages amène à repenser notre propre définition de l’art et, par conséquent, à la sortir de l’anthropocentrisme. Plus qu’un simple jeu littéraire, il faut considérer ces fictions philosophiques comme un travail à mener sur soi et ses propres représentations. À en croire l’autrice, notre société souffre d’une absence de sensibilité – visuelle, auditive, olfactive, etc. – envers toute expression d’un autre animal que nous. « C’est nous qui n’avons pas appris à lire la réponse des araignées », dit encore l’un des protagonistes de « L’enquête des acouphènes ou les chanteuses silencieuses ».

Le premier récit du livre évoque la poésie vibratoire des araignées.
À nous, donc, et aux philosophes au premier chef, de conceptualiser nos nouveaux modèles de pensée à même d’élargir nos schèmes à l’ensemble du vivant. C’est là l’originalité de la pensée de Vinciane Despret. Rigueur scientifique et fiction ludique ne s’opposent pas sous sa plume ; au contraire, sa verve littéraire fait converger vers un même horizon des travaux d’éthologie très pointus mais épars. Émergent alors les fondements d’une nouvelle discipline, jusqu’alors fictionnelle : la thérolinguistique [3]. Pour reprendre les mots de l’oratrice défendant la religion fécale des wombats, ce nouvel axe de recherche se propose de répondre au problème suivant : « Pour observer un phénomène et lui donner sa signification, il faut une théorie qui soit capable de l’accueillir et de lui donner cette signification. »
Par-delà ses trois histoires, Autobiographie d’un poulpe permet de mesurer les forces et faiblesses d’un mouvement de pensée qu’on pourrait qualifier de « panlyrique ». Celui-ci, bien structuré, rassemble les disciples de Bruno Latour et leurs propres épigones. On pourra se faire une idée de la cohérence de cette école en lisant le récent ouvrage collectif Le cri de Gaïa. Penser la Terre avec Bruno Latour (Éd. La Découverte, janvier 2021), auquel contribuent Frédérique Aït-Touati, Emanuele Coccia, Vinciane Despret, Baptiste Morizot, etc. qui se citent à tour de rôle dans leurs propres livres. La principale caractéristique du panlyrisme est sa manière de repenser l’agentivité du vivant et, a contrario, notre propre agentivité. D’un côté, les comportements animaux – ainsi que végétaux, notamment chez Coccia – sont ontologiquement réévalués : on ne les pense plus sur un modèle mécanique du type événement/réaction, mais comme des gestes à part entière, exprimant une kyrielle de significations complexes. C’est pourquoi l’oratrice de « La cosmologie fécale chez le wombat commun (Vombatus ursinius) et le wombat à nez poilu (Lasiorhinus latifrons) » se moque d’une étude menée sur cette espèce en 2019 [4], cherchant uniquement à comprendre… pourquoi les crottes de wombats sont cubiques. Car cette oratrice, de même que Vinciane Despret et les autres panlyriques, estime que « chaque vivant étant inextricablement condition d’existence pour d’autres vivants » est « porteur d’une responsabilité ontologique », au nom de laquelle il produit des récits – telle la « cosmologie fécale » des wombats – à destination des autres Terrestres.
À l’inverse, le panlyrisme relativise la représentation occidentale et moderne de l’agir humain, c’est-à-dire l’imposition directe au monde de la volonté d’un sujet [5] Ainsi, les « symenfants » – des enfants liés de manière symbiotique à des poulpes – que rencontre le personnage principal d’« Autobiographie d’un poulpe ou la communauté des Ulysse » parlent une langue dont « le sujet n’est que le destinataire passager d’un verbe qui le saisit. Tout sujet est en devenir non dans son propre agir, mais dans une multiplicité d’agirs qui le débordent » et communient par-là avec le reste du monde. Agir n’est plus tant « imposer » sa volonté qu’« accueillir » la force unissant les Terrestres ; pour reprendre les mots d’un Ulysse de la fable, « être sujet, c’est être capturé par un verbe – passeur de relais et de multiples désirs et volontés ».
Le risque ? Être déconnecté des conditions de production de la catastrophe actuelle
Cette vertu qu’a le panlyrisme de transcender les distinctions habituelles fait également sa faiblesse. Le style volontiers littéraire, sinon la posture artistique, qu’adoptent beaucoup de ses auteurs les place dans une situation à la limite de la science et de l’art. Au risque de verser dans un Art pour l’Art complétement déconnecté des conditions de production de la catastrophe actuelle. C’est en substance ce que le philosophe et économiste Frédéric Lordon reprochait à Emanuele Coccia dans un récent article du Monde diplomatique. L’auteur italien, auteur du très beau – mais, parfois, creux – Métamorphoses (Éd. Rivages, 2020), vantait longuement en effet l’exposition « Nous, les arbres », organisée par la Fondation Cartier pour l’art contemporain, oubliant que celle-ci servait de paravent artistique à l’industrie du luxe capitaliste. Dans sa fable « Autobiographie d’un poulpe ou la communauté des Ulysse », Despret s’aveugle tout autant sur la disparition des poulpes de la baie de Naples. Pas une seule fois ne sont prononcés les mots de « surpêche », d’« industrie » ou de « capitalisme » ; comme si l’humanité tout entière était responsable de l’extinction d’une espèce et non un certain ordre socio-économique.
Dès lors, comment articuler d’autres représentations du vivant et la nécessaire critique du capitalisme ? Les derniers travaux de l’historien Jérôme Baschet et Baptiste Morizot fournissent quelques exemples en la matière. Les deux ouvrages en question [6] et s’efforcent de concilier ces deux dimensions à partir de l’existant, respectivement le modèle zapatiste au Chiapas et le compromis entre l’Association pour la protection des animaux sauvages et la Confédération paysanne dans la Drôme.
En définitive, aussi plaisantes et salutaires soient les fictions scientifiques de Vinciane Despret, il faut prendre garde à ne pas les prendre pour déjà vraies. Au contraire, mieux vaut considérer qu’elles ne font que tracer un chemin vers un monde paisible où animaux humains et non-humains cohabitent, chemin qui se heurtera nécessairement aux barrières du capitalisme et de ses défenseurs.
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Autobiographie d’un poulpe — et autres récits d’anticipation, de Vinciane Despret, aux éditions Actes Sud, collection « Mondes sauvages », avril 2021, 160 p., 19 euros.

Combien d’oiseaux sur terre ?

moineau domestique

Combien d’oiseaux sont présents sur Terre ?
Par Anne-Sophie Tassart le 18.05.2021 à 17h16

A l’aide de calculs et d’observations, des chercheurs australiens ont réussi à estimer le nombre d’oiseaux présents sur Terre.

Les moineaux domestiques sont les oiseaux les plus nombreux sur Terre.
Corey T. Callaghan
Certaines données semblent difficiles à estimer tant le dénombrement paraît impossible. Mais des chercheurs australiens se sont risqués à réaliser une telle évaluation. Ils ont réussi à estimer le nombre d’oiseaux sur Terre.
Une quantité gigantesque de données
« Pour les domaines de l’écologie, de la biologie évolutive et de la conservation, les estimations de l’abondance des organismes sont essentielles. Cependant, la quantification de l’abondance est difficile et prend du temps », souligne une nouvelle étude parue le 25 mai 2021 dans la revue PNAS. C’est ici que la science participative entre en jeu : elle permet de récolter rapidement une grande quantité de données partout sur la planète. Les auteurs de cette étude ont compilé plus d’un milliard d’observations d’oiseaux signalées sur le site eBird par pas moins de 600.000 personnes entre 2010 et 2019. Les biologistes ont également développé un algorithme dont les calculs prenaient en compte la détectabilité d’une espèce, c’est-à-dire la probabilité qu’une personne ait repéré un oiseau de celle-ci et l’ait signalé sur le site. Une espèce devient plus visible par exemple si les oiseaux volent en groupe, s’ils sont colorés ou de bonne taille. Le but des scientifiques : estimer le nombre d’oiseaux sur Terre.

3 oursons nés dans le Béarn

3oursons nés dans le béarn

Trois oursons nés dans le Béarn, une première depuis 50 ans
Par Sciences et Avenir avec AFP le 20.05.2021 à 20h21, mis à jour le 21.05.2021 à 11h12 Lecture 2 min.
Trois oursons ont été détectés dans le Béarn, où vivent seulement 2 femelles et mâles. Une bonne nouvelle, même si ces naissances ne suffiront pas à restaurer la population des ours dans les Pyrénées.

Trois oursons nés cet hiver détectés dans le Béarn, une première depuis les années 1970 dans cette partie des Pyrénées où les ours sont rares
AFP/Archives – JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN
Trois oursons nés cet hiver ont été détectés dans le Béarn, une première depuis les années 1970 dans cette partie des Pyrénées où les ours sont rares, annoncent les associations pro-ours. « C’est encourageant. On a généralement chaque année une portée de trois ours, mais pas dans le Béarn, où il n’y a que 2 femelles lâchées en 2018 en Vallée d’Aspe et trois mâles, de part et d’autre de la frontière avec l’Espagne », dit Alain Reynes, directeur de Pays de l’ours-Adet.
« Cette année, on peut espérer une quinzaine d’oursons », poursuit-il. Sur les 16 oursons nés en 2020 dans les Pyrénées, 4 sont morts. Le taux de mortalités des oursons est important la première année. Ils pèsent à peine 300 grammes à la naissance et atteignent 3 à 5 kg à cette époque de l’année.
Pas assez de naissances pour restaurer la population
En 2020, 64 ours ont été détectés par les équipes de suivi de l’ours, un nombre auquel il faut retrancher les quatre oursons disparus et les trois ours adultes tués par l’homme, un en France, deux en Espagne. Les trois oursons répertoriés cette semaine étaient en compagnie de leur mère Sorita. Les deux oursons qui avaient été observés près d’elle en 2019 n’ont pas survécu, et elle n’en a pas eus en 2020. « Même si ces naissances ne suffisent pas pour restaurer une population viable, c’est une excellente nouvelle, porteuse d’espoir pour l’avenir de l’espèce dans les Pyrénées », soulignent les associations qui défendent la présence de l’ours dans le massif.
Un processus de sauvegarde entamé en 1996
En 1996, la France a engagé un processus de sauvegarde de l’ours brun des Pyrénées, l’espèce étant en voie de disparition, en lâchant des ours venus de Slovénie, qui se sont bien adaptés à leur nouvel environnement. Les éleveurs de montagne sont opposés à cette politique, dénonçant les prédations sur les troupeaux dans les hauts pâturages, notamment dans l’Ariège, où se concentrent une cinquantaine d’ours. Les associations Ferus et Pays de l’ours demandent à l’Etat français de nouveaux lâchers pour assurer une présence durable de l’espèce, comme le recommande la commission européenne, et le remplacement des trois ours tués par l’homme l’an dernier. Les autorités françaises ont adressé en mars à Bruxelles, pour approbation, un programme de financement Life (L’instrument financier pour l’environnement) Ours-Pyr pour les prochaines années qui ne prévoit pas de nouveau lâcher, selon Pays de l’ours.
Ours Pyrénées

Les arbres ont « une conscience de soi »

filaments de champignons

Les arbres ont une « conscience de soi » et une sensibilité

Autrefois ignorés, les arbres ont retrouvé leur place parmi les vivants grâce aux études scientifiques récentes. Ces êtres sont munis d’une « conscience de soi », d’une sensibilité et d’une forme d’intelligence, constatent les chercheurs.
Forêt d’Orlu (Ariège), reportageforêt d'orlu
Les travaux récents de la biologie végétale ont ouvert la voie à une révolution. C’est une lente montée de sève qui transforme notre regard, irrigue nos perceptions et notre rapport au vivant. Les scientifiques redécouvrent aujourd’hui notre voisin le plus commun, l’arbre, qui peuple la Terre depuis plus de 370 millions d’années et que l’on avait ignoré sans vergogne. On l’avait cru figé, immobile, réduit à un état végétatif. Il nous apparaît désormais dans toute sa complexité. On se penche sur ses incroyables facultés, son langage, sa « sensibilité ». Ce champ de recherche n’en finit pas de révéler de nouvelles connaissances en même temps qu’il passionne le grand public. Les études scientifiques se multiplient et explorent de nouveaux horizons, poussées par l’engouement de la société.
« En quelques années, nous avons fait des progrès spectaculaires », se réjouit le biologiste Francis Hallé dans un entretien à Reporterre. Une dynamique irréversible est enclenchée : la suprême indifférence que l’on vouait à l’arbre s’effrite. Les mythes fondateurs qui nous le faisaient apparaître comme un être inférieur, voire méprisable, s’écroulent.
« Nos études ont fait tomber le mur que notre civilisation occidentale avait dressé depuis Aristote entre animaux, pensés comme sensibles et capables de mouvements, et les plantes jugées passives, confirme Bruno Moulia, directeur du laboratoire Physique et physiologie intégratives de l’arbre en environnement fluctuant (Piaf) à l’université de Clermont Auvergne. Les plantes sont des êtres pleins de tact, bougeant tout le temps, mais à leur rythme, plus calme que le nôtre. »

Troncs et houppiers d’érables matures très proches les uns des autres.
« Les arbres nous offrent un exemple d’altérité absolue »
On sait ainsi que les arbres communiquent entre eux par les airs et par le sol pour se nourrir ou se défendre, qu’ils envoient des signaux d’alerte à leurs congénères grâce à des courants électriques ou des substances chimiques, qu’ils s’échangent aussi des minéraux, de l’eau, de l’azote, du phosphore. Ils ressentent le monde extérieur, ils se situent dans l’espace, ils délimitent le soi et le non-soi. Les arbres font preuve de « mémoire », ou du moins de capacité d’apprentissage et de « calcul ». Une forme d’ « intelligence » leur est désormais accordée. On peut la définir comme l’ensemble des processus qui permettent de s’adapter à des situations nouvelles et de résoudre des problèmes.
Attention à ne pas sombrer pour autant dans l’anthropomorphisme, préviennent les scientifiques. « L’intelligence des arbres n’a rien à voir avec celle des hommes, rappelle le chercheur en écologie forestière Jacques Tassin. Au cours de l’évolution, les arbres ont suivi leur propre histoire de manière parallèle à la nôtre. C’est un monde différent, tout aussi riche, mais incomparable. Les arbres nous offrent un exemple d’altérité absolue. »
Aujourd’hui, les technologies modernes nous permettent de mieux les appréhender. Les instruments de la biologie moléculaire et ceux de l’imagerie ont joué un rôle décisif. Depuis des siècles, les botanistes émettaient des hypothèses sur le fonctionnement des arbres sans pouvoir véritablement les démontrer. « Ils décrivaient des phénomènes qu’ils observaient dans le milieu naturel avec de simples croquis, dit Meriem Fournier, présidente du centre Inrae Grand Est—Nancy. Tout a changé ces trente dernières années. On travaille de manière interdisciplinaire en mêlant physiologie, écologie et génétique. Cela a permis de grandes avancées. »

Une cicatrice sur le tronc d’un hêtre.
« L’arbre est un être social »
Plusieurs éléments sont maintenant clairement établis. Il semble avéré que l’arbre est un « être social », comme l’écrit le forestier Peter Wohlleben dans son best-seller La vie secrète des arbres. Une étude pionnière en Afrique du Sud l’avait déjà prouvé dans les années 1980. Le professeur Van Hoven avait révélé que les acacias, une fois attaqués par les antilopes, libéraient des substances volatiles comme l’éthylène pour prévenir leurs voisins. En recevant le message grâce au vent dominant, les arbres situés à proximité enrichissaient immédiatement leurs feuilles en tanins afin de les rendre toxiques pour les prédateurs. Cette découverte avait ouvert la piste à une longue série d’études, comme celle de Jack C. Schultz et Ian T. Baldwin, qui avait reproduit l’expérience chez le peuplier et l’érable, dans leur célèbre article « La preuve d’une communication entre les plantes ».
Plus récemment, les scientifiques se sont rendu compte que les informations entre les arbres pouvaient aussi circuler dans le sol grâce à une association symbiotique entre les racines et les mycorhizes, des champignons microscopiques. Sous terre, l’activité est intense. Dans une cuillère à café de sol forestier, des chercheurs ont trouvé plusieurs kilomètres d’hyphes, des filaments de champignons extrêmement longs qui tissent comme un réseau filaire et connectent les arbres entre eux. Certains ont d’ailleurs baptisé ce réseau souterrain le « wood wide web » — l’internet des arbres.

Troncs de peupliers blancs (poussant sur un ilôt de la Garonne à Toulouse), entourés de laine rouge symbolisant le « wood wide web ».
Dans un article publié dans la revue Science, en 2016, des membres de l’université de Bâle (Suisse) ont ainsi montré que des épicéas, des hêtres, des pins et des mélèzes utilisaient ces « routes souterraines » pour envoyer à d’autres arbres du dioxyde de carbone (CO2) essentiel pour la photosynthèse.
Leur analyse faisait écho aux travaux de Suzanne Simard, chercheuse à l’université de Colombie-Britannique (Canada) qui avait observé des échanges de carbone interespèces. Cette fois-ci, entre de jeunes bouleaux et des douglas. En 2019, une équipe néo-zélandaise a également démontré que les arbres maintenaient collectivement en vie des souches pour s’en servir de réserve d’eau et de minéraux. Ils invitaient à considérer l’arbre comme « un élément d’un superorganisme plus large » et évoquait sa « physiologie communautaire ».

Forêt d’Orlu, en Ariège.
Mais au-delà de ces expériences, beaucoup d’éléments restent en suspens : il est encore difficile de déterminer l’ampleur de ces interactions au sein d’une forêt, les distances qu’elles peuvent couvrir et les impacts sur le long terme. On ignore aussi les raisons de ces échanges. Suzanne Simard évoque « une amitié » entre les arbres, mais le terme fait polémique, car on prêterait à l’arbre des sentiments humains. Tout autant que les expressions du célèbre forestier Peter Wohlleben, qui y voit une forme de « justice distributive ».
« Jusqu’à la fin des années 1970, on s’interdisait de parler de sensibilité »
Il n’en reste pas moins que l’arbre est indéniablement un organisme sensible, communiquant avec les autres et faisant preuve d’adaptabilité. Leur absence de mobilité les a obligés à recourir à des processus extrêmement complexes pour se défendre des prédateurs, lutter pour leur place au soleil ou contre la gravité. Des scientifiques ont compté sur les arbres plus de 700 sortes de capteurs sensoriels différents. Les arbres agissent en modifiant sans cesse leur forme et leur composition chimique.
Ils n’ont ni yeux, ni nez, ni oreilles et pourtant ils voient, sentent et réagissent aux ondes mécaniques. Ils ressentent le vent, la température, l’humidité. Ils possèdent un sens du toucher. Ils ont une forme de vision grâce à des capteurs qui mesurent la quantité, la qualité, la direction et la périodicité de la lumière.
« Jusqu’à la fin des années 1970, on s’interdisait de parler de sensibilité, raconte l’écologue Jacques Tassin. On pensait que l’arbre réagissait de manière mécanique à des stimuli externes. Notre regard a depuis complètement changé. On a vu que les arbres et les plantes se déployaient pour aller au-devant de ces stimuli, qu’ils les anticipaient et qu’ils les interprétaient. »

Une poignée d’humus en formation. Les filaments blancs sont des champignons.
Des études récentes ont dévoilé la richesse de cette « perception sensorielle ». Lilach Hadany, chercheuse à l’université de Tel-Aviv, a découvert fin 2018 que certaines plantes pouvaient ressentir les vibrations des ailes des pollinisateurs et détecter leurs fréquences spécifiques. Dès lors, elles augmentent temporairement et dans les minutes qui suivent la concentration en sucre du nectar de leurs fleurs pour attirer les insectes. Il y a dix ans, l’équipe de la scientifique australienne Monica Gagliano a également montré que lorsqu’on diffusait un bruit d’eau courante à des plants de maïs, leurs racines courbaient à vue d’œil : elles se rapprochaient de la source sonore.
L’arbre possède une « conscience de soi »
En 2013, une nouvelle frontière a été franchie. Bruno Moulia et son équipe française ont fait la découverte d’un autre sens que l’on croyait réservé à l’humain et à l’animal : « la proprioception » — autrement dit le fait de percevoir son propre corps dans l’espace. Cette étude révèle la présence, chez l’arbre, d’une certaine « conscience de soi ».
Le chercheur a analysé la manière dont les arbres réagissent au vent. Il a remarqué qu’ils ne pouvaient se tenir droit que par un contrôle actif et une adaptation permanente. Les arbres distinguent les vents forts des vents habituels, ils sentent les inclinaisons qui durent et les corrigent pour garder l’équilibre. Confrontés à des bourrasques violentes, les arbres vont réduire leur croissance en hauteur et développer plus de racines. Ils vont mémoriser les vents déjà connus pour s’y habituer. L’équipe de scientifiques s’est rendu compte que les arbres gardaient ces informations en mémoire pendant une durée variant d’une semaine à un an.

Chêne isolé dans les Hautes-Pyrénées.
L’enjeu soulevé est colossal, les questions induites vertigineuses. L’arbre n’ayant pas de cerveau, où stocke-t-il donc ces informations ? Pour l’instant, il n’existe que des hypothèses. Des chercheurs ont même créé une nouvelle branche appelée la « neurobiologie végétale » autour du botaniste italien Stefano Mancuso, pour qui les racines des plantes joueraient un rôle équivalent à celui des neurones du cerveau animal. Mais cette approche ne fait pas l’unanimité.
Les recherches sont loin d’être achevées. Quoi qu’il en soit, elles ont déjà des conséquences très concrètes, en terme éthique et philosophique. Reconnaître l’arbre comme sensible, c’est le positionner comme sujet et lui redonner sa juste place dans le concert des vivants. À nous, comme l’écrit le philosophe-pisteur Baptiste Morizot, de trouver alors les bons « égards ajustés » dans notre relation à l’arbre, pour « mettre fin à la guerre contre une nature considérée comme déficiente ou hostile ».
Notre reportage en images :

Echolocation : les chauves-souris connaissent la vitesse du son dès la naissance !

écholocation chez les chauves souris

Par Anne-Sophie Tassart le 10.05.2021 à 11h12 

VHB / Science Photo Library via AFP

Deux chercheurs ont démontré que les chauves-souris s’appuient lors de l’écholocation, sur une référence innée de la vitesse du son.

1200 km/h : c’est la vitesse du son dans l’air à 20°C. Si nous devons nous rendre sur les bancs de l’école pour apprendre ce nombre, les chauves-souris l’ont quant à elles intégré de manière innée, révèlent deux chercheurs de l’Université de Tel Aviv (Israël) dans une nouvelle étude.

Une vitesse fluctuante du son

Les chauves-souris se servent de l’écholocation afin de repérer des obstacles ou des proies dans l’obscurité. Elles produisent des ondes sonores qui vont frapper des surfaces vivantes et inertes pour ensuite se réfléchir jusqu’à leur émettrice. De cette façon, cette dernière peut – en tenant compte du temps écoulé entre l’émission et le retour de l’écho – localiser sa proie. Mais si à 20°C, la vitesse du son est de 1200 km/h, cette donnée peut varier dans d’autres conditions environnementales. Avec la température donc, mais aussi avec la composition de l’air. Ainsi, les ondes sonores se propagent plus vite dans un air chaud. Les chauves-souris apprennent- elles à maîtriser la vitesse du son au cours de leur vie ou naissent-elles avec cette capacité ?

Le Dr Amichai et le Pr Yovel ont répondu à cette question en mai 2021 dans la revue PNAS.

L’impression que l’objet est plus près qu’il ne l’est réellement

Les chercheurs n’ont pas hésité à jouer sur la vitesse du son non pas en modifiant la température mais en changeant la composition de l’air : ils y ont injecté de l’hélium. De cette façon, la propagation des ondes sonores se faisait plus rapidement. Ils ont placé dans ce nouvel environnement des jeunes chauves-souris et des spécimens adultes. Aucune d’entre elles n’a réussi à s’adapter : toutes « voyaient » l’objet plus près qu’il ne l’était réellement. Elles réalisaient alors des vols avec une trajectoire trop courte. Ce résultat signifie donc que l’écholocation chez ces mammifères est innée et qu’elles ne peuvent donc pas s’adapter à un changement aussi important de leur environnement, même si elles y ont grandi. « Elles connaissent des valeurs moyennes (de vitesse du son, ndlr), comme une gamme, explique à Sciences et Avenir le Pr Yovel. Il semble que les chauves-souris peuvent se débrouiller dans la plage naturelle de la vitesse du son avec une variabilité de 7%« .

« Les animaux comptent sur leurs sens pour survivre et se reproduire, rappelle l’étude. Les systèmes sensoriels sont soumis à un compromis entre l’avantage de la flexibilité qui s’accompagne souvent du coût d’une période d’apprentissage prolongée et l’avantage de l’innéité, qui réussit moins bien à faire face à des environnements modifiés« . Les attentes des chauves-souris par rapport aux ondes sonores en est la preuve.

Les chercheurs estiment aussi que leur recherche prouve que la perception spatiale des chauves-souris n’est pas basée sur une unité de distance mais plutôt sur le temps. « En réalité, lorsque l’on place une chauve-souris dans un environnement avec de l’hélium, nous changeons le temps mais la distance est quant à elle maintenue constante« , indique le Pr Yovel. En s’appuyant sur l’écholocation, ces mammifères démontrent que c’est bien le temps qui compte pour eux.

C’est l’histoire d’un oiseau extraordinaire. A 70 ans, Wisdom, une femelle albatros de Laysan…..

albatros de Laysan

Voici une histoire comme on les aime. Les experts du US Fish and Wildlife Service sont formels, Wisdom, une femelle albatros de Laysan, a eu un nouveau poussin cette année encore. Wisdom (qui veut dire « sagesse » en anglais) porte bien son nom. A 70 ans, elle est en effet le plus vieil oiseau sauvage du monde. Un record, même pour son espèce. L’albatros de Layson est l’espèce d’oiseau sauvage qui a la grande longévité, lui qui vit en moyenne 50 ans. Wisdom bat donc ce record à plate couture !

Le couple, un facteur essentiel pour l’albatros de Laysan

La septuagénaire a accueilli son nouveau petit il y a un mois. Il s’agit au moins du 40e poussin qu’elle élève. Chaque année, la femelle retourne sur son site de nidification dans l’atoll des Îles Midway, au large de Hawaii, dans l’océan Pacifique. Depuis 2010, elle a pour compagnon un mâle du nom d’Akeakamai.

 

« Wisdom a un compagnon de longue date nommé Akeakamai. Ils sont ensemble depuis au moins 2010, et potentiellement beaucoup plus longtemps. Cependant, il est probable que Wisdom ait eu plus d’un partenaire au cours de sa vie, a déclaré le US Fish and Wildlife Service. Les couples d’albatros sont extrêmement importants pour élever les jeunes. La relation prend des années à se former et peut durer des décennies. Pour trouver un compagnon, les albatros juvéniles font ce que les humains font depuis des milliers d’années, ils organisent des soirées dansantes. »

 

Chaque hiver, les jeunes albatros se rassemblent en groupe sur les îles Midway pour pratiquer des danses de parade nuptiale. Après quelques années d’apprentissage, ils finissent par trouver un compagnon. « Ils recherchent juste cet oiseau spécial avec lequel plonger, s’incliner et se toiletter, et une fois qu’un lien se forme, ils restent liés pour la vie. Il faudra encore trois ou quatre ans à ce jeune couple avant qu’il ne réussisse à faire éclore son premier poussin.

L’incroyable temps et le travail nécessaires aux albatros pour survivre jusqu’à l’âge adulte, trouver un partenaire et devenir un parent prospère signifie que chaque lien de couple adulte est incroyablement important pour la survie globale de la colonie. »

 

Wisdom, un oiseau emblématique

Ces oiseaux sont assez communs mais difficiles à étudier, car ils passent les neuf dixièmes de leur vie en mer. Ils ne peuvent être observés que lorsqu’ils reviennent chaque année sur leur site de nidification. Quant à Wisdom, « son retour inspire non seulement les amateurs d’oiseaux du monde entier, mais nous aide à mieux comprendre comment nous pouvons protéger ces oiseaux de mer gracieux et l’habitat dont ils ont besoin pour survivre dans le futur », a déclaré un porte-parole de l’US Fish and Wildlife Service au journal l’Independent. Il conclut, affirmant que « le fait que Wisdom ait atteint un tel âge est impressionnant, compte tenu des menaces auxquelles les albatros de Laysan sont actuellement confrontés, notamment des conditions météorologiques effrayantes, la prédation par les requins, les souris envahissantes et l’augmentation de la pollution plastique« .

Une sous-espèce de hibou « redécouverte » dans la nature après plus de 120 ans

petit duc Radjah

Sciences et Avenir Animaux Oiseaux

Par Anne-Sophie Tassart le 05.05.2021 à 12h53 Lecture 3 min.

 

Un chercheur américain a observé un Petit-duc Radjah de Bornéo, une sous-espèce d’oiseau qui n’avait pas été documentée vivante dans la nature depuis la fin du 19e siècle.

La première photographie d’un Petit-duc Radjah de Bornéo dans la nature. Andy Boyce

Aucun Petit-duc Radjah de Bornéo (Otus brookii brookii) vivant n’avait fait l’objet d’une observation dans la nature depuis 1892 ! Le chercheur Andy Boyce a « redécouvert » cette

 

sous-espèce de hibou et a pu la photographier pour la première fois dans une forêt du Mont Kinabalu en Malaisie.

 

Un animal quasi mythique

Le Petit-duc Radjah (Otus brookii) est un oiseau vivant dans les forêts montagneuses de Bornéo et de Sumatra. Il comprend deux sous-espèces distinctes : Otus brookii solokensis (Sumatra) et Otus brookii brookii (Bornéo). La première est davantage repérée dans la nature que la seconde. En effet, Otus brookii brookii n’a plus été repérée vivante dans la nature depuis sa découverte en 1892 par un certain Richard Bowdler Shape à 2.000 mètres d’altitude sur le Mont Dulit. « Depuis lors, seuls deux spécimens confirmés ont été trouvés ; un oiseau mort retrouvé à 1.900 mètres sur le Mont Kinabalu » en 1986 et « un spécimen dans la collection Sabah Parks qui aurait été recueilli à 1.650 mètres sur le Mont Kinabalu en 1998« .

 

Etudier cette espèce dans la nature est particulièrement compliqué pour les chercheurs : elle est discrète, se fondant dans son environnement à des altitudes importantes. Dans une nouvelle étude publiée le 28 avril 2021 dans la revue Wilson Journal of Ornithology, le chercheur Andy Boyce et deux de ses collègues du Smithsonian Conservation Biology Institute expliquent avoir découvert l’un de ces rares spécimens durant une étude de terrain consistant à chercher et à surveiller des nids. Le 4 mai 2016, un dénommé Keegan Tranquille a repéré un nid plus large que ceux localisés d’habitude. L’oiseau était là, perché à 1 mètre du sol. Informé de la découverte, M. Boyce a observé la taille, la couleur des yeux et le plumage de l’animal : il s’agissait d’un Petit-duc Radjah de Bornéo ! Afin de profiter au maximum de sa découverte, le chercheur a observé l’oiseau durant deux heures à plus de 1.600 mètres d’altitude et l’a photographié. Le hibou ne sera plus aperçu les jours suivants.

 

Sous-espèce ou espèce ?

« La sous-espèce Petit-duc Radjah de Bornéo (Otus brookii brookii) n’a pas été documentée vivante à l’état sauvage depuis sa découverte en 1892 et il n’y a pas de photographies de l’oiseau en vie, se félicitent dans leur étude les chercheurs. Nous rapportons la redécouverte de cette sous-espèce dans les forêts de montagne du Mont Kinabalu (Sabah, Malaisie) à une altitude de 1.650 mètres et nous fournissons les premières photographies de cette sous-espèce dans la nature« . Cette observation est la confirmation de la présence de l’oiseau à Bornéo mais la sous-espèce reste malgré tout une énigme. Les chercheurs ignorent le son de ses vocalisations, sa répartition géographique, son comportement de reproduction ou même la taille de sa population. Ces informations sont particulièrement importantes pour mettre en place des actions de gestions et surtout de conservation car l’île de Bornéo est le théâtre d’une déforestation massive depuis des dizaines d’années alors que Otus brookii brookii est dépendante de cet environnement. Par ailleurs, les auteurs de cette nouvelle étude estiment qu’il n’est pas ridicule de penser que cette population de hiboux serait en réalité une espèce distincte. Mais une simple observation étant déjà difficile, une analyse génétique paraît pour le moment hors de portée. « Malheureusement, nous ne pouvons protéger correctement que ce que nous connaissons et ce que nous nommons« , se désole dans un communiqué M. Boyce.

Les dauphins sont capables de mémoriser le sifflement de leurs congénères pour s’entraider

les dauphins mémorisent les sifflements de leurs congénères

 

En février dernier, une étude publiée dans le Journal of Comparative Psychology, mettant en avant les traits de personnalité en commun entre les dauphins et les hommes. Les similitudes ne s’arrêtent pas là, comme le souligne l’étude parue dans le magazine spécialisé Science. En effet, de la même manière que dans nos sociétés, les dauphins mâles fonctionnent par groupe et plus spécifiquement, « comme les membres d’un gang de rue ». Une coopération rendue possible par la mémorisation et la communication du cétacé.

Un sifflement hérité de leur mère

Pour se différencier les uns des autres, les dauphins ont chacun un sifflement distinctif – l’équivalent d’un nom – appris de leur mère et qu’ils garderont toute leur vie.

 

Au-delà de l’aspect amical que l’on pourrait prêter à ce fonctionnement, cette mémorisation permet surtout aux dauphins d’appeler leurs alliés les plus proches pour « capturer et défendre des femelles en chaleur”.

 Construire des alliances pour coopérer et s’entraider

« Il s’agit d’une étude révolutionnaire », s’enthousiasme l’écologiste comportemental à l’Université de Saint-Andrews en Ecosse – qui n’a pas participé à l’étude – Luke Rendell. En effet, les résultats illustrent que les dauphins comprennent le concept d’appartenance à une

 

équipe et peuvent se révéler soudés les uns avec les autres. Une valeur fondamentale dans la notion de société, jusqu’alors principalement observée chez les humains.

 

Les dauphins en quête d’une femme fertile coopèrent généralement en couple ou en trio. Un fonctionnement que les chercheurs appellent « l’alliance de premier ordre ».

 

Des « alliances de second ordre » sont également observées. Le groupe peut alors atteindre les 14 dauphins, dont l’objectif principal sera le plus souvent de se défendre contre des groupes rivaux cherchant à s’approprier une femelle fertile.

Le bouquetin pyrénéen réintroduit avec succès

bouquetin pyrénéen

 

Disparue des massifs français il y a un siècle, l’espèce est de nouveau viable grâce à des lâchers réguliers.

 

Les portes des cages, arrivées d’Espagne par camion dans la nuit, s’ouvrent sur leur nouveau royaume. Des neuf grandes boîtes en bois sortent six mâles et trois femelles, dont une est accompagnée de son cabri. Capra pyrenaica, le bouquetin ibérique, à ne pas confondre avec son cousin des Alpes, foule à nouveau le sol pyrénéen. En ce petit matin d’automne, les agents du parc national des Pyrénées, sous les yeux de quelques passionnés et habitants de la vallée, procèdent au vingt-neuvième lâcher en six ans du petit animal placide – 90 cm au garrot pour une longueur de 140 cm pour le mâle –, au poil ras et brun, aux cornes en forme de lyre, aux sabots habiles qui adorent la verticalité.

Accous: vallée d'Asp

 
   

Au-dessus d’eux s’élèvent les falaises qu’ils a ectionnent, sur la commune d’Accous, porte d’entrée de la vallée d’Aspe en Béarn, qui serpente jusqu’au col du Somport à la frontière espagnole. Soit 200 000 hectares de pics et de cols, dont le plus haut culmine à 2 640 mètres, 2 500 habitants, des pentes boisées, des vallées humides et vertes. Un écrin de biodiversité où planent rapaces, vautours et gypaètes barbus. Où gambadent les isards et hibernent quelques ours, dont Sorita et Claverina,

hélitreuillées non loin de là à l’automne 2018. Alexandre Garnier, vétérinaire et chargé de mission pour le parc dans le cadre de son doctorat, raconte : « A chaque lâcher, c’est le même rituel. On attend le camion au petit matin, on leur en »le le collier GPS et on observe leur attitude à la sortie des cages. » Aujourd’hui, certains s’en extirpent poussivement. Mis en quarantaine pendant dix jours, pour procéder à des tests de détection de la brucellose, ils ont les postérieurs engourdis.

 

Grâce au programme de réintroduction, envisagé depuis les années 1980 mais e ectif seulement en 2014, la population serait aujourd’hui viable dans tout le massif, avec près de 400 individus. Le dernier lâcher de la saison a eu lieu vendredi 16 octobre. Mais les écueils ont été nombreux. Disparu des Pyrénées françaises depuis le début du XXe siècle, chassé notamment pour ses cornes, un trophée très prisé qui peut atteindre un mètre et une valeur de 30 000 euros, l’herbivore avait trouvé refuge en Espagne. Choyé et disposant de plus d’espaces dans divers parcs du pays, il y est aussi rentable. « Des communes font un business important avec sa chasse, il est au centre d’une économie, on en compte environ 70 000 chez nos voisins espagnols », précise Eric Sourp, chargé du projet de réintroduction dans le parc national des Pyrénées depuis 2008. Dans les Pyrénées

françaises, il n’a pas à redouter les chasseurs, étant une espèce protégée.

Quasi clandestin

 

Dès 1987, des études sur la faisabilité d’une réintroduction ont été menées, d’abord dans le cadre du programme LIFE entre 1993 et 1995, puis de la Stratégie de restauration des bouquetins en France (2000-2015). Mais ce n’est qu’après de longues négociations avec les provinces et le gouvernement espagnol, qui achoppaient car ceux-ci redoutaient que les chasseurs pré#èrent se rendre en France, que le premier lâcher est intervenu en 2014.

 

Eric Sourp se souvient qu’il a eu lieu « dans le plus grand secret » de peur que les autorités espagnoles « n’arrêtent le projet avant que le camion passe la frontière ». Il aura fallu l’obstination de Jean-Paul Crampe, ancien chargé de projet au parc national des Pyrénées dès ses origines et jusqu’en 2015, et une évolution de la législation, pour e   ectuer cette démarche inédite, soumise à un cahier des charges sanitaire drastique pour éviter de colporter des maladies aux troupeaux de brebis.

 

Le premier lâcher, quasi clandestin, réalisé à Cauterets (Hautes-Pyrénées), concernait six mâles et trois femelles. Trois jours plus tard, le 19 juillet 2014, la ministre de l’environnement d’alors, Ségolène Royal, participait au lâcher suivant, de trois bouquetins, devant 3 000 ou 4 000 personnes et une nuée de caméras. Depuis, le protocole s’est pérennisé. Les animaux sont capturés dans différents sites espagnols, notamment le parc d’Ordesa et du mont Perdu en Aragon, ou les montagnes de sierras madrilènes.

 

Au contraire de l’isard, le bouquetin n’est pas un animal aimant forcément l’altitude, il n’est pas rare de le retrouver en bord de mer. Cependant, grâce à la forme de ses sabots et un ergot très adhérent, il adore se poster sur des falaises très abruptes. Peu craintif, il fuit l’homme quand il sent un vrai danger.

 

Avec 227 animaux relâchés en six ans, sur cinq sites et trois départements (Ariège, Hautes- Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), le bouquetin a donc repris ses marques. « Il se nourrit d’herbe, de genévriers,de beaucoup de lichens ou même de fruits de sorbiers ou de sureaux », précise Patrick Nuques, chef d’unité du parc en vallées d’Aspe et d’Ossau. « Notre rôle, c’est le suivi scienti »que grâce au GPS, mais aussi beaucoup d’observations en montagne, notamment pour contrôler et compter les naissances, ou les quelques décès. » La femelle, entre 4 et 15 ans, son âge maximum, peut donner naissance à un cabri par an. Avec un taux de 80 % qui survivent à leur première année, les jeunes de l’espèce ont trouvé un lieu de vie idéal.

 

Après les lâchers, grâce au suivi des colliers, c’est à une jeune vacataire du parc, Vanessa Guillot, 32 ans, qu’incombe la mission d’aller observer le comportement des animaux.« J’ai travaillé avec les bouquetins en vallée de Vanoise, dans les Alpes. Ici, ils sont plus farouches après la quarantaine, mais moins costauds, moins montagnards. Une fois par semaine, on va voir s’ils se portent bien, c’est toujours un régal à observer », se réjouit-elle. Savoir si la femelle a retrouvé son cabri, si elle se mélange avec les autres femelles comme elles aiment à le faire, à distance des mâles. Etudier leurs déplacements, leur installation sur une « falaise fétiche », détecter les animaux éventuellement malades ou blessés… « Le programme est aujourd’hui bien rodé. On peut dire que l’espèce est désormais viable », se félicite Eric Sourp.

« La tension est parfois rude »

 

L’opération aura coûté aux alentours de 1,2 million d’euros depuis 2014, et « plus un sou au parc aujourd’hui grâce à des partenaires privés comme la Garantie mutuelle des fonctionnaires ou EDF », tient à souligner cet ancien étudiant en biologie et géographie. Elle s’accompagne d’un volet pédagogique avec des actions envers le milieu scolaire, la création d’un site Internet, des débats.

Mais suscite aussi des oppositions.

 

« Il a fallu convaincre certains éleveurs et cela a parfois été très dur, relate l’ancienne maire d’Accous, Paule Bergès. Des ours ont été relâchés ici et la tension est parfois rude. De toute façon, on lâcherait des poules, certains s’arrangeraient pour être contre… », remarque-t-elle avec un sourire en ouvrant une des cages, hors de laquelle bondit une jeune femelle.

 

Le Monde/